policier

Publié le 27 Mai 2019

LES AVATARS DE SHERLOCK HOLMES

Ce petit recueil composé de huit nouvelles revient aux sources du pastiche puisqu’il débute par une nouvelle de James M. Barrie, « Une soirée avec Sherlock Holmes » daté de 1891 soit quelques mois seulement après la création du limier de Baker Street. On y trouve aussi un récit de P.G. Wodehouse (inventeur de Jeeves) et un autre de A.A.Milne (créateur de Winnie l’ourson mais également auteur d’un petit classique de la chambre close, LE MYSTERE DE LA MAISON ROUGE). En tout, huit nouvelles, toutes anciennes et pour la plupart inédites. Un programme alléchant…sur le papier… car il faut avouer que l’ensemble s’avère répétitif, décevant et même ennuyeux en dépit de sa brièveté. Les 140 pages n’apportent en effet guère d’originalité et tournent généralement autour du même procédé, à  savoir se moquer du pouvoir déductif d’Holmes. Le détective élabore ainsi des constructions incroyables qui s’avèrent fantaisistes ou complètement erronées. On retrouve d’ailleurs très récemment ce type de moqueries « gentillettes » dans les très réussies et rigolotes bandes dessinées « Baker Street ».

Dans les récits les plus originaux (comme Le Mystère de Pegram de Robert Barr) Sherlock multiplie les déductions et se trompe complètement sur l’identité du coupable et sa manière de procédé…cependant toutes ses erreurs mettent la police sur la piste du véritable assassin. Voici sans doute la nouvelle la plus amusante et convaincante du recueil, la seule qui va au-delà de l’humour un peu facile (la fatuité du détective et ses procédés d’analyse peuvent facilement tomber dans l’excès et devenir les cibles désignées de la parodie) pour creuser davantage les procédés de Conan Doyle et égratigner avec davantage de pertinence la (ou les) méthode(s) du détective. Les auteurs se moquent aussi de certains haut faits du Canon (la mort du héros dans le « Problème final » se voit revisitée sur le mode humoristique) et inaugurent quelques théories farfelues reprises ensuite par d’autres pasticheurs (Par exemple l’idée que Moriarty n’existe pas et qu’il est simplement la création de Holmes pour masquer ses propres activités criminelles).

Dans l’ensemble, en dépit de quelques bons moments et d’une présentation soignée (chaque auteur bénéficie d’un texte introductif pertinent bien utile pour replacer les nouvelles dans leur époque), LES AVATARS DE SHERLOCK HOLMES s’avère trop répétitif pour emporter l’adhésion. Toutefois, remis dans leur contexte (il s’agit des toutes premières tentatives de pastiches holmésiens), cette anthologie vite parcourue (en deux heures c’est plié) constitue une curiosité acceptable pour les inconditionnels du limier de Baker Street. Pour les autres il existe de plus plaisants « à la manière de… »

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Publié le 2 Mai 2019

LES MEILLEURS RECITS DE WEIRD TALES - TOME 2

Ce second recueil consacré à la revue « Weird Tales » couvre une période plus restreinte (cinq ans). Après une petite introduction, Jacques Sadoul nous propose « La mort d’Ilalotha » de Clark Ashton Smith (ensuite repris dans son HISTOIRE DE LA SCIENCE-FICTION) et une nouvelle d’Hazel Heald et Lovecraft, « Hors du temps » (alias « Surgi du fond des siècles ») tirée de L’HORREUR DANS LE MUSEE. Lovecraft lui-même est au sommaire avec son poème « Psychompopos ».

J.Paul Suter, inconnu au bataillon, propose de son côté un plaisant « Le juge suprème » tandis d’Edmond Hamilton, vétéran du space opera, livre le très court « Les graines d’ailleurs » sur le thème des « belles plantes »…au sens propre.

En disciple de Lovecraft, Robert Bloch amuse avec « le rodeur des étoiles », également connu sous le titre « le tueur stellaire » ou « le visiteur venu des étoiles ». Ce récit hommage est devenu un classique des « à la manière de HPL » puisqu’on le retrouve au sommaire de HUIT HISTOIRES DE CTHULHU, LEGENDES DU MYTHE DE CTHULHU, L’APPEL DE CTHULHU, LES MYSTERES DU VER, LES YEUX DE LA MOMIE et dans l’Omnibus consacré à Lovecraft.

Autre classique incontournable, « La citadelle écarlate » constitue une des nombreuses aventures de Conan signées par Robert E. Howard. On la retrouvera dans les recueils CONAN L’USURPATEUR, LA GRANDE ANTHOLOGIE DE LA FANTASY, CONAN LE CIMERRIEN et, pour les plus fortunés, la monumentale INTEGRALE CONAN. Nous sommes dans la Fantasy épique, hargneuse, sanglante et barbare de bonne facture.

Seabury Quinn, auteur phare de Weird Tales, propose pour sa part une nouvelle enquête de Jules de Grandin, détective du surnaturel, dans le sympathique « La farce de Warburg Tantavul qui, bien que complètement suranné, se lit avec plaisir, par la barbe d’un bouc vert !

Autre réussite, cette fois du complètement oublié, David H. Keller, « le chat tigre » s’avère par contre un récit d’horreur étonnamment moderne rédigé par un écrivain déjà présent au sommaire de la précédente anthologie « Weird Tales » et dont on aimerait pouvoir lire d’autres récits.

Un peu en deçà du premier recueil, ces MEILLEURS RECITS DE WEIRD TALES TOME 2 demeurent hautement recommandables pour les amateurs d’imaginaire rétro qui y trouveront du fantastique, de la science-fiction, de l’épouvante, de la fantasy et du policier surnaturel. Que demandez de plus ?

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Publié le 26 Avril 2019

J-77 (Dernier meurtre avant la fin du monde tome 2) de Ben H. Winters

Ben H. Winters livre ici le second volet de sa trilogie apocalyptique débutée avec DERNIER MEURTRE AVANT LA FIN DU MONDE.

Un gigantesque astéroïde va percuter la Terre et anéantir la quasi-totalité de l’Humanité. Nous sommes à 77 jours de l’impact…. Bruce Willis n’étant pas disponible la population se résout à l’inévitable, sachant que la plupart vont mourir. Pour les rares survivants ce sera de toutes façons l’enfer. Du coup chacun baisse les bras et se décide à vivre au maximum avec tous les excès que cela implique. Hank Palace, un flic à la retraite anticipée, accepte pourtant d’aider son ancienne nourrice à retrouver son mari mystérieusement disparu…

Ce deuxième épisode de la saga de Ben H. Winters s’avère de bonne facture mais, néanmoins, en deçà du premier. Evidemment, l’originalité de la situation n’est plus de mise ce qui constitue un sacré défi tant le mélange de thriller et de récit catastrophe rendait le premier volet passionnant.

Toutefois, la situation a évolué : là où le premier roman décrivait un monde essayant de continuer « bon gré mal gré », ce J-77 nous montre une planète à l’abandon. Découragement généralisé, marché noir pour trouver les dernières denrées disponibles, excès en tous genres, émeutes et explosions de violences… Et, bien sûr, émergence de pseudo sectes comme ces étudiants vaguement hippie qui virent le personnel de leur université, déclarent la « république » et passent leurs dernières journées dans le sexe, la drogue et le rock&roll tout en gardant des préoccupations politiquement correctes complètement stupides (calculer le pourcentage d’interventions émanant des personnes de couleur par exemple).

Si le premier volet s’inscrivait résolument dans le polar teinté d’anticipation catastrophique, ce J-77 prend davantage le chemin d’un roman apocalyptique et l’enquête policière, pas toujours très intéressante, semble accessoire. Elle sert surtout à justifier les déambulations du héros et ses rencontres avec divers personnages haut en couleur. L’auteur pose aussi la question des réactions face à l’inéluctable et pour le héros, droit dans ses bottes, il est « impossible de trahir ses promesses simplement parce que c’est la fin du monde ». Guère optimiste sur l’Humanité (mais surement très réaliste), l’auteur observe la dissolution complète de la civilisation à l’approche de l’anéantissement total. Malgré les défauts de ce second volume en demi-teinte on est suffisamment impatient pour ne pas trainer à lire l’ultime volet, IMPACT.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Polar, #Policier, #Thriller, #anticipation, #Catastrophe

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Publié le 12 Avril 2019

PUZZLE POUR FOUS de Patrick Quentin

Sous le pseudonyme de Patrick Quentin se cachaient deux romanciers, Richard Wilson Webb (1901 - 1965) et Hugh Wheeler  (1912 -1987) qui écrivirent de nombreux policiers dont une fameuse série de « puzzles ». Le premier d’entre eux, PUZZLE POUR FOUS, débute de manière originale puisque le héros, Peter Duluth, se retrouve dans un hôpital psychiatrique pour y soigner son alcoolisme. Peter y rencontre divers protagonistes (des médecins, des patients, des infirmières et même sa future épouse puisqu’il s’agit du premier volume d’une longue série de romans policiers) avant de se confronter au meurtre particulièrement sadique d’un membre du personnel retrouvé mort dans une camisole de force. Peter, qui soupçonnait depuis quelques temps que quelque chose ne tournait pas rond dans cet asile, va mener l’enquête pour découvrir le coupable.

PUZZLE POUR FOUS prend son temps pour établir son ambiance, poser son mystère et présenter ses protagonistes. Le cadre, original voire inusité dans le domaine du whodunit, retient immédiatement l’attention et permet d’avancer dans la lecture jusqu’au premier meurtre qui survient classiquement au tiers du récit. Bien sûr, d’autres événements étranges se déroulent (quoi de plus étonnant dans un asile ?) et les responsables tentent de minimiser la situation, affirmant par exemple que le crime constitue, en réalité, un regrettable accident. Cette théorie s’écroule lorsqu’un autre patient est découvert poignardé durant la projection d’un documentaire animalier. Cette fois, c’est évident, au milieu des fous rode un assassin…

Le roman, écrit en plein âge d’or du récit de détection, se distingue par un lieu et un enquêteur inhabituel puisque le principal protagoniste, un homme de théâtre respecté, est placé dans un asile pour soigner son alcoolisme consécutif à la mort de son épouse. PUZZLE POUR FOUS mise donc essentiellement sur un climat d’étrangeté pour convaincre le lecteur : l’intrigue en elle-même n’est pas des plus élaborée et s’avère fort classique dans son déroulement (suspects nombreux, testament égaré, phénomènes bizarres, second crime qui relance le récit, réunion des suspects, etc.) mais l’originalité du détective amateur rend l’ensemble intéressant. D’ailleurs celui-ci n’est pas infaillible car, s’il cerne les motivations du tueur et sa manière de procéder, il se trompe complètement sur son identité.

Le bouquin se situe ainsi à la croisée du policier classique, du thriller à suspense et de la romance puisque notre héros trouvera parmi les patientes sa future femme. Comment seront leurs aventures dans un cadre plus traditionnel ? Il faudra lire PUZZLE POUR ACTEURS afin de le découvrir mais cette première enquête s’avère divertissante pour les amateurs de whodunit à l’ancienne agrémenté d’une légère touche d’humour en dépit d’un climat pesant. 

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Golden Age, #Policier, #Whodunit

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Publié le 8 Avril 2019

LE CHEMIN DE LA FALAISE de Patricia Wentworth

Avec Patricia Wentworth nous sommes assurés d’un bon whodunit en forme de policier « cosy » avec tous les ingrédients indispensables de la recette. Alors, bien sûr, l’originalité n’est pas la principale qualité de cette intrigue qui nous présente une nouvelle famille dysfonctionnelle dans laquelle s’invite le crime. Rachel Treherne vit dans l’angoisse et reçoit des menaces de mort…qui deviennent chaque jour plus précises : un escalier ciré, des chocolats empoisonnés, des vipères sur son lit,… Elle contacte la détective privée Miss Silver et celle-ci débarque incognito dans un véritable panier de crabes. Car tous les membres de la famille de Rachel dépendent de son bon vouloir pour leurs dépenses quotidiennes et la supprimer résoudrait bien des problèmes. Nous avons le jeune homme tenté par le communisme (quelle horreur !), la demoiselle complètement stupide et dépensière, l’artiste raté, le type soumis à son épouse, la domestique louche,…Une belle galerie de suspects donc, tous pouvant en vouloir suffisamment à Rachel pour désirer la supprimer

Typiquement british, délicieusement suranné, les romans mettant en scène Maud Silver (créée deux ans avant sa collègue Miss Marple) possèdent toutes les qualités requises pour un bon moment de détente : des personnages certes clichés mais bien campé, un rythme appréciable (attention, on n’est pas dans du thriller hard boiled non plus), des rebondissements nombreux, une touche d’humour et bien sûr un coupable inattendu dévoilé dans les dernières pages. Bref, du classique, mais fort adroitement cuisiné par une spécialiste du whodunit. Miss Silver effectua d’ailleurs plus de trente enquêtes, de sa première apparition dans (le très moyen) LE MASQUE GRIS en 1928 à sa dernière dans MEURTRE EN SOUS-SOL en 1961, année du décès de Wentworth.

LE CHEMIN DE LA FALAISE constitue la troisième apparition de l’ancienne enseignante reconvertie dans la détection. Ce n’est certes pas un chef d’œuvre du genre mais il offre trois ou quatre heures d’évasion et de divertissement sans prétention dont il serait dommage de se priver  pour les amateurs de romans policier d’antan.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Golden Age, #Policier, #Whodunit, #Patricia Wentworth

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Publié le 5 Avril 2019

LE NOUVEAU MEMORIAL SHERLOCK HOLMES

Jacques Baudou, grand spécialiste de la paralittérature, proposa dans les années 80 quatre anthologies de nouvelles consacrées à Sherlock Holmes. LE NOUVEAU MEMORIAL SHERLOCK HOLMES, la deuxième de cette série, rassemble une dizaine de pastiches. « Celui que Jupiter veut perdre » invite les extraterrestres dans l’univers du limier de Baker Street pour expliquer comment le célèbre journaliste Isadora Persano devint fou devant une boite d’allumettes contenant un étrange vers inconnu des scientifiques. Le cas est évoqué dans le canon (dans « Le problème du pont de Thor ») et, depuis, plusieurs épigones de Conan Doyle on relevé le défi d’expliquer cette incroyable histoire. Celle proposée ici n’est pas très réussie mais la réponse expédiée au courrier des lecteurs de Galaxie à l’époque de sa publication (et reproduite ici) mérite le détour ! Isadora Persano revient dans « Le problème du Pont du sort, entre autres » attribué à PJ Farmer et qui tente d’expliquer comment Mr Phillimore est entré chez lui pour prendre son parapluie avant de disparaitre à jamais. On reste dubitatif.

Raffles, un gentleman cambrioleur proche de Lupin (il fut la principale inspiration pour Maurice Leblanc) et concurrent d’Holmes lui ravit la vedette dans un récit un peu laborieux qui, à nouveau, recourt aux extraterrestres pour expliquer les « trois échecs de Holmes ». Raffles fut d’ailleurs créé par le beau-frère d’Arthur Conan Doyle, Ernest William Hornung et on le retrouve dans « Raffles. L'énigme du bicorne de l'Amiral », où il est mis en échec par le docteur Watson et Conan Doyle lui-même. La nouvelle est plaisante, sans plus.

« L'aventure du ver extraordinaire » de Stuart Palmer, auteur bien connu de roman policier, nous permet de retrouver Isadora Persano (encore !) dans un récit assez alerte et divertissant, plus proche du « canon » que les élucubrations précédentes.

Ellery Queen tente, lui aussi, d’expliquer « La disparition de M. James Phillimore » dans une agréable pièce radiophonique (ici retranscrite) lorsque le fameux limier américain est confronté, au début des années ’40, à la disparition du petit fils de Phillimore. L’astuce utilisée semble évidente mais le tout est alerte, amusant et bien mené. Une réussite pour les infatigables cousins.

Arkadi Boukhov nous convie à assister à « La fin de Sherlock Holmes », le détective n’ayant plus aucun travail à accomplir puisque tous les criminels décident de se rendre d’eux-mêmes à la police. Une parodie jusqu’au boutiste du policier classique qui fonctionne agréablement, tout comme l’histoire d’Arthur Porges consacré à Stately Homes, pastiche évident de qui-vous-savez, héros de dix nouvelles dont seulement deux furent traduites en français.

Les « spéculations » sont des textes entre la nouvelle et l’article qui exposent des théories plus ou moins farfelues. Rex Stout, créateur de Nero Wolfe, imagine dès 1941 (soit trois quarts de siècle avant « Elementary ») que Watson ne peut être qu’une femme et il le prouve par diverses citations du Canon. L.W. Balley dans « L'énigme de l'énigme jamais mentionnée » fait de Sherlock la véritable identité de Jack l’Eventreur tandis que « le plus grand triomphe d'Adrian Mulliner » démontre que Sherlock et Moriarty ne faisaient qu’un. Enfin, « Mycroft Holmes. Un mystère élucidé » s’interroge sur l’identité du discret frère ainé qui était peut-être un ordinateur, une machine, Winston Churchill ou le chef des services secrets (comme Ian Flemming le rappellera via son « M »). Bref, des démonstrations farfelues, parfois amusantes, parfois un peu lourdes, qui intéresseront surtout les incollables du Canon.

Dans l’ensemble, LE NOUVEAU MEMORIAL SHERLOCK HOLMES offre un divertissement correct et rarement ennuyeux mais les nouvelles, certes sympathiques, s’avèrent souvent quelque peu décevantes et partent un peu dans tous les sens. Nous avons des hommages maitrisés, des délires plus ou moins déjantés qui fonctionnent plus ou moins bien, des pastiches, des hypothèses hardies, des clins d’œil (parfois très pointus) à destination des connaisseurs,…Au final le lecteur passe un bon moment mais reste quelque peu sur sa faim en dépit de l’une ou l’autre réussites incontestables. A réserver aux inconditionnels du limier de Baker Street.

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Publié le 26 Mars 2019

TOUR DE FORCE de Christianna Brand

Christianna Brand propose ici la sixième et dernière apparition de l’inspecteur Cockrill, cette fois en vacances dans la petite île de Suan Juan de Pirate. Il est accompagné d’un groupe de personnages excentriques : le couturier homosexuel Cecil, le musicien Leo Rodd privé de son bras suite à un accident et qui se console en draguant tous les jupons passant à proximité de son unique main, son épouse Helen qui se dévoue pour l’assister dans sa vie quotidienne et ferme les yeux sur ses incartades, la riche vieille fille Edith Trapp, la très réservée Vanda Lane, l’excentrique Louli Barker, femme fatale et romancière à succès et, pour les guider dans leur périple italien, le débonnaire Fernando Gomez. Bien sûr, un meurtre survient ! La pauvre Vanda Lane est assassinée mais Cockrill se heurte à un problème de taille : il ne peut en déterminer l’auteur. Et pour cause ! Tous les suspects se trouvaient sur la plage à portée de son regard et aucun n’a pu, apparemment, commettre le crime. Pourtant l’un d’eux a bien dû réussir ce tour de force. Reste à déterminer qui et surtout comment.

Ce whodunit traditionnel mais fort bien mené, avec une galerie de personnages adroitement brossés et une touche d’humour efficace, a tout pour plaire aux amateurs de policiers à l’ancienne. Cockrill reste un personnage attachant et l’enquête ne lésine pas sur les fausses pistes et les retournements de situation. Brand se permet d’ailleurs une première résolution très satisfaisante qui répond à toutes les interrogations mais constitue, en réalité, un piège destiné à démasquer le véritable meurtrier.

Comme tous les romans de « crime impossible », TOUR DE FORCE demande une certaine « suspension d’incrédulité » pour être pleinement apprécié mais s’avère, au final, un excellent divertissement. Le bouquin se lit pratiquement d’une traite et avance à un rythme soutenu en dépit de son côté langoureux induit par la situation initiale de nos vacanciers oisifs bronzant sous le soleil italien. Si la situation de départ rappelle MEURTRE AU SOLEIL, Brand montre ici qu’elle pouvait égaler sa consoeur Agatha Christie dans la confection d’un suspense parfaitement mené. Un classique qui n’a pas volé son titre de véritable « tour de force » de la littérature policière !

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Christianna Brand, #Golden Age, #Impossible Crime, #Policier, #Whodunit

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Publié le 8 Mars 2019

L’OUTSIDER de Stephen King

Après FIN DE RONDE, le lecteur a dit adieu à Bill Hodges mais pas à son amie détective Holly, laquelle n’intervient cependant qu’à la moitié de ce nouveau roman qui débute à la manière d’un « policier » classique. Du pur « procédural », avec la découverte du corps d’un petit garçon violé et assassiné dans un parc de Flint City et l’enquête, minutieuse, pour retrouver le coupable. Les témoignages et empreintes accusent rapidement l’entraineur de l’équipe sportive local, Terry Maitland, homme marié sans histoires aimé de tous. Si tout l’accuse, Terry possède pourtant un alibi parfait : sa présence, au moment du meurtre, à une conférence donnée à plus de 100 km par Harlan Coben. Terry a même été filmé et un livre trouvé sur place porte ses empreintes. Un alibi trop parfait ? Comment Terry aurait-il pu être à deux endroits à la fois ? L’inspecteur Ralph Anderson soupçonne que tout n’est pas normal dans cette histoire…de là à croire en des entités surnaturelles proches des vampires vus dans des films d’horreur mexicains il y a cependant un pas. Un pas qu’Holly, elle, peut franchir car elle a jadis été confrontée au paranormal.

King revient ici à un mélange de fantastique et de policier très efficace, un subtil équilibre entre le rationnel et le surnaturel qui commence à la manière d’un thriller pour basculer dans le fantastique teinté d’épouvante. Le King s’appuie à présent sur cinquante ans de métier et autant de romans avec, certes, quelques ratés mais une incroyable collection de classiques incontournables. Il maitrise toutes les ficelles de la narration et livre un condensé de son œuvre, passant du fantastique quelque peu tapageur de ses débuts au polar noir plus subtil qu’il semble priser depuis une bonne dizaine d’années. L’OUTSIDER n’est donc pas sans rappeler les grandes réussites de son rival Dean Koontz qui s’était un temps spécialiser dans ce style de récit aux indéniables qualités de « page turner ». Alors bien sûr l’écrivain se laisse parfois aller à délayer son récit, l’étirant sur près de 600 pages là où un rythme plus resserré (et un plus raisonnable 400 pages) n’aurait pas été de refus. Mais c’est devenu à ce point une habitude chez King de « prendre son temps » qu’on peut difficilement encore considérer cela comme un défaut. On parlera donc plus volontiers d’un style personnel, sans doute volontairement plus lent, plus posé, plus travaillé aussi, notamment dans la construction des personnages, que la majorité des thrillers fantastiques actuels. A plus de 70 ans, King ne changera sans doute plus sa méthode, sa recette pourrait-on dire, mais comme il reste le meilleur pour cuisiner ce genre de plat le lecteur ne s’en plaindra pas.

Dans L’OUTSIDER, forcément, Holly vole la vedette à l’inspecteur Anderson, sorte de substitut à Bill Hodges, pourtant bien campé. Mais rien à faire, on préfère Holly. Holly et ses manies, ses tics, ses petits carnets dans lesquels elle note les milliers de films qu’elles visionnent (notamment les Kubrick mais pas « Shining »… qu’elle n’aime pas évidemment).

En filigrane au fantastique, King scrute toujours l’Amérique, et reste toujours à l’écart des grandes villes : après le Maine il voyage cette fois vers le Texas aux côtés d’un paquet d’« Américains moyens », ni ange ni démon, qui ont subi les effets du 11 septembre et de la crise de 2008 sans s’en remettre vraiment. Des Américains prompts à lyncher le coupable désigné dans des scènes frisant l’hystérie collective. Mais des personnages bien brossés et loin de la caricature.

S’il n’est pas le meilleur livre de son auteur, L’OUTSIDER prouve néanmoins que le roi du fantastique en a encore sous le capot. D’ailleurs, dans son domaine, il ne connait aucun rival.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Fantastique, #Horreur, #Polar, #Policier, #Thriller

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Publié le 15 Février 2019

FIN DE RONDE de Stephen King

Après l’excellent MR MERCEDES, le second tome de la trilogie de Stephen King consacré au flic Bill Hodges (CARNETS NOIRS) avait déçu. Trop étiré, trop différent, il perdait le côté thriller surnaturel si réussi du premier volet. Pourtant, les dernières pages, prometteuses, annonçaient le retour de Brady, le fameux psychopathe adepte des voitures meurtrières surnommé Mr Mercedes. Si la tuerie date à présent de plusieurs années, elle continue d’affecter bien des infortunés ayant eu la malchance de croiser Mr Mercedes. Nous retrouvons ainsi Bill Hodges, policier à la retraite devenu détective privé en compagnie de la très bizarre Holly. Brady, pour sa part, est toujours alité à l’hôpital mais possède à présent la capacité d’investir mentalement divers gadgets, notamment de petites consoles de jeux portables. Il prend ainsi le « contrôle » d’une poignée d’individus qu’il pousse au suicide. Mais, en bon psychopathe, Brady a un plan à grande échelle…Peut-être pas la conquête du monde mais une vaste entreprise de destruction à laquelle seule Bill peut s’opposer. Un Bill à qui les médecins viennent de diagnostiquer un cancer. Un Bill en fin de ronde qui veut cependant régler ses comptes et partir en beauté.

Avec ce troisième tome, King change une fois de plus de registre et plonge dans un thriller techno geek horrifique proche de classique du cinéma comme « Patrick » ou « La grande menace ». Brady devient donc une menace grandissante auquel se confronte l’ancien flic atteint d’un cancer incurable. Bref, Bill n’a plus beaucoup de temps devant lui pour stopper le malade mental à présent doté de capacités télékinésiques. Le King a déjà abordé ce thème dans CARRIE et surtout CHARLIE mais, évidemment, les protagonistes de ces romans étaient bien plus fréquentables que l’infâme Brady.

Au final, cette FIN DE RONDE s’avère satisfaisante et certainement plus convaincante que CARNETS NOIRS. On reste néanmoins en deçà de Mr MERCEDES (sans doute un des meilleurs King du XXIème siècle) et le lecteur peut parfois ressentir un léger ennui (une fois de plus le King se permet pas mal de longueurs et de digressions pas toujours palpitantes en dépit de son talent de conteur). Tout cela est tempéré par le plaisir ressenti à retrouver cette petites « famille » dysfonctionnelle autour de Bill, en particulier Holly (qui reviendra dans le spin off THE OUTSIDER) et Jérome. Ce sont les personnages, plus que le récit en lui-même, qui fonctionnent ici et rendent la lecture de cette FIN DE RONDE constamment plaisante malgré l’une ou l’autre facilité et un scénario pas toujours très crédible. Mais qu’importe, au final, le lecteur passe un bon moment jusqu’au final où il faut bien se résoudre à dire au revoir au sympathique Bill.

Un mot sur l’adaptation télévisuelle à présent : si la première saison de « Mr Mercedes » suivait relativement fidèlement le bouquin, la deuxième saison (la série ayant fait l’impasse – on peut le comprendre – sur les CARNETS NOIRS) s’éloigne drastiquement du roman et, à mi-parcours, prend une tout autre direction pour un résultat décevant à l’intérêt très limité. Dommage.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Fantastique, #Policier, #Thriller, #Stephen King

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Publié le 25 Janvier 2019

LES MEURTRES DE L'EPOUVANTAIL de Joseph Commings

Joseph Commings (1913 – 1992) écrivit de nombreuses nouvelles policières assorties de chambres closes et autres crimes impossibles. Sa série la plus célèbre concerne le sénateur Brooks U. Banner, héros de 33 nouvelles publiées entre 1947 et 1984 (la 33ème le fut en 2004 de manière posthume). Roland Lacourbe en a sélectionné seize, réparties sur deux recueils : LES MEURTRES DE L’EPOUVANTAIL et LE VAMPIRE AU MASQUE DE FER.

Ce premier recueil débute par la toute première enquête du sénateur, « Meurtre sous cloche », une « chambre close » particulière puisqu’il s’agit d’un crime commis sous une énorme cloche de verre. Un bon début avec une fin ingénieuse quoique moyennement crédible.

Plus originale, « L’empreinte fantôme » illustre un meurtre commis au cours d’une séance de spiritisme dont tous les participants sont sanglés dans des camisoles de force. Or même Houdini pouvait certes s’en échapper mais surement pas en remettre une dans de telles conditions. Qui a donc pu tuer et comment ? Une solution originale (inédite ?) et ingénieuse, cette fois tout à fait plausible à condition de laisser parler son imagination. Et n’est-ce pas le propre des crimes impossibles de titiller la plausibilité pour le plaisir de suivre l’auteur dans les méandres de son cerveau ?

« Le spectre du lac », plus courte que de coutume (les nouvelles faisant en moyenne une trentaine de pages) fonctionne sur le principe de la malédiction et de l’atmosphère, la solution étant évidente (il ne peut y en avoir d’autre) en empruntant à une célèbre enquête de Sherlock Holmes, le « Problème du pont de Thor ». Agréable, sans plus.

« La légende du moine noir » tutoie l’excellence : situation insolite, décor macabre, personnages pittoresques, malédictions et légendes pesantes, disparition impossible d’un moine meurtrier dans une pièce close, solution à la simplicité déconcertante et à l’efficacité totale…Un classique de la « chambre close ».

Classique mais bien mené, « Les meurtres de l’épouvantail », qui donne son titre au recueil, constitue un fort bon récit à l’atmosphère bien développée. Après la mort de Beverly, son frère Hudson est à son tour assassiné. Les traces du meurtrier conduisent à un épouvantail isolé au milieu d’un champ. Devant cette menace apparemment surnaturelle, le sénateur Banner enferme tous les habitants d’une maison pour dissuader l’assassin de récidiver mais une jeune femme est agressée à nouveau…elle identifie le coupable comme un épouvantail ! Cette longue nouvelle (35 pages) capture joliment l’atmosphère de superstition et de suspicion jusqu’à une chute étonnante et bien amenée. Du grand art.

Plus courte et moins originale, « Feu sur le juge » se montre cependant efficace : après avoir manifesté son intention de fermer un théâtre présentant des spectacles « licencieux », le juge Hawthorne reçoit des menaces de mort. Il s’enferme dans un petit pavillon gardé par des policiers conduits par le sénateur Banner. Pourtant, le juge sera retrouvé abattu de trois balles de révolver…Une intrigue classique et un « truc » vieux comme le récit de chambre close mais l’art et la manière de Commings font la différence et rendent le tout agréable à lire.

« Meurtre au champagne », une autre courte nouvelle, voit une actrice découverte morte mystérieusement…la seule arme envisagée est une bouteille de champagne mais des analyses démontrent qu’elle n’était pas empoisonnée. Alors comment a pu procéder le meurtrier ? Ce récit plaisant mais mineur fonctionne sur la méthode originale utilisée par l’assassin pour commettre son crime en chambre close.

L’ultime récit, « Une dame de qualité », s’éloigne des crimes impossibles pour plonger dans le récit d’espionnage à base de documents volés et de séduisantes espionnes. Malheureusement, ce n’est pas une grande réussite et on peut penser que le sénateur Banner se montrait plus à son aise dans la résolution d’insolubles problèmes, ce que confirme d’ailleurs la postface. Une relative fausse note pour terminer cette anthologie sinon d’excellente tenue complétée par des résumés et de courts avis sur les 32 enquêtes du sénateur.

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