Articles avec #agatha christie tag

Publié le 18 Septembre 2017

MEURTRES EN MAJUSCULES de Sophie Hannah

En 1975, Hercule Poirot quittait la scène après une ultime enquête. Depuis, le détective belge a été revu dans de nombreux épisodes de série télévisée et quelques long-métrages mais, à l’exception de la novelization de la pièce de théâtre BLACK COFFEE publiée en 1999 par Charles Osborne (qui procéda de la même manière pour plusieurs autres œuvres dramatiques de Christie), nous en étions sans nouvelles.

Tout change en 2014. Sophie Hannah, poète et écrivain anglaise (né en 1971) se voit choisie pour poursuivre les aventures de Poirot. Cette première « nouvelle » enquête se déroule en 1929. Poirot, réfugié de la Grande Guerre, y est encore au début de sa carrière de détective quoiqu’il ait déjà résolu plusieurs épineuses affaires. Nous sommes, dans le « canon », entre LE TRAIN BLEU et LA MAISON DU PERIL. Hastings (qui, en réalité, n’apparait que dans huit des romans originaux) en est absent, remplacé ici par le jeune policier Edward Catchpool, lequel sert de narrateur principal à l’intrigue.

Cette dernière débute par la visite d’une jeune femme terrifiée, Jennie, à Hercule Poirot, en vacances à quelques centaines de mètres à peine de son logement londonien. Le récit de Jennie s’avère plutôt incohérent mais il en ressort qu’elle se sent menacée de mort tout en excusant par avance son futur assassin. Poirot aimerait l’aider mais la demoiselle s’enfuit. Bien évidemment, le détective, aidé d’Edward Cathpool, prend l’enquête en main et relie rapidement cette visite impromptue à un étrange triple meurtre ayant eu lieu à l’hotel Bloxham. Les victimes ont été découvertes dans une position similaire, à trois étages différents, et chacune a un bouton de manchette placé dans la bouche. Pour Poirot aucun doute n’est possible, le bouton manquant est destiné à Jennie, future quatrième personne à tomber sous les coups du mystérieux criminel.

Poirot se montre ici toujours aussi fier de ses petites cellules grises. Sûr de lui et suffisant, il tente de guider le jeune Catchpool mais se refuse à répondre à ses questions où à lui servir la solution sur un plateau. Le jeune policier aura donc parfois bien du mal à supporter le petit Belge plutôt avare d’informations.

On retrouve le défaut coutumier d’auteurs comme John Dickson Carr qui n’hésitent pas à interrompre les explications afin de retarder les révélations. Les romans de Christie se montraient cependant plus « coulant » et moins alambiqués en dépit des énigmes développées parfois très complexes. Ici, Sophie Hannah semble ne pas pouvoir se restreindre et son bouquin s’étire sur près de 400 pages. C’est beaucoup, surtout lorsque les explications finales en occupent une large part.

On sent qu’Hannah veut bien faire mais elle rate, en partie, le coche : au lieu d’un plaisant ping pong verbal elle assomme le lecteur sous des bavardages incessants, au lieu d’une intrigue tortueuse explicité en quelques lignes elle propose un récit plutôt convenu (on devine rapidement plusieurs twists narratifs) mais rendu extrêmement tordu par les épuisantes explications de l’interminable climax.

Poirot lui-même ne semble pas au mieux de sa forme, en dépit de sa prétention coutumière certaines de ses déductions apparaissent capilotractées…à sa décharge le plan d’ensemble du criminel semble lui aussi hasardeux, relativement stupide et fort peu crédible.

Bref, dans l’ensemble, MEURTRES EN MAJUSCULE s’avère fort moyen, pour ne pas dire médiocre. Il eut sans doute fallu élaguer une bonne centaine de pages, resserrer l’intrigue, mieux équilibrer le récit (on comprend beaucoup de choses rapidement puis le livre semble faire du sur place jusqu’à la conclusion…ais-je déjà mentionné à quel point elle était interminable ?) et rendre Poirot un poil plus sympathique (la pédanterie caractérise le personnage mais doit-on n’en retenir que ses aspects les plus agaçants ?) pour obtenir un roman divertissant. Sans être un complet ratage, MEURTRES EN MAJUSCULE ne peut donc que décevoir.

Voir les commentaires

Rédigé par hellrick

Publié dans #Policier, #Whodunit, #Golden Age, #Agatha Christie

Repost 0

Publié le 10 Mai 2017

LE MIROIR SE BRISA d'Agatha Christie

Quoiqu’il soit rarement cité parmi les incontournables de Christie, LE MIROIR SE BRISA démontre pourtant toute la science narrative de la romancière.

L’intrigue tourne autour de la célèbre actrice Marina Gregg venue tourner un nouveau film dans le petit village tranquille de St Mary Mead en compagnie de son époux, le réalisateur Jason Rudd. Lors d’une réception donnée dans leur nouvelle maison, Heather Baddock, jeune femme sans histoire, renverse son cocktail. Marina lui tend innocemment le sien mais, dès que Heather l’a bu, elle s’écroule, victime d’une overdose de tranquillisant. L’inspecteur Dermot Craddock de Scotland Yard arrive à St Mary Mead pour enquêter, aidé par Jane Marple. Très vite, tous deux acquièrent la conviction que la victime désignée était en réalité Marina, d’ailleurs cible de lettres anonymes très menaçantes.

Inspirée par la vie de l’actrice Gene Tierney, ce « country mystery » fonctionne comme une sorte de séquelle à UN CADAVRE DANS LA BIBLIOTHEQUE (datant de 1942) auquel il est fréquemment fait référence. Publié vingt ans plus tard (en 1962), LE MIROIR SE BRISA se montre nostalgique et analyse les changements connus dans un petit village anglais typique où, à présent, les gens ont arrêté de cultiver leur potager et préfèrent acheter leurs légumes au supermarché. Le village s’est étendu, un nouveau quartier résidentiel a été construit (le Quartier Neuf) pour la génération de l’après-Guerre et, horreur ! malheur !, certains hommes portent les cheveux longs.

Pour sa huitième enquête, Miss Marple apparait très âgée (on la décrit, de manière exagérée, comme « presque centenaire ») aussi effectue t’elle l’essentiel de l’enquête par les yeux d’autres personnages qui lui servent de témoins. Peu à peu, elle résout le mystère. La maitrise de Christie apparait d’ailleurs dans ces dernières pages : alors que certains de ses collègues s’étendent sur des dizaines de pages pour expliquer le « comment » et le « pourquoi », la romancière n’a besoin que d’une vingtaine de lignes pour démêler l’intrigue : un changement de perspective, un renversement de point de vue et, en prenant les faits par « le bon bout de la raison », tout semble limpide.

Une belle réussite qui résiste très bien à la relecture.

Voir les commentaires

Rédigé par hellrick

Publié dans #Policier, #Whodunit, #Golden Age, #Agatha Christie, #Miss Marple

Repost 0