whodunit

Publié le 9 Octobre 2018

LAMAISON DES MORTS ETRANGES de Margery Allingham

Après deux essais peu concluants avec Albert Campion je tente à nouveau de m’intéresser à ce « professionnel de l’aventure » (ainsi qu’il se définit). Quoique cette quatrième enquête soit plus réussie et se rapproche davantage d’un whodunit classique, le résultat n’est pas non plus transcendant.

Caroline Faraday dirige sa maison à l’ancienne, comme au XIXème siècle, et, en 1931, continue de régner sur ses enfants que, d’ailleurs, elle traite comme tel bien qu’ils aient atteints un certain âge. Evidemment, ils sont oisifs, se querellent entre eux et se reposent sur la « mama » qui tient fermement les cordons de la bourse. Lorsqu’un des enfants de la famille, Andrew, est découvert assassiné Albert Campion débute ses investigations…

Prenant comme base les ingrédients coutumiers du « Golden Age », LA MAISON DES MORTS ETRANGES comprend la traditionnelle famille figée dans ses coutumes d’un autre âge, l’habituelle mère de famille régissant l’existence de sa progéniture et les meurtres successifs…

Campion intervient et semble pouvoir résoudre l’énigme : quoiqu’il se mette rarement en valeur (à l’opposé d’un Holmes ou d’un Poirot) notre aventurier comprend l’incroyable machination orchestrée contre cette famille. L’enquête elle-même parait erratique et ne passe pas par les habituels interrogatoires de suspects, donnant au lecteur une impression de confusion. A vrai dire le récit n’est pas vraiment passionnant et l’attitude très en retrait de Campion m’a paru problématique : il manque de présence pour s’imposer. Evidemment c’est purement personnel puisque d’autres trouvent, au contraire, sa caractérisation fort intéressante.

Notons cependant que la romancière aide son lecteur en lui offrant quelques « bonus » bien utiles comme un arbre généalogique de la famille, un plan de la maison et même un chapitre récapitulatif intitulé logiquement « le résumé ».

Les explications finales s’avèrent, elles, bien trouvées et franchement surprenantes : l’identité du meurtrier ou les explications de ces morts étranges démontrent une indéniable originalité qui rachètent, en partie, les longueurs précédentes.

En résumé, LA MAISON DES MORTS ETRANGES constitue une lecture mitigée : des fulgurances, des passages réussis et d’autres plus laborieux voire ennuyeux notamment de par la personnalité de l’apprenti détective. Le tout reste cependant plus réussi que les deux premiers romans où apparaissent Campion et les admirateurs (il y en a !) de cet étonnant aventurier peuvent y jeter un œil. Pour ma part je pense en avoir (pour l’instant ?) terminé avec Allingham.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Policier, #Whodunit, #Golden Age, #Impossible Crime

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Publié le 3 Octobre 2018

LE VISON MITE d'Erle Stanley Gardner

Cette nouvelle aventure de l’avocat détective Perry Mason débute de manière insolite : Mason et sa secrétaire, Della Street, observent, dans un restaurant, une serveuse, Dixie. Celle-ci s’éclipse en laissant derrière elle un manteau de vison certes mité mais cependant d’une grande valeur. Peu après la police débarque pour leur apprendre que la jeune femme a été percutée par une voiture. La fuite de Dixie s’explique car elle pense avoir été impliquée dans un meurtre. Bref, la situation se complique rapidement et rend le bouquin quelque peu confus tant les rebondissements et retournements de situation se succèdent. Par exemple, le vison mité du titre conduit l’avocat sur la trace d’un révolver ayant servi à commettre un crime et relance le récit. Mason défendra finalement la pauvre Dixie engluée dans une affaire qui la dépasse complètement. Tout comme le lecteur qui devra attendre les dernières pages pour débrouiller, avec l’aide de Perry Mason, les fils de l’intrigue.

LE VISION MITE constitue le 39ème (!) roman mettant en scène l’avocat justicier Perry Mason. Evidemment, le romancier avait établi depuis longtemps sa formule gagnante et ce récit n’échappe pas à la règle, les différentes sous-intrigues (embrouillées) étant entremêlées afin d’égarer le lecteur jusqu’aux ultimes chapitres. Comme toujours Mason, cette fois en qualité de témoin, est appelé à la barre pour contrer les arguments de l’inévitable Ham(ilton) Burger. Et, comme toujours, l’avocat use d’effets de manche et des inévitables « objections votre honneur » pour que triomphe la vérité.

Dans l’ensemble, et quoiqu’il ne soit pas un indispensable de l’auteur, ce roman remplit son contrat de divertissement rondement mené, Erle Stanley Gardner conduisant l’enquête sur un rythme soutenu. Il utilise une écriture très simple mais efficace (parait-il largement améliorée par la traduction) et laisse la part belle aux discussions entre les protagonistes semblables à des joutes verbales agréables à suivre. Du roman policier très « pulp » qui se savoure sans arrière-pensée et se dévore en une soirée. Sympathique.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Policier, #Whodunit, #Golden Age, #Roman de gare, #Polar, #Perry Mason

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Publié le 24 Septembre 2018

LE MEDIUM A PERDU SES ESPRITS de Peter Lovesey

Peter Lovesey, né en 1936, débute sa carrière en écrivant, en 1969, LA COURSE OU LA VIE, qui remporte le concours du premier roman policier de l’éditeur McMillan/Panther. Dans cette enquête située à l’époque victorienne apparait le sergent Cribb, lequel reviendra dans huit romans et donnera lieu, en 1988, à une série télévisée de la BBC. Publié en 1975, LE MEDIUM A PERDU SES ESPRITS constitue la sixième aventure du sergent.

Fin du XIXème siècle. La mode, dans la bonne société londonienne, consiste à organiser des séances de spiritisme. Le sergent Cribb et son fidèle adjoint, l’agent Thackeray, sont chargés d’enquêter sur des cambriolages commis à l’encontre d’aristocrates. Ces deux vols furent commis durant des séances. Fait curieux, les objets dérobés avaient peu de valeur alors que les demeures cambriolées recélaient des pièces bien plus couteuses. Serait-ce l’œuvre d’un amateur débutant se demande le sergent ? Peu après, l’étoile montante des médiums, le séduisant Peter Brand, accepte de se soumettre à un test scientifique visant à démontrer ses talents : il devra invoquer les esprits en gardant les mains posées sur les poignées d’une chaise légèrement électrifiée. S’il détache une seule seconde les doigts, l’appareillage électrique enregistrera une fluctuation du courant et prouvera l’existence d’une supercherie. La séance se déroule de belle manière, sous l’œil sceptique de scientifiques, et divers phénomènes inexplicables se produisent durant la soirée. Brand aurait toutes les raisons de se réjouir… s’il n’était pas mort pas électrocuté sur la chaise soit disant parfaitement sûre. Les esprits auraient ils jouaient un tour mortel au jeune homme ? Le sergent enquête et découvre rapidement que Brand était un charlatan…ce qui n’explique aucunement la manière dont on a pu l’assassiner.

Plaisant petit policier historique mettant en scène le sergent Cribb (six de ses aventures furent traduites en français) LE MEDIUM A PERDU SES ESPRITS constitue un whodunit classique mais bien mené avec une touche de fantastique apparent finalement expliqué dans la tradition de John Dickson Carr mais en moins complexe. Le crime « impossible » se verra résolu de manière rationnelle par le brave sergent au terme d’une enquête sympathique qui permet, par la bande, d’esquisser une vue générale de la vie et des mœurs dans l’Angleterre de la fin du XIXème siècle, en plein boom des recherches spirites.

Cet agréable Lovesey saura donc satisfaire les amateurs de romans policiers classiques et d’énigmes historiques.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Policier, #Whodunit, #Impossible Crime, #Historique

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Publié le 17 Septembre 2018

LA MAISON DES HOTES de Jean Sargues

Un ermitage perdu, dans les Pyrénées et non loin de la frontière espagnole. Reconverti en maison d’hôtes il accueille une poignée de touristes désireux de s’isoler durant quelques jours loin des tracas de la société. Pour accroitre le sentiment de tranquillité l’unique accès, une grille, est fermé chaque soir. Les hommes peuvent ainsi jouer aux cartes et les femmes se reposer. Pourtant, c’est dans cette maison qu’un inconnu meurt abattu d’un coup de pistolet. Nul ne le connait, nul n’a pu tirer le coup fatal. Alors comment, dans cet environnement clos, le mystérieux visiteur a-t-il été tué ? D’autant qu’en réalité il semble établi que l’inconnu ait en réalité succombé quelques heures plus tôt…d’un coup de poignard ! Un journaliste, Sargent, mène l’enquête et les soupçons se portent rapidement sur le gardien, Belcanto, et la cuisinière, Rose. Mais personne ne peut expliquer comment l’assassin aurait pu procéder.

Ecrivain oublié, le Français Jean Sargues a publié au Masque, en 1941, cet excellent whodunit doublé d’un howdunit du plus bel effet : une galerie de personnages très bien typés, un cadre original, des suspects à la pelle, une enquête minutieuse et un très beau crime impossible n’ayant rien à envier aux cadors du genre comme John Dickson Carr. L’explication finale, très astucieuse, semble évidente (tous les indices ont été distillés au fil des pages) mais peu de lecteurs pourront sans doute découvrir le fin mot de l’histoire avant les derniers chapitres. Du très bel ouvrage !

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Publié le 4 Septembre 2018

LE CHALE CHINOIS de Patricia Wentworth

Apprentie actrice pas très convaincante, Tanis Lyle est surtout trop belle. D’ailleurs elle rend fou tous les hommes de son entourage, n’hésitant pas à s’en servir, à les rejeter ou à jouer avec eux. Bref, c’est une allumeuse et, forcément, Tanis ne se fait pas que des amis. Personne n’est vraiment étonné lorsqu’un de ses anciens amants la menace d’une arme. Par contre, son assassinat, d’une balle dans le dos, surprend. Dans le prieuré, lui-même lieu de bien des convoitises, chacun se demande qui a pressé la détente, surtout que chacun y a secrètement (ou non) pensé. La demoiselle détective Miss Silver se chargera de découvrir le meurtrier.

La cinquième aventure de la rivale de Miss Marple se situe au tout début de la Seconde Guerre Mondiale, dont les effets commencent à se ressentir y compris dans les petits villages apparemment tranquilles de Grande Bretagne. Comme souvent dans ce type de récit une poignée d’individus - bien typés quoiqu’assez classiques - se retrouvent pour un week-end dans un prieuré. Or cette habitation alimente depuis deux décennies une sombre histoire de famille et Laura, venant d’atteindre sa majorité, peut à présent en disposer à sa guise et même la vendre. Or la cousine Agnès, paralytique, souhaite racheter le prieuré pour le léguer, après sa mort, à l’apprentie comédienne Tanis.

Miss Silver, venue pratiquement par hasard au prieuré (du moins le pense t’on car sa présence sera expliquée par la suite), mène l’enquête en ne se séparant pas de son tricot et en donnant d’utiles indices à un inspecteur de police qui fut jadis son élève.

En peu de pages (220 !), Patricia Wentworth construit une enquête très classique mais fort plaisante, présentant sa galerie de personnages intéressants avant d’offrir au lecteur un meurtre dans la tradition de ces « cosy murder » à l’anglaise. Chacun pouvant être coupable, Miss Silver, toujours perspicace et attachante, va enquêter et débrouiller les nombreuses fausses pistes jusqu’à identifier le coupable dans les toutes dernières pages.

Bien rythmé, alternant énigme, romance et quelques notes « historiques » de par son contexte particuliers (bombardements, réfugiés, etc.), LE CHALE CHINOIS constitue une belle réussite pour les amateurs de romans policiers traditionnels. Recommandé !

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Rédigé par hellrick

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Publié le 30 Août 2018

ARRET DU COEUR de Dorothy Sayers

Voici la troisième enquête de Lord Peter Wimsey qui s’attaque à nouveau à un cas particulièrement difficile. Alors qu’il dine en compagnie de l’inspecteur Parker, Lord Peter est abordé par un médecin, le docteur Carr, qui leur raconte une étrange histoire. Une de ses patientes, en phase terminale, Miss Agatha Dawson, est morte de manière suspecte. Vu sa maladie, chacun estimait pourtant son décès naturel et les soupçons du praticien, assortis d’une demande d’autopsie finalement non concluante, lui attirèrent les foudres de la population locale. Suite à ces événements le docteur Carr fut forcé de quitter sa patientèle pour s’établir ailleurs. Cependant, trois ans plus tard, il reste persuadé que Miss Dawson a bel et bien été assassinée. Qui pouvait avoir intérêt à supprimer une vieille dame n’ayant plus que quelques semaines à vivre ? Lord Peter tente d’établir la vérité avec l’aide d’une de ses amies, Miss Climpson, spécialiste des racontars et autres ragots. Le détective apprend ainsi que Miss Mary Whittaker était l’unique héritière de la vieille femme. Cependant si cette dernière décédait intestat une nouvelle loi allait rendre la Couronne britannique l’unique bénéficiaire de ses biens, déshéritant du même coup Miss Whittaker. Peu après une ancienne domestique de Miss Dawson meurt à son tour. Ce nouvel assassinat oblige lord Peter à jouer serrer pour coincer le criminel.

Ce Whodunit de bonne tenue est notable pour l’invention d’une méthode d’assassinat ingénieuse (quoique médicalement délicate à mettre en place). Sayers propose aussi un personnage clairement lesbien (quoique le Golden Age ne permette pas, évidemment, de le définir ainsi). On y découvre également Miss Climpson, truculent personnage de vieille dame aimant les ragots et les discussions apparemment sans intérêt mais qui lui permettent, au final, d’intéressantes déductions. Elle fut créée exactement à la même époque que Miss Marple : les deux romancières étant membres du « Détection Club » il est probable qu’elles partagent la paternité de cette idée : une vieille dame investigue dans un petit village en écoutant les médisances de la populace.

Si le côté whodunit n’est pas vraiment innovant, l’aspect « cosy mystery » de cette petite ville cachant de sombres secret, l’originalité de la méthode employée (du moins à l’époque) et les aspects juridiques qui permettent de deviner la raison du meurtre sont tous intéressants. Les personnages, dans l’ensemble, possèdent une réelle épaisseur et Sayers n’oublie pas d’ajouter à l’énigme une pointe d’humour bienvenu. Conseillé pour les amateurs de romans policiers de l’âge d’or.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Policier, #Whodunit, #Golden Age, #Dorothy Sayers - Lord Peter Wimsey

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Publié le 16 Août 2018

LE CADAVRE CAVALEUR d'Erle Stanley Gardner

Voici une nouvelle enquête de Perry Mason, lequel s’intéresse au cas de Myrna Davenport, accusée d’avoir empoisonné son mari, un riche homme d’affaires. Mais le corps du supposé défunt ayant disparu, l’enquête se complique : peut-être n’était-il qu’indisposé ou intoxiqué par l’alcool ? Des témoins affirment en effet l’avoir vu s’enfuir par la fenêtre de l’hôpital seulement vêtu de son pyjama. Pourtant, peu après, des enfants découvrent le cadavre du businessman. Il aurait été bel et bien empoisonné, sauf qu’on découvre à la fois du cyanure (poison très rapide) et de l’arsenic (poison lent) lors de l’autopsie. Convaincu de l’innocence de sa cliente, Mason mène l’enquête avec ses comparses habituels, sa secrétaire Della Street et le détective Paul Drake.

Comme les autres romans de Gardner, celui-ci se lit vite, presque d’une traite, d’une part grâce à sa brièveté et d’autre part grâce à son style dépouillé, très porté sur les dialogues et se passant presqu’entièrement de description. Le prétoire étant une sorte de théâtre, on imagine très bien cette intrigue portée à la scène sans grand changement, à coup de réparties vives, de coups de théâtre et des inévitables « objections » lancées par les avocats de la défense ou de l’accusation. Ces derniers se livrent, lors du dernier acte, à une véritable joute oratoire assez jubilatoire en dépit du caractère très classique et « formulatique » du récit, tous les « Perry Mason » étant construit sur le même immuable schéma narratif. En dépit de ce bémol, l’enquête est bien menée, avec du rythme et une science confirmée du rebondissement, à la manière d’un « pulp » souhaitant garder l’attention du lecteur jusqu’aux dernières pages. En définitive, ce CADAVRE CAVALEUR se montre fort plaisant pour les amateurs de policiers à l’ancienne.

Le livre a été réédité dans un omnibus consavré à l'auteur

Le livre a été réédité dans un omnibus consavré à l'auteur

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Rédigé par hellrick

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Publié le 8 Août 2018

MEURTRES A 30 000 KM / S. de Christiphe Lambert

A bord du Space Beagle II voyage une poignée d’astronaute qui ramènent des échantillons de vie extraterrestre. Malheureusement, les caissons d’hibernations sont détruits, condamnant les membres d’équipage à des décennies d’enfermement avant de revenir sur Terre. Une seule personne pourra être cryogénisée et bénéficier, une fois revenue sur notre planète, d’une existence « normale »…Plusieurs accidents mortels suspects se produisent également, amenant la jeune Alexia, 13 ans, à soupçonner qu’un assassin mystérieux s’en prend aux membres du vaisseau. Avec l’aide de son très sophistiqué robot Puck, la jeune fille mène l’enquête.

En mélangeant enquête policière en vase clos et science-fiction, saupoudré d’humour, Christophe Lambert livre un récit « jeunesse » efficace et plaisant. L’écrivain ne renie aucunement ses influences : Alien (ce que démontre les patronymes des protagonistes), LES 10 PETITS NEGRES, le recueil LA FAUNE DE L’ESPACE d’Alfred Van Vogt (où apparait le Space Buggle et qui inspira justement « Alien »), 2001 pour le premier « incident » d’un astronaute dans l’espace, Star Wars (dont les suites – encore virtuelle à l’époque de sa rédaction - seront gentiment égratignées),…Autant de clins d’œil qui amuseront les plus âgés.

Vingt ans plus tard, Christophe Lambert publiera une nouvelle version, plus courte et remaniée, qui en rajoute une couche (ironique) sur Star Wars et Harry Potter. L’auteur en profite également pour remettre au goût du jour ses références aux grands poètes du XXIème siècle : la bien oubliée Géraldine (« Bouge ton attitude efface tes certitudes ») y est remplacée par Maitre Gims (qui, on l’espère, sera tout aussi oublié en 2038).

Comme toujours, Lambert nous offre un divertissement de qualité que peuvent apprécier tant les enfants (à partir de 9 – 10 ans sans doute) que les adultes.

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Publié le 23 Juillet 2018

L'AFFAIRE PROTHERO d'Agatha Christie

Le désagréable et riche colonel Prothero a été assassiné dans le bureau du pasteur de St Mary Mead. Il vivait avec une femme beaucoup plus jeune, se montrait odieux, tenait à vérifier la comptabilité de l’église en soupçonnant un détournement de fonds… En résumé, il n’était guère aimé et chacun se réjouit quelque peu de sa mort. Mais de là à passer à l’acte…Le pasteur Leonard Clement et son épouse Griselda s’interrogent sur l’identité du coupable tandis que l’inspecteur Landormy (au nom prédestiné) mène l’enquête. L’affaire, complexe, sera pourtant démêlée par la vielle célibataire Jane Marple qui effectue la première de ses douze apparitions romanesques.

Pour cette première enquête, Miss Marple n’apparait guère, se contentant de se montrer épisodiquement afin de relancer les déductions des principaux protagonistes, à commencer par le pasteur et narrateur de l’intrigue, accompagné de son épouse. Deux personnages qui reviendront d’ailleurs dans deux romans ultérieurs d’Agatha Christie. Toutefois la présence de Marple se révèle indispensable à la résolution de l’énigme : elle utilise sa méthode coutumière, estimant que chaque événement en rappelle forcément un autre semblable même  beaucoup plus anodin. Par divers rapprochement il lui est ainsi possible de débroussailler la situation et de découvrir le coupable. Cependant, elle ne peut rien prouver, ce qui l’obligera à tendre un piège au meurtrier afin de le contraindre à se dévoiler. Un truc qu’elle réutilisera à plusieurs reprises.  A la manière classique des détectives de l’âge d’or, Miss Marple aime laisser les enquêteurs errer dans le brouillard, suggérant par exemple qu’il existe sept suspects possibles mais sans préciser davantage sa pensée. Bien évidemment le lecteur éprouve, lui aussi, toutes les peines du monde à isoler le véritable coupable.

Quoiqu’elle en soit encore à ses débuts, le style de la romancière se montre déjà bien rodé avec sa galerie de suspects, ses fausses pistes, sa touche d’humour, ses commentaires sociaux gentiment désuets, ses indices trompeurs (une horloge trafiquée rend impossible la détermination de l’heure du crime, une note manuscrite a visiblement été altérée), etc.

Si L’AFFAIRE PROTERO n’est pas le meilleur « Christie » ni le meilleur « Marple » (il lui manque quelques rebondissements, notamment un second meurtre par exemple), ce roman policier très classique dans son déroulement reste une lecture agréable pour les amateurs de whodunit rétro. Miss Marple, pour sa part, attendra douze ans pour effectuer son deuxième tour de piste dans le similaire (mais plus réussi) UN CADAVRE DANS LA BIBLIOTHQUE.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Policier, #Whodunit, #Golden Age, #Agatha Christie

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Publié le 31 Mai 2018

LA PIERRE DE SANG de Paul Doherty

Paul Doherty (parfois dissimulé sous divers pseudonymes comme C.L. Grace, Paul Harding, Michael Clynes, Ann Dukthas, Anna Apostolou et Vanessa Alexander) est un incontournable forçat du « thriller historique », ficelant avec une facilité déconcertante de tortueuses énigmes (pratiquement toujours assorties de meurtres en chambre close et autre crime impossible) que vont résoudre ses limiers tels Hugh Corbett ou Frère Athelstan. C’est ce dernier qui officie dans LA PIERRE DE SANG, onzième enquête qui nécessite la sagacité du débonnaire homme d’Eglise.

AU XIVème siècle, la compagnie des Guivres revient de la campagne de Poitiers avec une pierre sacrée, le Passio Christi formé, selon la légende, par le sang du Christ. Cette pierre de sang atterrit dans les mains de Sir Robert Kilverby. Bien des années plus tard, en 1380, alors que Kilberby doit rendre le joyau à l’abbaye de St Fulcher, il meurt mystérieusement empoisonné dans sa chambre close. Son assassin réussit également à s’emparer du Passio Christi sans que nul ne puisse expliquer ce miracle. La même nuit un soldat membre de la compagnie des Guivres est décapité. Frère Athelstan, accompagné du coroner londonien John Cranston, va mener l’enquête.

Apparus pour la première fois dans LA GALLERIE DU ROSSIGNOL, les deux limiers moyenâgeux revinrent ensuite à intervalles réguliers puisque Doherty leur écrivit huit aventures supplémentaires en autant d’années. Après LA TAVERNE DES OUBLIES, publié en 2003, l’ecclésiastique avait lui aussi été oublié du romancier, occupé à d’autres époques (une trilogie consacrée à Alexandre le Grand, une autre – inédite en français – dédiée à Akhénaton). Heureusement, en 2011, Cranston et Athelstan revinrent pour une enquête particulièrement complexe…les explications des différents crimes (dont un meurtre en chambre close et un incendie « impossible » dans une pièce fermée) occupent d’ailleurs le dernier chapitre, long d’une vingtaine de pages, et intitulé logiquement « le jugement ».

Comme souvent, Doherty prend son temps pour présenter la vie et les mœurs de l’époque : c’est très détaillé et précis bien que parfois un brin didactique. Il y a donc quelques longueurs et quelques lourdeurs. Rien de vraiment rédhibitoire, d’ailleurs on peut dire cela de tous les romans de Doherty : certains de ses collègues choisissent de reléguer ces détails à la fin du récit, dans des annexes explicatives, lui préfère les intégrer directement dans l’intrigue. C’est son choix et il n’est pas plus mauvais que l’autre, au lecteur de trancher selon sa sensibilité ou son envie d’aller directement à l’énigme proprement dite quitte à survoler certains passages plus descriptifs.

Néanmoins, les crimes se multiplient rapidement (une demi-douzaine !) permettant au roman d’avancer à un rythme soutenu en suivant les pas d’un Athelstan quelque peu dépassé par tous ces mystères : un commerçant empoisonné dans une pièce fermée, une pierre dérobée sans que l’on puisse comprendre la méthode employée, un incendie tout aussi incompréhensible, une décapitation, etc.

Les explications des mystères se montrent assez simples et crédibles (nous sommes loin des procédés parfois invraisemblables – mais tellement divertissants – d’un John Dickson Carr ou d’un Paul Halter) mais la résolution des crimes demande un bon niveau d’attention pour ne pas se perdre dans la multitude de protagonistes.

Au final un bon polar historique, sans doute pas le meilleur du genre ni de son auteur mais une lecture agréable, instructive et plaisante à conseiller aux amateurs de récits médiévaux et de whodunit complexe.

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