science-fiction

Publié le 8 Juin 2022

TRAQUEMORT: TOME 1 - LE PROSCRIT de Simon R. Green

Golgotha, capitale de l’infâme Empire Galactique, sous le joug de Lionnepierre, dite la Garce de Fer. Les puissants écrasent toutes possibilités de révolte et se délectent des combats de gladiateurs dans les arènes. Owen Traquemort appartient aux privilégiées et se satisfait de son existence, partagée entre les plaisirs de la vie et l’étude de l’Histoire. Jusqu’au jour où, sur une lubie de Lionnepierre, il perd tout et devient un proscrit. Erudit peu concerné par les combats et la politique, Owen doit fuir vers l’unique planète qui échappe à l’Empire, Brumonde, repère des pires contrebandiers et crapules de la galaxie. De là, peut-être, pourra t’il lancer la rébellion.

Saga en huit tomes, chacun de 700 pages bien tassées, TRAQUEMORT débute rapidement par la chute de son héros, lequel passe de notable tranquille à proscrit. Déboussolé, il doit s’allier avec quelques personnages peu recommandables : une jeune criminelle, une chasseuse de primes, un révolutionnaire légendaire mais à bout de course, etc. Première étape dans le plan de révolte de Traquemort : ramené à la vie son ancêtre, le « Premier Guerrier » d’antan, placé en stase depuis près d’un millénaire. Et ensuite trouver une arme mythique. Et une armée. Oui, ça ne sera pas simple !

Traquemort (Deathstalker en VO, nom emprunté à une tétralogie de Conaneries à petit budget très sympathiques) ne cherche pas à réinventer la roue mais aligne aux contraires les conventions de la SF spectaculaire avec une bonne santé réjouissante. On y retrouve une bande de vauriens cools et d’aristocrates associés pour combattre un Empire tout puissant, un noble cinglé adepte de toutes les drogues possibles, des êtres modifiés dotés de pouvoirs psy (les Espis), des clones, des IA impertinentes, des combats dans l’Arène, un tout puissant Gladiateur Masqué à l’identité mystérieuse, un héros légendaire ramené à la vie après plus de neuf siècles, des intrigues de palais et des rivalités claniques qui se résolvent dans le sang, des combats à l’épée (car les pistolasers c’est efficace mais ils nécessitent deux minutes entre chaque tir pour redevenir opérationnels),…

Simon R. Green délivre un roman très feuilletonnant, mélange de science-fiction et de fantasy dans une ambiance proche du péplum décadent avec un gros parfum de cape et épée. Space et Planet Opera dominent le récit, avec les références attendues : « Star Wars » bien sûr, « Dune » évidemment et même les plus anciens « John Carter », « Flash Gordon », etc. Une touche d’Albator (parallèle accru par la couverture), une pincée des vénérables ROIS DES ETOILES et autres space op’ d’antan à la Leigh Brackett ou E.E. Doc Smith, des héros fatigués mais encore vaillants à la Gemmell pour lesquels ne restent que l’honneur. Green ratisse large et convoque aussi les grands ancêtres façon TROIS MOUSQUETAIRES, les intrigues du TRONE DE FER ou les rivalités familiales des PRINCES D’AMBRE, le tout dans une ambiance fiévreuse pleine de bruit et de fureur façon Robert E. Howard etc.

L’auteur ne se prive jamais de références parfaitement assumées, entre hommage, ré imagination et clins d’œil (« Nouvel Espoir ») et y ajoute des éléments fun, soit hérités de la SF d’antan soit tout aussi référentiels mais plus proches de la fantasy ou du fantastique. Ainsi des combattants assoiffés de sang sont nommés des Wampyres, des mutants féroces comme des loups sont, forcément, surnommés les Garous, etc. Green n’a pas peur de la surenchère ni de la grandiloquence. Vulgairement on pourrait même résumer ce tome 1 par un « plus épique tu meurs ». Les héros cherchent quand même une arme trop puissante…et quand on dit puissante c’est le niveau au-dessus de l’Etoile Noire, c’est plutôt du registre de l’Anéantisseur Ultime des Marvel Comics. Une arme capable d’anéantir des milliers d’étoiles d’un coup. Heureusement elle est cachée dans un dédale qui rend fou tous ceux qui osent s’y aventurer.

Avec TRAQUEMOT, Simon Green propose un livre-univers attrayant avec énormément de personnages, certains très sympas et d’autres vraiment très méchants. Beaucoup de péripéties, de voyages d’un bout à l’autre de galaxie, de duels à l’épée, de fantaisie et d’imagination. Certes il touille une tambouille connue mais le plat est si bien cuisiné qu’on le déguste et qu’on en redemande. Les 750 pages passent d’ailleurs comme une lettre à la poste, grâce également à l’humour de l’auteur, parfois noir et parfois absurde : « british » dirait-on pour simplifier (comme en témoigne aussi sa saga fantasy de HAVEN),… Quelques défauts bien sûr, l’une ou l’autre longueurs (vu la taille de la brique c’est quasi inévitable), un sentiment parfois de « trop plein »… mais un rythme soutenu et des péripéties prenantes. Bref une saga enthousiasmante et un premier tome qui donne envie de poursuivre rapidement avec le deuxième opus de la saga.

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Publié le 9 Mai 2022

VERS UN AILLEURS MEILLEUR de Johan Heliot

La SF ayant abandonné l’utopie depuis le début du XXIème siècle, voici une nouvelle dystopie destinée aux ados. A la suite d’une catastrophe et d’un effondrement généralisé (pandémie, réchauffement climatique et autres), la France est coupée en deux. Le Nord est soumis à une dictature “à la chinoise” avec points de crédits social et reconditionnement des récalcitrants. Le Sud est considéré comme une zone libre plus avantageuse. Mais il faut encore y parvenir. Après avoir perdu tout son crédit, Maya n’a d’autre choix que de fuir avec son petit frère autiste. En chemin le duo se voit aidé par un autre migrant, Arno. Ils auront bien besoin de ce coup de main pour traverser la zone désertique qui sépare le Nord du Sud.

Johan Heliot est productif. Très productif même. Une centaine de bouquins à son actif dont quelques déjà classiques comme la trilogie de LA LUNE SEULE LE SAIT. FAERIE HACKERS, DRAGONLAND, LE TEMPESTAIRE, le référentiel LA GUERRE DES MONDES N’AURA PAS LIEU…Autant d’œuvres plaisantes et souvent originales. VERS UN AILLEURS MEILLEUR parait, hélas, beaucoup plus conventionnel. La principale originalité réside dans la narration en alternance mais le cadre est, lui, très classique. Une sorte de Mad Max pour jeunes adultes qui se résume en gros à une fuite en avant vers le monde meilleur espéré par les protagonistes. Un contexte pas vraiment développé qui permet surtout à l’auteur d’asséner quelques réflexions sur l’état actuel du monde. Reste que le roman peine à vraiment passionner, on a connu Heliot beaucoup plus inspiré et on eut aimé davantage d’innovations ou de surprise.

Ensuite, même si ce n’est pas véritablement un défaut imputable au roman, lire encore une dystopie post-Effondrement à base de réchauffement climatique, de famine et de pandémie n’est pas le plus distrayant par les temps qui courent. Bien sûr, la science-fiction a, de tout temps, développé une volonté d’avertissement dans le but de sensibiliser le lecteur aux problématiques à venir (et même déjà présentes) mais le manque total d’espoir des écrivains de SF actuels n’incite guère à l’optimisme. Ils sont dans doute plus réalistes et lucides (ou mieux informés) que la majorité mais le résultat est là: pour le divertissement le lecteur repassera.

Bref qui aime bien châtie bien, VERS UN AVENIR MEILLEUR est un roman correct mais loin des plus belles réussites de l’auteur…que je remercie néanmoins pour l’envoi du livre.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Jeunesse, #Johan Heliot, #Post Apocalypse, #anticipation, #science-fiction

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Publié le 2 Mai 2022

ET PUIS LES CHIENS PARLAIENT de Kââ

Nathan Waastresseles, un étudiant sans conviction et sans avenir, se traine dans Paris. Un jour, le voici convoqué chez le notaire : ce dernier lui apprend qu’il hérite d’une île perdue dans le Pacifique. Sans beaucoup hésiter, Nathan se rend sur place. Là, il rencontre un Japonais qui vit en reclus depuis la seconde guerre mondiale, assiste à des expériences bizarres et découvre que les chiens, scientifiquement modifiés, peuvent parler…

Prof de philo et auteur de romans populaire, Pascal Marignac (1945 – 2002) a signé sous différents pseudonymes : Kââ, Corsélien (chez Gore) et Behemoth (chez Maniac). ET PUIS LES CHIENS PARLAIENT constitue l’unique incursion de Marignac dans la science-fiction, le roman ayant trouvé sa place dans la mythique collection « SF » du Fleuve Noir (dans la branche « mystère »). Toutefois, celle-ci ne semble qu’un prétexte à conférer une étrangeté supplémentaire au récit. Le bouquin, en effet, reste essentiellement un roman d’aventures exotiques nimbé de mystère avec un côté Docteur Moreau assumé. Le tout se lit sans déplaisir mais ne peut prétendre égaler les productions « gore », bien plus inventives, de l’auteur.

On passe toutefois un bon moment dans cette île du Pacifique avec ce livre divertissant. Le lecteur regrette simplement que Marignac n’ait pas développé davantage un récit assez linéaire qui manque quelque peu de suspense ou de rebondissement pour emporter complètement l’adhésion. Mais le côté saugrenu des situations et la plume de l’auteur suffisent à rendre l’ensemble agréable.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Fantastique, #science-fiction

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Publié le 29 Avril 2022

LA PLANETE DES SINGES: INTEGRALE de Daryl Gregory & Carlos Magno

Ce copieux volume (reprenant trois tomes précédemment parus) se situe entre les préquelles récemment proposées au cinéma et la saga originelle des années 60/70.

Nous sommes environ 600 ans après la révolution simiesque menée par César et la situation s’est pacifiée entre les Hommes et les Singes, quoique ces derniers agissent de manière souvent supérieure. Cependant, l’assassinat du chef suprême de la Cité des Singes, un pacifiste convaincu, par un humain exalté remet en question toute la paix patiemment élaborée. Les singes vont dès lors se montrer davantage autoritaire et partir à la recherche d’antiques armes automatiques humaines supposées disparues. La course à l’armement reprend entre les deux espèces. Il apparait que le (ou plutôt la) coupable du crime se nomme Chaika. Après sa mort, la révolte gronde dans le clan humain de Southtown (rebaptisée avec dédain Skintown) et la leader humaine Sully éprouve bien des difficultés à préserver la paix.

LA PLANETE DES SINGES développe une intrigue traditionnelle mais bien menée qui se base sur l’opposition entre deux espèces, en alternant classiquement les points de vue des uns et des autres. Les actions des deux camps sont présentées, sans manichéisme, certains actes étant jugés nécessaires bien que condamnables. Si l’on penche évidemment pour les Hommes, le récit évite le dualisme outrancier et alterne passages intimistes (davantage orientés vers le drame ou la psychologie) et scènes d’action rondement menées avec, évidemment, quelques affrontements brutaux.

On peut regretter la fin ouverte un peu trop attendue (la série s’est encore poursuivi quelques volumes aux Etats-Unis) mais, dans l’ensemble, ces 280 pages se révèlent divertissantes et efficaces. Les dessins de Carlos Magno (qui a illustré ROBOCOP, HULK, SILVER SUFER, THE PHANTOM, TRANSFORMERS, KING KONG, etc.) sont réussis et l’écriture de Daryl Gregory (NOUS ALLONS TOUS TRES BIEN, MERCI) efficace.

Si cette bande dessinée n’est pas réellement indispensables, les fans de la saga cinématographique et de son univers seront toutefois ravis de s’y plonger. Un fort bon moment de lecture.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Comic Book, #Cinéma, #science-fiction

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Publié le 27 Avril 2022

T.I.M.E. STORIES: LE DOSSIER HEIDEN de Christophe Lambert

Le jeu de plateau scénarisé « T.I.M.E. stories », aux principes proches du jeu de rôle, invite les joueurs à incarner divers personnages à des époques variées. En effet, l’agence T.I.M.E. est une organisation chargée de garder l’Histoire sur ses rails et d’éviter toutes modifications intempestives du continuum. Le jeu est déjà riche d’une dizaine de scénarios, la particularité étant que si les joueurs échouent dans la mission assignée ils sont « rebootés » et recommencent l’intrigue (un peu à la manière cette fois d’un Livre dont vous êtes le héros…ou d’un jeu vidéo). Ils doivent également gérer le temps de jeu disponible pour remplir la mission. Bref, beaucoup de potentiel ludique et un contexte classique de la science-fiction qui a donné de belles réussites, on pense notamment aux séries télévisées « Code Quantuum » ou « Au cœur du temps » ou à la saga de littérature jeunesse TIME RIDERS. Et le roman qui nous occupe ? Il reprend les principes du jeu et les décline de manière littéraire.

Tess Heiden, jeune fille rebelle et violente, se voit recrutée par le mystérieux Rusk et soumise à une série de tests dans le but d’intégrer une agence gouvernementale secrète. Ayant réussi les épreuves, Tess rencontre le tout aussi énigmatique Bob. Ce-dernier lui apprend qu’elle se trouve à présent en 2469. Le voyage temporel est possible à cette époque mais la continuité temporelle doit être maintenue, certaines actions pouvant sérieusement mettre en péril l’Histoire telle que nous la connaissons. En compagnie de trois autres recrues (dont un extraterrestre), Tess est expédiée pour son premier run…dans le train privé d’Hitler.

Christophe Lambert s’empare de l’idée centrale du jeu pour un livre officiel qui permet aux curieux de découvrir l’envers du décor de l’organisation secrète T.I.M.E. Le résultat est-il réussi ? Oui ! Or, ce n’était pas gagné d’avance : on sait, par expérience, que de nombreux romans « spin off » se contentent d’exploiter une marque connue pour un résultat décevant. Ici, comme toujours, Christophe Lambert crée une intrigue intéressante avec suffisamment de clins d’œil pour contenter les amateurs du jeu (les noms des cocktails par exemple, quelques références disséminées dans le récit) mais sans perdre pour autant les néophytes. Les personnages sont bien dessinés, la romance amenée progressivement fonctionne et surprend tandis que l’action s’avère constante et le rythme alerte. Le principe de base du jeu est respecté : les protagonistes envoyés dans des « avatars » à travers le temps peuvent recommencer plusieurs fois une mission ratée. La première, en pleine Seconde Guerre Mondiale, peut paraitre classique (les « voyageurs du temps » semblent toujours confronté à ce dilemme, ou, pour citer Doctor Who « let’s kill Hitler ») mais rappelle avec bonheur l’excellent LA BRECHE qui révéla l’auteur. De toutes façons, le style du romancier reste toujours aussi efficace avec une gestion exemplaire de l’intimise et du spectaculaire. A ce sujet, l’inclusion de pages extraites du journal intime de l’héroïne se révèle une bonne idée : cela permet de garder un rythme soutenu tout en offrant suffisamment de background pour développer les personnages principaux.

Pour chipoter, le petit défaut réside surtout dans le dernier acte : le rythme s’emballe et la conclusion, quoique globalement satisfaisante, laisse le lecteur quelque peu sur sa faim. On eut aimé une suite mais, pour l’instant, celle-ci se fait attendre. Dommage car l’écrivain livre ici un roman plaisant et divertissant qui donnait envie d’en connaitre davantage sur l’agence T.I.M.E. En outre, les possibilités quasi infinies du déplacement temporel permettaient de revisiter avec bonheur cet univers riche.

Il faudra donc se contenter de ce tome unique, à déguster sans modération.  

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Christophe Lambert, #science-fiction

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Publié le 4 Avril 2022

TIME LORD VICTORIOUS: THE KNIGHT, THE FOOL AND THE DEAD de Steve Cole

Avant notre univers, avant même le Temps, les lois génériques de l’espace-temps n’existaient pas, seulement une période obscure, les Dark Times, des milliards d’années avant notre ère. Les êtres vivants étaient immortels et les Grands Anciens régnaient. Puis vinrent les Kotturuh qui introduisirent la mort et définirent l’espérance de vie des différentes espèces. Après ses aventures sur Mars, le Dixième Docteur retourne dans les Dark Times et rencontre une jeune femme, Estinee, qui a survécu à l’assaut des Kotturuh. Après d’innombrables péripéties, différentes incarnations du Docteur arrivent dans les Dark Times : le Huitième dirige une escouade de Daleks d’élite tandis que le Neuvième se trouve aux commandes d’un Vaisseau-Cercueil emplis de Vampires. Décidé à faire triompher son point de vue, le Dixième apporte la mortalité aux Kotturuh eux-mêmes, se proclame le Time Lord Victorious et s’apprête à combattre ses deux précédentes incarnations…Le Dixième Docteur sera-t-il réellement le vainqueur de la Dernière Grande Guerre Temporelle ?

Le projet « multiplateformes » TIME LORD VICTORIOUS débute en avril 2020 et se décompose en deux romans, plusieurs nouvelles, des comics, des histoires audio, une série d’animations en cinq épisodes (« Daleks »), un escape-room, une expérience immersive, des jeux,…Bref, autant dire que la lecture des romans ne donne qu’une petite fraction de l’expérience complète. Au risque, bien sûr, de se sentir un peu (beaucoup) perdu…Cependant, comme toutes les histoires à base de Docteurs multiples, ce THE KNIGHT, THE FOOL AND THE DEAD reste hautement divertissant. On évitera de trop penser aux paradoxes temporels pour ne pas se prendre la tête et on lira ce blockbuster littéraire définitivement « bigger than life » où interviennent créatures légendaires, entités immortelles, Vampires, Daleks et pas moins de trois Docteurs. Le tout se déroule à cent à l’heure jusqu’au gros cliffhanger final qui donne évidemment envie d’enchainer immédiatement sur la suite : ALL FLESH IS GRASS.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #science-fiction, #Doctor Who

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Publié le 28 Mars 2022

DOCTOR WHO: LA MOISSON DU TEMPS d'Alastair Reynolds

Fer de lance de la hard SF et du nouveau space opéra (avec Peter Hamilton et Stephen Baxter), Alastair Reynolds s’empare du Troisième Docteur pour un plaisant bouquin dans l’univers « Doctor Who ». Emprisonné depuis des millions d’années par les Seigneurs du Temps, les Sild sont libérés et, depuis la Fin des Temps, s’apprêtent à lancer un assaut contre le passé afin de réécrire l’Histoire. Sur Terre, le Docteur et les forces de UNIT sont conviés à enquêter sur de mystérieux incidents sur une plateforme pétrolière en mer du Nord. Mais, bizarrement, le Brigadier commence à perdre la mémoire concernant le célèbre Maitre, actuellement prisonnier au sein de UNIT.

Roman efficace et rondement mené, LA MOISSON DU TEMPS bénéficie du bagage de l’auteur : il crédibilise son intrigue, n’hésite pas à épaissir les personnages ou à contextualiser le récit mais recourt cependant à quelques clichés hérités de la série télévisée. Voyage dans le temps, arme formidablement puissante, paradoxes, blabla pseudo-scientifique,…Le romancier apprécie manifestement l’univers et évite de prendre de haut son sujet. N’étant pas obligé de limiter son imagination par les contraintes budgétaires et n’ayant pas à se soucier de matérialiser le tout avec des effets spéciaux rudimentaires, Reynolds joue le jeu de la démesure : guerre temporelle massive et combats nombreux. Les personnages ne sont pourtant pas oubliés : Jo Grant, le Brigadier, le Docteur et le Maitre sont bien caractérisés et les dialogues échangés par les meilleurs ennemis du monde possèdent l’intelligence et l’humour typique de la série. Jo Grant et le Brigadier jouent cependant un rôle plus secondaire, la star ici reste le Maitre, toujours fascinant, parfois touchant. Et bien sûr le Docteur qui compte toujours autant sur la chance que sur son intelligence et parvient à improviser de manière à parvenir à ses fins.

LA MOISSON DU TEMPS se montre globalement réussi, les références au background de la série sont inévitables et le roman plaire essentiellement aux fans, les autres se sentiront sans doute un peu largués. Pas grave, il s’agit clairement d’un bouquin conçu pour les amateurs de la série par quelqu’un qui la connait très bien. Et comme il s’agit d’un des auteurs les plus réputés de la SF actuelle, le Docteur est entre de bonnes mains. On peut juste regretter quelques longueurs, Reynolds se permettant de prendre son temps (un peu plus de 400 pages) alors qu’un rythme plus ramassé aurait sans doute mieux convenu. Mais rien de grave, l’ensemble reste plaisant et engageant pour une bonne lecture détente qui ne verse jamais dans la facilité.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #science-fiction, #Doctor Who

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Publié le 25 Mars 2022

STAR WARS – TOME V – LA GUERRE SECRETE DE YODA de Jason Aaron et Salvador Larroca

En guise de hors d’œuvre, ce tome nous propose l’annual BASH centré sur un nouveau personnage, Bash, une ouvrière qui refuse de choisir son camp. Les événements vont décider pour elle puisqu’elle sauve la princesse Leia et se trouve, par conséquent, obliger de rejoindre la rébellion.

Voilà une petite intrigue très classique et prévisible, avec quelques notations intéressantes quoique peu originales : pour la majorité des « petites gens » l’Empire et la Rébellion se ressemblent, ce sont deux nuisances différentes qui causent des dommages collatéraux et impactent l’existence quotidienne des simples citoyens. Le tout se lit avec plaisir mais ne renouvelle rien. Ce n’est pourtant pas désagréable et certainement bien plus distrayant que la suite.

Donc la suite, le plat de résistance (hum !), se scinde en quatre chapitres lus par Luke dans le journal du Vieux Ben. Tout de suite apparaissent les principaux problèmes de ce type de récit : il traite de Yoda mais ce dernier n’est jamais nommé (puisque le récit se situe avant l’Episode V et que Luke ne l’a pas encore rencontré) et rien n’a beaucoup d’importance…En effet, si cela avait eu de véritables conséquences, nous en aurions entendu précédemment. Cela suffit à démontrer la supériorité inévitable des récits consacrés à Aphra (ou même aux manigances de Vador) qui se détachent davantage de la ligne narratrice établie par le « canon » et permettent, forcément, de plus grandes libertés vis-à-vis de la trilogie initiale.

Ici, Yoda se retrouve sur une planète perdue. Il devient le disciple d’un gamin doté de pouvoir sur la pierre, une variante de la force que Yoda décide de maitriser sans que l’on comprenne très bien ses raisons. Pour étoffer cette intrigue rachitique, le tout propose aussi une guéguerre entre différentes tribus pas franchement intéressante. Tout part ensuite dans un grand gloubi-boulga entre science-fiction mystique et Heroic Fantasy tendance new age, un fatras indigeste complètement déconnecté de l’intrigue principale établie dans les précédents épisodes. Et puis, depuis le temps, Luke aurait pu terminer sa lecture, on parle d’un petit bouquin écrit par le Vieux Ben, pas du cycle complet de DUNE.

SI LA GUERRE SECRETE DE YODA constitue une sorte de récréation et, peut-être, un moyen pour le scénariste de s’offrir un petit plaisir à la marge des fondamentaux de la saga spatiale difficile de ne pas considérer l’ensemble comme anecdotique. Bref, un tome à réserver aux complétistes, les autres peuvent aisément faire l’impasse sur ce récit. Le problème étant que l’on peut répéter ce constat pour une (trop) grande partie des comics STAR WARS récents.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Cinéma, #Space Opera, #science-fiction, #Star Wars

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Publié le 7 Mars 2022

SUR LA ROUTE D'ALDEBARAN d'Adrian Tchaikovsky

Le thème de l’exploration d’un artefact extraterrestre, dénommé « gros objet stupide » de manière humoristique, s’est imposé comme un classique de la science-fiction. On citera quelques réussites exemplaires comme RENDEZ VOUS AVEC RAMA d’Arthur C. Clarke, L’ANNEAU MONDE de Larry Niven, LA GRANDE PORTE de Fred Pohl ou la trilogie GAIA de John Varley. Adrian Tchaikovsky s’y essaie à son tour avec ce court roman.

Loin, très loin, aux confins du système solaire, une sonde spatiale découvre un « gros objet stupide », une énorme structure qui présente la même face quelque soit l’angle sous laquelle on l’observe. Cet artefact se voit surnommé le Dieu Grenouille et, pour l’observer et éventuellement l’explorer, l’Humanité dépêche un vaisseau, le Don Quichotte, avec dans ses flancs un équipage de 29 humains en hibernation. Après plusieurs dizaines d’années de voyages, les émissaires peuvent enfin découvrir les secrets de l’artefact.

Spécialiste du gros space-opéra (CHIENS DE GUERRE, DANS LA TOILE DU TEMPS), l’auteur ramasse ici son intrigue sur 160 pages. Il déroule deux lignes narratives : celle du héros explorant l’artefact et celle, en flashback, qui raconte sa découverte et les réactions de l’Humanité. Le bouquin sera donc, essentiellement, un catalogue de rencontres étranges et de formes de vie totalement non-humaines que l’auteur se plait à détailler. Toutefois, l’ensemble ne retrouve pas le niveau d’excellence des romans précités sur le même thème et l’exploration tourne un peu en rond. Certes, certains passages fonctionnent agréablement, on trouve quelques références et clins d’œil humoristique, une ambiance assez étouffante et quelques passages qui versent même dans l’horreur mais, finalement, on reste sur une impression mitigée. Le tout évoque une version science-fictionnel du MAGICIEN D’OZ dans le monde d’ALIEN ou, pour prendre une comparaison plus contemporaine, la série PERDU DANS L’ESPACE. La plupart des critiques disponibles étant largement plus positives, faites-vous votre propore avis.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Roman court (novella), #science-fiction

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Publié le 2 Mars 2022

UNE ROSE POUR L'ECCLESIASTE de Roger Zelazny

Voici un recueil de quatre nouvelles relativement longues (trois d’une cinquantaine de pages, une de quatre-vingt) rassemblées en recueil en 1967 et assorties d’une préface de Sturgeon. Zelazny, aujourd’hui largement (et injustement) résumé à sa monumentale saga des Princes d’Ambre, débuta à 25 ans par une série de nouvelles science-fictionnelles. Publiées au début des années ’60, elles bousculèrent la « SF de papa » en se détournant des thèmes traditionnels du genre. L’auteur se soucie en effet davantage des sentiments de ses personnages que des descriptions de vaisseaux spatiaux et de la technologie. Bref, l’antithèse de la hard-science prisée actuellement. A la fin des sixties, période on le sait marquée par de nombreux bouleversements, Zelazny s’inscrit dans la New Wave, une SF plus audacieuse et plus engagée. Le mouvement et l’auteur s’intéressent plus aux aspects littéraires d’une œuvre et moins aux affabulations pseudo-scientifiques du pulp. UNE ROSE POUR L’ECCLESIASTE rassemble quatre de ses textes, deux ayant été précédemment publiés dans Fiction.

Le recueil varie les décors. Dans la première nouvelle, « les Furies », trois hommes dotés de pouvoirs paranormaux, avatars modernes des Furies, traquent à travers la galaxie un redoutable criminel. Dans « Le cœur funéraire », peut-être le meilleur des quatre récits, nous suivons quelques nantis à la poursuite de l’immortalité. Le récit questionne le lecteur et lui demande s’il est prêt à sacrifier son présent pour une vaine quête d’immortalité afin de jeter un œil sur le futur. Une nouvelle pertinente et marquante à condition d’entrer dans l’intrigue qui, au départ, peut déstabiliser. Gagnant du prix Nebula, « Les portes de son visage, les lampes de sa bouche » suit la traque d’un Leviathan dans les océans de Vénus. Quant à la nouvelle-titre, elle expédie un linguiste sur Mars avec une rose et de la poésie en guide de remède à l’apocalypse acceptée par les Martiens. Une histoire poétique dépouillée des oripeaux traditionnels de la SF, un récit plutôt triste mais dont la conclusion est porteuse d’espoir.

L’auteur avait de l’ambition, il le démontre par un style travaillé, riche, parfois à l’excès. Il avait également des idées fortes et savait composer des protagonistes intéressants. La forme courte lui permet de donner la pleine mesure de son talent en combinant prospective, visions du futur, érudition, poésie et considérations philosophiques. Une bonne introduction à l’un des auteurs majeurs de la SF du XXème siècle.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Prix Nebula, #Recueil de nouvelles, #science-fiction

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