policier

Publié le 27 Mars 2020

LE MAJOR PARLAIT TROP d'Agatha Christie

Miss Marple, en voyage dans les Caraïbes au milieu d’une bande de vieux vacanciers (« entre 30 et 40 ans » pour la plupart !) écoute les confidences et autres histoires du vieux major Pulgrave. Ce-dernier aurait vécu bien des aventures et aurait même connu un meurtrier. Seulement, chez Agatha Christie, il n’est jamais bon de se montrer trop bavard. Et notre major parle trop, définitivement. Du coup quelqu’un le fait taire, là aussi définitivement. Au départ chacun pense à une mort naturelle, le major ayant des problèmes de tension selon la rumeur. Mais, en réalité, ce n’était que cela : une rumeur, et notre vieux militaire semblait en excellente santé. Pour la vieille détective, il y a là anguille sous roche, ce que confirme l’assassinat d’une femme de chambre…un coup de couteau ne peut décemment passer pour accidentel. Du coup, Miss Marple va devoir empêcher l’hécatombe de se poursuivre…

Changement de décor pour cette aventure, on quitte l’habituel petit village anglais de St Mary Mead pour un hôtel luxueux sous les tropiques (le cadre de ce « Caribbean Mystery » évoque quelque peu la série télévisée « Meurtres au Paradis », l’ile fictive de Saint Honoré de Christie étant proche de la Sainte Marie de la série télévisée). Mais comme le dit la vieille fille, « la nature humaine est partout la même » et Jane Marple a tôt fait de rapprocher les différents vacanciers des habitants de son petit bled. Le couple qui bat de l’aile, la femme fatale sur la pente descendante et tous les autres protagonistes cachant de petits (et plus graves) secrets.

Ce neuvième des douze romans consacrés à Marple (le dernier étant posthume), reprend la recette éprouvée de la galerie de personnages bien typés, des rebondissements nombreux, une pincée d’humour et des crimes multiples qui relancent régulièrement l’action. Comme souvent, Marple tend un piège à l’assassin en s’identifiant au final à la déesse de la vengeance Némésis. Sans être l’énigme la plus complexe de Christie, ce roman (dont la location exotique aurait très bien convenu à Poirot) reste cependant un divertissement policier tout à fait estimable qui se lit d’une traite.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Agatha Christie, #Policier, #Whodunit

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Publié le 18 Mars 2020

HISTOIRES MYSTERIEUSES d'Isaac Asimov

Réédité en un seul épais volume, les deux tomes des HISTOIRES MYSTERIEUSES d’Asimov rassemblent les textes du Docteur mêlant science-fiction et policier. Les plus intéressantes donnent la vedette à Wendell Urth, spécialiste des extraterrestres n’ayant jamais, par peur des moyens de transport, quitté son petit chez lui. Asimov pousse ici à son paroxysme le principe du « armchair detective » des romans whodunit de l’âge d’or puisque notre héros résout toutes les énigmes insolubles sans bouger de sa maison.

D’autres nouvelles fonctionnent sur l’humour et se moquent gentiment des milieux scientifiques (« La cane aux œufs d’or ») ou se basent sur des calembours (« Cache-cash »). « Le patronyme accusateur », histoire purement policière mais basée sur la science, annonce les solutions à la fois astucieuse, évidente (une fois la chute dévoilée) et amusante du Club des Veufs Noirs tandis que « A port Mars sans Hilda » se veut un pastiche gentiment coquin (ça reste ultra soft, Asimov oblige) de James Bond mais ne réussit pas à convaincre. Comme dans les classiques du policier, Asimov joue « fair play » et offre aux lecteurs la possibilité de résoudre les énigmes proposées…bien peu y arriveront évidemment !

On retrouve également une historie de pure sf, « Au large de Vesta », qui ne comporte pas d’élément policier (mais reste construite comme un puzzle à résoudre). Explication à cette inclusion ? Asimov reviendra en guise d’hommage à ce texte de jeunesse 20 ans plus tard avec « Anniversaire » dans lequel un trio d’astronautes (les survivants miraculés de la nouvelle précédente) se lance sur la piste d’un mystérieux objet de grande valeur disparu dans la destruction de leur vaisseau. Technologiquement bien daté (même si Asimov avait imaginé un Internet très primitif avec son omniscient ordinateur Multivac) mais plaisant. Deux nouvelles (Le très réussi « Mortelle est la nuit », le plaisant « La poussière qui tue ») traitent de sujets similaires : un individu pense commettre un crime parfait mais un détail révélateur accuse le criminel. Dans les deux cas ce sont les habitudes, liées aux voyages spatiaux, qui incriminent le coupable. Dans « Le carnet noir » un homme invente le voyage temporel et en profite pour « simuler » sa mort à des fins publicitaires en profitant de la création d’un « double » temporel. Amusant en dépit d’un côté très prévisible un peu gênant.

« La clé » donne à nouveau l’occasion à Wendell Urth de résoudre une énigme d’apparence insoluble (la localisation d’un artefact extraterrestre) tandis que la « Boule de billard » utilise les théories de la physique pour permettre à un chercheur revanchard de commettre le crime parfait.

Dans l’ensemble, ce recueil s’avère une très plaisante lecture avec des textes certes parfois un peu datés (dans leur construction), obsolètes par les progrès scientifiques (Asimov s’en excuse avec humour), peu convaincants (encore une fois, « A port Mars sans Hilda » s’impose comme le texte le moins réussi) ou quelque peu prévisibles mais, dans l’ensemble, voici une anthologie divertissante et astucieuse combinant policier d’énigme et science-fiction.

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Publié le 14 Février 2020

JUSTUS, MALONE & Co de Craig Rice

Holly Inglehart a découvert le corps de sa tante Alexandria dans une maison dont toutes les horloges indiquent 3 heures. Immédiatement suspecte, Holly reçoit l’aide de Jake Justus et Hélène Brand, bien décidés à la disculper. Pour cela, ils ont besoin d’un avocat de choc et ce sera la star du barreau de Chicago John Joseph Malone.

Le cul entre deux chaises, Craig Rice (une femme contrairement à ce que son nom laisse penser), écrit, à la fin du Golden Age et juste avant la Seconde Guerre Mondiale, ce bouquin situé entre le classique whodunit de l’école britannique et le polar musclé à l’américaine. L’intrigue débute ainsi par le traditionnel crime d’une personne pas vraiment sympathique et y ajoute diverses situations déroutantes (en particuliers l’arrêt de toutes les horloges à 3 heures du matin).

Les « usual suspects » sont bien présents : domestiques qui cachent quelque chose, héritiers en passe d’être déshérités, etc. On attend aussi l’arrivée de l’inévitable maitre chanteur qui finira en seconde victime pour avoir voulu monnayer ses renseignements. Mais, très vite, le bouquin emprunte également au polar à la Hammett / Chandler avec ses personnages truculents (ils passent toute l’enquête à se bourrer la gueule sous prétexte que l’ivresse les aide à mieux réfléchir), ses rebondissements improbables (une évasion rocambolesque), sa suspension d’incrédulité continuelle et assumée et ses réparties amusantes. Car le roman se veut également humoristiques et navigue entre Vaudeville et Screwball comedy en avançant à pleine vitesse. Craig Rice ayant l’habitude de travailler sans plan préalable, le lecteur ne doit pas s’attendre à une construction policière rigoureuse mais, dans l’ensemble, le divertissement fonctionne…du moins jusqu’à la moitié du livre. Car ensuite, tout cela commence à patiner, avec sa multiplication de situations improbables, d’indices découverts fort opportunément et d’informations soudainement découvertes (quoique d’importance capitale personne ne songeait à les révéler auparavant) tandis que les saouleries continuelles fatiguent les plus indulgents. Au final le détective joue les Sherlock Holmes inversé : si-ce dernier n’inventait rien et déduisait tout notre Malone ne déduit rien, il invente tout, fabrique une théorie de bric et de broc et découvre, satisfait, qu’elle tient la route (à condition de ne pas y regarder de trop près).

Débuté sur les chapeaux de roue et de manière amusante, JUSTUS, MALONE & CO finit par s’enliser et à perdre son intérêt au point que l’on termine ce livre avec plus de soulagement que de satisfaction. Les romans ultérieurs étant réputés meilleurs on réservera son avis sur une auteur souvent louée par les Américains.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Golden Age, #Humour, #Policier, #Polar, #Whodunit

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Publié le 6 Février 2020

UNE BOUFFEE DE MORT d'Isaac Asimov

Si Asimov s’est rendu célèbre dans la SF (qui ne constituait pourtant qu’une infime partie de son œuvre titanesque en grande partie occupée par la vulgarisation scientifique), il a toujours aimé le roman policier traditionnel comme en témoigne ses très amusantes nouvelles consacrées aux Veufs Noirs. Après avoir infusé le whodunit dans la SF (ou vice versa) avec LES CAVERNES D’ACIER et FACE AUX FEUX DU SOLEIL, sans oublier le recueil HISTOIRES MYSTERIEUSES, il s’essaie ici à une très classique énigme.

Contrairement à la majorité des whodunit qui place leur premier meurtre à mi-parcours, Asimov plonge directement dans le récit en situant le crime dès le premier chapitre. Louis Brade, chercheur en chimie qui attend depuis 17 ans son hypothétique nomination à une chaire d’enseignement, découvre ainsi dans son laboratoire son élève, Ralph Neufeld, empoisonné par du cyanure. Pour le professeur il est impossible qu’un brillant étudiant comme Ralph ait pu confondre les produits et commettre l’erreur ayant conduit à sa mort. L’accident étant exclu, le suicide peu crédible, ne reste que le meurtre. Mais Louis va-t-il se mêler de cette histoire, au risque de ruiner sa déjà piètre réputation ?

Le roman nous plonge dans le monde, bien connu d’Asimov (cf. son autobiographie MOI, ASIMOV) de la compétition universitaire avec ses personnages bien typés. Le doyen, Littleby, considère ainsi la mort de l’étudiant comme « terrible, terrible, terrible » mais le plus important reste de préserver la réputation de la faculté. D’autant qu’il doit sa notoriété à un bouquin écrit voici 20 ans mais à présent épuisé et que notre brave doyen n’a pas accompli grand-chose depuis. On remarque aussi un professeur libidineux, surnommé « Mains Baladeuses » qui adore raconter des blagues scabreuses, flirter avec ses étudiantes et leur mettre la main au panier. Amusant lorsqu’on connait les accusations ensuite portées à l’égard d’Asimov lui-même.

L’auteur se délecte du panier de crabe universitaire où chacun s’intéresse surtout à sa sécurité matérielle à coup de publications régulières et routinières jusqu’à la titularisation permettant d’attendre tranquillement la retraite. Il n’est pas tendre avec tous ces professeurs insistant pour qu’on classe l’affaire en évoquant d’abord un accident puis un suicide mais surtout pas un meurtre, ça ne se fait pas dans le beau monde. Asimov ne ménage pas non plus son « héros », détective improvisé courbant l’échine depuis près de 20 ans pour se faire accepter dans les hautes sphères, ni son épouse qui menace de le quitter s’il n’est pas titulaire à la fin de l’année et qui lui demande avec insistance de laisser tomber l’enquête et de ne surtout pas faire de vagues.

La résolution de l’énigme est convaincante et le divertissement bien mené, sans être un incontournable d’Asimov ou du whodunit, UNE BOUFFEE DE MORT reste suffisamment efficace et amusant pour mériter la lecture.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Policier, #Whodunit

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Publié le 31 Janvier 2020

UNE POIGNEE DE SEIGLE d'Agatha Christie

Dans la villa du pavillon des Ifs, Mr Fortescue meurt empoisonné par son thé. L’inspecteur Neele découvre que le poison utilisé est la taxine, tiré des ifs. En outre le corps est retrouvé avec une mystérieuse poignée de seigle dans sa poche. Les soupçons se portent forcément sur l’épouse, beaucoup plus jeune, de Fortescue et Neele est déjà prêt à conclure l’affaire lorsque la jeune femme meurt empoisonnée à son tour, suivie par une domestique, Gladys. Miss Marple débarque pour venger la mort de cette domestique (issue de son village) et démêler le sac de nœuds…

Ecrit au début des années ’50, ce roman n’a pas la complexité et l’ingéniosité de ceux des années 30 mais n’en demeure pas moins un très réussi whodunit qui utilise, une fois de plus, une comptine enfantine pour rythmer les différents meurtres. Comptine utilisée ici de manière plus intéressante que dans d’autres livres de la romancière puisque la chansonnette (ou nursery rhyme) sert véritablement d’inspiration au criminel. Le plan du meurtrier, complexe, nécessite évidemment un peu de chance et de culot pour fonctionner, poussant quelque peu la crédibilité de l’ensemble, mais n’en reste pas moins bien élaboré. En dépit du grand nombre de fausses pistes, Christie joue franc-jeu ce qui permet au lecteur de deviner une grande partie de la solution aux trois quarts du roman. C’est loin d’être négatif puisque cela permet, au contraire, d’apprécier la méticulosité de la construction. Toutefois, il reste quelques zones d’ombre pour le lecteur, ce qui lui permet d’apprécier la démonstration finale d’une Marple toujours sagace. A noter que la vieille détective se montre peu présente : elle intervient tardivement et assez peu mais découvre évidemment les indices cruciaux menant à la solution.

Si le roman n’accède pas au podium des meilleurs Christie, il reste un whodunit fort rythmé, bien écrit, aux dialogues vifs et aux rebondissements nombreux qui le place dans le peloton de tête des Marple. Un très plaisant divertissement emballé en plus ou moins 200 pages.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Agatha Christie, #Golden Age, #Policier, #Whodunit

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Publié le 22 Janvier 2020

SAFARI SANS RETOUR d'Elspeth Huxley

Inconnue chez nous, Elspeth Huxley vécu en Afrique entre 1912 et 1925, un cadre qui fournira la matière nécessaire à la plupart de ses œuvres, notamment la série consacrée au superintendant Vachell. Seul le second des quatre policiers écrit par Elspeth Huxley (Aldous Huxley, auteur du MEILLEUR DES MONDES, étant son cousin par alliance) sera traduit au Masque sous le titre de SAFARI SANS RETOUR.

Milieu des années ’30, en Afrique, Lady Lucy Barandale participe, avec son Chanel N°5 et ses bijoux, a un safari en compagnie de son mari, Lord Barandale, un fanatique de photographie et sa fille Cara. Cette dernière, fiancée au très palot (et peut-être gay) Sir Gordon Catchpole, multiplie les aventures, notamment avec le chauffeur de l’expédition. Une bonne, l’aviatrice Chris Davis et le légendaire chasseur de gros gibier Danny de Mare complètent le safari. Lorsque les pierres précieuses de Lady Lucy disparaissent, le superintendant Vachell décide d’enquêter incognito en prenant la place laissée vacante par l’assistant de Danny de Mare, Luke Englebrecht, renvoyé pour avoir couché avec cette chaudasse de Cara. Mais Vachell doit rapidement faire face à une situation plus dramatique lorsque lady Lucy est découverte assassinée…

Voici un très plaisant whodunit à l’ancienne qui se distingue par son environnement particulier, celui d’un safari africain. Les personnages, bien typés, sont présentés avec efficacité et, une fois le meurtre accompli, les suspects ne manquent pas. Les aspects plus dangereux du safari ne sont pas éludés avec quelques fauves et autres animaux sauvages venant rendre l’enquête plus palpitante. On note également des dialogues bien ciselés, très naturels et pourtant bien écrits, qui n’oublient pas un certain humour acide et satirique bienvenu.

Pour les amateurs de whodunit « golden age », à la fois classique (par son intrigue) et innovant par son cadre, SAFARI SANS RETOUR s’impose comme une belle réussite en outre bouclée en seulement 158 pages.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Golden Age, #Policier, #Whodunit

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Publié le 17 Janvier 2020

LE DETECTION CLUB de Jean Harambat

Le Detection Club est un authentique club anglais réunissant les principaux auteurs de romans policiers du Golden Age (club qui existe d’ailleurs toujours aujourd’hui). Or, voici que ses membres sont invités par le richissime Roderick Ghyll à une étonnante démonstration, dans sa vaste villa sur une île, d’un automate capable à coup sûr de deviner l’auteur d’un crime. De quoi mettre les membres du Detection Club dans l’embarras, si ce n’est au chômage. Mais Ghyll est assassiné dans sa chambre forcément close…Agatha Christie, Chesterton, Dorothy Sayers, John Dickson Carr et les autres vont devoir mettre leurs capacités de déduction à l’épreuve dans la vraie vie.

Dans cette bande dessinée, Chesterton et Christie sont évidemment les personnages principaux, à tel point que les autres romanciers du Club s’en trouvent réduits au statut d’acolytes ou de faire-valoir, John Dickson Carr restant le plus intéressant avec son obsession des cartes et autres plans. Les piques entre les différents romanciers, qui semblent se jalouser gentiment, fonctionnent plaisamment, l’auteur multipliant les remarques acides et autres vacheries des uns et des autres.

Le mystère, pour sa part, s’avère très classique, sorte de variation sur les DIX PETITS NEGRES agrémenté d’un meurtre en chambre close à la Carr. La présence d’un automate aux étonnantes capacités (il peut, notamment, deviner le coupable de tous les romans policiers au simple énoncé des faits) rend le tout un peu original et élève la BD au-delà du simple pastiche. L’explication, fantaisiste, reste toutefois cohérente et satisfaisante, terminant le récit sur une note positive. Dommage que le trait soit assez simple et échoue à retrouver l’ambiance coutumière des romans mystères de cette époque.

Dans l’ensemble ce roman graphique n’en reste pas moins agréable, sans être exceptionnel il permet de passer un bon moment avec une énigme sympathique, des références bien amenées et un humour efficace.

LE DETECTION CLUB de Jean Harambat

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Publié le 16 Janvier 2020

LE PROCES DE LA SORCIERE de Robert McCammon

Robert McCammon fut jadis un des principaux pourvoyeurs des collections « Terreur » et « J’ai lu épouvante » (MARIE TERREUR, L’HEURE DU LOUP, etc.), recevant notamment trois fois le prestigieux Prix Bram Stoker. Après LE MYSTERE DU LAC, considéré par beaucoup comme son chef d’œuvre, McCammon fit une pause de dix ans avant de revenir aux affaires avec le diptyque « le chant de l’oiseau de nuit », écrit en 2002 et traduit en 2008. Depuis McCammon a publié cinq autres romans mais aucun ne furent traduit en français.

Première partie de ce « chant de l’oiseau de nuit », LE PROCES DE LA SORCIERE a été décrit comme la rencontre de « Sleepy Hollow » et du « Nom de la Rose ». Il s’agit, comme le titre l’indique, d’un roman de procès, un « procedural » comme disent les Américains. Sauf que l’action se déroule à l’approche de l’an 1700 (qui comme toutes les fins de siècle annoncent, pour certain, l’Apocalypse), dans un village du Nouveaux Monde, Fount Royal. Rachel, une métisse trop belle pour sa propre sécurité, se voit accusée par les villageois de faire commerce avec Satan et d’avoir tué son mari ainsi que le révérend. Un juge, Isaac Woodward, est chargé d’un procès dont l’issue ne fait pas le moindre doute. Pourtant, son clerc, le jeune Matthews, croit à l’innocence de Rachel et va s’employer à la démontrer…quitte à fouiller un peu trop dans les secrets de la petite ville.

Epais roman, LE PROCES DE LA SORCIERE se prolonge avec LE VISAGE DU MAL, les deux livres constituant une seule histoire. Autrement dit, c’est du costaud, pratiquement mille pages au total, pour une enquête dans la droite ligne des « polars historiques ». Le fantastique y est discret. Est-il présent ou pas ? Le lecteur l’ignore à l’issue de ce premier tome. Rachel est-elle une sorcière ? Sans doute pas mais l’auteur laisse penser qu’un véritable sorcier (ou sorcière) se cache dans le village. Sinon comment expliquez certains événements ? Rationnel ou fantastique…la réponse (peut-être) dans le tome 2. Sinon McCammon a toujours un style bien huilé, il sait poser son ambiance, ne lésine pas sur les détails scabreux qui devaient être monnaie courante dans ce genre de patelin (adultère, commérage, trafic de relique et même zoophilie, l’inceste aussi sans doute). Tout ce côté historique, bien documenté, est fascinant. Cela dit il faut avouer que le roman comporte quelques longueurs préjudiciables. On aimerait, parfois, un peu plus de nervosité, davantage de retournements de situation dans cette enquête que seul le jeune Matthew semble vouloir faire aboutir. Près de 500 pages sans avoir véritablement avancé peut sembler décourageant…Mais, dans l’ensemble, le livre se lit agréablement et les derniers chapitres voient (enfin) une montée de la tension (et donc de l’attention du lecteur) qui encourage à lire rapidement la suite afin de recevoir (on l’espère !) les réponses aux nombreuses questions posées par cette longue (mais agréable) entrée en matière.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Fantastique, #Policier, #Historique

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Publié le 14 Janvier 2020

QUI PRENDS LA MOUCHE? de M.C. Beaton

Voici l’autre série phare (après Agathe Raisin) de la récemment disparue M.C Beaton, les aventures du policier écossais Hamish Macbeth, lequel animera 35 enquêtes.

Daté de 1985, QUI PRENDS LA MOUCHE possède un indéniable parfum rétro…une époque dénuée de téléphone portable, d’Internet, de réseaux sociaux,…si loin, si proche. D’autant que les personnages agissent de manière très caricaturale, notamment les femmes qui parlent et se comportent à la manière des héroïnes des romans « golden age » les plus naïfs. La plupart ne rêvent que du prince charmant, de préférence riche. Alice aligne ainsi les stéréotypes : jeune secrétaire empotée, elle ne se sent pas à sa place parmi les « lady », ne porte pas de vêtements suffisamment beaux, essaie de prendre l’accent maniéré des nantis et se voit mariée à Jeremy, séduisant célibataire rencontré la veille. Un Jeremy qui n’a d’yeux que pour la poitrine opulente d’une Daphné passant tout le roman à minauder façon femme fatale.

Une partie de pêche à la mouche organisée dans un petit village écossais donne ainsi le cadre à un whodunit très cosy suite à la mort de Lady Jane Winters, spécialiste de la pique assassine et de la petite phrase blessante. Il apparait ensuite que notre Lady était en réalité une journaliste s’amusant à dévoiler les travers de ses contemporains dans des articles assassins. Bien sûr, chaque participant du stage de pêche cachait quelque secret plus ou moins inavouable et possédait, par conséquent, une bonne raison de mettre Lady Jane hors d’état de nuire. Hamish, le détective local, mène très mollement l’enquête mais son indolence à la Colombo mâtiné de Poirot pourrait bien cacher un esprit plus affuté que prévu.

Typique, QUI PRENDS LA MOUCHE ? présente son petit groupe de personnages typés enfermés dans un lieu bien défini pour une semaine. Rancoeurs à peine dissimulées et secrets variés occupent le quotidien de nos stagiaires de la pêche jusqu’au meurtre de l’horrible mégère Lady Jane pratiquement à mi-parcours. La seconde moitié du roman suivra donc l’enquête de notre Hamish, personnage amusant qui permet à M.C.Beaton d’orchestrer l’une ou l’autre séquence humoristique, pour ne pas dire bouffonnes (Hamish se retrouve tout nu dans la rivière) ou vaudeville (il se cache sous les draps d’une demoiselle pour échapper à son paternel très remonté).

Dans l’ensemble, QUI PRENDS LA MOUCHE ? n’invente rien mais se lit avec plaisir, l’enquête reste souvent anecdotique (Hamish avoue qu’il ne connait pas le coupable et lance souvent des suspicions au hasard pour observer les réactions) et il parait impossible au lecteur de deviner le fin mot de l’histoire (les indices menant à la résolution n’apparaissent que dans les dernières pages) mais le tout reste agréable. Nous sommes dans un mélange de whodunit « cosy », d’humour bon enfant et d’influences chick-lit pour un ensemble sans prétention mais divertissant, d’autant que le roman ne fait que 250 pages.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Whodunit, #Policier, #Humour

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Publié le 7 Janvier 2020

LE MONSTRE DE FLORENCE de Douglas Preston & Mario Spezi

« Le Monstre de Florence » est le plus célèbre tueur en série italien, une des sources d’inspiration pour le Hannibal Lecter de Thomas Harris (en particulier dans HANNIBAL). Jamais arrêté, il a tué quatorze personnes entre 1974 et 1985. A chaque fois des couples qui batifolaient dans leur voiture.

Auteur de polar, Douglas Preston s’intéresse à l’affaire alors qu’il s’est établi en Toscane pour écrire un roman (ce sera LE VIOLON DU DIABLE, lui aussi inspiré par l’affaire du Monstre) et devient ami avec le journaliste Mario Spezi. Les deux hommes vont mener une enquête de longue haleine, revenant sur les innombrables suspects, sur les différentes pistes suivies par la police (d’abord celle d’un clan sarde puis celle d’une secte satanique de nantis, thèse abracadabrante défendue bec et ongle par un inspecteur), sur la corruption généralisée, l’incompétence crasse de la police, les rumeurs délirantes, les procès médiatisés, etc. Bref, une pure enquête, aussi passionnante que les romans de Preston, sauf qu’il s’agit ici d’une histoire vraie, de « true crime » comme on dit. Et, fait particulièrement remarquable et inédit dans ce style, Spezi finit par être lui-même soupçonné d’être le Monstre. Ou un des Monstres. Ou un complice. Tout comme Preston. Qui vivront un acharnement de la justice peu désireuse que les thèses officielles ne soient remises en question.

Minutieuse, l’enquête se déploie sur des décennies, ponctuée de faits étranges, d’anecdotes incroyables (les Indiens, autrement dit les voyeurs des collines toscanes), de rebondissements,…Sans oublier le bâclage systématique de l’enquête (les scènes de crime sont ouvertes à tous les passants qui brouillent évidemment les preuves, les analyses sont oubliées ou perdues, etc.) alors qu’une unité spéciale de la police (La section anti Monstre) multiplie les arrestations ou les coups d’éclats, parfois guidé par les fumisteries d’une voyante…manifestement il faut un coupable, quel qu’il soit, pour calmer l’opinion. 

Preston n’aurait pas osé écrire un tel roman, on ne l’aurait pas cru, le lecteur aurait trouvé tout cela tiré par les cheveux ou complètement non crédible (le cale-porte de Spezi qu’un flic s’obstine à considérer comme un objet satanique, la douille miraculeusement découverte après des jours de recherches infructueuse, le contact qui met les journalistes sur la piste de la possible cachette du Monstre, l’arrestation arbitraire de Spezi, etc.)…comme quoi la réalité dépasse définitivement la fiction.

La fin du livre laisse peu d’espoir de connaitre un jour la vérité…depuis Spezi est mort et le Monstre court toujours…

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Essai, #Policier, #Thriller, #Serial Killer, #True Crime

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