Publié le 29 Avril 2017

L'IMPLACABLE: FATALE FINALE de Richard Sapir & Warren Murphy

Les années ’70 furent sans doute les plus favorables aux « romans d’aventures pour hommes » (men’ss adventure novels en anglais dans le texte), de courts récits (entre 200 et 250 pages généralement) centrés sur les exploits d’un héros viril sauvant le monde et tombant les filles. Ces épigones de James Bond se nommaient l’Exécuteur Mack Bolan, le Pénétrateur Mark Hardin ou S.A.S le Prince Malko. Parmi bien d’autres ayant sombrés dans l’oubli.

Crée en 1971 par Richard Sapir et Warren Murphy, Remo Williams, dit l’Implacable, s’inscrit dans cette lignée mais ses aventures sont plus portées sur le second degré que celles de ses concurrents. Elles sont également souvent empreintes d’un côté fantastique ou science-fictionnelle délirant hérité des romans pulp des précédentes décennies. Si la violence y est très présente (quoique plus cartoonesque que sadique), l’érotisme se montre par contre quasi absent. La série compte aujourd’hui plus de 150 romans (elle se poursuit encore malgré le décès de ses deux créateurs), auxquels s’ajoutent plusieurs comics (chez Marvel), un film plutôt divertissant dans les limites de ses ambitions (REMO SANS ARME ET DANGEREUX tourné en 1985) et un épisode-pilote pour une série télé avortée en 1988.

L’intrigue générale (telle que résumée dans le premier bouquin, IMPLACABLEMENT VOTRE puis à nouveau dans le reboot LA FIN DU COMMENCEMENT) suit les pas d’un jeune policier, Remo Williams, exécuté sur la chaise électrique pour un meurtre dont il est innocent. En réalité, Remo est engagé pour rejoindre une organisation secrète, Cure, dirigée par Harold Smith, afin de protéger les Etats-Unis contre des menaces qui ne peuvent être combattues de manière légale. Remo sera donc formé aux disciplines de combat par un Coréen, Chiun, grand maitre de Sinanju, petit village dont sont originaire tous les arts martiaux.

L’originalité de L’IMPLACABLE réside dans l’antagonisme entre Remo, fier représentant de l’Occident bouffeur de hamburgers, et Chiun, défenseur des valeurs orientales dont la seule faiblesse réside dans son addiction aux séries télévisées à l’eau-de-rose et en particulier au soap hospitalier « Quand tourne les planètes », unique contribution valable, selon lui, de l’Occident à la culture mondiale.

Dans ce FATALE FINALE nous assistons à une série d’attaques commises à l’encontre de Remo, ce qui le laisse gravement blessé. Pendant ce temps, Chiun retourner à Sinanju afin de défendre son village contre des militaires agressifs. La situation se complique lorsque l’ancien élève de Chiun vient lui contester son titre de Maitre de Sinanju…Les deux disciples devront en découdre.

Moins porté sur l’humour que la moyenne de la série, FATALE FINALE n’en demeure pas moins un excellent bouquin, d’ailleurs hautement apprécié par les fans de Remo, puisqu’il nous permet de découvrir enfin le village de Sinanju, la Perle de l’Orient. L’émotion domine (étonnant pour ce genre de romans « de gare ») et développe la relation entre Chiun et Remo jusqu’au duel final, dans un esprit très seventies, entre kung fu de série B et western spaghetti. Le roman aurait d’ailleurs donné un film très efficace (avis auc cinéastes !) avec quelques passages spectaculaires, notamment lorsque Chiun se bat à mains nues contre un tank. Tout l’excès de la littérature populaire résumé en une scène mémorable !

Une très belle réussite pour cette série culte (de toute manière nous sommes rarement déçu à la lecture d’un IMPLACABLE, des récits toujours enlevés, inventifs et amusants) quoique ce ne soit définitivement pas un titre « traditionnel » de la saga. A découvrir.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #implacable, #Aventures, #Roman de gare

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Publié le 26 Avril 2017

READY PLAYER ONE d'Ernest Cline

Roman de science-fiction d’un auteur biberonné à la « geekitude », READY PLAYER ONE fut un best-seller surprise de 2011 et reçu de nombreuses récompenses. Une promotion importante accompagna cette sortie, notamment l’édition d’un audio-livre raconté par Will Wheaton et le lancement d’un concours dont le gagnant, après avoir battu le record mondial du jeu vidéo Joust, remporta une DeLorean.

Son auteur, Ernest Cline, appartient depuis longtemps à l’univers geek puisqu’il écrivit, pour le plaisir, une séquelle au film culte BUCKAROO BANZAI puis participa au scénario de FANBOYS au sujet d’une bande de copains désireux de s’introduire dans le Skywalker Ranch. READY PLAYER ONE est son premier roman et sera prochainement adapté à l’écran par Steven Spielberg en personne. Il fut suivi par ARMADA, hommage au film STARFIGHTER, lui aussi promis à une prochaine version cinématographique. Bref, tout roule pour Cline. Ce succès est-il pour autant mérité ? Oui…et non.

READY PLAYER ONE se veut un hommage aux années ’80 et se situe dans un futur proche peu reluisant. Les changements climatiques, les guerres, les pénuries ont rendu la Terre invivable au point que la majorité de la population se réfugie dans un monde virtuel, l’Oasis, composé de centaines d’univers où chacun peut étancher sa soif d’aventures, de STAR WARS au SEIGNEUR DES ANNEAUX en passant par WARCRAFT.

Peu avant sa mort, le créateur de l’Oasis, James Halliday, décide de léguer sa gigantesque fortune à celui qui parviendra à ouvrir trois portes secrètes dissimulées au cœur de l’Oasis sous forme d’«easter eggs ». La tâche se révèle rapidement ardue et, cinq ans après la déclaration d’Halliday, la plupart des candidats ont abandonné cette quête en apparence imsoluble. Cependant, un adolescent, Wade, cherche à percer les énigmes en s’imprégnant de la culture populaire des années ’80 qui, selon lui, pourra lui permettre de déchiffrer les arcanes d’Halliday. Surnommé dans l’Oasis Parzival, il localise la première clé, celle de cuivre, dissimulée dans une recréation de Donjon & Dragon. Après voir défait le gardien de la tombe, le sorcier Acererak dans un duel mené sur le jeu vidéo des années 80 Joust, Parzival attire l’attention de tous les « chasseurs d’œufs » (ou plus simplement « chassoeufs ») de la planète et en particulier de l’héroïque Art3mis. La quête s’annonce serrée pour mettre la main sur les deux dernières clés car des méchants capitalistes corporatistes veulent s’emparer des richesses d’Halliday pour pervertir son beau projet.

Typique roman pour « young adults », READY PLAYER ONE reprend les codes des récits initiatiques en les plongeant dans un bain d’influences à la fois science-fictionnelle et heroic fantasy. Ernest Cline accumule ainsi les références aux jeux de rôle des années ’70 (en particulier Donjons & Dragons), au cinéma des années ’80 (notamment les inévitables BLADE RUNNER et WARGAMES), au rock (le fabuleux album concept « 2121 » de Rush joue un rôle crucial dans l’intrigue) et aux jeux vidéo préhistoriques comme Joust, Black Tiger, Adventure, ou Zork, sans oublier la nécessité de réussir un score parfait au plus célèbre Pac Man.

Si le metavers (autrement dit l’univers virtuel) se montre particulièrement développé et fascinant (défini par l’auteur John Scalzi comme un véritable nerdgasm), l’intrigue s’avère, hélas, beaucoup plus classique : le trio de personnages principaux rappelle à la fois HARRY POTTER et la STRATEGIE ENDER d’Orson Scott Card tandis que le background empreinte aux classiques du cyberpunk (NEUROMANCIEN de William Gibson, LE SAMOURAI VIRTUEL de Neal Stephenson mais aussi les précurseurs comme LES CAVERNES D’ACIER d’Asimov et la quasi-totalité de l’œuvre de Philip K. Dick) mais aussi aux plus récentes dystopies destinées à la jeunesse comme DIVERGENTE ou HUNGER GAMES. Le triangle amoureux n’a, lui non plus, aucune originalité et la présence de deux faire-valoir japonais (très caricaturaux) semble avoir pour unique but de titiller les amateurs de dessins animés nippons ou de mangas.

Le récit se révèle également peu crédible : les héros n’ont pas encore vingt ans mais ont assimilés une trentaine d’années de « culture geek » (ils ont terminé tous les jeux vidéo des années 80, vus 47 fois SAGRE GRAAL ou connaissent par cœur la moindre réplique de WAR GAMES) pendant les moments où ils ne déambulent pas dans l’Oasis, ne sont pas à l’école ou ne dorment pas. Les références citées, sans doute déjà obscures pour 99% de la population mondiale de moins de trente ans, sont balancées par paquets par un auteur qui tente de les imposer comme la « norme culturelle » absolue de milliers de geek adolescents de l’an 2044. Résoudre les énigmes laissées par le dieu décédé de l’Oasis ne demande d’ailleurs pas vraiment d’imagination ou d’indépendance puisqu’il s’agit davantage d’identifier un décor de jeu de rôle ou de pouvoir dupliquer sans se tromper tous les faits et gestes du héros de WARGAMES.

Le name dropping, amusant dans les premiers chapitres, devient, dès lors, assommant tant Ernest Cline surcharge sa maigre intrigue en détaillant les scénarios d’à peu près tous les films de science-fiction qu’il a visionnés durant son adolescence. En parlant de jeunesse, l’écriture, voulant s’adresser à un public supposé jeune et plus habitué des consoles de jeux que des romans, se montre banale et plate : pas de mots compliqués, pas de tournure de phrases alambiquées, une impression accentuée par une traduction française pénible. Lire des « wesh mon pote » et des « salut cousins » dans la bouche de jeunes adultes de 2044 reste assez déstabilisant.  

Malgré tous ces bémols, difficile de ne pas prendre un certain plaisir à ce READY PLAYER ONE pourtant très prévisible, que l’on peut rapprocher d’un DAVINCI CODE : ce n’est objectivement pas très bon mais on tourne quand même les pages pour connaitre le dénouement. Inspirée (volontairement ?) des jeux vidéo de plateforme, la progression linéaire implique un problème à résoudre, une réflexion plus ou moins longue, un éclair de génie (car les héros comptent beaucoup sur la chance pour avancer) et une résolution avantageuse après avoir défait un « boss » de fin de niveau. Répétez cela trois fois et le roman se termine au terme d’une gigantesque bataille (que l’on imagine immédiatement transposée sur grand écran) entre le côté obscur représenté par les multinationales capitalistes (lesquels utilisent des moyens colossaux pour gagner) et la confrérie de la geekitude (qui ne possède que leur bite, leur manette de jeu et le manuel de AD&D pour l’emporter).

S’il est possible de trouver READY PLAYER ONE satisfaisant, on regrette qu’un environnement aussi immense et fascinant (la réalité virtuelle) soit simplement au service d’une version hightech de la « Chasse au trésor ».

Cline travaille actuellement à une séquelle de READY PLAYER ONE (qui devrait logiquement s’intituler READY PLAYER TWO) et précise que tout cela pourrait ne plus être de la science-fiction d’ici une dizaine d’années. Possible même si, dix ans après son buzz, Second Life ne semble plus attirer beaucoup d’adeptes.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #anticipation, #science-fiction, #Geek, #Cyberpunk

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Publié le 25 Avril 2017

VOUS PERDEZ LA TETE de Christianna Brand

Christianna Brand (1907 – 1988) débute sa carrière au début des années ’40 avec LA MORT EN TALONS HAUTS. Peu après, elle publie son deuxième roman dans lequel elle crée son enquêteur récurent, l’inspecteur de police Cockrill. Après cette première apparition dans ce classique whodunit (assorti d’un apparent crime impossible) datant de 1941 l’inspecteur reviendra dans six autres romans (dont cinq furent traduits en français) et plusieurs nouvelles. Par la suite, Christianna Brand se spécialisa dans la littérature jeunesse, concevant notamment le personnage de Nanny McPhee (campée par Emma Thompson dans les deux adaptations cinématographiques tournées en 2005 et 2010).

VOUS PERDEZ LA TETE se déroule durant la Seconde Guerre Mondiale alors que les Londoniens se sont réfugiés à la campagne pour échapper aux bombardements. A Pigeonsford Manor, par exemple, quelques personnes sont réunies, dont Grace Morland, une vieille fille tombée amoureuse du forcément séduisant quinquagénaire Stephen Pendock, dit Pen, lequel semble davantage attiré par la jeune nymphette Francesca, une fille « exquise et si jolie qu’on en était mal à l’aise ». Cette dernière exhibe son nouveau cadeau, un chapeau, qui attise la jalousie de Grace, laquelle déclare avec dédain, en référence à un précédent meurtre ayant ensanglanté la région, qu’elle n’aimerait pas mourir avec un tel couvre-chef sur la tête. Or, peu après, Grace est découverte décapitée…avec le chapeau en question sur sa tête tranchée. L’inspecteur Cockrill vient investiguer le crime et établit rapidement que le meurtrier appartient à la maison et n’a pu provenir de l’extérieur, ce qui limite à six le nombre de suspects. Par la suite, un nouveau meurtre survient : là encore la victime est retrouvée décapitée mais, cette fois, le crime semble impossible puisque aucune empreinte n’apparait sur la neige entourant le corps. 

Avec ce whodunit typique, Christianna Brand se lance dans le « country house mystery » si cher aux auteurs de l’Age d’Or du roman policier et il ne lui faudra que 185 pages pour résoudre l’énigme pourtant complexe proposée. En effet, en comptant un précédent meurtre commis un an avant les évènements relatés, la romancière donne à son inspecteur la lourde tâche de résoudre trois crimes. Mais Cokrill se montrera à la hauteur et l’assassin sera, logiquement et classiquement, dévoilé lors du dernier chapitre.

Si le roman ne se montre pas très original, le style est très agréable et l’écriture fluide, plaisante, sans les scories de certains auteurs du Golden Age. Brand propose des descriptions vivantes, des dialogues ciselés et confère un bon rythme à son récit empreint d’un certain humour noir et d’un côté macabre, voire grand-guignolesque, appréciable.

Le principal bémol réside dans la conclusion : contrairement à la tradition du whodunit, le plus suspect s’avère être le coupable. Si on peut saluer le réalisme d’une telle fin (à l’opposé des retournements de situations peu crédibles de nombreux romans d’énigme), le lecteur peut se sentir quelque peu floué. Plus embêtant, le mobile de l’assassin se base sur des données médicales erronées et pas vraiment convaincantes. Le processus, qui a été ultérieurement repris plusieurs fois dans la littérature policière, devait cependant être original au début des années ’40. Enfin, l’énigme de l’absence d’empreintes sur la neige se voit évacuée avec une désinvolture déstabilisante (après que plusieurs hypothèses plausibles aient été avancées) et n’a finalement aucune importance. Frustrant.

Malgré ces défauts, VOUS PERDEZ LA TÊTE constitue un bon début pour l’inspecteur Cockrill, personnage intéressant même si pas encore pleinement développé. Le roman se lit en tout cas avec plaisir et reste suffisamment moderne dans son écriture pour ne pas rebuter le lecteur. Le tout donne envie de poursuivre les aventures de Cockrill qui allait résoudre pas moins de trois « crimes impossibles » (dans LA MORT DE JEZABEL, SUBITEMENT DECEDEE et TOUR DE FORCE). Conseillé.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Golden Age, #Policier, #Christianna Brand, #Whodunit, #Impossible Crime

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Publié le 24 Avril 2017

TEMPETE POLAIRE de Clive Cussler et Paul Kamprecos

 

Auteur américain, Clive Cussler crée au début des années 70 le personnage de Dirk Pitt, aventurier baroudeur employé par la Numa (l’Agence nationale américaine marine et sous-marine). Série phare du romancier (nous en sommes actuellement à 24 romans), la saga prend de l’ampleur, passant au fil des ans de romans d’aventures maritimes à des techno-thrillers spectaculaires, équivalents littéraires des James Bond cinématographiques mâtinés d’Indiana Jones. A l’orée du vingt-et-unième siècle (Cussler ayant alors 70 ans), il s’associe avec une poignée d’auteurs pour proposer des spin-off basés sur d’autres héros, eux-aussi affiliés à la Numa, comme Kurt Austin ou Juan Cabrillo, lesquels ont à présent vécus une douzaine d’aventures autonomes. Dans la plupart d’entre-elles la menace se fait mondiale et implique souvent un grand méchant mégalomane là aussi fortement influencé par les antagonistes de l’agent 007.

Pour sa sixième apparition (écrite en 2005), Kurt Austin apprend qu’un riche businessman associé à un groupuscule anarchiste radical, les Fils de Lucifer, s’apprête à utiliser les théories d’un génial savant, Lazlo Kovaks (disciple du fameux Nikola Tesla), pour provoquer une inversion des pôles (à la manière du film 2012). Une catastrophe qui, une fois déclenchée, pourrait entrainer la fin du monde. Austin et les autres membres de la Numa

Reprenant une formule à présent bien rodée (un prologue historique, ici situé durant la Seconde Guerre Mondiale, des chapitres courts avec nombreux cliffhangers), TEMPETE POLAIRE n’en dévie pas un instant: le héros sauve le monde, tombe la demoiselle (intelligente, intrépide et « aussi belle que la plus belle des top-modèles ») et les méchants sont punis (le final avec sa catastrophe avortée semble d’ailleurs un rien précipité).

L’écriture, pour sa part, est professionnelle, alerte et adopte les techniques classiques du bestseller d’action avec ses personnages nombreux, ses sous-intrigues farfelues (dont la découverte d’une espèce de mammouth nains ayant survécus jusqu’à notre époque dans une cité préhistorique souterraine) et ses chapitres courts (souvent en dessous de dix pages) qui relancent l’intérêt. On peut se demander quelle est la part réelle de Cussler à ce roman (comme à tous ceux écrits en « collaboration ») quoique son nom soit écrit en caractères beaucoup plus gros que celui de Paul Kamprecos, sans doute le véritable auteur.

L’ensemble, entre aventures, science-fiction, récit catastrophe et « espionnage » tient en haleine mais manque un peu d’originalité pour réellement passionner.  Cela reste un bon divertissement typique du style Cussler, capable de plaire aux fans avec ses clins d’œil et « caméos » bien amenés (Dirk Pitt effectue une apparition en fin de récit) sans toutefois totalement les combler. L’aspect répétitif des schémas narratif apparait en effet dans les bouquins publiés depuis le début du XXIème siècle et on n’y retrouve pas l’invention constante des meilleurs Cussler (comme CYCLOPE ou SAHARA).

Toutefois, malgré ces réserves, TEMPETE POLAIRE reste un bon « blockbuster littéraire » qui ne laisse guère le temps de souffler à son lecteur emporté dans une série d’aventures échevelées, entre tourmente océanique et gigantesques vagues scélérates (un phénomène naturel rare mais authentique) menaçant d’engloutir la terre entière.

 

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Thriller, #Technothriller, #Aventures, #Clive Cussler

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Publié le 21 Avril 2017

DRAGON de Thomas Day

Ayant déjà plus d’une dizaine de romans et pratiquement autant de recueils de nouvelles à son actif, l’excellent Thomas Day inaugure la collection « Une heure lumière » chez Le Belial consacrée à des romans courts (ou novellas comme disent les anglophones) destinés à être lus d’une traite, peut-être pas en une heure mais en une petite soirée. DRAGON compte donc 150 pages bien tassées et évite de se disperser pour proposer un thriller horrifique bien mené.

Nous sommes dans une anticipation proche, à Bangkok. Une dizaine d’années dans l’avenir. Le système politique a changé et, suite à des bouleversements climatiques, la ville est en partie inondée ce qui oblige de s’y déplacer grâce à des jetski. C’est là que surgit un tueur en série surnommé le Dragon. Son but est de débarrasser la Thaïlande des pédophiles, lesquels sont toujours aussi nombreux et protégés par des autorités qui ferment les yeux devant ce lucratif tourisme sexuel. Dragon en massacre donc quelques-uns dans un bordel spécialisé dans la prostitution enfantine, attirant l’attention de Susan, une militante d’une ONG anti-pédophilie. Les forces de l’ordre, de leur côté, confient l’enquête à Tann Ruedpokanon (surnommé Red Pokemon), un inspecteur gay venant de rompre avec Pearl, son / sa petit(e) ami(e) Ladyboy désireux d’être opéré(e). Pour les supérieurs de Tann, la mission est simple et claire : trouver Dragon et le supprimer, sans faire de vagues et sans procès. Bangkok style.

Comme toujours (on pense en particulier à son éprouvant recueil WOMEN IN CHAINS), Day ne lésine pas sur le sordide pour secouer le lecteur, pointant du doigt aussi bien la corruption généralisée permettant à la prostitution enfantine de se développer que les particularités culturelles de l’Asie du Sud-Est qui, pendant des siècles, a admis et même encouragé la pédophilie. Le style de Day reste, pour sa part, percutant, fait de courts chapitres écrits de manière brut, voire brutal, comme en témoigne la scène très gore au cours de laquelle Dragon émascule un policier pédophile.

Si le lecteur se range volontiers dans le camp du tueur en série justicier (dont on nous dévoile la jeunesse traumatisante), Day prend une certaine distance avec les actes commis : la responsable d’ONG qui suggère tout d’abord de lui donner une médaille finit par lui déclarer « vous n’êtes pas la solution ». Qu’importe, Dragon poursuivra sa mission d’extermination…

Contrairement à la plupart des romans de Day, les éléments science-fictionnels et d’anticipation sont, eux, relégués à l’arrière-plan (puisque ce qui se passe en Thaïlande n’intéresse pas le monde, plus soucieux des événements qui se déroulent en Europe… mais dont on ne saura rien) tandis que le fantastique se veut discret avec cette métaphore (?) du dragon vengeur qui possède les hommes pour accomplir sa mission. On eut aimé que Day s’attarde davantage sur la relation unissant l’enquêteur à son ladyboy (un sujet rarement abordé en littérature) mais on apprécie la concision dont il fait preuve pour délivrer un court roman qu’il m’a dédicacé en ses mots : « ça va aller vite, ça va cogner fort et nul n’en sortira indemne ». Un parfait résumé de ce DRAGON pas spécialement plaisant (vu le sujet on s’y attendait) qui se lit sans répit jusqu’à sa conclusion légèrement attendue mais implacable. Et si beaucoup de romans délaient inutilement l’action, on se dit que, dans le cas de Day, une cinquantaine de pages supplémentaires n’auraient pas été de refus pour développer davantage la psychologie du personnage principal ou l’arrière-plan politique (fiction) de cette Thaïlande inondée et pluvieuse. Malgré ces légères réserves DRAGON constitue (encore !) une belle réussite de la part d’un des meilleurs auteurs francophones actuels des littératures de l’imaginaire.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #anticipation, #Thriller

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Publié le 20 Avril 2017

CRIME A BLACK DUDLEY  de Margery Allingham

 

Né en 1904, Margery Allingham débute sa carrière littéraire à 19 ans mais accède au succès avec ce CRIME A BLACK DUDLEY publié en 1929, première apparition de son détective favori, Albert Campion, que l’on retrouva dans dix-huit autres romans. Ici, il n’a qu’un rôle secondaire, un peu perdu au milieu des invités rassemblés à Black Dudley pour participer à un rituel familial consistant à se passer une dague dans l’obscurité. Durant ce jeu, le colonel Coombe meurt d’une crise cardiaque apparente. En réalité, il a été poignardé par une bande d’escrocs décidés à garder les invités prisonniers à Black Dudley.

Débutant comme un classique whodunit typique du Golden Age (protagonistes rassemblés dans un lieu clos, malédiction familiale, jeu tournant au drame, etc.), le roman se transforme ensuite en récit de gangsters avec papiers de grande valeur perdu (ou détruits), enlèvements, séquestrations, évasions, etc. On pense à certains John Dickson Carr des débuts ou, plus gênants, à Edgar Wallace tant le tout parait daté dans une veine feuilletonesque, proche du serial, qui multiplie les surprises mais demeure plus fatiguant que divertissant.

Destiné à devenir le héros récurent d’Allingham, Albert Campion n’a ici qu’un rôle secondaire, tandis que le pathologiste travaillant pour Scotland Yard, George Abbershaw, tient le haut de l’affiche. Le roman part donc dans plusieurs directions sans parvenir à passionner, quoique l’écriture alerte, les rebondissements nombreux et quelques touches d’humour parviennent à éviter au lecteur un complet désintérêt.

On trouve heureusement une plaisante ambiance de « country house mystery » avec des invités au passé mystérieux, des passages secrets et même un rituel familial folklorique (cependant moins obscur que celui des Musgraves). Toutefois, CRIME A BLACK DUDLEY se révèle décevant et l’identité de l’assassin (la dernière partie du roman revient à un whodunit plus traditionnel) quelque peu prévisible quoique son mobile soit, lui, plus original.

En dépit de ce quasi faux-départ, Albert Campion s’imposa comme un des grands détectives de l’Age d’Or et Allingham prit sa place aux côtés des trois autres reines du crime : Christie, Marsh et Sayers.

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Rédigé par Hellrick

Publié dans #Whodunit, #Golden Age, #Policier, #Margery Allingham

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