Publié le 18 Juillet 2017

TITAN HUNT de Dan Abnett. Paulo Siqueira, Sandra Hope, Brett Booth et Norm Rapmund.

Nouvel événement DC Comics annonçant le prochain reboot (dénommé rebirth) de cet univers, TITAN HUNT est une mini-série de 8 épisodes (ce qui nous donne donc environ 200 pages de lecture) consacrée à la populaire équipe des Teen Titans. Or, ces derniers ont, semble-t-il, oublié qu’ils furent jadis des héros. Le premier numéro (publié dans Justice League Universe 10) introduit donc l’intrigue et se centre sur le jeune Speedy, devenu un alcoolique (et ancien toxicomane) qui tente de se souvenir de son existence super-héroïque et se voit hanté par différentes visions du passé. Par la suite, au fil des numéros, on découvre les autres ex Titans eux aussi obsédés par des images en provenance d’une vie commune lointaine. Dick Grayson va donc redevenir Nightwing (pour des raisons assez floues), retrouver Aqualad et Wonder Girl et tout ce petit monde va se rassembler pour combattre Mr Twister, leur plus vieil adversaire (apparu lors de leur première aventure dans  les années ’60). Lilith aurait jadis effacé la mémoire des Titans afin de les protéger (de quoi ?  pourquoi ? rien n’est très clair) et de contrecarrer les plans de ce Mr Twister. Mais tout ça ne fait guère sens.

L’intrigue, erratique, avance souvent de manière elliptique et les scénaristes complexifient à outrance une trame pourtant basique et éculée : les Titans ont perdu la mémoire, se sont séparés et doivent à présent se réunir et apprendre à agir de concert pour combattre un ancien ennemi. A partir de là, des développements inattendus se succèdent de manière assez confuse : Lilith, par exemple, convie une organisation pour aider les Titans mais les assassins convoqués se retournent contre les héros. Pourquoi ? Encore une fois la question ne se pose pas (il y a bien une explication mais elle laisse assez perplexe à l’image du scénario dans son ensemble), le récit sacrifiant toute cohérence pour proposer une réunion de personnages emblématiques et de grosses bastons. Enfin, emblématiques c’est vite dit car mis à part Dick Grayson et, dans une moindre mesure, Donna Troy, les différents protagonistes (Speedy, Aqualad, Heraut, Colombe et Faucon, etc.) ne sont pas franchement les plus connus de l’univers DC.

TITAN HUNT se révèle en outre linéaire et répétitif. Lu d’une traite (aidé par une version française qui rassemble les cinq derniers volets dans le N° 13 de Justice League Universe) on mesure davantage les redites d’une intrigue qui bassine à longueur de pages la perte de mémoire des héros et la nécessité pour eux de se réunir. En gros, l’histoire se construit lentement dans le seul but d’aboutir à un final sympathique sous forme de « Titans, rassemblement ! ».

Bien sûr, les scénaristes ne peuvent se dépatouiller des habituels problèmes de continuité plombant la narration « comic book » depuis une trentaine d’années : la première aventure de nos jeunes Titans s’est déroulée en 1964 mais elle est repositionnée opportunément « voici cinq ans ». Donna Troy y a d’ailleurs participé alors que la nouvelle continuité DC en fait une création récente, lorsque Wonder Woman avait accédé à la divinité guerrière. Quant aux raisons de la reprise du costume de Nightwing par un Dick Grayson (« je suis passé par la batcave, je l’ai pris, ça peut servir » déclare-t’il simplement) supposé décédé elles sont aussi abracadabrantes que la mini-série dans son entièreté.

Dans l’ensemble, TITAN HUNT déçoit et apparait comme une production très moyenne à tous les niveaux (dessins, caractérisation des protagonistes, scénario, conclusion) dont la principale motivation est de conduire les protagonistes à remarquer l’absence d’un des membres de l’équipe (Wally West, alias Kid Flash) réintroduit dans la continuité à l’occasion de TITAN REBIRTH.  Un nouvel arc (publié sous la forme d’un « récit complet de la justice league » par Urban) apportant quelques éclaircissements sur la saga TITAN HUNT mais également beaucoup  de nouvelles questions sans réponses.

Plus proche du prologue potable que d’un véritable récit se suffisant à lui-même, TITAN HUNT reste divertissant pour les plus indulgents, aidé par son rythme soutenu et des dessins très corrects. Mais il n’y avait vraiment pas de quoi en faire tout un plat ni se passionner pour le retour inespéré d’une des plus célèbre équipe super-héroïque de la Distinguée Concurrence.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Comic Book, #DC, #Superhéros

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Publié le 16 Juillet 2017

NOEL TRAGIQUE A LEXHAM MANOR de Georgette Heyer

L’Anglaise Georgette Heyer (1902 – 1976) fut une prolifique auteure de romans historiques. Elle débute très jeune dans l’écriture puisqu’elle publie son premier livre, THE GREAT ROXHYTHE, en 1923.  Par la suite, Heyer devient une spécialiste de la romance historique située, généralement, durant la période de la Régence. Beaucoup furent publiés chez nous par Harlequin (ou Milady). Heyer écrit également de nombreux romans policiers, lesquels se vendent nettement moins que ses romances (en moyenne  16 000 exemplaires pour les premiers,  plus de 100 000 pour les seconds). La romancière considérait d’ailleurs ses œuvres policières comme « une diversion intellectuelle proche des mots croisés ». Elle écrira une douzaine de romans d’énigme avec l’aide de son mari qui, souvent, fourni les bases des intrigues et des personnages.

NOEL TRAGIQUE A LEXHAM MANOR constitue un bel exemple de whodunit à l’ancienne dont le classicisme se voit tempéré par une dose humour et un rythme bien géré. La romancière ne perd pas de temps pour introduire ses protagonistes et évoquer leur aménité. Car, quoi de mieux qu’une réunion  de famille un soir de Noël pour cultiver les rancœurs, lesquelles mèneront forcément au crime de l’instigateur de la fête,  Nathaniel Herriard, retrouvé poignardé dans son bureau fermé à clé. L’inspecteur Hemingway de Scotland Yard se voit chargé de l’enquête et les suspects, probablement motivés par l’héritage, ne manquent pas. Mais comment expliquer ce crime en apparence impossible ? 

La Nativité inspira fréquemment les auteurs de l’Age d’or puisque ces réunions de famille fournissaient l’occasion de dévoiler des secrets enfouis et de supprimer quelques tyrans familiaux. LE NOEL D’HERCULE POIROT d’Agatha Christie vient immédiatement à l’esprit mais on peut aussi citer le MEURTRE A L’ANGLAISE de Cyril Hare, LE CERCUEIL DE NOEL de Ngaio Marsh, le AU DOUZIEME COUP DE MINUIT de Patricia Wentworth, LES NEUF TAILLEURS de Dorothy Sayers ou encore LE MYSTERE DES TROIS CROIX d’Ellery Queen. Un véritable sous-genre du roman d’énigme, ici joliment illustré par une Georgette Heyer menant adroitement sa barque en présentant une  belle brochette de suspects : le frère de la victime (Joseph), son neveu (Stephen), sa nièce (Paula), leur compagne et compagnon respectifs (l’auteur dramatique en devenir Roydon, la volage et futile actrice Valerie Dean), sans oublier la cousine Mathilda, l’associé de la victime, et les domestique.

Archétype du whodunit (et du howdunit), NOEL TRAGIQUE A LEXHAM MANOR joue à ce point des clichés et conventions du genre que le roman verse pratiquement dans l’auto parodie pince sans rire : rien ne manque au catalogue, de la femme fatale ultra vénale et stupide à la jeune fille intelligente et effacée en passant par un maitre d’hôtel caricatural. Ne manque qu’un crime en chambre close inexplicable et la disparition mystérieuse d’un apparemment anodin bouquin historique pour couronner un récit légèrement prévisible. L’identité de l’assassin semble en effet évidente à mi-parcours et la méthode utilisée – inspirée par l’assassinat de l’impératrice Elizabeth d’Autriche – n’est pas vraiment originale et a déjà été employée à maintes reprises (on en trouve d’ailleurs une variante récente dans le troisième épisode de la sixième saison de « Meurtre au paradis » d’ailleurs intitulé « The Impossible Murder »).

En dépit de ces bémols, NOEL TRAGIQUE A LEXHAM MANOR se lit avec plaisir : c’est (relativement) court, rythmé, efficace et les dialogues bien écrits, très vivants et souvent amusants rendent le roman fort plaisant.  Conseillé !

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Policier, #Whodunit, #Golden Age, #Impossible Crime, #Georgette Heyer

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Publié le 13 Juillet 2017

LE SURVIVANT - GUERRE TOTALE de Jerry Ahern

Expert en arme et écrivain prolifique, Jerry Ahern (1946 – 2012) reste essentiellement connu pour sa longue saga littéraire consacré à l’agent de la CIA John Thomas Rourke, alias « Le Survivant ». Sous le formidable pseudonyme d’Axel Kilgore on lui doit également la série du « Mercenaire », elle aussi publiée en France chez Gerard De Villiers. En tout, Ahern écrivit plus de 80 bouquins dont 29 appartiennent à la saga du « Survivant » débutée en 1981 avec ce premier tome, GUERRE TOTALE.

Dans ce roman nous faisons la connaissance de notre valeureux héros, John Thomas Rourke, un as de la CIA revenant d’une mission au Moyen-Orient. Persuadé que le monde court à sa perte, Rourke s’est familiarisé avec les techniques de survie et a construit un abri antiatomique pour sa famille. La situation au Pakistan semble donner raison à Rourke et la tension s’accroit entre les Etats-Unis et la Russie. Malgré les efforts de paix des deux nations, l’escalade militariste conduit à un holocauste nucléaire qui dévaste la quasi-totalité de la planète. Lorsque les missiles frappent le sol américain, Rourke est à bord d’un avion. Les pilotes sont aveuglés par la déflagration mais l’agent de la CIA parvient à poser l’appareil tant bien que mal. Avec un autre survivant, Paul Rubinstein, il se dirige vers la ville la plus proche, Albuquerque, où il espère trouver un soutien. Pendant ce temps, son épouse Sarah emmène ses enfants vers ce qu’elle espère être la sécurité…

Lançant la mode fructueuse (en particuliers au cinéma) du « post nuke », LE SURVIVANT – GUERRE TOTALE n’est, bien sûr, pas le premier roman à traiter du thème de la survie après une guerre nucléaire mais il est sans doute responsable des nombreuses imitations ultérieures qui allaient encombrer les halls de gare durant les années ’80, en particulier la série « Doomsday Warrior ».

Ce premier tome se veut réaliste et se consacre, durant une centaine de pages, à la situation géopolitique en passe de se dégrader irrémédiablement. Les efforts de la Russie pour stopper l’expansion du fondamentalisme islamiste conduisent à une riposte américaine menant elle-même à la guerre totale. Les temps ont changés… Ou pas ? Moins manichéen que la plupart de ses collègues œuvrant dans le roman de gare, Aherm présente des personnages certes stéréotypés mais néanmoins intéressants. Bien sûr, Rourke constitue le parfait exemple d’invincible héros du roman de gare, un mercenaire capable d’affronter à lui seul 40 bikers sans subir la moindre  égratignure. Précurseur  des combattants inflexibles du cinéma musclé, défenseur émérite des valeurs américaines menacées par la pourriture communiste, Rourke combine Mad Max, John Rambo et le Chuck Norris d’ « Invasion USA » afin de protéger sa famille et ce qu’il reste du monde libre. Alternant de manière classique mais toujours aussi efficace les différents points de vue des protagonistes, GUERRE TOTALE avance à un rythme ultra soutenu qui ne laisse aucunement le temps de souffler au lecteur. Les dernières pages, encore plus imprégnées d’action, annoncent les outrances à venir et anticipent largement sur « Mad Max 2 » et le cinéma post-nuke de  cette époque puisque Rourke se venge d’une horde de sanguinaires hell’s angels auxquels il tient tête avec sa bite, son couteau et ses pistolets automatiques.

Comme souvent avec ce genre de série paralittéraire, les tomes ultérieurs s’éloigneront progressivement de ces bases réalistes pour verser plus frontalement dans une science-fiction débridée incluant cryogénie, mutants et autres cannibales. En France, seuls les premiers tomes eurent droit à des traductions respectueuses du matériel originel, les bouquins furent, par la suite, écrits par d’illustres inconnus qui étirèrent la saga jusqu’au tome 51.

Pour les nostalgiques de la Guerre Froide, les fans de post-nuke ou les simples amateurs de bouquins d’action vite écrits et vite lus, GUERRE TOTALE s’impose comme une réussite étonnamment plaisante et d’une rare efficacité que l’on n’a pas envie de lâcher avant la fin (provisoire évidemment). Rondement mené et vivement conseillé !

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Publié le 8 Juillet 2017

L'ASSASSIN HABITE AU 21 de Stanislas André-Steeman

Publié en 1939 et porté à l’écran trois ans plus tard, L’ASSASSIN HABITE AU 21 demeure le classique incontournable de Stanislas André-Steeman, auteur liégeois d’excellents romans d’énigme. Fréquemment adapté au cinéma dans les années 40 et 50, Steeman est, aujourd’hui, oublié des scénaristes et quelque peu négligé. Un tort vu la qualité de ses intrigues, souvent ramassées (moins de 200 pages pour la plupart) et rythmées.

L’ASSASSIN HABITE AU 21 se déroule à Londres durant les années ’30.  La ville, plongée dans le brouillard, est terrorisée par un assassin cupide qui tue ses victimes à l’aide d’un sac de sable pour les dépouiller de leurs parfois très maigres économies. La police n’arrive pas à coincer le meurtrier qui signe ses méfaits en laissant sa carte de visite : Mr Smith. Toutefois, un tuyau conduit la police vers la pension de famille du 21 Russell Square. Cependant, qui, parmi les occupants, peut être le coupable ? Les policiers demandent à un  nouvel arrivant, le professeur Julie, de leur servir d’espion mais, dès la première nuit qu’il passe au 21, Mr Julie est assassiné. Il ne laisse qu’un message énigmatique : il b… Dès lors le coupable est-il Mr Collins, le bègue, le docteur Hyde, le boiteux, Boris Andreyew, passionné de broderie ou bien le prestidigitateur hindou Lalla-Poor. A moins qu’ilne s’agisse du major Fairchild, retraité de l’armée des Indes ou encore d’Ernest Crabtree, complètement dominé par son épouse ? Mr Collins est finalement arrêté mais, durant son emprisonnement, Mr Smith commet un nouveau crime.

Contrairement à son adaptation cinématographique, le roman ne met pas en scène Monsieur Wens, le détective récurrent de Steeman. Mais l’énigme ne manque cependant pas d’attrait (peut être la solution apparaitra t’elle légèrement attendue pour les afficionados du whodunit ?) et évolue sur un rythme soutenu, présentant tour à tour les différents suspects. Inculpés puis disculpés lorsque Mr Smith commet un nouveau crime, ils finissent d’ailleurs par attendre tranquillement, sans même chercher à nier leur culpabilité, qu’un meurtre soit commis. D’où une ambiance particulière, une sorte d’angoisse flegmatique alimentée par la brume noyant la capitale anglaise. L’humour, très présent, fonctionne agréablement et l’auteur joue fair-play avec le lecteur en lui proposant, en référence directe à Ellery Queen, un défi à deux reprises.

Servi par une écriture classique, au vocabulaire à la fois simple et précis, le roman est très vivant, avec des dialogues bien écrits qui donnent beaucoup de charme aux différents interrogatoires menés par les policiers. Inscrit dans le cadre temporel (les années ’30) et géographique (l’Angleterre, mais ici confinée dans une pension de famille qui tient du véritable microcosme sociétal) typique des classiques du roman policier de l’Age d’Or, L’ASSASSIN HABITE AU 21 n’a pas volé sa réputation  de classique du whodunit toujours aussi agréable à lire ou à relire.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Policier, #Whodunit, #Golden Age, #Stanislas André-Steeman

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Publié le 6 Juillet 2017

L'ETRANGE VIE DE NOBODY OWENS de Neil Gaiman

En 1985, Neil Gaiman a l’idée d’une sorte de démarquage macabre du LIVRE DE LA JUNGLE (« The Jungle book » devient dès lors logiquement « The Graveyard Book ») situé dans un cimetière où grandit un jeune garçon. Divisé en huit chapitres qui fonctionnent tels des nouvelles situées dans le même univers (la quatrième histoire fut d’ailleurs précédemment publiée dans une anthologie et récolta le Prix Locus de la meilleure nouvelle), celui de ce plaisant cimetière, le livre suit la vie de cet étrange Nobody Owens et ces démêlées avec le mystérieux Jack.

Un enfant de dix-huit mois échappe par miracle à la mort lorsque le Jack, un assassin membre d’une confrérie secrète, tue tout le reste de sa famille. Le garçonnet trouve refuge dans un cimetière où il est adopté par un couple de fantôme, Monsieur et Madame Owens, et confié  à la garde de son tuteur, le vampire Silas. Rebaptisé Nobody, l’enfant grandit en compagnie des spectres  et des lycanthropes, apprend à côtoyer les vivants et, parfois,  à les effrayer. Il se lie aussi d’amitié avec Scarlett qui aime bien discuter avec lui même si elle le considère comme son ami imaginaire. Mais le Jack, lui, cherche toujours à le tuer…

Après CORALINE, voici une nouvelle réussite éclatante de Neil Gaiman, aussi à l’aise dans le roman adulte (AMERICAN GODS), le comic book (SANDMAN, 1612), la nouvelle (comme en témoigne ses divers recueils) que dans la littérature « jeunesse ». Ici, comme souvent avec cet auteur,  nous sommes dans un univers gothique et macabre non dénué d’humour, proche du cinéma de Tim Burton (celui des « Noces Funèbres ») qui reprend également les codes du roman d’apprentissage. On peut aussi évoquer une version à la fois plus sombre et décalé d’un Harry Potter affrontant un nouvel adversaire qui ne peut être nommé,  un tueur sanguinaire rappelant Jack l’Eventreur et simplement baptisé le Jack. Chacun des chapitres propose une avancée de deux ans et marque ainsi une étape dans la vie de Nobody, dit Bod.

Neil Gaiman, en 300 pages qui se lisent très rapidement et rehaussées de belles illustrations en  noir et blanc évocateur, laisse libre cours à ses talents de conteur pour convier tout un bestiaire de morts, de vivants et de morts-vivants. Son joyeux cimetière est peuplé de sorcière défunte mélancolique (car nulle pierre ne marque l’emplacement de sa tombe), de goules affamées, des fantômes bavards, de tuteur vampire et de louve-garou autoritaire. Un mélange de fantasy, d’épouvante et d’humour destiné aussi bien aux adolescents qu’aux adultes et justement couronné par le Prix Hugo du meilleur roman et le Prix Locus du meilleur roman « jeunesse ».

L'ETRANGE VIE DE NOBODY OWENS de Neil Gaiman

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Fantastique, #Horreur, #Jeunesse, #Prix Hugo, #Fantasy, #Neil Gaiman

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Publié le 3 Juillet 2017

UNIVERSE X d'Alex Ross, Jim Krueger et Doug Braithwaite.

Après le succès de l’excellent KINGDOM COME pour DC Comics, Alex Ross imagine, en 1997, le futur forcément dystopique de l’univers Marvel, un monde dans lequel tous les individus, affectés par les brumes terratogènes libérées par Flèche Noire et les Inhumains, ont acquis des super pouvoirs. Pour réaliser cela, Flèche Noir a rendu aveugle Uatu, le Gardien de la Terre, et ce-dernier se voit forcé de choisir comme remplacement le robot vivant X 51, alias Machine Man.

Que deviennent les autres personnages bien connus ? Captain America quitte les Avengers, Spiderman prend sa retraite, Namor tue la Torche, Susan Richards meurt en compagnie du Dr Fatalis. Reed, pour sa part, s’exile en Latverie où il prend la place laissée vacante par son ennemi.

L’Homme Absorbant, le plus dangereux super vilain de cet univers, est détruit par la Vision tandis que Galactus arrive sur Terre pour dévorer un œuf implanté par les Célestes au cœur de la planète. Il est finalement révélé que Galactus n’est autre que Franklin Richards…

L’intrigue d’UNIVERSE X peut débuter, alors que des perturbations climatiques sans précédents ont tués des millions de personnes. Une secte d’adeptes fanatiques de l’Homme Absorbant rassemble également les membres épars du criminel décédé afin de le ramener à la vie et de détruire les torches créées par Richards afin de débarrasser l’atmosphère des brumes terratogènes et rendre leur humanité aux peuples de la Terre. Mais le veulent-ils ? Pendant ce temps Mar-Vell (autrement dit Captain Marvel) se réincarne sous la forme d’un enfant sur lequel veille un Captain America désabusé.

Bien que la trilogie EARTH X / UNIVERSE X / PARADISE X ait été, au départ, envisagé comme le futur « officiel » de l’univers Marvel, les révélations successives sur la destinée des principaux personnages ont conduit à ce qu’elle soit rétroactivement retirée de la continuité. La saga doit donc s’envisager comme une histoire alternative, un présent possible mais différent, similaire aux Elsewhere de la Distinguée Concurrence.

UNIVERSE X s’étend donc sur plus de 700 pages bien tassées, assez pauvres en action puisque largement consacrées aux dialogues entre le Gardien et Machine Man, ce qui donne un récit très bavard voulu philosophique, adulte et intelligent. Malheureusement, l’impression dominante reste souvent l’ennui devant ces dizaines de pages de développement parfois abscons agrémentés d’appendices littéraires (deux ou trois pages de textes concluent chaque chapitres, censés clarifier le récit, elles le rendent en réalité encore moins compréhensible). L’intrigue reste nébuleuse, confuse, brouillonne. Elle se veut ambitieuse, brasse des dizaines de héros (certains connus d’autres complètement obscurs), les réinvente dans des versions altérées (Thor est devenu une femme suite aux manipulations de Loki, Hulk et Bruce Banner sont dissociés, la fille de Peter Parker a fusionné avec Venom), se déplace de notre monde à un au-delà très guerrier où s’affrontent héros et vilains, imagine des réalités alternatives dans lesquelles Franklin Richards est Galactus et où Mephisto (le Diable ?) a transformé Kurt Wagner en Belasco.

Tout cela démontre un réel foisonnement imaginatif, parfois mégalomane dans sa volonté d’offrir une vision définitive de l’univers Marvel futur, mais n’évite pas un côté hautement rébarbatif pour ne pas dire indigeste sur la longueur. Il est difficile de se passionner pour cette intrigue trop vaste et trop embrouillée pour ne pas en décrocher lorsqu’on se rend compte que les auteurs ne vont nulle part. A moins d’avoir une connaissance encyclopédique de l’univers Marvel cette suite de vignettes d’un intérêt très variable semblera donc peu engageante quoique certaines surnagent, notamment celle consacré à un Magneto privé de ses pouvoirs et asservi par le Crapaud. Les dessins (sans égaler ceux d’Alex Ross qui se charge uniquement des couvertures, de quelques illustrations et de l’idée de base) s’avèrent très corrects et évitent le rejet total de cette vaste épopée plus prometteuse sur le papier que concluante dans sa réalisation.

Que l’on aime ou pas UNIVERSE X nous sommes forcé d’admettre que la série, par sa démesure, son ambition et son écriture très littéraire, tranche avec le tout venant du comic super héroïque et s’impose comme une date importante de la bande dessinée américaine. Les enthousiastes parleront sans doute d’une œuvre foisonnante, les déçus d’un gros foutoir et d’une accumulation de bonnes idées mal exploitées. Décevant mais pas inintéressant, au final, même si, pour être honnête, se taper les 700 pages quasi d’une traite n’est sans doute pas une bonne idée, le tout étant, il faut l’avouer, assez imbuvable.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Comic Book, #Uchronie, #Alex Ross, #Marvel Comics

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Publié le 30 Juin 2017

AU CŒUR DU LABYRINTHE de Margery Allingham

Publiée en 1930, cette seconde aventure d’Albert Campion continue à brouiller les pistes concernant cet étrange protagoniste, envisagé au départ comme une parodie du Lord Peter de Dorothy Sayers. Son identité est d’ailleurs mystérieuse, quoique l’on sache qu’il se prénomme en réalité Rudolph. Ayant utilisé de nombreux alias, souvent aux frontières de la légalité comme en témoignent ses connaissances dans le crochetage des serrures, Campion doit aider un juge américain, Crowdy Lobbett, à déjouer les plans de l’organisation criminelle Simister. Après avoir échappé à plusieurs tentatives de meurtres, Lobbett voyage sur un navire en partance pour l’Angleterre. Là, l’intervention opportune de Campion lui sauve à nouveau la vie. Par la suite, le gentleman aventurier prend sous son aile l’homme de loi qu’il cache dans le château de ses amis Giles et Biddy Paget, dans le petit village de Mystery Mile. Toutefois, l’arrivée d’un étrange chiromancien entraine des événements tragiques, dont le suicide du pasteur Swithin Cush. Peu après le juge Lobbett disparait au cœur du labyrinthe placé dans le jardin du château et Campion ne découvre qu’une valise remplie de livres pour enfants. C’est ensuite Biddy qui est enlevée et retenue en otage par l’organisation Simister.

Après la déception constituée par CRIME A BLACK DUDLEY, la première enquête d’Albert Campion, AU CŒUR DU LABYRINTHE ne s’avère guère plus convaincant. Les personnages sont relativement falots, Campion lui-même se montre souvent irritant et l’intrigue se révèle un peu confuse en multipliant les sous-intrigues, les coups de théâtre et les révélations concernant l’identité des uns et des autres. L’enquête en elle-même n’est pas très palpitante et la juxtaposition des clichés du whodunit classique (un château isolé dans lequel se confrontent divers suspects, un gentleman exerçant en dilettante ses talents de détective) et du thriller à base de mafia et autres organisations criminelles omniscientes dirigées par un grand méchant mystérieux (assimilé textuellement à un émule de Fantomas) ne fonctionne pas vraiment. Le tout se rapproche des romans policiers d’Edgar Wallace dans lesquels la science déductive du héros est peu exploitée, l’auteur privilégiant les machinations criminelles, les coups tordus, les enlèvements, meurtres et autres séquestrations qui conduisent l’intrigue et la font progresser de retournements de situations en révélations fracassantes au détriment d’une véritable enquête. AU CŒUR DU LABYRINTHE avance dès lors de manière quelque peu erratique : les tentatives de meurtres sur le juge cèdent la place à son enlèvement qui passe à son tour au second plan une fois Biddy kidnappée.

Les romans d’Allingham délaisseront, par la suite, ce côté thriller pour se conforter davantage aux conventions du whodunit…Tout n’est donc pas perdu pour les amateurs du genre.

 

 

AU CŒUR DU LABYRINTHE de Margery Allingham

Disponible dans l'omnibus "La maison des morts étranges et autres aventures d'Albert Campion"

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Policier, #Whodunit, #Golden Age, #Margery Allingham

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Publié le 28 Juin 2017

LE REFLUX DE LA NUIT de Jean-Pierre Andrevon

D’abord publié aux éditions Fleuve Noir (collection Angoisse) sous le pseudonyme d’Alfonse Brutsche puis réédité plusieurs fois sous le nom de Jean-Pierre Andrevon, LE REFLUX DE LA NUIT constitue un pur roman fantastique et d’épouvante sur le thème, à présent, balisé des morts-vivants. L’approche choisie ici demeure toutefois très différente des récits actuels puisque l’auteur opte pour l’intimiste avec une intrusion, lente et progressive, du surnaturel dans le quotidien banal de son principal protagoniste, Pierre Merlin. Veuf depuis un an, Merlin a perdu tout goût de communiquer avec ses semblables et préfère se rendre régulièrement au cimetière pour y dialoguer avec son épouse décédée. Un jour, Merlin rencontre un personnage étrange, sorte de magicien qui lui promet de ramener la morte à la vie. La suite, quelque peu prévisible, n’en est pas moins intéressante et mise sur une ambiance pesante d’épouvante à l’ancienne assortie de quelques clins d’œil (dont une référence lovecraftienne évidente avec la rue Auguste Derleth).

La progression du récit et la reconstitution d’une famille forcément dysfonctionnelle anticipe sur le SIMETIERRE de Stephen King mais, malgré un format restreint (180 pages), le livre parait parfois tirer quelque peu à la ligne lorsque le romancier délaie l’intrigue dans les considérations de son « héros ». La seconde partie du livre trahit d’ailleurs une accentuation de cet essoufflement par la linéarité de ce scénario dans lequel les rebondissements et surprises sont rares. Heureusement, l’ambiance lourde est bien rendue, tout comme la solitude de ce veuf confronté au surnaturel, ce qui évite de s’ennuyer jusqu’à la conclusion forcément dépourvue de happy end.

Une version plus courte, façon longue nouvelle, aurait peut-être davantage convenu à ce roman, ce que confirme une « chute » macabre attendue mais efficace. Toutefois, LE REFLUX DE LA NUIT reste une lecture agréable pour les amateurs d’un fantastique horrifique feutré comme la collection « Angoisse » nous en proposait jadis de nombreux exemples.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Fantastique, #Horreur, #Collection Angoisse Fleuve Noir

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Publié le 26 Juin 2017

LES TENEBRES DE L'AUBE d'Eric Palumbo

Bien connu des amateurs de cinéma populaire, Eric « Draven » Palumbo nous propose son premier roman, à mi-chemin entre le thriller et l’horreur. Ce qui débute comme une classique enquête plonge en effet rapidement dans le fantastique.

Un romancier spécialisé dans l’épouvante qui souhaite changer de registre et dont la copine est tombée sous les coups d’un tueur en série : voici le héros (très « Stephen Kingien ») de cette intrigue menée tambour battant sur un peu plus de 300 pages. Rapidement, notre écrivain rencontre un flic soupçonneux dont la fille, à son tour, est assassinée par le même serial killer. Réunis par la tragédie, les deux hommes mènent leur enquête, laquelle les conduit vers le village maudit de Lôbe, ravagé sept ans plus tôt par un incendie. Sur place, ils iront de surprise en surprise avant de dévoiler une vérité incroyable.

Débutant comme un thriller à la Maxime Chattam, le roman s’oriente ensuite vers l’épouvante teintée de gore : une fois arrivé à Lôbe, nos deux héros sont confrontés à de nombreux phénomènes surnaturels et deviennent prisonniers de cet endroit hanté.  

Assumant ses quelques clins d’œil (la tête de cerf animée à la « Evil Dead » et les jouets meurtriers échappés de « X-Tro » ou de « Puppetmasters »), le roman se déroule à un rythme des plus soutenus, en particuliers durant la seconde partie, située dans un village maudit d’où nul ne semble pouvoir s’échapper. L’auteur se rit même de certains clichés lorsque les héros découvrent qu’ils n’ont (forcément !) plus de connexion réseau et s’exclament « on se croirait dans un mauvais film d’horreur ». On note d’autres pointes d’humour comme ce clown maléfique baptisé George Clowny en référence au comédien révélé par « Urgences ».

Avec son ambiance fantastique ponctué de scènes sanglantes et son climat de noir secret évoquant le Peter Straub de GHOST STORY, le bouquin ménage ses révélations successives de manière très fluides (seules les dernières pages peuvent paraitre un rien précipitées) avec une écriture maitrisée qui use de valeurs sûres pour maintenir l’intérêt (passage d’un personnage à un autre, chapitres courts, cliffhangers utilisés à bon escient) et d’un style fort efficace.

Les influences sont, elles, bien digérées : on pense aux premiers James Herbert (comme FOG) pour la manière dont le romancier passe d’un personnage à l’autre et orchestre leur rencontre avec l’indicible mais aussi à Dean Koontz pour cette précision très américaine dans la construction narrative (qui mixe la rationalité d’une enquête de polar à l’horreur) ou à Graham Masterton pour le déchainement surnaturel du dernier acte. Sans oublier, bien sûr, l’ombre de Stephen King, aussi inévitable que parfaitement assumé dans le texte.

Pour les nostalgiques des collections de littérature horrifique d’antan (J’ai lu épouvante, Presse Pocket Terreur, Fleuve Noir Gore, etc.), voici une lecture vivement conseillée !

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Rédigé par hellrick

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Publié le 23 Juin 2017

RENDEZ-VOUS AVEC RAMA d'Arthur C. Clarke

Publié en 1973, ce roman demeure l’un des plus célèbres de Clarke, couronné par une foultitude de prix : Hugo, Nebula, John Campbell Award, Locus, etc. Un véritable classique qui se relit avec plaisir plus de quatre décennies après sa sortie.

Après la destruction quasi-totale de l’Italie par un astéroïde en 2077, un centre de crise destiné à prévenir de telles catastrophes est établi. Cinquante années plus tard, alors que l’espèce humaine a colonisé la Lune, Mars, Mercure et divers satellites des principales planètes, un gigantesque artefact extra-terrestre est repéré en approche du système solaire. Baptisé Rama, ce vaisseau de 50 km de long et 20 de diamètre, devient le centre de toutes les attentions. L’équipage de l’Endeavour, un vaisseau spatial terrien, se voit chargé de l’explorer. Pendant ce temps, sur Terre, les ambassadeurs des différentes colonies réagissent différemment à cette situation inédite.

La principale innovation de Clarke est de proposer une approche réaliste (si tant est qu’on puisse employer ce terme dans le cadre d’une œuvre de science-fiction) du fameux « premier contact » avec une intelligence extra-terrestre. Dans la SF primitive de l’Age d’Or (et même ensuite), les aliens se montraient généralement sous une apparence humanoïde et ne différaient de l’Homme que par la taille ou la couleur de peau. D’où les « petits hommes verts » qui firent le beau jour des pulps et des séries B. Ces extra-terrestres avaient, en outre, le bon goût de parler anglais ou, lorsqu’ils baragouinaient un improbable idiome, un petit coup de traducteur universel permettait de les comprendre sans la moindre difficulté. Clarke, pour sa part, imagine une vie extra-terrestre si radicalement étrangère qu’il est pratiquement impossible de la concevoir avec un mode de pensée humain.

Certes, le thème n’est pas complètement neuf puisqu’il avait été abordé par Fritz Leiber dans son VAGABOND (Prix Hugo 1965). Par la suite d’autres romanciers se pencheront sur le sujet : John Varley avec sa trilogie de GAIA, Robert Reed avec LE GRAND VAISSEAU, Greg Bear avec la saga EON, Larry Niven avec L’ANNEAU MONDE. Mais Clarke a peut-être livré le livre définitif sur le thème. Il condense son récit en 250 pages là où bien des écrivains actuels auraient dilaté l’intrigue sur plusieurs tomes (notons cependant que Clarke, en collaboration avec Gentry Lee, poursuivra le cycle avec trois séquelles avant que Lee seul ne poursuive l’aventure pour deux autres romans) et confère un bon rythme à cette histoire. Pas de temps à perdre, nous sommes directement plongés dans l’intrigue et, après quelques courts chapitres, l’exploration de Rama débute. Car ce vaisseau inconnu ne tardera pas à repartir dans les profondeurs spatiales et les humains ont peu de temps devant eux pour en percer les mystères.

Vu l’abondance de chroniques positives et le nombre de prix reçu par RENDEZ VOUS AVEC RAMA permettons nous quelques critiques minimes : le roman est essentiellement descriptif et manque un peu d’action (quoique le dernier acte se montre davantage alerte en usant d’un procédé classique à savoir la possible destruction de Rama par un tir de missile). Comme la plupart des œuvres de Clarke, il s’agit surtout de hard science et les personnages restent peu développés en dépit de quelques traits intéressants tel le double mariage du principal protagoniste. Toutefois, le bouquin gagne des points en jouant la carte du bon vieux « sense of wonder » via l’exploration de ce vaisseau où tout, de l’architecture à la physique en passant par les formes de vie, s’avère complètement différent et étranger aux perceptions humaines. Clarke se gardera bien d’ailleurs d’explications qui n’auraient pu que décevoir : au final le lecteur n’en saura guère plus sur Rama ou ses concepteurs. La morale, simple, est tout simplement que ces-derniers se fichent de ces humains présomptueux s’étant imaginé être le centre d’attention des habitants de l’univers. Et la fin ouverte, dans sa simplicité (la dernière phrase), démontre l’efficacité du romancier. Un incontournable de la science-fiction.

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