horreur

Publié le 28 Février 2022

BIGFOOT WARS d'Eric S. Brown

Eric S. Brown appartient à cette génération d’auteurs de romans d’horreur « pulp » dans la tradition des plus vénérables Guy N. Smith, Richard Laymon ou le James Herbet des débuts. Ayant écrit une quarantaine de bouquins (mais souvent à la pagination réduite), Brown touche le gros lot avec son BIGFOOT WARS.

Si l’intrigue n’est pas très originale, l’important n’est pas là, Brown livre juste un roman de gare horrifique amusant. Une petite ville, Babble Creek, en Caroline du Nord, est la cible d’une attaque massive de Bigfoots. Les monstres débarquent et commettent un carnage tandis que les habitants se barricadent. Le roman se limite, grosso-modo, à ce pitch aussi simple qu’efficace. Tout comme les auteurs précités, Brown sacrifie les notions de développement et de caractérisation des personnages pour privilégier l’action pure. D’un court chapitre à l’autre (le roman effectue des allers-retours entre divers protagonistes), le roman avance à un rythme tellement soutenu qu’il se passe quasiment d’intrigue. BIGFOOT WARS se limite donc à une série d’attaques sanglantes : les créatures finissent par prendre la ville d’assaut tels les zombies de « La nuit des morts vivants » et le sang gicle joyeusement. Le roman souffre forcément de nombreux défauts : une grammaire parfois approximative, un style pauvre, des dialogues plats et une linéarité préjudiciable mais, inexplicablement, l’ensemble divertit. Les 128 pages n’autorisent de toutes façons aucune subtilité : pas de place pour le doute ou pour « Les Bigfoots n’existent pas » : très vite la menace se dévoile et frappe de manière gentiment gore à la manière d’une série B des années ’80 (style « Night of the demon »). Le lecteur n’a pas réellement le temps de réfléchir ni de s’offusquer des invraisemblances et autres facilités. BIGFOOT WARS avance si rapidement qu’on finit la lecture avant d’être irrité par les répétitions et les ratés d’un roman finalement plutôt plaisant. Le bouquin eut même droit à une adaptation cinématographique à petit budget en 2015 et le romancier, surement satisfait, multiplia les séquelles comme un Guy N. Smith tombé dans le panier de CRABS. Bref, voici 30 ans, ce genre de livre aurait été immédiatement traduit (et « adapté » car ça manque un peu de cul !) chez Gore. Eric S. Brown ne révolutionne pas le genre mais donne cependant l’envie de lire l’une ou l’autre des nombreuses suites qu’il a écrites.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Gore, #Horreur

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Publié le 26 Février 2022

DEVOLUTION de Max Brooks

Max Brooks s’est fait connaitre avec le best-seller WORLD WAR Z. Il nous revient dix ans plus tard avec un nouveau livre qui laisse, il faut l’avouer, une impression mitigée. Le début est amusant : des bobos très riches mais aussi très « éveillés » s’en vont vivre dans une communauté près de Seattle, Greenloop. Dans cette version moderne des réunions de hippies, les privilégiés peuvent vivre en communion ave la Nature tout en gardant accès à tous les avantages de la technologie : livraison par drone, maisons connectées, etc. Miam le bon quinoa ! Tout irait pour le mieux si le Mont Rainier, un volcan jusque là endormi ne décidait soudainement de se réveiller. Et voici Greenloop coupé du monde. Pas de réserve de nourriture, pas de distraction (les bouquins sont sur le cloud tout comme la musique et les films du coup lorsqu’Internet rend l’âme c’est la cata),…bref il faut s’organiser, se rationner, apprendre à découper du lapin même si on est végétarien, planter dans le potager, etc. Car nous sommes au début de l’automne et il faut passer l’hiver. Cette partie est amusante et Max Brooks s’en donne à cœur joie à l’encontre de nos bobos d’abord si heureux de rentrer en communion avec la nature et puis complètement dépassé par un environnement qui ne leur offre aucun cadeau. Le bouquin adopte en outre une construction éclatée et originale : extraits de journaux intimes, interview avec un ranger, extrait de livres, etc. Dans la seconde moitié, un prédateur inattendu surgi : le Sasquatch ou Bigfoot, légendaire singe anthropoïde des Etats-Unis. Cette fois il ne s’agit plus de tenir jusqu’au printemps mais bien de survivre aux assauts des monstres poilus. Max Brooks nous décrit l’effondrement de la civilisation devant la perspective d’être dévoré. Nos écolos se rendent compte qu’ils ont été éjectés du haut de la chaine alimentaire. Du coup la dévolution est rapide. Jusqu’à ceinturer leur maison / refuge de pieu trempés dans leur merde, afin de blesser et d’infecter les Bigfoots.

DEVOLUTION ne se veut pas subtil : il s’agit d’une satire camouflée en roman d’horreur façon survival. Cependant, si l’ensemble demeure plaisant, le bouquin déçoit : trop de longueurs et une intrigue prévisible. Quelques considérations bien senties, quelques remarques réussies et un final à l’ambigüité efficace ne compensent pas totalement une construction linéaire.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Aventures, #Horreur, #Fantastique

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Publié le 14 Février 2022

FIRENZE ROSSA de David Didelot

Fanéditeur bien connu, David Didelot revient à la collection Karnage dont il avait signé le volume initial (sous le pseudo de Talion), SANCTIONS. Après ce premier méfait très « porno-gore », FIRENZE ROSSA rend, cette fois, hommage à deux des grandes passions de Didelot, le giallo et le Monstre de Florence. L’auteur met ainsi en scène, quoique de manière détournée, le plus célèbre des tueurs en série italiens. Actif pendant une vingtaine d’années, « il mostro » entame sa croisade meurtrière en 1968 en tuant un jeune couple (un crime que certains refusent néanmoins de lui imputer). Huit ans plus tard, il récidive, tuant un autre couple occupé à faire l’amour dans leur voiture. La fille est défigurée par 97 coups de couteau et une branche de vigne enfoncée dans son intimité. Après une longue éclipse, le monstre de Florence revient sur le devant de la scène en juin 1981 : six couples seront tués, de manière similaire, en quelques années. En septembre 1985, « il mostro » disparait. Son identité ne sera jamais révélée.

Le journaliste Mario Spezi (devenu, dans le roman, Mario Brezzi) rédige, en 1983, un livre non fictionnel qui relate cette affaire. Plusieurs films parleront également de l’enquête, de manière beaucoup plus libre : « Il mostro di Firenze », « The killer is still among us », « Hannibal » (adapté du roman de Thomas Harris), etc. Mario Spezi, associé à l’auteur de thriller Douglas Preston, revient sur l’affaire en 2008 avec LE MONSTRE DE FLORENCE. David Didelot, qui a déjà écrit un zine complet sur le sujet, s’en inspire cette fois, mêlant à ce « true crime » son amour du giallo, de l’érotisme et des bandes dessinées pour adultes italiennes (les fumetti). Pour l’amateur, c’est donc un festival de références aux actrices du « cinéma rose » (soft ou hard) comme Lili Carati, Laura Gemser et quelques autres, sans oublier les érotiques de Joe d’Amato, une poignée de giallo (avec même une référence au pire d’entre eux via un titre de journal) en particulier les plus crasseux (« Giallo a Venezia » ou « Play Motel »), la bande dessinée porno, etc.

L’auteur nous invite donc à suivre une enquête bien sanglante qui plonge dans les bas-fonds de Florence, au cœur de la fange, avec clubs libertins, viols sordides, urologie, partouzes, etc. Guère étonnant qu’une sorte d’ange de la vengeance vienne s’incruster dans le paysage pour nettoyer tout ça à coup de scalpels.

Moins extrême que SANCTIONS (mais, cependant, fort sanglant et cul, que l’on se rassure !), ce deuxième roman se montre plus maitrisé avec plusieurs intrigues en parallèles qui, forcément, se rejoignent lors d’un final satisfaisant. L’auteur n’hésite pas à plier la réalité à sa plume pour imaginer un monde où le monstre est démasqué, terminant son récit de manière classique et effective. Un bel hommage au giallo dont nous aurions tort de nous priver !

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Erotique, #Gore, #Horreur, #Policier, #Thriller, #Splatterpunk

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Publié le 8 Février 2022

DJINN de Sam West

Sam West est un auteur britannique spécialisé dans le splatterpunk, l’extrême horreur et le porno-gore. Dans DJINN, le romancier nous présente Pam Wilkins, laquelle n’a pas gagné le grand prix au jeu du destin. Grosse, moche, sans ambition, elle se fait battre par son petit copain et nettoie les toilettes pour gagner son misérable salaire. Comme disait Kurt « elle se déteste et veut crever ». Toutefois, un jour, elle découvre une lampe magique. Et qui en sort ? Un génie bien sûr, ou plutôt un djinn, autrement dit un démon oriental qui lui promet tout ce qu’elle désire. Ou presque : il lui accorde six vœux à condition d’accomplir différentes tâches dégradantes. Le djinn lui demande ainsi de boire l’eau croupie des toilettes. Pam accepte. Ce n’est qu’un début, évidemment.

Splatterpunk et porno-gore ne sont pas réputé pour leur finesse et DJINN ne cherche pas à revitaliser le genre ni à se montrer particulièrement original. Le déroulement de l’intrigue se montre ainsi très prévisible et linéaire avec un développement quasi nul. Quoique le personnage principal occupe toutes les scènes, le lecteur n’aura pas beaucoup de précisions la concernant. Elle est juste vénale, détestable et immonde. Si Divine était encore de ce monde elle pourrait jouer son rôle dans une adaptation signée John Waters. Bref, si la première moitié du bouquin reste correcte et propose les passages classiques du genre (viols, tortures, etc.), la suite peine à convaincre. Ainsi, après une partie relativement sobre qui se montre distrayante et relativement bien menée, la suite se vautre dans la surenchère et la scatologie. Quitte à perdre toute crédibilité et à sombrer dans l’excès pour l’excès, l’auteur se fait plaisir et en rajoute dans le trash total. Notre héroïne se fait sauter par un clochard, est « gangbangée » par trois voyous, suce six kikis, boit des litres de sperme et permet à un chien de l’enculer. Pour les habitués de l’extrême, rien de très novateur, juste la routine du porno gore crasseux. Mais les descriptions sont très longues, au point que la narration – plutôt convaincante dans les soixante premières pages – se délie complètement et donne envie de survoler en diagonale l’énième dégueulasserie imaginée par le romancier.

DJINN possédait un certain potentiel et sa thématique, certes traditionnelle, laissant espérer une réelle originalité. Malheureusement le bouquin retombe dans les travers du splatterpunk et l’impression reste mitigée. Censé donner la nausée, le livre suscite surtout l’ennui. Parfois trop c’est juste…trop.

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Publié le 28 Janvier 2022

PORN de Matt Shaw

Nouvelle livraison dans le domaine de la littérature extrême, PORN mérite bien son titre. Matt Shaw, né en 1980, appartient à cette nouvelle génération d’auteurs qui semble écrire plus vite que son ombre. Fan de Freddy, il propose des kilos de bouquins, souvent courts, dans le genre splatter punk ou porno gore. Shaw se définit comme un auteur d’extrême horreur et se spécialise dans un mélange de sexe et de violences brutales. En dépit de son côté brutal, PORN se montre cependant réussi et construit, proposant une montée progressive dans la sauvagerie, une intrigue qui se tient et une fin surprenante.

L’auteur plonge dans l’industrie du X par l’intermédiaire d’une apprentie actrice qui, lassée de ne pas trouver de travail « traditionnel » atterrit sur les tournages hard. Le romancier nous raconte alors son itinéraire avec ses bons et ses mauvais côtés, ses questionnaires sur ses pratiques sexuelles acceptées ou non, ses partenaires sympas ou pas, ses réalisateurs plus ou moins bienveillants,…Néanmoins pour un roman « porno gore » la première partie de l’équation ne suffit pas : l’intrigue doit évoluer et, bien sûr, pas de manière positive. Car notre apprentie porn-star accepte un jour un contrat pour un tournage un peu louche. Elle s’y rend cependant accompagnée de son meilleur ami, estimant ainsi être suffisamment protégée contre toute mauvaise expérience. Elle s’étonne cependant des nombreux « extras » présents sur le plateau en plus de l’acteur principal et du réalisateur. Et, hélas, le copain est égorgé. Tant pis pour la protection. Les « extras » ont payés pour la violer, la torturer et la tuer devant la caméra. Heureusement, elle s’échappe et, logiquement, revient se venger et de manière bien sanglante. Raconté en flashbacks, l’intrigue fonctionne efficacement. Le lecteur s’attache à l’héroïne et prend évidemment son parti, comme dans tout bon « rape and revenge » qui se respecte. Car c’est bien à ce genre cinématographique aussi fun que décrié que Matt Shaw rend hommage bien qu’il le revisite façon torture porn en surfant sur le mythe des snuff movies. Ici les parties « rape » et « revenge » sont imbriquées, rendant la lecture plus plaisante et moins linéaires. Le méchant aura sa punition pour le plus grand plaisir du lecteur : Butt plug puis gode taillé en pointe inséré dans son fondement, testicules broyés à coup de marteau, blessures innombrables…Avec, cependant, l’envie de le maintenir en vie jusqu’à l’intervention d’une tronçonneuse…PORN donne au lecteur ce qu’il cherche, et même un peu plus : beaucoup de sexe, beaucoup de gore et, petit plus appréciable, une caractérisation travaillée de sa protagoniste principale, une construction habile et un twist étonnant. Une bonne surprise dans un genre qui en compte peu.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Erotique, #Gore, #Horreur, #Roman court (novella), #Splatterpunk

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Publié le 16 Janvier 2022

THINGS HAVE GOTTEN WORSE SINCE THE LAST TIME WE SPOKE d'Eric LaRocca

Eric LaRocca est un auteur spécialisé dans l’extrême horreur et le porno avec une forte dominance gay. Ce récit est entièrement construit à partir de la correspondance entretenue en ligne par deux jeunes femmes, Zoe et Agnes, réunies suite à une banale vente sur Internet. Le prologue nous apprend pourtant que le Henley’s Edge Police Departement a collecté ces informations, certaines ayant été gommées pour ne pas interférer avec l’enquête. Cette introduction (fictionnelle) et le titre choisi annoncent immédiatement que la relation amicale puis amoureuse entre les deux demoiselles va prendre un tour tragique. Agnès désire vendre, pour environ 250 dollars, un éplucheur antique ayant appartenu à sa grand-mère et utilisé par le compositeur Charles Ives. Cette description attire Zoe qui se propose de l’offrir à son grand-père, un fan d’Ives. Après une série d’échanges innocents, la relation cordiale se transforme en amitié puis en attirance. Zoe suggère ainsi à Agnès d’assumer davantage sa féminité, par exemple en portant une robe rouge provocante au bureau. Rapidement, Agnès accepte les demandes de sa correspondance et « signe » un contrat instaurant entre elles une relation teintée de sadomasochisme. Sans jamais se voir, les deux femmes sont entrainées dans une spirale de perversions et Agnès devient la « chose » de Zoé. Jusqu’au final cradingue proche du David Cronenberg des débuts, au cours duquel Agnes s’intoxique volontairement pour porter un ténia qui la martyrise, substitut au bébé que Zoé ne peut lui donner.

Ramassé sur 102 pages, ce court roman se lit très vite, la forme « épistolaire » moderne en rend d’ailleurs la construction rythmée et addictive. Une plongée sans doute trop brève (l’acceptation du contrat par Agnès semble peu crédible après si peu de temps) mais indéniablement efficace dans les tourments de deux psychés sacrément perturbées. L’ensemble fonctionne bien, l’auteur parvenant à maintenir l’intérêt malgré une intrigue minimale et une fin attendue. Car si « tout a empiré depuis la dernière fois qu’on s’est parlé » la seule issue ne peut-être qu’une mort sanglante et brutale pour la principale protagoniste. Sans verser dans l’extrémisme de certains romans courts de « splatterpunk », le bouquin reste perturbant et malsain. Fragiles s’abstenir !

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Horreur, #Roman court (novella), #Thriller, #LGBT, #Splatterpunk

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Publié le 9 Janvier 2022

BABY TRAP de Patrice Herr Sang

Troisième livraison pour Karnage, la collection qui succède à Gore, Maniac et Trash auprès des amateurs d’horreur pulp extrême. Patrice Herr Sang, alias Patrice Lamare, est une figure bien connue du milieu bis, rock et punk avec sa librairie parisienne Hors Circuit. Au milieu des années ’80, il livre pour la collection Gore un premier bouquin, LA GALERIE DES HORREURS, hommage au Grand Guignol façon Hershell Gordon Lewis. Par la suite il s’attaque aux agressions animales avec LES GRIFFES DE SANG et s’inspire du giallo à la Argento pour SIX CADAVRES DANS UN CERCLE. Guère étonnant de le retrouver au programme de la collection Karnage avec ce roman à l’humour noir prononcé. Après le très brutal SANCTIONS de Talion et le référentiel / porno / gore ACID COP de Zaroff, voici ici une nouvelle manière d’envisager la collection, dans un esprit beaucoup plus ludique. Cela ne veut pas dire, bien sûr, que l’auteur ait renoncé aux scènes sanglantes et choquantes mais, dans l’ensemble, cette rafale de gore se veut plus amusante que scandaleuse. Le thème, cependant, reste sans concession avec ces bébés exécutés sans pitié. Des parents à bout ? L’enquête est confiée à un policier dur à cuir typique qui remonte la piste. Comme toujours, le tout est emballé en 160 pages bien serrées qui ne trainent pas en route mais offrent, à intervalles réguliers, un passage bien saignant.

BABY TRAP propose donc une intrigue solide, un côté déjanté par sa thématique originale, un peu de sexe et pas mal de violence, le tout saupoudré d’une large rasade d’humour noir. Cela se lit vite, sans ennui et avec le sourire (sans provoquer de hauts le cœur !). Bref, du bon Karnage qui pourrait ouvrir la collection à un public plus large et moins jusqu’au-boutiste que les deux premiers volumes. On appréciera cette troisième livraison qui démontre l’ouverture des titres proposés en attendant le suivant, plus axé science-fiction : COSMOS CANNIBALE.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Gore, #Horreur, #Humour, #Roman de gare

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Publié le 12 Décembre 2021

VIEUX DEMONS de Simon R. Green

John Taylor est un détective privé spécialisé dans la recherche d’objets perdus, un don né de ses origines puisque Taylor est natif du Nightside, le côté obscur ignoré de tous de Londres. Comme tous les privés, Taylor connait des fins de mois difficiles et l’arrivée de la très riche Joanna Barrett lui apparait donc comme providentielle. Joanna, en effet, lui propose une forte somme pour retrouver sa fille, adolescente fugueuse partit s’encanailler dans le Nightside. Taylor accepte donc de retourner dans ce territoire incertain…à ses risques et perils.

Avec ce premier tome de la saga Nightside, Simon Green n’invente rien mais démontre son talent évident pour sublimer ses influences. Son John Taylor (un hommage au bassiste de Duran Duran?) ressemble à John Constantine et il déambule dans un univers d’urban fantasy inspiré à la foi par le NEVERWHERE de Nail Gaiman et les classiques du polar comme LE FAUCON MALTE. Personnages peu recommandables, femme fatale entreprenante, magouilles, trahisons et rebondissements s’invitent donc tout au long de ses 250 pages de littérature divertissante plutôt bien troussée.

Le Nightside lui-même, quoiqu’à peine effleuré(laissons d’autres découvertes pour les prochains tomes), se montre convaincant avec son obscurité perpétuelle (il y est toujours 3 heures du mat’) et sa galerie de “freaks” déambulant dans ses ruelles inquiétantes. Plusieurs époques et lieux se côtoient avec plus ou moins de Bonheur dans ce quartier magique niché au coeur de Londres. Simon Green parsème l’intrigue de références plus ou moins évidentes, d’emprunts à la culture anglaise (celle, plus fantasmée que réelle ancrée dans l’inconscient collectif depuis “Chapeau melon et botte de cuir” ou “James Bond”) et d’arguments rock & roll, son héros rencontrant notamment le Dieu Punk du Rasoir ou s’enfilant une bière dans un pub bloqué à jamais dans les swingin’ sixties.

Mélange de polar façon série noire retro, d’urban fantasy horrifique gluante et d’humour bien senti, VIEUX DEMONS constitue une plaisante découverte, une lecture “facile” mais très agréable qui donne envie de se plonger rapidement dans la suite.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Fantastique, #Fantasy, #Horreur, #Polar

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Publié le 6 Décembre 2021

THE HAUNTED VAGINA de Carlton Mellick III

Bon, avec un tel titre, l’amateur comprend immédiatement à quoi s’attendre. Nous sommes dans le genre littéraire « weird » ou, plus encore, le « Bizarro », un style initié à l’orée des années 2000 et qui se veut l’équivalent du cinéma culte ou grindhouse. Proche du splatter punk, le tout se vautre joyeusement dans le gore outrancier et le sexe tordu mais, alors que le splatter punk se veut réaliste (avec en référence moderne le torture porn), le Bizarro joue surtout la carte du surréalisme et l’imagination complètement délirante des auteurs ne s’autorise aucune limite. Les influences sont donc Philip K. Dick, William Burroughs, le Ero guro japonais, le surréalisme, le gore, le porno, la SF,…bref tout ce qui est de mauvais genre et hors du mainstream avec l’envie de proposer une littérature extrême, délirante mais aussi fun et surtout bizarre.

Ici, nous assistons aux aventures sexuelles de Steve et de sa copine, la très chaude Stacy. Problème, cette dernière a une chatte hantée. Oui oui, cette fois Satan l’habite pour de vrai. Ou presque. En réalité, le trou d’amour de Stacy est un tunnel donnant sur un autre monde. D’où la stupéfaction de Steve, on le comprend, lorsque sa compagne accouche d’un squelette qui finit par se désagréger. Stacy a la solution : faire entrer Steve en elle. Littéralement. A coup de lubrifiant et de branlette frénétique la demoiselle distant son vagin au-delà des limites physiques acceptables. Même dans le porno crade on n’a jamais vu pareil dilatation. Donc Steve s’y engouffre et découvre l’existence, dans la foufoune de Stacy, de tout un univers façon Fantasy.

La première partie de ce court roman (une centaine de pages) est la plus réussie avec ses prémices hallucinantes et ses scènes étrangement sexuelles plus « what the fuck ? » (c’est le cas de le dire) les unes que les autres. La seconde partie est plus classique, le héros se retrouvant dans un univers plus conventionnel qui cultive les tropes de la fantasy. Il reste toutefois de bons moments, notamment lorsque le héros manque d’être noyé par un torrent de spermes alors que sa copine s’offre un coup d’un soir. Ou lorsqu’une séance de masturbation de la demoiselle a des répercussions dignes d’un tremblement de terre (ou de chair) dans son intimité. Au final, le lecteur passe un bon moment et reçoit, grosso modo, ce qu’il attendait d’un court roman intitulé THE HAUNTED VAGINA. Pour les amateurs de romans romantiques ou philosophiques choisissez un autre bouquin.

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Publié le 29 Novembre 2021

LA PETITE SIRENE (Les contes interdits) de Sylvain Johnson

Disons-le d’emblée, ce roman s’avère meilleur que LE VILAIN PETIT CANARD ou LE PETIT CHAPERON ROUGE dans cette même collection de contes interdits, ne serait-ce que parce qu’il suit l’histoire originelle de manière plus fidèle. Mais précisons tout de suite que nous sommes loin d’une grande réussite.

Ici, nous suivons le destin d’Angie, jeune fille atteinte d’une véritable maladie, la sirénomélie, surnommée « le syndrome de la sirène », qui a transformé ses jambes en une sorte d’appendice caudale. A sa naissance, rejetée par son père alcoolique, l’enfant est confiée à des forains qui vont la transformer en phénomène de foire et tirer parti de sa condition. Là, Angie se lie d’amitié avec un « garçon homard » et subit des viols à répétition par des pervers qui paient pour coucher avec une « sirène ». Elle finit par s’enfuir et trouve refuge dans un étrange palais habité par des nains.

Comme les autres titres de la série, ce conte interdit se veut horrifique et riche en passages osés. L’auteur étale donc pas mal de scènes chocs qui mêlent sexe et sang de manière très frontale. C’est d’ailleurs la principale qualité du bouquin : plonger dans la fange et offrir au lecteur son quota de scènes de viols et de tortures. LA PETITE SIRENE parvient ainsi à divertir lorsque le romancier joue à fond la carte de la perversité (la sirène se fait violer avec un harpon planté dans sa « queue », l’homme homard ébouillanté vivant,…) ou du délire, en particulier grâce à une bande de nains. Ceux-ci vivent dans un « palais des nains » où ils se livrent à toutes les turpitudes possibles. Faut dire que le nain s’ennuie. A part jouer dans Game of Thrones, Fort Boyard ou du porno hard-crad les débouchés sont minces. Alors il faut bien s’amuser et comme le chantait les VRP tripoter les « nénés des nanas des nains ».

Bref, ces aspects outrés peuvent paraitre ridicules, ils n’en sont pas moins plaisants et permettent de sortir quelque peu des sentiers battus. L’hommage plus ou moins volontaire au classique « Freaks » rend plus digeste un roman qui aurait cependant été plus réussi en sombrant encore davantage dans le porno gore rigolo. Ceux qui ont visionné les perles de cinémathèques que sont « La Baby Sitter violée par un nain » ou « The Sinful Dwarf » me comprendront. Notons toutefois que le bouquin se distingue aussi par son vocabulaire canadien dépaysant avec quelques expressions sympas (« hostie » ou encore « Viens moi dedans ! ») qui donnent le sourire.

Roman totalement invraisemblable mais en partie sauvé, justement, par ses péripéties délirantes, LA PETITE SIRENE aligne viols, tortures, perversions sexuelles et passages cradingues pour le plaisir de l’amateur de littérature déviante. Dommage que le tout se prenne un peu trop au sérieux (couverture classieuse et présentation prestigieuse) sans oser assumer jusqu’au bout ses orientations malsaines. On préfèrera donc relire un bon Gore ou un petit Karnage mais, au niveau des Contes Interdits, voici sans doute le bouquin le plus fun (pour l’instant).

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Erotique, #Gore, #Horreur

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