whodunit

Publié le 12 Décembre 2019

J'AURAI TA PEAU de Mickey Spillane

Ecrit juste après la Seconde Guerre Mondiale, ce roman a lancé la carrière de Mickey Spillane, à son époque le plus gros vendeur de bouquin des USA (« il n’avait d’autre concurrent que lui-même » a-t-on même dit). Après avoir scénarisé des comics pour Marvel (comme Captain America), Spillane se lance dans le pulp et, à même pas 30 ans, crée le personnage emblématique de Mike Hammer dont le patronyme laisse deviner les méthodes musclées. C’est d’ailleurs le grand intérêt des romans de Spillane tant Hammer incarne le stéréotype du héros viril, raciste, sexiste et macho comme on n’en fait plus (pratiquement un James Bond ou un SAS avant l’heure). L’oppose d’un héros politiquement correct d’aujourd’hui.

Mike méprise les gays (« pédales ») et les minorités (divisées entre les « bâtards jaunes » et les « nègres », mais les femmes adorent. D’ailleurs, elles se jettent toutes à ses pieds et Hammer les fait toutes craquer : sa secrétaire ultra canon se désespère de le mettre dans son lit (Miss Moneypenny ?), deux jumelles dont une nymphomane insatiable s’offrent à lui (mais devant cette avance « trop facile », Hammer passe son tour) et une psychiatre chaude comme la braise lui fait immédiatement des propositions indécentes. « Entourée d’homme sans virilité elle aspirait à un vrai homme ». Mike souhaite d’ailleurs l’épouser : elle devra bien sûr arrêter de travailler et rester à la maison pour qu’il sache toujours où la trouver et notre demoiselle qui n’en peut plus (Mike refuse de coucher avec elle avant le mariage !) réclame à grand cri sa bague ! Même lorsque Mike prend un raccourci par le parc, il croise des nurses qui lui adressent « un sourire plein d’espoir ». Son enquête s’interrompt donc régulièrement le temps de satisfaire ses dames.

Au rayon enquête et détection, Hammer ne la joue pas non plus Hercule ou Sherlock, préférant laisser parler ses poings et y aller franco niveau menaces, intimidations et coups et blessures. Pas question de chercher des indices et on le trouvera plus volontiers le 45 en main que la loupe.

Il faut dire que Mike a des raisons d’être en rogne car Jack, son meilleur copain, vient d’être assassiné. Un brave type ce Jack, il aurait même donné son bras pour Mike, d’ailleurs il l’avait fait au sens propre en s’embrochant sur une baïonnette destinée à notre héros durant la guerre. Ca forge une amitié, dur comme l’acier (ou la bite à Hammer). Du coup Mike veut coincer le meurtrier avant les flics, pas question que l’assassin se retrouve en cabane ou même sur la chaise, Mike veut le voir souffrir un maximum avant de l’abattre comme un chien. Mike est « le juge, le juré et l’exécuteur » et rien ni personne ne l’arrêtera dans sa mission. Pendant ce temps les morts s’accumulent…

J’AURAI TA PEAU (un titre presque aussi réussi que le « I, The Jury » original) constitue une bonne cure pour se laver du polar actuel à prétentions sociales. Ici le lecteur plonge dans le « pulp hard boiled » originel dans le style de Raymond Chandler mais en plus percutant, en plus série B avec tout ce que cela implique de machisme satisfait, de vulgarité assumée et de violences gratuites. Mike Hammer annonce à la fois James Bond, un justicier dans la ville, l’Exécuteur et l’Inspecteur Harry. Bref, comme disait l’autre « c’est du brutal ». Rafraichissant, plaisant et hautement divertissant.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Policier, #Roman de gare, #Polar, #Whodunit

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Publié le 3 Décembre 2019

CELUI QUI MURMURE de John Dickson Carr

Cette enquête de Gideon Fell se classe sans hésitation possible parmi les meilleurs romans de « meurtre impossible » écrits pas le spécialiste John Dickson Carr. En novembre 2019 il a été voté « meilleur livre de Carr » sur le site Classic Mystery Novel du Puzzle Doctor. Une bonne occasion de relire cet incontournable.

Le professeur Rigaud a jadis été témoin, près de Chartres, d’une scène impensable. Après avoir assisté à une violente dispute entre un père et son fils, Rigaud éloigne le jeune homme, Harry Brooks, et laisse son paternel au sommet d’une tour médiévale. Or celui-ci est retrouvé peu après tué par sa canne épée alors que personne n’a pu s’approcher de la victime. Après la seconde guerre mondiale l’affaire ressurgit lorsque Rigaud la raconte durant un diner. Gidéon Fell devra, des années après les faits, expliquer ce meurtre.

Environ 200 pages ! Carr ne traine pas en route mais développe néanmoins une atmosphère intéressante dans un climat de peur surnaturelle. La caractérisation des personnages se montre, elle aussi, de qualité, avec de beaux portraits, plus développés que de coutume. La période choisie est particulièrement charnière dans le roman policier puisque la Seconde Guerre Mondiale marque généralement la fin ou du moins le déclin du roman d’énigme classique. Carr n’élude pas la guerre et ses conséquences mais propose un crime mystérieux commis avant celle-ci mais résolu plusieurs années après, au lendemain de la fin du conflit.

L’énigme, pour sa part, s’avère rondement menée. Si l’identité de l’assassin et la méthode utilisée ne surprendront pas l’amateur de « crime impossible » (en appliquant la célèbre maxime de Sherlock il n’existe pratiquement qu’une seule solution possible), les détails s’emboitent admirablement et chaque point de détail se voit au final expliqué avec bonheur. De plus, le romancier garde un atout dans la manche sous la forme d’une révélation fracassante que peu de lecteur auront vu venir. Un classique incontournable qui mérite sa place dans toutes les listes recensant les meilleurs policiers d’énigme de l’âge d’or.

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Publié le 29 Octobre 2019

MEURTRE A L'ANGLAISE de Cyril Hare

Cyril Hare (1950 – 1957) a écrit en 1951 ce roman policier (volontairement) très classique qui s’apparente à un pastiche distancé des grands whodunit de l’Age d’or.

Comme les maitres du roman d’énigme, Hare convoque une série de protagonistes très typés pour un réveillon de Noël placé sous le signe du meurtre. Seul un écrivain britannique pouvait, en effet, proposer un tel nombre de personnages inconciliables et les réunir dans une même demeure à l’invitation du patriarche agonisant qui tient, pour son dernier Noël, à rassembler la famille autour de son lit de mort. Nous avons donc le professeur Wenceslaus Bottwink, expert de la constitution anglaise mais étranger et juif ce qui le rend suspect auprès des autres invités. Lord Warbeck qui garde la chambre pour raison de santé et ne passera pas l’hiver. Son fidèle majordome Briggs amateur de porto et très attaché aux convenances. Sir Julius, homme politique fort à gauche et Robert, homme politique fort à droite accessoirement membre actif de la ligue fasciste anglaise. Et enfin Madame Carstairs et Lady Camilla un peu perdues dans ce monde masculin. Lorsqu’on porte le traditionnel toast de Noël le très éméché Robert s’effondre. Non pas ivre mort mais bien mort tout court. Les invités doivent dès lors imaginer l’impossible : un Anglais aurait commis un meurtre ! Heureusement un policier, dépêché dans la propriété pour protéger Sir Julius, se trouve déjà présent pour mener l’enquête alors que les conditions météo obligent toute la maisonnée à rester enfermée.

MEURTRE A L’ANGLAISE constitue un roman relativement court (220 pages) à l’image de nombreux whodunit de l’Age d’or. Sa construction s’avère d’ailleurs identique : une présentation des personnages dans la première moitié, un crime à mi-parcours et ensuite l’enquête. Comme le temps (et la Seconde Guerre Mondiale) a passé, l’auteur s’intéresse aux changements sociétaux avec ces nobles quasi ruinés qui se désolent de devoir abandonner leurs propriétés familiales mais y restent attachés, tout comme ces domestiques peut-être encore plus engoncés dans les traditions que leur « maître ».

Auteur de nombreux romans d’énigme (dont peu furent traduits), Cyril Hare propose ici un divertissement ludique qui frôle le pastiche en égrenant les conventions du genre. Les dialogues sont souvent savoureux et les interventions, mi-ironiques mi-traditionnalistes, du majordome toujours pertinentes et amusantes. La clé de l’énigme réside dans une obscure loi anglaise ce qui explique le côté définitivement « so british » des crimes…car, comme dans tout bon whodunit, l’assassin va récidiver et, par là même, diminuer le nombre de suspects.

Du très plaisant policier qui donne envie de lire davantage de romans de cet auteur méconnu.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Golden Age, #Policier, #Whodunit

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Publié le 16 Octobre 2019

LE MYSTERE DE LA CLE de Patricia Wentworth

Huitième aventure pour l’infatigable Miss Silver, la très tranquille détective imaginée par Patricia Wentworth…quatre ans avant la très similaire Miss Marple. Comme souvent la vieille dame n’intervient qu’à mi-parcours et la première partie du roman nous montre la vie quotidienne des différents personnages alors que s’achève la Second Guerre Mondiale. Mais très vite un premier meurtre survient. Dans l’église d’un petit village, le réfugié juif Michael Harsch est découvert mort d’un coup de révolver après avoir terminé une invention révolutionnaire, un explosif capable d’accélérer la défaite nazie. L’enquête conclut au suicide : ayant achevé son œuvre et ayant perdu sa femme et sa fille, Harsch a décidé d’en finir. Cependant Sir George Rendel trouve cette mort suspecte et envoie le major Garth Albany investiguer. Sur place, les soupçons se portent rapidement sur Evan Madoc, un collègue scientifique du défunt doté d’un très sale caractère. Mais on compte également Medora Brown, une femme au comportement suspect, un Allemand naturalisé forcément soupçonné de sympathie envers l’ennemi et quelques autres protagonistes pas très net. L’inspecteur Lamb puis Miss Silver viendront résoudre le mystère…

Voici un « cosy mystery » anglais typique et d’un grand classicisme, mélange de whodunit et d’étude de caractères avec l’inévitable dose de romance (habituelle chez Wentworth) et un côté espionnage plus prononcé que de coutume puisque LE MYSTERE DE LA CLE se déroule à la fin de la Seconde Guerre Mondiale. Le nombre de suspects relativement restreint rend la lecture aisée et évite de se perdre dans une multitude de protagonistes permettant de « noyer le poisson » du soupçon. Ici nous n’avons qu’une demi-douzaine de coupables potentiels mais l’enquête reste plaisante, la plume de Wentworth vive et non dénuée d’humour et le tout fonctionne parfaitement. Un divertissement gentiment suranné mais du meilleur tonneau à déguster au coin du feu avec un bon whisky.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Golden Age, #Policier, #Whodunit, #Patricia Wentworth

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Publié le 12 Juin 2019

L'AURA MALEFIQUE de John Sladek

Ecrivain de science-fiction, John Sladek a écrit deux classiques du crime en chambre close : L’INVISIBLE MONSIEUR LEVERT et cette AURA MALEFIQUE, qui mettent tous deux en scène son détective excentrique au nom délirant de Thackeray Phin. Ce dernier, un Américain vivant à Londres au cœur des années ’70, possède suffisamment de biens pour vivre oisivement et s’adonner à ses passions, notamment la recherche de faux médiums qu’il aime démasquer. Il s’invite ainsi dans une communauté de « psychiques » dans laquelle on trouve un assortiment de personnages haut en couleur comme un prêtre, une star du rock, etc. Au cours d’une soirée de « recherches paranormales », Phin assiste à la disparition inexplicable d’un protagoniste qui pénètre dans une salle de bain pour ne plus en ressortir. Un prélude à un second tour de force puisque notre star du rock s’enferme à son tour sur un balcon avant de se mettre à léviter devant de nombreux témoins…puis de chuter sur le sol où il se tue. A Phin de résoudre cet impossible problème.

Avec L’AURA MALEFIQUE (celle qui, selon les spirites, entoure les futurs défunts), Sladek propose un hommage distancié mais respectueux aux classiques de l’âge d’or du roman policier. Il se confronte ainsi à un des poncifs du « crime impossible » avec cette séance de spiritisme qui tourne mal devant des témoins plus ou moins crédules. L’auteur offre donc deux disparitions inexplicables et cet incroyable chute au cours d’une lévitation forcément expliquée de manière cartésienne (et fort convaincante) dans les dernières pages. Ce tour de force de rigueur reste évidemment mémorable et justifie à lui seul l’inclusion de ce roman parmi les classiques du crime impossible.

Mais l’énigme du « howdunit » n’est pas tout et, heureusement, Sladek ne se limite pas à fournir une explication élégante aux diverses impossibilités. Son whodunit se montre surtout bien mené, rythmé par des dialogues incisifs et ponctué de nombreuses touches d’humour bienvenues. Quelques légers défauts (l’enquête reste un peu lâche) n’entament pas la grande réussite de ce classique de la « chambre close ».

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Impossible Crime, #Meurtre en chambre close, #Policier, #Whodunit

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Publié le 12 Avril 2019

PUZZLE POUR FOUS de Patrick Quentin

Sous le pseudonyme de Patrick Quentin se cachaient deux romanciers, Richard Wilson Webb (1901 - 1965) et Hugh Wheeler  (1912 -1987) qui écrivirent de nombreux policiers dont une fameuse série de « puzzles ». Le premier d’entre eux, PUZZLE POUR FOUS, débute de manière originale puisque le héros, Peter Duluth, se retrouve dans un hôpital psychiatrique pour y soigner son alcoolisme. Peter y rencontre divers protagonistes (des médecins, des patients, des infirmières et même sa future épouse puisqu’il s’agit du premier volume d’une longue série de romans policiers) avant de se confronter au meurtre particulièrement sadique d’un membre du personnel retrouvé mort dans une camisole de force. Peter, qui soupçonnait depuis quelques temps que quelque chose ne tournait pas rond dans cet asile, va mener l’enquête pour découvrir le coupable.

PUZZLE POUR FOUS prend son temps pour établir son ambiance, poser son mystère et présenter ses protagonistes. Le cadre, original voire inusité dans le domaine du whodunit, retient immédiatement l’attention et permet d’avancer dans la lecture jusqu’au premier meurtre qui survient classiquement au tiers du récit. Bien sûr, d’autres événements étranges se déroulent (quoi de plus étonnant dans un asile ?) et les responsables tentent de minimiser la situation, affirmant par exemple que le crime constitue, en réalité, un regrettable accident. Cette théorie s’écroule lorsqu’un autre patient est découvert poignardé durant la projection d’un documentaire animalier. Cette fois, c’est évident, au milieu des fous rode un assassin…

Le roman, écrit en plein âge d’or du récit de détection, se distingue par un lieu et un enquêteur inhabituel puisque le principal protagoniste, un homme de théâtre respecté, est placé dans un asile pour soigner son alcoolisme consécutif à la mort de son épouse. PUZZLE POUR FOUS mise donc essentiellement sur un climat d’étrangeté pour convaincre le lecteur : l’intrigue en elle-même n’est pas des plus élaborée et s’avère fort classique dans son déroulement (suspects nombreux, testament égaré, phénomènes bizarres, second crime qui relance le récit, réunion des suspects, etc.) mais l’originalité du détective amateur rend l’ensemble intéressant. D’ailleurs celui-ci n’est pas infaillible car, s’il cerne les motivations du tueur et sa manière de procéder, il se trompe complètement sur son identité.

Le bouquin se situe ainsi à la croisée du policier classique, du thriller à suspense et de la romance puisque notre héros trouvera parmi les patientes sa future femme. Comment seront leurs aventures dans un cadre plus traditionnel ? Il faudra lire PUZZLE POUR ACTEURS afin de le découvrir mais cette première enquête s’avère divertissante pour les amateurs de whodunit à l’ancienne agrémenté d’une légère touche d’humour en dépit d’un climat pesant. 

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Golden Age, #Policier, #Whodunit

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Publié le 8 Avril 2019

LE CHEMIN DE LA FALAISE de Patricia Wentworth

Avec Patricia Wentworth nous sommes assurés d’un bon whodunit en forme de policier « cosy » avec tous les ingrédients indispensables de la recette. Alors, bien sûr, l’originalité n’est pas la principale qualité de cette intrigue qui nous présente une nouvelle famille dysfonctionnelle dans laquelle s’invite le crime. Rachel Treherne vit dans l’angoisse et reçoit des menaces de mort…qui deviennent chaque jour plus précises : un escalier ciré, des chocolats empoisonnés, des vipères sur son lit,… Elle contacte la détective privée Miss Silver et celle-ci débarque incognito dans un véritable panier de crabes. Car tous les membres de la famille de Rachel dépendent de son bon vouloir pour leurs dépenses quotidiennes et la supprimer résoudrait bien des problèmes. Nous avons le jeune homme tenté par le communisme (quelle horreur !), la demoiselle complètement stupide et dépensière, l’artiste raté, le type soumis à son épouse, la domestique louche,…Une belle galerie de suspects donc, tous pouvant en vouloir suffisamment à Rachel pour désirer la supprimer

Typiquement british, délicieusement suranné, les romans mettant en scène Maud Silver (créée deux ans avant sa collègue Miss Marple) possèdent toutes les qualités requises pour un bon moment de détente : des personnages certes clichés mais bien campé, un rythme appréciable (attention, on n’est pas dans du thriller hard boiled non plus), des rebondissements nombreux, une touche d’humour et bien sûr un coupable inattendu dévoilé dans les dernières pages. Bref, du classique, mais fort adroitement cuisiné par une spécialiste du whodunit. Miss Silver effectua d’ailleurs plus de trente enquêtes, de sa première apparition dans (le très moyen) LE MASQUE GRIS en 1928 à sa dernière dans MEURTRE EN SOUS-SOL en 1961, année du décès de Wentworth.

LE CHEMIN DE LA FALAISE constitue la troisième apparition de l’ancienne enseignante reconvertie dans la détection. Ce n’est certes pas un chef d’œuvre du genre mais il offre trois ou quatre heures d’évasion et de divertissement sans prétention dont il serait dommage de se priver  pour les amateurs de romans policier d’antan.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Golden Age, #Policier, #Whodunit, #Patricia Wentworth

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Publié le 5 Avril 2019

LE NOUVEAU MEMORIAL SHERLOCK HOLMES

Jacques Baudou, grand spécialiste de la paralittérature, proposa dans les années 80 quatre anthologies de nouvelles consacrées à Sherlock Holmes. LE NOUVEAU MEMORIAL SHERLOCK HOLMES, la deuxième de cette série, rassemble une dizaine de pastiches. « Celui que Jupiter veut perdre » invite les extraterrestres dans l’univers du limier de Baker Street pour expliquer comment le célèbre journaliste Isadora Persano devint fou devant une boite d’allumettes contenant un étrange vers inconnu des scientifiques. Le cas est évoqué dans le canon (dans « Le problème du pont de Thor ») et, depuis, plusieurs épigones de Conan Doyle on relevé le défi d’expliquer cette incroyable histoire. Celle proposée ici n’est pas très réussie mais la réponse expédiée au courrier des lecteurs de Galaxie à l’époque de sa publication (et reproduite ici) mérite le détour ! Isadora Persano revient dans « Le problème du Pont du sort, entre autres » attribué à PJ Farmer et qui tente d’expliquer comment Mr Phillimore est entré chez lui pour prendre son parapluie avant de disparaitre à jamais. On reste dubitatif.

Raffles, un gentleman cambrioleur proche de Lupin (il fut la principale inspiration pour Maurice Leblanc) et concurrent d’Holmes lui ravit la vedette dans un récit un peu laborieux qui, à nouveau, recourt aux extraterrestres pour expliquer les « trois échecs de Holmes ». Raffles fut d’ailleurs créé par le beau-frère d’Arthur Conan Doyle, Ernest William Hornung et on le retrouve dans « Raffles. L'énigme du bicorne de l'Amiral », où il est mis en échec par le docteur Watson et Conan Doyle lui-même. La nouvelle est plaisante, sans plus.

« L'aventure du ver extraordinaire » de Stuart Palmer, auteur bien connu de roman policier, nous permet de retrouver Isadora Persano (encore !) dans un récit assez alerte et divertissant, plus proche du « canon » que les élucubrations précédentes.

Ellery Queen tente, lui aussi, d’expliquer « La disparition de M. James Phillimore » dans une agréable pièce radiophonique (ici retranscrite) lorsque le fameux limier américain est confronté, au début des années ’40, à la disparition du petit fils de Phillimore. L’astuce utilisée semble évidente mais le tout est alerte, amusant et bien mené. Une réussite pour les infatigables cousins.

Arkadi Boukhov nous convie à assister à « La fin de Sherlock Holmes », le détective n’ayant plus aucun travail à accomplir puisque tous les criminels décident de se rendre d’eux-mêmes à la police. Une parodie jusqu’au boutiste du policier classique qui fonctionne agréablement, tout comme l’histoire d’Arthur Porges consacré à Stately Homes, pastiche évident de qui-vous-savez, héros de dix nouvelles dont seulement deux furent traduites en français.

Les « spéculations » sont des textes entre la nouvelle et l’article qui exposent des théories plus ou moins farfelues. Rex Stout, créateur de Nero Wolfe, imagine dès 1941 (soit trois quarts de siècle avant « Elementary ») que Watson ne peut être qu’une femme et il le prouve par diverses citations du Canon. L.W. Balley dans « L'énigme de l'énigme jamais mentionnée » fait de Sherlock la véritable identité de Jack l’Eventreur tandis que « le plus grand triomphe d'Adrian Mulliner » démontre que Sherlock et Moriarty ne faisaient qu’un. Enfin, « Mycroft Holmes. Un mystère élucidé » s’interroge sur l’identité du discret frère ainé qui était peut-être un ordinateur, une machine, Winston Churchill ou le chef des services secrets (comme Ian Flemming le rappellera via son « M »). Bref, des démonstrations farfelues, parfois amusantes, parfois un peu lourdes, qui intéresseront surtout les incollables du Canon.

Dans l’ensemble, LE NOUVEAU MEMORIAL SHERLOCK HOLMES offre un divertissement correct et rarement ennuyeux mais les nouvelles, certes sympathiques, s’avèrent souvent quelque peu décevantes et partent un peu dans tous les sens. Nous avons des hommages maitrisés, des délires plus ou moins déjantés qui fonctionnent plus ou moins bien, des pastiches, des hypothèses hardies, des clins d’œil (parfois très pointus) à destination des connaisseurs,…Au final le lecteur passe un bon moment mais reste quelque peu sur sa faim en dépit de l’une ou l’autre réussites incontestables. A réserver aux inconditionnels du limier de Baker Street.

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Publié le 26 Mars 2019

TOUR DE FORCE de Christianna Brand

Christianna Brand propose ici la sixième et dernière apparition de l’inspecteur Cockrill, cette fois en vacances dans la petite île de Suan Juan de Pirate. Il est accompagné d’un groupe de personnages excentriques : le couturier homosexuel Cecil, le musicien Leo Rodd privé de son bras suite à un accident et qui se console en draguant tous les jupons passant à proximité de son unique main, son épouse Helen qui se dévoue pour l’assister dans sa vie quotidienne et ferme les yeux sur ses incartades, la riche vieille fille Edith Trapp, la très réservée Vanda Lane, l’excentrique Louli Barker, femme fatale et romancière à succès et, pour les guider dans leur périple italien, le débonnaire Fernando Gomez. Bien sûr, un meurtre survient ! La pauvre Vanda Lane est assassinée mais Cockrill se heurte à un problème de taille : il ne peut en déterminer l’auteur. Et pour cause ! Tous les suspects se trouvaient sur la plage à portée de son regard et aucun n’a pu, apparemment, commettre le crime. Pourtant l’un d’eux a bien dû réussir ce tour de force. Reste à déterminer qui et surtout comment.

Ce whodunit traditionnel mais fort bien mené, avec une galerie de personnages adroitement brossés et une touche d’humour efficace, a tout pour plaire aux amateurs de policiers à l’ancienne. Cockrill reste un personnage attachant et l’enquête ne lésine pas sur les fausses pistes et les retournements de situation. Brand se permet d’ailleurs une première résolution très satisfaisante qui répond à toutes les interrogations mais constitue, en réalité, un piège destiné à démasquer le véritable meurtrier.

Comme tous les romans de « crime impossible », TOUR DE FORCE demande une certaine « suspension d’incrédulité » pour être pleinement apprécié mais s’avère, au final, un excellent divertissement. Le bouquin se lit pratiquement d’une traite et avance à un rythme soutenu en dépit de son côté langoureux induit par la situation initiale de nos vacanciers oisifs bronzant sous le soleil italien. Si la situation de départ rappelle MEURTRE AU SOLEIL, Brand montre ici qu’elle pouvait égaler sa consoeur Agatha Christie dans la confection d’un suspense parfaitement mené. Un classique qui n’a pas volé son titre de véritable « tour de force » de la littérature policière !

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Christianna Brand, #Golden Age, #Impossible Crime, #Policier, #Whodunit

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Publié le 16 Janvier 2019

HAWK & FISHER de Simon R. Green

Hawk et Fisher sont deux capitaines de la garde dans la ville de Haven. Ils sont aussi mari et femmes et probablement les seuls représentants intègres de la loi dans ce bled gangréné par la corruption et les magouilles politiques. Pourtant, un mage, Gaunt, a décidé de nettoyer la fange en s’attaquant à un des pires quartiers de la cité, surnommé le Crochet du Diable. William Blackstone, pour sa part, est un homme politique idéaliste et honnête. Lui aussi désire remettre un peu d’ordre à Haven mais, avant de pouvoir lancer ses grandes réformes, Blackstone organise une réunion du gotha local où se croisent son épouse infidèle Katherine, la sorcière Visage, le général Hightower, le légendaire héros Stalker, et quelques autres. Pas de bol, Blackstone meurt assassiné dans sa chambre bien évidemment close (sinon ce ne serait pas drôle). Du coup le brave sorcier lance un sort d’isolement et tous les suspects se trouvent confinés dans la maison…Hawk et Fisher ont jusqu’à l’aube pour découvrir le coupable.

Simon R. Green mélangeait efficacement polar et urban fantasy dans sa série du NIGHTSIDE, il combine ici le médiéval fantastique avec le whodunit « old school ». Il faudra évidemment aimer ces deux genres (et posséder une certaine ouverture d’esprit) pour apprécier cette improbable fusion.

Que les fans d’énigmes se rassurent : si nous sommes dans le registre du fantastique et que l’auteur en appelle à diverses créatures mythologiques (vampire, loup-garou, sorcier, etc.), l’explication des crimes n’en reste pas moins bien agencée et logique. Celle de la chambre close, pour sa part, s’avère aussi simple qu’efficace, guère neuve (bien des auteurs ont usés du truc) mais suffisamment bien amenée pour emporter l’adhésion.

De manière générale, l’enquête s’avère classique avec interrogatoire des suspects, fouille des pièces, recherches d’indices et quelques moments de tension où nos protagonistes n’hésitent pas à sortir l’épée du fourreau. On imagine très bien quelques amateurs de jeu de rôles organiser une vraie « murder party » sur ce thème. Si les deux héros sont sympathiques ils paraissent néanmoins quelque peu dépassés et ne rivalisent pas vraiment avec Poirot ou Sherlock. Heureusement pour eux le meurtrier n’en restera pas à un seul crime, ce qui réduit rapidement le nombre de suspects. D’où de nouveaux rebondissements. Et à la fin il n’y eut plus personne…Ou presque. Simon Green appuie en effet sur l’accélérateur dans le dernier acte et multiplie les meurtres sanglants, pointant logiquement tous les soupçons vers le coupable…que le lecteur a probablement déjà deviné puisque l’auteur se montre fair-play et balance un énorme indice à mi-parcours. On prend néanmoins plaisir à suivre la fin de cette enquête et on apprécie la manière dont la magie est adroitement utilisée sans nuire à l’énigme proprement dite.

En déplaçant les schémas traditionnels du « cosy murder mystery » dans un univers de Fantasy, Simon Green renouvelle habilement les recettes et réussit à faire du neuf avec du vieux. Comme le roman est court et rythmé, l’ensemble s’avère très plaisant et divertissant. Sans plus ni moins mais ce premier volume constitue une bonne lecture de détente assurée et encourage à poursuivre l’exploration de Haven. Ce n’est déjà pas mal.

A noter que ce roman a été réédité en poche avec ses deux premières suites sous le titre général LES EPEES DE HAVEN.

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