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Publié le 2 Août 2017

TITANIC 2012 de Christophe Lambert

Publié à la fin du XXème siècle puis réédité en 2012 (l’auteur s’en amuse d’ailleurs : d’anticipatif le roman devient le récit d’une Histoire parallèle avant que le temps ne le transforme inévitablement en uchronie), TITANIC 2012 constitue un récit très divertissant inspiré (surprise ?) par la tragédie du Titanic. Cette dernière a nourri bien des œuvres de fiction : en littérature citons l’excellent policier de John Dickson Carr, LE NAUFRAGE DU TITANIC et le « blockbuster » de Clive Cussler RENFLOUEZ LE TITANIC (malheureusement très médiocrement adapté à l’écran). Profitons de cette chronique pour signaler également LES MEURTRES DU TITANIC de Max Allan Collins donnant la vedette à Jacques Futrelle, écrivain américain créateur d’un émule de Sherlock Holmes surnommé « La machine à penser » menant l’enquête sur le Titanic, navire sur lequel Futrelle trouva réellement la mort. Au cinéma, la superproduction de James Cameron et le plus ancien mais minutieux « Atlantique Latitude 41° » de Roy Ward Baker demeurent les longs-métrages de référence.

De son côté, Christophe Lambert imagine un complexe hôtelier construit au fond des eaux, Le Cœur de l’Océan, projet mégalomane du milliardaire Murray Hamilton. Celui-ci a, en partie, restauré l’épave du Titanic et, pour le centenaire du naufrage, convie de nombreux invités dont quelques célébrités comme Leonardo DiCaprio, Stephen King et Stirling Silliphant, âgé de 109 ans et dernier survivant du désastre. Les mesures de sécurité sont, normalement, parfaites et doivent empêcher tout problème lors de l’inauguration. Seule l’océanographe Katherine Wells ne partage pas l’enthousiasme général et soupçonne les responsables de la sécurité d’avoir quelque peu rogné sur le budget, ce qui pourrait entrainer de terribles conséquences lors du passage prochain d’un puissant cyclone. Elle tente de convaincre un agent d’assurance, Paul Lomat, du danger. Mais un tueur à gages est envoyé sur leurs traces. Tout ce petit monde se retrouve au Cœur de l’océan pour la grande soirée d’inauguration…

Ce bon thriller maritime reprend le schéma éprouvé du « cinéma catastrophe » des années ’70 (« L’aventure du Poséidon » vient immédiatement à l’esprit) en débutant par une rapide présentation des protagonistes suivi de leurs vaines tentatives pour éviter le désastre. Le dernier tiers du roman, consacré à la catastrophe proprement dite, accélère le rythme déjà soutenu (une alternance de chapitres courts fort efficaces) jusqu’au final quelque peu inattendu (on eut aimé le voir plus développé) et la confrontation entre les « bons » et les « méchants ». Si le récit est forcément prévisible (une fois encore l’auteur en est pleinement conscient et s’en amuse : pourquoi allez voir un film comme « Titanic » dont tout le monde connait la fin ?), il évite l’écueil de la linéarité en multipliant les points de vue et les personnages. Ces derniers sont intéressants quoique les héros (l’océanographe et l’agent d’assurance auquel on ajoutera le fils du concepteur du complexe aquatique) se révèlent moins intéressants que le tueur à gage fatigué engagé pour les supprimer et tenté par l’accomplissement d’une bonne action susceptible d’effacer sa lourde ardoise. Enfin, le personnage de Silliphant, dernier survivant de la catastrophe pressentant un nouvel accident mais acceptant de participer à cette « mascarade » pour aider son petit-fils, s’avère, lui-aussi, joliment brossé. Là encore on eut apprécié davantage de développement mais cela aurait peut-être nuit à l’implacable avancée d’une intrigue qui ne laisse guère au lecteur le temps de souffler.

De manière ludique, Christophe Lambert ajoute à son roman quelques clins d’œil à destination des initiés. Ainsi un groupe musical se nomme IG 88 and the Assassination Droids et deux de ses membres, cinéphiles avertis, discutent des mérites respectifs de « Meteor » et « Tremblement de terre » ou de l’implication réelle d’Irwin Allen dans la réussite de « La Tour infernale ». L’auteur énonce également les trois principales règles pour survivre à une catastrophe, la plus importante étant évidemment de rester près du chien (à défaut un chat ou, éventuellement, un enfant peuvent s’y substituer) puisqu’il est bien connu que les canidés s’en sortent toujours. Le romancier nomme également l’unique survivant du Titanic Stirling Silliphant en référence au célèbre scénariste responsable de quelques classiques comme « La tour infernale », « L’aventure du Poséidon » ou « L’inévitable catastrophe ». Dans le même esprit le milliardaire entêté ayant bâti le Cœur de l’Océan se nomme Murray Hamilton, tout comme l’acteur qui joue le maire obstiné refusant la fermeture des plages des « Dents de la mer ». De petits clins d’œil sympathiques qui rendent très divertissant ce bouquin rondement mené sur 250 pages bien tassées auxquels Christophe Lambert ajoute quelques notes, références et pistes de réflexion pour son public, jeune et moins jeune.

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Publié le 6 Juillet 2017

L'ETRANGE VIE DE NOBODY OWENS de Neil Gaiman

En 1985, Neil Gaiman a l’idée d’une sorte de démarquage macabre du LIVRE DE LA JUNGLE (« The Jungle book » devient dès lors logiquement « The Graveyard Book ») situé dans un cimetière où grandit un jeune garçon. Divisé en huit chapitres qui fonctionnent tels des nouvelles situées dans le même univers (la quatrième histoire fut d’ailleurs précédemment publiée dans une anthologie et récolta le Prix Locus de la meilleure nouvelle), celui de ce plaisant cimetière, le livre suit la vie de cet étrange Nobody Owens et ces démêlées avec le mystérieux Jack.

Un enfant de dix-huit mois échappe par miracle à la mort lorsque le Jack, un assassin membre d’une confrérie secrète, tue tout le reste de sa famille. Le garçonnet trouve refuge dans un cimetière où il est adopté par un couple de fantôme, Monsieur et Madame Owens, et confié  à la garde de son tuteur, le vampire Silas. Rebaptisé Nobody, l’enfant grandit en compagnie des spectres  et des lycanthropes, apprend à côtoyer les vivants et, parfois,  à les effrayer. Il se lie aussi d’amitié avec Scarlett qui aime bien discuter avec lui même si elle le considère comme son ami imaginaire. Mais le Jack, lui, cherche toujours à le tuer…

Après CORALINE, voici une nouvelle réussite éclatante de Neil Gaiman, aussi à l’aise dans le roman adulte (AMERICAN GODS), le comic book (SANDMAN, 1612), la nouvelle (comme en témoigne ses divers recueils) que dans la littérature « jeunesse ». Ici, comme souvent avec cet auteur,  nous sommes dans un univers gothique et macabre non dénué d’humour, proche du cinéma de Tim Burton (celui des « Noces Funèbres ») qui reprend également les codes du roman d’apprentissage. On peut aussi évoquer une version à la fois plus sombre et décalé d’un Harry Potter affrontant un nouvel adversaire qui ne peut être nommé,  un tueur sanguinaire rappelant Jack l’Eventreur et simplement baptisé le Jack. Chacun des chapitres propose une avancée de deux ans et marque ainsi une étape dans la vie de Nobody, dit Bod.

Neil Gaiman, en 300 pages qui se lisent très rapidement et rehaussées de belles illustrations en  noir et blanc évocateur, laisse libre cours à ses talents de conteur pour convier tout un bestiaire de morts, de vivants et de morts-vivants. Son joyeux cimetière est peuplé de sorcière défunte mélancolique (car nulle pierre ne marque l’emplacement de sa tombe), de goules affamées, des fantômes bavards, de tuteur vampire et de louve-garou autoritaire. Un mélange de fantasy, d’épouvante et d’humour destiné aussi bien aux adolescents qu’aux adultes et justement couronné par le Prix Hugo du meilleur roman et le Prix Locus du meilleur roman « jeunesse ».

L'ETRANGE VIE DE NOBODY OWENS de Neil Gaiman

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Fantastique, #Horreur, #Jeunesse, #Prix Hugo, #Fantasy, #Neil Gaiman

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Publié le 5 Mai 2017

LES YEUX DE L'OMBRE JAUNE (BOB MORANE) d'Henri Vernes

Les « Bob Morane » mettant en scène l’Ombre Jaune sont souvent à la fois les plus divertissants et les plus frustrants. Divertissants car ces aventures sont celles qui se rapprochent le plus du « pulp » à la DOC SAVAGE, FANTOMAS ou FU MANCHU dont ils reprennent avec bonheur tous les clichés, certes surannés mais toujours plaisants. De la littérature de consommation courante à base de méchant mégalomane, de jeune fille en détresse et d’inventions délirantes. Cependant, les « Ombre Jaune » s’avèrent également frustrants car les contraintes inhérentes à la série (le nombre de pages restreints, le souci de rester dans une optique très familiale au niveau de la violence) obligent Vernes à limiter le développement de l’intrigue, laquelle devient, dès lors, très schématique. Ne pouvant se permettre de trainer en route, l’auteur amorce son récit par une situation mystérieuse auquel seront confrontés nos amis Morane et Ballantine. Très vite les deux amis soupçonnent l’Ombre Jaune et, oh surprise, celui-ci s’avère effectivement coupable. Après quelques péripéties, l’une ou l’autre bagarre et course-poursuite, Morane triomphe du cruel Oriental, généralement en recevant l’aide bienvenue de Tania Orloff, la nièce de Mr Ming partagée entre sa loyauté envers tonton et son amour platonique pour Bob.

Dans le cas des YEUX DE L’OMBRE JAUNE, une demoiselle en détresse, Martine, est traquée, dans un Londres forcément brumeux, par un étrange humanoïde dont les yeux lancent des rayons mortels. Secourue par Morane, la jeune fille révèle que son père, un spécialiste du laser, a disparu. L’Aventurier, accompagné de Ballantine, se retrouve ensuite dans un château médiéval auvergnat et découvre rapidement l’implication de Monsieur Ming, alias l’Ombre Jaune, dans un sinistre plan visant à créer une arme mortelle. Heureusement, Tania Orloff, que Bob persiste à considérer comme une « petite fille » viendra à la rescousse pour déjouer les projets de domination planétaire de son oncle.

L’intrigue, très classique et linéaire, n’est pas inintéressante mais Vernes doit avancer à la vitesse d’un supersonique pour la caser dans le nombre de pages impartis (moins de 150). Pas de place au doute (seul l’Ombre Jaune peut avoir élaboré un tel plan de conquête !), peu de développement des personnages (exceptés quelques phrases échangées, en fin de volume, entre Bob et Tania) et peu de surprise quoique le roman ne soit jamais ennuyeux. A la fois qualité et défaut, le rythme soutenu assure un divertissement bien ficelé et divertissant, une lecture idéale pour les jeunes adolescents (et ceux qui le sont resté).

Pour l’anecdote, le roman fut adapté en bande dessinée dans une version remaniée sous le titre LES YEUX DU BROUILLARD (Miss Ylang Ylang y remplaçant Mr Ming) et cette bande dessinée fut elle-même convertie en roman (également sous le titre LES YEUX DU BROUILLARD), aboutissant à une sorte de remake du titre qui nous occupe.

LES YEUX DE L'OMBRE JAUNE (BOB MORANE) d'Henri Vernes

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Rédigé par hellrick

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Publié le 4 Mai 2017

LA LEGION ECARLATE de Johan Heliot

Né à Besançon en 1970, Johan Heliot se révèle au public avec sa trilogie de la lune dont le premier tome, LA LUNE SEULE LE SAIT, publié en 2000 chez Mnémos obtient le prix Rosny Ainé. Par la suite, Heliot écrit le diptyque FAERIE HACKERS / FAERIE THRILLER et de nombreux romans indépendants tant destinés aux adultes qu’aux adolescents.

Edité dans la collection « Royaumes Perdus » chez Mango, LA LEGION ECARLATE est plutôt destiné aux jeunes lecteurs mais chacun peut y trouver son bonheur. L’intrigue, resserrée sur 176 pages, s’intéresse au destin d’un jeune soldat romain, Marcus Livius Salveris, vivant sous le règne de l’Empereur Trajan. Il accompagne le général Servius Tarsa dans son grand projet : conquérir les terres inconnues se trouvant au-delà de la Grande Mer. Le général voit son armée décimée par une tempête mais s’obstine et débarque au Nouveau Monde : la lutte s’engage entre les légions de Rome et les tribus Peaux-Rouges.

Asterix et Obélix avaient jadis, effectué cette « grande traversée » et Tarzan avait, il y a des décennies, rencontré au fond de l’Afrique des soldats romains. Heliot lui-même, dans son RECONQUERANTS, avait déjà traité du sujet mais, cette fois, il opte pour un récit plus porté sur l’aventure, quelque part entre l’uchronie, la fantasy, le péplum et le western. Le parcours du jeune héros Marcus anticipe ainsi le destin de certains protagonistes du western dit « progressiste », son acceptation au sein de la tribu indienne évoquant le classique UN HOMME NOMME CHEVAL ou le plus récent DANSE AVEC LES LOUPS tandis que les scènes de massacre rappellent SOLDAT BLEU. Face à Marcus se dresse le tyrannique Borsa : celui-ci, après avoir assassiné son général, règne en maitre sur les derniers légionnaires romains abrutis par les drogues. A moitié fou, Borsa s’imagine en véritable César, tel le colonel Kurtz d’APOCALYPSE NOW. Heliot décrit donc l’opposition entre son légionnaire bienveillant et le despote sanguinaire, ajoutant à la transformation psychologique et initiatique de son héros (comme en témoigne l’éprouvante scène de torture visant à l’intégrer à la tribu) une inévitable romance et un soupçon de fantastique par les interventions (authentiques ou imaginaires ?) des anciens dieux Ursus et Corbeau.

Les scènes d’action sont, pour leur part, efficaces et décrivent les manières de combattre des Romains et leurs machines de guerre, notamment les redoutables Scorpions. Pour les curieux un lexique explicatif en fin de volume fournit quelques précisions sur les termes antiques employés.

En dépit d’un déroulement quelque peu prévisible et linéaire, LA LEGION ECARLATE demeure une belle réussite qui se lit pratiquement d’une traite et offre un agréable dépaysement aux amateurs de récit d’aventures historiques teintés de fantastique. Une réussite !

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Aventures, #Historique, #Uchronie, #Jeunesse

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