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Publié le 9 Octobre 2017

L'OEIL DE VERRE de Earl Stanley Gardner

Un homme, Peter Brunold, se présente au célèbre avocat Peter Mason car il a perdu un de ses « œil de verre ». Or, pour Brunold, cela ne peut vouloir dire qu’une chose : quelqu’un souhaite utiliser l’accessoire, éminemment reconnaissable et aussi incriminant que des empreintes digitales, pour l’accuser d’un crime. Peu après, en effet, Harry Bassett se suicide et on découvre, dans sa main crispée, un œil de verre. Un suicide, vraiment ? Pourquoi, dans ce cas, le mort avait-il trois révolvers sur lui ?

Sixième roman de la longue série des Perry Mason, le bouquin introduit le futur ennemi (uniquement dans le prétoire !) récurrent de notre expert du barreau : H.M. Burger. L’intrigue, passablement tarabiscotée et rocambolesque, débute par une série d’explications, d’ailleurs plutôt intéressantes, sur la création des « œil de verre » aux Etats-Unis. Un travail effectué par de véritables artistes, fort peu nombreux, et au travail immédiatement identifiable. La suite du récit ménage bien des rebondissements et retournements de situations, dans une veine très feuilletonnesque plaisante et enlevée, bien qu’il ne faille pas s’arrêter aux détails d’une intrigue à la crédibilité relative.

Le dernier acte, comme toujours, se déroule au tribunal où Maitre Mason use de tous ses talents orateurs (et de sa roublardise coutumière) pour qu’éclate la vérité. Classique mais efficace. Quoique le roman soit riche en péripétie, l’enquête policière laisse le lecteur dans le brouillard et il faut attendre la brillante démonstration de Mason, en fin de volume, pour que la solution se fasse jour. Notons d’ailleurs que la méthode purement déductive de l’avocat ne se base sur rien de réellement concret : il « découvre » le coupable et ses motivations en usant uniquement de son intelligence et précise qu’avec un peu de réflexion la solution est limpide. Le juge acquiesce d’ailleurs : « tout cela me parait évident à présent : si on ne s’était pas laissé aveuglé par des détails secondaires on pouvait arriver à la solution de cette affaire ».

La manière de procéder de Mason se situe donc bien loin de la méticulosité d’un Holmes ou des savants recoupements d’un Poirot. L’avocat professe en outre une conception très personnelle de la loi : il n’hésite pas à trafiquer les preuves, multiplie les mensonges afin d’arriver à ses fins et opère même une peu crédible substitution de témoin. La moitié des actions accomplies par Mason dans ce court roman aurait justifié de le voir rayé du barreau, voire emprisonné. Mais puisqu’il agit pour le « plus grand bien » chacun lui pardonne, y compris le juge qu’il a ridiculisé et qui s’exclame après réflexion « bon, n’en parlons plus ».

Mais qu’importe, le plaisir de lecture est, une nouvelle fois, présent en dépit du côté « forcé » des derniers chapitres où l’intrigue s’emballe littéralement sans laisser au lecteur le temps de souffler. La présence d’une émule féminine de Barbe-Bleue accumulant les maris (condamnés à périr) et l’incongruité de la situation de départ rendent cet ŒIL DE VERRE (aussi connu sous le titre du BORGNE BIZARRE) divertissant à souhait, au point que l’on pardonne les coïncidences et invraisemblances un peu trop nombreuses du récit. Un bon moment.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Policier, #Whodunit, #Golden Age, #Perry Mason

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Publié le 3 Mai 2017

LE TROISIEME TROU (PERRY MASON) de Erle Stanley Gardner

Créé par Erle Stanley Gardner (1889 – 1970), le personnage de l’avocat enquêteur Perry Mason effectue ses débuts en 1933 avec PERRY MASON SUR LA CORDE RAIDE. Par la suite, sous le pseudonyme d’A.A. Fair, l’écrivain lance une nouvelle série, consacrée aux détectives Cool & Lam. Nouveau succès pour Gardner qui abandonne son métier d’avocat et écrit, chaque année, plusieurs romans policiers jusqu’à son décès. Au final, Perry Mason vivra 82 aventures et Cool & Lam résoudront 29 énigmes.

Dans ce court roman (180 pages dans l’édition originale), Kerry Dutton débarque dans les bureaux de Mason pour avouer un détournement de fonds. Très vite, il apparait que Dutton été animé des meilleures intentions : en effet, le père de l’insouciante Desere Ellis lui avait confié la gestion d’une importante somme d’argent. Or, Desere semble être tombée sous la coupe d’un jeune beatnik désireux d’utiliser la fortune de la demoiselle afin de lancer un nébuleux projet d’aide aux artistes. Amoureux de Desere, Kerry Dutton a voulu l’empêcher de dilapider cet argent et a procédé à différents placements, obtenant au final un joli bénéfice en son nom propre qu’il souhaite laisser à la jeune fille. Une affaire de meurtre, commis près du troisième trou d’un parcours de golf, complique la situation et Mason devra sauver de la mort un Dutton que tout accuse.

Datant des années ’60 (il s’agit d’une des dernières enquêtes de Mason), le bouquin a plutôt bien vieilli, décrivant un milieu de jeunes artistes oisifs voulant utiliser l’argent d’autrui pour leurs combines (« Desere fréquentait surtout des garçons aux cheveux longs et aux ongles sales, des idéalistes d'extrême gauche, qui n'hésitaient pas à piocher dans son argent tout en continuant à la tenir à l'écart. »). Le style de Gardner est, en version originale, parait-il exécrable et il faut, si cela est exact, saluer la traduction de Maurice-Bernard Endrèbe (lui-même romancier et créateur du personnage d’Elvire, la Vieille dame sans merci) qui, dénuée de circonvolution, n’en reste pas moins très efficace et va droit à l’essentiel : peu de description mais beaucoup de dialogues, un peu à la manière d’une pièce de théâtre et, d’ailleurs, les jeux de manches entre avocats ne sont-ils pas les meilleurs héritiers du théâtre classique avec l’unité de lieu (le prétoire), de temps (la durée – courte – du procès) et d’action (qui relève du pur whodunit) ?

Si l’enquête est réussie (quoique les premières pages, assez techniques, peuvent rebuter pour les non familiers des problèmes juridiques), les personnages sont, eux-aussi, intéressants : Perry Mason est aidé de sa secrétaire forcément énamourée (Della Street) et d’un détective qui enquête sur le terrain, Paul Drake. Face à lui, Mason doit compter avec Hamilton Burger (sacré patronyme !) bien décidé à incriminer le pauvre Dutton. Une fois de plus, la vérité sera dévoilée durant les dernières pages, menées à un rythme des plus soutenu et même si l’identité du coupable n’est pas franchement surprenante, la recette fonctionne impeccablement. Un plaisant whodunit, une énigme bien construite, un zeste de romance, une pincée d’humour,…cette première rencontre avec le plus célèbre des avocats s’avère très agréable et donne envie de découvrir d’autres enquêtes de cette longue série. Du divertissement pur (il ne fait pas en attendre de la grande littérature ou une quelconque recherche stylistique) qui se lit quasiment d’une traite.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Policier, #Whodunit, #Perry Mason

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