science-fiction

Publié le 2 Avril 2021

SPIDER MAN: PLANET OF THE SYMBIOTES de David Michelinie

Composé de cinq numéros “super special”, ce crossover sorti au milieu des années ’90 (Durant l’année 1995 pour être précis) débute par la prise de conscience d’Eddie Brock concernant l’influence néfaste de son symbiote. Rejeté, le Venom en appelle télépathiquement à d’autres créatures avant de se lancer dans une vague de crime. Brocks fait donc équipe avec Spider Man et Scarlet Spider pour le stopper. Nos trois héros se retrouvent ensuite sur un monde tombé complètement aux mains des symbiotes qui se préparent à envahir la terre. Pendant ce temps Carnage s’évade de prison. Beaucoup de symbiotes, beaucoup d’anciens porteurs et deux héros (et demi si on compte Brocks) pour tenter de sauver l’univers de la menace extra-terrestre.

Dans la longue liste des « events » ou des « crossovers » du spider-verse, PLANET OF THE SYMBIOTES semble quelque peu oublié aujourd’hui mais reste pourtant une lecture sacrément divertissante. L’intrigue avance à bon rythme, les personnages se croisent et s’affrontent, les péripéties sont nombreuses et quelques twists savamment placés relancent l’intérêt à la façon des « bon gros cliffhangers » utilisés depuis des décennies par le cinéma spectaculaire.

SPIDER MAN: PLANET OF THE SYMBIOTES de David Michelinie

Alors tout n’est pas parfait, certains événements sont vite expédiés (notamment la transformation d’une grande partie des héros – dont Captain America – en pseudo Venom) mais l’intrigue avance à bon rythme, multiplie les rebondissements, intègre Scarlet Spider dans le combat planétaire contre les symbiotes et fait, au final, intervenir un Carnage de dimension titanesque.

Nous sommes dans le plus pur délire comic des années 90 (à l’époque de la fameuse et controversée SAGA DU CLONE) avec des dessins qui en mettent plein la vue et débordent des cases, lesquelles tentent de contenir des demoiselles hyper féminisées et des héros ultra musclés (dont un Parker à rendre jaloux Schwarzy)…bref rien de bien subtil mais l’assurance d’une lecture très agréable et une saga bouclée en cinq gros chapitres (et non pas étalée sur des dizaines).

Du pur fun !

Voir les commentaires

Rédigé par hellrick

Publié dans #Aventures, #Marvel Comics, #Spiderman, #science-fiction

Repost0

Publié le 26 Février 2021

LA LEGION DES SUPER HEROS: THE GREAT DARKNESS SAGA (La saga des ténèbres) de Keith Giffen

La Légion des Super Héros reste une équipe assez mal connue en Europe mais populaire aux USA. Ils officient au XXXème siècle dans un monde où l’Humanité a rejoint les Planètes Unies et où de nombreuses races extra-terrestres coexistent en paix. Comme tout ne peut être parfait il reste une équipe de combattants d’élite aux superpouvoirs regroupés sous l’appellation globale de la Légion. Des personnages créés à la fin des fifties (et on le sent !) qui, pour la plupart, ne diront rien au lecteur européen d’aujourd’hui (heureusement Urban a prévu un lexique explicatif des différents légionnaires). Ils sont, avouons-le, caractérisés de manière très rudimentaires et ne se distinguent les uns des autres que grâce à leurs costumes bien colorés. Difficile, dès lors, de véritablement s’attache à ces Star By, Sun Boy, Saturn Girl, Timber Wolf, Chameleon, Blok, Lighting Lad, etc. etc. etc. Seul Brainiac 5 possède une identité plus travaillée mais le lecteur néophyte pourra se raccrocher à la présence de Superboy et Supergirl, transporté à travers les siècles pour prêter main forte à la Légion. Une des surprises de la saga résidait également dans la divulgation de l’identité du grand méchant…le temps ayant passé, le suspense n’est plus de mise (quoique pour la majorité des gens ça reste mystérieux) et la couverture annonce l’antagoniste, le terrible Darkseid.

Cet épais volume (plus de 250 pages) rassemble donc la saga principale ainsi que quelques épisodes antérieurs et postérieurs à ce long récit. Si, à sa sortie, le tout fut encensé comme un modèle de narration et d’intelligence dans le comics, THE GREAT DARKNESS SAGA s’apparente quand même à un space-opéra suranné, où tous les aliens se comprennent, où les voyages dans l’espace ne prennent que quelques heures, etc. Ce n’est pas désagréable de se replonger dans cette ambiance à la Edmond Hamilton ou Jack Williamson (d’ailleurs auteur de LA LEGION DE L’ESPACE) mais la SF a (heureusement !) fait quelques progrès depuis lors. L’histoire, en effet, n’est guère originale : Darkseid s’est fait oublier pendant un millénaire, il absorbe les pouvoirs de divers personnages et se lance à la conquête de la galaxie. Divers légionnaires tombent devant ses séides (mais aucun ne meurt bien sûr) et la Légion rassemble longuement ses forces pour, au final, triompher.

LA LEGION DES SUPER HEROS: THE GREAT DARKNESS SAGA (La saga des ténèbres) de Keith Giffen

Difficile d’imaginer plus linéaire et plus daté que cette histoire dans laquelle des dizaines de héros apparaissent mais sans marquer durablement le lecteur. Seul Brainiac intéresse, les autres se querellent pour des motifs futiles (« je veux être le chef de la Légion », « non ce sera moi », « messieurs ce sera plutôt moi », « je refuse d’être sous tes ordres »,…blablabla) et se désolent de n’être pas à la hauteur. Pourtant, en quelques cases, et avec l’appui de Superboy et sa cousine, Darkseid sera finalement vaincu.

Malgré tous ces bémols, l’avis n’est pas totalement négatif pour autant, au contraire on passe un (relatif) bon moment : les dessins sont plaisants, l’histoire a un côté feuilletonnesque pas désagréable et, en dépit des longueurs, le lecteur attend de connaitre la suite de ce grand récit épique. Les deux derniers chapitres, qui sont consacrés aux événements survenus après la défaite de Darkseid sont bizarrement les plus réussis, ceux qui ont le moins souffert du passage du temps et où on a l’impression, enfin, que les héros agissent en hommes en n’ont pas en gamin se querellant dans le bac à sable.

THE GREAT DARKNESS SAGA doit surtout s’apprécier pour ce qu’il est : une capsule temporelle pour les curieux de l’univers DC du début des années ’80, un oeuvrette nostalgique qui, à la manière des films de l’époque, demande une certaine indulgence pour être estimée. Mais, dans l’ensemble, ce gros comics reste appréciable…néanmoins s’il s’agit de la meilleure histoire de la Légion on n’est pas trop pressé de lire les pires.

Voir les commentaires

Rédigé par hellrick

Publié dans #Comic Book, #DC, #Fantastique, #Space Opera, #science-fiction

Repost0

Publié le 19 Février 2021

LES ENFANTS DU DIABLE de Don A. Seabury et Terence Corman

Troisième tome de la saga initiée par l’éditeur Media 1000 dans sa collection Apocalypse avec, derrière le pseudo collectif de Don A. Seabury et Terence Corman une poignée d’auteurs bien connus de l’imaginaire francophone : Michel Pagel, Michel Honaker et Richard D. Nolane en guise de réviseur pour ce troisième tome (et auteur complet du premier).

Sorti en septembre 1987, LES ENFANTS DU DIABLE se conforme à ce qu’on attend de cette collection populaire qui s’inspire à la fois des romans post-apocalyptiques pulp (comme la collection du SURVIVANT chez Gérard De Villiers) et du gore alors vendeur via la série dédiée chez Gore. L’intrigue n’innove pas vraiment et se contente de reprendre les aventures de Russ Norton, aventurier baroudeur n’ayant plus rien à perdre mais accomplissant des missions suicides dans le but de sauver son fils dont la maladie nécessite des soins couteux. Car l’humanité s’est effondrée, l’apocalypse a eu lieu et les régions dévastées sont, à présent, hantées par des sortes de mutants. Dans ce monde à la « Mad Max » la seule règle est la survie du plus apte et surtout du plus fort. Russ Norton, héros pur et dur qui rappelle un peu le Snake de « New York 1997 » se charge donc de rétablir un minimum de justice en affrontant sans relâche le terrible Terminateur.

Une pincée d’érotisme, beaucoup de violences sanglantes, quelques descriptions peu ragoutantes (arrachage de zigounette à coups de dents), un climat digne des meilleurs (ou des pires) films post-nuke italiens, entre « Les Nouveaux Barbares » et « Les Exterminateurs de l’an 3000 », LES ENFANTS DU DIABLE n’a pas de prétentions littéraires mais cherche simplement à divertir son lecteur pendant 2 ou 3 heures. Pari gagné pour ce bouquin plaisant et rondement mené.

Voir les commentaires

Repost0

Publié le 28 Janvier 2021

ECHOS DANS LE TEMPS de Pierre Bordage

Né en 1955, Pierre Bordage est sans doute aujourd’hui l’un des auteurs phares de la SF française, tant par sa productivité (une bonne quarantaine de bouquins), que par ses ventes importantes et son bon accueil critique dans une nation qui n’a pas souvent été tendre avec les littératures de l’imaginaire. Depuis LE GUERRIERS DU SILENCE, Bordage s’est imposé comme le point lourd de la science-fiction, souvent teintée d’un certain mysticisme ou de « philosophie » (au sens large).

Publié en 2017, ECHOS DANS LE TEMPS est un roman court (192 pages), dans lequel un traqueur venu du futur, Kurt, se lance sur la piste de trois criminels temporels en compagnie de Jeanne, jeune femme atteinte d’une maladie incurable.

Bordage est coutumier des pavés. Ici, il se restreint, condense son histoire qui rappelle, comme toutes les chroniques l’ont signalé, « Terminator ». Tout en rappelant que le thème est bien plus ancien que le classique de James Cameron, de LA PATROUILLE DU TEMPS de Poul Anderson à la GUERRE MODIFICATRICE de Fritz Leiber. Ici, l’aventure domine, le roman ne cherche pas à questionner le lecteur ni à le faire réfléchir plus que de raison (il n’est pas stupide pour autant et les interrogations habituelles de l’auteur sur l’avenir de l’Humanité restent présentes, simplement elles se trouvent ici reléguées à l’arrière-plan). Toutefois, l’action n’est pas le seul crédo de l’auteur puisqu’il propose des moments intimistes intéressants, que ce soit grâce à la personnalité de son héroïne agonisante ou par les relations épistolaires des « méchant ».

Alors que bien des romans sont beaucoup trop longs pour le peu qu’ils ont a raconter, ECHOS DANS LE TEMPS aurait sans doute gagner à se voir allonger (raisonnablement) d’une petite centaine de pages afin de permettre au lecteur de découvrir davantage le futur à peine esquissé. Les liens avec la trinité Hindoue sont, eux aussi, évasifs et Bordage aurait pu étoffer l’intrigue sans ennuyer son public. Le bouquin parait donc un peu coincé entre deux formats et bien que de nombreuses novellas de qualité aient été proposées en science-fiction ces dernières années, l’ampleur potentiel de ce récit temporel aurait sans doute mérité quelques développements supplémentaires. Néanmoins, il s’agit d’un divertissement bien ficelé, convaincant et rythmé qui retrouve un peu des qualités dispensées par les meilleurs titres de la vénérable collection « Anticipation » : une bonne idée de base et un réel plaisir qui ne s’encombre pas du superflu pour offrir 2 ou 3 heures de délassement.

Voir les commentaires

Rédigé par hellrick

Publié dans #Roman court (novella), #science-fiction

Repost0

Publié le 24 Janvier 2021

DRAGON DECHU de Peter F. Hamilton

Auteur britannique, Peter F. Hamilton a renouvelé le space opéra depuis une vingtaine d’années. Il s’est aussi fait une spécialités des pavés, voire des bloc de béton pourrait on dire car ses romans s’étendent souvent sur plusieurs tomes de centaines de pages. DRAGON DECHU constitue pratiquement une exception : un livre unique et un format relativement court…ce qui, pour l’auteur, veut dire 960 pages en poche ! Bref, nous sommes loin du space opéra d’antan, de ces bouquins de pur divertissement confectionnés par son presque homonyme Edmund Hamilton et ses successeurs. Pour le meilleur et pour le pire car, avouons-le, l’ennui pointe parfois le bout de son nez et ce DRAGON DECHU risque de tomber des mains des moins motivés. Lorsque Peter F. Hamilton se lance dans une intrigue celle-ci est complexe, avec plusieurs personnages importants même si, comme ses glorieux ancêtres et inspirateurs, le point de départ reste le souhait d’aller explorer l’espace. La frontière de l’infini, là où la main de l’homme n’a jamais mis le pied pourrait on dire.

Bref, Lawrence Newton a tout pour vivre heureux en 2335 : il connait l’amour et le voilà destiné à exercer de hautes fonctions sur une petite planète tranquille en voie de terraformation. Que rêver de mieux ? Et bien Lawrence, lui, rêve de nouveaux mondes, de perspectives inédites et, pour cela, il est prêt à s’engager dans une force armée au service des Grandes Compagnies et d’abandonner sa Roselyn. Sauf que, 20 ans plus tard, les grandes espérances ont tournés courts. Lawrence est affecté sur une planète afin d’effectuer un « retour sur investissement », autrement dit il va protéger, avec ses hommes, le pillage en règle de cette colonie de Thallspring. Pour mâter les résistants, la Compagnie n’hésite pas : on choisit des habitants au hasard et on leur colle un collier explosif activable à tout moment. Pour tout acte de sabotage envers la compagnie quelques dizaines d’innocents verront leur tête exploser. Simple et, généralement, très efficace. Sauf que, sur Thallspring, les natifs n’ont pas l’intention de se laisser dominer. Par la suite, Lawrence va découvrir un « dragon », à savoir une entité extraterrestre à l’importance capitale. Voilà, en gros, ce que nous annonce la quatrième de couverture. Le lecteur naïf peut penser que tout cela intervient dans les premières dizaines de pages…que nenni ! Lorsque Lawrence chasse le « dragon » nous en sommes déjà à près de 700 pages !

Car Hamilton suit en parallèle la jeunesse de Lawrence sur la planète Amethi et son histoire d’amour avec Roselyn (sans doute les meilleurs passages du roman avec le procès d’un militaire tombé dans une machination visant à l’accuser d’un viol), la vie de Lawrence une fois adulte au service des Grandes Compagnie, l’existence d’un groupe de résistants sur Thallspring menés par une certaine Denise, le point de vue de Simon Roderick sur la campagne de Thallspring et, enfin, le récit fictif des aventures du Prince Mozarl et de l’Empire de l’Anneau, conté par Denise à ses élèves.

Ambitieux, DRAGON DECHU l’est certainement mais, parfois, la surabondance de lignes narratives rend l’ensemble indigeste. Pour beaucoup de lecteurs « plus c’est long plus c’est bon » et le roman reçut donc des critiques élogieuses. On peut cependant penser que tout cela aurait mérité un travail d’élagage et que bien des sous-intrigues aurait pu se voir réduite afin de resserrer l’intrigue principale dont on finit par perdre un peu le fil. Bref, pas inintéressant mais pas non plus passionnant…

Voir les commentaires

Rédigé par hellrick

Publié dans #Space Opera, #science-fiction

Repost0

Publié le 6 Janvier 2021

LES TERRES CREUSES (LES DANSEURS DE LA FIN DES TEMPS 2) de Michael Moorcock

La saga des « Danseurs de la fin des temps » de Michael Moorcock s’intéresse à une poignée d’hommes vivant à… « la fin des temps » (c’était facile à deviner !). Devenus pratiquement immortels, décadents et uniquement préoccupés de leurs plaisirs et de leurs divertissements, nos arrière-arrière-arrière-etc. descendants oisifs s’ennuient car, comme disait l’autre, « l’éternité c’est long, surtout vers la fin ». L’un d’entre eux, Jherek Carnelian, nouveau J.C. comme on en rencontre beaucoup chez Moorcock (Jerry Cornelius, Corum Jhaelen et, forcément, Jésus-Christ) décide donc de tomber amoureux. Il choisit comme élue Amelia Underwood, prude jeune femme de la fin du XIXème siècle et, bien sûr, tout ne sera pas simple. Après UNE CHALEUR VENUE D’AILLEURS, ce deuxième tome poursuit la série avec un retour de Jherek dans le Londres victorien où il retrouve sa promise. Il y rencontre également H.G. Wells, très intéressé par ce personnage semblant tout droit sorti de son roman LA MACHINE A EXPLORER LE TEMPS, des pirates extraterrestres et des guerrières nues venues du futur. Bref, c’est la pagaille !

Datant du milieu des 70’s, LES TERRES CREUSES anticipe joyeusement le courant steampunk (dont la naissance « officielle » date du début des années 80). Notons cependant que les premiers exemples de ce sous-genre littéraire sont contemporains de la saga de Moorcock et s’inspirent tous de Wells : MORLOCK NIGHT de K.W. Jeter et LA MACHINE A EXPLORER L’ESPACE de Christopher Priest. Le roman de Moorcock inaugure aussi la tradition du clin d’œil, le mélange de faits et fictions et les rencontres entre personnages historiques et protagonistes imaginaires qui seront, par la suite, indissociables du steampunk.

LES TERRES CREUSES témoigne aussi d’un esprit libertaire, baba cool et hippie de la SF dans ses thématiques mais aussi dans sa manière de bousculer les conventions sans se prendre au sérieux. Car le roman reste essentiellement une comédie, avec ces scènes / gags variablement inspirés (une des réussites nous montre le héros confondant une bicyclette avec une machine temporelle) et même sa grosse bagarre finale complètement loufoque où ne manquent que les tartes à la crème.

L’essentiel repose donc sur le comique de situation et les dialogues décalés, parfois théâtraux, l’intrigue n’étant, évidemment, pas prioritaire quoique le romancier soigne sa romance par-delà les millénaires, seul point véritablement traité avec sérieux dans ce déluge de situations cocasses. Si le lecteur peut parfois penser que Moorcock tire sur la ficelle en se disant que les plus courtes sont les meilleurs, l’ensemble reste divertissant et offre 200 pages plaisantes et souvent amusantes, à déguster entre deux lectures plus exigeantes.

Voir les commentaires

Rédigé par hellrick

Publié dans #Humour, #science-fiction

Repost0

Publié le 26 Décembre 2020

LES MEURTRES DE MOLLY SOUTHBOURNE de Tade Thompson

Petite fille comme les autres, ou presque, Molly Southbourne a un petit problème : son sang donne naissance à des créatures qui lui ressemblent mais souvent animées de mauvaises intentions. A la puberté, bien sûr, le problème devient plus…problématique !

Psychologue et écrivain originaire du Nigeria à présent établi en Angleterre, Tade Thompson effectue une entrée fracassante sur la scène SF avec son roman ROSEWATER qui sera suivi de deux séquelles et une poignée de novellas dont ces MEURTES DE MOLLY SOUTHBOURNE. Toutes ces œuvres reçoivent un bel accueil critique et se voient nommés dans plusieurs prix prestigieux.

La novella évolue dans divers genres : l’intrigue semble fantastique mais les explications finales l’orientent vers la science-fiction tandis que le traitement oscille entre récit d’épouvante psychologique et horreur viscérale. L’auteur s’intéresse particulièrement aux fluides corporels, au sang et à la sexualité, bref à cette « body horror » jadis prisée par un cinéaste comme David Cronenberg.

Le style de l’auteur se montre très efficace, tant dans le portrait des personnages que dans les descriptions et les passages horrifiques. Les influences sont nombreuses et évidentes mais Thompson parvient néanmoins à en tirer une intrigue prenante dont la richesse vient de ce traitement multiple, échappant à un genre particulier de l’imaginaire pour plonger dans un tourbillon mêlant horreur, science-fiction, etc. Les révélations finales s’avèrent, certes, attendue mais cela n’entame en rien le plaisir de lecture, l’écrivain privilégiant une approche « honnête » nous conduisant inexorablement vers la conclusion sans recourir aux artifices ou aux retournements de situation.

Publié dans l’incontournable collection Une Heure lumière assorti d’une éclairante entrevue avec l’auteur en guide de bonus, LES MEURTES DE MOLLY SOUTHBOURNE constitue une vraie réussite, passionnante de bout en bout, efficace et dérangeante, bref une lecture qui, en dépit de sa brièveté (130 pages !) secoue durablement et parvient à marquer plus profondément le lecteur que de nombreux pavés littéraires. Un court roman rarement chic (l’auteur plonge dans le glauque et le malsain sans excès mais sans retenues) mais toujours choc, à conseiller à ceux qui aiment qu’un écrivain les bouscule et même leur assène quelques directs dans l’estomac. On attend la suite avec impatience !  

Voir les commentaires

Rédigé par hellrick

Publié dans #Fantastique, #Horreur, #Roman court (novella), #science-fiction

Repost0

Publié le 3 Décembre 2020

L'ENFANCE ATTRIBUEE de David Marusek

Ce court roman d’anticipation s’inscrit dans la catégorie de la dystopie teintée d’éléments technologiques disons cyberpunk (pour poser une étiquette simple). Nous sommes à la fin du XXIème siècle. L’humanité, ou du moins une certaine élite, vit très longtemps. Ce n’est pas l’immortalité mais ça y ressemble. Bain regénérant, nanotechnologie nettoyante,…Du coup la surpopulation menace et la procréation est interdite, seuls quelques privilégiés obtiennent le droit d’avoir un enfant ou plutôt un « châssis », autrement dit une sorte de petit être bidouillé dont ils choisissent le sexe, les caractéristiques, etc. Sam et Eleanor y ont droit, ce qui bouleverse grandement leur existence. Sam est une sorte d’artiste / programmeur n’ayant plus réalisé grand-chose depuis longtemps, Eleanor est une célébrité du futur, une demi mondaine aurait on dit jadis qui n’est célèbre que…parce qu’elle est célèbre. Une influence de l’avenir dont l’existence s’expose en permanence sur les réseaux sociaux et qui passe son temps à faire la fête par avatar ou hologramme interposé. Pour gérer cette vie trépidante les individus disposent également de conseillers virtuels, des programmes qui leur servent à la fois de mémoire et d’agenda, sans oublier de constituer des systèmes de défenses contre les cyber attaques et les gadgets déglingués. Heureusement tout le monde est surveillé en permanence et les défaillances systèmes sont – normalement – court-circuitées avant le grillage de neurones.

Publié par le magasine Asimov aux USA en 1995 puis par Le Belial en 1999 avant d’être repris par le même éditeur dans sa collection « Une Heure Lumière » en 2019, cette novela se révèle une lecture intéressante. Si le début peut déstabiliser, la suite se montre rapidement bien menée, l’auteur utilisant le prétexte d’une histoire d’amour entre deux individus dissemblables pour brosser le tableau d’un futur crédible et réussi, probablement encore plus plausible aujourd’hui que voici 25 ans. Bref, l’auteur se montre visionnaire et percutant, rappelant parfois Philip K. Dick dans sa manière d’imaginer un univers en apparence enviable mais qui montre rapidement ses monstruosités et dans sa description d’un individu dont la vie bien réglée s’écroule pour plonger dans un véritable cauchemar éveillé.

Une bonne pioche dans cette collection hautement recommandable !

Voir les commentaires

Rédigé par hellrick

Publié dans #Cyberpunk, #Roman court (novella), #anticipation, #science-fiction

Repost0

Publié le 26 Novembre 2020

LA MAISON HARKONNEN - AVANT DUNE TOME 2 de Brian Herbert et Kevin J. Anderson

Ce deuxième volet du cycle « avant Dune » se situe une génération environ avant les événements décrits par le monumental DUNE de Frank Herbert. Associé à Kevin J. Anderson, connu pour ses travaux sur STAR WARS et X FILES, le fiston Brian Herbert prolonge donc l’univers de son père. Ce nouvel épisode reprend les techniques éprouvées du page turner à l’américaine dans une ambiance souvent proche de la Fantasy et avec une élaboration feuilletonnesque remise au goût du jour par les séries télé du XXIème siècle. Bref, la brique est épaisse (près de 800 pages bien serrées) mais d’une lecture aisée en multipliant les personnages, les lieux et les sous-intrigues dans de très nombreux chapitres, souvent assez courts (quelques pages), introduits par des citations favorisant l’immersion dans cet univers foisonnant.

Evidemment, LA MAISON HARKONNEN n’a pas l’ambition du cycle initial de Frank Herbert. Comme le signale les détracteurs nous sommes en pleine sci-fi, terme péjoratif qui englobe une science-fiction (souvent proche de la science-fantasy) commerciale faite de gros vaisseaux, de planètes bizarres, de monstres baveux (ou de vers de sable dans le cas présent) et de combats à coup de pistolaser. Faut-il pourtant systématiquement dénigrer le « genre » et l’opposer à une SF « noble », une SF d’idées et de prospections ? Pas nécessairement. On peut avoir envie de poursuivre l’exploration de ce monde très riche (dire fertile dans le cas de Dune serait étrange) comme on aime se divertir avec un « Star Wars » de l’univers étendu ou un bouquin « Star Trek ». Bien sûr, le roman comporte beaucoup de longueurs, souffre souvent d’un rythme déficient (le gros de « l’action » se situe essentiellement dans les 200 dernières pages), compte des personnages moins intéressants que les autres et aurait certainement mérité d’être élagué d’un quart. Beaucoup de bémols donc…mais également un réel plaisir à retrouver le monde de DUNE, ou même d’AVANT DUNE, qui dispense par intermittence un réel sense of wonder pour le lecteur rêvant de chevaucher un ver géant en compagnie des Fremen sur un monde désertique.

Alors, en dépit de ses faiblesses, on lit LA MAISON HARKONNEN avec le sourire et on se dit qu’on poursuivra probablement, un de ses jours, la saga avec le troisième volet de ces préquelles relativement satisfaisantes si on veut bien ne pas essayer de les comparer aux insurpassables DUNE et MESSIE DE DUNE de papa Herbert.

Voir les commentaires

Rédigé par hellrick

Publié dans #science-fiction

Repost0

Publié le 1 Octobre 2020

LA CABANE DE L’AIGUILLEUR de Robert Charles Wilson

Premier roman de Robert Charles Wilson (publié en 1986), devenu un des auteurs les plus primés et respectés de la SF du XXIème siècle, LA CABANE DE L’AIGUILLEUR ressort certes de la science-fiction mais s’inscrit encore davantage dans la chronique sociale historique à l’époque de la Grande Dépression.

Recueilli par sa tante, Liza Burack, à la suite de la mort de sa mère, le jeune Travis Fisher débarque dans le village de Haute Montagne au début des années ’30. En dépit de la situation économique difficile, l’endroit semble relativement épargné et la vie y suit son cours entre le travail à la fabrique de glace, les sorties romantiques et l’influence de l’Eglise. Pourtant, à l’étage de la maison, une jeune femme, Anna Blaise, vit en recluse, hébergée par les Burack, et dont l’identité réelle reste mystérieuse.

LA CABANE DE L’AIGUILLEUR est un roman intimiste, centré sur une poignée de personnages vivant dans un bled perdu des années ’30. A cette chronique d’une petite ville durant la Dépression, l’auteur ajoute quelques éléments périphériques comme l’histoire d’une poignée de vagabonds menés par un étrange individu surnommé L’Os. Son histoire, forcément, rejoindra celle des principaux protagonistes durant les derniers chapitres.

Wilson, dès la préface, avertit qu’il s’agit d’un « roman de jeune homme », bourré d’imperfections mais important, et qui contient, déjà, une partie de ses thèmes ultérieurs comme la confrontation avec l’étrange et l’étranger. Un thème classique de la science-fiction comme du fantastique, LA CABANE DE L’AIGUILLEUR pouvant se classer dans ces deux genres même si l’aspect « surnaturel » est finalement peu présent. On pourrait également le rapprocher des œuvres de Ray Bradbury dans lesquelles l’atmosphère prédomine sur l’action et qui utilisent le « fantastique » (au sens large) pour pointer du doigt les problèmes, pour la plupart réalistes et terre-à-terre, de leurs « héros ».

Le romancier, même débutant et âgé d’à peine 30 ans, maitrise déjà l’art du dialogue et brosse des personnages intéressants dénués de clichés, une caractéristique qui se retrouvera dans ses œuvres ultérieures. Bref, LA CABANE DE L’AIGUILLEUR s’avère plaisant et agréable, aidé par une longueur restreinte qui évite la dispersion. Cependant, il s’agit d’une première œuvre et il comporte quelques défauts excusables, le romancier n’ayant pas encore atteint sa pleine mesure. Les admirateurs de Wilson n’y retrouveront pas, non plus, l’aspect vertigineux et cosmique de SPIN ou LES CHRONOLITHES : l’ambition est ici plus réduite et le bouquin beaucoup plus intimiste et ramassé. Ce n’est pas un défaut en soi mais cela peut désappointer ceux qui ont découvert l’auteur avec ses livres ultérieures. Une chouette curiosité, sans plus ni moins.

Voir les commentaires

Rédigé par hellrick

Publié dans #Fantastique, #Historique, #science-fiction

Repost0