anticipation

Publié le 9 Mai 2022

VERS UN AILLEURS MEILLEUR de Johan Heliot

La SF ayant abandonné l’utopie depuis le début du XXIème siècle, voici une nouvelle dystopie destinée aux ados. A la suite d’une catastrophe et d’un effondrement généralisé (pandémie, réchauffement climatique et autres), la France est coupée en deux. Le Nord est soumis à une dictature “à la chinoise” avec points de crédits social et reconditionnement des récalcitrants. Le Sud est considéré comme une zone libre plus avantageuse. Mais il faut encore y parvenir. Après avoir perdu tout son crédit, Maya n’a d’autre choix que de fuir avec son petit frère autiste. En chemin le duo se voit aidé par un autre migrant, Arno. Ils auront bien besoin de ce coup de main pour traverser la zone désertique qui sépare le Nord du Sud.

Johan Heliot est productif. Très productif même. Une centaine de bouquins à son actif dont quelques déjà classiques comme la trilogie de LA LUNE SEULE LE SAIT. FAERIE HACKERS, DRAGONLAND, LE TEMPESTAIRE, le référentiel LA GUERRE DES MONDES N’AURA PAS LIEU…Autant d’œuvres plaisantes et souvent originales. VERS UN AILLEURS MEILLEUR parait, hélas, beaucoup plus conventionnel. La principale originalité réside dans la narration en alternance mais le cadre est, lui, très classique. Une sorte de Mad Max pour jeunes adultes qui se résume en gros à une fuite en avant vers le monde meilleur espéré par les protagonistes. Un contexte pas vraiment développé qui permet surtout à l’auteur d’asséner quelques réflexions sur l’état actuel du monde. Reste que le roman peine à vraiment passionner, on a connu Heliot beaucoup plus inspiré et on eut aimé davantage d’innovations ou de surprise.

Ensuite, même si ce n’est pas véritablement un défaut imputable au roman, lire encore une dystopie post-Effondrement à base de réchauffement climatique, de famine et de pandémie n’est pas le plus distrayant par les temps qui courent. Bien sûr, la science-fiction a, de tout temps, développé une volonté d’avertissement dans le but de sensibiliser le lecteur aux problématiques à venir (et même déjà présentes) mais le manque total d’espoir des écrivains de SF actuels n’incite guère à l’optimisme. Ils sont dans doute plus réalistes et lucides (ou mieux informés) que la majorité mais le résultat est là: pour le divertissement le lecteur repassera.

Bref qui aime bien châtie bien, VERS UN AVENIR MEILLEUR est un roman correct mais loin des plus belles réussites de l’auteur…que je remercie néanmoins pour l’envoi du livre.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Jeunesse, #Johan Heliot, #Post Apocalypse, #anticipation, #science-fiction

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Publié le 24 Août 2021

LE CADAVRE DU JEUNE HOMME DANS LES FLEURS ROUGES de Jêrome Leroy

Né à Rouen en 1964, Jêrome Leroy publie depuis la fin du XXème siècle. Un coup d’œil à sa bibliographie révèle, dès les titres, qu’il se spécialise dans le post-apo et la littérature apocalyptique reprenant les thèses de la collapsologie : UNE SI DOUCE APOCALYPSE, UN PEU TARD DANS LA SAISON, LE GRAND EFFONDREMENT, BIG SISTER, etc. Il se réfère à Dick, Orwell et Ballard et cette novella condense, en 112 pages, toutes les anticipations d’une dystopie du monde d’après l’effondrement.

L’intrigue, quelque peu prétexte, suit un universitaire parisien, spécialisé dans l’étude du roman noir du XXème siècle, décidé à retourner à Rouen pour une réunion « d’anciens ». En chemin il se remémore son grand amour de jeunesse et constate la dégradation de la société.

Car nous sommes dans un futur proche, sans doute au mitan du XXIème siècle, et les nations se sont effondrées, rassemblées en méga-Etats: tout est privatisé, sponsorisé (Université Tolbiac Toyota),…Le dérèglement climatique est complet : plus moyen de se baigner, plus de neiges en montagne, des températures de 45° en Ile de France. Costume protecteur et masques de rigueur : plus de couche d’ozone, épidémies à foison, pollution, etc. La société a été divisée une vingtaine d’années auparavant lors de la Séparation : d’un côté les nantis, les Inclus, de l’autre les exclus, les Outer, autrement dit les banlieusards. La guerilla, proche de la guerre civile, est perpétuelle. Heureusement, pour tenir le coup, les Inclus disposent de nombreuses drogues et médicaments légalisés, ce qui compense la montée du puritanisme, l’interdiction de l’alcool et le recours quasi exclusif au sexe virtuel plutôt que réel.

Si les thèmes ne sont pas nouveau dans la SF « annonciatrice du pire », LE CADAVRE DU JEUNE HOMME DANS LES FLEURS ROUGES reste une lecture prenante, rythmée par des flashs d’information catastrophistes, qui se termine de manière complètement désespérée et nihiliste. On évitera donc de lire cette novella les jours de déprime mais on la conseillera pour tous les autres jours, après avoir planqué les cordes, les lames de rasoirs et les tubes de somnifère.

Comme aurait pu le dire son héros fan de Ellroy et compagnie, noir c’est noir !

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Roman court (novella), #anticipation, #science-fiction

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Publié le 23 Août 2021

LE COMBATTANT DE L'AUTOROUTE (UN LIVRE DONT VOUS ÊTES LE HEROS) de Ian Livingstone

Ce « défi fantastique » s’éloigne du cadre fantasy prisé de nombreux « Livre dont vous êtes le héros » pour proposer un environnement post-apo totalement pompé sur « Mad Max II ». En 2022 (demain quoi), une pandémie décime 85% de la population mondiale. Les survivants se répartissent rapidement en enclaves désireux de rebâtir un semblant de civilisation et en hordes barbares sans foi ni loi. Au volant de son Interceptor (!), le lecteur / joueur doit rejoindre une raffinerie pour ramener une précieuse citerne d’essence. Et c’est parti pour une longue traversée du désert sur des routes infestées de tarés en tout genre.

Le système de jeu est classique, c’est celui des « défis fantastiques », il est donc simple et bien rodé, ce qui évite d’interminables jets de dés. De plus, l’Interceptor dispose de nombreuses armes et, avec des stats correctes, il est possible de réussir l’épreuve en 3 ou 4 tentatives. Une petite carte des paragraphes étant, comme toujours, le meilleur moyen de progresser. Sans cela, le risque de s’égarer dans le désert est grand.

Les adversaires ne sont d’ailleurs pas particulièrement difficiles et comme l’Interceptor est équipée de quatre roquettes il ne faut pas hésiter à les utiliser. Sur l’aventure le lecteur / joueur devra réaliser une demi-douzaine de combats motorisés, deux ou trois affrontements à mains nues et quelques duels au pistolet. Ce qui donne un bon équilibre. Bref, si le véhicule adverse parait costaud, une roquette résout le problème et les vrais combats seront réservés aux adversaires moins puissants.

Un solide blindage est toutefois nécessaire, les possibilités de réparer son véhicule étant réduites. Le « boss final » (L’Animal) est prenable, même sans posséder de poing américain (qui donne un bonus de dégât appréciable mais encore faut-il le trouver).

Pour arriver à destination, le lecteur devra cependant se ravitailler en essence à trois reprises : trouver un bidon, un garage ou disposer d’un tuyau en plastique pour siphonner une épave sera donc indispensable. Sans cela la panne sèche est assurée et la mission se termine prématurément.

Par contre le bouquin ne demande pas de disposer d’objets précis pour être terminé, ce qui évacue une bonne dose de frustration ressentie avec de nombreux « livre jeu ». Au cours de son périple, il est également possible de sauver le président (façon « New York 1997 » le cynisme en moins) mais si le lecteur n’y parvient pas il n’encourt pas de pénalité.

Quelques pièges et explosions peuvent mettre un terme à l’aventure de façon brutale mais avec un peu de logique (savoir à qui faire – ou non – confiance), tout devrait se dérouler sans trop de difficulté.

L’essence permettra de conclure le récit : sans en posséder suffisamment, c’est fichu. Veiller donc à se réapprovisionner avant une trop longue route.

L’ambiance est bien retranscrite, les erreurs de traduction peu nombreuses et le roman se déguste comme une bonne série B d’action, offrant quelques heures de distraction sans qu’il soit nécessaire de reparcourir inlassablement le même parcours pour trouver la solution. Une bonne pioche pour ce « défi fantastique » original et fort agréable.

LE COMBATTANT DE L'AUTOROUTE (UN LIVRE DONT VOUS ÊTES LE HEROS) de Ian Livingstone

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Publié le 11 Avril 2021

LES ETOILES MEURENT AUSSI de Christophe Lambert

La collection « Quark Noir », lancée par Flammarion, ne dura qu’un an, entre février 1999 et février 2000. Huit romans furent publiés, écrits par des valeurs sures de la science-fiction ou des étoiles montantes de l’imaginaire francophone : Andrevon, Bordage, Canal, Ayerdhal, Riou, Wintrebert,… Et Christophe Lambert qui s’empare du héros astrophysicien Mark Sidzik. Le projet de la série, assez proche du Poulpe dans sa démarche, consistait à laisser le personnage aux mains d’une série d’auteurs qui devaient imaginer des intrigues dans lesquelles « la science kidnappe le polar ». Nous sommes donc dans un techno-thriller teinté de science-fiction, ou du moins d’anticipation, et saupoudré d’influences cyberpunk et hard-science (mais très abordable !). Groupes industriels tout puissants, lobbies divers, recherche d’une énergie propre (la fusion nucléaire), manipulations diverses,…Sidzil œuvre pour le World Ethics and Research afin que la science garde sa « propreté », à l’abris des bidouillages financiers, politiques, etc. Bref une question toujours (et même davantage !) d’actualité vingt ans après la publication de ce roman, surtout que la découverte d’une potentielle énergie « miraculeuse » comme la fusion nécessite des investissements colossaux. De plus, les répercussions seraient incroyables, en particuliers (mais pas seulement) auprès des producteurs d’autres formes d’énergie. On le voit, les questions posées dépassent largement la naïveté des techno thrillers d’antan (modelés sur James Bond) dans lesquels un savant fou souhaite devenir maitre du monde grâce à une invention révolutionnaire.  

Avec une progression maitrisée, l’auteur plonge son héros au cœur du problème jusqu’à ce qu’il soit pratiquement dépassé par les enjeux de cette course vers la fusion. La documentation nécessaire à l’intrigue est solide, avec quelques pages en postface explicatives, donnant une plus-value pédagogique (au sens large et non péjoratif) au récit qui mêle donc polar, espionnage et anticipation. Quelques notes peuvent amuser : la campagne présidentielle de Cohn-Bendit, sachant que l’affaire est de toutes façons pliées entre Jospin et Chirac (hum !). Il existe également une association mystérieuse surnommée les Watchmen dont les noms des intervenants sont empruntés à la célèbre BD d’Alan Moore. Notons également une visite aux bureaux de SF Mag, lequel était, à cette époque, géré par Flammarion. Mais ça n’allait pas durer. Pas de chance pour les pigistes qui y ont travaillés bénévolement (dont moi-même), nous n’avons jamais connu de bureaux dans la Tour Montparnasse.

En résumé, LES ETOILES MEURENT AUSSI se lit avec plaisir: un bouquin bien mené qui ressuscite avec bonheur certaines conventions du roman populaire d’antan (encore une fois ce n’est pas une critique, bien au contraire il s’agit d’un compliment) mais en leur conférant un rythme plus moderne, plus haletant et cadencé par les cliffhangers et autres twists, aujourd’hui indispensable à garder l’intérêt du public. Les aspects anticipatifs et scientifiques, de leur côté, émaillent l’histoire sans l’alourdir, apportant les informations nécessaires sans noyer le lecteur dans les détails superflus. Bref, du divertissement intelligent tout à fait réussi !

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Publié le 19 Février 2021

LES ENFANTS DU DIABLE de Don A. Seabury et Terence Corman

Troisième tome de la saga initiée par l’éditeur Media 1000 dans sa collection Apocalypse avec, derrière le pseudo collectif de Don A. Seabury et Terence Corman une poignée d’auteurs bien connus de l’imaginaire francophone : Michel Pagel, Michel Honaker et Richard D. Nolane en guise de réviseur pour ce troisième tome (et auteur complet du premier).

Sorti en septembre 1987, LES ENFANTS DU DIABLE se conforme à ce qu’on attend de cette collection populaire qui s’inspire à la fois des romans post-apocalyptiques pulp (comme la collection du SURVIVANT chez Gérard De Villiers) et du gore alors vendeur via la série dédiée chez Gore. L’intrigue n’innove pas vraiment et se contente de reprendre les aventures de Russ Norton, aventurier baroudeur n’ayant plus rien à perdre mais accomplissant des missions suicides dans le but de sauver son fils dont la maladie nécessite des soins couteux. Car l’humanité s’est effondrée, l’apocalypse a eu lieu et les régions dévastées sont, à présent, hantées par des sortes de mutants. Dans ce monde à la « Mad Max » la seule règle est la survie du plus apte et surtout du plus fort. Russ Norton, héros pur et dur qui rappelle un peu le Snake de « New York 1997 » se charge donc de rétablir un minimum de justice en affrontant sans relâche le terrible Terminateur.

Une pincée d’érotisme, beaucoup de violences sanglantes, quelques descriptions peu ragoutantes (arrachage de zigounette à coups de dents), un climat digne des meilleurs (ou des pires) films post-nuke italiens, entre « Les Nouveaux Barbares » et « Les Exterminateurs de l’an 3000 », LES ENFANTS DU DIABLE n’a pas de prétentions littéraires mais cherche simplement à divertir son lecteur pendant 2 ou 3 heures. Pari gagné pour ce bouquin plaisant et rondement mené.

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Publié le 3 Décembre 2020

L'ENFANCE ATTRIBUEE de David Marusek

Ce court roman d’anticipation s’inscrit dans la catégorie de la dystopie teintée d’éléments technologiques disons cyberpunk (pour poser une étiquette simple). Nous sommes à la fin du XXIème siècle. L’humanité, ou du moins une certaine élite, vit très longtemps. Ce n’est pas l’immortalité mais ça y ressemble. Bain regénérant, nanotechnologie nettoyante,…Du coup la surpopulation menace et la procréation est interdite, seuls quelques privilégiés obtiennent le droit d’avoir un enfant ou plutôt un « châssis », autrement dit une sorte de petit être bidouillé dont ils choisissent le sexe, les caractéristiques, etc. Sam et Eleanor y ont droit, ce qui bouleverse grandement leur existence. Sam est une sorte d’artiste / programmeur n’ayant plus réalisé grand-chose depuis longtemps, Eleanor est une célébrité du futur, une demi mondaine aurait on dit jadis qui n’est célèbre que…parce qu’elle est célèbre. Une influence de l’avenir dont l’existence s’expose en permanence sur les réseaux sociaux et qui passe son temps à faire la fête par avatar ou hologramme interposé. Pour gérer cette vie trépidante les individus disposent également de conseillers virtuels, des programmes qui leur servent à la fois de mémoire et d’agenda, sans oublier de constituer des systèmes de défenses contre les cyber attaques et les gadgets déglingués. Heureusement tout le monde est surveillé en permanence et les défaillances systèmes sont – normalement – court-circuitées avant le grillage de neurones.

Publié par le magasine Asimov aux USA en 1995 puis par Le Belial en 1999 avant d’être repris par le même éditeur dans sa collection « Une Heure Lumière » en 2019, cette novela se révèle une lecture intéressante. Si le début peut déstabiliser, la suite se montre rapidement bien menée, l’auteur utilisant le prétexte d’une histoire d’amour entre deux individus dissemblables pour brosser le tableau d’un futur crédible et réussi, probablement encore plus plausible aujourd’hui que voici 25 ans. Bref, l’auteur se montre visionnaire et percutant, rappelant parfois Philip K. Dick dans sa manière d’imaginer un univers en apparence enviable mais qui montre rapidement ses monstruosités et dans sa description d’un individu dont la vie bien réglée s’écroule pour plonger dans un véritable cauchemar éveillé.

Une bonne pioche dans cette collection hautement recommandable !

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Cyberpunk, #Roman court (novella), #anticipation, #science-fiction

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Publié le 3 Août 2020

LE SULTAN DES NUAGES de Geoffrey A. Landis

Finaliste du Prix Nebula et lauréat du Sturgeon dans la catégorie « roman court », LE SULTAN DES NUAGES s’intéresse, en une centaine de pages, à la colonisation de la réputée infernale et invivable Vénus. Pour s’y établir les Hommes se sont installés dans des villes flottantes sous la domination de  Carlos Fernando Delacroix Ortega de la Jolla y Nordwald-Gruenbaum, jeune homme (environ 12 ans en années terrestre) décidé à trouver une compagne (via le rituel de l’œuf, du livre et de la pierre qui l’autorise à courtiser) et à accélérer la « terraformation » de la planète.

Ecrivain rare et peu publié chez nous, Geoffrey A. Landis a pourtant obtenu pas mal de prix pour ses nouvelles (Asimov, Hugo, Nebula, Locus, Analog,…). Son œuvre traduite se résume a peu de chose mais on trouve deux de ses récits dans les vénérables anthologies « Asimov présente » publiées début des années ’90 chez Pocket. Le texte proposé ici rappelle d’ailleurs les textes de l’âge d’or de la science-fiction, lorsque Clarke imaginait des univers complexe ou qu’Asimov pensait les habitations futures des hommes réfugiés dans LES CAVERNES D’ACIER. Un parfum quelque peu rétro plane donc sur ce court roman.

En effet, LE SULTAN DES NUAGES constitue une plaisante novella qui fonctionne davantage sur les idées que sur les péripéties ou sur l’action : l’auteur prend le temps de nous décrire les curieuses villes volantes vénusiennes et s’attarde longuement sur la pratique du mariage, divisé en « haut mariage » et « bas mariage ». En résumé, un jeune homme épouse une femme plus âgée qui va « l’initier » puis, une fois vieux, il prendra à son tour une jeune épouse pour perpétuer les traditions à la manière d’une « tresse ». L’intrigue mélange donc un côté « hard science » dans ses idées (sans que l’on soit englouti de considérations techniques), quelques touches cyberpunk (pour la prise de pouvoir des mégacorporations et les détails scientifiques), d’anticipation philosophique (au sens large puisque le héros se voit confronté à des modes de vie étrangers et, comme l’aurait dit Farmer, à des « rapports étranges » entre les sexes) et de « sense of wonder » (par cet environnement complètement hostile et pourtant fascinant). Cependant, le tout reste léger : on sent que la ligne narrative constitue un simple prétexte à approcher un environnement et des modes de vie profondément différents. On peut d’ailleurs s’étonner de la réaction du héros qui, confronté aux « mariages tressés » a une réaction bien peu scientifique en les assimilant immédiatement à de la perversion sexuelle, pour ne pas dire à de la pédophilie institutionnalisée. Il est d’ailleurs surprenant qu’il n’ait pas une connaissance, même sommaire, de cette coutume avant de se rendre sur Venus. Passons sur cette facilité narrative qui permet au lecteur de la découvrir en même temps que le principal protagoniste.

Solide et agréable, LE SULTAN DES NUAGES rappelle quelque peu (aussi étonnant que cela puisse paraitre) le dessinateur François Schuiten : l’intrigue proprement dite reste anecdotique et sert simplement de fil conducteur à une exploration très précise des particularités architecturales (et dans une moindre mesure sociétales) d’un univers étonnant. Le grand plan de l’antagoniste se montre d’ailleurs quelque peu survolé et la conclusion, expédiée en deux pages, démontre si besoin que l’important était ailleurs.

Malgré ces bémols, LE SULTAN DES NUAGES demeure une novella agréable et globalement réussie qui permet de passer une ou deux heures d’évasion pour un divertissement intelligent et dans l’ensemble convaincant. Un bon moment si on accepte de fermer les yeux sur les quelques défauts du récit.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Hard Science, #Roman court (novella), #anticipation, #science-fiction

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Publié le 26 Juillet 2020

R.R.RETROSPECTIVE de George R.R. Martin

Le succès littéraire (avant télévisé) du TRONE DE FER a permis la sortie de ce superbe recueil, évidemment incomplet mais largement suffisant pour contenter les plus exigeants. Publié en 2003 aux USA il ne fut traduit que fin 2017 en France, sans doute pour profiter de la popularité acquise par Martin. En tout cas, l’attente en valait la peine. Plus de 1500 pages pour résumer la première partie de carrière de George R.R. Martin, du tout début des années ’70 à l’aube du XXIème siècle. Trois décennies bien remplies puisque l’auteur commença dans les scénarios de comics amateur, récolta un paquet de récompenses en science-fiction, se tourna vers l’horreur lors du grand « boom » des années ’80, se laissa tenter par Hollywood (« La quatrième dimension », « La belle et la bête » et même une série avortée, « Doorways », dont n’existe que le pilote) et trouva finalement la richesse et la gloire dans la Fantasy.

Les textes, judicieusement présentés, sont entrecoupés de larges passages biographiques qui, rassemblés, forment une bonne centaine de pages aussi passionnantes qu’éclairantes sur la manière de Martin de concevoir ses récits.

Ce voyage débute donc à la fin des 60’s avec un texte « amateur » et anecdotique rédigé par un Martin âgé de 17 ans sous influence des comics, « Y a que les gosses qui ont peur du noir » (également disponible dans le recueil LA FLEUR DE VERRE, tout comme « Cette bonne vieille mélodie », « Fleur de verre » et « Le régime du singe », vainqueur du Locus) et on poursuit avec « La forteresse » et « « Et la mort est son héritage » (issus de AU FIL DU TEMPS, tout comme « Assiégés » et « Variante douteuse »).

Nous entrons ensuite dans le vif du sujet, alors que Martin devient un auteur confirmé et professionnel, ce qu’il explique dans l’ironique article « le sale pro ». Cinq textes sont tirés du formidable recueil UNE CHANSON POUR LYA (« Le héros », « La sortie de San Breta », « Il y a solitude et solitude », « Au matin tombe la brume » et, bien sûr, une premier chef d’œuvre, le court roman « Une chanson pour Lya » vainqueur du Hugo).

« La clarté des étoiles lointaines » était jusqu’ici inédit en français et le recueil suivant de l’auteur, DES ASTRES ET DES OMBRES, publié en France en 1983, se voit représenté par « Tour de cendres », « sept fois, sept fois l’homme, jamais » et « Un luth constellé de mélancolie »

Autre gros morceau, LES ROIS DES SABLES, représenté par « Aprevères », l’exceptionnel « Par la croix et le dragon » (récompensé par le Hugo et le Locus) et le fameux « Les rois des sables », lauréat du triplet magique (Hugo, Nebula, Locus) dans la catégorie des nouvelles longues et adapté pour le reboot de la série télévisée « Au-delà du réel ».

Le recueil DRAGON DE GLACE, pour sa part, à droit à la totale puisque ses quatre nouvelles sont reprises ici : le conte / fantasy « Dragon de glace », « Dans les contrées perdues », « L’homme en forme de poire » (lauréat du Bram Stocker Award) et l’angoissant « Portrait de famille »

« Retour aux sources » n’est pas un inédit mais il fallait chercher pour le trouver : soit dans l’anthologie ORBIT parue dans la collection « le livre d’or de la SF » soit dans le N° de Bifrost consacré à Martin. Sa republication constitue donc une aubaine pour les fans.

« Le Volcryn », court roman de science-fiction horrifique déjà disponible à l’unité et adapté en série télévisée, se voit ici republié à nouveau et reste toujours prenant et efficace. L’inédit « Une bête pour Norne » s’enchaine avec « Les gardiens », gagnant du Locus et jadis publié dans l’anthologie UNIVERS 83 (ça ne nous rajeunit pas !)

R.R.RETROSPECTIVE propose ensuite les scénarios d’un épisode de « La quatrième dimension » (« j’étais au Canada ») et celui de la série avortée « Doorways ». Le premier est plaisant en dépit de son classicisme, le second s’avère plus intéressant et aurait mérité davantage de développement (sous forme d’un roman par exemple mais Martin est tellement occupé avec son trône de fer…). On y retrouve une ambiance proche de « Sliders » avec son héros emporté dans un monde parallèle uchronique.

« Partir à point » et « Le journal de Xavier Desmond » sont tiré de l’univers partagé WILD CARDS établi par Martin à la fin des années ’80, une uchronie super héroïque dans laquelle une infime portion de la population s’est trouvée dotée de superpouvoirs (les As), certain au prix d’horribles mutations (les Jokers). On entre finalement facilement dans ce vaste univers des plus réussis que l’on a envie d’explorer de manière plus approfondie.

Cette rétrospective se poursuit avec « Skin trade », un court roman horrifique (récompensé par le World Fantasy en 1989 mais qui ne connut une première publication française qu’en 2012) et un autre roman court, « Le chevalier errant » jadis publié dans l’anthologie LEGENDES de Silverberg (à l’époque Martin n’était même pas mentionné sur la couverture qui préférait miser sur Stephen King, Anne McCaffrey, Terry Goodkind, Raymond Feyst et Robert Jordan). « Le chevalier errant » fut, par la suite, réédité en compagnie de « L’épée lige » (non repris ici) dans un volume assez roublard sous-titré « Préludes au Trône de fer »

De par sa taille (1500 pages), son ambition (résumer 30 ans de carrière), sa variété (fantastique, fantasy, horreur, science-fiction), son alternance de texte allant de la brève nouvelle au roman court en passant par le scénario, ses illustrations évocatrices et ses pages biographiques passionnantes, R.R.RETROSPECTIVE constitue un recueil absolument indispensable et pratiquement sans équivalent. Au total, une trentaine de nouvelles, trois romans courts et deux scénarios de série télévisées, sans oublier une bibliographie très complète et de très nombreuses notes biographiques composent cette exceptionnelle rétrospective. On souhaite donc que d’autres éditeurs publient de similaires pavés rétrospectifs sur d’autres écrivains. En tout cas, pour 30 euros, voici une belle affaire et un incontournable pour tous les amateurs de littérature de l’imaginaire.

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Publié le 25 Juin 2020

LES YEUX DES TENEBRES de Dean Koontz

Remis sous les feux de l’actualité, le roman, écrit en 1981, donnait à Koontz des allures de visionnaire car il traitait d’un virus échappé d’un laboratoire de Wuhan, offrant aux complotistes quelques nouvelles théories à reprendre, notamment l’origine artificielle du virus imaginé ici comme une arme bactériologique. C’est oublié un peu vite que, dans la version originale, le super virus a été créé en Russie, la Chine n’étant devenue l’ennemi que dans la version remaniée par Koontz et vendue depuis 2008. Pas grave, cela permet de lire (ou relire) cet honnête thriller qui manque cependant un peu de réelle tension pour maintenir l’intérêt.

La première partie, la plus intéressante, reste également la plus mystérieuse avec cette mère, Tina, qui ne parvient pas à admettre la mort accidentelle de son petit garçon, Danny, et commence à assister à d’étranges manifestations paranormales. Lorsque le message « pas mort » apparait sur le tableau noir de Danny notre héroïne est persuadée qu’on lui a caché la vérité : elle se met en tête d’exhumer le corps de Danny et, à partir de ce moment, devient la cible à abattre d’une organisation gouvernementale secrète. Evidemment, comme dans beaucoup de romans de ce style écrit par Koontz, notre jeune femme, qui se remet difficilement d’une rupture difficile avec un mec pas sympa, rencontre un brave type avec qui elle entame directement une grande histoire d’amour. En plus c’est un ancien des services secrets, un bonus appréciable lorsqu’on est traqué par le gouvernement.

On retrouve dans LES YEUX DES TENEBRES la recette classique du Koontz des débuts, avec ce mélange de thriller, de polar, de science-fiction et de fantastique agrémenté d’un soupçon d’horreur et d’une cuillère d’érotisme sans oublier quelques scènes d’action pour dynamiser le récit. Tout est donc calibré, sans grande surprise, les coïncidences et les passages peu vraisemblables se multiplient pour orienter l’histoire dans la bonne direction et les pouvoirs paranormaux de Danny aident bien évidemment sa maman à résoudre l’énigme, ce qui s’apparente parfois à une sacré facilité « scénaristique ».

Pour le côté virus / conspiration / prophétie annoncé il faut attendre les derniers chapitres qui révèlent donc la vérité sur l’origine des pouvoirs de Danny.

Dans l’ensemble, LES YEUX DES TENEBRES s’avère un honnête Koontz, plutôt plaisant en dépit de personnages souvent très clichés, et qui fonctionne agréablement, notamment par sa pagination restreinte et son art déjà affirmé du page-turning : chapitres courts, cliffhangers et rebondissements permettent de terminer rapidement un roman un peu inconsistant mais satisfaisant.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Fantastique, #Horreur, #Thriller, #anticipation, #Dean Koontz

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Publié le 6 Juin 2020

ISSA ELOHIM de Laurent Kloetzer

Dans un futur très proche, quasiment demain (voire aujourd’hui soir), la situation ne s’est guère améliorée, entre dérèglements climatiques, guerres de religion, terrorisme et réfugiés. Mais, depuis quelques temps, apparaissent des êtres étranges, les Elohim. Qui sont-ils ? Des anges ? Des extraterrestres ? Des mystificateurs ? Valentine Zeigler, journaliste suisse, apprend qu’un de ces êtres, Issa, est apparu en Tunisie, dans un camp de réfugiés géré par Frontex. Espérant une bonne histoire, Valentine part à la rencontre d’Issa et de ses amis.

Laurent Kloetzer élabore ici un court roman où l’aspect politique n’élimine pas le côté merveilleux du récit et qui évite le manichéisme en confrontant les points de vue d’une journaliste de gauche et d’un politicien de droite. Nous suivons donc les aventures d’Issa (autre nom de Jésus), être magique (ou prétendu tel car l’auteur ne règle pas véritablement la question…et c’est tant mieux !) pour ne pas dire Christique puisqu’il effectue un périple semé d’embûches en compagnie de ses amis / disciples / apôtres. Issa est-il réellement un Elohim (à supposer que ces derniers existent réellement), la question reste donc posée : de nombreux affabulateurs ont, en effet, tentés de se faire passer comme tels pour échapper à leur quotidien. Ici, avec ses amis, il émigre dans la très protectrice Suisse, et accomplit certes quelques miracles mais ceux-ci auraient été possibles à mettre en scène par un habile prestidigitateur.

Avec cette novella nuancée et bien écrite, qui se lit avec plaisir en deux petites heures (lumière !), Kloetzer offre un regard pertinent et sans parti-pris sur les problèmes actuels, notamment le retour du religieux et le besoin de croire. Au final, et c’est tout à son honneur, l’auteur ne tranche pas : entre le politicien et la journaliste qui est le (la) plus honnête ?, entre l’hypothèse surnaturelle et la mystification quelle est la plus plausible ? Au lecteur de réaliser sa propre opinion dans un texte réussi qui, en peu de pages, en dit beaucoup plus (et mieux !) que d’indigestes pavés. Recommandé.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Roman court (novella), #anticipation, #science-fiction

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