whodunit

Publié le 8 Août 2018

MEURTRES A 30 000 KM / S. de Christiphe Lambert

A bord du Space Beagle II voyage une poignée d’astronaute qui ramènent des échantillons de vie extraterrestre. Malheureusement, les caissons d’hibernations sont détruits, condamnant les membres d’équipage à des décennies d’enfermement avant de revenir sur Terre. Une seule personne pourra être cryogénisée et bénéficier, une fois revenue sur notre planète, d’une existence « normale »…Plusieurs accidents mortels suspects se produisent également, amenant la jeune Alexia, 13 ans, à soupçonner qu’un assassin mystérieux s’en prend aux membres du vaisseau. Avec l’aide de son très sophistiqué robot Puck, la jeune fille mène l’enquête.

En mélangeant enquête policière en vase clos et science-fiction, saupoudré d’humour, Christophe Lambert livre un récit « jeunesse » efficace et plaisant. L’écrivain ne renie aucunement ses influences : Alien (ce que démontre les patronymes des protagonistes), LES 10 PETITS NEGRES, le recueil LA FAUNE DE L’ESPACE d’Alfred Van Vogt (où apparait le Space Buggle et qui inspira justement « Alien »), 2001 pour le premier « incident » d’un astronaute dans l’espace, Star Wars (dont les suites – encore virtuelle à l’époque de sa rédaction - seront gentiment égratignées),…Autant de clins d’œil qui amuseront les plus âgés.

Vingt ans plus tard, Christophe Lambert publiera une nouvelle version, plus courte et remaniée, qui en rajoute une couche (ironique) sur Star Wars et Harry Potter. L’auteur en profite également pour remettre au goût du jour ses références aux grands poètes du XXIème siècle : la bien oubliée Géraldine (« Bouge ton attitude efface tes certitudes ») y est remplacée par Maitre Gims (qui, on l’espère, sera tout aussi oublié en 2038).

Comme toujours, Lambert nous offre un divertissement de qualité que peuvent apprécier tant les enfants (à partir de 9 – 10 ans sans doute) que les adultes.

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Publié le 23 Juillet 2018

L'AFFAIRE PROTHERO d'Agatha Christie

Le désagréable et riche colonel Prothero a été assassiné dans le bureau du pasteur de St Mary Mead. Il vivait avec une femme beaucoup plus jeune, se montrait odieux, tenait à vérifier la comptabilité de l’église en soupçonnant un détournement de fonds… En résumé, il n’était guère aimé et chacun se réjouit quelque peu de sa mort. Mais de là à passer à l’acte…Le pasteur Leonard Clement et son épouse Griselda s’interrogent sur l’identité du coupable tandis que l’inspecteur Landormy (au nom prédestiné) mène l’enquête. L’affaire, complexe, sera pourtant démêlée par la vielle célibataire Jane Marple qui effectue la première de ses douze apparitions romanesques.

Pour cette première enquête, Miss Marple n’apparait guère, se contentant de se montrer épisodiquement afin de relancer les déductions des principaux protagonistes, à commencer par le pasteur et narrateur de l’intrigue, accompagné de son épouse. Deux personnages qui reviendront d’ailleurs dans deux romans ultérieurs d’Agatha Christie. Toutefois la présence de Marple se révèle indispensable à la résolution de l’énigme : elle utilise sa méthode coutumière, estimant que chaque événement en rappelle forcément un autre semblable même  beaucoup plus anodin. Par divers rapprochement il lui est ainsi possible de débroussailler la situation et de découvrir le coupable. Cependant, elle ne peut rien prouver, ce qui l’obligera à tendre un piège au meurtrier afin de le contraindre à se dévoiler. Un truc qu’elle réutilisera à plusieurs reprises.  A la manière classique des détectives de l’âge d’or, Miss Marple aime laisser les enquêteurs errer dans le brouillard, suggérant par exemple qu’il existe sept suspects possibles mais sans préciser davantage sa pensée. Bien évidemment le lecteur éprouve, lui aussi, toutes les peines du monde à isoler le véritable coupable.

Quoiqu’elle en soit encore à ses débuts, le style de la romancière se montre déjà bien rodé avec sa galerie de suspects, ses fausses pistes, sa touche d’humour, ses commentaires sociaux gentiment désuets, ses indices trompeurs (une horloge trafiquée rend impossible la détermination de l’heure du crime, une note manuscrite a visiblement été altérée), etc.

Si L’AFFAIRE PROTERO n’est pas le meilleur « Christie » ni le meilleur « Marple » (il lui manque quelques rebondissements, notamment un second meurtre par exemple), ce roman policier très classique dans son déroulement reste une lecture agréable pour les amateurs de whodunit rétro. Miss Marple, pour sa part, attendra douze ans pour effectuer son deuxième tour de piste dans le similaire (mais plus réussi) UN CADAVRE DANS LA BIBLIOTHQUE.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Policier, #Whodunit, #Golden Age, #Agatha Christie

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Publié le 31 Mai 2018

LA PIERRE DE SANG de Paul Doherty

Paul Doherty (parfois dissimulé sous divers pseudonymes comme C.L. Grace, Paul Harding, Michael Clynes, Ann Dukthas, Anna Apostolou et Vanessa Alexander) est un incontournable forçat du « thriller historique », ficelant avec une facilité déconcertante de tortueuses énigmes (pratiquement toujours assorties de meurtres en chambre close et autre crime impossible) que vont résoudre ses limiers tels Hugh Corbett ou Frère Athelstan. C’est ce dernier qui officie dans LA PIERRE DE SANG, onzième enquête qui nécessite la sagacité du débonnaire homme d’Eglise.

AU XIVème siècle, la compagnie des Guivres revient de la campagne de Poitiers avec une pierre sacrée, le Passio Christi formé, selon la légende, par le sang du Christ. Cette pierre de sang atterrit dans les mains de Sir Robert Kilverby. Bien des années plus tard, en 1380, alors que Kilberby doit rendre le joyau à l’abbaye de St Fulcher, il meurt mystérieusement empoisonné dans sa chambre close. Son assassin réussit également à s’emparer du Passio Christi sans que nul ne puisse expliquer ce miracle. La même nuit un soldat membre de la compagnie des Guivres est décapité. Frère Athelstan, accompagné du coroner londonien John Cranston, va mener l’enquête.

Apparus pour la première fois dans LA GALLERIE DU ROSSIGNOL, les deux limiers moyenâgeux revinrent ensuite à intervalles réguliers puisque Doherty leur écrivit huit aventures supplémentaires en autant d’années. Après LA TAVERNE DES OUBLIES, publié en 2003, l’ecclésiastique avait lui aussi été oublié du romancier, occupé à d’autres époques (une trilogie consacrée à Alexandre le Grand, une autre – inédite en français – dédiée à Akhénaton). Heureusement, en 2011, Cranston et Athelstan revinrent pour une enquête particulièrement complexe…les explications des différents crimes (dont un meurtre en chambre close et un incendie « impossible » dans une pièce fermée) occupent d’ailleurs le dernier chapitre, long d’une vingtaine de pages, et intitulé logiquement « le jugement ».

Comme souvent, Doherty prend son temps pour présenter la vie et les mœurs de l’époque : c’est très détaillé et précis bien que parfois un brin didactique. Il y a donc quelques longueurs et quelques lourdeurs. Rien de vraiment rédhibitoire, d’ailleurs on peut dire cela de tous les romans de Doherty : certains de ses collègues choisissent de reléguer ces détails à la fin du récit, dans des annexes explicatives, lui préfère les intégrer directement dans l’intrigue. C’est son choix et il n’est pas plus mauvais que l’autre, au lecteur de trancher selon sa sensibilité ou son envie d’aller directement à l’énigme proprement dite quitte à survoler certains passages plus descriptifs.

Néanmoins, les crimes se multiplient rapidement (une demi-douzaine !) permettant au roman d’avancer à un rythme soutenu en suivant les pas d’un Athelstan quelque peu dépassé par tous ces mystères : un commerçant empoisonné dans une pièce fermée, une pierre dérobée sans que l’on puisse comprendre la méthode employée, un incendie tout aussi incompréhensible, une décapitation, etc.

Les explications des mystères se montrent assez simples et crédibles (nous sommes loin des procédés parfois invraisemblables – mais tellement divertissants – d’un John Dickson Carr ou d’un Paul Halter) mais la résolution des crimes demande un bon niveau d’attention pour ne pas se perdre dans la multitude de protagonistes.

Au final un bon polar historique, sans doute pas le meilleur du genre ni de son auteur mais une lecture agréable, instructive et plaisante à conseiller aux amateurs de récits médiévaux et de whodunit complexe.

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Publié le 16 Mai 2018

NIGHTWING REBIRTH TOME 2: BLUDHAVEN

Dans ce second tome du « rebirth », Nightwing retourne dans la petite ville de Blûdhaven afin de faire le point et de trouver un nouveau sens à son existence. L’essentiel est donc, ici, la caractérisation du personnage que l’on suit dans on quotidien, alors qu’il retrouve son alter ego de Nightwing après avoir été tour à tour Robin et Grayson. Supposé mort et devenu agent secret pour le compte de Spyral, le héros revient ainsi sur le devant de la scène et rencontre d’autres protagonistes en pleine reconstruction comme Vandale, Thrill Devil, La Souris ou l’Etalon. Anciens super criminels (un poil ringards) chassés de Gotham par le Caped Crusaders, nos vilains en quête de rédemption se sont surnommés les Echappés et se retrouvent à Blüdhaven pour discuter, à la manière des alcooliques anonymes.  

NIGHTWING REBIRTH TOME 2: BLUDHAVEN

Bien sûr, nos vilains seront suspectés de nouveaux crimes et seul Nightwing croit à leur innocence : en bon chef de troupe, l’ex garçon prodige rassemble sa petite bande et mène l’enquête pour découvrir le véritable coupable. Rien de bien nouveau dans cette intrigue qui mélange super héros et whodunit avec cependant une réelle efficacité. Le plaisir de lecture s’avère donc au rendez-vous et le tout se montre très plaisant, loin du côté sombre et pesant des aventures ennuyeuses (et pourtant souvent célébrées par la critique) de la série Grayson.

L’arrivée de Nightwing dans la petite ville de Blûdhaven l’oblige à revoir ses positions manichéennes : la police ne veut pas de lui et lui conseille de repartir à Gotham, les experts en communication exploitent sa présence à des fins publicitaires et la frontière entre héros et vilains se brouille puisque les Echappés cherchent réellement à se réinsérer. Dick tombe même amoureux d’une ancienne criminelle qu’il a combattu dans ses années « rouge gorge », Vandale, ce qui permet quelques situations intéressantes. Ces pages font échos à la relation entre Batman et Catwoman développée dans la série dédiée au Dark Knight.

En résumé un tome plaisant et agréable, qui parvient à ne pas tomber dans la facilité en dépit d’une intrigue rebattue. Très efficace et encourageant pour la suite !

Contient : Nightwing #9-15

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Whodunit, #Aventures, #Comic Book, #Superhéros, #DC, #Batman, #Nightwing

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Publié le 13 Mai 2018

MEURTRE D'ANNIVERSAIRE de Georgette Heyer

Silas Kane fête son soixantième anniversaire et rassemble autour de lui sa famille. Malheureusement, le lendemain, le patriarche s’égare dans le brouillard, chute d’une falaise et trouve la mort. Un accident. Du moins le crois t’on jusqu’à une seconde mort pour laquelle, cette fois, aucun doute n’est possible : il s’agit d’un meurtre. Clement, héritier de Silas, est en effet abattu d’une balle dans la tête dans son bureau. La fortune familiale doit dès lors revenir à Jim Kane, lequel subit une série d’événements douteux. De nouveaux « accidents » ? Le super intendant Hannasyde de Scotland Yard se voit chargé de résoudre le mystère alors que les suspects ne manquent pas.

MEURTRE D’ANNIVERSAIRE constitue un exemple typique de « cosy murder mystery » de l’âge d’or des reines du crime : nous naviguons dans les mêmes eaux déjà fréquentées par Dorothy Sayers ou Agatha Christie (le roman rappelle d’ailleurs quelque peu LA MAISON BISCORNUE) avec sa pléiade de suspects, ses personnages sympathiques ou, au contraire, profondément antipathiques, et son enquêteur perspicace (quoiqu’il faille attendre les dernières pages pour le voir véritablement user de ses petites cellules grises). Pour sa part, le jeune Timothy, surnommé le Terrible, reviendra dans un roman ultérieur de la romancière, MORT SANS ATOUT.

Efficace, MEURTRE D’ANNIVERSAIRE multiplie les retournements de situation et avance sur un bon rythme (en dépit de quelques longueurs dans sa première partie). La romancière met l’emphase sur les personnages, bien construits et crédibles, dans un mélange d’énigme policière et de drame familial saupoudré de romance. Quelques traits d’humour réjouissant donnent en outre au roman un côté « second degré » appréciable.

Tout cela se lit sans déplaisir, de préférence dans un bon fauteuil avec un thé ou un whisky, mais nous sommes loin d’un incontournable du whodunit. Agréable et divertissant, sans plus ni moins, ce qui n’est déjà pas si mal.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Policier, #Whodunit, #Golden Age

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Publié le 2 Mai 2018

UN CORBILLARD CHASSE L'AUTRE d'Edmund Crispin

Edmund Crispin est un spécialiste du roman policier encore trop méconnu dans nos contrées. Il fut également (et surtout) un compositeur de musique de films, assorti d’un critique littéraire et d’un scénariste. En 1944 il publie l’excellent PRÉLUDE ET MORT D'ISOLDE où apparait le détective Fen. Celui-ci reviendra dans une dizaine d’enquêtes, toutes inédites en français à l’exception de ce UN CORBILLARD CHASSE L’AUTRE, y compris son fameux « The Moving Toyshop » considéré comme un classique du crime impossible.

Peu après la Seconde Guerre Mondiale, Gervase Fen, spécialiste en littérature, professeur à Oxford et criminologue amateur, se voit convié par les studios hollywoodiens à conseiller les producteurs d’une prochaine biographie d’Alexander Pope. Lorsqu’une petite starlette, Gloria, se suicide en se jetant d’un pont, Fen se demande si cette mort ne dissimule pas une sinistre vérité. Des soupçons confirmés après l’empoisonnement d’un caméraman qui aurait entretenu une liaison avec la défunte. Avec l’aide de l’inspecteur Humbleby, Fen mène l’enquête.

Crispin connaissait évidemment parfaitement le milieu du cinéma anglais, qu’il décrit de manière très vive avec son style personnel : vocabulaire recherché, phrases joliment élaborées et humour satirique très présent. Cela confère une indéniable originalité à ce roman à la construction sinon classique (le suicide d’une jeune femme entraine une vengeance implacable) qui n’évite pas certaines facilités, en particuliers un climax quelque peu expédié et un coupable surgit de nulle part (ou plutôt des premières pages du roman puisqu’il n’apparait plus par la suite). Toutefois, le roman s’avère très court, fort rythmé, ponctué de scènes efficaces (une course poursuite entre la demoiselle en détresse, le détective et le tueur dans les méandres d’un labyrinthe végétal) et se montre constamment plaisant et divertissant sans se prendre trop au sérieux. Un fort sympathique moment de lecture pour les amateurs de whodunit.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Policier, #Whodunit, #Golden Age

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Publié le 19 Avril 2018

LA MAISON BISCORNUE d'Agatha Christie
LA MAISON BISCORNUE d'Agatha Christie

Récemment adapté à l’écran (de fort belle manière et avec un très joli casting), LA MAISON BISCORNUE était considéré par Agatha Christie comme un de ses meilleurs romans policiers.

L’intrigue, classique, concerne Charles, le narrateur diplomate, qui a rencontré, au Caire, la jeune Sophia Leonidès durant la Seconde Guerre Mondiale. En 1947, alors qu’ils s’apprêtent à convoler, le patriarche autoritaire, Aristide, décède, empoisonné, à 85 ans. Les soupçons se portent rapidement sur Brenda, la veuve, âgée d’une trentaine d’années, mais Charles décide cependant de mener l’enquête. Son père, membre de Scotland Yard, lui laisse d’ailleurs carte blanche pour découvrir discrètement le coupable. Charles bénéficie également de l’aide d’une jeune enfant Joséphine, laquelle fouine partout et prends diverses notes dans son carnet. En procédant de la sorte la gamine se rapproche de l’assassin mais celui-ci lui tend un piège et elle n’échappe à la mort que par miracle. La course contre la montre s’engage pour stopper le meurtrier avant qu’il ne frappe à nouveau.

Moins porté sur la déduction et moins doué pour l’investigation que Poirot ou Marple, le narrateur écoute les conversations et s’imprègne de l’atmosphère étouffante d’une maison biscornue, pleine de recoins et de ténèbres, tout comme les personnages cachant évidemment de noirs secrets. Chacun possède une bonne raison d’avoir supprimé l’ancêtre : sa jeune épouse tout d’abord, une écervelée un brin volage fricotant avec le précepteur des enfants, un objecteur de conscience falot et transi d’amour. Le couple a-t-il voulu hâter le départ du mari gênant ? Possible. Mais que penser des deux fils d’Aristide, Roger et Philippe, qui semblent tous deux en vouloir à leur paternel ? Et puis Sophia se découvre quasiment unique héritière de l’immense fortune familiale…n’aurait-elle pas, elle aussi, eut intérêt à voir mourir le patriarche afin de vivre confortablement avec son fiancé ?

Tirant son titre, comme souvent, d’une comptine enfantine, voici un « cosy murder » fort bien ficelé, avec une famille bourgeoise en pleine déliquescence perdue dans le monde changeant de l’après-guerre alors que l’argent sort des coffres plus vite qu’il n’y entre mais où il faut encore sauver la face et les conventions. Dès lors chacun dissimule ses sentiments et se déteste copieusement. Les rebondissements sont nombreux et la révélation finale complètement inattendue, tout comme l’épilogue particulièrement sinistre et étonnant, achèvent de faire de ce roman une grande réussite. Conseillé !

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Policier, #Whodunit, #Golden Age, #Agatha Christie

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Publié le 16 Mars 2018

L'HOMME QUI EXPLIQUAIT LES MIRACLES de John Dickson Carr

Ce troisième recueil des nouvelles de John Dickson Carr difficilement trouvables, proposées par Roland Lacourbe, débute par la novella qui lui donne son titre, « L’homme qui expliquait les miracles », la dernière énigme résolue par Sir Henry Merrivale à nouveau confronté à l’impossible : un empoisonnement au gaz dans une pièce close et des menaces proférées par un fantôme. Pas franchement original pour l’auteur mais de bonne facture.

« Aux portes de l’épouvante » confronte un jeune homme, dans une auberge située dans la campagne orléanaise, à une mystérieuse chose qui saisit et qui broie. Là encore, on devine assez rapidement où Carr veut en venir mais le résultat se lit néanmoins avec plaisir.

« Le Pentacle en diamant » est une plaisante histoire au sujet du vol impossible d’un bijou, avec une fin bien trouvée et satisfaisante. Changement de registre avec « Immunité diplomatique », un récit d’espionnage toutefois agrémenté de la disparition impossible d’une jeune femme qui entre dans une tonnelle pour s’évanouir à la vue de tous (une solution classique que l’on jugerait décevant si elle n’était pas aussi bien amenée). Le récit suivant demeure une des pièces radiophoniques les plus célèbre de Carr, « Le mari fantôme » (alias « Cabin B 13 »), une histoire intrigante et joliment conduite jusqu’à sa conclusion efficace, bref un bon petit classique du crime impossible.

L’anthologie y ajoute un très rare juvénile, « A l’auberge des sept épées », qui, comme son titre l’indique, constitue un récit historique proche du cape et épée avec le conflit entre l’amour et le devoir, critique de la religion (« je hais […] cette religion qui vénère Dieu sous le prétexte qu’elle fait souffrir l’homme »). Surprenant mais non dénué d’intérêt.

Enfin, « Le mouchard » (situé dans la France du Second Empire) et « Le testament perdu » (New York, en 1849), couronnée du prix de la meilleure nouvelle par le jury d’Ellery Queen Magazine, complètent le sommaire de ce recueil varié. « Le testament perdu » n’a d’ailleurs pas volé sa récompense et rend un très bel hommage à son ancêtre littéraire au titre similaire (« la lettre volée » d’Edgar Poe) jusqu’à une conclusion à la fois référentielle très plaisante. Sans doute la meilleure nouvelle du recueil et peut-être même une des plus belles réussites de Carr dans le domaine du format court. En tout cas une excellente manière de conclure ce recueil forcément inégal mais dans l’ensemble divertissant et agréable.

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Publié le 14 Mars 2018

LA PEAU DE LA PEAU de A.A. Fair (Erle Stanley Gardner)

Outre le célèbre Perry Mason, Erle Stanley Gardner, dissimulé sous le pseudonyme d’A.A. Fair, écrivit 29 aventures d’un duo de détectives atypiques composé du séduisant Donald Lam et de la grassouillette Bertha Cool. Ecrit en 1967, cet avant-dernier roman se centre sur Donald Lam, contacté par le patron d’une petite compagnie d’assurances, Barney Adams, après que ce-dernier ait repéré une annonce suspecte publiée dans un journal. En effet, on promet 300 dollars de récompense pour tout témoin ayant vu un accident entre une Ford et une Cadillac. Barney Adams flaire l’arnaque et Donald Lam répond à la petite annonce. Toutefois, il n’est pas retenu comme témoin digne de foi. Cette aventure permet néanmoins à Donald de faire la connaissance d’une jeune, séduisante et désargentée demoiselle qui, elle, accepte de témoigner. Donald l’invite à diner et constate rapidement que la jeune femme n’a pas été témoin de l’accident, elle a simplement décidé de commettre un faux témoignage pour toucher la récompense. Bientôt, la voici entrainée dans une affaire criminelle beaucoup plus sinistre et accusée du meurtre d’un avocat réputé.

Encore une bonne intrigue, particulièrement complexe et rythmée, sous la plume alerte de Gardner qui ne ménage pas sa peine pour captiver le lecteur : prémices intrigantes, rebondissements nombreux, fausses pistes en pagaille,…

La crédibilité générale est parfois à prendre avec des pincettes mais, emporté dans le torrent des événements, le lecteur n’a guère le temps de souffler pour se rendre compte des invraisemblances d’un récit mené à 100 à l’heure et hautement divertissant.

Peu de choses à dire sur ce roman très court, qui se lit quasiment d’une traite, et offre une bonne dose de distraction policière aux amateurs. Si la plume de Gardner n’est pas spécialement réputée, les traductions françaises l’améliorent grandement et laissent la part belle à des dialogues vifs et non dénués d’une touche d’humour efficace.

Rien de révolutionnaire pour cet auteur habitué des « formules » mais l’assurance d’un bon moment qui saura satisfaire les afficionados du roman policier à l’ancienne.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Policier, #Whodunit, #Erle Stanley Gardner, #Roman de gare

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Publié le 12 Mars 2018

LA TOMBE INDIENNE de Paul Halter

Le prolifique spécialiste alsacien du crime impossible s’intéresse cette fois à la voyance. Dans un bar chinois de Soho, le Dragon Rouge, un homme, William Riggs, consulte la voyante Ylang Li, laquelle entre en contact avec Lisette, la cousine de Riggs, disparue depuis des années. Disposant de peu d’indices, le jeune homme et sa petite amie se lancent cependant sur la piste de la fillette et aboutissent finalement à une star déchue du cinéma muet vivant en recluse en compagnie de ses enfants adoptifs.

Avec ce roman, Paul Halter semble signer la fin d’une époque, celle du roman d’énigme classique et de ses protagonistes distingués engoncés dans leurs bonnes manières. Nostalgique, voici apparemment l’état d’esprit du romancier qui situe l’intrigue au milieu des années ’60, en plein bouleversement culturel et social. Les jeunes filles prennent leur indépendance et mènent l’enquête : elles usent de leur charme (et de leur mini-jupe) en écoutant « Yesterday » (autre morceau nostalgique) ou les Rolling Stones. Ne pas avoir de références n’est plus, pour une domestique, un handicap infranchissable. Même Scotland Yard s’apprête à fermer boutique pour déménager dans de nouveaux locaux, dépourvus d’histoire mais plus fonctionnels. Et le couple vieillissant au cœur du récit se compose d’une ancienne gloire du cinéma muet, aujourd’hui totalement oubliée, et de son époux qui vit dans le passé en admirant les photos datées de sa femme. Bref, les temps changent…Même le docteur Twist, promis par la quatrième de couverture, n’apparait que brièvement. Aujourd’hui octogénaire, il surgit lors de l’épilogue afin d’expliquer le phénomène de voyance. L’inspecteur Hurst, fréquemment mentionné, n’apparait, lui, pas du tout.

L’Alsacien est-il arrivé au bout d’un cycle ? On peut le penser. Le récit s’éloigne d’ailleurs des conventions du roman d’énigme et la première partie tient davantage du thriller psychologique ou du suspense avec sa demoiselle qui essaye de découvrir la vérité sur une disparition vieille de plusieurs années. Si Paul Halter propose un « meurtre en chambre close » pour contenter ses admirateurs celui-ci se montre nettement moins complexe que ceux de ses précédentes œuvres. Le procédé employé est d’ailleurs rapidement (et classiquement) explicité, comme si Halter voulait faire comprendre à son lectorat que l’important n’était plus là. Une fois de plus l’ancien temps est révolu. L’identité du coupable suivt la même voie : pas de révélations fracassantes, pas de retournement inattendu (style « le moins suspect s’avère le véritable coupable ») et un nombre de suspect très restreints puisqu’ils sont six au départ. Un nombre que l’on peut réduire à deux ou trois avant que le nouvel enquêteur, Briggs, ne dévoile l’assassin en usant d’un procédé discutable. Halter laisse cependant planer le doute sur sa réelle culpabilité lors d’un épilogue semi-ouvert assez typique du romancier.  

« Les limiers de la vieille école n’était hélas plus là. Il était le dernier survivant. La vie avait changé, tout comme les gens. Pour lui c’était un signe des temps, le monde qu’il avait connu était en train de disparaitre, inéluctablement. L’affaire qui l’occupait était sans doute la dernière. »

Voici donc un roman original, certes pas aussi époustouflant que les plus grandes réussites de l’auteur (LA SEPTIME HYPOTHESE, LE CERCLE INVISIBLE, LA MORT VOUS INVITE ou LE VOYAGEUR DU PASSE), mais néanmoins réussi et prenant : le climat de suspicion teinté de macabre (enfants emmurés vivants, prédictions sinistres, etc.) fonctionne et l’explication du phénomène de voyance se montre superbement imaginé. L’énigme principale, pour sa part, reste efficace en dépit de son classicisme et d’une résolution un brin décevante. Pas un chef d’œuvre mais assurément un bon cru et le souci de l’écrivain de renouveler habilement ses thèmes de prédilections doit être souligné. Très plaisant.

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