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Publié le 18 Septembre 2017

MEURTRES EN MAJUSCULES de Sophie Hannah

En 1975, Hercule Poirot quittait la scène après une ultime enquête. Depuis, le détective belge a été revu dans de nombreux épisodes de série télévisée et quelques long-métrages mais, à l’exception de la novelization de la pièce de théâtre BLACK COFFEE publiée en 1999 par Charles Osborne (qui procéda de la même manière pour plusieurs autres œuvres dramatiques de Christie), nous en étions sans nouvelles.

Tout change en 2014. Sophie Hannah, poète et écrivain anglaise (né en 1971) se voit choisie pour poursuivre les aventures de Poirot. Cette première « nouvelle » enquête se déroule en 1929. Poirot, réfugié de la Grande Guerre, y est encore au début de sa carrière de détective quoiqu’il ait déjà résolu plusieurs épineuses affaires. Nous sommes, dans le « canon », entre LE TRAIN BLEU et LA MAISON DU PERIL. Hastings (qui, en réalité, n’apparait que dans huit des romans originaux) en est absent, remplacé ici par le jeune policier Edward Catchpool, lequel sert de narrateur principal à l’intrigue.

Cette dernière débute par la visite d’une jeune femme terrifiée, Jennie, à Hercule Poirot, en vacances à quelques centaines de mètres à peine de son logement londonien. Le récit de Jennie s’avère plutôt incohérent mais il en ressort qu’elle se sent menacée de mort tout en excusant par avance son futur assassin. Poirot aimerait l’aider mais la demoiselle s’enfuit. Bien évidemment, le détective, aidé d’Edward Cathpool, prend l’enquête en main et relie rapidement cette visite impromptue à un étrange triple meurtre ayant eu lieu à l’hotel Bloxham. Les victimes ont été découvertes dans une position similaire, à trois étages différents, et chacune a un bouton de manchette placé dans la bouche. Pour Poirot aucun doute n’est possible, le bouton manquant est destiné à Jennie, future quatrième personne à tomber sous les coups du mystérieux criminel.

Poirot se montre ici toujours aussi fier de ses petites cellules grises. Sûr de lui et suffisant, il tente de guider le jeune Catchpool mais se refuse à répondre à ses questions où à lui servir la solution sur un plateau. Le jeune policier aura donc parfois bien du mal à supporter le petit Belge plutôt avare d’informations.

On retrouve le défaut coutumier d’auteurs comme John Dickson Carr qui n’hésitent pas à interrompre les explications afin de retarder les révélations. Les romans de Christie se montraient cependant plus « coulant » et moins alambiqués en dépit des énigmes développées parfois très complexes. Ici, Sophie Hannah semble ne pas pouvoir se restreindre et son bouquin s’étire sur près de 400 pages. C’est beaucoup, surtout lorsque les explications finales en occupent une large part.

On sent qu’Hannah veut bien faire mais elle rate, en partie, le coche : au lieu d’un plaisant ping pong verbal elle assomme le lecteur sous des bavardages incessants, au lieu d’une intrigue tortueuse explicité en quelques lignes elle propose un récit plutôt convenu (on devine rapidement plusieurs twists narratifs) mais rendu extrêmement tordu par les épuisantes explications de l’interminable climax.

Poirot lui-même ne semble pas au mieux de sa forme, en dépit de sa prétention coutumière certaines de ses déductions apparaissent capilotractées…à sa décharge le plan d’ensemble du criminel semble lui aussi hasardeux, relativement stupide et fort peu crédible.

Bref, dans l’ensemble, MEURTRES EN MAJUSCULE s’avère fort moyen, pour ne pas dire médiocre. Il eut sans doute fallu élaguer une bonne centaine de pages, resserrer l’intrigue, mieux équilibrer le récit (on comprend beaucoup de choses rapidement puis le livre semble faire du sur place jusqu’à la conclusion…ais-je déjà mentionné à quel point elle était interminable ?) et rendre Poirot un poil plus sympathique (la pédanterie caractérise le personnage mais doit-on n’en retenir que ses aspects les plus agaçants ?) pour obtenir un roman divertissant. Sans être un complet ratage, MEURTRES EN MAJUSCULE ne peut donc que décevoir.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Policier, #Whodunit, #Golden Age, #Agatha Christie

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Publié le 14 Septembre 2017

LE SECRET DE HIGH ELDERSHAM de Miles Burton [John Rhode]

Militaire britannique, Cecil Street (1884 - 1965) fit carrière dans le roman policier sous les pseudonymes de John Rhode et Miles Burton. En 1925, il débute avec THE PADDINGTON MYSTERY, premier des quelques quatre-vingt romans signés John Rhode qui mette en scène le docteur Lancelot Priestley. Sous le pseudonyme de Miles Burton, l’écrivain lance, en 1930, une nouvelle série dont le héros récurent est cette fois l’officier de marine Desmond Merrion. LE SECRET DE HIGH ELDERSHAM (publié en français en 1946 dans la collection « Le Corbeau ») constitue la première aventure de ce Merrion appelé à en vivre bien d’autres.

Petit village typique, High Eldersham vivote tranquillement. Certes, on n’y aime pas beaucoup les étrangers mais de là à les assassiner…C’est pourtant ce qui arrive à Whitehead, le propriétaire du bar local, La Rose et la Couronne, découvert poignardé dans son établissement. L’inspecteur Young entre en scène accompagné d’un de ses amis, Desmond Merrion, lequel se trouve attiré par la jeune Mavis. Les enquêteurs s’intéressent rapidement à un culte satanique très vivace dans la région et dont les membres pourraient être responsable du meurtre de Whitehead.

Présenté comme un roman d’énigme classique, LE SECRET DE HIGH ELDERSHAM se révèle un roman particulièrement bizarre dont l’originalité constitue à la fois un défaut et une qualité. En effet, ce qui débute comme un typique whodunit de l’Age d’or prend après une cinquantaine de pages une tournure très différente : les deux protagonistes soupçonnent des sorciers, se réunissant en sabbats les soirs de pleine lune, de commettre divers crimes.

Hélas, à partir de là, la machine déraille : cette sous-intrigue, qui pouvait donner une réelle plus-value au récit en lui conférant une originalité appréciable, occupe en effet l’essentiel du récit, la recherche du coupable devenant, dès lors, accessoire. Pire, les deux enquêteurs paraissent totalement largués durant la quasi-totalité du roman. Merrion agit de manière absurde, au petit bonheur la chance, espionne de ci de là les cultistes et délaisse complètement l’enquête concernant la mort de Whitehead. Une sous-intrigue supplémentaire, à base de contrebandiers et de trafiquants de drogue, vient encore se greffer à ce roman boursouflé et pourtant relativement divertissant dans ses excès. Tout cela rappelle le récent film « Hot Fuzz » avec son village entier participant aux activités illégales pour Le Plus Grand Bien. Loin du classicisme des whodunit de cette époque, LE SECRET DE HIGH ELDERSHAM s’enfonce donc dans un délire (pas si éloigné des intrigues abracadabrantes d’Edgar Wallace ou des pires John Dickson Carr) que le lecteur jugera, au choix, amusant ou imbuvable.

La conclusion s’avère assez incroyable :

Spoiler:
{Le grand méchant trafique de la drogue et pour que les villageois gardent le silence, notre dealer à grande échelle ressuscite un culte satanique qui s’appuie sur la crédulité des natifs et leurs craintes superstitieuses. Avec l’aide du médecin local, notre méchant (dont nous tairons l’identité) élabore des drogues qui plongent les participants aux sabbats dans une sorte de transe érotique afin de les garder sous sa coupe. De plus, le docteur administre secrètement du poison aux personnes désignées à la vindicte populaire par les « sorciers » afin de les rendre réellement malade, renforçant l’idée que les sortilèges à base de poupée vaudou du Grand Prêtre Satanique fonctionnent ! }

Et le meurtre initial ? Une banale affaire de vengeance résolue avec beaucoup de chance par nos héros qui, durant 250 pages, ne fouillent pas le passé de la victime. Lorsqu’ils se décident à accomplir cette base de l’investigation le mobile et l’identité du meurtrier apparaissent immédiatement. Décevant.

Dans l’ensemble, LE SECRET DE HIGH ELDERSHAM manque de rythme, souffre de pauvres dialogues et sa partie centrale parait à la fois erratique et interminable, ce qui rend la lecture du bouquin plutôt pénible. L’aspect déjanté du dernier acte et les références au satanisme sauvent quelque peu les meubles quoique l’auteur sacrifie alors toute vraisemblance au profit de la seule distraction.

Avis mitigé donc pour cette première rencontre avec un écrivain majeur (mais aujourd’hui bien oublié) de l’Age d’or.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Policier, #Whodunit, #Aventures, #Golden Age, #John Rhode - Miles Burton

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Publié le 11 Septembre 2017

DES AMIS DANS LA POLICE de Pierre Siniac

Avoir des relations c’est important. Et des amis dans la police encore plus. Surtout si on est la complice d’un assassinat.

Voici un roman dans la grande tradition de Pierre Siniac (1928 – 2002), défenseur de la littérature populaire qui n’hésitait pas à mélanger les deux frères ennemis que sont le polar et le récit d’énigme dans des récits « hénaurmes » mâtinés d’une fantaisie flirtant avec le fantastique et saupoudré d’une bonne louche d’humour. Il fut d’ailleurs publié aussi bien à la Série Noire qu’au Masque et cette livraison malaxe avec bonheur des personnages de polar et une intrigue abracadabrante au point de départ délirant.

Nous sommes dans la petite ville de Gisors, au pied du château-fort. Un ancien inspecteur de police pas vraiment futé, plutôt du genre pistonné, Germain Gouyaude, coule une retraite paisible en compagnie de la beaucoup plus jeune Aline. A temps partiel, l’ex flic, comme beaucoup de ses collègues, exerce le métier de gardien d’usine. Mais Germain, connu dans la ville sous le surnom de l’Albinos, est surtout un passionné de lecture qui fréquente assidument la bouquinerie de Mérouilleux. Il lui achète beaucoup de polars, quelques pornos et aussi, plus rarement, des « romans romans ». Autrement dit, de vrais livres, écrits avec des mots compliqués. Comme le dernier Sagan pris sur un coup de tête, complètement par hasard. Et dans lequel il découvre ce petit mot accusateur : « Je sais que vous avez tué une femme et que ce crime est resté impuni ». Bizarre, non ? Mais Germain n’a guère de temps pour s’interroger puisque, le soir même, il succombe à une crise cardiaque foudroyante. Y aurait-il un impensable lien de causalité ?

Aline, à son tour, découvre l’énigmatique message. Elle pourrait s’en désintéresser ou croire à une plaisanterie d’un goût douteux si, huit ans plus tôt, Germain n’avait pas tué à coup de démonte pneu son ancienne compagne, Colette. Aline a assisté à la scène sans intervenir. Elle a même aidé son homme à découper le cadavre avant de l’enterrer dans leur modeste maison de campagne. Pour tout le monde Colette est partie aux Etats-Unis, comme elle en avait toujours émis le souhait. Bref un crime tout bête, banal. Mais aussi un crime parfait dont personne n’a jamais entendu parler, que personne n’a même soupçonné. Or, aujourd’hui, Aline prend peur.  Elle s’imagine déjà victime d’un maitre chanteur, voire tuée par une main vengeresse. A qui se confier sinon au meilleur ami de Germain, l’inspecteur Jo Chalampin, bon flic insignifiant qui vivote depuis des années, trop indifférent à la politique, trop peu enclin à serrer des mains ou à cirer des pompes ? Mais par où commencer, comment entamer cette enquête, à part chez les bouquinistes ?

DES AMIS DANS LA POLICE constitue un court roman (les Anglo-saxons parleraient de « novella » puisqu’il fait 124 pages) enlevé et rythmé. Comme souvent avec Siniac (on se souvient des excellents SOMBRES SOIREES CHEZ MADAME GLAUQUE ou AIME LE MAUDIT), le point de départ est particulièrement intriguant. Jusqu’au dénouement, forcément surprenant, le lecteur baigne dans le mystère, complètement dépassé par l’impossibilité apparente de la situation : seules deux personnes étaient au courant du crime alors comment l’ancien policier peut-il se voir accusé par un message anonyme glissé entre les pages d’un livre acheté par hasard ?

Les explications finales paraitront probablement invraisemblables ou « capilotractées » mais qu’importe, elles tiennent la route (à condition d’enclencher la désormais célèbre suspension d’incrédulité) et, vu le caractère extravagant du problème posé, c’est déjà une vraie gageure d’aboutir à une solution satisfaisante. Et puis ce type de roman d’énigme, proche des crimes impossibles et des mystères en chambres closes, reste essentiellement ludique, un grand jeu où il importe davantage de s’amuser et se laisser surprendre que de chercher à battre en brèche la fragile construction narrative élaborée par l’auteur. Lequel se délecte également de nombreux clins d’œil, cultivant même l’auto citation en déclarant que certaines élites intellectuelles ne dédaignent pas lire un « Luj Inferman ». En cachette évidemment. Car les bouquins se divisent en catégories, allant de la vraie littérature (aux phrases complexes et aux mots que le lecteur moyen ne peut comprendre) à l’autre, cet indéfini qui comprend le polar, le gore, le fantastique, etc. Sans oublier, tout en bas dans la boue, le roman rose que l’on cache au fond d’un sac.  On devine Siniac plus attendri par cette littérature fangeuse que par les Académiciens.

« Chacun à sa place, comme dans la vie. Les gens convenables d'un coté - ici les romans dits littéraires, les choses psychologiques -, le petit peuple dans son coin : là les polars, les espionnages, les science-fiction, les fantastiques, les gores, enfin toute l'armée de la fiction, de l'évasion. Et dans un ghetto très spécial : les malades, les anormaux : les ouvrages licencieux, coquins, pornographiques, obscènes, excitants, louches, à lire sous la douche... »

Pour une soirée divertissante ou un petit trajet, DES AMIS DANS LA POLICE se révèle idéal et se lit en deux heures. A découvrir !

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Policier, #Whodunit, #Impossible Crime, #Polar, #Pierre Siniac

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Publié le 31 Août 2017

L'ASSASSIN DE SHERWOOD de Paul Doherty

Né en 1946, Paul Doherty est un des spécialistes incontestés du roman policier historique, auteur de nombreuses séries de qualités, parfois signées de ses pseudonymes (C.L. Grace, Paul Harding, etc.).

La saga de Hugh Corbett, située sous le règne d’Edward 1er d’Angleterre (au XIIIème siècle), reste sans doute sa plus célèbre : débutée en 1986 avec le très bon SATAN A SAINTE MARY-LE-BOW, elle compte à présent, trente ans plus tard, pas moins de dix-huit romans. Datant de 1993, L’ASSASSIN DE SHERWOOD, septième ouvrage de la série, se consacre à un personnage légendaire : Robin des Bois.

Lorsque débute le roman, en 1302, le Shérif de Nottingham est assassiné : il meurt empoisonné dans sa chambre (forcément close comme souvent chez Doherty grand amateur de ce type de problème) alors que tout ce qu’il a bu ou mangé a précédemment été goûté. Si la méthode est mystérieuse, l’identité de l’assassin semble, pour tout le monde, évidente : il s’agit du célèbre hors-la-loi Robin des Bois lequel tire, tous les 13 du mois, trois flèches enflammées en direction du château de Nottingham. Jadis admiré de la population pour redistribuer ses richesses aux plus démunis, Robin a dernièrement changé d’attitude : devenu bien plus cruel il n’hésite pas à massacrer des collecteurs d’impôts et se comporte en véritable brigand sanguinaire. Ces violences attirent l’attention du roi Edward qui dépêche à Nottingham son fidèle limier Sir Hugh Corbett pour mener l’enquête et trainer Robin devant la justice.

Comme souvent, Doherty mêle la petite histoire (l’assassinat impossible du Shérif) à la grande (un code secret français qui permettrait à Philippe le Bel de lancer une invasion contre l’Angleterre) et à la légende (ici, celle de Robin des Bois, personnage dont l’existence réelle reste sujette à caution).

En dépit d’une intrigue complexe, Doherty confère un bon rythme à l’ensemble, ramassé sur 250 pages, et lance de nombreuses pistes qui convergent avec fluidité vers une conclusion très satisfaisante. La méthode employée pour l’empoisonnement se révèle ingénieuse et crédible (loin des mises en scènes abracadabrantes de John Dickson Carr) et la solution du mystère incluant Robin des Bois fonctionne elle aussi de belle manière quoique la solution soit prévisible. Cela pourrait s’avérer un bémol mais cela prouve sans doute l’honnêteté d’un Doherty qui joue fair-play avec son lecteur sans lui cacher d’informations importantes. Les relations entre l’Angleterre et la France offrent, pour leur part, un tableau intéressant qui permet une sous-intrigue réussie à base de code secret, proche de l’espionnage.

Comme souvent avec l’auteur, le style est agréable et précis, les annotations historiques et les considérations socio-politiques concernant la période envisagée sont adroitement intégrées à l’intrigue, apportant au lecteur de nombreuses informations sur cette époque sans la moindre lourdeur. Du bon boulot pour ce véritable maître du roman policier médiéval. Vivement conseillé.

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Publié le 30 Août 2017

NE PAS DEPASSER LA DOSE PRESCRITE de Peter Lovesey

Né en 1936, l’Anglais Peter Lovesey défend, depuis près de quarante ans, les couleurs du roman d’énigme « à l’ancienne », dans une tradition typiquement british quelque peu délaissée en ces temps de polars noir dominant. On lui doit les enquêtes, à l’époque victorienne, du sergent Cribb (8 romans adaptés au petit écran sous le titre « Cribb »), les aventures du désoeuvré Bertie, Prince de Galles et futur roi Edward VII et bien d’autres romans policiers.

NE PAS DEPASSER LA DOSE PRESCRITE rassemble quinze nouvelles dont les ingrédients principaux sont l’humour, l’art de la « chute » et le sens du suspense, à l’image des récits jadis rassemblés dans les (souvent) excellentes anthologies ALFRED HITCHCOCK PRESENTE. Nous avons ainsi deux récits consacrés au précité Bertie, qui s’interroge sur la mort d’un participant à une régate et va également résoudre une mystérieuse affaire d’incendies volontaires. Le pyromane semble obéir à une routine bien établie et se contenter de détruire des bâtiments inoccupés.

Les autres récits sont variés et, sans exception, de très grande qualité.

Une expédition montagnarde entre de vieux amis perdus de vue depuis plusieurs décennies tourne à la tragédie lorsque des secrets enfouis sont dévoilés sur le ton de la plaisanterie. Un des amis en question anime, en effet, une émission télévisée basée sur le principe de la « confession » et a filmé les conversations - en apparence innocente - de ses deux compagnons. Malgré tout, ceux-ci ne le tuerait pas pour si peu quand même ? A moins que…

Souhaitant se débarrasser de son épouse, un homme a recours aux services d’un de ses employés qui connait un tueur à gages. En réalité, ce-dernier souhaite garder l’acompte et ne pas commettre le crime. Mais ne risque-t-il pas de se trouver piégé à son propre jeu ?

Un veuf décidé à conquérir une alerte sexagénaire se force à partager sa passion des souris de compagnie et se réjouit de la voir gagner un prochain concours. Mais ses nouveaux voisins se lancent, eux aussi, dans l’aventure et mettent toutes les chances de leur côté en faisant l’acquisition de rongeurs de grand prix. Heureusement, notre veuf possède un chat…et les chats n’aiment-ils pas les souris par-dessus tout ? Surtout ce chat-là, grand chasseur devant l’Eternel. Bien sûr l’auteur nous réserve un retournement de situation aussi amusant qu’inattendu.

Et que dire de ce vieux couple sans histoire, ensemble depuis 47 (ou 48 ans, la question fait débat), n’ayant jamais connu la moindre dispute. Tout n’est-il pas parfait dans ce ménage, excepté cette manie de l’épouse de se réveiller vers 2 heures du matin pour brancher sa bouilloire et remplir sa bouillotte ? On est frileuse ou on ne l’est pas. Cela réveille Monsieur mais est-ce une raison suffisante pour qu’il veuille l’électrocuter avec sa couverture chauffante. Au bout de 47 (ou 48 ans) peut-être bien que oui…

Le recueil verse dans le fantastique avec « La malédiction d’Odstock » basé sur le folklore anglais : Joshua Scamp a endossé la responsabilité d’un crime pour protéger sa fille et fut exécuté par erreur. Une fois son innocence établie, une malédiction fut lancée à l’encontre de l’église du village : quiconque en fermerait la porte à clé périrait dans l’année. La seule manière d’échapper au sortilège consiste à invoquer l’esprit de Scamp le soir d’Halloween pour qu’il s’empare de l’âme d’une autre personne.  

Le 31 octobre, un incrédule, après avoir donné une conférence démontant les superstitions locales, décide de donner un fatidique tour de clé…Un excellent récit qui mêle le policier au fantastique et à l’épouvante dans la lignée de « Rendez-vous avec la peur ». Une très belle réussite.

Un voleur récemment décédé expédie à son neveu un magnifique Ara. Mais, persuadé que le perroquet peut répéter le numéro du coffre où le défunt a planqué sa fortune en diamants, un homme s’en empare.

Une jeune fille prude et réservée, victime d’une remarque blessante de l’amant de sa mère, envisage de se venger de celui-ci en cachant dans sa voiture un caleçon, véritable « remède contre l’amour », appartenant à sa génitrice. Mais la rencontre impromptue de la demoiselle avec un charmant punk voleur de voiture change la donne.

Dans l’immédiat après-Guerre, un pudding « comme il faut » (comprenez gardé longtemps et à l’intérieur duquel la cuisinière a glissé une pièce porte bonheur) entraine un conflit familial qui se résoudra dans le sang.

Le narrateur d’« Erreur sur la personne », invité à l’enterrement d’un ancien ami, soupçonne sa trop jeune et séduisante épouse de l’avoir assassiné. N’est-ce pas bien commode d’avoir un beau-frère médecin afin de signer, sans poser de question, le certificat de décès ? Avec cette coquette assurance-vie la jeune veuve pas vraiment éplorée s’installe sous les tropiques en compagnie de son amant. Mais notre narrateur s’improvise détective…et pourquoi pas justicier ? Une construction minutieuse dont le premier « twist » se devine avant un second particulièrement surprenant et efficace. De la belle ouvrage !

Avec « Vidéo Gag », Peter Lovesey prend une fois de plus le lecteur par surprise : celui-ci croit deviner où l’histoire le mène et, au final, la chute (au sens propre et figuré !) le prend de court. Le récit s’intéresse à un couple persuadé de pouvoir toucher le jackpot en envoyant une vidéo hilarante à l’émission télévisée « vidéo gag » (souvenez-vous). Leur idée consiste à provoquer la chute d’une caravane du haut d’une falaise : l’homme se jettera du véhicule au dernier moment pendant que son épouse filme la scène. Ils empruntent le caméscope du voisin, lui achètent sa caravane et se mettent en quête de l’endroit le plus approprié au tournage. Evidemment tout ne se déroule pas comme prévu, à la plus grande joie du lecteur surpris par les dernières lignes d’un récit se terminant par un joli coup de théâtre.

La dernière nouvelle, « Des imprimeurs à la fête », débute par les aveux de la séduisante Patty Noble à la police : au cours d’une dispute, elle a lancé à la tête de son époux ivre une théière qui l’a tué sur le coup. Enfin pas tout à fait puisque l’autopsie révèle que la victime a été préalablement poignardée dans le dos. Qui a porté le coup mortel ? Encore une fois, Lovesey ballade le lecteur jusqu’à une révélation finale à la fois parfaitement logique (tous les indices qui y conduisent sont présents et bien en évidence) et complètement inattendue.

En résumé, un recueil de nouvelles d’une exceptionnelle qualité : pas le moindre texte faible ou même moyen, tout oscille entre le très bon et le formidable avec un dosage d’une précision impeccable entre l’humour noir et le suspense jusqu’à la chute finale toujours surprenante et mémorable. Hautement recommandé !

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Policier, #Whodunit, #Recueil de nouvelles

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Publié le 24 Août 2017

LES GRANDS DETECTIVES N’ONT PAS FROID AUX YEUX de Kyōtarō Nishimura

Ecrivain japonais né en 1930, Kyōtarō Nishimura n’a guère été traduit en français mais on peut cependant apprécier son très divertissant LES DUNES DE TOTTORi qui renouvelle le principe de la « disparition impossible » en l’appliquant à un…train entier rempli de voyageurs ! Un joli tour de force littéraire.

LES GRANDS DETECTIVES N’ONT PAS FROID AUX YEUX constitue un autre exercice de style puisque cette enquête à « huit mains » convie Ellery Queen, Hercule Poirot, Maigret et (moins connu des Occidentaux) Kogoro Akechi (détective imaginé par Edogawa Rampo). Les quatre « plus grands détectives du monde », certes vieillissants (ils sont à présent largement sexagénaires) mais toujours prêts à résoudre une énigme. Or voici que le millionnaire Sato les convie dans le but d’enquêter sur la disparition de trois cent millions de yens (environ deux millions de dollars). Les détectives refusent, prétextant que ce type d’investigation échappe à leurs compétences et relève de la police scientifique. Mais Mr Sato a réponse à tout : il va transformer l’affaire afin que les détectives puissent la résoudre. Pour cela il imagine un plan astucieux : brosser le portrait psychologique du coupable, trouver un individu qui réponds aux critères retenus et se laisser voler trois cent millions de yens. Les quatre enquêteurs pourront, dès lors, observer le comportement du voleur et élaborer les hypothèses pouvant mener à l’arrestation du premier criminel. Evidemment tout ne se déroule pas comme prévu et, à mi livre, le voleur est découvert poignardé. L’argent, évidemment, a disparu. Un simple meurtre pour faciliter le vol pensent les policiers. Mais les grands détectives, comme chacun le sait, ont leurs manies et leurs méthodes, pas toujours très conformes aux attentes. Ainsi, sur la scène du meurtre, « Ellery Queen ne s’intéresse qu’à un chapeau haut de forme et Hercule Poirot qu'a la position du fauteuil ! Quand à Maigret, n'en parlons pas, le célèbre détective du quai des Orfèvres, en face d'un cadavre et de la disparition de trois cents millions, ne voyait pas le mobile ! »

Hommage / pastiche littéraire de haute volée, LES GRANDS DETECTIVES N’ONT PAS FROID AUX YEUX s’inscrit dans la tradition du TROIS DETECTIVE de Léo Bruce ou du TROP DE DETECTIVES de Jacques Sadoul ainsi que du film « Un cadavre au dessert ». Bref, nous avons droit à quatre enquêteurs pour le prix d’un. Et non des moindres. Avec leur défauts et qualités évidemment : la suffisance de Poirot, l’humanisme de Maigret, l’entrain de Queen, etc.

Comme le roman a été écrit en 1971, nos enquêteurs ont, grosso modo, leur âge réel, soit entre 60 et 70 ans. Insistons sur cet âge réel car, sous la plume de Kyōtarō Nishimura, Poirot, Queen, Maigret et Kogoro Akechi existent bel et bien et les romans qui relatent leurs exploits respectifs sont d’authentiques compte rendus d’affaires criminelles célèbres. A l’image de Sherlock Holmes, nos détectives sont des « créatures » autonomes qui se sont extirpées des bibliothèques pour devenir charnel et poursuivre leurs exploits dans le Japon en pleine transition des seventies. Et ce qui a débuté comme une sorte d’expérience psycho-sociologique devient une véritable enquête sur un meurtre. A ce moment tous deviennent suspects car, comme le souligne Queen : « à partir d’une certaine somme d’argent chacun peut être coupable ». Nos détectives mènent donc l’enquête, chacun à leur manière, et désorientent la police officielle qui ne comprend rien à leurs élucubrations. Les rebondissements, eux, ne manquent pas, certains prenant même nos héros au dépourvu tant de nouvelles découvertes (les billets carbonisés) remettent en cause toute leur patiente construction mentale. Mais n’ayez crainte, les détectives résoudront le mystère, Ellery Queen insistant même, à la désolation de ses collègues, pour insérer son traditionnel « défi au lecteur ».

L’auteur, manifestement, connait son sujet et se révèle un passionné du roman d’énigme qui se désole, avec les réflexions de Queen, de la prédominance de la série noire. Il brosse en quelques phrases la personnalité des détectives, rend hommage aux auteurs européens, américains et japonais et défend l’universalité du whodunit. Les dialogues sont vifs et la confrontation entre les protagonistes aboutit à un ping-pong verbal réjouissant entrecoupés de nombreuses références aux enquêtes antérieures de nos héros. Attention, donc, les balises « spoilers » n’existent pas dans ce récit qui évoque, notamment, le dénouement de L’ARCHE DE NOÉ d’Ellery Queen, LE CRIME DE L’ORIENT EXPRESS d’Agatha Christie ou LA TÊTE D’UN HOMME de Simenon.

Après la résolution de l’énigme, bien pensée et dans la pure tradition de l’Age d’Or, le lecteur aura même droit à une ultime pirouette qui achève de faire de ce roman un divertissement cinq étoiles. Recommandé et même incontournable pour les amateurs !

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Policier, #Whodunit, #Golden Age, #Ellery Queen

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Publié le 9 Août 2017

LE MYSTERE EGYPTIEN (ou LE MYSTERE DES TROIS CROIX) d'Ellery Queen

Les Queen père et fils profitent de la quiétude de Noel lorsqu’Ellery est intrigué par un crime particulièrement brutal commis dans un petit village tranquille de Virginie, Arroyo. Un instituteur y a été découvert décapité et crucifié, son corps mutilé formant un « T » sanglant. D’autres « T » ont été tracés avec du sang. La victime, Andrew Van, passait pour un excentrique et son athéisme conduit Ellery a envisagé la piste d’un meurtre lié à la religion. Le détective s’oriente plus particulièrement vers un culte égyptien, le « T » symbolisant probablement, selon lui, la croix égyptienne ou ankh. Ellery s’intéresse ainsi à une secte locale qui mêle nudisme et égyptologie dirigée par le mystérieux Harakht. Cependant, l’enquête reste au point mort tandis que le serviteur simple d’esprit de l’instituteur, peut-être capable d’apporter une réponse à ce crime horrible, a disparu. L’affaire pourrait en rester là si, six mois plus tard, une nouvelle victime, n’ayant apparemment aucun lien avec la première, n’était découverte, elle aussi décapitée et crucifiée. Ellery se lance aux trousses d’un assassin insaisissable.

Publié en 1932, cette cinquième enquête d’Ellery Queen poursuit la saga entamée trois ans plus tôt avec LE MYSTERE DU THEATRE ROMAIN (alias LE MYSTERE DU CHAPEAU DE SOIE). Cette fois Ellery enquête seul (son paternel ne fait que de la figuration) et s’éloigne de New York mais le traditionnel « défi au lecteur » est lancé avant les explications données par le détective. Pour une fois, les familiers du roman policier trouveront probablement l’identité du coupable et pourront même deviner ses motivations, en effet la théâtralité exagérée des crimes devrait mettre la puce à l’oreille des amateurs. Ceux-ci soupçonneront qu’il y a anguille sous roche dès les premières pages mais les retournements de situations restent suffisamment nombreux pour maintenir l’intérêt.

Cependant, le début du roman déstabilise car l’énigme présente un grand nombre de personnages (une vingtaine) et s’attarde sur des nudistes illuminés adeptes d’un culte égyptien. Cette partie manque de rythme et semble un brin confuse, Ellery lui-même déclarant avec raison : « j’ai travaillé sur des affaires compliquées au cours de ma carrière mais je n’en ai jamais vu d’aussi embrouillée que celle-ci ».

Le lecteur se trouve ainsi noyé sous les détails et piégés par les nombreuses fausses pistes, essayant de séparer l’essentiel de l’accessoire. Ce n’est guère évident puisque, comme le remarque le détective : « Quelle abondance de faits insignifiants » ! Les cent premières pages se trainent ainsi et peinent à véritablement passionner, la chasse aux nudistes évoquant immédiatement (quoique de manière évidemment complètement anachronique) les efforts de Cruchot pour nettoyer les plages de Saint Tropez. Tout cela a donc assez mal vieilli en dépit de l’originalité frappante du crime inaugural, une mise en scène macabre et grand-guignolesque qui transforme un instituteur de province en un sanglant totem en forme de croix égyptienne.

Le roman se resserre heureusement à mi-parcours, autrement dit après le second meurtre, quoique notre enquêteur paraisse toujours dans le flou. Un protagoniste de ce MYSTERE EGYPTIEN ne dit-il pas : « j’ai entendu si souvent vanté votre habileté de détective que la réalité me laisse froid. Quand commencez-vous Queen ? Quand Sherlock Holmes bondira t’il sur le lâche meurtrier pour lui passer les menottes ? ». A ce moment, l’auteur s’éloigne de son culte égyptien et ravive l’intérêt : aucun afficionado du whodunit ne peut sérieusement penser que l’un de ces nudistes illuminés sera le coupable désigné. Cette intrigue parait aussi gratuite que forcée et s’avère peu crédible, pour ne pas dire inintéressante, comme si les auteurs (on rappelle qu’Ellery Queen est le pseudonyme collectif de deux cousins) avaient voulu à toute force introduire cette sous-intrigue religieuse (peu exploitée) pour épaissir leur roman.

Une fois nos cultistes retirés de l’équation qui reste-t-il ? Peu de suspects possibles, au point que le twist final, certes bien amené, semblera prévisible. Là encore, impossible de croire, dans le cadre d’un roman policier « classique » de cette époque que nous avons réellement affaire à un fou sanguinaire inconnu. L’un des principaux protagonistes doit fatalement être le tueur recherché. Or le nombre de candidats restreints oblige à recourir au vieil adage : « une fois l’impossible éliminé ne reste que la vérité, aussi invraisemblable qu’elle paraisse ».

Malgré ces défauts (et ce premier tiers languissant, pour ne pas dire laborieux), LE MYSTERE EGYPTIEN s’inscrit au final dans une honnête moyenne du policier de l’Age d’Or. Pour les novices, on conseillera plus volontiers DEUX MORTS DANS UN CERCUEIL, LE MYSTERIEUX MR X, LE MYSTERE DU GRENIER, GRIFFES DE VELOUR ou le classique du « meurtre en chambre close » LE ROI EST MORT. Mais LE MYSTERE EGYPTIEN reste un plaisant « Ellery Queen » qui saura contenter les fans du dynamique duo.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Policier, #Whodunit, #Golden Age, #Ellery Queen

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Publié le 4 Août 2017

QUI PORTERA LE CHAPEAU? de Simon Brett

« Qui portera le chapeau ? » n’est pas seulement un bon titre pour un roman policier, c’est également celui d’une émission de télévision adaptée de la version américaine « Chapeau bas ». Dans ce jeu télévisé quatre célébrités doivent découvrir les professions respectives, symbolisées par un chapeau, de quatre invités. Parmi ceux-ci, l’acteur raté mais détective amateur talentueux Charles Paris. Or, durant le tournage de l’épisode « pilote » du jeu le présentateur vedette meurt, empoisonné en plein moment de suspense, alors que le public va enfin savoir si l’heureux gagnant de la soirée pourra repartir avec l’Austin Martin. Charles Paris va forcément mener l’enquête pour disculper une jeune femme un peu trop rapidement accusée et découvrir le véritable coupable.

Le Londonien Simon Brett (né en 1945) exerce de nombreux métiers avant de se spécialiser dans le roman policier traditionnel (de type whodunit) mais empreint d’un humour très prononcé. En 1975, il publie CAST, IN ORDER OF DISAPPEARANCE, la première des dix-huit enquêtes (seules trois seront traduites en français au Masque) de son acteur raté Charles Paris. Par la suite il lance deux autres séries, l’une consacrée à Mrs Pargeter (dont quatre aventures seront publiées au Masque), l’autre à un petit village fictif, Fethering (inédite en français). On lui doit aussi des romans isolés, des pièces de théâtre, des livres pour enfants et des recueils de conseils pour parents ou grands parents.

Datant de 1985, QUI PORTERA LE CHAPEAU est la onzième aventure de Paris mais la troisième et dernière éditée par le Masque. Ayant travaillé plusieurs années pour la BBC, Brett connait forcément l’envers du décor de la télévision et se permet une satire assez mordante et bien vue des jeux télévisés (et encore, ceux de 1985 apparaissent comme des modèles d’intelligence et de bon goût comparé à ceux que l’on subit aujourd’hui).

La présentation des personnages, tous très typés et amusants, occupent ainsi le premier tiers d’un roman assez court (moins de deux cents pages) avant que ne survienne le crime proprement dit, celui du présentateur vedette, empoisonné en direct par son verre d’eau…ou plutôt de gin puisque le bonhomme aimait s’alcooliser ainsi. Ni vu ni connu. Charles Paris, lui, a été choisi pour incarner l’acteur typique. Bien évidemment, pour ne pas gâcher le jeu des spectateurs, le comédien en question doit être totalement inconnu du grand public. Un rôle parfait pour le pauvre Paris, au plus bas de sa carrière et sur la pente savonneuse de l’alcoolisme. Heureusement, notre héros se révèle plus doué pour la détection que pour la comédie. Il va enquêter dans le milieu de la télévision, interroger les différents suspects et déterrer quelques secrets avant de démasquer le coupable. Bref, QUI PORTERA LE CHAPEAU ne cherche pas à innover mais plutôt à retrouver le charme des whodunit classiques de l’Age d’Or, avec leurs personnages brossés à gros traits (et volontairement caricaturaux), leurs fausses pistes nombreuses et leurs révélations en cascade. La principale originalité de Brett est de saupoudrer une énigme bien ficelée mais classique de nombreuses digressions humoristiques, de jeux de mots plus ou moins réussis et d’un second degré souvent plaisant. Il accouche ainsi d’une satire enlevée et fort divertissante qui ne renouvelle pas le roman de mystère mais s’applique cependant à offrir au lecteur un véritable plaisir de lecture. Qu’il en soit remercié !

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Policier, #Whodunit, #Simon Brett

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Publié le 28 Juillet 2017

ILS ETAIENT QUATRE A TABLE de John Dickson Carr

Ils étaient quatre à table…sauf que l’un d’entre eux est à présent décédé. Tout avait pourtant commencé par une bonne soirée entre amis désirant discuter et partager quelques cocktails. Blystone le chirurgien, la critique d’art Bonita Sinclair, l’égyptologue Bernard Schumann et le businnesman Felix Haye ont pourtant été empoisonnés à l’atropine. Si les trois premiers se réveillent simplement intoxiqués, Haye, lui, a été en outre poignardé. Qui a pu vouloir l’assassiner ? Serait-ce lié à ces cinq petites boites contenant des révélations apparemment importantes déposées par Haye chez son avocat peu avant son décès ? Des boites qui, d’ailleurs, ont-elles-aussi disparus, l’étude ayant été cambriolée la nuit où le crime fut commis. Les deux affaires sont forcément liées. Le célèbre Henry Merrivale va mener l’enquête et tenter, tout d’abord, de comprendre comment les quatre invités ont pu être empoisonnés alors que les rescapés affirment que nul n’a pu verser le poison dans leur verre.

Originellement publié sous le pseudonyme de Carter Dickson voici un roman policier très classique mais plaisant qui ajouter au traditionnel « whodunit » un problème de « howdunit », le crime impossible étant la spécialité de John Dickson Carr. Ici nous avons affaire à un empoisonnement qui laisse perplexe les enquêteurs. Une variante assez rare du problème de la chambre close dont, plus récemment, Doherty avait offert une variation avec son très plaisant L’ASSASSIN DE SHERWOOD.

Comme souvent avec Carr, l’intrigue est tortueuse, les fausses pistes nombreuses et les retournements de situation, proposés à intervalles réguliers pour relancer l’intérêt, efficaces. Le roman ne sombre pas, cependant, dans l’extrême complexité d’autres œuvres de Carr (pas toujours très digestes avec leurs digressions nombreuses) et le procédé utilisé par le meurtrier se révèle finalement fort simple (mais, comme toujours, il fallait y penser !). Néanmoins, on retrouve les scories coutumières du romancier, en particulier ce Merrivale quelque peu insupportable et toujours très satisfait de son intelligence : il connait dès le départ la solution mais refuse de la donner et invite les enquêteurs à réfléchir au problème.

L’humour, fort présent, rend heureusement le bouquin agréable et lui évite l’austérité de certains Carr qui tiennent davantage du problème intellectuel insoluble que du divertissement. Les dialogues bien troussés confèrent à l’ensemble un rythme soutenu et la galerie de protagonistes (et donc de suspects) restreintes transforme le tout en un véritable jeu à la Cluedo des plus sympathique. On peut rapprocher le livre du similaire CARTES SUR TABLE d’Agatha Christie publié l’année suivante où, là aussi, quatre personnes sont réunies autour d’une table (pour jouer aux cartes) et l’une d’elles est mystérieusement assassinée.

S’il n’est pas le meilleur ou le plus élaboré des problèmes conçus par Carter Dickson / John Dickson Carr ILS ETAIENT QUATRE A TABLE assure au lecteur un bon moment de détente et, par sa relative simplicité, peut même être conseillé aux novices du romancier qui souhaiteraient faire plus amples connaissances avec le maitre incontesté (du moins avant la naissance de Paul Halter) du crime impossible.

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Rédigé par hellrick

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Publié le 16 Juillet 2017

NOEL TRAGIQUE A LEXHAM MANOR de Georgette Heyer

L’Anglaise Georgette Heyer (1902 – 1976) fut une prolifique auteure de romans historiques. Elle débute très jeune dans l’écriture puisqu’elle publie son premier livre, THE GREAT ROXHYTHE, en 1923.  Par la suite, Heyer devient une spécialiste de la romance historique située, généralement, durant la période de la Régence. Beaucoup furent publiés chez nous par Harlequin (ou Milady). Heyer écrit également de nombreux romans policiers, lesquels se vendent nettement moins que ses romances (en moyenne  16 000 exemplaires pour les premiers,  plus de 100 000 pour les seconds). La romancière considérait d’ailleurs ses œuvres policières comme « une diversion intellectuelle proche des mots croisés ». Elle écrira une douzaine de romans d’énigme avec l’aide de son mari qui, souvent, fourni les bases des intrigues et des personnages.

NOEL TRAGIQUE A LEXHAM MANOR constitue un bel exemple de whodunit à l’ancienne dont le classicisme se voit tempéré par une dose humour et un rythme bien géré. La romancière ne perd pas de temps pour introduire ses protagonistes et évoquer leur aménité. Car, quoi de mieux qu’une réunion  de famille un soir de Noël pour cultiver les rancœurs, lesquelles mèneront forcément au crime de l’instigateur de la fête,  Nathaniel Herriard, retrouvé poignardé dans son bureau fermé à clé. L’inspecteur Hemingway de Scotland Yard se voit chargé de l’enquête et les suspects, probablement motivés par l’héritage, ne manquent pas. Mais comment expliquer ce crime en apparence impossible ? 

La Nativité inspira fréquemment les auteurs de l’Age d’or puisque ces réunions de famille fournissaient l’occasion de dévoiler des secrets enfouis et de supprimer quelques tyrans familiaux. LE NOEL D’HERCULE POIROT d’Agatha Christie vient immédiatement à l’esprit mais on peut aussi citer le MEURTRE A L’ANGLAISE de Cyril Hare, LE CERCUEIL DE NOEL de Ngaio Marsh, le AU DOUZIEME COUP DE MINUIT de Patricia Wentworth, LES NEUF TAILLEURS de Dorothy Sayers ou encore LE MYSTERE DES TROIS CROIX d’Ellery Queen. Un véritable sous-genre du roman d’énigme, ici joliment illustré par une Georgette Heyer menant adroitement sa barque en présentant une  belle brochette de suspects : le frère de la victime (Joseph), son neveu (Stephen), sa nièce (Paula), leur compagne et compagnon respectifs (l’auteur dramatique en devenir Roydon, la volage et futile actrice Valerie Dean), sans oublier la cousine Mathilda, l’associé de la victime, et les domestique.

Archétype du whodunit (et du howdunit), NOEL TRAGIQUE A LEXHAM MANOR joue à ce point des clichés et conventions du genre que le roman verse pratiquement dans l’auto parodie pince sans rire : rien ne manque au catalogue, de la femme fatale ultra vénale et stupide à la jeune fille intelligente et effacée en passant par un maitre d’hôtel caricatural. Ne manque qu’un crime en chambre close inexplicable et la disparition mystérieuse d’un apparemment anodin bouquin historique pour couronner un récit légèrement prévisible. L’identité de l’assassin semble en effet évidente à mi-parcours et la méthode utilisée – inspirée par l’assassinat de l’impératrice Elizabeth d’Autriche – n’est pas vraiment originale et a déjà été employée à maintes reprises (on en trouve d’ailleurs une variante récente dans le troisième épisode de la sixième saison de « Meurtre au paradis » d’ailleurs intitulé « The Impossible Murder »).

En dépit de ces bémols, NOEL TRAGIQUE A LEXHAM MANOR se lit avec plaisir : c’est (relativement) court, rythmé, efficace et les dialogues bien écrits, très vivants et souvent amusants rendent le roman fort plaisant.  Conseillé !

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Policier, #Whodunit, #Golden Age, #Impossible Crime, #Georgette Heyer

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