horreur

Publié le 3 Mars 2021

LA CHOSE DES TENEBRES de H.P. Lovecraft, A. Derleth, etc.

Les anthologies consacrées au Mythe de Cthulhu sont souvent de véritables casse-têtes pour l’amateur. On plaint d’ailleurs le lecteur d’avant Internet qui devait se retrouver dans ce fatras. LA CHOSE DES TENEBRES, « présentée » par Lovecraft et Derleth fut ainsi également publiée sous le titre LEGENDES DU MYTHE DE CTHULHU TOME 2. Mais ce n’est que le début du dédale car les nouvelles qui composent ce recueil se sont également retrouvées dans de nombreux bouquin. A tout saigneur tout horreur, nous commençons avec Lovecraft lui-même et son hommage amusé à Robert Bloch, « La Chose des ténèbres ». Le récit figura dans les recueils LE CAUCHEMAR D’INNSMOUTH, PAR DELA LE MUR DU SOMMEIL, LEGENDES DU MYTHE DE CTHULHU, LE CYCLE DE NYARLATOTHEP, CTHULHU LE MYTHE et LA MAISON MAUDITE, sans oublier, forcément, la volumineuse INTEGRALE LOVECRAFT de chez Laffont. Pour compliquer les choses la nouvelle (« The haunter of the dark » en VO) fut tour à tour affublée des titres suivants : « la chose des ténèbres », « L’habitué des ténèbres », « La créature de la nuit », « celui qui hante les ténèbres » et « celui qui hante la nuit ».

La « réponse » donnée par Robert Bloch, « The shadow from the steeple », eut pratiquement autant de succès puisqu’on la retrouve non seulement dans LA CHOSE DES TENEBRES mais également dans les recueils AUX PORTES DE L’EPOUVANTE, HUIT HISTOIRES DE CTHULHU, LES YEUX DE LA MOMIE, LES MYSTERES DU VER et L’INTEGRALE LOVECRAFT. On reste avec Robert Bloch et son « manuscrit trouvé dans une maison abandonnée », là aussi maintes fois publié : HUIT HISTOIRES DE CTHULHU, HISTOIRES D’HORREUR, LES YEUX DE LA MOMIE, ENFANTS ROUGES, LES MYSTERES DU VER et L’INTEGRALE LOVECRAFT. Une histoire classique mais convaincante.

« Epouvante à Salem » de Harry Kuttner se retrouva également dans HUIT HISTOIRES DE CTHULHU, dans LE LIVRE DE IOD et bien sûr dans L’INTEGRALE LOVECRAFT qui, décidément, fut une bénédiction pour le déchiffreur du Mythe. Cette nouvelle efficace reprend les thématiques classiques de la maison maudite absorbant, tel un vampire, la force vitale de ses habitants et l’influence pernicieuse exercée par une sorcière jadis exécutée.

« La Chose dans le cimetière » de John Vernon Shea se retrouva également dans HUIT HISTOIRES DE CTHULHU et L’INTEGRALE LOVECRAFT. Pareil pour le « Sueurs froides » de Ramsey Campbell et « La cité sœur » de Brian Lumley (auquel on peut ajouter une publication dans COMPARTIMENT TERREUR) et « Le rempart de béton » du même Lumley (également trouvable dans COMPARTIMENT TERREUR et RECITS CTHONIENS). La plus-value de ce recueil était donc le plus rare « Ceux des profondeurs » de James Wade et « Le retour des Lloigors » de Colin Wilson…qui se retrouveront, par la suite, dans L’INTEGRALE LOVECRAFT. Le présent recueil ne sera donc indispensable qu’à ceux qui ne possède pas cette brique (en trois tomes !) sur H.P.L. ou les collectionneurs maladifs. Mais les nouvelles sont, pour la plupart, plaisantes et méritent bien une relecture, « Ceux des profondeurs » bien que classique fonctionne efficacement et « Le retour des Lloigors », une novella de 80 pages bien tassée s’élève au-dessus de la mêlée. Wilson, très intéressé par l’occultisme, y combine divers thèmes mystérieux : le manuscrit Voynich (qui serait en réalité le Necronomicon originel), la disparition du continent de Mu, les anciens astronautes (venus des étoiles et ayant réduits l’Homme en esclavage), les légendes galloises (déjà évoquées par Machen), sans oublier des considération philosophiques et ésotériques. Une réussite qui, en se basant sur des thèmes classiques déjà évoqués par HPL, renouvelle habilement l’épouvante cosmique chère à Lovecraft.

Dans l’ensemble un très bon recueil de textes relativement variés (thèmes, longueurs, modernisme ou récits à l’ancienne) inspirés par les écrits de Lovecraft. Recommandé.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Fantastique, #Golden Age, #Horreur, #Lovecraft, #Recueil de nouvelles

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Publié le 28 Février 2021

LE JEU de Richard Laymon

Richard Laymon est un des grands noms de l’horreur américaine, tendance brutale et sans concessions. Né en 1947 et décédé en 2001, il fut un des piliers du splatterpunk et eut les honneurs d’être traduit à 6 reprises dans la collection « Gore ». Mais sa production pléthorique reste encore à défricher, d’autant qu’il a usé de nombreux pseudonymes : Carl Laymon, Richard Kelly, Lee Davis Willoughby, Carla Laymon,…Loué par Stephen King pour ses talents de « page turner », préfacé par Dean Koontz, LE JEU constitue un roman qui s’apparente, dans ses deux premiers tiers, à un « simple » thriller avant de plonger plus frontalement dans l’horreur pure. Réussite ou ratage ? Difficile de trancher, le plaisir de lecture s’avère réel mais les défauts sont, eux-aussi, nombreux.

L’intrigue se base sur le fameux postulat « que seriez-vous prêt à faire pour de l’argent ? ». L’héroïne, Jane Kerry, vit tranquillement sa petite existence de bibliothécaire célibataire un peu rondelette dans son bled de Donnerville. Un soir elle trouve une lettre avec un indice mystérieux qui la conduit à chercher un livre dans lequel elle découvre une enveloppe. A l’intérieur, 100 dollars, une nouvelle énigme et une signature en deux lettres : MJ, le maitre du jeu. Jane accepte cette proposition et reçoit 2OO dollars de récompense. Ainsi qu’une devinette à résoudre. Le jeu a commencé et le maitre n’acceptera pas de l’arrêter avant sa conclusion…

Le roman se place résolument dans la position de Jane, on se trouve même dans sa tête et on suit ses pensées, ses hésitations, ses doutes,…C’est la force du bouquin mais également sa faiblesse. Parfois c’est prenant, parfois pas du tout. De longs passages auraient gagnés à recevoir les conseils d’un bon éditeur. En clair des scènes entières se trainent, sont inintéressantes et ne font aucunement avancer l’intrigue, au point qu’on finit par les parcourir en diagonale. Il faut également admettre que l’héroïne agit souvent en dépit du bon sens et que ses réactions donnent souvent envie de se taper la tête dans le mur tant certaines apparaissent d’une absolue stupidité. Il n’y a pas vraiment de remise en question en dépit des ruminations mentales de l’héroïne, pas vraiment de « j’en reste là » (ou ça ne dure que quelque pages), juste l’appât irrésistible du gain. La suspension d’incrédulité s’avère de rigueur, d’autant que l’omniscience du « maitre du jeu » ne sera pas vraiment expliquée. Le lecteur s’attend même à un twist pour expliquer sa capacité à observer l’héroïne, à la traquer et à la retrouver où qu’elle aille. Mais non, pas vraiment d’explications. Il parait avoir des moyens illimités, tant pour surveiller sa proie que pour lui donner des milliers de dollars. Comment ? Pourquoi ? Pour le simple plaisir de la cruauté et de la manipulation…Un peu facile Mr Laymon !

Autre point risible : Jane passe de bibliothécaire rondelette (son poids constitue une vraie obsession alors qu’elle parait juste un peu enveloppée et que tout le monde s’accorde à la trouver séduisante) à fille athlétique, mince, combattive et en pleine forme. A défaut d’avoir sa bite et son couteau elle a son ventre plat, ses gros nichons et son cran d’arrêt ! Au final elle rendrait coup pour coup à Rambo ! Or toute l’intrigue se déroule en quinze jours, cette transformation est donc totalement ridicule et le climax final, précipité, n’aide pas. Le style de Laymon n’est pas, non plus, franchement travaillé. Le genre ne nécessite pas de se montrer un styliste confirmé ou de retravailler chaque phrase durant des jours mais l’auteur n’a jamais eu la réputation de soigner sa littérature et, ici, encore on note pas mal de passages disons…relâchés.

Pourtant, le bouquin reste dans l’ensemble plaisant : malgré ses longueurs évidentes (une bonne centaine de pages auraient pu passer à la trappe sans soucis !) le côté page turner fonctionne et le lecteur a envie de connaitre la suite et, surtout, le fin mot de l’histoire (quitte à être déçu par le final). L’auteur parsème aussi son récit de scènes de sexe, le jeu semblant avoir une influence des plus stimulantes sur la libido de l’héroïne. Enfin, le dernier tiers s’emballe et verse plus gratuitement dans l’horreur bien sanglante avec toutes les scènes attendues pour divertir le lecteur friand de splatterpunk : victimes démembrées, tortures, autocannibalisme, viols, etc. Enfin du fun ! Laymon s’affranchit à ce moment du peu de vraisemblance que le roman gardait pour plonger dans la série B littéraire à la manière des films de torture porn. Ce n’est plus du thriller, c’est alors de l’horreur pure et dure et, avouons-le, tout ça se montre plus divertissant que la première partie un poil longuette. Bilan mitigé donc mais, à condition d’accepter ses faiblesses, de survoler certains chapitres sans intérêt et d’apprécier la cassure du dernier tiers qui ne se soucie quasiment plus de crédibilité, l’ensemble offre un bon moment.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Horreur, #Thriller, #splatterpunk

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Publié le 21 Février 2021

SANCTIONS! de Talion

Sous le pseudonyme de Talion se dissimule (très peu) une personnalité bien connue du cinéma et de la littérature « bis » ayant débuté par le fanzine Videotopsie avant de livrer quelques livres de référence comme GORE AUTOPSIE D’UNE COLLECTION ou BRUNO MATTEI – ITINERAIRES BIS. Le bonhomme, que l’on sait férocement critique envers le climat de politiquement correct actuel et de « bien pensance » généralisé a donc tiré profit de son expérience personnelle dans le milieu scolaire (sur lequel il a, également, beaucoup de – mauvaises – choses à dire) pour livrer son premier récit de fiction. Nous suivons ainsi un couple d’enseignants totalement frappés qui ont décidé d’infliger quelques sévères sanctions à une poignée d’élèves récalcitrants et autres petites frappes de cité. Inutile de dire que le lecteur va se délecter à lire les tortures sexuelles innommables (mais pas indescriptibles puisque Talion ne nous épargne aucun détails) vécues par nos adolescents.

Premier bouquin de cette nouvelle collection Karnage (qui succède à Gore et aux plus confidentiels Maniac, Apocalypse ou encore Trash), il était logique de confier ce démarrage à un admirateur inconditionnel de « Gore » et Talion s’est permis toutes les outrances. Le romancier propose un roman pour adultes avertis, au contenu très explicite, qui mélange horreur, gore et pornographie. Il synthétise ainsi les différents sillons jadis labourés par les principaux pourvoyeurs français du gore : le côté sexe et sang (ou BLOOD SEX) de Charles Necrorian, l’aspect plus social véhiculé par Corsélien (on note une référence au chef d’œuvre de ce-dernier, LE BRUIT CRISSANT DU RASOIR SUR LES OS) et une touche d’humour noir rappelant les bouquins plus légers et référentiels d’Eric Vertueil (LES HORREURS DE SOPHIE, SANG FRAIS POUR LE TROYEN, etc.).

En 150 pages bien tassées, Talion dispense un véritable cauchemar de sang et multiplie les meurtres, les mutilations et autres supplices. Sans oublier une suite de scènes carrément pornos qui ne lésinent pas sur le sado-masochisme, l’urologie, la scatologie, etc. Bref, ça charcle, c’est parfois franchement dégueulasse (mais c’est voulu), c’est complètement extrême et traversé de quelques clins d’œil à divers « classiques » du cinéma bis italien (comme le signale un protagoniste on parle beaucoup d’holocauste et de cannibales) comme « Pulsions cannibales », « Holocauste Nazi », « Blue Holocaust », « Cannibal Holocaust », « Porno Holocaust », etc.

Avec ce titre, la collection Karnage débute très fort et on se demande comment les successeurs de Talion pourront faire mieux (ou pire). Pour les nostalgiques de la littérature « de gare » et « de gore » des années ’80, SANCTIONS ! fait figure d’incontournable. Par contre pour ceux qui pensent que l’horreur se limite à Stephen King ou l’érotisme à CINQUANTE NUANCES DE GREY, le choc risque d’être violent ! Un des bouquins les plus « jusqu’au boutiste » publié depuis longtemps, sorte de rencontre entre un AMERICAN PSYCHO et les 120 JOURS DE SODOME qui se déroulerait sur un lit souillé de merde, de foutre et de sang.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Erotique, #Gore, #Horreur, #Roman court (novella), #Karnage, #Splatterpunk

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Publié le 5 Février 2021

LA NUIT DES VERS VORACES de John Halkin

Né en 1927, John Halkin a livré une poignée de romans horrifiques, dont sa « Slither trilogy » (composée de ce LA NUIT DES VERS VORACES et des inédits SLIME et SQUELSH) au milieu des années ’80.

Le roman se rapproche fortement de ce que proposait James Herbert à ses débuts (avec sa saga des RATS) ou Guy N. Smith (le grand spécialiste de l’agression animale avec NIGHT OF THE CRABS, BATS OUT OF HELL, MANHEATER, etc.). On peut également effectuer un rapprochement certain avec le plaisant film « La nuit des vers géants » : titre très proche, intrigue relativement similaire en tout cas dans son principe. Bref, Halkin ne cherche pas à innover. Ni à surenchérir dans l’ignoble. Publié chez Gore il aurait pu aboutir chez Terreur ou J’ai lu Epouvante bien que le ton très « série B » de ce roman le destinait naturellement à la collection Gore, tout comme l’intrigue ramassée, le déroulement linéaire, les quelques passages gentiment sexy et les séquences sanglantes mais sans excès. Nous sommes vraiment dans l’horreur tranquille, pas de quoi attraper des hauts le cœur comme chez Necrorian ou se sentir mal à l’aise comme chez Ketchum. Nous suivons classiquement un technicien de télévision, Matt Parker, qui, au cours d’un reportage dans les égouts, se fait attaquer et mutiler par de redoutables vers agressifs. Devenu obsédé par ses créatures il va même jusqu’à en faire élevage pour les transformer en peau destinés à confectionner des sacs pour les ladies londoniennes.

Le personnage principal, qui occupe la quasi-totalité des scènes, s’avère classique et typique de l’horreur 80’s. Il est arriviste, veut faire carrière mais se lamente de vivoter. Une histoire d’adultère traditionnelle et l’amour à reconquérir de sa jeune fille qui le méprise tiennent lieu de caractérisation. Dans les clichés d’époque on notera également la détermination sans faille de notre héros qui réussira, tout seul et quasiment avec uniquement sa bite et son couteau, à stopper une invasion animale d’ampleur nationale tandis que les autorités se contentent de ne pas intervenir et de de constater les dégâts (citoyens dévorés à la pelle !).

Le tout constitue, au final, un roman enlevé, parfois saugrenu (toute l’histoire de l’élevage des vers laisse perplexe mais offre indéniablement une touche de folie à un titre sinon convenu), avec suffisamment de passages mordants et d’attaques sanguinaires pour satisfaire le lecteur. Ce n’est pas aussi efficace que LES RATS de Herbert ni aussi crade que LA MORT VISQUEUSE de Shaun Hutson mais, dans la masse des nombreux bouquins du genre publié chez Gore, ce modeste NUIT DES VERS VORACES ne démérite pas.

 

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Gore, #Horreur, #Roman de gare

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Publié le 21 Janvier 2021

DEMONS INTIMES de Dean Koontz

« Strange Highways », copieux recueil américain, s’est vu scindé en deux pour son édition française : d’un côté ETRANGES DETOURS et de l’autre DEMONS INTIMES. Le contenu de ce dernier est également quelque peu étonnant puisque nous avons un court roman, « Chase » (version remaniée de LA PEAU DES HEROS  écrit en 1972 et jadis disponible à la série noire mais ici réactualisé et surtout raccourci pour lui donner davantage d’efficacité). Il s’agit d’un bon thriller au sujet d’un certain Benjamin Chase, héros de guerre ayant un sérieux problème de boisson qui se lance sur la piste d’un tueur en série.

Le reste du recueil se compose de nouvelles explorant différents sous-genres : « Bruno » est une très plaisante parodie science-fictionnel de polar dans lequel un flic fait équipe avec un ours venant d’un monde parallèle dans lequel Walt Disney est un fabriquant d’armes. « Nous trois » traite du sujet de trois enfants mutants partant à la conquête du monde grâce à leurs immenses pouvoirs. « Le dur » illustre le jeu de chat et la souris entre un flic dur à cuire et un criminel mais tout n’est pas aussi simple et l’intrigue vire progressivement au fantastique. « Les chatons », écrit en 1966, se situe davantage dans l’horreur psychologique et se termine par une chute finale particulièrement glauque. « La nuit de la tempête » traite du sujet classique des robots qui, partant se balader pour une partie de chasse, tombent sur d’étranges traces et se demandent s’il n’existerait pas d’étranges créatures légendaires nommées les Hommes quelque part sur la planète. Enfin, « le crépuscule de l’aube » se montre surprenante en suivant un athée convaincu qui, peu à peu, en vient à envisager la possibilité du divin.

Ces différentes nouvelles offrent, au final, un panorama convaincant de Dean Koontz. Ecrites entre 1966 et la fin des années ’80, elles témoignent de sa pluralité d’inspiration : thriller, polar, humour, science-fiction, fantastique, merveilleux, pouvoirs paranormaux, monstres et horreur trop humaine…Le catalogue des éléments qui assureront le succès de l’écrivain se retrouve dans ce voyage rétrospectif fort plaisant terminé par une intéressante postface expliquant la genèse des textes proposés.

Conseillé.

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Publié le 3 Janvier 2021

RECITS CHTONIENS de Brian Lumley & co

La courte introduction générale nous permet de mieux connaitre Brian Lumley, considéré comme un des meilleurs disciples de Lovecraft, et nous présente une série de nouvelles signées par l’auteur et ses épigones, lesquels reprirent à leur compte les créations (grimoires, Anciens, lieux imaginaires) de Lumley.

L’anthologie comprend donc 2 nouvelles de Brian Lumley, accompagnées d’un court poème. « Un monde de béton » se montre une jolie réussite qui lie des activités sismiques inhabituelles au réveil des Grands Anciens. Bien sûr, l’amateur de Lovecraft connait bien ce récit déjà publié, au choix, dans HUIT HISTOIRES DE CTHULHU, COMPARTIMENT TERREUR, LEGENDES DU MYTHE DE CTHULHU 2, LA CHOSE DES TENEBRES ou L’INTEGRALE LOVECRAFT…Cela reste cependant un véritable classique (le nombre de publication ne ment pas sur la qualité de la nouvelle !) qui réussit à reprendre un thème typiquement lovecraftien et des procédés éprouvés (dont l’interruption de l’histoire par l’irruption des forces maléfiques) tout en le modernisant. La deuxième nouvelle, « Spaghetti », est inédite en français : longue d’une cinquantaine de pages, elle s’intéresse à deux « chercheurs de trésor » décidés à découvrir une fortune en pièces anciennes dissimulées dans une vieille demeure promise à la démolition. Bien qu’elle ne soit pas spécialement originale, l’intrigue se montre efficace et prenante, mêlant les éléments coutumiers de Lovecraft (demeure maudite, grimoires sinistres, sorciers reclus,…) à un contexte plus moderne. Le tout prend de l’ampleur au fil du récit pour se conclure de belle manière sur une chute teintée d’humour noir.

Tous les autres récits sont inédits et souvent écrits par des auteurs peu connus. Ils utilisent des thématiques souvent classiques entre hommage et (plus rarement) second degré comme par exemple dans l’étrange « Aspiratout ». On croise dans ces nouvelles l’asile d’aliénés d’Oakdeeene (où Jack l’éventreur a terminé ses jours), le démon du vent Ithaqua, assimilé au Wendigo, etc.

Globalement, la plupart des histoires sont d’un bon niveau et, comme celles de Lovecraft, mélangent science-fiction, fantastique, mythologie dévoyée, horreur et aventures. « Infiltration », « Le Temple de Yig » et « Laissez venir les Vers » sont relativement traditionnels mais effectifs, « Du ventre de sa fille » se veut plus moderne, plus glauque (proche d’une certaine body-horror), « Aspiratout » joue la carte de la quasi parodie. « Remous dans les hautes sphères » et « Une audience d’enfer » fonctionnent agréablement. Rien de véritablement renversant mais rien de déshonorant : le lecteur ne sera pas subjugué par « La » nouvelle qui renouvelle (oups !) le Mythe mais il lui sera également épargné les hommages patauds ou les médiocres déclinaisons versant dans la parodie involontaire.

En résumé, ces RECITS CTHONIENS sont l’assurance d’un bon moment et un bouquin plaisant dans lequel l’amateur de Lovecraft pourra aisément piocher pour passer une bonne soirée en compagnie des Grands Anciens. Recommandable et, dans la masse poulpesque des anthologies dédiées à Cthulhu et ses amis, c’est déjà pas mal !

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Fantastique, #Horreur, #Lovecraft, #Recueil de nouvelles

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Publié le 26 Décembre 2020

LES MEURTRES DE MOLLY SOUTHBOURNE de Tade Thompson

Petite fille comme les autres, ou presque, Molly Southbourne a un petit problème : son sang donne naissance à des créatures qui lui ressemblent mais souvent animées de mauvaises intentions. A la puberté, bien sûr, le problème devient plus…problématique !

Psychologue et écrivain originaire du Nigeria à présent établi en Angleterre, Tade Thompson effectue une entrée fracassante sur la scène SF avec son roman ROSEWATER qui sera suivi de deux séquelles et une poignée de novellas dont ces MEURTES DE MOLLY SOUTHBOURNE. Toutes ces œuvres reçoivent un bel accueil critique et se voient nommés dans plusieurs prix prestigieux.

La novella évolue dans divers genres : l’intrigue semble fantastique mais les explications finales l’orientent vers la science-fiction tandis que le traitement oscille entre récit d’épouvante psychologique et horreur viscérale. L’auteur s’intéresse particulièrement aux fluides corporels, au sang et à la sexualité, bref à cette « body horror » jadis prisée par un cinéaste comme David Cronenberg.

Le style de l’auteur se montre très efficace, tant dans le portrait des personnages que dans les descriptions et les passages horrifiques. Les influences sont nombreuses et évidentes mais Thompson parvient néanmoins à en tirer une intrigue prenante dont la richesse vient de ce traitement multiple, échappant à un genre particulier de l’imaginaire pour plonger dans un tourbillon mêlant horreur, science-fiction, etc. Les révélations finales s’avèrent, certes, attendue mais cela n’entame en rien le plaisir de lecture, l’écrivain privilégiant une approche « honnête » nous conduisant inexorablement vers la conclusion sans recourir aux artifices ou aux retournements de situation.

Publié dans l’incontournable collection Une Heure lumière assorti d’une éclairante entrevue avec l’auteur en guide de bonus, LES MEURTES DE MOLLY SOUTHBOURNE constitue une vraie réussite, passionnante de bout en bout, efficace et dérangeante, bref une lecture qui, en dépit de sa brièveté (130 pages !) secoue durablement et parvient à marquer plus profondément le lecteur que de nombreux pavés littéraires. Un court roman rarement chic (l’auteur plonge dans le glauque et le malsain sans excès mais sans retenues) mais toujours choc, à conseiller à ceux qui aiment qu’un écrivain les bouscule et même leur assène quelques directs dans l’estomac. On attend la suite avec impatience !  

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Fantastique, #Horreur, #Roman court (novella), #science-fiction

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Publié le 20 Décembre 2020

NOUS ALLONS TOUS TRES BIEN, MERCI de Daryl Gregory

Jan Sayer forme un groupe de paroles à visées thérapeutiques, un peu sur le modèle des Alcoolique Anonymes, pour une poignée de personnes traumatisées par des événements horrifiques ou paranormaux. Le court roman va nous détailler leur rencontre avec des êtres maléfiques, des tueurs en série, des monstres indicibles, etc.

Encensé par de nombreux critiques, NOUS ALLONS TOUS TRES BIEN MERCI constitue une œuvre assez déstabilisante, sorte d’hommage / réinvention à l’épouvante moderne. Un entretien avec l’auteur nous éclaire d’ailleurs sur son objectif : proposer un roman consacré non pas à l’horreur mais plutôt à son « après ». Bref, que se passe-t-il vraiment pour, par exemple, les survivants d’un slasher : lorsque la Final Girl a défait le tueur fou va-t-elle pour autant retrouver sa vie d’avant ? Sans doute pas et pourtant cette partie de l’histoire n’est jamais abordée. Ce court roman se veut donc, entre guillemet, celui du « post-générique ». Nous allons suivre, au cours de leurs discussions (mais aussi de leurs silences et hésitations), Harrison, victime adolescent de monstruosités cosmiques lovecraftiennes devenu principal protagoniste de comics. Et Martin qui ne quitte jamais des lunettes de réalité virtuelle lui révélant le monde « réel ». Ou Stan, réduit à un homme-tronc après que tous ses amis aient été découpés par une famille de bouchers cannibales. Sans oublier Barbara et ses os sur lesquels un tueur en série a gravé ses secrets et prophéties. Et enfin la trop belle Greta complètement scarifiée par une secte…

NOUS ALLONS TOUS TRES BIEN MERCI débute de belle manière, en présentant les personnages et les raisons de leur présence dans ce groupe de parole, lequel rappelle celui de films comme « Freddy 3 » ou « Bad Dreams ». A cela s’ajoute les références plus ou moins évidentes : « Massacre à la tronçonneuse », « Se7en », « La colline a des yeux », « Invasion Los Angeles » et puis, de façon plus générale Lovecraft, le slasher, les zombies, etc. De bonnes intentions !

La première partie du bouquin (qui ne compte que 180 pages en tout) se montre très réussie et intrigante. Mais la suite ne se montre pas vraiment à la hauteur de cette originalité : le dernier acte fonctionne nettement moins bien et se montre beaucoup plus classique. Après une centaine de pages d’angoisse, de suspense psychologique et d’horreur en mode « less is more », les cinquante dernières pages reviennent à un récit plus balisé…et moins convaincant.

Par rapport aux critiques élogieuses, voire dithyrambiques, lues un peu partout, NOUS ALLONS TOUS TRES BIEN MERCI reste donc une déception, certes intéressante et souvent plaisante mais une déception malgré tout. Entre un début fracassant et une conclusion tout juste passable se cache donc un roman moyen. Dommage.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Cinéma, #Horreur, #Lovecraft, #Fantastique

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Publié le 15 Décembre 2020

HANTISES de John Saul

Kevin a coupé complètement les ponts avec sa mère, la très acariâtre Helena Devereaux. Il ne l’a plus vu depuis une vingtaine d’années et n’est plus retourné, non plus, dans la propriété familiale. Mais Helena, mourante, demande à Kevin de venir la voir une dernière fois. Alors, accompagné de sa femme et ses enfants, Kevin se rend dans la vaste demeure. Il ignore que même après son décès Helena souhaite le maintenir sous son emprise…Ce qui avait commencé comme de longues vacances d’été afin de se ressourcer dans la maison de sa jeunesse tourne rapidement au cauchemar pour Kevin.

Valeur sûre du fantastique et de l’épouvante, abondamment publié dans les collections phares du genre durant les années ‘80/’90, John Saul propose ici un thriller fantastico horrifique bien troussé même s’il n’est pas follement original. Le roman prend son temps pour installer son atmosphère, qui est celle d’une ancienne plantation de coton tenue par des esclavagistes, cernée par la plage mais aussi par des marécages où rodent crotales et crocodiles.

La principale réussite de HANTISES réside d’ailleurs dans ce climat poisseux, cette culpabilité larvée, ces protagonistes bourrés de regrets ou de remords, écrasés par le poids du passé. D’où quelques passages effectifs et une série de personnages plutôt bien troussés et parfois originaux (la vieille fille vivant à côté de sa mère agonisante en dispensant des cours de danses aux adolescentes locales reste la plus réussie et « vivante ») qui compensent, en partie, l’aspect très prévisible du récit. Il n’y a, en effet, guère de surprise durant le roman mais celui-ci avance à un rythme relativement enlevé et les 280 pages se lisent donc sans ennui. Le dernier acte parait même un peu précipité et l’auteur pousse souvent trop loin la suspension d’incrédulité pour emporter l’adhésion mais, dans l’ensemble, HANTISES reste appréciable à l’image d’une série B d’horreur des années ‘80. L’écriture, simple mais bien rodée, constitue un autre point positif quoiqu’on eut aimé davantage de folie et de scènes plus marquantes, bref davantage de piment à ajouter dans un plat un peu trop fade.

En résumé un honnête petit bouquin d’ambiance qui ne révolutionnera aucunement le genre et ne surprendra aucunement les afficionados mais se laisse lire sans déplaisir. HANTISES plaira probablement davantage au « grand public » qu’aux lecteurs voraces de fantastiques et d’épouvante (qui se retrouveront en terrain balisé) mais reste un divertissement tout à fait acceptable.

 

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Fantastique, #Horreur

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Publié le 11 Novembre 2020

LES ANGES OUBLIES de Graham Masterton

Très prolifique, Masterton fut, durant les années 80 et 90, un des principaux pourvoyeurs de littérature horrifique et une des têtes de gondoles des éditions « Terreur ». Au début du XXIème siècle, l’écrivain accuse la perte de vitesse de l’épouvante et, après un passage par le Fleuve Noir, publie quelques romans chez Bragelonne. Ajoutons que ces derniers titres (notamment le moyen WENDIGO et le très décevant LA CINQUIEME SORCIERE) sont largement en deçà des classiques de l’écrivain que furent LE TRONE DE SATAN, DEMENCES, LE PORTRAIT DU MAL, etc.

Après GHOST VIRUS, nous sommes donc heureux de retrouver, avec LES ANGES OUBLIES, un Masterton nettement plus en verve et en forme. Et qui ne se gêne pas pour patauger dans la fange, au propre comme au figuré, puisqu’une partie de l’intrigue se déroule dans les égouts londoniens envahi par un Grasseberg, autrement dit un immense tas d’immondices, qui les bouche carrément. Or dans les sous-sols rôdent également des sortes d’enfants monstrueux, des « anges oubliés ». Dans le même temps des femmes se retrouvent mystérieusement enceintes de créatures tout aussi horribles. Du coup les autorités se retrouvent débordées d’appels pour des phénomènes inexplicables et on appelle à la rescousse Jerry Pardoe et Jamila Patel, héros de GHOST VIRUS.

Avec LES ANGES OUBLIES, Masterton revient à l’horreur bien sanglante, à du gore crasseux, parfois franchement dégeu, bien plus violent que ce qu’il proposait avec sa série Jim Rook par exemple. Ici, l’écrivain s’autorise toutes les audaces et ne pratique aucune censure, imaginant de nombreuses scènes particulièrement gratinées quitte, à trop vouloir écœurer, à verser dans une forme de semi-parodie excessive. C’est un retour vers le Masterton des débuts, celui dont l’imagination macabre débordante n’était aucunement freinée par des contraintes de réalisme et qui ne s’embarrassait pas de rester crédible lorsqu’il se laissait emporté par ses outrances. Les lecteurs de TRANCE DE MORT et RITUEL DE CHAIR seront donc en terrain connu !

Comme souvent avec l’auteur, l’intrigue s’emballe durant les derniers chapitres, un peu expédiés et globalement moins convaincants (Masterton éprouve souvent quelques difficultés à livrer des « fins » à la hauteur des événements antérieurs). Mais dans l’ensemble et malgré ses défauts (quelques longueurs, des passages trop excessifs ou moins convaincants), voici un bon roman de Masterton qui, s’il ne hisse pas à la hauteur de ses plus grandes réussites, n’en reste pas moins fort efficace. On est donc bien heureux de le retrouver sur nos étagères !

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Fantastique, #Horreur

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