policier

Publié le 15 Octobre 2021

MORIARTY, TOME 9 de Ryosuke Takeuchi

Et revoilà la famille Moriarty au grand complet, prête pour de nouvelles aventures dans lesquelles, cette fois, n’intervient pas Sherlock. Après s’être occupé de l’affaire Jack l’Eventreur et avoir engagé Irène Adler (rebaptisée pour l’occasion…James Bond !), nos frères organisent un thé, prétexte à un épisode amusant où ils seront courtisés par toutes les célibataires entreprenantes de la région. Un chapitre très léger mais plaisant avant le retour aux affaires sérieuses grâce à Milverton, lequel s’était signalé brièvement à la fin de l’affaire sur Jack. Ici, le voici bien décidé à percer l’énigme du « prince du crime ». Voici le prétexte à une histoire en deux chapitres sur l’enfance des Moriarty. James et William sont à l’orphelinat mais imagine déjà les grandes lignes de leur projet de lutte contre la noblesse pourrie d’Angleterre. Nous aurons droit à un étrange procès basé sur le principe du Marchand de Venice, un récit quelque peu décalé et forcément théâtral avec intervention d’avocat, plaidoiries et objections ! L’intrigue est ingénieuse, les rebondissements nombreux, c’est bien ficelé, référencé sans sombrer (comme cette série le fait parfois un peu trop, surtout dans les derniers volumes) dans le fan-service à base de citations quasi parodiques.

Le dernier épisode annonce la suite en présentant un « chevalier blanc », un député soucieux d’égalité qui va croiser les Moriarty et Milverton. Est-il sincère ? Va-t-il s’en sortir ? Il faudra attendre le tome 10 pour la conclusion de cet arc intéressant.

A la fois respectueux et innovant, n’hésitant pas à opérer un mix de mythologie proche des traditions du steampunk (c’est la bonne époque alors on ne dira rien), MORIARTY constitue jusqu’ici une saga fort appréciable qui a, certes, connu des hauts et des bas mais, demeure, dans l’ensemble divertissante et efficace. Agréable, futé et bien charpenté, ce tome donne encore envie de prolonger l’aventure.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Historique, #Policier, #Sherlock Holmes, #Manga

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Publié le 13 Octobre 2021

ELEMENTAIRE MON CHER CONAN DOYLE

Quatre nouvelles, tirées et traduites d’une imposante anthologie anglo-saxonne consacrée aux pastiches, épigones et autres apocryphes du « canon » (THE BIG BOOK OF SHERLOCK HOLMES STORIES). La première est particulière puisque signée de Conan Doyle en personne. Elle revient sur les capacités de déductions exceptionnelles de Sherlock et la manière dont « Watson comprit le truc », autrement dit comment il tente de singer la fameuse méthode du détective. Une petite récréation, très courte, qui démontre surtout que Conan Doyle avait bien le droit de se moquer gentiment de ses personnages. D’autres le firent de manière moins réussie.

Leslie S. Kinger (un spécialiste de Sherlock) propose ensuite une bizarre « affaire de la caisse en bois » au sujet d’un bras tranché retrouvé… dans une caisse de bois (d’où le titre !). Holmes résoudra évidemment cette énigme surprenante sur fond de cannibalisme. Bien emballé et dans l’ensemble efficace et prenant, quoique le lecteur devine assez rapidement où l’auteur veut en venir.

Avec Barry Day et son « affaire du curieux canari », nous suivons le détective dans ses déductions afin de résoudre un étrange meurtre en chambre close assez joliment orchestré. L’auteur a écrit cinq autres romans pastiches dédiés à Holmes. L’histoire est habile, bien charpentée, la résolution quelque peu attendue (l’auteur ne triche pas avec le lecteur) et en dépit d’explications un rien bavarde bien menée. Cela se suit donc avec plaisir.

La dernière nouvelle (« L’énigme de la main invisible ») se montre la plus originale, la plus documentée et sans doute la plus passionnante, elle capture excellement l’ambiance des récits de Conan Doyle en confrontant Sherlock à Bertillon. Français pionnier de la police scientifique et de la rigueur dans les enquêtes, Bertillon s’oppose néanmoins à Sherlock au sujet des empreintes digitales, qu’il juge inutile pour découvrir un coupable. Le récit s’épanouit sur plusieurs années et permet au détective consultant d’œuvrer à l’innocence de Dreyfuss et même à résoudre l’énigme de l’assassinat du président français Félix Faure. Une longue nouvelle qui justifie à elle-seule la lecture de ce recueil de qualité. Une lecture rapide, fun et érudite qui plaira aux amateurs du détective.

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Publié le 27 Septembre 2021

L'HERITAGE GREENWOOD de Jacques Sadoul

Carol Evans, ancienne agent de la CIA, spécialiste des arts martiaux, mise en congé forcé pour « folie homicide », se repose à Los Angeles en cet été des années ’80. Elle y est témoin d’une tentative d’enlèvement sur Amanda Greenwood, riche héritière dont le frère, Baynard, sera ensuite assassiné. Très intéressée par Amanda, Carol va jouer à la détective amatrice pour résoudre l’énigme…

Premier roman du cycle « Carol », L’HERITAGE GREENWOOD fonctionne très plaisamment, avec son intrigue tortueuse et riche en rebondissement, bien ramassée sur un peu plus de 200 pages. Sadoul combine ici le polar « hard boiled » et le whodunit. Dans le premier on tape plus souvent qu’on ne cause et les coups de poings sont plus nombreux que les instants de réflexion. Dans le second l’auteur donne la priorité au puzzle avec suspects, interrogatoires de coupables potentiels et révélations finales. Des conceptions en apparence antinomiques du « policier » mais adroitement mélangée par un Sadoul inspiré qui reprend en quelque sorte le meilleur des deux mondes, retrouvant la verve et l’efficacité des « detective novels » des Grands Anciens à la Chandler ou des bouquins plus récents de Bill Pronzini ou Gregory McDonald.

L’originalité vient également du personnage de Carol elle-même, agent secret aux pulsions meurtrières (« je ne tue pas par plaisir mais je ne peux pas m’en empêcher ») attirée par les femmes, ce qui, dans le polar des années 80, n’était pas si courant. Elle a un côté anti-héros prononcé, n’hésite pas à recourir à des méthodes disons discutables pour avancer dans son enquête, semble parfois prête à disjoncter ou à sombrer dans une psychopathie sanglante. Bref, elle n’est pas un personnage parfait, elle a ses contradictions et ses défauts mais son épaisseur la rend attachante

Le style, pour sa part, se montre net, sans bavures ni fioriture, bref une efficacité au service de l’action et du récit, sans circonvolutions stylistiques ou envolées lyriques, sans commentaires sociétaux comme dans de trop nombreux polars français dit « engagés » (à gauche bien sûr, Carol étant, elle, plutôt à droite). L’auteur avance dans son récit sans se perdre en route, le rythme enlevé étant directement hérité du roman pulp avec ses retournements de situation savamment distillés toutes les 20 ou 30 pages.  

Le cycle de Carol (et cet HERITAGE GREENWOOD) constitue un très bon exemple de polar d’énigme avec, déjà, un léger parfum nostalgique (années 80 oblige). Des enquêtes rondement menées, pleines de péripéties, souvent brutales voire violentes mais sans négliger une ironie bien présente et une touche de second degré salutaire ainsi qu’un côté sexy assumé sans se montrer inutilement démonstratif. De la littérature populaire, dans le meilleur sens du terme, qui ne vise qu’à divertir sans prendre le lecteur pour un idiot. On en redemande !

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Jacques Sadoul, #Polar, #Policier, #Whodunit, #LGBT

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Publié le 20 Septembre 2021

LE CLOCHER DE NOEL ET AUTRES CRIMES IMPOSSIBLES de Roland Lacourbe

Roland Lacourbe s’est fait le spécialiste des récits de meurtres en chambre close et autres crimes impossibles via de nombreuses collections de nouvelles souvent efficaces. Cette nouvelle anthologie ne surprendra donc pas l’amateur, d’autant que la plupart des textes furent précédemment publiés dans d’autres « compilations » de Lacourbe. Heureusement, les récits s’avèrent de bonne tenue et les lire (ou, le plus souvent, les relire) permet de passer un bon moment.

Les nouvelles sont souvent anciennes, notamment « Le suicide de Kiairos » de Frank L. Baum (auteur du fameux MAGICIEN D’OZ) datée de 1897 que l’on peut donc qualifier de classique ou de précurseur du thème. Matthias McDonnel Bodkin propose de son côté une amusante enquête à propos de diamants disparus tandis que la Machine à Penser, le fameux détective de Jacque Futrelle, brille à nouveau avec une histoire de boule de cristal et de voyance fort bien orchestrée. Une des réussites du recueil qui invite à se pencher sur le « best of » que Lacourbe a consacré spécifiquement à Futrelle, écrivain disparu voici plus d’un siècle lors du naufrage du Titanic.

Dans les grands classiques que l’on prend plaisir à lire ou relire « Le problème du pont de Thor » demeure une des rares occasions où Sherlock Holmes s’est trouvé confronté à un crime apparemment impossible. La solution, très ingénieuse dans sa simplicité, ne déçoit pas. Une des meilleurs énigmes concoctées par Conan Doyle. Michel Leblanc, lui aussi, a offert un meurtre impossible dans la tradition du MYSTERE DE LA CHAMBRE JAUNE à son Arsène Lupin confronté à une mort inexplicable dans une cabine de chambre. Pas mauvais mais un peu trop inspiré de Leroux.

De son côté, G.K. Chesterton se sert, une fois de plus, du récit policier pour permettre à son Père Brown de discourir de manière philosophique tout en résolvant un crime dont la victime serait une sorte de vampire. L’Oncle Abner, autre détective de l’âge d’or, débroussaille une énigme insoluble à la solution certes tarabiscotée mais fort ingénieuse. Plaisant.

Autre classique, « l’indice de la feuille de thé », récit quasi archétypal du meurtre impossible déjà publié à maintes reprises. La simplicité de la solution et son élégance en rendent la lecture toujours aussi agréable.

Lacourbe termine par deux nouvelles plus récentes : « du mouron pour les petits poissons » qui témoigne une nouvelle fois de l’imagination débordante de Joseph Commings en proposant le meurtre d’un scaphandrier, poignardé alors qu’il explore, seul, un navire naufragé. Enfin, dans un registre tout aussi imaginatif, Edward D Hoch termine ce recueil avec son fameux docteur Hawthorne, lequel tente de disculper un Bohémien du meurtre du prêtre local, assassiné dans son clocher. L’auteur propose ici une première solution (quelque peu décevante) avant une seconde, plus élaborée, qui s’assortit d’une réflexion sur la justice personnelle.

Au final, une bonne anthologie que l’on conseillera néanmoins plutôt aux lecteurs profanes, la plupart des nouvelles étant bien connues des amateurs, lesquels seront toutefois satisfaits de cette sélection de bonne qualité.

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Publié le 10 Août 2021

LE MONSTRE DU LOCH NESS de Christian Jacq

Christian Jacq emmène son inspecteur intemporel, Higgins, en Ecosse pour une nouvelle enquête dont le principal suspect n’est autre que Nessie, le fameux monstre du Loch Ness. Deux corps ont en effet été découverts, étrangement mutilés. Très vite, la rumeur enfle, les médias s’emparent de l’affaire et les touristes affluent. Higgins, lui, reste pragmatique et méthodique, interrogeant divers suspects et adoptant une attitude plus terre à terre. L’inspecteur flaire l’entourloupe. Mais si le meurtrier n’est pas Nessie, qui peut-il être ?

La saga des « Enquêtes de l’inspecteur Higgins » s’inscrit dans une tradition de whodunit à l’ancienne, gentiment surannée et souvent teintée d’un climat empreint de fantastique, de mystère ou d’étrange. L’auteur se lance donc fréquemment sur les traces de John Dickson Carr ou de Conan Doyle. Quoique située à note époque, l’enquête aurait pu se dérouler voici un siècle sans qu’elle nécessite de réelle réécriture. L’essentiel du roman propose donc différentes rencontres avec des personnages pittoresques : le chef de clan des Highlands qui rêve d’un soulèvement contre l’Anglais, la responsable d’un petit musée local dédié à Nessie, le vieux libraire bougon, la nymphette virginale un brin foldingue, le paléontologue qui veut prouver l’existence du monstre, une sorcière locale escortée de son chien nommé Lucifer, etc.

Christian Jacq (précédemment dissimulé sous le pseudo de J.B. Livingstone lorsque le bouquin s’intitulait LES DISPARUS DU LOCH NESS) soigne son atmosphère écossaise sans lésiner sur les clichés : plats bizarres, dégustation de whisky à la chaine, châteaux, légendes et hantises,…Les Ecossais y sont décrits de manière caricaturale mais avec un côté chaleureux qui fait pardonner les outrances de l’auteur. De toutes manières, l’ensemble vise surtout à amuser et à donner le sourire. L’enquête en elle-même s’avère par contre moins palpitante : elle se contente d’aligner les entrevues des différents suspects jusqu’à ce que l’inspecteur énonce la solution (un brin décevante) dans le dernier chapitre. Un épilogue légèrement attendu mais plaisant achève toutefois sur une note positive ce petit roman plus agréable que passionnant, suffisamment rythmé et court pour assurer au lecteur un bon moment de détente, que ce soit à la plage ou au coin du feu.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Humour, #Policier, #Whodunit

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Publié le 14 Juin 2021

LA RAIDE MORTE d'Eric Verteuil

Duo d’auteurs dissimulés sous le pseudo collectif d’Eric Verteuil, voici des vétérans du roman populaire ayant signé de nombreux bouquins dans les collections phares du Fleuve Noir. On les a croisé chez Angoisse, Special Police et enfin Gore où ils se signalèrent par des titres à la fois très sanglants, très sexe et très drôles (pour ne pas dire parodiques). Dans ce polar humoristique fort bien torché, le duo nous présente une mère de (bonne) famille, jadis riche mais aujourd’hui plutôt désargentée, du genre à devoir se restreindre sur le caviar et à ne plus pouvoir garder de domestiques. Bref, c’est la dèche, ou presque. Heureusement, la dame dispose d’un dernier atout mais important : une fille, pas vraiment futée mais très séduisante et pas vraiment timide. Du coup, un beau mariage arrangerait la situation et justement un riche propriétaire terrien ne semble pas insensible aux charmes de la nymphette. Bon, petit problème, le bonhomme a déjà fait un mariage, certes pas très heureux, mais dans ce genre de milieu le divorce est irréalisable. Le meurtre, par contre, n’est pas impossible. Evidemment, comme on dit un meurtre ça va mais plusieurs bonjour les problèmes. Et dans les petites villes de province en apparence bien tranquille les langues se délient un peu vite, entre femme de chambre trop prompte à bavarder, gigolo un peu trop sollicité, belle sœur trop portée sur la bagatelle et autres secrets cachés qui pourraient facilement dégénérer en scandale. Car tuer, passe encore, mais ruiner sa réputation pas question !

Les Verteuil livre ici un polar rondement mené, qui se lit rapidement, fertile en rebondissements pas toujours surprenants mais néanmoins amené avec professionnalisme. Le roman se montre donc solidement charpenté et l’intrigue possède un côté à la fois implacable et déconnant de bon aloi. Tandis que les crimes se multiplient chacun tente de résoudre l’énigme mais les policiers sont complètement à côté de la plaque et c’est un pauvre gigolo trop crédule qui sera finalement accusé de tous les maux.

LA RAIDE MORTE constitue donc une bonne surprise : c’est rythmé, enlevé, plein de bons mots et de considérations amusantes…l’assurance d’une soirée réussie et un roman qui donne le sourire tout en ne se fichant pas de construire une intrigue bien ficelée.

 

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Humour, #Polar, #Policier

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Publié le 27 Mai 2021

LA CLAIRVOYANCE DU PERE BROWN de G.K. Chesterton

Le Père Brown reste un des premiers grands détectives modernes en compagnie de Sherlock Holmes et de Dupin. Ce recueil reprend ses faits d’armes pour démêler diverses énigmes, des enquêtes publiées dans des magazines en 1910 et 1911. Autrement dit nous sommes au tout début (et même un peu avant !) de cette période ensuite dénommée le « golden age » de l’histoire de détection. La première originalité reste, évidemment, la personnalité de ce petit prêtre rondouillard, débrouillard et sagace qui profite des énigmes rencontrées pour professer une philosophie d’ailleurs plus humaniste que simplement religieuse en dépit de la conversion de l’auteur au catholicisme.

Occupant la 57ème place du fameux « top 100 » des meilleurs livres policiers établi par la Mystery Writers of America, LA CLAIRVOYANCE DU PÈRE BROWN garde son intérêt historique et propose quelques mystères bien ficelés. On peut, par exemple, citer « Le jardin secret », prototype souvent réédité des meurtres en chambre close (ou en jardin clos ici), « L’Homme invisible » dont le thème (ce qui est visible et ce qui nous est devenu invisible tellement nous avons perdu l’habitude de nous y intéresser) sera fréquemment repris dans les problèmes de crimes impossibles, « Le marteau de dieu », sans doute la nouvelle la plus connue de Chesterton traitant, encore une fois, d’un assassinat apparemment insoluble ou encore « Les 3 instruments de la mort » à la résolution hautement improbable mais cependant astucieuse et non dénuée d’un plaisant humour. Enfin l’original « Œil d’Apollon » fonctionne de belle manière et se clôt sur une chute efficace qui en font un des meilleurs récits de ce recueil.

Cependant, à côté de ces récits efficaces et réussis, d’autres paraissent plus datés comme tous ceux où intervient le cambrioleur Hercule Flambeau. Le style volontiers excessif et archaïque de l’auteur peut également s’avérer rébarbatif sur la longueur et il est sans doute préférable de lire ces histoires à petite dose plutôt qu’en une fois, sous peine d’indigestion.

En résumé ce recueil comprend une série d’histoires plaisantes, à l’intérêt historique indéniable, mais quelques peu inégales…Cinq ou six récits divertissants et réussis compensent néanmoins les nouvelles moins convaincantes ou trop datées pour passionner. Une lecture intéressante, instructive et sans doute nécessaire pour les amateurs de policiers traditionnels.

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Publié le 25 Mai 2021

CA C'EST DU BILLARD d'Ed Lacy

Jadis publié dans la collection « Un mystère », ce roman d’Ed Lacy jette un pont entre le récit d’énigme, le polar « dur à cuir » et le « policier » plus porté sur les aspects psychologiques. Tout débute par la mort d’un type banal, Frank Andersun. Ce-dernier devait prochainement se rendre en Europe après avoir gagné à un concours. Un flic, Ed Turner, se fait descendre également. Sa veuve, Betsy, en appelle à un privé, Barney Harris, un colosse ancien garagiste et haltérophile reconverti dans la filature pour élever sa petite fille. L’enquête s’annonce tortueuse et Barney tombe sur un paquet de suspects, de types louches, de putes sympas et de mafieux peu fréquentables.

Leonard S. Zinberg (1911 – 1968) débute dans le métier en 1940. Après quelques romans signés de son nom il adopte le pseudo d’Ed Lacy et rédige de nombreux polars dont une quinzaine seront traduits, principalement chez « Un mystère » ou à la « Série Noire ». Il écrit également beaucoup de nouvelles, notamment pour la revue d’Alfred Hitchcock et gagne le Prix Edgar Poe pour A CORPS ET A CRIME.

Dans CA C’EST DU BILLARD, le lecteur retrouve toute l’ambiance du polar des fifties avec les quartiers new-yorkais miteux, les prostituées au grand cœur, les macs minables, les détectives sur le retour, les flics corrompus « mais pas trop », les malfrats ringards et les combines improbables. Le roman alterne donc entre l’enquête du privé, narrée à la première personne, et les considérations des deux truands contraints au meurtre pour protéger une géniale arnaque,…L’originalité de cette combine et les tuiles successives qui en découlent annoncent des séries à la « Fargo » pour donner une référence contemporaine. Bref, c’est l’escalade meurtrière, la boule de neige qui fait déborder le vase et toutes ces sortes de choses.

Rythmé, énergique, costaud comme son héros, CA C’EST DU BILLARD reste l’assurance d’une bonne soirée lecture. Plaisant.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Polar, #Policier

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Publié le 23 Mai 2021

LA VAMP AUX YEUX VERTS de Erle Stanley Gardner

Publié en 1953 voici une des innombrables enquêtes policières de l’incorruptible avocat Perry Mason. Il doit aider une jeune femme qui, comme le titre l’indique, est une irrésistible beauté aux yeux vert, Sylvia Atwood, dont le père, Ned, a jadis amassé une fortune considérable. Or il semble qu’il ait ai emprunté cet argent à un type peu fréquentable, J.J. Fritch…un magot provenant, en réalité, d’un hold-up. Bien que Ned ait été de bonne foi l’origine douteuse de l’argent pourrait porter atteinte à sa réputation. Et Fritch menace de révéler toute l’histoire à la police à moins, bien sûr, que Ned paie le prix de son silence. L’histoire se complique, des meurtres se produisent et, encore une fois, Perry Mason va devoir se démener dans une intrigue tortueuse. Il sera même suspecté de meurtre mais résoudra l’affaire au tribunal.

Erle Stanley Gardner se trouve ici à son meilleur et a trouvé sa vitesse de croisière, le lecteur ne sera donc guère surpris du déroulement puisqu’il se conforme à la recette de tous les Perry Mason : une histoire complexe, des points juridiques obscurs, un chantage, un meurtre, un Mason combattif embarqué quasiment malgré lui dans le tourbillon des rebondissements et, forcément, un dernier acte au tribunal. Dans cette ultime partie le lecteur aura son content de révélations, surprises et « objection votre honneur ! » au cours d’une bataille de plaidoirie haletante. Le style de Gardner ne change pas : dégraissé au maximum, pratiquement dénué de descriptions, focalisé sur les dialogues,…Nous sommes presque dans une pièce de théâtre rythmée par les dialogues incisifs qui confèrent un côté haletant au récit. Le roman est ramassé à l’extrême, chaque scène étant pertinente, bien trouvée (quoique techniquement datée le long passage où Mason doit copier un enregistrement puis l’effacer afin de neutraliser le maitre-chanteur reste un bon moment de suspense) et efficace. Si Gardner mentionne un fait il sera utilisé dans la narration, que ce soit pour aider à la résolution de l’énigme ou, au contraire, pour embrouiller le lecteur en le conduisant sur une fausse piste.

Un solide whodunit bien emballé en moins de 200 pages : divertissant et plaisant, tout comme la plupart des Perry Mason. Les fans savent à quoi s’attendre et seront pleinement satisfaits.

 

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Policier, #Whodunit

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Publié le 20 Mai 2021

QUI A PEUR D'ED GARPO? de Fred Kassak

Sous ce titre en forme de clin d’œil à l’inventeur du roman policier se cache une série de dix nouvelles de longueur variée, certaine étant vraiment très courtes (3 ou 4 pages pour « Dédicace » et « L’âge des problèmes » qui misent tout sur leur chute), caractérisée par un humour noir prononcé, une ambiance macabre et une chute finale inattendue. Les sujets sont, eux, variés, et n’hésitent pas à plonger dans le fantastique afin de rendre davantage hommage à Edgar Poe. La nouvelle titre, en particuliers, s’inspire du « Cœur révélateur » de l’écrivain américain et suit un romancier français apprécié de la critique (mais guère lu) qui donne un petit coup de main à son neveu pour que celui-ci puisse publier une bande dessinée (horreur !) illustrant Poe (re-horreur !). Evidemment le jeune prodige reçoit tous les honneurs tandis que le grincheux écrivain sombre dans l’oubli. Jusque la chute.

On apprécie aussi « le bon motif » dans laquelle des agents d’assurances cherchent la petite bête afin, à chaque fois, de trouver une faille dans les contrats signés par leurs clients. Le but étant bien sûr de ne jamais payer les indemnités mais, à la manière des TALES FROM THE CRYPT, tel sera pris qui croyait prendre.

Dans ce recueil de 150 pages le lecteur croisera encore un homme capable de voir à travers les corps et découvrant donc les gens sous forme de squelettes en mouvement, un espion russe qui fait échouer le plan parfait d’une criminelle ayant apparemment pensé à tout, un spécialiste de l’envoutement, une femme qui fait un faux numéros et tombe à plusieurs reprises sur le même correspondant… et bien d’autres personnages originaux et bien brossés.

Les récits combinent donc joyeusement polar, fantastique, humour noir et comédie grinçante avec une prédilection pour les « bons moments » et les répliques qui fusent, sans s’interdire de verser dans l’absurde et en portant toujours un regard décalé sur des protagonistes le plus souvent malheureux voire pathétique. Kassak rappelle ici les maitres de la nouvelle très courte comme Robert Bloch ou Fredric Brown qui, eux aussi, donnaient volontiers dans un mélange d’ambiance « noire », de fantastique décalé et de comique acide. Un recueil très divertissant qui se déguste rapidement !

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Fantastique, #Humour, #Policier, #Recueil de nouvelles

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