horreur

Publié le 26 Avril 2021

CANYON ROUGE de Michel Honaker

Michel Honaker est déjà une valeur sure de l’horreur, de la SF et du fantastique au milieu des années ’80 lorsqu’il publie le premier de ses 2 « Gore ». On lui doit, par exemple, la très brutale saga du Commandeur, des bouquins de gare nerveux, très cul et très gore (du moins dans leur forme originelle puisqu’ils seront réédités dans des versions assagies). Du coup, le lecteur se dit qu’une fois adoubé par la collection Gore Honaker va se lâcher complètement. Surprise, CANYON ROUGE s’avère plutôt timoré : certes il y a quelques passages sanglants et l’une ou l’autre scènes « érotiques » mais, dans l’ensemble, nous sommes loin d’un Houssin ou d’un Necrorian. Pas grave ! Ce que le lecteur perd en potentiel trash, il le gagne au niveau du récit, très réussi, maitrise et bien mené.

Nous sommes à San Isabel, petite communauté brûlée de soleil où les individus, poissés de sueurs, vivotent en espérant, un jour, partir pour la grande ville. Stone Face, le chef indien Zunis, dirige une réserve dans le désert. Son peuple s’est adapté aux Blancs et lui-même ne croit plus en ses dieux, ce qui ne l’empêche pas de déposer, chaque année, des présents aux esprits de la rivière. Or, un flic, Joe McCurdy, n’aime guère les Indiens et décide de dévaster les offrandes laissées aux entités surnaturels, les Kachinas. Ce geste aura de lourdes conséquences…Honaker livre un Gore dominé par l’atmosphère étouffante d’un été caniculaire avec des personnages partagés entre modernité et tradition. Le chef Stone Face a droit, par exemple, a un développement intéressant et devient un protagoniste possédant une réelle épaisseur, loin des clichés. Ce climat donne au roman un côté intéressant, assez peu usité, parfois proche du western moderne. En réalité, avec CANYON ROUGE, Honaker braconne sur les terres d’un Graham Masterton première époque mais réussit un roman fantastique et horrifique de haute volée ponctué de rares mais effectifs scènes sanglantes. La plus réussie reste sans doute l’attaque d’un car de touristes dans la canyon maudit et le viol de la guide par le chauffeur décapité.

Dans son déroulement et ses références à la culture amérindienne, CANYON ROUGE s’avère soigné et, osons le dire, se montre au moins aussi réussi que le célèbre MANITOU de l’Anglais. Un des meilleurs Gore francophone de la collection, sans doute moins novateur que ceux de Corsélien ou moins rentre-dedans que ceux de Houssin mais tout aussi efficace et palpitant.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Fantastique, #Gore, #Horreur

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Publié le 13 Avril 2021

LA NUIT DU FORAIN de Dean Koontz

Etrange roman, signé Dean Koontz, qui constitue la novélisation de l’excellent slasher « Massacres dans le train fantôme » de Tobe Hooper. Quiconque a visionné le long-métrage a cependant pu se rendre compte qu’il brillait davantage par son sens visuel, sa photographie réussie et son ambiance de fête sinistre, que par son scénario disons…basique. Comment Koontz allait-il pouvoir en tirer un roman de près de 300 pages ? La réponse est simple : la véritable adaptation ne débute qu’après plus de 200 pages. Autrement dit, tout ce qui précède a été créé spécialement pour la version romanesque. Ce qui permet un livre aux personnages nettement plus travaillés que le film et confère également tout son intérêt au roman, y compris pour ceux qui connaissent bien « Massacres dans le train fantôme ». Koontz utilisa le pseudonyme d’Owen West pour ce travail et le bouquin fut disponible avant la sortie du film, laissant le public pensait que l’œuvre de Hooper adapter en réalité le livre.

Qu’apporte les 200 premières pages ? Un contexte fort différent. Le personnage du forain, Conrad, est présenté comme un adorateur de Satan persuadé d’être destiné à engendrer l’Anté-Christ. Son épouse, Ellen, soupçonne le côté maléfique de son enfant difforme, Victor, qu’elle tue avant de fuir loin de son mari. Ce-dernier jure de la retrouver afin de supprimer sa future progéniture. Amy et Joey, coincés dans l’attraction foraine dans le dernier acte, ne sont donc plus des victimes prises au hasard par un maniaque mais bien des cibles choisies par Conrad pour exercer sa vengeance.

Koontz n’hésite pas à charger ses personnages : la mère d’Amy, devenu alcoolique et terriblement bigote, rappelle celle de Carrie. Amy aimerait bien être aussi salope que sa meilleure copine Liz, laquelle change de mecs tous les soirs et voudraient bien organiser une petite partouze afin de bisouter Amy. Conrad est un illuminé sataniste. Et Joey un geek blagueur fasciné par les monstres, fidèle en cela à sa présentation dans le film de Hooper.

Les premiers chapitres montrent ainsi les personnages confrontés à différentes situations de crise, en particulier la grossesse non désirée d’Amy. Celle-ci décide d’avorter et se voit lâcher par son petit copain pas vraiment convaincu par la paternité. Le roman, plutôt orienté vers la chronique sociale teintée d’un soupçon de thriller, se dirige finalement, dans ses 80 dernières pages, vers l’épouvante plus classique. Le jeu du chat et de la souris dans le train fantôme se conforme alors, globalement, au long-métrage de Tobe Hooper.

Ceux qui apprécient « Massacres dans le train fantôme » seront sans doute intéressé par cet approfondissement de l’intrigue et des protagonistes, les autres, ne connaissant pas la source d’inspiration cinématographique, passeront néanmoins un bon moment étant donné la science coutumière de Koontz pour le « page turning ». Plaisant.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Cinéma, #Fantastique, #Horreur, #Thriller

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Publié le 1 Avril 2021

L'EFFROI SURGI DES MERS d'Edward Jarvis

Edward Jarvis, quasiment inconnu au bataillon, a proposé deux romans d’agressions animales chez Hamlyn : « pestilence » et « maggots ». Le premier fut traduit chez gore sous le titre L’EFFROI SURGI DES MERS mais ne restera pas dans les classiques de la collection, loin de là. Tout ici, n’est que clichés, à tel point qu’une volonté quasiment parodique semble poindre (un des héros se nomme quand même Kalmar !) dans cette intrigue voyant le monde envahi par des lamproies géantes de plus en plus agressives.

La construction suit la tradition de James Herbert (période LES RATS mais aussi LE SOMBRE ou FOG) déjà reprise de manière encore plus tapageuse par Shaun Hutson (LA MORT VISQUEUSE) ou Guy N. Smith (CRABS, BATS OUT OF HELL, etc.) et la seule originalité réside dans l’utilisation de coupures de journaux pour donner un certain vérisme à l’ensemble. Cela aurait pu marcher (on pense au found footage « The Bay » vraiment bien ficelé tourné 30 ans plus tard) mais ça ne fonctionne que très (trop) rarement.

Le premier tiers du bouquin tente de construire une certaine atmosphère et y parvient par intermittence mais, par la suite, la crédibilité s’étiole de plus en plus et le roman s’écroule comme un château de cartes. Tout devient trop gros et pas seulement les lamproies ! Celles-ci peuvent provoquer quelques frissons lorsqu’elles mesurent 2 ou 3 mètres mais que dire lorsqu’elles atteignent la taille mammouth (c’est le terme employé !) puis le stade « lamproie suprême » (470 mètres !). Bref, pour contrebalancer cette invraisemblance il eut fallu un socle solide. Mais peine perdue : alors que les attaques se multiplient tout le monde continue ses occupations (régates, shopping,…). La femme du héros voyage même de l’Angleterre à Boulogne pour faire ses emplettes…au lieu de ça elle se fait boulotter par une lamproie géante. Du coup notre héros, manifestement chagrin, se console immédiatement entre les fesses d’une demoiselle pour la scène érotique gratuite indispensable à ce genre de livre. Facepalm power !

Et que font les états du monde ? Rien du tout, ils attendent, alors que les survivants fuient de manière désordonnée pour gagner les hauteurs, à croire que chacun se trouve à proximité d’un plan d’eau…L’auteur passe d’un pays à un autre sans transition, aucun personnage ne possède un minimum de personnalité, rarement aura-t-on vu protagonistes plus transparents. Les dialogues, eux aussi, sont affligeants. Oui, ça fait beaucoup !

Le final atteint, de son côté, des sommets : l’armée parvient à se débarrasser de toutes les lamproies sauf une… épargnée suite à une erreur d’estimation (dix pages plus tôt on expliquait pourtant que tout était précis au millimètre). Il reste donc une seule bestiole sur une île et la seule solution, apparemment, consiste à bombarder cette île ce qui la détruit totalement et tue, accessoirement, un bon million de citoyens. Mais tout le monde semble content et satisfait de l’opération. A ce niveau, on peut, il est vrai s’en amuser et considérer cet EFFROI SURGI DES MERS comme une parodie complètement débile du genre…En le prenant ainsi, le lecteur peut éprouver un certain plaisir. Difficile, en outre, de blâmer une traduction tronquée, le bouquin original fait 158 pages et n’a donc aucunement souffert de la transposition aux formats « Gore ». Le lecteur, lui, souffre…le seul refuge reste, celui, facile du second degré. Une porte d’échappatoire pour un bouquin si mauvais qu’il en devient, quelque part, mémorable. On oublie les centaines de livres « moyens » ou « sympas » pour ne retenir que les « excellents » et les « exécrables ». L’EFFROI SURGI DES MERS appartient clairement à la seconde catégorie.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Fantastique, #Gore, #Horreur, #Roman de gare

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Publié le 19 Mars 2021

LA MALEDICTION QUI S'ABATTIT SUR GOTHAM

Publié dans la gamme Elseworld (des récits hors continuités) de DC au tout début des années 2000, LA MALEDICTION QUI S’ABATTIT SUR GOTHAM suit une expédition de sauvetage organisée, en 1928, par Bruce Wayne partie à la recherche non pas des Montagnes Hallucinées (quoique…) mais bien d’une précédente expédition lancée par Oswald Cobblepot. Wayne découvre un bloc de glace et une créature tentaculaire avant de rentrer à Gotham où divers événements étranges surviennent. Pas de doute, « la chose s’en vient ».

Mike Mignola, ultra célébré pour son HELLBOY également pétri de références lovecraftiennes, imagine cette histoire uchronique après le succès de son GOTHAM BY GASLIGHT, déclinaison steampunk du Chevalier Noir sortie en 1989. Dans LA MALEDICTION QUI S’ABATTIT SUR GOTHAM le lecteur retrouve plusieurs personnages familiers de l’univers « Batman » comme Double Face, le Pingouin, Man Bat, Oliver Queen, etc. Le démon rimeur Etrigan est également de la partie, ce qui constitue un plus à mon sens (il est toujours agréable de revoir cet étonnant et intriguant Etrigan !). Certains personnages sont conformes (globalement) à leur version classique, d’autres diffèrent de manière plus ou moins drastique. Nous sommes devant une réinvention de la mythologie de l’Homme chauve-souris bien réalisée et suffisamment rafraichissante pour emporter l’adhésion.

LA MALEDICTION QUI S'ABATTIT SUR GOTHAM

L’intrigue, de son côté, s’avère un brin touffue et parfois légèrement confuse. Elle traite d’un grimoire maudit, sorte de Necronomicon bis rédigé par Ra’s Al Ghul avant que ce-dernier ne soit dévoré vivant par un être invisible. Oui, cela rappelle quelque chose…Au-delà des nombreux clins d’œil à Lovecraft (on croise le maire Whateley ou Ludwig Prinn, entre autres), l’histoire se développe à la manière d’un pulp avec des personnages costumés qui utilisent une technologie (alors) futuriste pour combattre des créatures surnaturelles. Bref, DOC SAVAGE ou THE SHADOW ne sont pas très loin et la présence de Talia donne aussi à l’ensemble un côté polar de série noire délicieusement suranné avec leurs vamps aux mystérieuses intentions qui croisent la route des héros. 

Au niveau des dessins, Troy Nixey dessine de manière très similaire à Mike Mignola et les amateurs d’HELLBOY seront donc en terrain connu. C’est joli et efficace, bref du bon boulot !

Sans être un incontournable absolu, LA MALEDICTION QUI S’ABATTIT SUR GOTHAM constitue une lecture plaisante, une fusion convaincante entre l’univers de Batman, les romans pulp des années ’30 et les horreurs indicibles chères à Lovecraft. Pour qui aime les crossovers improbables (ceux où Batman se bat contre Dracula ou des aliens…) cette BD s’avère un divertissant très estimable à lire ou à relire.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Batman, #Fantastique, #Horreur, #Lovecraft, #Superhéros, #DC Comics

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Publié le 9 Mars 2021

LA POUPEE QUI DEVORA SA MERE de Ramsey Campbell

Né en 1946 à Liverpool, Campbell écrit des pastiches de Lovecraft dès ses 11 ans et publie son premier recueils de nouvelles lovecraftienne (THE INHABITANT OF THE LAKE) à 18 ans…et chez Arkham House en plus, excusez du peu ! Par la suite, Campbell désire se détacher de cette influence (il y reviendra cependant à plusieurs reprises) et, après diverses nouvelles plus contemporaines (à découvrir dans L’HOMME DU SOUTERRAIN) il propose son premier roman sous le titre très pulp et évocateur de LA POUPEE QUI DEVORA SA MERE. Campbell recevra, au cours de sa carrière, un nombre impressionnant de récompenses, en particulier le British Fantasy. On se permettra par conséquent de dire très modestement que ce premier roman n’est pas très folichon…

Après une scène introductive intrigante et effective, LA POUPEE QUI DEVORA SA MERE laisse cependant dubitatif. L’intrigue, en premier lieu, parait lâche et le lecteur se demande où l’auteur veut en venir. Il est question d’un accident de voiture au cours duquel le frère de l’héroïne, Clare, trouve la mort, d’un journaliste qui mène l’enquête sur l’auteur supposé de l’accident, un personnage bizarre qui s’est emparé du bras du décédé. Le journaliste, Edmund Hall, souhaite en tirer une histoire pour sa série de récits « true crime ». Il contacte Clare et débute une recherche du coupable dont nous apprenons l’histoire.

Le style de Campbell n’est pas constant : certains passages paraissent plus travaillés que d’autres mais, dans l’ensemble, l’écriture n’arrive pas vraiment à passionner. De son côté, la caractérisation des protagonistes manque de maitrise et n’évite pas les clichés. A vrai dire, ils ne sont guère sympathiques et le lecteur peut difficilement s’y attacher ou même s’intéresser à leurs aventures. Loin des personnages complexes et si bien brossés d’un King, loin du métier de page-turner d’un Koontz, loin des outrances d’un Barker ou de l’imagination délirante d’un Masterton, ce premier bouquin de Campbell déçoit. A mi-parcours, l’écrivain semble toutefois se reprendre et le récit devient un peu plus efficace, avec une description assez évocatrice de l’univers post-hippie du milieu des seventies. Petit sursaut car ensuite l’intérêt décline à nouveau jusqu’à une conclusion pas vraiment satisfaisante, elle non plus. Bref, un beau pétard mouillé, un grand coup dans l’eau et toutes ces sortes de choses. Vu le succès public et critique de Campbell on peut supposer que ses romans ultérieurs sont meilleurs…On tentera mais sans se presser.


 

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Fantastique, #Horreur

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Publié le 6 Mars 2021

TERREUR RAMPANTE de Peter Tremayne

Né en 1943, l’Anglais Peter Tremayne s’est imposé comme une des valeurs sures du policier historique via sa saga consacrée à sœur Fidelma qu’il débute en 1994 avec Absolution par le meurtre et qui compte à présent 31 volumes ! Mais, précédemment, l’auteur s’était déjà essayé à l’écriture, parfois sous pseudo, avec une trilogie consacrée à Dracula, une demi-douzaine de polars et, surtout, une quinzaine de romans d’horreur aux titres évocateurs (THE CURSE OF LOCH NESS, KISS OF THE COBRA, THE ANTS, TROLLNIGHT) dont seul un fut traduit en français, chez Gore, ce « Morgow rises ! » de 1982 alias TERREUR RAMPANTE.

L’intrigue s’avère tellement classique qu’elle frise l’hommage et même la parodie en se référant aux classiques films de grandes bestioles irradiés des années 50 comme « Des monstres attaquent la ville ». Ici ce sont des vers de mers que les radiations ont rendus gigantesques au point de les voir assimilés au légendaire Morgow, une créature du folklore celte proche du monstre du Loch Ness. Pour les combattre : l’inévitable héros d’à peu près tous les bouquins de ce style dans les années ’80, le romancier solitaire mais séduisant aussi malin que prêt à en découdre façon Rambo avec les animaux géants. Une romance attendue, des dialogues amusants, quelques scènes d’angoisse (mais, au final, peu de réel gore) et un déroulement très linéaire, emballé en 200 pages dans sa version originale et en 150 chez Gore. Autrement dit, peu de place pour le développement des personnages, tous très schématiques, ou des sous-intrigues, le bouquin filant tranquillement vers son climax attendu. A la manière des bouquins de James Herbert qui restent la référence (en particuliers LES RATS), Tremayne aligne les scènes de manière quelque peu disparate, présentant des personnages pour simplement les tuer sous les coups des vers géants. Le tout se lit cependant sans déplaisir : c’est rythmé, efficace, agréable, tranquille (l’horreur reste, au final, « familial » sans les excès immondes d’un Shaun Hutson). L’originalité est proche du néant et le lecteur peut avoir l’impression d’avoir déjà lu cette histoire trop souvent, y compris dans la collection Gore (de VRILLES à LA MORT VISQUEUSE en passant par LA NUIT DES VERS VORACES) mais, dans l’ensemble, le contrat de divertissement est rempli y compris par sa scène finale (au cinéma nous dirons post-générique) pessimiste et prévisible.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Gore, #Horreur, #Roman de gare

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Publié le 3 Mars 2021

LA CHOSE DES TENEBRES de H.P. Lovecraft, A. Derleth, etc.

Les anthologies consacrées au Mythe de Cthulhu sont souvent de véritables casse-têtes pour l’amateur. On plaint d’ailleurs le lecteur d’avant Internet qui devait se retrouver dans ce fatras. LA CHOSE DES TENEBRES, « présentée » par Lovecraft et Derleth fut ainsi également publiée sous le titre LEGENDES DU MYTHE DE CTHULHU TOME 2. Mais ce n’est que le début du dédale car les nouvelles qui composent ce recueil se sont également retrouvées dans de nombreux bouquin. A tout saigneur tout horreur, nous commençons avec Lovecraft lui-même et son hommage amusé à Robert Bloch, « La Chose des ténèbres ». Le récit figura dans les recueils LE CAUCHEMAR D’INNSMOUTH, PAR DELA LE MUR DU SOMMEIL, LEGENDES DU MYTHE DE CTHULHU, LE CYCLE DE NYARLATOTHEP, CTHULHU LE MYTHE et LA MAISON MAUDITE, sans oublier, forcément, la volumineuse INTEGRALE LOVECRAFT de chez Laffont. Pour compliquer les choses la nouvelle (« The haunter of the dark » en VO) fut tour à tour affublée des titres suivants : « la chose des ténèbres », « L’habitué des ténèbres », « La créature de la nuit », « celui qui hante les ténèbres » et « celui qui hante la nuit ».

La « réponse » donnée par Robert Bloch, « The shadow from the steeple », eut pratiquement autant de succès puisqu’on la retrouve non seulement dans LA CHOSE DES TENEBRES mais également dans les recueils AUX PORTES DE L’EPOUVANTE, HUIT HISTOIRES DE CTHULHU, LES YEUX DE LA MOMIE, LES MYSTERES DU VER et L’INTEGRALE LOVECRAFT. On reste avec Robert Bloch et son « manuscrit trouvé dans une maison abandonnée », là aussi maintes fois publié : HUIT HISTOIRES DE CTHULHU, HISTOIRES D’HORREUR, LES YEUX DE LA MOMIE, ENFANTS ROUGES, LES MYSTERES DU VER et L’INTEGRALE LOVECRAFT. Une histoire classique mais convaincante.

« Epouvante à Salem » de Harry Kuttner se retrouva également dans HUIT HISTOIRES DE CTHULHU, dans LE LIVRE DE IOD et bien sûr dans L’INTEGRALE LOVECRAFT qui, décidément, fut une bénédiction pour le déchiffreur du Mythe. Cette nouvelle efficace reprend les thématiques classiques de la maison maudite absorbant, tel un vampire, la force vitale de ses habitants et l’influence pernicieuse exercée par une sorcière jadis exécutée.

« La Chose dans le cimetière » de John Vernon Shea se retrouva également dans HUIT HISTOIRES DE CTHULHU et L’INTEGRALE LOVECRAFT. Pareil pour le « Sueurs froides » de Ramsey Campbell et « La cité sœur » de Brian Lumley (auquel on peut ajouter une publication dans COMPARTIMENT TERREUR) et « Le rempart de béton » du même Lumley (également trouvable dans COMPARTIMENT TERREUR et RECITS CTHONIENS). La plus-value de ce recueil était donc le plus rare « Ceux des profondeurs » de James Wade et « Le retour des Lloigors » de Colin Wilson…qui se retrouveront, par la suite, dans L’INTEGRALE LOVECRAFT. Le présent recueil ne sera donc indispensable qu’à ceux qui ne possède pas cette brique (en trois tomes !) sur H.P.L. ou les collectionneurs maladifs. Mais les nouvelles sont, pour la plupart, plaisantes et méritent bien une relecture, « Ceux des profondeurs » bien que classique fonctionne efficacement et « Le retour des Lloigors », une novella de 80 pages bien tassée s’élève au-dessus de la mêlée. Wilson, très intéressé par l’occultisme, y combine divers thèmes mystérieux : le manuscrit Voynich (qui serait en réalité le Necronomicon originel), la disparition du continent de Mu, les anciens astronautes (venus des étoiles et ayant réduits l’Homme en esclavage), les légendes galloises (déjà évoquées par Machen), sans oublier des considération philosophiques et ésotériques. Une réussite qui, en se basant sur des thèmes classiques déjà évoqués par HPL, renouvelle habilement l’épouvante cosmique chère à Lovecraft.

Dans l’ensemble un très bon recueil de textes relativement variés (thèmes, longueurs, modernisme ou récits à l’ancienne) inspirés par les écrits de Lovecraft. Recommandé.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Fantastique, #Golden Age, #Horreur, #Lovecraft, #Recueil de nouvelles

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Publié le 28 Février 2021

LE JEU de Richard Laymon

Richard Laymon est un des grands noms de l’horreur américaine, tendance brutale et sans concessions. Né en 1947 et décédé en 2001, il fut un des piliers du splatterpunk et eut les honneurs d’être traduit à 6 reprises dans la collection « Gore ». Mais sa production pléthorique reste encore à défricher, d’autant qu’il a usé de nombreux pseudonymes : Carl Laymon, Richard Kelly, Lee Davis Willoughby, Carla Laymon,…Loué par Stephen King pour ses talents de « page turner », préfacé par Dean Koontz, LE JEU constitue un roman qui s’apparente, dans ses deux premiers tiers, à un « simple » thriller avant de plonger plus frontalement dans l’horreur pure. Réussite ou ratage ? Difficile de trancher, le plaisir de lecture s’avère réel mais les défauts sont, eux-aussi, nombreux.

L’intrigue se base sur le fameux postulat « que seriez-vous prêt à faire pour de l’argent ? ». L’héroïne, Jane Kerry, vit tranquillement sa petite existence de bibliothécaire célibataire un peu rondelette dans son bled de Donnerville. Un soir elle trouve une lettre avec un indice mystérieux qui la conduit à chercher un livre dans lequel elle découvre une enveloppe. A l’intérieur, 100 dollars, une nouvelle énigme et une signature en deux lettres : MJ, le maitre du jeu. Jane accepte cette proposition et reçoit 2OO dollars de récompense. Ainsi qu’une devinette à résoudre. Le jeu a commencé et le maitre n’acceptera pas de l’arrêter avant sa conclusion…

Le roman se place résolument dans la position de Jane, on se trouve même dans sa tête et on suit ses pensées, ses hésitations, ses doutes,…C’est la force du bouquin mais également sa faiblesse. Parfois c’est prenant, parfois pas du tout. De longs passages auraient gagnés à recevoir les conseils d’un bon éditeur. En clair des scènes entières se trainent, sont inintéressantes et ne font aucunement avancer l’intrigue, au point qu’on finit par les parcourir en diagonale. Il faut également admettre que l’héroïne agit souvent en dépit du bon sens et que ses réactions donnent souvent envie de se taper la tête dans le mur tant certaines apparaissent d’une absolue stupidité. Il n’y a pas vraiment de remise en question en dépit des ruminations mentales de l’héroïne, pas vraiment de « j’en reste là » (ou ça ne dure que quelque pages), juste l’appât irrésistible du gain. La suspension d’incrédulité s’avère de rigueur, d’autant que l’omniscience du « maitre du jeu » ne sera pas vraiment expliquée. Le lecteur s’attend même à un twist pour expliquer sa capacité à observer l’héroïne, à la traquer et à la retrouver où qu’elle aille. Mais non, pas vraiment d’explications. Il parait avoir des moyens illimités, tant pour surveiller sa proie que pour lui donner des milliers de dollars. Comment ? Pourquoi ? Pour le simple plaisir de la cruauté et de la manipulation…Un peu facile Mr Laymon !

Autre point risible : Jane passe de bibliothécaire rondelette (son poids constitue une vraie obsession alors qu’elle parait juste un peu enveloppée et que tout le monde s’accorde à la trouver séduisante) à fille athlétique, mince, combattive et en pleine forme. A défaut d’avoir sa bite et son couteau elle a son ventre plat, ses gros nichons et son cran d’arrêt ! Au final elle rendrait coup pour coup à Rambo ! Or toute l’intrigue se déroule en quinze jours, cette transformation est donc totalement ridicule et le climax final, précipité, n’aide pas. Le style de Laymon n’est pas, non plus, franchement travaillé. Le genre ne nécessite pas de se montrer un styliste confirmé ou de retravailler chaque phrase durant des jours mais l’auteur n’a jamais eu la réputation de soigner sa littérature et, ici, encore on note pas mal de passages disons…relâchés.

Pourtant, le bouquin reste dans l’ensemble plaisant : malgré ses longueurs évidentes (une bonne centaine de pages auraient pu passer à la trappe sans soucis !) le côté page turner fonctionne et le lecteur a envie de connaitre la suite et, surtout, le fin mot de l’histoire (quitte à être déçu par le final). L’auteur parsème aussi son récit de scènes de sexe, le jeu semblant avoir une influence des plus stimulantes sur la libido de l’héroïne. Enfin, le dernier tiers s’emballe et verse plus gratuitement dans l’horreur bien sanglante avec toutes les scènes attendues pour divertir le lecteur friand de splatterpunk : victimes démembrées, tortures, autocannibalisme, viols, etc. Enfin du fun ! Laymon s’affranchit à ce moment du peu de vraisemblance que le roman gardait pour plonger dans la série B littéraire à la manière des films de torture porn. Ce n’est plus du thriller, c’est alors de l’horreur pure et dure et, avouons-le, tout ça se montre plus divertissant que la première partie un poil longuette. Bilan mitigé donc mais, à condition d’accepter ses faiblesses, de survoler certains chapitres sans intérêt et d’apprécier la cassure du dernier tiers qui ne se soucie quasiment plus de crédibilité, l’ensemble offre un bon moment.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Horreur, #Thriller, #splatterpunk

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Publié le 21 Février 2021

SANCTIONS! de Talion

Sous le pseudonyme de Talion se dissimule (très peu) une personnalité bien connue du cinéma et de la littérature « bis » ayant débuté par le fanzine Videotopsie avant de livrer quelques livres de référence comme GORE AUTOPSIE D’UNE COLLECTION ou BRUNO MATTEI – ITINERAIRES BIS. Le bonhomme, que l’on sait férocement critique envers le climat de politiquement correct actuel et de « bien pensance » généralisé a donc tiré profit de son expérience personnelle dans le milieu scolaire (sur lequel il a, également, beaucoup de – mauvaises – choses à dire) pour livrer son premier récit de fiction. Nous suivons ainsi un couple d’enseignants totalement frappés qui ont décidé d’infliger quelques sévères sanctions à une poignée d’élèves récalcitrants et autres petites frappes de cité. Inutile de dire que le lecteur va se délecter à lire les tortures sexuelles innommables (mais pas indescriptibles puisque Talion ne nous épargne aucun détails) vécues par nos adolescents.

Premier bouquin de cette nouvelle collection Karnage (qui succède à Gore et aux plus confidentiels Maniac, Apocalypse ou encore Trash), il était logique de confier ce démarrage à un admirateur inconditionnel de « Gore » et Talion s’est permis toutes les outrances. Le romancier propose un roman pour adultes avertis, au contenu très explicite, qui mélange horreur, gore et pornographie. Il synthétise ainsi les différents sillons jadis labourés par les principaux pourvoyeurs français du gore : le côté sexe et sang (ou BLOOD SEX) de Charles Necrorian, l’aspect plus social véhiculé par Corsélien (on note une référence au chef d’œuvre de ce-dernier, LE BRUIT CRISSANT DU RASOIR SUR LES OS) et une touche d’humour noir rappelant les bouquins plus légers et référentiels d’Eric Vertueil (LES HORREURS DE SOPHIE, SANG FRAIS POUR LE TROYEN, etc.).

En 150 pages bien tassées, Talion dispense un véritable cauchemar de sang et multiplie les meurtres, les mutilations et autres supplices. Sans oublier une suite de scènes carrément pornos qui ne lésinent pas sur le sado-masochisme, l’urologie, la scatologie, etc. Bref, ça charcle, c’est parfois franchement dégueulasse (mais c’est voulu), c’est complètement extrême et traversé de quelques clins d’œil à divers « classiques » du cinéma bis italien (comme le signale un protagoniste on parle beaucoup d’holocauste et de cannibales) comme « Pulsions cannibales », « Holocauste Nazi », « Blue Holocaust », « Cannibal Holocaust », « Porno Holocaust », etc.

Avec ce titre, la collection Karnage débute très fort et on se demande comment les successeurs de Talion pourront faire mieux (ou pire). Pour les nostalgiques de la littérature « de gare » et « de gore » des années ’80, SANCTIONS ! fait figure d’incontournable. Par contre pour ceux qui pensent que l’horreur se limite à Stephen King ou l’érotisme à CINQUANTE NUANCES DE GREY, le choc risque d’être violent ! Un des bouquins les plus « jusqu’au boutiste » publié depuis longtemps, sorte de rencontre entre un AMERICAN PSYCHO et les 120 JOURS DE SODOME qui se déroulerait sur un lit souillé de merde, de foutre et de sang.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Erotique, #Gore, #Horreur, #Roman court (novella), #Karnage, #Splatterpunk

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Publié le 5 Février 2021

LA NUIT DES VERS VORACES de John Halkin

Né en 1927, John Halkin a livré une poignée de romans horrifiques, dont sa « Slither trilogy » (composée de ce LA NUIT DES VERS VORACES et des inédits SLIME et SQUELSH) au milieu des années ’80.

Le roman se rapproche fortement de ce que proposait James Herbert à ses débuts (avec sa saga des RATS) ou Guy N. Smith (le grand spécialiste de l’agression animale avec NIGHT OF THE CRABS, BATS OUT OF HELL, MANHEATER, etc.). On peut également effectuer un rapprochement certain avec le plaisant film « La nuit des vers géants » : titre très proche, intrigue relativement similaire en tout cas dans son principe. Bref, Halkin ne cherche pas à innover. Ni à surenchérir dans l’ignoble. Publié chez Gore il aurait pu aboutir chez Terreur ou J’ai lu Epouvante bien que le ton très « série B » de ce roman le destinait naturellement à la collection Gore, tout comme l’intrigue ramassée, le déroulement linéaire, les quelques passages gentiment sexy et les séquences sanglantes mais sans excès. Nous sommes vraiment dans l’horreur tranquille, pas de quoi attraper des hauts le cœur comme chez Necrorian ou se sentir mal à l’aise comme chez Ketchum. Nous suivons classiquement un technicien de télévision, Matt Parker, qui, au cours d’un reportage dans les égouts, se fait attaquer et mutiler par de redoutables vers agressifs. Devenu obsédé par ses créatures il va même jusqu’à en faire élevage pour les transformer en peau destinés à confectionner des sacs pour les ladies londoniennes.

Le personnage principal, qui occupe la quasi-totalité des scènes, s’avère classique et typique de l’horreur 80’s. Il est arriviste, veut faire carrière mais se lamente de vivoter. Une histoire d’adultère traditionnelle et l’amour à reconquérir de sa jeune fille qui le méprise tiennent lieu de caractérisation. Dans les clichés d’époque on notera également la détermination sans faille de notre héros qui réussira, tout seul et quasiment avec uniquement sa bite et son couteau, à stopper une invasion animale d’ampleur nationale tandis que les autorités se contentent de ne pas intervenir et de de constater les dégâts (citoyens dévorés à la pelle !).

Le tout constitue, au final, un roman enlevé, parfois saugrenu (toute l’histoire de l’élevage des vers laisse perplexe mais offre indéniablement une touche de folie à un titre sinon convenu), avec suffisamment de passages mordants et d’attaques sanguinaires pour satisfaire le lecteur. Ce n’est pas aussi efficace que LES RATS de Herbert ni aussi crade que LA MORT VISQUEUSE de Shaun Hutson mais, dans la masse des nombreux bouquins du genre publié chez Gore, ce modeste NUIT DES VERS VORACES ne démérite pas.

 

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Gore, #Horreur, #Roman de gare

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