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Publié le 7 Août 2017

L'IMPLACABLE: MARCHE OU CREVE de Richard Sapir & Warren Murphy

Dans ce onzième roman de l’interminable série consacrée à Remo Williams (surnommé en anglais The Destroyer et en français L’implacable) l’organisation gouvernementale secrète Cure, dirigée par Harold Smith, voit son existence menacée. Ses secrets risquent d’être révélés, ce qui compromettrait l’intégrité politique des Etats-Unis et même l’autorité du président en personne. Par conséquent, pour éviter le désastre, Smith doit démanteler l’organisation et rompre tous les liens l’unissant à Chiun, le Maître du Sinanju, et son disciple Remo. Ce-dernier se montre d’abord ravi d’être ainsi forcé à la retraite anticipée. Mais, très vite, il culpabilise et décide d’aider un Smith au bord du suicide. Sans ressources, isolé et contraint à agir rapidement, Remo se lance dans la politique pour redresser une situation désespérée. Son idée consiste à faire élire à la mairie de Miami un doux rêveur inoffensif, Mac Polaney, sorte de baba cool quinquagénaire qui aime la pêche, s’est déjà présenté (sans succès) plus de quarante fois aux élections et ne vote pour personne, pas même pour lui. L’Implacable et Chiun vont user de toutes les méthodes pour persuader les électeurs du bien-fondé de leur projet saugrenu.

Quoique la recette générale soit à présent connue, MARCHE OU CREVE s’éloigne des standards habituels de la série pour proposer un récit moins porté sur l’action et davantage orienté vers la satire politique. L’humour, comme toujours, se montre donc bien présent et réserve son lot de scènes amusantes. Ainsi, Chiun aime se déplacer avec des dizaines de bagages tout en se donnant l’apparence d’un frêle vieillard peu aidé par son ingrat de fils adoptif. D’où les réactions outragées d’une bande de femmes mûres voyant Remo refuser de lui porter ses valises. Par la suite, l’Oriental, toujours aussi friand de feuilletons télévisés à l’eau de rose, découvre, estomaqué, la médiocrité d’une série martiale qui, sacrilège, donne une bonne image des moines Shaolin.

Les considérations politiques occupent ici l’essentiel d’une intrigue franchement pauvre en action selon les standards de la série. On peut juger la charge sans finesse mais, pourtant, elle semble plus que jamais d’actualité et, dans l’ensemble, pertinente. « Les trois éléments les plus importants d’une élection sont le candidat, le candidat et le candidat » annonce-t-on à Remo qui rétorque « bien sûr que non, c’est l’argent, l’argent et l’argent ». Et voilà les deux plus grands assassins du monde, escorté d’une myriade de « femmes d’un certain âge » en campagne pour conduire à la mairie un anarchiste sur le retour. Son unique slogan, rapidement adopté par la foule conquise, est « le soleil c’est bien plus beau, les fleurs c’est bien plus doux » tandis que ses meetings politiques consistent en des démonstrations de ses (lamentables) talents à la scie musicale. Mais, quoiqu’il arrive, nul ne le fera taire !

Ces événements permettent à Chiun de s’étonner de la stupidité du processus démocratique : l’accession au pouvoir d’un candidat est déterminée par la beauté de son badge de campagne ou par l’avis d’une célébrité quelconque invitée à s’exprimer sur le sujet. Lorsque le vieil Oriental suggère d’engager un expert, son émule lui répond que « nul ne s’y connait en politique, les experts encore moins que les autres. Tout le système est tellement dingue que n’importe quel fou a une chance de gagner ». La suite du roman prouvera à Remo la justesse de cette assertion et, de toute façon, l’Histoire a prouvé à maintes reprises que les gens votent souvent « pour quelqu’un qui a sa tête à la place de son cul ». Bien évidemment en soudoyant quelques personnalités haut placées, en menaçant quelques criminels influents et en s’assurant le soutien d’une centaine de femmes âgées qui trouvent leur candidat « tellement gentil » Remo et Chiun finissent par s’assurer de son élection. Et à sauver la mise (et la tête) de leur Empereur Smith.

Sans doute pas le plus représentatif ni le plus mouvementé des romans consacrés à l’Implacable, MARCHE OU CREVE demeure un divertissement rondement mené riche en passages fort drôles et en dialogues efficaces. Très sympathique à condition de ne pas en attendre l’action échevelée et délirante des autres tomes de la série.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Aventures, #Roman de gare, #Gérard de Villiers, #Implacable

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Publié le 13 Juillet 2017

LE SURVIVANT - GUERRE TOTALE de Jerry Ahern

Expert en arme et écrivain prolifique, Jerry Ahern (1946 – 2012) reste essentiellement connu pour sa longue saga littéraire consacré à l’agent de la CIA John Thomas Rourke, alias « Le Survivant ». Sous le formidable pseudonyme d’Axel Kilgore on lui doit également la série du « Mercenaire », elle aussi publiée en France chez Gerard De Villiers. En tout, Ahern écrivit plus de 80 bouquins dont 29 appartiennent à la saga du « Survivant » débutée en 1981 avec ce premier tome, GUERRE TOTALE.

Dans ce roman nous faisons la connaissance de notre valeureux héros, John Thomas Rourke, un as de la CIA revenant d’une mission au Moyen-Orient. Persuadé que le monde court à sa perte, Rourke s’est familiarisé avec les techniques de survie et a construit un abri antiatomique pour sa famille. La situation au Pakistan semble donner raison à Rourke et la tension s’accroit entre les Etats-Unis et la Russie. Malgré les efforts de paix des deux nations, l’escalade militariste conduit à un holocauste nucléaire qui dévaste la quasi-totalité de la planète. Lorsque les missiles frappent le sol américain, Rourke est à bord d’un avion. Les pilotes sont aveuglés par la déflagration mais l’agent de la CIA parvient à poser l’appareil tant bien que mal. Avec un autre survivant, Paul Rubinstein, il se dirige vers la ville la plus proche, Albuquerque, où il espère trouver un soutien. Pendant ce temps, son épouse Sarah emmène ses enfants vers ce qu’elle espère être la sécurité…

Lançant la mode fructueuse (en particuliers au cinéma) du « post nuke », LE SURVIVANT – GUERRE TOTALE n’est, bien sûr, pas le premier roman à traiter du thème de la survie après une guerre nucléaire mais il est sans doute responsable des nombreuses imitations ultérieures qui allaient encombrer les halls de gare durant les années ’80, en particulier la série « Doomsday Warrior ».

Ce premier tome se veut réaliste et se consacre, durant une centaine de pages, à la situation géopolitique en passe de se dégrader irrémédiablement. Les efforts de la Russie pour stopper l’expansion du fondamentalisme islamiste conduisent à une riposte américaine menant elle-même à la guerre totale. Les temps ont changés… Ou pas ? Moins manichéen que la plupart de ses collègues œuvrant dans le roman de gare, Aherm présente des personnages certes stéréotypés mais néanmoins intéressants. Bien sûr, Rourke constitue le parfait exemple d’invincible héros du roman de gare, un mercenaire capable d’affronter à lui seul 40 bikers sans subir la moindre  égratignure. Précurseur  des combattants inflexibles du cinéma musclé, défenseur émérite des valeurs américaines menacées par la pourriture communiste, Rourke combine Mad Max, John Rambo et le Chuck Norris d’ « Invasion USA » afin de protéger sa famille et ce qu’il reste du monde libre. Alternant de manière classique mais toujours aussi efficace les différents points de vue des protagonistes, GUERRE TOTALE avance à un rythme ultra soutenu qui ne laisse aucunement le temps de souffler au lecteur. Les dernières pages, encore plus imprégnées d’action, annoncent les outrances à venir et anticipent largement sur « Mad Max 2 » et le cinéma post-nuke de  cette époque puisque Rourke se venge d’une horde de sanguinaires hell’s angels auxquels il tient tête avec sa bite, son couteau et ses pistolets automatiques.

Comme souvent avec ce genre de série paralittéraire, les tomes ultérieurs s’éloigneront progressivement de ces bases réalistes pour verser plus frontalement dans une science-fiction débridée incluant cryogénie, mutants et autres cannibales. En France, seuls les premiers tomes eurent droit à des traductions respectueuses du matériel originel, les bouquins furent, par la suite, écrits par d’illustres inconnus qui étirèrent la saga jusqu’au tome 51.

Pour les nostalgiques de la Guerre Froide, les fans de post-nuke ou les simples amateurs de bouquins d’action vite écrits et vite lus, GUERRE TOTALE s’impose comme une réussite étonnamment plaisante et d’une rare efficacité que l’on n’a pas envie de lâcher avant la fin (provisoire évidemment). Rondement mené et vivement conseillé !

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Publié le 1 Juin 2017

ALERTE ROUGE A WASHINGTON de "Don Pendleton"

Crée par Don Pendleton, le vétéran du Viet Nam devenu justicier Mack Bolan eut rapidement une vie propre : après les 38 premiers romans (rassemblés sous la domination de « Guerre à la Mafia »), l’Exécuteur fut repris par de nombreux auteurs qui en firent une sorte de super agent aux services secrets de l’Amérique. Lorsque la nation ne peut agir de manière officielle, elle peut compter sur le Guerrier pour défourailler de la racaille, du petit trafiquant au terroriste international, Bolan ne fait pas dans le détail.

Edité en France par les éditions Gerard De Villiers, « l’homme à la combinaison noire » vécut également des aventures originales qui ne furent pas traduites mais bien entièrement écrites par des romanciers hexagonaux. Souvent non crédités (lorsqu’ils le sont c’est uniquement en tant que « traducteur et adaptateur »), ils s’effacent pudiquement devant la légende (avec ses nombreuses séries dérivées on approche du millier de romans !!!) comme cette ALERTE ROUGE A WASHINGTON plutôt efficace.

Dans cette aventure, l’auteur (donc anonyme) attaque la collusion entre le pouvoir américain et la Mafia, imaginant (peu avant le 11 septembre) une sorte d’énorme complot entre des militaires assoiffés de pouvoir et les organisations maffieuses afin de générer un conflit au Moyen-Orient qui servirait, en quelque sorte, de test grandeur nature pour observer les réactions du monde à une guerre nucléaire localisée. Sympathique et plutôt novateur, cela change agréablement des massacres répétitifs d’amichi d’une ville à l’autre du globe.

Cependant, si l’intrigue se révèle plus consistante que de coutume et constitue un hybride assez réussi entre les deux périodes (polar anti mafieux et action / espionnage pour résumer succinctement) de l’interminable saga (Bolan fait ici la guerre à la Mafia mais il s’associe avec une poignée de militaires vétérans pour débarrasser les hautes sphères politiques de la corruption), avec Mack Bolan, pas de subtilité ni de grande analyse politique, place au nettoyage par le vide. La série n’a jamais fait dans le subtil mais a souvent gardé le cap en jouant sur un rythme frénétique qui multiplie les explosions, fusillades et autres massacres de crapules. Du divertissement très efficace totalement dévoué à la testostérone et à l’hémoglobine sans perdre de temps en considérations psychologiques ni en érotisme (contrairement à ce que veulent faire croire les couvertures françaises). Bref, ça déménage et ça emporte tout sur son passage, avec une écriture très brute et une grande économie de moyens : phrases courtes, chapitres ramassés en quelques pages, nombreux synonymes pour varier les descriptions (un brin répétitives) de mafiosi abattus par notre héros. Des recettes qui doivent autant à la littérature brute de décoffrage de Mickey Spillane qu’aux polars d’action musclés des seventires (genre JUSTICE SAUVAGE ou LA TRAHISON SE PAYE CASH).

Bref, L’EXECUTEUR, en dépit de son aspect ultra codifié (qui, mine de rien, a fini par générer une mythologie sommaire avec son lot de personnages récurrents comme en témoignent ici les nombreuses notes de bas de page renvoyant le lecteur à une aventure antérieure) reste une valeur sûre du roman de gare moderne et une des seules séries de ce style (jadis si populaires) à continuer à perdurer en ce vingt-et-unième siècle. Très plaisant.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Aventures, #Roman de gare, #Exécuteur, #Gérard de Villiers

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