Publié le 27 Février 2018

JUSTICE LEAGUE Vs SUICIDE SQUAD
JUSTICE LEAGUE Vs SUICIDE SQUAD

Vaste crossover ayant couru sur onze numéros, cette belle réussite fut publiée par Urban dans trois mensuels kiosque (JUSTICE LEAGUE REBIRTH 7 et SUICIDE SQUAD REBIRTH 5 et 6) puis rassemblé dans un gros volume rassemblant la mini-série (Justice League Vs Suicide Squad en 6 épisodes) et les tie-in (Justice League 12 et 13) et Suicide Squad 8, 9 et 10) soit plus de 330 pages de comics. La réalisation est-elle à la hauteur des attentes ? Globalement oui.  Si le scénario n’est guère original, sa mise en scène se montre inspirée en adoptant un ton adéquat (crédible dans l’ensemble) et en proposant à intervalles réguliers des twists capables de relancer l’intérêt.

Batman se méfie de la Force Spéciale X, autrement dit la Suicide Squad d’Amanda Waller qui emploie des super-vilains en échange de remise de peine. Il informe la Justice League qui prend les choses en main et tente de stopper l’Escadron. Cependant, une troisième équipe, dirigée par Max Lord et comprenant les membres de la première Squad d’Amanda Waller, intervient, forçant la Suicide Squad à s’associer à la Ligue de Justice.

JUSTICE LEAGUE Vs SUICIDE SQUAD

Joliment dessiné, JUSTICE LEAGUE Vs SUICIDE SQUAD constitue bien sûr une tentative de DC Comics de susciter l’intérêt du public pour des personnages popularisés par les longs-métrages « Suicide Squad » (un naufrage !) et « Justice League » (maladroit mais déjà nettement plus réussi) mais l’entreprise fonctionne de belle manière. Le personnage principal est ici Amanda Waller, plus détestable et manipulatrice que jamais, mais les autres intervenants sont également réussis, en particulier Lobo qui nous offre un beau numéro en « mec plus ultra ». Killer Frost, partagée entre le Bien et le Mal, se révèle, elle-aussi, très intéressante et son développement, au cours de l’histoire, s’avère bien géré jusqu’à sa rédemption qui l’amène, au final, dans le camp de la Ligue.

Si le ton se veut sérieux, quelques notes d’humour allègent l’atmosphère, en particulier grâce au toujours aussi ringard et macho Captain Boomerang. Les raisons pour l’affrontement entre les deux équipes se révèlent de leur côté bien exposées et vraisemblables, on échappe au syndrome du « tapons nous d’abord et réfléchissons ensuite » coutumier à ce genre de combat homérique. L’intervention de Max Lord et de son équipe constitue pour sa part une bonne idée qui fait dévier l’intrigue dans une direction plus intéressante que la simple baston quoique les derniers épisodes offrent aux lecteurs le lot attendu de pif-paf.

JUSTICE LEAGUE Vs SUICIDE SQUAD

Alors que Marvel peine à proposer un crossover réellement passionnant depuis CIVIL WAR, le premier « gros event » de la renaissance DC s’impose comme une réussite éclatante : protagonistes développés, action enthousiasmante, touches d’humour sympathiques, réactions crédibles des belligérants, scénario parfaitement négocié jusqu’à sa conclusion (et même son épilogue), dessins dans l’ensemble d’excellent niveau,…

Bref, JUSTICE LEAGUE Vs SUICIDE SQUAD se révèle LA grande réussite du DC Rebirth. Pour les amateurs de ces deux équipes ou, plus généralement, pour les fans de comics super héroïque, voici donc un immanquable !

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Fantastique, #Aventures, #Comic Book, #Superhéros, #DC, #Batman, #Justice League

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Publié le 26 Février 2018

SANG FROID de Leo Bruce

Créé par Leo Bruce à l’occasion de l’excellent pastiche TROIS DETECTIVE, le sergent Beef revint par la suite pour sept aventures supplémentaires. Celle-ci est donc la dernière, toujours située entre l’hommage au whodunit classique et la parodie volontaire dans la lignée des « cosy murders ».

Le très riche Cosmo Ducrow, après avoir à la fin de sa vie épousé son infirmière Freda, est assassiné dans sa vaste propriété du Kent, Hokestones. Son corps est découvert, massacré à coup de maillet, et son neveu se voit immédiatement soupçonné. En effet, le jeune homme, non seulement hérite d’une coquette somme, mais il entretient en outre une liaison avec Freda. Mr Townsend, un romancier narrant les aventures du sergent Beef accompagne donc ce-dernier lorsqu’il décide d’enquêter, suite à la demande des amis du défunt. Pourquoi Beef ? Poirot et Campion n’étaient pas disponibles…

SANG FROID date du début des années ’50, après la fin de l’âge d’or du roman d’énigme, et le romancier ne se prive pas de quelques piques à l’égard de ses conventions, par exemple lors du final au cours duquel Beef tient absolument à rassembler les « usual suspects » pour démontrer ses capacités de détective. Sauf qu’en attendant la fameuse soirée notre limier ne trouve rien de mieux à faire que d’aller s’enivrer au pub local. Beef débarque donc complètement saoul et déclare que, finalement, il ne va pas démasquer le coupable vu qu’il ne possède, de toute façon, aucune preuve.

Le suspect se trahira néanmoins lors d’un final situé sur les toits au cours duquel le sergent est précipité dans le vide. Heureusement, notre héros avait prévu cette chute et s’était équipé d’un câble visant à le garder en vie. Un procédé particulièrement « capilotracté » comme le remarque Townsend : « je me demande comment les lecteurs prendront votre résurrection ». A quoi Beef réplique : « Ils ont bien accepté celle de Sherlock Holmes et il ne disposait pas d’un câble d’acier ». Pas faux.

Jusqu’à cette conclusion, l’intrigue avance donc sur un rythme soutenu, entre interrogatoires des suspects et digressions diverses, le lecteur, tout comme le narrateur du récit, éprouvant toujours les pires difficultés à déterminer les réelles intentions de Beef. Est-ce que celui-ci sait ce qu’il fait ou se contente-t’il de « lancer sa ligne » au petit bonheur la chance d’en l’espoir de découvrir l’un ou l’autre indice ? Un peu des deux sans doute comme le souligne Townsend : « Beef avait l’occasion de démontrer son intelligence subtile et son flair certain mais il dit simplement je ne sais que penser ».

Au final, un whodunit bien ficelé qui plaira aux amateurs d’énigmes policières tortueuses agrémentées d’une bonne dose d’humour en grande partie grâce à la personnalité impayable du sergent Beef. Très distrayant.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Policier, #Whodunit, #Golden Age

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Publié le 23 Février 2018

JUSTICE LEAGUE REBIRTH - TOME 2: ETAT DE TERREUR de Brian Hitch et co.

Ce recueil comprend deux arcs assez courts liés entre eux puisque le premier a des conséquences sur le second. La première histoire, assez rapidement expédiée sur deux numéros, concerne l’infestation de la Ligue de Justice par la peur. La Ligue finit par maitriser la menace avec l’aide de la nouvelle Green Lantern, Jessica. On reparle aussi de leurs précédents adversaires, les Semblables, dont les attaques ont laissé des traces. Au final, beaucoup de blessés mais un seul décès (peu crédible évidemment). Or, peu après, les membres de la Ligue sont attaqués par une sorte de virus informatique. Lorsqu’il apparait que le mari de la défunte est un hacker de génie ce-dernier devient, forcément, le principal suspect. Mais est-ce bien lui le coupable ?

JUSTICE LEAGUE REBIRTH - TOME 2: ETAT DE TERREUR de Brian Hitch et co.

Voici donc deux arcs assez classiques : si le premier se montre peu passionnant le second s’avère plus intéressant avec cette menace mystérieuse qui s’en prend à la Ligue. Bien sûr le suspect, rapidement identifié, n’est pas coupable, il voulait seulement jouer les Robin des Bois en prenant un peu d’argent à Luthor et Wayne pour aider les victimes des destructions causées par la Ligue. Le twist se voit d’ailleurs à des kilomètres. La dernière partie se limite à un gros affrontement entre la Ligue et une armée de super vilains appâtés par la perspective d’obtenir la fortune combinée de Luthor et Wayne.

Rien de bien neuf surtout que les méchants en question manquent d’ampleur : à part Amazo nous avons droit aux seconds couteaux (Verglas ressemble à un ersatz de Captain Cold) ou à de la figuration (L’Epouvantail peut effrayer à Gotham mais contre la Ligue il ne fait clairement pas le poids. Et en parlant de poids Giganta ne sert toujours clairement à rien) mais le tout se laisse cependant lire avec plaisir si on accepte le postulat « blockbuster » d’un récit que l’on eut aimé un peu plus profond et travaillé. En effet, la confrontation des membres de la Ligue avec leurs peurs cachées puis le retournement de leurs armes suite à l’infestation informatique (avec une attaque des systèmes de sécurités de la batcave) pouvait donner lieu à un récit plus intéressant que la simple « grosse baston ». Mais le scénariste, empêtré dans ses travers (le « toujours plus »), ne peut se permettre de passer trop de temps sur l’intrigue proprement dite puisqu’il doit fournir son quota de « destruction porn » (la moitié de la pagination abuse du pif paf) illustrées de manière correcte par les différents dessinateurs même si on remarque un manque de précision dans les décors et personnages d’arrière-plan souvent à peine esquissés.

Les fondamentaux sont néanmoins de la partie (Batman et Superslip s’empoignent…quelle originalité !), quelques notations s’avèrent sympathiques (l’incapacité de Flash à s’adapter à un monde qu’il juge trop lent, les doutes de Jessica) mais les maladresses sont présentes (la conclusion des deux arcs est bien trop rapide) et certains dialogues sonnent vraiment faux (Aquaman qui s’exclame en plein combat devant un Simon dépassé par son anneau « ce ne serait pas arrivé à Hal Jordan » bonjour la camaraderie !) mais la présentation des personnages humains reste correcte. La famille endeuillée, par exemple, est crédible avant l’arrivée d’un délire à base de hacking et de virus informatique surpuissant.

 

JUSTICE LEAGUE REBIRTH - TOME 2: ETAT DE TERREUR de Brian Hitch et co.

Tout ça ne vole pas bien haut mais, au final, cette deuxième salve pour la Justice Leage renaissance demeure un bon « blockbuster » super héroïque qui assure sa mission de divertissement explosif. Il ne faut pas en attendre davantage sous peine d’être déçu.

 

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Publié le 22 Février 2018

L'ARME DE NULLE PART (LES LOUPS DES ETOILES TOME 1) d'Edmond Hamilton

Les Loups des Etoiles sont de terribles pirates de l’espace craints dans toute la galaxie. Morgan Chane, le seul Loup d’origine terrienne, a été élevé sur leur monde, Varna. Cependant il se voit contraint de les fuir après avoir tué un de ses « camarades ». Dès lors, Chane, traqué, vivra de nombreuses aventures en compagnie de mercenaires terriens pris dans un conflit galactique.

Archétype du space-opéra, les trois volumes des « Loups des Etoiles » ont été écrits par un des grands créateurs du genre, Edmond Hamilton (1904 – 1977), dont les premiers récits publiés datent de 1926 et qui a livré la quintessence de l’aventure spatiale échevelée avec l’excellent LES ROIS DES ETOILES dès 1949. On lui doit également une quinzaine de bouquins mettant en scène le fameux Capitaine Future (alias Flam) et de nombreux épisodes de « Batman », « Superman », « La légion des super héros » mais c’est une autre histoire.

Avec cette saga, rédigée à la fin des sixties, Hamilton ouvre clairement la voie à STAR WARS en proposant des baroudeurs de l’espace en butte à différentes menaces dont un gigantesque vaisseau et de nombreux extra-terrestres originaux. Alors, évidemment, la technologie est déjà en partie dépassée (ces « ordinateurs cliquetants » et ces « rapports imprimés »), les rebondissements sont relativement attendus mais, dans l’ensemble, le lecteur passe un bon moment avec cette ARME DE NULLE PART. La brièveté du roman constitue d’ailleurs un bon point : 200 pages bien tassées divisées en une vingtaine de courts chapitres. L’écriture est sans fioriture mais le style très correct, très professionnel. Hamilton avait, à l’époque, atteint sa maturité littéraire et on sent clairement son métier, forgé par des dizaines de romans

De leur côté les personnages sont sympathiques, brossés de manière rudimentaire mais avec quelques intéressantes réflexions qui leur donnent une réelle humanité. Ce sont certes des héros dans la grande tradition du pulp mais ils s’avèrent plus faillibles et mieux dessinés que de coutume.

Un peu daté, quelque peu linéaire, L’ARME DE NULLE PART demeure un honnête space-opéra à l’ancienne qui se lit avec plaisir en une soirée. A l’heure des pavés de centaines de pages parfois pas beaucoup plus originaux ou intéressants l’œuvre d’Hamilton se redécouvre avec intérêt au point que l’on ne tardera pas trop à embrayer sur le deuxième volet de la trilogie.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #science-fiction, #Aventures, #Golden Age, #Space Opera

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Publié le 20 Février 2018

STAR WARS - DOCTOR APHRA TOME 1 de Kieron Gillen et Kevin Walker

Personnage secondaire découverte dans le comics DARK VADOR, le docteur Aphra s’est rapidement imposée comme la nouvelle venue la plus sympathique du nouvel univers étendu. Sorte de croisement entre Indiana Jones et Han Solo au féminin, la belle archéologue n’hésite jamais à tromper son monde ou à trahir ses amis pour assurer son profit. Vu sa popularité, rien d’étonnant à ce que la demoiselle ait droit à sa série personnelle suite à la conclusion de DARK VADOR.

Alors que le seigneur noir la croit morte, Aphra peut voler (dans les deux sens du terme) de ses propres ailes. Notre archéologue de charmes, escortées d’un redoutable wookie, Krsssantan le Noir, et de deux droïdes meurtriers, Triple Zero et BT, vit donc des aventures diverses un peu à l’écart de l’Empire et de la Rébellion. Déchue de son doctorat en archéologie après la découverte de sa tricherie aux examens, la jeune femme se voit dans l’impossibilité de refourguer les antiquités qu’elle a dérobé. Une catastrophe pour notre voleuse. Heureusement, elle est contactée par son père à la recherche de l’Ordu Aspectu, des Jedi dissidents en quête de l’immortalité. Papa veut retrouver leur forteresse cachée et Aphra va l’escorter sur une lune insignifiante où l’Empire installe ses forces afin de fondre sur les rebelles.

A cette intrigue pleine de rebondissements, le récit ajoute quelques clins d’oeils amusants. Ainsi Aphra et son papa se retrouvent sur une lune sans aucun intérêt sur laquelle les Impériaux se sont installés. Il s’agit évidemment de Yavin IV. Peu après le paternel s’étonne de la réalité de l’Etoile Noire : pour lui il ne peut s’agir que d’un canular : « on parle un jour d’une machine capable de détruire une planète et le lendemain elle est détruite ». En effet, ça ne parait pas très sérieux.

STAR WARS - DOCTOR APHRA TOME 1 de Kieron Gillen et Kevin Walker

Ce premier tome alterne l’intimiste, le fun (le récit d’un même événement raconté de manière très « peace and love » par le paternel puis par Aphra elle-même de façon bien plus brutale), le décalé (avec les commentaires toujours aussi ironiques de Triple Zero, droïde psychopathe obsédé par la torture qui constitue la version démoniaque de l’affable C3PO) et l’action pure. Nous avons ainsi droit à une poignée de bastons efficaces, notamment, à mi-parcours (dans l’épisode 3) un combat inégal entre le chasseur de primes Wookie et les forces impériales complètement dépassées par la sauvagerie de leur adversaire.

De leur côté, les dessins sont, dans l’ensemble, réussis et détaillés, à l’exception de quelques cases privées de véritables arrière-plans et qui, dès lors, paraissent un peu vides. Un petit bémol pour une série sinon fort plaisante à suivre.

Hommage humoristique à deux personnages phares campés par Harrison Ford, ce croisement féminin (et lesbien) entre Han Solo et le Docteur Jones se révèle un petit bol de fraicheur dans l’univers étendu, d’autant qu’en s’éloignant des principaux protagonistes de la saga le scénariste possède les coudées franches pour proposer des récits surprenants et plus innovants que dans les séries phares (STAR WARS et DARK VADOR). Une belle réussite dont on attend la suite avec impatience.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #science-fiction, #Comic Book, #Marvel Comics, #Space Opera, #Star Wars

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Publié le 19 Février 2018

ICI OSS 117 de Jean Bruce

Ecrit en 1949 voici la première aventure de Hubert Bonisseur de la Bath ici chargé, pour le compte d’une grande banque américaine, de retrouver des documents volés relatifs à une vente d’armes compromettantes.

Le scénario reste d’ailleurs flou sur la nature exacte des documents ou les pays impliqués dans la magouille, tout ça n’est pas très précis ou documenté, volontairement ou pas nous sommes loin du côté fouillé d’un SAS par exemple. A la manière d’un MacGuffin cher à Hitchcock cette quête des documents perdus se révèle donc surtout un prétexte à une aventure échevelée dans la grande tradition du « pulp » : femmes fatales, nymphette nymphomane, méchant sadique, séance de torture, héros pur et dur se sortant de toutes les situations avec le sourire,…Bref, de l’écriture au kilomètre mais avec un certain sens du rythme et de la formule : un pays du Golfe, le Panama, la Suisse,…toutes ces nations sont mêlées à une vente d’armes bidouillées par divers organismes financiers et qui intéressent plusieurs services secrets, donc les Etats-Unis. Hubert lui-même semble encore peu défini, il navigue entre l’agent secret et le détective (il se présente comme tel), escorté de son copain Pierre Dru, tous deux vétérans de la Seconde Guerre Mondiale et capables d’infiltrer les milieux interlopes de Paris.

L’enquête avance donc sur un rythme rapide, dans la pure tradition du roman de gare, loin d’une politique fiction complexe. Pour les lecteurs néanmoins largués, Jean Bruce se permet, exactement au milieu du roman, de récapituler en quelques pages tous les événements précédents.

Le style de l’auteur reste de son côté  impersonnel mais pas désagréable. Bruce s’adapte à son sujet et ne perd pas son temps en digressions inutiles ou descriptions longuettes, exceptés lorsqu’il détaille les anatomies féminines forcément magnifiques croisées par Hubert. L’utilisation d’un argot aujourd’hui bien daté s’avère cependant quelque peu pénible, cette gouaille de voyou typique de son époque étant à présent passée de mode.

On peut également sourire devant le comportement d’un Hubert ultra séducteur capable de tomber toutes les jeunes (voir les très jeunes !) femmes croisant sa route mais capable, grand seigneur, d’en laisser quelques miettes à son pote Pierre Dru. Une amitié solide comme le roc à laquelle il serait malvenu de trouver des connotations homoérotiques refoulées.

Evidemment, le souvenir des deux dernières adaptations cinématographique en date (après celles, plus sérieuses, des sixties) accentue le côté parodique de la lecture : ces films ne faisaient finalement que grossir un trait déjà bien épais, comme en témoigne les remarques distillées par l’auteur : « Hubert pensait aux seins pointus de Sonia et d’un doigt distrait caressait l’acier froid de son colt » ou encore « Elle ferait mieux de s’allonger plutôt que de chanter, le client serait plus satisfait et elle gagnerait davantage ». On imagine très bien Jean Dujardin déclamer ce genre de répliques en arborant un sourire de macho satisfait.

Bref, tout cela semble aujourd’hui désuet mais, entre coucheries encore soft (l’érotisme prononcé viendra plus tard avec la libération des mœurs), action mouvementée, péripéties attendues (Hubert et son copain coincé dans un immeuble en feu, identité du coupable) et violences gratuites le lecteur peut encore prendre plaisir à cette aventure divertissante et sans prétention.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Policier, #Aventures, #Roman de gare, #Espionnage, #OSS 117

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Publié le 16 Février 2018

ANNIHILATION de Jeff VanderMeer

La Zone X. Un endroit mystérieux, isolé des gens et du monde. Une expédition y est envoyée, revenant en parlant d’une sorte de paradis. Une seconde est envoyée. Tous ses membres se suicident. Une troisième est envoyée. Tous ses membres s’entretuent. Puis encore une autre. Tous ses membres meurent d’un cancer foudroyant.

Une douzième expédition se rend vers la Zone X. Elle se compose de quatre femmes dont nous ne connaitrons jamais les noms. Une anthropologue, une mathématicienne, une psychologue et une biologiste qui se chargent de raconter ce qu’elles vont découvrir au cœur de cette Zone X.

ANNIHILATION a reçu de nombreux prix et a été adapté en film. Beaucoup de lecteurs l’ont aimé, certains le considèrent déjà comme un petit classique de la science-fiction. Ou plutôt de la « weird fiction » comme ils aiment à le définir, à savoir un mélange de science-fiction, de fantastique, de drame psychologique et d’horreur lovecraftienne. Pourtant c’est un roman extrêmement pénible à lire. En dépit de son nombre de pages réduit le livre tombe littéralement des mains à intervalles réguliers. Sa narration à la première personne ne le rend pas toujours très digeste, ce qu’accentuent une écriture quelconque et des digressions parfois laborieuses ponctuées de réflexions philosophico existentielles pouet pouet du plus mauvais effet.

ANNIHILATION de Jeff VanderMeer

Durant tout son déroulement il est difficile de s’attacher aux personnages, caractérisés de manière (volontairement) schématique et restreints à leur seule fonction (biologiste, psychologue, etc.). Si le mystère fonctionne et donne l’envie de poursuivre la lecture pour en apprendre davantage l’ensemble manque d’émotions pour passionner.

Le dernier tiers s’avère encore plus ennuyeux et parait tourner en rond. La seule motivation du lecteur est alors d’en finir, de savoir ce qu’est cette Zone X. Peine perdue : il est difficile de comprendre où l’auteur veut en venir. On pourrait dire « à rien » puisque la fin, ouverte, ne résout rien. Ce manque de véritable conclusion s’explique (après tout il s’agit du premier tome d’une trilogie – mon dieu…une trilogie !!!) mais laisse une impression désagréable de « tout ça pour ça ».

En dépit de son originalité réelle (on ne peut la nier) et des nombreux prix récoltés (Nebula et Shirley Jackson Award), ANNIHILIATION n’est donc pas, c’est le moins que l’on puisse dire, pleinement convaincant. Cryptique, atmosphérique, intriguant,…mais surtout, osons le dire, incroyablement emmerdant.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Fantastique, #science-fiction, #Horreur, #Prix Nebula

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Publié le 14 Février 2018

MARVEL DELUXE - SIEGE de Brian M. Bendis & Olivier Coipel

Dans la première décennie du XXIème siècle, les « events » Marvel se succèdent, avec de franches réussites (HOUSE OF M, CIVIL WAR), des ratés (SECRET INVASION) et des titres globalement satisfaisant (DARK REIGN). Le problème est qu’à force d’événements successifs, le statu quoi s’en trouve fortement perturbé alors que, parallèlement, la Maison des Idées envahit les salles obscures. Un retour à un « âge des héros » s’impose, bref l’éditeur souhaite repartir sur de bonnes bases et à nouveau promouvoir les versions classiques de ses principaux personnages, ceux qui s’apprêtent à triompher dans leur version cinématographique. Pour cela, il importe de faire table rase des quatre ou cinq années précédentes au cours desquelles Norman Osborn s’est imposé comme l’homme le plus puissant de la terre. Il est, en effet, à la tête du H.A.M.M.E.R. (qui a succédé au Shield) et bénéficie de l’appui de Sentry, l’équivalent d’un dieu en termes de puissance pure. Norman dirige également sa propre version des Avengers, composés de super vilains camouflés, notamment Venom (alias Spiderman), Bullseye (qui campe Œil de Faucon) ou Daken incarnant Wolverine.

Que faire pour changer la donne ? Attaquer Asgard. Un plan  quelque peu hasardeux derrière lequel se cache, une fois de plus, Loki, le malicieux dieu du mensonge. Osborn va donc monter de toutes pièces un incident diplomatique impliquant Volstagg. Ce-dernier, attaqué par les hommes de main de Hood, libère sa puissance dans un stade et fait des centaines de victimes, un drame national qui renvoie directement à la catastrophe ayant conduit à la Civil War. Considérant cela comme une agression envers les Etats-Unis, Osborn déclare la guerre à Asgard.

MARVEL DELUXE - SIEGE de Brian M. Bendis & Olivier Coipel

Avec son sous-texte politique évident et plutôt critique faisant écho aux guerres récentes (inventons un prétexte, laissons l’ennemi réagir et lançons la politique d’invasion), SIEGE reste un honnête « event » condensé sur seulement quatre numéros, ce qui évite le délitement habituel de la bonne idée de base dans des pages et des pages de blablas inutiles.

L’intrigue, serrée, se voit donc bouclée en moins de 100 pages et reste plaisante à suivre, quoique tout cela s’apparente surtout à une manière plus ou moins habile de conclure les storyline en cours pour relancer la machine. Les events Marvel se rapprochent d’ailleurs de plus en plus des shows pay per view du catch : indispensables pour comprendre la situation actuelle mais finalement sans grandes conséquences, les jeux d’alliances étant destinés à être repensés rapidement. Ici, la période « Dark reign » (thématiquement intéressante) se voit donc effacée sans qu’il ne reste de grandes conséquences : Tony Stark revient, les super héros sont à nouveau appréciés, la loi de registration ayant conduit à la Civil War abrogée,… Bref on repart cinq ou six ans en arrière comme si de rien n’était. Reste que cette histoire simpliste se trouve bien servie par le dessin efficace d’Olivier Coipel, ce qui permet de la lire sans déplaisir.

De plus le deluxe propose son lot de tie-ins plus ou moins intéressants : on commence avec les prémisses de l’intrigue principales (« The Cabal ») et on enchaine avec des numéros consacrés à Captain America, Loki, les Young Avengers, les Secret Warriors et Spiderman avant un épilogue voulu émouvant mais sans  grand intérêt sur Sentry. Rien de vraiment passionnant mais rien de déshonorant non plus, excepté le combat foireux de Captain America et Bucky contre le ringard Razorfist.

Pour une fois, Panini fait preuve d’une certaine cohérence dans sa présentation et offre quelques bonus comme des couvertures ou des croquis, ce qui donne à l’ensemble un côté « bel objet » pas désagréable. A l’image de ce récit sans surprise mais divertissant.

MARVEL DELUXE - SIEGE de Brian M. Bendis & Olivier Coipel

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Publié le 12 Février 2018

LES DESERTEURS TEMPORELS de Robert Silverberg

Ecrit en 1967 voici un plaisant roman de science-fiction qui aborde, par la bande, la thématique du voyage dans le temps et des paradoxes temporels.

Nous suivons les pas de Joe Quellen, secrétaire criminel de septième classe (ce qui n’est pas si mal, il peut posséder un appartement d’une pièce) vivant sur la Terre ultra surpeuplée de 2490 dirigée par un invisible Gouvernement Suprême. Quellen, grâce à la téléportation, se réfugie régulièrement en Afrique, dans une zone paradisiaque normalement réservée aux plus hautes instances (la deuxième classe). Cette infraction l’oblige à payer une somme rondelette à un de ses collègues, apprenti maitre chanteur. A cette époque se déroule également un curieux phénomène : des individus, désespérés, « sautent » dans le temps et deviennent des « déserteurs temporels », se réfugiant cinq siècles auparavant. Le fait a été enregistré et il n’est pas question de s’y opposer tant les risques sont grands de détruire le continuum. Après tout le chef suprême de la Terre est peut-être lui-même un lointain descendant d’un de ses « sauteurs ». Pourtant Quellen enquête sur l’étrange organisation clandestine dirigée par un certain Lanoy qui se charge d’expédier dans le passé ses concitoyens. Que fera t’il une fois Lanoy identifié ?

En 190 pages, Silverberg démontre son talent pour offrir un récit rythmé qui brosse un tableau plausible d’un futur possible : la société y est totalement hiérarchisée, chacun appartient à une classe spécifique et le monde, incroyablement surpeuplé en dépit de mesures drastiques, est devenu pour beaucoup quasiment invivable. D’où le succès d’une organisation secrète qui se propose, contre rémunération, d’envoyer se perdre dans le temps les personnes les plus désespérées.

Si beaucoup de détails ont vieillis dans le décorum (la technologie imaginée pour le XXVème siècle parait déjà en grande partie obsolète aujourd’hui), le futur décrit n’en reste pas moins intéressant avec cette planète victime d’une surpopulation effarante et ses habitants répartis dans des classes sociales rigides. Silverberg imagine également des échappatoires possibles offertes aux humains trop cadenassés : religions bizarres, rites érotiques particuliers (des cérémonies de vomissements rituels qui préludent aux orgies), usages des drogues généralisées dans « les palais de l’illusion », prostitution institutionnalisée, etc. Tout semble prévu pour éviter que la bouilloire ne déborde, l’Etat se souciant de proposer des soupapes de sécurité afin d’éviter la révolte.

L’écrivain brosse de beaux portraits, caractérisant avec efficacité mais simplicité son principal protagoniste, un employé administratif de seconde zone tenté par une rébellion mineure (la possession d’un petit jardin africain) qui va lui causer bien du souci durant son enquête sur les « déserteurs temporels ». Les personnages secondaires, eux aussi, sont intéressants, comme quoi il n’est pas toujours nécessaire de pondre des pavés de 1000 pages pour rédiger un roman à la fois intelligent et divertissant.

Proche dans ses thématiques d’autres romans de l’écrivain comme LES DEPORTES DU CAMBRIEN ou LES TEMPS PARALLELES (ce dernier proposé dans le même recueil « Time Opera »), LES DESERTEURS TEMPORELS constitue une bonne porte d’entrée dans l’univers d’un des géants de la science-fiction américaine.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #science-fiction, #anticipation, #Dystopie

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Publié le 9 Février 2018

LES INDISCRETIONS D'HERCULE POIROT d'Agatha Christie

Le riche Richard Abernethie meurt subitement d’une crise cardiaque. Ses parents se réunissent pour la lecture du testament et tout se passe très correctement à l’exception d’une remarque étrange de la fantasque Tante Cora qui déclare « Il a été assassiné, n’est-ce pas ? ». Nul ne prend ses dires très au sérieux mais le lendemain la tantine est découverte tuée à coups de hachette. Difficile, cette fois, de prétendre qu’il s’agit d’une mort accidentelle, ce qui relance la thèse de l’assassinat de Richard. A Hercule Poirot, convoqué par l’avoué et ami du défunt Mr Entwhistle, de démêler cette affaire.

Comme tous les Christie post Seconde Guerre Mondiale, LES INDISCRETIONS D’HERCULE POIROT agrémente l’intrigue policière de considérations plus sociales. L’auteur décrit ici un « vieux monde » à l’agonie, celui de ses premiers livres, avec ses riches familles, ses demeures majestueuses et ses domestiques serviables. Mais les temps changent : la maison familiale, Enderby, va être vendue, les biens du patriarche décédé disséminés entre ses héritiers tandis que les jeunes s’insurgent devant « l’exploitation » imposée au personnel domestique ou prennent le parti des criminels, envisagés comme des figures romantiques. Ces personnes de bonne famille vont jusqu’à se disputer pour savoir à qui reviendra la table en malachite du défunt. « Le temps des belles maisons était révolu », se désole ces anciens riches à présents fauchés comme les blés. Le progrès est passé par là, « la faute au gouvernement travailliste, à ces hypocrites de crypto socialistes ». Jadis prospères, nos aristocrates désargentés éprouvent même quelques difficultés à dissimuler à quel point le décès du patriarche survient à point nommé, permettant de renflouer des caisses en ayant bien besoin.

Absent durant la première partie du roman, le Belge à moustaches débarque caché sous un pseudonyme et prétendant – horreur – appartenir à une organisation désireuse d’acheter la propriété pour la transformer en hébergement pour réfugiés. Il use d’un anglais approximatif qui lui permet de fureter un peu partout sans que les suspects se méfient. De toutes manières ces petits jeunes ne le connaissent pas :

« C’est drôle que je n’aie encore jamais entendu parler de vous. 

- Ce n’est pas drôle, répondit Poirot avec sévérité. C’est lamentable ! Hélas ! l’éducation n’est plus ce qu’elle était. »

L’intrigue progresse de manière classique, avec l’interrogatoire des suspects, la tentative de meurtre de la dame de compagnie, les révélations successives et, bien sûr, la confrontation finale durant laquelle Poirot dévoile la clé du mystère.

Dans l’ensemble, un bon cru.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Policier, #Whodunit, #Golden Age, #Agatha Christie

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