musique

Publié le 5 Septembre 2021

CHOOSING DEATH: L'HISTOIRE DU DEATH METAL ET DU GRINDCORE d'Albert Mudrian

Le sous-titre ne saurait être plus explicite : ce copieux bouquin retrace l’histoire du death-metal et du grindcore. Début des années 80, le heavy metal franchit un palier dans l’agressivité avec Slayer, Venom, Bathory, Mercyful Fate, etc. Leur musique, mais aussi leur imagerie sataniste et leurs paroles « choquantes » servent de terreau à des groupes de jeunes ados énervés qui écoutent également des tonnes de punk rentre-dedans à la Chaos UK, Exploited, G.B.H. et autres.

Ces jeunes montent à leur tour des groupes qui combinent ces deux tendances, souvent dans des morceaux très courts à la technique rudimentaire. Les vocaux grognés complètent la volonté d’extrémisme. Napalm Death, Siege, Extreme Noize Terror lancent la vague punk / death / hardcore / grind…L’effervescence s’empare de la scène metal extrême alors que le Hair / FM triomphe sur MTV. Chacun se lance dans la danse, à coup de nouveaux groupes au line-up fluctuent et au talent d’instrumentiste souvent peu concluant. Beaucoup d’appelés, peu d’élus. 

Des labels se créent (Earache, Roadrunner,…), les fers de lance du mouvement apparaissent (et sont pour la plupart toujours là plus de trois décennies plus tard) : Morbid Angel, Obituary, Sepultura, Unleashed, Grave, Carcass,…Les majors courtisent même les groupes les plus prometteurs en espérant des ventes impossibles à atteindre vu la rugosité de leur musique. D’où des contrats absurdes pour que les cadors du vacarmes ne sortent des albums à la fois extrêmes et accessibles. La stagnation gagne. Beaucoup jettent l’éponge, se rendant compte qu’ils ne progressent pas, que du contraire : leur troisième ou quatrième album sont souvent moins réussis, moins efficaces et moins vendeurs que leur premier ! Certains teintent leur musique d’industriel, ralentissent le tempo, se laissent tenter par davantage de mélodies, de lourdeur gothique / doom, voire inventent le « death & roll » à la Entombed. La scène se scinde entre les tenants de l’agressivité punk qui rejettent toute innovation et les mastodontes comme Death qui choisissent la voie mélodique / progressive. Mais le soufflé retombe, balayé par le grunge et le black symphonique avant de connaitre une résurrection inespérée sous une forme plus aboutie et mélodique avec Paradise Lost, Arch Enemy, etc.

Le bouquin revient sur cette période bouillonnante faite de compétition amicale (qui allait jouer le plus vite et le plus fort ?), d’échange de cassettes introuvables, de line-up impossible à stabiliser et d’anecdotes rigolotes (le public de Napalm Death qui gueule « trop long » ou « arrêtez cette merde de prog rock » dès qu’un titre dépasse 30 secondes).

L’auteur revient longuement sur la montée en puissance du death dans la seconde moitié des 80’s, son apogée au début des 90’s et son déclin (avant, happy end, son retour plus fort que jamais !). Le tout est conté de manière très vivante avec des tonnes d’interviews et de citations. Une plaisante lecture si on apprécie un tant soit peu cette musique.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Essai, #Musique, #Heavy Metal, #Punk Rock

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Publié le 25 Juillet 2018

CERRONE PARADISE de Marc Cerrone

Né en 1952, Marc Cerrone débute la batterie à douze ans et se lance rapidement dans différents groupes. Il participe ainsi à plusieurs courants de la musique populaire « dansante » et voit l’évolution de la soul, du R&B, de la pop et du rock psychédélique. Dès la fin des années ’60, Cerrone travaille au Club Med puis se produit avec son premier groupe professionnel, Kongas, qui obtient un joli succès dans la première moitié des seventies. Toutefois, le batteur quitte Kongas à la fin de 1974 pour se reconvertir en disquaire spécialisé dans les imports au centre commercial Belle Epine. Comme la musique lui manque, Cerrone propose un premier album solo en 1976, « Love in C minor » qui capte l’air du temps et mélange sonorité rock progressive (la chanson titre dure 16 minutes, parfait pour les DJ en quête de versions ultra longues), mélodies pop et rythmes dansants… Cerrone prend le train du disco dont il devient rapidement un des plus célèbre représentant.

Son autobiographie raconte cette époque avec tous les excès permis par le mode de vie hédoniste alors en vogue : pochette sulfureuse, clips sexy, danseuses nues sur scènes,…Le musicien n’élude pas non plus les problèmes qu’il rencontre : difficultés à concilier vie de famille et vie de studio, addiction à la drogue, etc.

La fin des années 70 donne à Cerrone ses plus grands succès : les inusables « Supernature » (10 millions d’exemplaires vendus) et « Give Me love », accompagnés de mega concerts, de soirées déjantées dans le temple disco new yorkais du Studio 54. Les anecdotes de succèdent : protection de la mafia pour la réalisation de clip en zones dangereuses, participation d’un Jimmy Page complètement défoncé au hit « Rocket in my pocket », tournage de vidéo délirantes par les Monty Python, opération promotionnelle gigantesque (déplacement de journalistes en Concorde), rencontre avec le Dalaï-lama, lancement d’une boite de nuit à Bourges avec Alain Delon, etc.

Après la « disco demolition night » en juillet 1979 le mouvement s’écroule : alors qu’il représente plus de la moitié des hit-parades en été le disco est quasiment oublié en automne. La mode ne survivra pas aux cyniques années 80 et les ventes de Cerrone s’en ressentent. Le musicien parvient néanmoins à rebondir en allant chercher l’inspiration dans la pop dansante et la new wave. Il compose aussi la bande originale des trois « Brigades mondaines », polars érotico exotiques tirés des romans de gare édité par Gérard de Villiers.

Durant la seconde moitié des années 80 et la décennie suivante les galères se multiplient (faillite de sa boite de nuit, décès de son père, faillite de ses magasins de disques, pillages de ses morceaux par des remixeurs peu scrupuleux) et Cerrone se recentre sur l’organisation de spectacles « bigger than life » que ce soit pour le bicentenaire de la Révolution Française ou le passage  du millénaire,…Il écrit également trois romans, dont DANCING MACHINE adapté au cinéma avec Alain Delon dans le rôle principal.

En dépit d’une image très bling bling (grosse bagnole, chaine en or, chemise ouverte, défilé de poufs…un rapper avant l’heure !), Marc Cerrone se montre finalement modeste mais fier du succès rencontré (en particuliers aux USA, la France étant longtemps resté réfractaire à sa musique) et de la reconnaissance des cadors de l’électro. Il vénère les pointures de la musique dansante américaine comme Nile Rodgers ou Qincy Jones et remercie Bob Sinclar et quelques autres pour l’avoir remise au gout du jour au début du XXIème siècle. Aujourd’hui relancé, le sexagénaire alterne concerts, soirées DJ et repart sur les groupes avec un Kongas reformé.

Au final, CERRONE PARADISE s’avère une très plaisante autobiographie : que l’on aime ou pas la musique de Cerrone on parcourt avec lui quatre décennies et on revisite toutes les métamorphoses que la « dance » a connu durant ces années. Un bouquin très intéressant qui se dévore comme un roman à la manière d’une vraie « succès story » à l’américaine vécue par un immigré italien dans la France des années 70.

En dépit d’une image très bling bling (grosse bagnole, chaine en or, chemise ouverte, défilé de poufs…un rapper avant l’heure !), Marc Cerrone se montre finalement modeste mais fier du succès rencontré (en particuliers aux USA, la France étant longtemps resté réfractaire à sa musique) et de la reconnaissance des cadors de l’électro. Il vénère les pointures de la musique dansante américaine comme Nile Rodgers ou Qincy Jones et remercie Bob Sinclar et quelques autres pour l’avoir remise au gout du jour au début du XXIème siècle. Aujourd’hui relancé, le sexagénaire alterne concerts, soirées DJ et repart sur les groupes avec un Kongas reformé.

Au final, CERRONE PARADISE s’avère une très plaisante autobiographie : que l’on aime ou pas la musique de Cerrone on parcourt avec lui quatre décennies et on revisite toutes les métamorphoses que la « dance » a connu durant ces années. Un bouquin très intéressant qui se dévore comme un roman à la manière d’une vraie « succès story » à l’américaine vécue par un immigré italien dans la France des années 70.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #biographie, #Musique

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