novella (roman court)

Publié le 5 Janvier 2023

LEGION de Brandon Sanderson

Spécialiste des romans très (mais alors très) longs, Sanderson propose parfois des novellas comme ce LEGION qui se centre sur Stephen Ledds. Un personnage profondément atypique et dérangé qui vit entouré d’une troupe d’hallucinations générées par ses personnalités multiples. Ces « avatars » sont dotés, comme Ledds, de capacités incroyables qui amène ce / ces héros (« nous sommes plusieurs ») à enquêter sur une invention révolutionnaire capable de photographier le passé. Dès lors, Ledds voisine avec ces différents « aspects » de lui-même, passant du calme savant au déjanté adepte du flingue. Chaque hallucination lui apporte son aide, ce qui lui sera bien utile au cours d'un récit mené tambour battant.


L’intrigue, elle, fonctionne comme un techno-thriller en vogue avec son invention mystérieuse, ses questionnements philosophico-historico—religieux (que faire de cette découverte permettant de prouver l’exactitude, ou non, des faits historiques?), ses méchants terroristes, son énigme à l’américaine (Jésus qui es-tu ?) et son rythme enlevé. Mais là où Dan Brown, Clive Cussler ou Steve Berry se répandent souvent sur 500 pages bien tassées, Sanderson se contente de 100 pages pour emballer son récit. Une contrainte à la fois agréable (le court roman se lit en moins de deux heures) et frustrante car l'idée de départ aurait permis davantage de développements. Même si l'auteur reviendra ultérieurement à son protagoniste "multiple", on en ressort un peu frustré.


Victime de sa concision, LEGION n'en reste pas moins une lecture divertissante, dans l’esprit d’un pilote de série télé rondement menée, entre polar, aventure, énigme et science-fiction. Une agréable récréation à déguster d'une traite.
 

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Novella (roman court), #Polar, #Thriller, #science-fiction

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Publié le 2 Janvier 2023

LA SURVIE DE MOLLY SOUTHBOURNE de Tade Thompson

Après l’excellente novella LES MEURTRES DE MOLLY SOUTHBOURNE, Tade Thompson en propose une suite. Exercice délicat mais celle-ci réussit l’exploit d’en prolonger habilement l’univers sans sombrer dans la simple redite.

L’étrange Molly Southbourne créait des clones agressifs d’elles-mêmes à partir de son sang, l’obligeant à prendre d’infinies précautions pour ne pas se laisser déborder par ses versions maléfiques qui cherchaient à la supprimer. Molly devait, par conséquent, lutter régulièrement contre les « molly », ses doubles aux intentions floues. Le premier opus aboutissait ainsi à une œuvre fascinante et déstabilisante, oscillant entre science-fiction et body horror bien sanglante. Le genre de roman (court) qu’aurait aimé adapter avec bonheur le David Cronenberg de « Videodrome » ou le Brian Yuzna de « Society ».

Dans ce second volet, la Molly originelle est morte, laissant à un de ses doppelgängers, bref à une de ses « molly » le soin de poursuivre son existence. La nouvelle Molly est en outre débarrassée de cette malédiction saignante puisque les doubles sont stériles et ne produisent pas de nouvelles déclinaisons. Toutefois, son existence n’est pas simple. La « molly » devenue « Molly » perçoit toujours les souvenirs de son original et, dans le même temps, rencontre une autre femme, Tamara, également affligée de la malédiction du sang. Mais les doubles de Tamara ne veulent nullement la tuer, dès lors quels sont les rapports de Tamara avec ses propres créations, avec ses "tamaras?".

Cette deuxième livraison reste dans la lignée de la précédente, l'effet de surprise en moins évidemment. Ce qui ne veut pas dire que Tade Thompson ne peut pas nous surprendre avec ce personnage troublé.

Le fantastique teinté de psychologie (et même de problèmes psychiatriques) de l'écrivain reste efficace et s'apparente à une métaphore avec cette héroïne qui tente de dépasser sa condition, d'échapper au traumatisme antérieur et d'enfin atteindre une certaine plénitude. Bref, notre Molly se reconstruit après un événement dramatique dans un processus de deuil abordé ici de manière allégorique.

Si le premier volet tenait surtout de l'horreur intimiste, cette suite développe une ampleur supplémentaire et s'apparente à un thriller mêlant science-fiction et action, le tout dans une ambiance très particulière illustrée par un vocabulaire soutenu et un emploi des termes médicaux précis (l'auteur étant psychiatre).

Une suite différente mais tout aussi réussie, à lire impérativement.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #science-fiction, #Horreur, #Novella (roman court)

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Publié le 23 Octobre 2022

HOUSTON, HOUSTON, ME RECEVEZ-VOUS? de James Tiptree Jr

Cette célèbre novella (qui valut le Hugo et le Nebula à James Tiptree Jr) s’intéresse à trois astronautes mâles de retour vers la Terre. Alors qu’ils essaient de contacter Houston, nos voyageurs de l’espace entrent en communication avec quelques femmes et se rendent compte qu’ils ont effectué un bond dans le temps. Les voici projeté quelques trois cents ans dans l’avenir. Avec l’aide des femmes, nos astronautes entreprennent de modifier leur trajectoire pour se diriger, en toute sécurité, vers le plancher des vaches. Mais, rapidement, ils se rendent compte qu’on leur cache quelque chose…

James Tiptree Jr dissimule en réalité Alice Sheldon, témoignage d’une époque où la science-fiction comptait peu d’auteurs féminines. Tiptree / Sheldon se distingua surtout par de nombreuses nouvelles (« Comme des mouches » obtient par exemple le Hugo dans cette catégorie) et quelques novellas ou romans courts réputés comme UNE FILLE BRANCHEE (lui aussi gagnant du Hugo), LA SEULE CHOSE A FAIRE (Locus) ou ce HOUSTON, HOUSTON ME RECEVEZ-VOUS, sans doute son œuvre la plus célèbre qui remporta le Hugo, le Nebula et l’éphémère Prix Jupiter.

Le récit, mené à bon rythme par sa brièveté, n’est sans doute pas franchement surprenant (le lecteur devine assez rapidement les tenants et aboutissants de l’intrigue), mais se suit néanmoins avec intérêt et fonctionne avec une efficacité éprouvée. Assez précurseur, ce court roman présente une société matriarcale, traite de la violence masculine, évoque les problèmes environnementaux et questionne la place de la religion. Le tout en 150 pages. Comme quoi il n’est pas toujours nécessaire d’étirer une intrigue sur plusieurs tomes pour accoucher d’un bouquin à la fois divertissant et intelligent. Il est amusant de noter que le livre, d’abord taxé d’outrancièrement machiste (à l’époque où il était signé James Tiptree Jr) pour son discours voyant les Hommes comme des prédateurs sexuels insatiables, se trouve à présent encensé par les féministes qui font d’Alice Sheldon un fer de lance de l’anti-masculinisme radical. Qu’importe les interprétations ou le sous-texte du récit, l’ensemble constitue simplement du bel ouvrage devenu un classique de la science-fiction ! A redécouvrir.

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Publié le 4 Octobre 2022

L'AVENTURE DE LA CITE ULTIME de Sylvie Denis

Les pastiches de Sherlock se multiplient de manière exponentielle ces dernières années, le personnage étant tombé dans le domaine public. Il a également été « réactivé » de manière moderne par les deux très réussies séries télévisées « Sherlock » et « Elementary », sans oublier les films avec Robert Downey Jr.

Sylvie Denis y apporte sa touche avec ce récit science-fictionnel respectueux. En une cinquantaine de pages, l’autrice emmène Sherlock et Watson dans un très lointain futur. Un petit paradis, apparemment, où nul ne se presse et où tous flânent dans une complète nonchalance. La semaine de 12 heures laisse, effectivement, beaucoup de temps pour se divertir. De plus, tout le monde vit en paix, les meurtres ont disparus, la guerre également. Bref, nous sommes dans l’univers de LA MACHINE A EXPLORER LE TEMPS de Wells à la différence que les Morlocks n’existent pas. Et pourtant, dans cet Eden, l’impensable s’est produit : des crimes sadiques l’ensanglantent et – horreur – les victimes sont de plus en plus jeunes. Une gamine vient d’être d’ailleurs découverte la gorge tranchée. Mais dans ce lointain futur où n’existent plus ni police ni détective qui pourra résoudre cette énigme ? La réponse semble évidente : Sherlock Holmes, tiré de son appartement londonien dans lequel il vivotait dans l’ennui et la cocaïne. Aidé de Watson, il va effectuer un grand bond dans le temps pour résoudre le mystère. Quitte à se montrer trop perspicace.

L’AVENTURE DE LA CITE ULTIME plonge le limier dans un univers différent et déstabilisant. Watson estime d’ailleurs que, dans ce monde futuriste, sa fameuse méthode sera inefficace. Bien sûr, le prince des détectives réussit à détromper le médecin débonnaire. Si la solution parait attendue, le dépaysement fonctionne et le rythme alerte empêche tout ennui. On eut aimé que Sylvie Dénis développe davantage le background de son « futur foutraque » (le titre du recueil dans lequel cette nouvelle – initialement publiée dans Bifrost – a ensuite été incluse) mais le lecteur passe un bon moment avec ce plaisant pastiche. Il y a certes de meilleurs « faux Sherlock » mais il y en a aussi beaucoup de bien moins réussis.

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Publié le 20 Septembre 2022

LA MAISON DES JEUX: TOME 1 - LE SERPENT de Claire North

Cette novella se situe dans un Venise alternatif, en 1610. On y trouve la Maison des Jeux où les amateurs de jeux (forcément !) viennent se détendre. Mais l’établissement comporte un niveau secret, la Haute Loge, bien plus dangereux que le « casino » officiel où ne se gagne que de l’argent. Là, dans cette zone ésotérique, on s’affronte pour le pouvoir, la maitrise du monde, la vie, etc. Les pions y sont des individus puissants manipulés par les joueurs dans des buts souvent obscurs. Thene, épouse d’un mari ayant dilapidé sa fortune au jeu, est ainsi invitée à entrer dans la Haute Loge et à démontrer ses talents. Peu à peu, elle monte les échelons de cette étrange organisation.

Catherine Webb, alias Claire North, s’est signalée avec la dystopie 84K puis le gros succès LES QUINZE PREMIERES VIES D’HARRY AUGUST. Elle propose cette fois une trilogie de romans courts centrés sur la mystérieuse « Maison des jeux » et dont LE SERPENT constitue le premier volet. Le thème est relativement classique : une organisation secrète fait tourner, incognito, les rouages du monde. Pas mal d’auteurs s’y sont déjà essayer mais Claire North ne démérite pas avec cette vision pleine de mystère.

Le roman utilise également la figure classique du nouveau venu, ou plutôt de la nouvelle venue, qui découvre, avec le lecteur, les tenants et aboutissants de cette mystérieuse Maison. Le procédé du Candide. Mais ici l’héroïne ne l’est pas vraiment : au contraire elle se montre froide, implacable, manipulatrice et, surtout, bien décidé à emporter la victoire.

Au terme du récit, nous ne saurons pas tout non plus de cette Maison, on peut même affirmer que l’intrigue propose plus de questions qu’elle ne fournit de réponses. Mais, après tout, il existe deux suites à venir dans la même collection Une Heure Lumière.

Avec LE SERPENT, l’autrice avance par petites touches et ne dévoile que l’essentiel afin de donner envie de continuer la lecture sans abattre ses cartes d’un coup. Pari gagné pour ce premier tome fort réussi.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Fantastique, #Novella (roman court)

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Publié le 13 Septembre 2022

CHAIR DE POULE: FRISSONS EN EAUX TROUBLES de R.L. Stine

Un classique « Chair de poule » à lire le soir pour endormir les plus petits qui aiment ressentir quelques frissons. Le titre original, « The curse of camp cold lake » est plus inspiré que le français mais passons…l’histoire est très basique : la jeune ado Sarah doit partir en colo, forcée par ses parents. Or elle déteste ça : c’est une citadine, elle n’aime pas la nature, le sport et ne nage pas très bien. Son frère, Aaron, lui adore ça. Bref, elle râle. Et râle tellement qu’elle finit par se faire mal voir de tous les autres enfants. Pas top. Surtout lorsqu’en prime le fantôme d’une autre gamine, qui s’est jadis noyée, vient la harceler.

L’auteur nous livre son « Vendredi 13 » pour les gamins et le tout fonctionne plutôt agréablement. Les chapitres sont courts et invitent à poursuivre la lecture, les phénomènes paranormaux sont amenés de manière progressive et se révèlent efficace pour un léger frisson. Le personnage principal, de son côté, parait pénible et antipathique mais qui a dit que toutes les ados étaient agréables à fréquenter ? Bref, le récit avance à bon rythme, typique de la collection « Chair de poule », avec un vocabulaire assez simple, des phrases aisées à comprendre,…c’est parfait pour les débutants en lecture. Le fantastique est bien dosé, les apparitions spectrales provoquent quelques angoisses mais le roman reste destiné aux enfants et ne verse donc jamais dans le malsain.

L’ensemble se termine par un twist assez bien trouvé et efficace. Alors certes il ne tient pas vraiment debout et apparait un peu gratuit mais bon si on n’y réfléchit pas trop ça marche. Après tout qui peut expliquer les dernières minutes de « Vendredi 13 » ?

Un agréable « Chair de poule » qui remplit parfaitement son contrat.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Chair de poule, #Fantastique, #Horreur, #Novella (roman court), #Jeunesse

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Publié le 27 Mars 2018

RENDEZ-VOUS AVEC MEDUSE d'Arthur C. Clarke

Cette novella d’Artur C. Clarke, originellement publiée dans Playboy, remporta en 1972 le Nebula Award. Bien plus tard, en 2016, Alastair Reynolds et Stephen Baxter lui donnèrent une suite, sous forme de roman, avec THE MEDUSA CHRONICLES.

Howard Falcon est le capitaine d’un nouveau dirigeable expérimental, le Queen Elizabeth IV, qui, tel le Hindenburg un siècle et demi plus tôt, s’écrase lors de son vol d’essai au-dessus du Grand Canyon. Falcon, grièvement blessé, demande, quelques années plus tard, à explorer l’atmosphère de Jupiter. L’expédition découvre ainsi l’existence d’étranges formes de vie, des sortes de raies-mantas et une gigantesque créature ressemblant à une méduse.

Clarke joue ici la carte du mystère et de l’étrangeté : comment aborder l’atmosphère jovienne qui semble, par essence, impossible à explorer de manière conventionnelle ? Le romancier plonge le lecteur dans les nuages chargés de gaz, au cœur des tempêtes électriques, et le guide vers la découverte d’une forme de vie radicalement différente, tout comme il le fera plus tard dans son classique RENDEZ VOUS AVEC RAMA.

Certains passages de la nouvelle annonce aussi les différentes séquelles données par Clarke à son fameux 2001 et, en particulier, l’excellent 2010 écrit une dizaine d’années après ce RENDEZ VOUS AVEC MEDUSE.

Le récit mélange avec un certain bonheur hard science (Clarke décrit avec soin l’équipement nécessaire à ce voyage vers Jupiter) et sense of wonder (les extra-terrestres sont très originaux) tout en y ajoutant quelques touches plus spéculatives sur le devenir de l’homme lors d’une conclusion surprenante empreinte de questionnement un brin philosophique.

Récompensée par le Nebula, voici donc un court roman (également connu sous le titre FACE A FACE AVEC MEDUSE) de belle tenue qui se lit avec beaucoup de plaisir et d’émerveillement. Une réussite supplémentaire pour celui qui fut, sans contestation possible, un des plus grands auteurs de science-fiction du XXème siècle.  

 

Publiée dans de nombreuses anthologies, la novella se retrouve forcément dans la très copieuse INTEGRALE DES NOUVELLES dont nous reparlerons ultérieurement.

Publiée dans de nombreuses anthologies, la novella se retrouve forcément dans la très copieuse INTEGRALE DES NOUVELLES dont nous reparlerons ultérieurement.

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