policier

Publié le 12 Mai 2021

ELLE NOUS EMPOISONNE de Joanna Cannan

Née en 1896, Joanna Cannan débute sa carrière en 1922 et va livrer environ un roman par an jusqu’en 1961, année de son décès suite à la tuberculose. Dès 1929 elle rédige des romans policiers mais c’est la saga de l’inspecteur Ronald Price qui lui assure une certaine notoriété. ELLE NOUS EMPOISONNE constitue la première des cinq enquêtes de Price (la seule traduite en français).

Le personnage s’avère savoureux et original : il s’agit d’un horrible gauchiste amené à enquêter dans la grande demeure, reconvertie en pension, d’aristocrates désargentés suite à la Seconde Guerre Mondiale. Price ne peut, dès lors, s’empêcher de trouver ce petit monde affreux : des maitres et des serviteurs, des chatelains qui partent à la chasse à courre malgré la mort d’une de leur pensionnaire, des pièces si grandes qu’elles pourraient abriter des familles entières de travailleurs, des repas somptueux (que notre hypocrite détective désapprouve vigoureusement mais déguste avec plaisir),…Bref, un inspecteur absolument insupportable, bouffi de prétention, aveuglé par ses préjugés politiques, cataloguant immédiatement les suspects (le vieil aristocrate forcément à demi-sénile, la chatelaine qui l’a épousée pour son argent, etc.) et soucieux de faire cadrer les faits avec ses convictions (tout en se félicitant que certains puissent différencier les faits et les impressions). Le détective, gangréné par un gauchisme maladif, devient dès lors très drôle et le roman n’hésite pas à le ridiculiser pour amuser le lecteur.

Autre protagoniste original, Bunny, la paresseuse et sensuelle épouse qui porte des robes trop courtes, y compris en période de deuil, et prend son petit déjeuner au lit, habitude détestable qui s’explique par ses origines françaises et sa vie trop légère sur la Riviera.

Dans l’ensemble, ELLE NOUS EMPOISONNE constitue un roman policier plaisant et fort porté sur la satire, aucun intervenant ne semble recueillir les faveurs de l’auteur qui déroule donc joyeusement son petit jeu de massacre jusqu’à sa conclusion. Un cosy murder typique, ni particulièrement original ni franchement mémorable mais qui se distingue des nombreux bouquins similaires par son humour grinçant et ses commentaires socio-politiques acides.

Voir les commentaires

Rédigé par hellrick

Publié dans #Policier, #Whodunit

Repost0

Publié le 7 Avril 2021

FLETCH ET LES FEMMES MORTES de Gregory McDonald

Dans cette nouvelle aventure, Fletch s’invite dans une campagne politique. Une femme est tombée d’un immeuble où se trouvait Caxton Wheeler, candidat à la présidence des Etats-Unis. Fletch devient donc organisateur de campagne pour le compte de Wheeler tout en essayant de résoudre une série de meurtres. En effet, le détective découvre rapidement que l’équipe politique, en allant de villes en villes, laisse derrière elle une série de femmes mortes. Mais une équipe de campagne compte une bonne centaine de membres et la plupart paraissent suspects alors comment résoudre l’énigme sans compromettre les chances d’élections de Wheeler ?

Avec ce roman l’auteur nous plonge dans une campagne politique à l’ancienne mais déjà marquée par les travers qui deviendront de plus en plus prégnants, à savoir les coups bas des candidats pour détruire la réputation de leurs adversaires. Engagements et convictions n’ont, dès lors, que peu d’importance et McDonald décrit avec humour le cirque politique qui s’apparente à une sorte de show rock & roll démesuré…on trouve même des groupies de politiciens ! Les considérations sur la manière dont vont se gagner les élections futures et l’importance croissante de la technologie (le roman date de 1983) paraissent assez pertinentes et prémonitoires.

Et l’intrigue policière ? Disons qu’elle n’est pas la priorité de l’auteur. Cependant, elle reste satisfaisante et quoique menée en dilettante n’est pas traitée par-dessus la jambe. La recherche du coupable parait néanmoins presque superflue et McDonald prend surtout le temps de démonter les mécanismes politiques. Comme dans les précédentes aventures de Fletch, il use de bons mots, de situations amusantes et d’un humour volontiers caustique. Ceux qui recherchent uniquement le « whodunit » pourraient se sentir un brin floué mais les lecteurs désireux de lire une satire socio-politique enlevée et bien menée, additionnée d’une intrigue policière correcte rendue très vivante par la personnalité bien trempée des protagonistes, passeront un bon moment. Un divertissement intelligent, comme on dit.

Voir les commentaires

Rédigé par hellrick

Publié dans #Humour, #Policier, #Whodunit

Repost0

Publié le 5 Avril 2021

A L’HOTEL BERTRAM d'Agatha Christie

Roman tardif d’Agatha Christie, A L’HOTEL BERTRAM est publié en 1965 en Angleterre. Autant dire que l’époque a beaucoup changé depuis les whodunit du « Golden Age ». Cependant, l’hôtel Bertram demeure un lieu quasiment inchangé, un vestige du passé fréquenté par les ladies bien habillées, les ecclésiastiques, les anciens officiers de l’armée de sa majesté, les jeunes filles de bonne famille, etc. On y sert le thé accompagné de véritables muffins, on y déguste d’authentiques déjeuners anglais, bref tout y est « cosy ». C’est donc le décor idéal pour un « cosy murder mystery » et lorsque Miss Marple débarque dans cette capsule temporelle londonienne les événements mystérieux se multiplient : disparition d’un chanoine, jeune fille agressée, portier tué, bandits cachés parmi la clientèle supposée huppée,…

Intrigue classique avec son lot de rebondissements (pas toujours totalement vraisemblables mais ce n’est pas si important que ça, le livre étant clairement ludique et voulu comme un pur divertissement), présence comme souvent restreinte de Miss Marple (peu présente durant la majeure partie du roman), révélations finales légèrement alambiquées,… Le roman n’innove guère et ne peut prétendre au rand de classique mais s’avère toutefois fort plaisant.

En filigrane mais de manière sans doute plus intéressante et « historique » se dessine le portrait d’une Angleterre en pleine (r)évolution : jeunes gens aux cheveux longs, blousons de cuir et musique des Beatles. Le monde a changé : les vieilles ladies qui dégustent leur thé accompagné de muffin et les anciens militaires qui lisent leurs journaux en fumant un cigare n’y ont plus leur place. L’hôtel Bertram qui, trente ans plus tôt, aurait constitué le décor idéal d’un roman policier « golden age » se révèle n’être plus que ça : un décor ! D’ailleurs trop parfait pour être honnête ou réel. Les portiers stylés et les majordomes impeccables ne peuvent plus exister dans l’Angleterre des années ’60, ils sont donc, forcément, les acteurs d’une vaste machination policière. D’où un côté théâtral et presque autoparodique du récit.

Quelques personnages excentriques se retrouvent, eux aussi, en séjour à l’hôtel Bertram : une riche héritière plusieurs fois menacée de mort, sa mère, aventurière et coutumière du scandale, un chanoine constamment distrait, un coureur automobile (et de femmes !) et, forcément, Miss Marple. Laquelle, comme souvent, intervient finalement assez peu. Il faut dire que, durant les trois quarts de l’intrigue, peu d’événements marquants surviennent : l’ecclésiastique disparait, l’héritière tente de gagner l’Irlande après avoir volé un bijou,…Pendant ce temps, on apprend un nouveau vol spectaculaire d’un train postal. Bien sûr, tout est lié. Au final et après un meurtre apparemment commis au hasard, Miss Marple dénouera l’énigme.

En résumé, un roman à la fois très traditionnel et relativement original que l’on pourrait qualifier, à coup de mots modernes, de « méta » ou de « réflexif ». Pas renversant mais tout à fait agréable à lire et c’est bien l’essentiel.

Voir les commentaires

Rédigé par hellrick

Publié dans #Agatha Christie, #Policier, #Whodunit

Repost0

Publié le 31 Mars 2021

LA NUIT DU 12 AU 13 de Stanislas André Steeman

Steeman propose, avec ce roman, une tentative d’humanisation du récit policier d’énigme : il veut donner de la consistance à ses personnages et s’éloigner du « simple » problème à la façon d’un puzzle. Une première version du bouquin date de 1931 mais Steeman le réécrit à la fin des années 40 en vue de son adaptation cinématographique sous le titre de « Mystère à Shanghai ». A l’époque il était impossible d’envisager un trafic de drogues à Anvers (hum !) et l’écrivain déplace donc l’action de son récit à Shanghai. Une bonne idée puisque l’atmosphère très « péril jaune / Fu Manchu » du livre constitue une de ses réussites.

Le début se montre par conséquent classique : un homme d’affaires, Herbert Aboody, établi à Shanghai, est menacé par le Dragon Vert, un maitre chanteur qui exige 50 000 dollars…sinon Aboody sera abattu durant la nuit du 12 au 13. Le secrétaire d’Aboody, Steve, requiert l’aide du fameux détective Mr Wens qui se propose d’exercer la fonction de garde du corps pendant la nuit fatidique. En parallèle, le commissaire Malaise essaie de démanteler un trafic d’opium…Diverses aventures trouveront leur résolution au fil des pages.

Avis mitigé concernant ce roman qui commence bien mais se perd un peu en route : si l’intrigue de base est assez simple, Steeman brouille ensuite les pistes en ajoutant au chantage des sous-intrigues concernant des bijoux volés, de l’opium, etc. L’auteur donne aussi dans le méli-mélo amoureux à base d’adultère et de trahisons diverses. Malheureusement tout cela accentue le côté daté des péripéties.

De son côté, Mr Wens occupe peu l’espace, il passe la majeure partie du roman hospitalisé après avoir été gravement blessé…Le roman est donc une curiosité, servi (ou desservi selon les opinions) par des dialogues travaillés et souvent amusants mais qui ne sonnent guère réalistes, avec souvent un argot ayant fatalement vieilli (« être poivre » veut donc dire être ivre !).

Très théâtral, LA NUIT DU 12 AU 13 ne retrouve pas le charme de L’ASSASSIN HABITE AU 21 ou la construction ingénieuse de SIX HOMMES MORTS. Cette lecture reste plaisante mais peut donc, également, décevoir ce qui, à mon humble avis, me conforte dans l’avis que Steeman peut, selon son inspiration, se montrer excellent, tout juste passable ou, comme ici, simplement moyen.  

Voir les commentaires

Rédigé par hellrick

Publié dans #Golden Age, #Policier, #Whodunit

Repost0

Publié le 17 Mars 2021

LA SOLUTION FINALE de Michael Chabon

Etrange roman (court) qui se veut un hommage à Conan Doyle dont on retrouve le personnage le plus célèbre (mais qui ne sera jamais nommé !) pour une dernière enquête au sujet d’un perroquet disparu doté d’une mémoire prodigieuse. Des codes secrets qui pourraient changer le cours de l’histoire interviennent mais, en dépit du sous-titre « roman d’énigme », l’aspect policier semble anecdotique. Nous sommes au début de la Seconde Guerre Mondiale. L’été est chaud et un homme fort âgé, lisant un journal consacré aux abeilles, remarque un enfant qui porte un beau perroquet sur son épaule. Notre homme a « bâti sa réputation grâce à une brillante série d’extrapolations à partir d’improbables associations de faits ». L’enfant, Linus Steinman, est un Juif et son perroquet se nomme Bruno. Il vaut dans la famille Panicker, dans une sorte de pension où un certain Shane est assassiné mystérieusement. Peu après Bruno disparait…

Le livre, pas désagréable et même plutôt plaisant, manque néanmoins de « peps » : jamais nous ne retrouvons le côté surprenant des véritables énigmes de Sherlock Holmes. L’enquête, en réalité, passe définitivement à l’arrière-plan, elle s’avère quasiment accessoire, pour ne pas dire traitée par-dessus la jambe. En guise de clin d’œil au PROBLEME FINAL de Conan Doyle, Chabon délivre une SOLUTION FINALE forcément imprégné de la judaïcité qui transparait dans toutes ces œuvres, des plus réussies (LES EXTRAORDINAIRES AVENTURES DE KAVALIER & CLAY) à celles qui tombent des mains (LE CLUB DES POLICIERS YIDDISH pourtant récompensé par le Hugo, le Locus et le Nebula).

L’auteur effectue le choix d’un roman court (150 pages), format ayant donné de belles réussites mais qui, ici, parait inapproprié : le récit semble trop étiré pour une bonne nouvelle policière ou, au contraire, trop ramassé pour un roman développé tant de nombreuses questions demeurent sans réponses. Le final, d’ailleurs, laisse le lecteur un brin perplexe avec un côté « tout ça pour ça » légèrement frustrant.

LA SOLUTION FINALE s’annonçait comme un hommage à Sherlock Holmes plongé, en pleine retraite, dans une énigme liée à la Seconde Guerre Mondiale mais tout cela reste décidément au niveau des intentions tant ce petit livre manque de clarté et laisse dubitatif. Selon son humeur on peut donc le considérer come une demi-réussite (ou un demi-échec)…

Voir les commentaires

Rédigé par hellrick

Publié dans #Historique, #Policier, #Roman court (novella), #Sherlock Holmes

Repost0

Publié le 14 Février 2021

LES MEMOIRES DE L'HOMME ELEPHANT de Xavier Mauméjean

Pour son premier roman, Xavier Mauméjean nous propose de découvrir les mémoires (fictives) de John Merrick, plus connu dans l’inconscient collectif comme Elephant Man. Merrick a quitté l’univers des fêtes foraines où il était exhibé en tant que « monstre » pour mener une existence éloignée de la populace sous la surveillance du docteur Treves. Il vit ainsi dans l’hopital de Whitechapel et exerce les fonctions de « détective consultant ». Tout comme Sherlock Holmes il pourrait rédiger une monographie sur les cendres de cigares et n’a besoin que de son esprit affuté pour démasquer les criminels retors qui hantent Londres à la fin du XIXème siècle. Durant la dernière année de vie de Merrick, ce-dernier va ainsi résoudre quatre affaires criminelles, une par saison, tandis que sa personnalité semble se dissoudre pour laisser place à une entité plus puissante, la divinité Ganesha autrement dit le Dieu Elephant. Voici qui ajoute un côté fantastique, réel ou fantasmé, et une trame plus universelle dans un récit sinon proche des standards du « détective en fauteuil ».

Le récit alterne donc des passages d’une lecture aisée, proches du policier « classique », avec d’autres beaucoup, plus complexes et exigeants, qui n’hésitent pas à se montrer philosophiques ou poétiques. Le roman comprend aussi de nombreuses références historiques ou cinéphiliques (certaines évidentes comme cet accident de grossesse ayant causé la difformité du héros qui provient directement du film de David Lynch...et qui en réalité est issue de la véritable biographie de Merrick! ) et d’autres plus littéraires ou religieuses, en particuliers avec la mythologie liée à Ganesha.

Le roman demande par conséquent une certaine attention, nous ne sommes pas dans le « easy reading », il y a des notions historiques, politiques, etc. qui exigent du lecteur une réelle implication. Le style se montre, lui-aussi, de haut niveau, avec des phrases travaillées, un vocabulaire précis et parfois peu usité,…Mauméjean a toujours démontré ses talents formels et, dès ce premier roman, il s’impose comme un styliste doué qui propose une œuvre policée et de grande qualité.

Bien sûr, le livre peut, pour certains, avoir les défauts de ses qualités : ceux qui en attendent un simple décalque de Sherlock Holmes avec John Merrick pour héros (ou un texte proche du steampunk pour simplifier) risquent d’être décontenancés par les digressions de l’auteur ou parfois perdus dans les méandres de sa pensée. Mais, en dépit de passages ardus, LES MEMOIRES DE L’HOMME ELEPHANT reste un roman réussi, convaincant, qui embrasse plusieurs genres : le policier, le fantastique, l’histoire, l’essai « philosophique » et théologique même…bref, une lecture intelligente mais cependant divertissante et suffisamment marquante pour mériter l’investissement nécessaire à sa bonne compréhension. Recommandé.

Voir les commentaires

Rédigé par hellrick

Publié dans #Fantastique, #Historique, #Policier

Repost0

Publié le 3 Février 2021

L'EMPREINTE DE LA JUSTICE de Ngaio Marsh

Dix-huitième roman de la série d’enquêtes menées par l’inspecteur Roderick Alleyn, L’EMPREINTE DE LA JUSTICE, bien que publié en 1955, garde toute l’ambiance des whodunit du « golden age ».

L’intrigue nous conduit dans une petite communauté rurale, Swevenings, au sein d’un petit groupe de suspects. C’est là que le colonel Carterette, un fanatique de la pèche, a été assassiné. Alleyn va, bien sûr, mettre à jour une série de secrets enfouis et en particulier la possibilité d’un acte de trahison jadis commis par un notable et que le colonel s’apprêtait à dévoiler dans ses mémoires.

Les « usual suspects » sont donc de sortie : un ancien militaire de la Navy, une lady locale et son fils récemment élevé au rang de « Sir », une infirmière prenant de l’âge, un jeune couple romantique avec des problèmes familiaux à la Roméo et Juliette, un voisin bougon,…

« Scales of justice », le titre original à double sens, révèle davantage un des éléments clés de l’enquête, à savoir le fait que les écailles (« scales ») de poisson soient aussi dissemblables entre elles que les empreintes digitales. Car une truite d’une taille exceptionnelle, surnommée « La vieille », joue un rôle central dans l’histoire et dans la rivalité entre plusieurs villageois.

« Swevenings est décidément un très petit village », déclare un des personnages tandis que le livre nous apprend, à quelques pages de la fin, qu’il n’y a plus beaucoup de gentlemen et que les plus nantis sont souvent les plus décevants. Bref, L’EMPREINTE DE LA JUSTICE, datant de l’après Seconde Guerre Mondiale, illustre bien la fin du « Golden Age » de la littérature policière : les aristocrates bien sous tous les rapports d’hier ont laissé place à des arrivistes qui se déchirent pour grapiller les miettes d’une richesse s’en allant à vau l’eau.

Au final une lecture divertissante et plaisante qui manque peut-être un peu de rebondissements et souffre d’une enquête légèrement flegmatique mais qui parviendra certainement à satisfaire les amateurs de whodunit traditionnel et de « cosy murders » à l’anglaise. Classique et fun.

Voir les commentaires

Rédigé par hellrick

Publié dans #Golden Age, #Policier, #Whodunit

Repost0

Publié le 17 Janvier 2021

UN MEURTRE EST-IL FACILE? d'Agatha Christie

Dans l’esprit des « Miss Marple » (il fut d’ailleurs adapté dans le cadre de la série Miss Marple de 2009), voici une plaisante enquête au cœur d’un petit village anglais, théâtre idéal pour un (ou plutôt des) cozy murder(s). Le début de l’intrigue se montre immédiatement original et intrigant. Le héros, Luke, rencontre une vieille demoiselle, la mal / bien nommée apprentie détective Pinkerton, laquelle se rend à Scotland Yard pour y raconter ses soupçons à l’encontre d’une personnalité bien connue de son village. La vieille dame affirme, en effet, qu’une série de morts supposées accidentelles cache, en réalité, des meurtres commis par la même personne qu’elle se refuse à nommer. Luke prend tout cela pour des fariboles mais, peu après, il apprend que miss Pinkerton a été renversée par un chauffard ayant pris la fuite…Et si elle avait eu raison ?

Roman typiquement british dans la tradition d’Agatha Christie, UN MEURTRE EST-IL FACILE aurait pu être la dernière enquête de Miss Marple tant la Pinkerton rappelle la vieille demoiselle. Mais, cette fois, celle-ci meurt avant d’avoir pu résoudre le mystère, laissant l’enquête à un homme rencontré, par hasard, dans un train.

L’ambiance campagnarde est, comme toujours, bien rendue, avec ce fond de superstitions qui trainent dans la région, permettant au héros, Luke, de venir enquêter incognito en prétextant l’écriture d’un livre sur le surnaturel, ce qui donne un petit cachet supplémentaire au récit imprégné des légendes locales. Le roman se base également sur une série de meurtres tous, au départ, considérés comme accidentels. Les suspects principaux sont le très maniéré Lord Whitfield, le major Horton dont l’épouse est morte d’une gastrite suspecte, le docteur Geoffrey Thomas, l’avoué Abbott, passionné de courses de chevaux et Ellsworthy, un antiquaire qui organise des cérémonies pas très catholiques au bien nomme Pré aux sorcières.

Comme toujours, l’enquête s’avère rondement menée, les pistes sont adroitement disséminées pour orienter le lecteur dans la bonne direction et, comme l’auteur joue franc-jeu, il est possible de deviner une grande partie de la solution juste avant le principal protagoniste. Mais quelques révélations supplémentaires viendront éclairer la résolution dans les dernières pages. Un très bon policier classique.

Voir les commentaires

Rédigé par hellrick

Publié dans #Agatha Christie, #Golden Age, #Policier, #Whodunit

Repost0

Publié le 28 Décembre 2020

ORAGE SUR LA GRANDE SEMAINE de Marcel Lanteaume

Marcel Lanteaume reste un écrivain très mystérieux et aujourd’hui hélas oublié. Né en 1902 (et décédé en 1988), il écrira plusieurs romans policiers pour distraire ses compagnons de Stalag entre 1940 et 1942. Après-guerre, trois d’entre eux furent publiés dans la collection « Le Labyrinthe » mais souffrirent de ventes insuffisantes. Le romancier cessa alors d’écrire et, selon la légende (et son fils), détruisit alors au moins cinq manuscrits ! Des trois romans existants, l’un reste quasiment introuvable (LA 13ème BALLE), les deux autres ayant été réédités au Masque à la fin des années ’90.

ORAGE SUR LA GRANDE SEMAINE constitue un parfait exemple de « chambre close » : deux frères, Marc et Edgar Kuss, invitent quelques personnes, dont le détective privé Bob Slowman et son biographe Charles Termine à diner. Une amie des frères, l’actrice américaine Gertrud Ross, est également de la partie. Mais la jeune femme, enfermée dans la salle de bain, est brutalement assassinée alors que pièce ne comporte aucune issue excepté une porte constamment surveillée par les convives. Slowman mène l’enquête et découvre que la maison servait jadis à des cultes sataniques. De plus un ancien amant de Gertrud, « initié » aux arts noirs, voulait sa mort. Tout comme un mystérieux « club des 9 », un réseau d’espionnage à qui Gertrud a dérobé d’importants documents. Ou encore José Montero, un gangster que la belle avait doublé ! Si les suspects ne manquent pas, restent à déterminer qui est l’assassin, et surtout comme il a pu agir.

Après un excellent démarrage, l’enquête patine un peu et le lecteur peut se sentir quelque peu dérouté, voire perdu, devant la multiplication des personnages et de leurs mobiles. Heureusement Bob Slowman (avatar transparent de l’auteur Lenteaume) nous offrira quelques belles démonstrations de son talent, avec, en outre, l’explication d’un fameux numéro d’illusionniste. Si la partie centrale du roman reste en deçà de son entrée en matière fracassante et de sa conclusion, elle reste, toutefois, agréable à lire.

Le meurtre impossible en chambre – pardon, en salle de bain ! – close se verra finalement et logiquement expliqué dans les dernières pages. Beau joueur, l’écrivain avait offert, peu avant, un énorme indice afin d’orienter le lecteur vers l’explication. Mais le familier du genre avait probablement deviné l’essentiel assez rapidement : il est, en effet, vite évident qu’une seule solution est possible. Car, c’est le paradoxe (ou pas ?) du genre : plus la situation parait inextricable et moins il existe de possibilité réelle pour le criminel d’avoir procédé pour commettre son méfait. Lorsqu’une pièce est « simplement » close le problème se montre, au final, plus compliqué à résoudre que lorsque l’auteur multiplie les impossibilités : une pièce petite, sans cachette possible, sans fenêtre, dont l’unique porte d’entrée est surveillée par plusieurs témoins dignes de foi. En appliquant la méthode dite de « Sherlock Holmes » et en étant attentif aux indices dissimulés (mais relativement transparent) par l’auteur, le lecteur devrait parvenir à résoudre le mystère. L’écrivain prend d’ailleurs la peine d’inclure un de ses fameux défis, si cher à Ellery Queen, pour lui signaler le moment où, ayant tous les indices en sa possession, il peut découvrir le qui, le comment et le pourquoi.

Si ORAGE SUR LA GRANDE SEMAINE reste en deçà de TROMPE L’ŒIL, le 3ème roman de Lenteaume à la solution stupéfiante, il n’en demeure pas moins un classique francophone du crime en chambre close.

Voir les commentaires

Repost0

Publié le 22 Décembre 2020

A CHRISTMAS CAROL de Jacques Sadoul

Revoici Carol Evans, ex-agent des services spéciaux, reconvertie, surtout par ennui, détective. Lorsque Dyan Marley est retrouvée étranglée dans sa chambre new-yorkaise, Carol Evans se lance sur la piste du meurtrier, un tueur en série surnommé le Lady Killer. Mais Carol rencontrera sur sa route des flics pas toujours très honnête, des criminels de Harlem, la Mafia et, également, une mannequin noire, Sharon Clarke, qui ne laisse pas indifférente Carol.

Avec la série des « Carol », Jacques Sadoul nous offre un beau personnage de détective bad-ass, sorte de version féminine (et lesbienne) de Mike Hammer. Autrement dit, la demoiselle utilise aussi bien son cerveau que ses poings et, accessoirement, le reste de son corps, d’ailleurs fort attrayant. Raconté à la première personne, le récit ne lésine pas sur un certain humour pas toujours politiquement correct (une autre époque) car Carol n’aime pas grand monde : ni les Noirs, ni les Hispaniques, ni les « gouines non maquillées », ni les communistes. D’ailleurs elle ressasse régulièrement la décadence de l’Amérique, tombée sous l’emprise de l’immonde pensée Rouge et se désole de la nullité de tous ses présidents de gauche, « excepté Reagan qui était correct ».

L’intrigue, pour sa part, se montre bien construite et complexe, à mi-chemin entre le polar hard-boiled et le policier d’énigme plus classique, dans la tradition des grands anciens à la Chandler ou Spillane. Le lecteur peut d’ailleurs se perdre dans un dédale qui mêle trafic de drogue, serial killer, guerre des gangs, etc. Sadoul, grand seigneur, récapitule heureusement les faits à deux reprises pour permettre à chacun d’emboiter les pièces. En parlant d’emboitage, Carol, pourtant ouvertement raciste, tente durant tout le roman de gagner les faveurs d’un mannequin noire au vocabulaire des plus fleuris. Ce qui donne de nombreuses scènes savoureuses entre séduction et disputes façon « comédie de mariage » (ou plutôt de couchage !). L’atmosphère de Noel et les excès de la période sont également bien rendus, ce qui offre une toile de fond plaisante qui justifie le titre en forme de calembour.

Enlevé, divertissant et bien mené, A CHRISTMAS CAROL constitue donc le polar idéal pour accompagner des fêtes de fins d’années confinées. A déguster sans modération.

Voir les commentaires

Rédigé par hellrick

Publié dans #Humour, #Jacques Sadoul, #Polar, #Policier

Repost0