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Publié le 17 Août 2017

LA CHAMBRE ROUGE d'Edogawa Rampo

Edogawa Rampo (un pseudonyme crée à partir de l’anagramme d’Edgar Allan Poe) est sans doute le plus célèbres des auteurs policiers japonais quoique son œuvre reste encore largement méconnue des Occidentaux. Ce court recueil, composé de cinq nouvelles, permet donc de découvrir la production diversifiée de Rampo (1894 – 1965), entre érotisme malsain, fantastique horrifique et intrigue policière.

On y découvre, notamment, le goût de l’écrivain pour la double « chute » : une fois parvenu à la conclusion du récit, le lecteur reçoit une surprise supplémentaire des plus déstabilisantes. Plusieurs nouvelles se révèlent ainsi, en réalité, des fumisteries organisées par le narrateur satisfait de sa bonne blague. Hélas, cette seconde chute, qui tient quelque peu du procédé, ne fonctionne pas toujours avec bonheur et tend plutôt à détruire la construction narrative précédemment élaborée. Heureusement celle-ci se montre souvent d’une grande qualité.

La première nouvelle, « La chenille » s’inscrit dans un style ero-guru (autrement dit dans l’érotisme grotesque) et traite des perversions d’un couple. Un militaire, Sunaga, revient de la guerre couvert de gloire mais complètement détruit et mutilé : amputé des quatre membres, sourd et muet, l’homme ressemble à une immonde chenille. Son épouse se sacrifie afin de pourvoir à ses besoins, qui se résument au sexe et à la nourriture. Peu à peu, la femme modèle verse dans la cruauté et comprend que l’infirme se trouve totalement à sa merci. Elle en fait une sorte d’instrument vivant capable de satisfaire ses penchants sadomasochistes. Une belle réussite et sans doute la nouvelle qui correspond le plus à ce qu’on imagine (à tort ou à raison, les lectures futures le confirmeront… ou non) du style de Rampo : un mélange de thriller, d’horreur quasi gore et d’érotisme fétichiste saupoudré d’une pincée de poésie morbide. Un style par la suite repris par de nombreux « pinku eiga » ou « roman pornos » cinématographiques. Mais ici la femme joue la tourmenteuse tandis que l’homme, plus entravé par son handicap que les demoiselles enchainées du bondage, souffre et jouit de sa souffrance.

« La chaise humaine » traite également de la perversion et d’une forme particulière de voyeurisme. Un talentueux ébéniste construit un imposant fauteuil à l’occidental destiné à prendre place dans le hall d’un luxueux hôtel. Il s’y aménage une cachette, d’abord pour commettre quelques larcins et disposer d’un point de replis, puis, simplement, pour le plaisir de sentir de jeunes femmes s’asseoir sur son « corps ». La chute se devine mais l’intrigue, bien menée, emporte l’adhésion par sa brièveté et son écriture soignée, entre frissons et érotisme allusif.

Plus axée sur le « policier », « la Chambre rouge » traite d’un oisif ayant décidé de commettre cent crimes parfaits. Ces derniers sont si habilement camouflés que les éventuels témoins louent sa prévenance et son apparente empathie. Avertir une femme âgée des dangers de la route n’est-il pas, par exemple, le meilleur moyen de la distraire afin qu’elle périsse dans un accident ? Pourtant, aux yeux des spectateurs, ne s’est-il pas admirablement comporté ? Notre esthète du crime avoue ainsi 99 assassinats avant d’avertir que le centième sera le dernier... De bonnes idées en pagaille (il fut d’ailleurs reproché à Rampo d’en avoir « gâchées » autant dans une seule histoire) pour un récit à la conclusion efficace.

Encore du suspense avec « deux vies cachées » qui traite d’un somnambule poursuivit par le remords d’avoir commis un crime durant son sommeil. A moins que la réalité ne soit plus complexe ? Si la chute semble évidente, la manière dont Rampo l’amène, au cours d’un dialogue, témoigne d’un talent certain pour les effets de surprise efficaces. Malgré son classicisme thématique, voici peut-être la nouvelle la plus réussie du recueil, empreinte de mélancolie et de regrets.

La dernière nouvelle s’avère, hélas, la moins intéressante et accuse sérieusement le poids des ans à l’image de certains récits Sherlock Holmes à présent ennuyeux. Novatrice à l’époque de sa rédaction, elle semble aujourd’hui laborieuse. Avec sa pièce de monnaie truquée comportant un improbable message code qui permet de retrouver 50 000 yens, magot dérobé par un génial « gentleman cambrioleur », le récit, franchement feuilletonnesque, annonce certains mangas (par exemple certains volumes de Détective Conan) basés sur un jeu de piste similaire. La chute tempère le peu de vraisemblance de l’histoire mais ne suffit pas à rendre l’ensemble passionnant, loin de là.  

En dépit de ce bémol et du caractère forcément inégal des récits, LA CHAMBRE ROUGE constitue une lecture plaisante pour quiconque souhaite découvrir ce monument de la littérature japonaise.

 

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Policier, #Golden Age, #Fantastique, #Horreur, #Erotique

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Publié le 9 Août 2017

LE MYSTERE EGYPTIEN (ou LE MYSTERE DES TROIS CROIX) d'Ellery Queen

Les Queen père et fils profitent de la quiétude de Noel lorsqu’Ellery est intrigué par un crime particulièrement brutal commis dans un petit village tranquille de Virginie, Arroyo. Un instituteur y a été découvert décapité et crucifié, son corps mutilé formant un « T » sanglant. D’autres « T » ont été tracés avec du sang. La victime, Andrew Van, passait pour un excentrique et son athéisme conduit Ellery a envisagé la piste d’un meurtre lié à la religion. Le détective s’oriente plus particulièrement vers un culte égyptien, le « T » symbolisant probablement, selon lui, la croix égyptienne ou ankh. Ellery s’intéresse ainsi à une secte locale qui mêle nudisme et égyptologie dirigée par le mystérieux Harakht. Cependant, l’enquête reste au point mort tandis que le serviteur simple d’esprit de l’instituteur, peut-être capable d’apporter une réponse à ce crime horrible, a disparu. L’affaire pourrait en rester là si, six mois plus tard, une nouvelle victime, n’ayant apparemment aucun lien avec la première, n’était découverte, elle aussi décapitée et crucifiée. Ellery se lance aux trousses d’un assassin insaisissable.

Publié en 1932, cette cinquième enquête d’Ellery Queen poursuit la saga entamée trois ans plus tôt avec LE MYSTERE DU THEATRE ROMAIN (alias LE MYSTERE DU CHAPEAU DE SOIE). Cette fois Ellery enquête seul (son paternel ne fait que de la figuration) et s’éloigne de New York mais le traditionnel « défi au lecteur » est lancé avant les explications données par le détective. Pour une fois, les familiers du roman policier trouveront probablement l’identité du coupable et pourront même deviner ses motivations, en effet la théâtralité exagérée des crimes devrait mettre la puce à l’oreille des amateurs. Ceux-ci soupçonneront qu’il y a anguille sous roche dès les premières pages mais les retournements de situations restent suffisamment nombreux pour maintenir l’intérêt.

Cependant, le début du roman déstabilise car l’énigme présente un grand nombre de personnages (une vingtaine) et s’attarde sur des nudistes illuminés adeptes d’un culte égyptien. Cette partie manque de rythme et semble un brin confuse, Ellery lui-même déclarant avec raison : « j’ai travaillé sur des affaires compliquées au cours de ma carrière mais je n’en ai jamais vu d’aussi embrouillée que celle-ci ».

Le lecteur se trouve ainsi noyé sous les détails et piégés par les nombreuses fausses pistes, essayant de séparer l’essentiel de l’accessoire. Ce n’est guère évident puisque, comme le remarque le détective : « Quelle abondance de faits insignifiants » ! Les cent premières pages se trainent ainsi et peinent à véritablement passionner, la chasse aux nudistes évoquant immédiatement (quoique de manière évidemment complètement anachronique) les efforts de Cruchot pour nettoyer les plages de Saint Tropez. Tout cela a donc assez mal vieilli en dépit de l’originalité frappante du crime inaugural, une mise en scène macabre et grand-guignolesque qui transforme un instituteur de province en un sanglant totem en forme de croix égyptienne.

Le roman se resserre heureusement à mi-parcours, autrement dit après le second meurtre, quoique notre enquêteur paraisse toujours dans le flou. Un protagoniste de ce MYSTERE EGYPTIEN ne dit-il pas : « j’ai entendu si souvent vanté votre habileté de détective que la réalité me laisse froid. Quand commencez-vous Queen ? Quand Sherlock Holmes bondira t’il sur le lâche meurtrier pour lui passer les menottes ? ». A ce moment, l’auteur s’éloigne de son culte égyptien et ravive l’intérêt : aucun afficionado du whodunit ne peut sérieusement penser que l’un de ces nudistes illuminés sera le coupable désigné. Cette intrigue parait aussi gratuite que forcée et s’avère peu crédible, pour ne pas dire inintéressante, comme si les auteurs (on rappelle qu’Ellery Queen est le pseudonyme collectif de deux cousins) avaient voulu à toute force introduire cette sous-intrigue religieuse (peu exploitée) pour épaissir leur roman.

Une fois nos cultistes retirés de l’équation qui reste-t-il ? Peu de suspects possibles, au point que le twist final, certes bien amené, semblera prévisible. Là encore, impossible de croire, dans le cadre d’un roman policier « classique » de cette époque que nous avons réellement affaire à un fou sanguinaire inconnu. L’un des principaux protagonistes doit fatalement être le tueur recherché. Or le nombre de candidats restreints oblige à recourir au vieil adage : « une fois l’impossible éliminé ne reste que la vérité, aussi invraisemblable qu’elle paraisse ».

Malgré ces défauts (et ce premier tiers languissant, pour ne pas dire laborieux), LE MYSTERE EGYPTIEN s’inscrit au final dans une honnête moyenne du policier de l’Age d’Or. Pour les novices, on conseillera plus volontiers DEUX MORTS DANS UN CERCUEIL, LE MYSTERIEUX MR X, LE MYSTERE DU GRENIER, GRIFFES DE VELOUR ou le classique du « meurtre en chambre close » LE ROI EST MORT. Mais LE MYSTERE EGYPTIEN reste un plaisant « Ellery Queen » qui saura contenter les fans du dynamique duo.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Policier, #Whodunit, #Golden Age, #Ellery Queen

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Publié le 4 Août 2017

QUI PORTERA LE CHAPEAU? de Simon Brett

« Qui portera le chapeau ? » n’est pas seulement un bon titre pour un roman policier, c’est également celui d’une émission de télévision adaptée de la version américaine « Chapeau bas ». Dans ce jeu télévisé quatre célébrités doivent découvrir les professions respectives, symbolisées par un chapeau, de quatre invités. Parmi ceux-ci, l’acteur raté mais détective amateur talentueux Charles Paris. Or, durant le tournage de l’épisode « pilote » du jeu le présentateur vedette meurt, empoisonné en plein moment de suspense, alors que le public va enfin savoir si l’heureux gagnant de la soirée pourra repartir avec l’Austin Martin. Charles Paris va forcément mener l’enquête pour disculper une jeune femme un peu trop rapidement accusée et découvrir le véritable coupable.

Le Londonien Simon Brett (né en 1945) exerce de nombreux métiers avant de se spécialiser dans le roman policier traditionnel (de type whodunit) mais empreint d’un humour très prononcé. En 1975, il publie CAST, IN ORDER OF DISAPPEARANCE, la première des dix-huit enquêtes (seules trois seront traduites en français au Masque) de son acteur raté Charles Paris. Par la suite il lance deux autres séries, l’une consacrée à Mrs Pargeter (dont quatre aventures seront publiées au Masque), l’autre à un petit village fictif, Fethering (inédite en français). On lui doit aussi des romans isolés, des pièces de théâtre, des livres pour enfants et des recueils de conseils pour parents ou grands parents.

Datant de 1985, QUI PORTERA LE CHAPEAU est la onzième aventure de Paris mais la troisième et dernière éditée par le Masque. Ayant travaillé plusieurs années pour la BBC, Brett connait forcément l’envers du décor de la télévision et se permet une satire assez mordante et bien vue des jeux télévisés (et encore, ceux de 1985 apparaissent comme des modèles d’intelligence et de bon goût comparé à ceux que l’on subit aujourd’hui).

La présentation des personnages, tous très typés et amusants, occupent ainsi le premier tiers d’un roman assez court (moins de deux cents pages) avant que ne survienne le crime proprement dit, celui du présentateur vedette, empoisonné en direct par son verre d’eau…ou plutôt de gin puisque le bonhomme aimait s’alcooliser ainsi. Ni vu ni connu. Charles Paris, lui, a été choisi pour incarner l’acteur typique. Bien évidemment, pour ne pas gâcher le jeu des spectateurs, le comédien en question doit être totalement inconnu du grand public. Un rôle parfait pour le pauvre Paris, au plus bas de sa carrière et sur la pente savonneuse de l’alcoolisme. Heureusement, notre héros se révèle plus doué pour la détection que pour la comédie. Il va enquêter dans le milieu de la télévision, interroger les différents suspects et déterrer quelques secrets avant de démasquer le coupable. Bref, QUI PORTERA LE CHAPEAU ne cherche pas à innover mais plutôt à retrouver le charme des whodunit classiques de l’Age d’Or, avec leurs personnages brossés à gros traits (et volontairement caricaturaux), leurs fausses pistes nombreuses et leurs révélations en cascade. La principale originalité de Brett est de saupoudrer une énigme bien ficelée mais classique de nombreuses digressions humoristiques, de jeux de mots plus ou moins réussis et d’un second degré souvent plaisant. Il accouche ainsi d’une satire enlevée et fort divertissante qui ne renouvelle pas le roman de mystère mais s’applique cependant à offrir au lecteur un véritable plaisir de lecture. Qu’il en soit remercié !

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Policier, #Whodunit, #Simon Brett

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Publié le 28 Juillet 2017

ILS ETAIENT QUATRE A TABLE de John Dickson Carr

Ils étaient quatre à table…sauf que l’un d’entre eux est à présent décédé. Tout avait pourtant commencé par une bonne soirée entre amis désirant discuter et partager quelques cocktails. Blystone le chirurgien, la critique d’art Bonita Sinclair, l’égyptologue Bernard Schumann et le businnesman Felix Haye ont pourtant été empoisonnés à l’atropine. Si les trois premiers se réveillent simplement intoxiqués, Haye, lui, a été en outre poignardé. Qui a pu vouloir l’assassiner ? Serait-ce lié à ces cinq petites boites contenant des révélations apparemment importantes déposées par Haye chez son avocat peu avant son décès ? Des boites qui, d’ailleurs, ont-elles-aussi disparus, l’étude ayant été cambriolée la nuit où le crime fut commis. Les deux affaires sont forcément liées. Le célèbre Henry Merrivale va mener l’enquête et tenter, tout d’abord, de comprendre comment les quatre invités ont pu être empoisonnés alors que les rescapés affirment que nul n’a pu verser le poison dans leur verre.

Originellement publié sous le pseudonyme de Carter Dickson voici un roman policier très classique mais plaisant qui ajouter au traditionnel « whodunit » un problème de « howdunit », le crime impossible étant la spécialité de John Dickson Carr. Ici nous avons affaire à un empoisonnement qui laisse perplexe les enquêteurs. Une variante assez rare du problème de la chambre close dont, plus récemment, Doherty avait offert une variation avec son très plaisant L’ASSASSIN DE SHERWOOD.

Comme souvent avec Carr, l’intrigue est tortueuse, les fausses pistes nombreuses et les retournements de situation, proposés à intervalles réguliers pour relancer l’intérêt, efficaces. Le roman ne sombre pas, cependant, dans l’extrême complexité d’autres œuvres de Carr (pas toujours très digestes avec leurs digressions nombreuses) et le procédé utilisé par le meurtrier se révèle finalement fort simple (mais, comme toujours, il fallait y penser !). Néanmoins, on retrouve les scories coutumières du romancier, en particulier ce Merrivale quelque peu insupportable et toujours très satisfait de son intelligence : il connait dès le départ la solution mais refuse de la donner et invite les enquêteurs à réfléchir au problème.

L’humour, fort présent, rend heureusement le bouquin agréable et lui évite l’austérité de certains Carr qui tiennent davantage du problème intellectuel insoluble que du divertissement. Les dialogues bien troussés confèrent à l’ensemble un rythme soutenu et la galerie de protagonistes (et donc de suspects) restreintes transforme le tout en un véritable jeu à la Cluedo des plus sympathique. On peut rapprocher le livre du similaire CARTES SUR TABLE d’Agatha Christie publié l’année suivante où, là aussi, quatre personnes sont réunies autour d’une table (pour jouer aux cartes) et l’une d’elles est mystérieusement assassinée.

S’il n’est pas le meilleur ou le plus élaboré des problèmes conçus par Carter Dickson / John Dickson Carr ILS ETAIENT QUATRE A TABLE assure au lecteur un bon moment de détente et, par sa relative simplicité, peut même être conseillé aux novices du romancier qui souhaiteraient faire plus amples connaissances avec le maitre incontesté (du moins avant la naissance de Paul Halter) du crime impossible.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Policier, #Whodunit, #Golden Age, #Impossible Crime, #John Dickson Carr

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Publié le 26 Juillet 2017

Mr MERCEDES de Stephen King

 

L’Amérique des années 2010…un pays en pleine crise. Des centaines de chômeurs désespérés se pressent devant les portes du City Center pour arriver les premiers à l’ouverture de la grande foire de l’emploi qui leur permettra, peut-être, de décrocher un job. Certains poireautent durant toute la nuit. Lorsque pointe l’aube, un type surgit dans une Mercedes grise. Il fonce dans la foule, fait huit morts et bien davantage de blessés. Pas de mobile si ce n’est l’envie de tuer. Pas d’indice. Pas de piste. Le tueur, surnommé Mr Mercedes, ne sera jamais appréhendé. Il se nomme en réalité Brady Hartsfield, un jeune passionné d’informatique cumulant deux emplois : réparateur dans un magasin d’électronique durement touché par la crise et vendeur de glaces dans sa petite camionnette. Très pratique pour espionner les gens car, franchement, qui se soucie du marchand de glace ? Brady vit toujours chez sa mère, une alcoolique avec laquelle il entretient une relation trouble, pour ne pas dire incestueuse. Plus jeune il s’est déjà débarrassé de son petit frère handicapé. La tuerie du City Center a suffi à canaliser sa rage et il ne compte pas récidiver. Du moins cherche-t-il à s’en convaincre. 

Bill Hodges, de son côté, est un officier de police récemment retraité qui songe au suicide en se gavant de télévision. Il a la satisfaction du devoir accompli même si, forcément, il a dû quitter la police en laissant quelques affaires en suspens. Comme celle du tueur à la Mercedes, par exemple.

Spoiler:

Jaloux des honneurs reçus par l’ancien flic, Brady vient le narguer, d’abord par lettre puis en lui donnant rendez-vous sur un réseau social privé, le Parapluie bleu de Debbie. Après avoir demandé conseil à un de ses rares amis, le jeune Noir Jerome Robinson qui s’y connait en nouvelles technologies, Bill accepte le défi de Mr Mercedes. Il remet ainsi en cause la thèse officielle concernant Olivia Trelawney, propriétaire de la Mercedes ayant servi au massacre. Rongée par la culpabilité, Olivia s’était suicidée après avoir entendu les voix de ses victimes mais Bill découvre qu’elle a été poussée à se donner la mort par le sadique

Ragaillardi par son enquête, Bill décide de traquer Mr Mercedes. De son côté, Brady veut se faire exploser durant un concert du boys band ‘Round here auquel assisteront la mère et la sœur de Jerome Robinson.

Mr MERCEDES de Stephen King

Récompensé par le Edgar Award décerné par les « Mystery Writers of America », MR MERCEDES a été décrit par Stephen King comme son premier « hard boiled detective novel ». On y retrouve, en effet, le personnage classique de l’ancien flic : actif durant sa carrière, honoré lors de sa pension, il se retrouve une fois à la retraite désœuvré et incapable de trouver un sens à sa vie. Affalé devant la télé, son révolver à portée de la main pour en finir le jour où il ne pourra plus supporter son existence, il va replonger et devenir un « tonton », autrement dit un ancien policier qui, retiré du service actif, continue à poursuivre les criminels. Aidé par son jeune ami Jérome, spécialiste de l’informatique, le vieux flic se lance sur les traces d’un maniaque adepte du meurtre de masse.

Durant 670 pages, Stephen King, de manière très efficace, alterne les points de vue des deux antagonistes : il passe de l’officier Hodges au redoutable Mr Mercedes en une suite de chapitres très courts qui confèrent un rythme haletant au roman en dépit de sa longueur et de quelques digressions typiques du romancier. En conteur hors pair possédant un incroyable métier (MR MERCEDES constitue son 62ème roman !), le King brosse un portrait psychologique très vraisemblable du héros et de son adversaire. Tous deux s’émancipent rapidement des clichés pour devenir parfaitement crédibles, de même que les personnages secondaires, du jeune Noir très intelligent qui s’amuse à parler « p’tit nègre » à la quadragénaire névrosée trouvant dans cette traque manière à échapper à sa mère dominatrice. Si les rebondissements ne sont pas très nombreux, certains sont réellement surprenants et le suspense, lui, est constant jusqu’à un troisième acte mené tambour battant, véritable course contre la montre visant à stopper le dingue muni d’une ceinture d’explosif en plein concert d’un boys band à minettes.

Et puis, bien sûr, Stephen King n’a rien perdu de son talent d’écrivain et sa prose, quoique certains continuent à la dénigrer, possède une force évocatrice indéniable tant le bonhomme a le sens de la formule impeccable, de la métaphore percutante et de la citation bien trouvée. En dépit du caractère réaliste, brutal et terriblement contemporain du récit (débuté peu avant les attentats de Boston), MR MERCEDES garde pourtant un côté optimiste réjouissant accentué par quelques références aux œuvres antérieures de King et de nombreuses touches d’humour.

Une éclatante réussite.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Policier, #Thriller, #Stephen King

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Publié le 16 Juillet 2017

NOEL TRAGIQUE A LEXHAM MANOR de Georgette Heyer

L’Anglaise Georgette Heyer (1902 – 1976) fut une prolifique auteure de romans historiques. Elle débute très jeune dans l’écriture puisqu’elle publie son premier livre, THE GREAT ROXHYTHE, en 1923.  Par la suite, Heyer devient une spécialiste de la romance historique située, généralement, durant la période de la Régence. Beaucoup furent publiés chez nous par Harlequin (ou Milady). Heyer écrit également de nombreux romans policiers, lesquels se vendent nettement moins que ses romances (en moyenne  16 000 exemplaires pour les premiers,  plus de 100 000 pour les seconds). La romancière considérait d’ailleurs ses œuvres policières comme « une diversion intellectuelle proche des mots croisés ». Elle écrira une douzaine de romans d’énigme avec l’aide de son mari qui, souvent, fourni les bases des intrigues et des personnages.

NOEL TRAGIQUE A LEXHAM MANOR constitue un bel exemple de whodunit à l’ancienne dont le classicisme se voit tempéré par une dose humour et un rythme bien géré. La romancière ne perd pas de temps pour introduire ses protagonistes et évoquer leur aménité. Car, quoi de mieux qu’une réunion  de famille un soir de Noël pour cultiver les rancœurs, lesquelles mèneront forcément au crime de l’instigateur de la fête,  Nathaniel Herriard, retrouvé poignardé dans son bureau fermé à clé. L’inspecteur Hemingway de Scotland Yard se voit chargé de l’enquête et les suspects, probablement motivés par l’héritage, ne manquent pas. Mais comment expliquer ce crime en apparence impossible ? 

La Nativité inspira fréquemment les auteurs de l’Age d’or puisque ces réunions de famille fournissaient l’occasion de dévoiler des secrets enfouis et de supprimer quelques tyrans familiaux. LE NOEL D’HERCULE POIROT d’Agatha Christie vient immédiatement à l’esprit mais on peut aussi citer le MEURTRE A L’ANGLAISE de Cyril Hare, LE CERCUEIL DE NOEL de Ngaio Marsh, le AU DOUZIEME COUP DE MINUIT de Patricia Wentworth, LES NEUF TAILLEURS de Dorothy Sayers ou encore LE MYSTERE DES TROIS CROIX d’Ellery Queen. Un véritable sous-genre du roman d’énigme, ici joliment illustré par une Georgette Heyer menant adroitement sa barque en présentant une  belle brochette de suspects : le frère de la victime (Joseph), son neveu (Stephen), sa nièce (Paula), leur compagne et compagnon respectifs (l’auteur dramatique en devenir Roydon, la volage et futile actrice Valerie Dean), sans oublier la cousine Mathilda, l’associé de la victime, et les domestique.

Archétype du whodunit (et du howdunit), NOEL TRAGIQUE A LEXHAM MANOR joue à ce point des clichés et conventions du genre que le roman verse pratiquement dans l’auto parodie pince sans rire : rien ne manque au catalogue, de la femme fatale ultra vénale et stupide à la jeune fille intelligente et effacée en passant par un maitre d’hôtel caricatural. Ne manque qu’un crime en chambre close inexplicable et la disparition mystérieuse d’un apparemment anodin bouquin historique pour couronner un récit légèrement prévisible. L’identité de l’assassin semble en effet évidente à mi-parcours et la méthode utilisée – inspirée par l’assassinat de l’impératrice Elizabeth d’Autriche – n’est pas vraiment originale et a déjà été employée à maintes reprises (on en trouve d’ailleurs une variante récente dans le troisième épisode de la sixième saison de « Meurtre au paradis » d’ailleurs intitulé « The Impossible Murder »).

En dépit de ces bémols, NOEL TRAGIQUE A LEXHAM MANOR se lit avec plaisir : c’est (relativement) court, rythmé, efficace et les dialogues bien écrits, très vivants et souvent amusants rendent le roman fort plaisant.  Conseillé !

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Policier, #Whodunit, #Golden Age, #Impossible Crime, #Georgette Heyer

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Publié le 8 Juillet 2017

L'ASSASSIN HABITE AU 21 de Stanislas André-Steeman

Publié en 1939 et porté à l’écran trois ans plus tard, L’ASSASSIN HABITE AU 21 demeure le classique incontournable de Stanislas André-Steeman, auteur liégeois d’excellents romans d’énigme. Fréquemment adapté au cinéma dans les années 40 et 50, Steeman est, aujourd’hui, oublié des scénaristes et quelque peu négligé. Un tort vu la qualité de ses intrigues, souvent ramassées (moins de 200 pages pour la plupart) et rythmées.

L’ASSASSIN HABITE AU 21 se déroule à Londres durant les années ’30.  La ville, plongée dans le brouillard, est terrorisée par un assassin cupide qui tue ses victimes à l’aide d’un sac de sable pour les dépouiller de leurs parfois très maigres économies. La police n’arrive pas à coincer le meurtrier qui signe ses méfaits en laissant sa carte de visite : Mr Smith. Toutefois, un tuyau conduit la police vers la pension de famille du 21 Russell Square. Cependant, qui, parmi les occupants, peut être le coupable ? Les policiers demandent à un  nouvel arrivant, le professeur Julie, de leur servir d’espion mais, dès la première nuit qu’il passe au 21, Mr Julie est assassiné. Il ne laisse qu’un message énigmatique : il b… Dès lors le coupable est-il Mr Collins, le bègue, le docteur Hyde, le boiteux, Boris Andreyew, passionné de broderie ou bien le prestidigitateur hindou Lalla-Poor. A moins qu’ilne s’agisse du major Fairchild, retraité de l’armée des Indes ou encore d’Ernest Crabtree, complètement dominé par son épouse ? Mr Collins est finalement arrêté mais, durant son emprisonnement, Mr Smith commet un nouveau crime.

Contrairement à son adaptation cinématographique, le roman ne met pas en scène Monsieur Wens, le détective récurrent de Steeman. Mais l’énigme ne manque cependant pas d’attrait (peut être la solution apparaitra t’elle légèrement attendue pour les afficionados du whodunit ?) et évolue sur un rythme soutenu, présentant tour à tour les différents suspects. Inculpés puis disculpés lorsque Mr Smith commet un nouveau crime, ils finissent d’ailleurs par attendre tranquillement, sans même chercher à nier leur culpabilité, qu’un meurtre soit commis. D’où une ambiance particulière, une sorte d’angoisse flegmatique alimentée par la brume noyant la capitale anglaise. L’humour, très présent, fonctionne agréablement et l’auteur joue fair-play avec le lecteur en lui proposant, en référence directe à Ellery Queen, un défi à deux reprises.

Servi par une écriture classique, au vocabulaire à la fois simple et précis, le roman est très vivant, avec des dialogues bien écrits qui donnent beaucoup de charme aux différents interrogatoires menés par les policiers. Inscrit dans le cadre temporel (les années ’30) et géographique (l’Angleterre, mais ici confinée dans une pension de famille qui tient du véritable microcosme sociétal) typique des classiques du roman policier de l’Age d’Or, L’ASSASSIN HABITE AU 21 n’a pas volé sa réputation  de classique du whodunit toujours aussi agréable à lire ou à relire.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Policier, #Whodunit, #Golden Age, #Stanislas André-Steeman

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Publié le 30 Juin 2017

AU CŒUR DU LABYRINTHE de Margery Allingham

Publiée en 1930, cette seconde aventure d’Albert Campion continue à brouiller les pistes concernant cet étrange protagoniste, envisagé au départ comme une parodie du Lord Peter de Dorothy Sayers. Son identité est d’ailleurs mystérieuse, quoique l’on sache qu’il se prénomme en réalité Rudolph. Ayant utilisé de nombreux alias, souvent aux frontières de la légalité comme en témoignent ses connaissances dans le crochetage des serrures, Campion doit aider un juge américain, Crowdy Lobbett, à déjouer les plans de l’organisation criminelle Simister. Après avoir échappé à plusieurs tentatives de meurtres, Lobbett voyage sur un navire en partance pour l’Angleterre. Là, l’intervention opportune de Campion lui sauve à nouveau la vie. Par la suite, le gentleman aventurier prend sous son aile l’homme de loi qu’il cache dans le château de ses amis Giles et Biddy Paget, dans le petit village de Mystery Mile. Toutefois, l’arrivée d’un étrange chiromancien entraine des événements tragiques, dont le suicide du pasteur Swithin Cush. Peu après le juge Lobbett disparait au cœur du labyrinthe placé dans le jardin du château et Campion ne découvre qu’une valise remplie de livres pour enfants. C’est ensuite Biddy qui est enlevée et retenue en otage par l’organisation Simister.

Après la déception constituée par CRIME A BLACK DUDLEY, la première enquête d’Albert Campion, AU CŒUR DU LABYRINTHE ne s’avère guère plus convaincant. Les personnages sont relativement falots, Campion lui-même se montre souvent irritant et l’intrigue se révèle un peu confuse en multipliant les sous-intrigues, les coups de théâtre et les révélations concernant l’identité des uns et des autres. L’enquête en elle-même n’est pas très palpitante et la juxtaposition des clichés du whodunit classique (un château isolé dans lequel se confrontent divers suspects, un gentleman exerçant en dilettante ses talents de détective) et du thriller à base de mafia et autres organisations criminelles omniscientes dirigées par un grand méchant mystérieux (assimilé textuellement à un émule de Fantomas) ne fonctionne pas vraiment. Le tout se rapproche des romans policiers d’Edgar Wallace dans lesquels la science déductive du héros est peu exploitée, l’auteur privilégiant les machinations criminelles, les coups tordus, les enlèvements, meurtres et autres séquestrations qui conduisent l’intrigue et la font progresser de retournements de situations en révélations fracassantes au détriment d’une véritable enquête. AU CŒUR DU LABYRINTHE avance dès lors de manière quelque peu erratique : les tentatives de meurtres sur le juge cèdent la place à son enlèvement qui passe à son tour au second plan une fois Biddy kidnappée.

Les romans d’Allingham délaisseront, par la suite, ce côté thriller pour se conforter davantage aux conventions du whodunit…Tout n’est donc pas perdu pour les amateurs du genre.

 

 

AU CŒUR DU LABYRINTHE de Margery Allingham

Disponible dans l'omnibus "La maison des morts étranges et autres aventures d'Albert Campion"

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Policier, #Whodunit, #Golden Age, #Margery Allingham

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Publié le 21 Juin 2017

NARCOSE de Christianna Brand

 

L’inspecteur Cockerill revient pour la seconde de ses sept enquêtes dans ce classique du whodunit qui figure d’ailleurs en 84ème position sur la fameuse liste des « cent meilleurs romans policiers » établie par la Crime Writers’ Association.

L’histoire se déroule durant la Seconde Guerre Mondiale (ce qui, finalement, n’est pas si fréquent) et prend place dans cette période trouble du blitz, avec cette crainte des bombes qui tombent régulièrement et cet hôpital peuplé de blessés dans lequel, pourtant, la vie continue de manière quasi normale entre les alertes. Un jour, suite à une de ces attaques, le facteur Higgins est conduit sur la table d’opération. Cela devrait être une intervention de routine mais, pourtant, il décède lors de l’anesthésie. Rapidement, cette mort semble suspecte et l’inspecteur Cockrill débarque pour tenter de découvrir l’assassin. Après une deuxième victime, le policier semble persuadé que le criminel appartient à un petit cercle de six suspects tous membres du personnel hospitalier. Bien sûr, chacun d’eux possédait une raison de tuer le pauvre facteur, à l’exception, peut-être, du major Moon. Mais, comme on dit, dans les romans policiers le plus innocent se révèle toujours coupable au final…

Sans doute le roman le plus célèbre de Brand (adapté sous le même titre pour l’écran en 1946), voici un exemple classique mais fort bien mené d’énigme policière : lieu clos, nombre de suspects réduit, inspecteur de police obstiné qui a tout compris mais ne peut rien prouver, révélations en cascades, secrets enfouis qui ressurgissent, etc.

Brand joue admirablement de la « misdirection » pour pointer du doigt l’un ou l’autre coupables potentiels avant un coup de théâtre final qui surprendra probablement la majorité des lecteurs quoique tous les indices aient été habilement disséminés au cours d’un roman adepte du fair-play. Bien sûr, l’ensemble peut sembler quelque peu suranné, notamment dans les dialogues (un brin artificiel mais ce défaut est peut-être imputable à la traduction) et certaines situations parfois proches du mélodrame hospitalier. On y retrouve ce côté nonchalant lorsque les suspects se réunissent et discutent de manière très détachée des crimes commis par l’un d’entre eux. Mais, à côté de cette énigme astucieuse, Brand décrit également l’atmosphère de cet hôpital plongé dans la guerre avec ses rivalités, ses amourettes et ses petites mesquineries, véritable ilot en partie préservé du conflit qui fait rage aux alentours.

NARCOSE de Christianna Brand

En ce qui concerne la version cinématographique, elle se montre fort fidèle mais se permet quelques divergences en supprimant notamment l’un des personnages principaux (et toute la sous intrigue lui étant associée) ainsi, fatalement, que la conclusion. Le long-métrage bouleverse quelque peu la chronologie des événements mais, dans ses grandes lignes, il reste proche du texte original.

 

Du procédé utilisé par l’assassin au climax étonnant, NARCOSE peut se qualifier d’ingénieux et trois quart de siècle après sa publication, ce roman relativement court (220 pages) se savoure toujours avec le même plaisir. Un classique du whodunit, à redécouvrir.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Policier, #Whodunit, #Golden Age, #Christianna Brand

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Publié le 19 Juin 2017

SHERLOCK HOLMES ET LE MYSTERE DU HAUT KOENIGSBOURG de Jacques Fortier

Les pastiches littéraires de Sherlock Holmes sont aujourd’hui innombrables à tel point que le « canon » légué par Conan Doyle parait bien mince face à ces dizaines (centaines ?) d’imitations plus ou moins inspirées.

Cette nouvelle enquête se situe en 1909 alors que l’Alsace-Lorraine est retourné dans le giron allemand et que Guillaume II s’est mis en tête de restaurer le château du Haut-Koenigsbourg alors en ruines. Détective à la retraite, Sherlock Holmes, sollicité par son frère Mycroft, mène l’enquête, sous couvert d’écrire un guide des forteresses médiévales, en compagnie de l’indispensable Watson. Un trésor inestimable serait, en effet, enfoui au cœur du château. Mais il pourrait s’agir d’une bien plus redoutable arme qui pourrait s’avérer décisive dans la Grande Guerre annoncée…

Ecrit pour célébrer le cent-cinquantième anniversaire de la naissance de Doyle, ce roman fut un joli succès de librairie qui eut même droit à son adaptation en bande dessinée. Mérité car l’auteur, le journaliste alsacien Jacques Fortier, connait bien la région décrite et le roman se veut, en quelque sorte, un guide de voyage destiné à faire découvrir au lecteur les richesses de l’Alsace, tant architecturales que culturelles, historiques et culinaires. Le tout débute ainsi en 1190, à la mort de l’empereur Barberousse, avant de voyager à travers les siècles jusque 1909, année où se déroule l’affaire que Watson relatera bien des années plus tard, ce qui permet de visiter non seulement le Haut-Koenigsbourg mais également Strasbourg, sans oublier un détour par Pierrefonds.

Nous sommes en présence d’un pastiche enlevé, court (192 pages) et donc rythmé en dépit de quelques descriptions informatives qui ralentissent la lecture en particulier durant les premiers chapitres parfois très (trop ?) proches de celles du « guide du routard ». L’enquête en elle-même manque peut-être un peu de tonus mais se suit sans déplaisir et Holmes préfigure parfois Indiana Jones puisqu’il finit par découvrir un artefact religieux légendaire convoité par l’Allemagne à des fins de propagande (non il ne s’agit pas du Graal). Les puristes de Conan Doyle risquent par conséquent de tiquer mais le personnage a depuis longtemps perdu sa stature réaliste pour devenir une sorte d’archétype, voire de super-héros, aussi ingénieux que courageux, inégalé dans la déduction et infaillible dans la résolution de mystères souvent aux frontières du réel.

Roman d’aventures policières teinté de références historiques et ésotériques (nous étions alors – en 2009 - en pleine vogue de ce genre de thrillers mystiques ayant assuré le succès de Dan Brown), SHERLOCK HOLMES ET LE MYSTERE DU HAUT KOENIGSBOURG avance jusqu’à sa conclusion sans ennuyer le lecteur, l’auteur agrémentant son récit de touches humoristiques bienvenues et des inévitables références littéraires aux énigmes les plus célèbres résolues par Holmes. Dans la masse des pastiches holmésiens, cette énigme rhénane se révèle au final plutôt convaincante.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Policier, #Whodunit, #Aventures, #Sherlock Holmes

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