science-fiction

Publié le 2 Novembre 2017

STAR TREK - LA CROISEE DES TEMPS de Della Van Hise

Ce roman « Star Trek » propose une altération de l’Histoire telle que nous la connaissons, conséquence des manigances des Romuliens. Cela aboutit à une Seconde Histoire, un univers parallèle dans lequel bien des personnes éprouvent un étrange sentiment de dysharmonie, conséquence d’une vie non vécue. En effet, les Romuliens n’ont jamais pu vaincre la Fédération. Par un voyage temporel ils vont altérer le continuum tout en plaçant leur propre flotte en hyper espace afin d’être immunisé contre les modifications engendrées par la Seconde Histoire. Ils tuent trois scientifiques et aboutissent à la non-création du Starfleet que nous connaissons. Pourtant cette idée semble trop forte pour être éradiquée. En affaiblissant les Terriens, ils laissent le champ libre aux Vulcains qui sont, à présent, l’espèce dominante. Le Capitaine Spock commande le Shikhar (L’Enterprise de cette nouvelle réalité) et Kirk, un simple enseigne, est sous ses ordres. Toutefois des actes inconsidérés entrainent l’univers vers la destruction. Spock et Kirk doivent dès lors agir de concert pour rétablir la première ligne temporelle avant qu’il ne soit trop tard.

On le sait, dans ce genre de série tirée d’une licence à succès on trouve, obligatoirement, à boire et à manger. On sait également que, même si on aime retrouver des personnages connus et appréciés, les chances de tomber sur un roman médiocre sont nettement supérieures à celles de tomber sur un classique méconnu. LA CROISEE DES TEMPS constitue donc une excellente surprise qui, à l’image du formidable PRIME DIRECTIVE, exploite à merveille l’univers « Star Trek ». Le scénario se révèle tortueux (« Les complexités de l’altération temporelle sont vraiment paradoxales. ») mais bien mené, riche en péripétie et même saupoudré d’un humour bienvenu. Ainsi, un des protagonistes s’adresse à Kirk en lui donnant une tunique de soie bleu : « vous vivrez plus longtemps comme ça Jim. Sur ce vaisseau il n’est pas très intelligent de porter une tunique rouge lorsque vous faites partie d’une patrouille d’intervention ». Evidemment, le roman ayant été écrit au milieu des années ’80 certaines remarques donnent le sourire, comme ces ordinateurs du XXIIIème siècle fonctionnant à l’aide de cassette. Mais passons…

Le récit, alerte, fonctionne joliment en dépit de quelques longueurs (nous sommes dans le format « super Star Trek » soit un peu plus de 300 pages) et prend le temps nécessaire pour approfondir la relation d’amitié entre Kirk et Spock qui semble destinée à se perpétuer quels que soient les univers. Autre idée novatrice, le continuum lutte pour rétablir la ligne temporelle antérieure, idée reprise dans le 22 11 63 de Stephen King dans lequel le temps devient lui-même un antagoniste des personnages. Ici les héros, « déracinés temporels » sombrent peu à peu dans la folie.

Divertissant, bien mené et intelligent dans sa gestion des paradoxes temporelles, servis par une écriture efficace qui parvient à caractériser avec brio des personnages bien connus, LA CROISEE DES TEMPS constitue en résumé une belle réussite dans la masse (immense) des romans inspirés par la célèbre série.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #science-fiction, #Uchronie, #Star Trek

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Publié le 23 Octobre 2017

LES TENEBRES ET L'AURORE de George Allan England

Avec DARKNESS AND DAWN nous plongeons aux origines de la science-fiction puisque la première publication de ce roman date de 1912. Le succès fut d’ailleurs au rendez-vous et l’auteur enchaina avec deux séquelles, le tout formant une trilogie fréquemment rééditée outre-Atlantique et tenue à présent pour un incontournable de « l’âge d’or ».

L’ingénieur Allan Stern et la secrétaire Beatrice Kendrick se réveillent dans un New York dévasté. Ils découvrent qu’ils sont, en apparence, les derniers survivants d’un cataclysme indéterminé. Mystérieusement plongés en animation suspendue durant huit siècles, nos héros vont devoir se battre pour rester en vie dans ce monde retourné à la barbarie hanté par des tribus de féroces mutants cannibales.

Voici de la science-fiction typique du pulp, avec son rythme soutenu, ses héros dénués du moindre défaut, sa romance désuète et son style littéraire rudimentaire. Les incongruités du roman feront, bien sûr, sourire aujourd’hui : les denrées sont toujours comestibles après huit siècles (car elles sont conservées dans des bocaux en verre !), les pistolets fonctionnent toujours sans difficulté, etc.

On note aussi la naïveté générale (seuls et à demi nu nos héros mettent des semaines - et tout le bouquin – pour se donner un bisou) et le côté « plus grand que nature » de notre valeureux dernier survivant masculin. Ce-dernier sait à peu près tout faire et n’a rien à envier aux plus grands experts survivalistes, bref avec un tel spécimen d’Humain nul doute que la civilisation puisse repartir rapidement sur de bonnes bases. L’américano centrisme se révèle, lui-aussi, amusant puisque nos Adam et Eve du futur admettent rapidement (et à vrai dire sans aucune preuve) être les seuls survivants de l’apocalypse : en effet, s’il en existait d’autres ces derniers seraient, forcément, venus vivre à New York, capitale mondiale de l’art et de la civilisation.

Evidemment, époque oblige, le roman développe un racisme décomplexé : nos héros découvrent, horrifiés, que les êtres simiesques sont non seulement des cannibales, des mutants et des dégénérés mais, que, pire que tout, ce sont des….Noirs. Heureusement ceux-ci se souviennent, texto, « du pouvoir et de la domination de l’homme Blanc ». Quoiqu’ils utilisent des sagaies et tapent sur des bambous (pardon des tamtams) preuve évidente de leur barbaries (« ce sont des sauvages » déclare  immédiatement l’héroïne), nos pseudo Morlocks respectent les coups de pistolets de leurs maîtres : « nous n’avons rien à craindre, nous sommes des dieux pour eux ».

Tout cela peut paraitre atrocement daté mais, en réalité, ces éléments incongrus confèrent un charme suranné à ce petit bouquin sinon très classique. Quoique l’auteur s’inspire manifestement de LA MACHINE A EXPLORER LE TEMPS, il anticipe sur de futurs classiques de la science-fiction (notamment LA PLANETE DES SINGES) et, plus encore, sur les bouquins « post nuke » qui fleurirent dans les halls de gare des années ’80 comme la série LE SURVIVANT. On constate, en effet, qu’en près d’un siècle rien n’a changé dans la littérature post-apocalyptique : deux survivants qui ne se connaissent ni d’Eve ni d’Adam (hum !) vont s’organiser, partir à la chasse (au propre comme au figuré), rassembler les vestiges fracassés de la civilisation, tenter de découvrir d’autres humains et se heurter à des tribus de mutants cannibales dont ils finissent par triompher en usant de la force mais aussi de leurs connaissances scientifiques.

L’auteur étant un fervent socialiste (nul n’est parfait), le bouquin se conclut logiquement par un vibrant discours censé donner le rouge au cœur du lecteur : l’homme du futur se promet d’abattre « l’oisiveté de l’aristocratie » et de bâtir une société plus juste et égalitaire. Bref, le matin du grand soir est enfin arrivé et, finalement, cette apocalypse (dont on ne saura rien) n’apparait pas si négative puisqu’elle a permis le triomphe du socialisme. C’est tellement beau que, pour un peu, on se mettrait à chanter « c’est la turlute finale ».

Si DARNESS AND DAWN peut sembler complètement ringard, dépassé, anachronique ou ridicule, il offre, malgré tout, une lecture divertissante et efficace, bien aidé par une longueur judicieuse (un peu moins de 150 pages). Pour un petit roman « pulp » de plus d’un siècle, le tout fonctionne encore agréablement dans les limites de ses ambitions. Pas sûr que beaucoup d’oeuvrettes du même style mais beaucoup plus récentes supportent aussi bien l’épreuve du temps. Un bon moment pour les curieux, à redécouvrir en français dans l’anthologie de Jacques Sadoul « les meilleurs récits de Famous Fantastic Mysteries » qui, pour rester dans le ton de ce magazine, agrémente ce roman de trois nouvelles de Francis Stevens, Abraham Merritt et Ray Cummings.

LES TENEBRES ET L'AURORE de George Allan England

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Golden Age, #science-fiction, #Aventures, #Roman de gare, #anticipation

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Publié le 20 Octobre 2017

ORIGINE de Dan Brown

ORIGINES constitue la cinquième aventure du professeur de symbologie Robert Langdon, à nouveau embarqué dans une énigme qui menace la stabilité mondiale. Crée en l’an 2000 dans l’efficace ANGES & DEMONS, Langdon acquiert la célébrité suite au triomphe inimaginable de DA VINCI CODE, vendu à ce jour à 86 millions d’exemplaires. Ces deux romans furent adaptés avec succès au grand écran. Par la suite, Dan Brown poursuivit la saga avec LE SYMBOLE PERDU et INFERNO (lui aussi adapté pour le cinéma mais sans guère de réussite au box-office).

Cette cinquième livraison reprend une formule à présent balisée : un « prégénérique » intriguant puis l’introduction de Langdon, à nouveau confronté au mystère. Un de ses anciens étudiant, Edmond Kirsch, a, en effet, rencontré trois délégués du « Parlement des religions » (un rabbin, un archevêque et un imam) pour leur annoncer que ses découvertes allaient remettre en question les fondements de leurs croyances. Athée convaincu, expert futurologue et milliardaire des nouvelles technologies, Kirsch organise, trois jours plus tard, une réunion au musée Guggenheim de Bilbao à laquelle est convié son vieux professeur Robert Langdon. Kirsch promet d’apporter une réponse aux deux questions fondamentales de l’Humanité : « d’où venons-nous et où allons-nous » ce qui, selon lui, conduira inévitablement à la fin des trois grands monothéismes. Mais, avant qu’il ait pu annoncer sa découverte, Kirsch est abattu par un ancien amiral espagnol. Et voici Langdon, accompagné d’Ambra, la directrice du musée (et accessoirement future reine d’Espagne), lancé sur la piste du mot de passe qui permet d’accéder aux découvertes de son élève. Pour l’aider, il peut compter sur Winston, une intelligence artificielle dernier cri, sorte de « Siri ultra améliorée ».

Construit sur la recette familière de l’auteur (et qui, malheureusement, se voit appliquée dans les trois quarts des techno thrillers actuels), ORIGINE est avant tout une course poursuite, pas si éloignée des films d’Hitchcock dans lesquels un quidam se voyait embarqué dans une affaire d’envergure mondiale au risque d’y laisser la vie. Les grandes révélations théologiques tiennent donc lieu de McGuffin et permettent de dérouler un suspense mené à cent à l’heure entrecoupé des habituelles – mais plutôt réussies – digressions de l’auteur sur les religions, l’intelligence artificielle ou l’art contemporain (qu’il ne semble guère apprécié).

Bien sûr, Dan Brown ne serait pas Dan Brown s’il ne recourait pas aux ficelles des sectes, des assassins illuminés croyant servir une juste cause et des collusions entre les différences instances du pouvoir, notamment la religion et la politique. Ici, l’écrivain s’intéresse à une dissidence de l’Eglise catholique lancée en 1978, l’église palmarienne. Son fondateur, proclamé pape sous le nom de Grégoire XVII, récuse l’autorité du Pontife romain et professe une doctrine ultra conservatrice. Par la suite, la secte canonise de nombreuses personnalités (dont Franco). Le roman insiste sur l’oppression exercée à l’encontre des fidèles, le refus des adeptes de « tendre l’autre joue » pour proclamer la loi du talion et l’ambition de mener une guerre sainte totale contre les ennemis du Christ.

L’auteur joue aussi les guides touristiques, notamment à Barcelone, sur les traces de Gaudi avec sa Casa Mila et sa Sagrada Familia. Le roman se voit d’ailleurs rattrapé par l’actualité puisqu’il décrit une Espagne souffrant d’instabilité politique qui s’interroge sur l’abandon de la monarchie. De plus un des personnages a vu sa famille décimée par un attentat anti-chrétien et décide de réagir en menant se propre guerre sainte.

Pour le reste, les grandes révélations annoncées par le héros martyrisé pourraient-elles réellement mettre à bas les religions ? Peu crédible puisque la foi, par définition, est personnelle. Les religions ont toujours réussi à s’adapter, intégrant les découvertes successives pour continuer d’exister en opérant un subtil jeu d’équilibre entre croyance et science. La révélation finale, un peu longuette et fort verbeuse (l’auteur semble vouloir tout expliciter pour ne pas lâcher son lecteur), n’est finalement pas si extraordinaire que ça et on voit mal ce qui empêcherait les religions de rebondir et de continuer à prospérer. Si Brown semble croire au triomphe prochain de la raison et de l’athéisme sur le fondamentalisme religieux l’actualité parait pourtant le démentir. Qu’importe, l’essentiel réside, une fois de plus, dans la capacité d’émerveillement procuré par l’auteur, souvent dénigré et pourtant doté d’un solide métier dans l’art du divertissement et du « page turner ». Une fois de plus, toutes les informations sont d’ailleurs présentées comme authentiques et Brown enrichit la narration d’extraits d’un site web (fictif) conspirationniste afin de relancer l’intérêt.

Bien sûr, Langdon lui-même reste toujours schématique et stéréotypé : son implication véritable est minime, il se contente de courir d’un coin à l’autre de l’Espagne, visite des lieux emblématiques et déchiffre des énigmes. Mais Brown a parfois le sens de la formule : lorsque l’emballement médiatique atteint son plus haut niveau et que l’affaire est suivie par deux cent millions de curieux, il déclare « le reste du globe est devenu le studio d’une émission de téléréalité ».

Comme dans les précédents romans de l’écrivain, le grand jeu de piste finit toutefois par lasser le lecteur, embarqué dans une énième chasse au trésor qui retarde au maximum les révélations attendues depuis les premières pages. Mais on pardonnera ce bémol car, si les recettes sont connues (chapitres très courts, cliffhangers nombreux, retournements de situation, alternance de point de vue), elles demeurent mitonnées avec une efficacité éprouvée qui place Brown, que l’on le veuille ou non, dans le peloton de tête des auteurs de thrillers politico-ésotérico-anticipatifs actuels.

Au final, un bon divertissement.

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Publié le 11 Octobre 2017

T-REX de Douglas Preston

Prologue. 1972. L’expédition Apollo 17 ramène de la lune des échantillons de roche qui finissent par disparaitre, mystérieusement « égarés ». Trois décennies plus tard, Marston Weathers est abattu, au Nouveau Mexique, par un tueur à gages, Jimson Maddox. Avant de mourir, l’agonisant confie à un certain Tom Broadbent un carnet, rédigé en code, qu’il destine à sa fille, Robbie. N’ayant guère confiance dans la police, Tom s’adresse à un personnage improbable comme il n’en existe que dans les romans : Wyman Ford, ancien expert en décryptage de codes secrets reconverti moine dans un monastère perdu. Mais Maddox cherche, lui aussi, à mettre la main sur le fameux carnet.

Spécialiste du techno-thriller, Douglas Preston est fréquemment associé à Lincoln Child, notamment pour la très réussie série consacrée à Pendergast. Il a également écrit, seul, une poignée de romans dans un style similaire et qui démontrent son solide métier de « page turner ». Les chapitres sont très courts (généralement 3 ou 4 pages) et donc fort nombreux (une centaine pour un total de 500 pages) : ils nous baladent avec une science éprouvée entre les principaux protagonistes, tous assez peu vraisemblables mais bien typés. Tom Broadbent, apparu dans CODEX, le précédent bouquin de Preston rassemble ainsi toutes les qualités du pur héros de roman, aussi riche qu’honnête, prêt à tout risquer pour tenir la promesse faite à un inconnu agonisant. Jimson Maddox est un tueur à gages sadique traditionnel qui ne tarde pas à enlever l’épouse du héros, bien décidé à la violer. Le moine ancien de la CIA, Wyman Ford, aussi original que peu crédible, reviendra dans plusieurs romans ultérieurs de Preston. Nous trouvons également l’assistante en mal de reconnaissance d’un paléontologue et un scientifique désireux de s’emparer du squelette d’un tyrannosaure.

Le roman alterne donc les points de vue des protagonistes afin de maintenir l’intérêt et l’auteur n’hésite pas à proposer de nombreux (petits) cliffhangers qui relancent régulièrement la machine. Pourtant, le tout ne parait pas franchement original : T-REX s’inscrit dans la tradition du techno-thriller littéraire à grand spectacle qui mélange joyeusement aventures et action avec une pointe d’espionnage et une dose de science-fiction. Un style popularisé, entre autre, par Clive Cussler, Michael Crichton ou Tom Clancy et depuis repris par bien des auteurs américains, Dan Brown en tête. Preston accommode efficacement sa tambouille sans éviter les nombreux clichés.  Malgré la couverture et l’accroche prometteuse (« mort il y a soixante-cinq millions d’années il peut encore tuer ») qui annonçait une sorte de JURASSIC PARK le lecteur ne verra jamais le tyrannosaure en action, il faudra se contenter de son squelette. On peut donc avoir l’impression de s’être fait avoir jusqu’à l’os, d’autant que les descriptions de l’animal régulièrement dispensées par l’auteur tiennent finalement de l’anecdote et n’auront aucune incidence sur l’intrigue.

La courte poursuite voulue haletante, l’intervention de militaires au service du gouvernement désireux d’étouffer l’affaire, la révélation finale, l’enlèvement de l’héroïne,…Rien de bien neuf, que du déjà lu et relu avec néanmoins une impression générale d’efficacité : T-REX se lit donc très rapidement mais ne peut échapper au syndrome de la grenouille se prenant pour le bœuf. Autrement dit, tout cela ressemble fort à un de ses petits bouquins de gare qui pullulait dans les années ‘70 et ‘80 sauf qu’ici l’auteur se prend davantage au sérieux et s’étend sur 500 pages (au lieu de 200) pour boucler son intrigue. De plus, à force de surenchère dans le dernier acte la crédibilité, déjà entamée, en prend un coup et les personnages sont définitivement trop stéréotypés et manichéens pour que l’on puisse douter une seule seconde de la fin.

Bref, T-REX s’impose comme un divertissement correct (quoique longuet) mais qui manque vraiment d’originalité, de suspense ou même d’une certaine hargne tant l’ensemble prend soin de rester très grand public, y compris lors des scènes violentes.

Si le livre « fait le job », il ne peut prétendre dépasser la moyenne des (trop nombreux) bouquins d’aventures de ce style.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #science-fiction, #Aventures, #Thriller, #Technothriller, #Douglas Preston

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Publié le 2 Octobre 2017

LE GEOMETRE AVEUGLE de Kim Stanley Robinson

Kim Stanley Robinson fait partie des valeurs sures de la science-fiction actuelle. On lui droit quelques « briques » comme son imposante CHRONIQUE DES ANNEES NOIRES (une superbe uchronie) ou sa fameuse trilogie dédiée à la planète MARS qui récolta de nombreux prix prestigieux (Hugo, Nebula, Locus et British Science-fiction).

Ce recueil se compose d’une novella (« Le géomètre aveugle ») et de sept nouvelles plus courtes pour un total de 320 pages.

« Le Géomètre aveugle » s’intéresse à Carlos, un aveugle passionné de mathématique qui a transformé son handicap en avantage dans le domaine de la géométrie à n dimensions. Il prend contact avec Marie, une jeune femme aux propos peu cohérents, et soupçonne les services secrets de surveiller leurs échanges verbaux. Il entame une relation amoureuse avec Marie mais comprend également qu’il est manipulé par le gouvernement…La nouvelle se base explicitement sur un théorème élaboré au XVIème siècle par le mathématicien français Girard Desargues et considéré comme la base de la géométrie projective. Si tout cela parait complexe ou même obscur (références mathématiques, « name dropping » de compositeurs de musique expérimentale, etc.), l’intrigue se suit aisément. Kim Stanley Robinson privilégie l’histoire d’amour, agrémentée d’une trame d’espionnage pas franchement originale mais efficace, pour accoucher d’une novella réussie justement récompensée par le Prix Nebula et nominée pour le Hugo et le Locus.

Les autres nouvelles abordent des thèmes divers. Sans les citer toutes, mentionnons l’intéressant « Les lunatiques », une histoire assez longue (plus de quarante pages) consacrée au calvaire des mineurs extrayant, de la lune, un métal indispensable aux Terriens. La science-fiction s’y trouve réduite au minimum (le contexte) pour privilégier un récit dystopique particulièrement sombre (au propre comme au figuré) sur l’esclavage moderne.

Autre nouvelle relativement longue, « Au retour de Rainbow Bridge » développe, sur cinquante pages, une jolie intrigue saupoudrée d’une pincée de fantastique. L’irrationnel se montre, en effet, discret dans cette balade accomplie autour du Rainbow Bridge, un pont rocheux naturel situé en Utah et considéré par les Amérindiens comme un lieu sacré. Le narrateur y entre en contact avec le mysticisme et à la vie sauve grâce à l’intervention providentielle d’un sorcier indien. Une lecture agréable.

Après le tableau dépressif et à peine prospectif que constitue le peu convaincant « Crève la faim en l’an 2 000 », nous arrivons à une plaisante uchronie, « Leçon d’histoire » au sujet de cinéastes occupés, sur la lune, à proposer de nouvelles versions d’anciens classiques du cinéma et de la télévision. La question centrale, proposée au lecteur, consiste à savoir si deux ou trois grands Hommes « font l’Histoire » où si celle-ci est plus globale, autrement dit moins dépendante des actes de l’un ou l’autre individu servant de modèle héroïque au plus grand nombre. Une interrogation traditionnelle qui divise philosophes et historiens depuis des siècles. Peu à peu nous apprenons les divergences entre ce monde et le nôtre : la crise des otages à Téhéran s’est réglée différemment, Carter a été réélu, une femme a sauvé John Lennon des balles de son assassin, etc. Les cinéastes s’interrogent également pour savoir si la « vérité doit absolument correspondre à la réalité » (des événements). Une belle réussite de la science-fiction spéculative bien sûr davantage soucieuse de questionnement que d’action pétaradante.

Le dernier récit, « la meilleure part de nous-même » mélange science, rationalisme et religion. L’auteur propose une relecture des textes évangéliques sans que l’on puisse toujours comprendre où il veut en venir ou quelle est sa position sur les sujets abordés, notamment l’inévitable opposition entre la foi (les miracles) et le rationnel (Jésus était-il un extraterrestre détenteur d’une technologie évoluée ?). Des questions encore une fois intéressantes mais un récit, cette fois, seulement à demi convaincant.

Au final, ce recueil laisse une impression mitigée (qui penche cependant vers le positif) mais demeure une bonne manière d’aborder la production, personnelle et originale, d’un auteur majeur de la science-fiction actuelle.

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Publié le 26 Septembre 2017

POISON IVY - CIRCLE OF LIFE AND DEATH d'Amy Chu

Voici un récit (en six parties) consacré à une des trois principales super vilaines (les deux autres étant Harley Quinn et Catwoman évidemment…qui font d’ailleurs de la figuration dans cette histoire) de l’univers Batman.

Désirant s’éloigner de sa compagne Harley Quinn, Poison Ivy reprend son identité de Pamela Isley et son métier de chercheuse pour les jardins botaniques de Gotham. Ses travaux visent notamment à la création d’hybrides entre l’Homme et le végétal, des êtres dont la longévité seraient exceptionnelles. Elle donne ainsi naissance à deux bébé, Rose et Noisette, qu’elle élève loin des humains. Malheureusement divers scientifiques de son équipe se mettent à décéder de manière violente et Ivy devient rapidement la principale suspecte. Avec l'aide d'Harley, de Catwoman et du défenseur de la Sève Alec Holland (alias Swamp Thing), la belle Ivy essaie de découvrir la vérité sur ces crimes.

CIRCLE OF LIFE AND DEATH constitue, dans l’ensemble, une bonne surprise. En donnant la vedette à Ivy (débarrassée de l’omniprésente Harley qui a droit, néanmoins, à quelques apparitions toujours bien cadrées pour accentuer son côté sexy), le récit confère une réelle profondeur à cette anti-héroïne souvent cantonnée à un rôle de belle plante, voire de potiche. La transition du personnage, amorcée depuis quelques années, est plaisante, Ivy n’étant plus une super vilaine à moitié folle (et à moitié nympho) mais davantage une éco terroriste vaguement justicière à la morale élastique. Ici, elle s’essaie à la maternité et rencontre un certain Darshan Bapna, sorte de punk pacifiste vegan avec lequel elle entretient une relation platonique (faudrait pas rendre jalouse Harley, ça pourrait mal se terminer !).

POISON IVY - CIRCLE OF LIFE AND DEATH d'Amy Chu

L’intrigue, elle, adopte le ton d’une enquête avec des meurtres et un coupable inattendu révélé durant le dernier chapitre, ponctué d’apparitions de divers super vilains et d’un argument science-fictionnel déjanté (la recherche de l’immortalité par l’hybridation de l’Homme et de la plante). La série se réfère d’ailleurs ouvertement à Scooby-Doo dans son mélange de murder mystery à l’ancienne et de folie douce.

Le récit s’avère donc plaisant quoique tout ne soit pas pleinement réussi pour autant : le personnage de Darshan se montre envahissant, comme si Amy Chu ne parvenait pas à laisser l’intrigue pesait sur les charmantes épaules d’Ivy. Le côté papa de substitution pour les « enfants plantes » se montre de son côté trop expédié pour fonctionner. Dommage car, avec un minimum de développement, cette partie aurait pu être intéressante, de même que les relations compliquées entre les humains et les filles plantes, lesquelles se limitent à une échauffourée en discothèque.

POISON IVY - CIRCLE OF LIFE AND DEATH d'Amy Chu

Bien que sympathique et original, le scénario se montre parfois peu crédible : comment le passé de l’empoisonneuse peut-il ne pas resurgir après qu’elle se soit débarrassée d’un collègue trop entreprenant ? On passera sur ce manque de vraisemblance pour apprécier une histoire globalement bien menée et éloignée des clichés super-héroïques coutumiers.

Sans être indispensable, CIRCLE OF LIFE AND DEATH permet de passer un bon moment. De plus, pour la publication française, Urban soigne le produit : deux pages d’introduction sur le personnage, quelques paragraphes à chaque épisode pour éclairer le novice et une courte histoire (datée de 1988) bonus revenant sur les origines secrètes de Poison Ivy qui bénéficie du talent narratif de Neil Gaiman. Le tout à un prix défiant toute concurrence, surtout celle de Panini. Une bonne affaire pour les admirateurs de la vénéneuse Ivy.

L'édition française chez Urban

L'édition française chez Urban

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Whodunit, #science-fiction, #Comic Book, #DC, #Superhéros, #Batman, #Neil Gaiman

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Publié le 20 Septembre 2017

SECRET INVASION de Brian M. Bendis et Francis Yu

Après l’excellence de HOUSE OF M et CIVIL WAR, deux crossovers parfaitement réussis et dont la richesse autorise plusieurs (re)lectures, l’annonce de SECRET INVASION laissait augurer le meilleur pour la Maison des Idées.

Le concept de base, en effet, se révélait passionnant et intriguant : depuis plusieurs années d’importants héros et alliés (Elektra, le majordome Jarvis, etc.) de la Terre ont été remplacés par des extra-terrestres protéiformes, les Skrulls. Brian Michael Bendis a lancé des pistes à ce sujet depuis plusieurs années au sein de série comme New Avengers et, avec son dessinateur et complice habituel, Leinil Yu, il explore enfin les conséquences de cette lente invasion. 

L’intrigue semblait donc taillée pour une atmosphère de paranoïa grandissante (illustrée par les taglines en partie mensongère comme « who do you trust ? »), de conflit larvé, voire d’infiltration à grande échelle. On pouvait exploiter les répercussions de cette invasion sur la population, voire éclore des mouvements de résistance ou de collaboration puisque les Skrulls promettent un avenir pas forcément sombre aux humains.  Forcément, certains se laissent tenter et les accueillent même à bras ouvert…Des développements intéressants…sauf que la scène dure quelques cases, noyées dans un torrent de bastons inoffensives. Car, à la progression narrative, Marvel préfère le rouleau compresseur des combats et seul Le Fauve suggère un instant « d’arrêter de se frapper pour réfléchir ». Une modération vite balayée, à l’image de ce court moment de réflexion interrompu par un Wolverine qui déclare « on s’en tape ». Ce qui résume malheureusement ce que le lecteur pense d’une SECRET INVASION plus pataude que passionnante. Pourtant, le début de l’histoire promettait beaucoup, entre science-fiction à l’ancienne (Bendis affirmait vouloir rendre hommage aux classiques séries B d’invasion des fifties) et blockbusters d’action plus actuels. Les premières planches donnent ainsi l’impression d’une catastrophe planétaire imminente avec des scènes marquantes comme l’autopsie d’un Skrull ayant pris l’apparence d’Elektra ou le crash récurent d’un héliporteur du Shield.

Elektra était un Skrull!

Elektra était un Skrull!

De l’efficace rondement mené. Mais la suite…ben justement elle ne suit pas. Ayant grillé toutes ses cartouches dans les premières pages, Bendis meuble ensuite par des surprises pas franchement crédibles, des incohérences, de la bagarre sans enjeu, sans émotion, sans…rien ! Des super-méchants protéiformes aux pouvoirs quasi illimités contre les gros vendeurs de la Maison Marvel (Spider Man, Iron Man, Wolverine, etc.) et une conclusion bâclée qui voit s’écrouler en quelques minutes le plan patiemment élaboré par les extra-terrestres. Là on frôle dangereusement le foutage de gueule intégral. Et ce ne sont pas les dessins, corrects mais sans inspiration, qui relèvent le niveau.

L’event offre néanmoins quelques passages sympathiques, comme cette référence lointaine, issue d’un légendaire album des Fantastic Four, à la transformation des premiers Skrulls débarqués sur terre en vaches. Quelques passages, dans un esprit blockbusters pop-corn et régressifs, fonctionnent également, ce qui permet d’arriver au bout de ce comic aussi raté que répétitif.

Baston!!!!!!!!

Baston!!!!!!!!

Si SECRET INVASION se résume à une série de combats sans grande originalité là où il aurait fallu, au contraire, une terreur paranoïaque dans l’esprit (toutes proportions gardées) de L’INVASION DES PROFANATEURS ou THE THING, le dénouement, vite expédié, conduit cependant à un nouveau statu quo intéressant. Ainsi Iron Man, désavoué, se voit destitué de son poste et remplacé par Norman Osborn qui accède à un pouvoir quasi absolu et convoque aussitôt sa cour, composée de Fatalis, Hood, Loki, Emma Frost et Namor. Le tout annonce le prochain event, la prochaine ère Marvel, Dark Reign qui (spoilers !) ne tiendra pas les promesses de cette introduction intrigante.

Le titre s’étant bien vendu (250 000 exemplaires du N°1 ce qui, à notre époque, constitue un beau chiffre) en dépit de critiques souvent mitigées voire hostiles, Marvel a – logiquement - poursuivi dans sa folie du crossover et de l’event tout azimut, aboutissant à l’inextricable situation actuelle dans laquelle toutes les séries sont en état de « crossover permanent » au mépris de tout réel investissement narratif.
 

Bref, SECRET INVASION c’était (déjà) la fin d’un bref renouveau / âge d’or qualitatif de Marvel au début du XXIème siècle.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #science-fiction, #Comic Book, #Marvel Comics

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Publié le 15 Septembre 2017

ANNIHILATION CONQUEST (tomes 1 & 2) de Dan Abnett et Andy Lanning

Vu le succès mérité du crossover cosmique ANNIHILATION, Dan Abnett et Andy Lanning proposent une saga similaire, ANNIHILATION CONQUEST, publiée en 2007. Aux côtés de la mini-série principale, Marvel a forcément publié de séries annexes. Les deux tomes français (originellement édités en version « deluxe » puis repris dans le format plus abordable du « select ») comprennent donc (dans le tome 1) « Annihilation Conquest Prologue », les quatre numéros de « Annihilation Conquest : Star Lord », les quatre épisodes de « Annihilation Conquest : Quasar » et les numéros 4 et 5 de « Nova » auxquels s’ajoutent (dans le tome 2) les quatre chapitres consacrés à « Spectre », deux épisodes supplémentaires de « Nova » et la mini-série « Annihilation Conquest » en elle-même (et en six parties). Ouf, un menu copieux pour de longues heures de lecture !

Cette fois, le Phalanx menace la galaxie, aidé par les Chevaliers de l’Espace « convertis » au mal. L’Empire Kree est menacé et différents héros (notamment Quasar, Star Lord et Ronan l’accusateur, à présents bien connus) se liguent pour juguler cette nouvelle invasion.

Au fil des pages, le lecteur découvre des personnages peu connus dont certains sont amenés à un bel avenir, notamment cinématographique, comme l’arbre vivant Groot et le raton laveur mutant Rocket Ragoon, membres fondateurs des nouveaux Gardiens de la Galaxie.

On retrouve également Phila-Vell, fille du décédé Captain Marvel qui a repris le flambeau, le costume et le nom de papa. Elle fait équipe avec sa compagne, Moondragon, laquelle devient finalement un authentique dragon, transformant le récit en une sorte d’heroic-fantasy futuriste pas désagréable auquel s’ajoute une histoire d’amour homosexuelle (encore assez peu courante dans les comics Marvel de l’époque).

ANNIHILATION CONQUEST (tomes 1 & 2) de Dan Abnett et Andy Lanning

Le nouveau venu Spectre, un mutant Kree avide de venger son père, complique la donne et tous les personnages principaux, auxquels s’ajoutent les revenants (Adam Warlock, le Super Skrull, Gamora, Captain Universe, Blaastar, etc.) se rassemblent pour affronter le Phalanx mené par le toujours charismatique et impitoyable Ultron. Les victimes du Phalanx sont, pour leur part, contaminées par une sorte de virus qui les intègre à l’entité collective tout en gardant un minimum de libre-arbitre. Bref, ils sont assimilés par des parasites cosmiques assez proches des célèbres Borg de « Star Trek » (on note les évidentes similitudes entre cette saga Marvel et « Star Trek Premier Contact »).

Dans l’ensemble ANNIHILATION CONQUEST s’avère un honnête divertissement malgré sa longueur (600 pages bien tassées) et ses longueurs. Le grand nombre de protagonistes rend parfois le tout un brin confus et la publication en volume laisse de côté certaines séries annexes, d’où des ellipses agaçantes. Cependant, elles ne sont pas vraiment problématiques, la saga restant, dans ses grandes lignes, globalement accessibles avec un minimum de connaissances de l’univers cosmique de la Maison des Idées. Bien sûr, Panini reste fidèle à ses habitudes en proposant, au niveau éditorial, le strict minimum : aucune contextualisation du récit, aucun texte explicatif et pour une unique bonus quelques couvertures reproduites en fin de volume. N’est pas Urban qui veut.

On peut chipoter en arguant (avec raison) qu’ANNIHILATION CONQUEST constitue, finalement, une simple redite moins inspirée d’ANNIHILATION (aucune des séries n’arrivent à égaler celles de ce titre phare du renouveau Marvel) mais, à tout prendre, on passe malgré tout un agréable moment avec cette vaste épopée alliant space-opéra, fantasy, science-fiction et super héros.

ANNIHILATION CONQUEST (tomes 1 & 2) de Dan Abnett et Andy Lanning

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Rédigé par hellrick

Publié dans #science-fiction, #Comic Book, #Superhéros, #Marvel Comics

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Publié le 12 Septembre 2017

LES VAISSEAUX DE LA LIBERTE de Christophe Lambert

Dernier tome de la trilogie que Christophe Lambert consacre à l’univers d’Arkhadie, LES VAISSEAUX DE LA LIBERTE constitue un final épique à souhait à ce vaste space opéra.

Nous retrouvons nos héros, le contrebandier Lohn Kossayan, le moine guerrier David Cunkel et le soldat Dogmaël peu après leur évasion du terrible Bagne de Mephisto (cf. tome précédent). La Reine Blanche, de son côté, souhaite emmener son peuple vers la terre promise, loin de la domination des Hommes Lézards Pyrhusiens. Pour cela, il faut passer par un tunnel spatial, à travers le portail de l’Ekluse. Mais ce-dernier se trouve sous la domination des cruels Entropistes.

Destiné à un public adolescent mais pouvant s’apprécier des adultes, LES VAISSEAUX DE LA LIBERTE constitue un hommage enamouré à la saga STAR WARS dont Lambert est un grand fan. Mais on peut également y voir une version actualisée des romans de space-opera ou de fantasy de l’Age d’Or, ceux-là même auxquels se référait George Lucas lors de la mise en place de son univers.

LES VAISSEAUX DE LA LIBERTE dévoile ainsi une mythologie riche et un bestiaire développé qui renvoie à des sagas littéraires fameuses élaborées par les Grands Anciens de la science-fiction littéraire. Citons le cycle du FULGUR de E.E. « Doc » Smith, l’excellent LES ROIS DES ETOILES d’Edmond Hamilton (également auteur du CAPITAINE FUTURE) ou la saga martienne de JOHN CARTER signée Edgar Rice Burroughs. A cela s’ajoute les bandes dessinées à la Flash Gordon et l’heroic-fantasy d’antan pour un cocktail très divertissant.

Moine guerrier, méchants hommes lézards, gentils félins humanoïdes (les chats de Tyndalos en référence discrète à Lovecraft), reine en détresse, pirate de l’espace, etc. Ils sont venus, ils sont tous là pour une conclusion riche en action, le roman accélérant encore le rythme (déjà soutenu) des deux précédents pour un tome qui ne laisse jamais au lecteur le temps de souffler. Et comme Lambert possède un solide métier, il use de chapitres courts et enlevés qui alternent les actes des différents protagonistes jusqu’à la spectaculaire bataille finale.

Le style est vif, les phrases souvent courtes et l’écriture très visuelle confère un côté immédiatement cinématographique à ce space opéra grandiose qui n’attend plus que le metteur en scène capable de le porter à l’écran pour la plus grande joie des petits et des grands.

Alors, bien sûr, LES VAISSEAUX DE LA LIBERTE n’est sans doute pas le plus original des Christophe Lambert et, parfois, le clin d’œil envers l’Empire se montre un peu trop appuyé. La trilogie d’Arkhadie dans son ensemble peut paraitre trop proche de STAR WARS pour susciter un enthousiasme débordant. Ce n’est pas tout à fait faux. Mais l’art de l’auteur à concocter un récit sans temps morts permet d’oublier ce bémol et la lecture de ce troisième tome se révèle délectable. Alors ne chipotons pas et ne boudons pas notre plaisir, embarquons avec nos valeureux héros sur ces VAISSEAUX DE LA LIBERTE fort estimables.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Aventures, #science-fiction, #Jeunesse, #Christophe Lambert

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Publié le 29 Août 2017

LA PLANETE DES SINGES de Pierre Boulle

Classique incontournable de la science-fiction, le film « La planète des singes » (version 1968) eut droit à quatre séquelles variablement inspirées (« Les évadés de la planète des singes » et « La conquête de la planète des singes », de franches réussites, méritent la redécouverte), deux séries télévisées oubliées, un remake dispensable (pourtant signé Tim Burton) et un formidable reboot sous forme de préquelle (« La planète des singes : les origines ») lui-même suivi de deux suites de qualité.

En dépit de ce riche univers cinématographique, il est intéressant de se replonger dans le texte fondateur écrit par Pierre Boulle en 1963. Quoiqu’il ait écrit plus de vingt romans, Boulle reste à jamais associé à deux réussites, « La planète des singes » et « Le Pont de la Rivière Kwai », d’ailleurs en partie éclipsées par leur formidables adaptations pour le grand écran.

Si « La planète des singes » de 1968 reprent la structure du roman (et que la version de Tim Burton – cette fois située sur une planète lointaine et non la Terre - s’y montre également relativement fidèle), le livre s’en distingue par son ton plus porté sur la satire socio-politique saupoudrée de considérations philosophiques. Dans un registre plus purement science-fictionnelle Boulle fut d’ailleurs précédé par LE REGNE DU GORILLE, de L. Sprague de Camp à la thématique similaire, à savoir l’accession des primates au rang d’espèce dominante après la fin de la civilisation humaine.

L’histoire, pour sa part, est (dans ses grandes lignes) connue :

En l’an 2500, trois astronautes se dirigent vers une planète susceptible d’abriter la vie, Soror, située à deux années de la Terre dans le système de Betelgeuse. Parmi eux, le journaliste Ulysse Mérou se montre le plus enthousiaste, persuadé que ce voyage donnera lieu à un reportage sensationnel et ce même si la relativité le fera revenir sur Terre plusieurs siècles après son départ. Cependant, le journaliste est capturé et emprisonné par des singes parlants. Sur Soror, en effet, l’évolution fut différente : alors que l’humanité a stagné, les primates ont dominé le monde. Ceux-ci se répartissent en trois classes (avec peu d’exception) : les gorilles adeptes de l’autorité, de la force et de la chasse ; les orangs outans, des traditionnalistes qui incarnent la science officielle souvent obtuse et, enfin, les chimpanzés, l’élite intellectuelle lettrée avide de recherches. L’intrusion d’un Homme doué de raisons remets en cause toutes leurs certitudes. Deux chimpanzés, Zira et Cornelius, acceptent le récit d’Ulysse Mérou tandis que les orang outans, engoncés dans leurs préjugés, le considèrent comme un usurpateur.

Moins porté sur l’action que le long-métrage, LA PLANETE DES SINGES se déroule sur une planète semblable à la Terre (sans l’être, donc n’attendez pas la statue de la liberté pourtant présente sur certaines éditions du roman) et se montre fort descriptif. Le récit est, en effet, rédigé sous la forme d’un manuscrit placé dans une bouteille et lancé dans l’espace par le narrateur, Ulysse Mérou, qui découvre le monde des singes. Il y rencontre Zira et Cornelius, deux chimpanzés progressistes et bien disposés à son égard. Au terme d’un procès, Ulysse prouve qu’il possède une conscience et n’est pas un simple animal.

Le roman se divise en trois parties : dans la première le héros se confronte à ce monde hostile, dans la deuxième il parvient à s’y faire reconnaitre comme doué de raison, dans la troisième il découvre, en compagnie de Cornelius, l’existence d’une civilisation humaine antérieure à celle des singes. Au fur et à mesure du roman, la différence avec sa version cinématographique progresse quoique l’on retrouve certains éléments communs (la poupée qui prouve l’existence d’une civilisation humaine antérieure à celle des singes).

Pour aller plus loin dans la découverte de la saga cinématographique, l'excellent Mad Movies Hors Série sur le sujet.

Pour aller plus loin dans la découverte de la saga cinématographique, l'excellent Mad Movies Hors Série sur le sujet.

Contrairement aux diverses adaptations cinématographiques, les primates vivent dans de grandes cités, conduisent des voitures, se déplacent en avion. Ils ont même lancé un satellite artificiel occupé par…un homme bien évidemment. Leur degré de maitrise technologique correspond, grosso modo, à celui des humains à l’aube des sixties, période où fut écrit ce roman. Si les films optèrent pour une civilisation plus archaïque c’est essentiellement pour des raisons de budget et, également, pour éviter le ridicule de singes dansant dans des boites de nuit ou jouant au golf. Car Boulle se montre moins soucieux de science-fiction que de satire. Lorsqu’il brocarde les primates, il vise surtout les humains et leurs travers, notamment leur manière de se considérer comme l’immuable stade ultime de l’évolution, la perfection incarnée. L’écrivain mélange, avec un certain bonheur et sans lourdeur, la science-fiction au conte initiatique et philosophique. Cette vision déformée de la Terre lui permet ainsi de traiter de la démocratie, de la répartition par caste, de l’intolérance, etc. Il s’intéresse également à l’expérimentation animale et transpose à l’homme la fameuse expérience de conditionnement de Pavlov. L’auteur évoque aussi les théories d’Einstein sur la relativité en expliquant que les astronautes, après avoir effectué un voyage de quatre ans, reviendront sur une terre où plusieurs siècles se sont écoulés. L’humour pointe son museau à plusieurs reprises : ainsi lorsque le héros décide finalement d’embrasser Zira celle-ci s’y refuse et lui rétorque « désolé mais tu es vraiment trop affreux ».

Tout cela est plutôt réussi et bien pensé, avec un style recherché mais sans excès. Le rythme se montre lui-aussi soutenu et la fin, qui se devine (reprise en partie par la version Tim Burton), n’en est pas moins efficace et humoristique (sans rivaliser avec celle du film de 1968). Boule n’aimait guère, parait-il, le dénouement du long-métrage et pourtant force est d’admettre son élégance, balayant les invraisemblances (comment une civilisation pourrait-elle à ce point ressembler à celle de la Terre) et aboutissant, en une simple image, à la compréhension du spectateur. Le roman, pour sa part, explique brièvement comment les singes ont réussi la conquête de la planète, de manière assez pacifique : les hommes leur ont, peu à peu, délégué les tâches quotidiennes avant de s’enfermer dans une indolence résignée, y compris le jour où les primates ont cessé d’obéir pour se comporter en dictateurs.

En dépit de son côté parfois bavard et linéaire, LA PLANETE DES SINGES constitue donc un roman plaisant à redécouvrir pour les amateurs de science-fiction satirique.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #science-fiction

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