LA PLANETE DES SINGES de Pierre Boulle

Publié le 29 Août 2017

LA PLANETE DES SINGES de Pierre Boulle

Classique incontournable de la science-fiction, le film « La planète des singes » (version 1968) eut droit à quatre séquelles variablement inspirées (« Les évadés de la planète des singes » et « La conquête de la planète des singes », de franches réussites, méritent la redécouverte), deux séries télévisées oubliées, un remake dispensable (pourtant signé Tim Burton) et un formidable reboot sous forme de préquelle (« La planète des singes : les origines ») lui-même suivi de deux suites de qualité.

En dépit de ce riche univers cinématographique, il est intéressant de se replonger dans le texte fondateur écrit par Pierre Boulle en 1963. Quoiqu’il ait écrit plus de vingt romans, Boulle reste à jamais associé à deux réussites, « La planète des singes » et « Le Pont de la Rivière Kwai », d’ailleurs en partie éclipsées par leur formidables adaptations pour le grand écran.

Si « La planète des singes » de 1968 reprent la structure du roman (et que la version de Tim Burton – cette fois située sur une planète lointaine et non la Terre - s’y montre également relativement fidèle), le livre s’en distingue par son ton plus porté sur la satire socio-politique saupoudrée de considérations philosophiques. Dans un registre plus purement science-fictionnelle Boulle fut d’ailleurs précédé par LE REGNE DU GORILLE, de L. Sprague de Camp à la thématique similaire, à savoir l’accession des primates au rang d’espèce dominante après la fin de la civilisation humaine.

L’histoire, pour sa part, est (dans ses grandes lignes) connue :

En l’an 2500, trois astronautes se dirigent vers une planète susceptible d’abriter la vie, Soror, située à deux années de la Terre dans le système de Betelgeuse. Parmi eux, le journaliste Ulysse Mérou se montre le plus enthousiaste, persuadé que ce voyage donnera lieu à un reportage sensationnel et ce même si la relativité le fera revenir sur Terre plusieurs siècles après son départ. Cependant, le journaliste est capturé et emprisonné par des singes parlants. Sur Soror, en effet, l’évolution fut différente : alors que l’humanité a stagné, les primates ont dominé le monde. Ceux-ci se répartissent en trois classes (avec peu d’exception) : les gorilles adeptes de l’autorité, de la force et de la chasse ; les orangs outans, des traditionnalistes qui incarnent la science officielle souvent obtuse et, enfin, les chimpanzés, l’élite intellectuelle lettrée avide de recherches. L’intrusion d’un Homme doué de raisons remets en cause toutes leurs certitudes. Deux chimpanzés, Zira et Cornelius, acceptent le récit d’Ulysse Mérou tandis que les orang outans, engoncés dans leurs préjugés, le considèrent comme un usurpateur.

Moins porté sur l’action que le long-métrage, LA PLANETE DES SINGES se déroule sur une planète semblable à la Terre (sans l’être, donc n’attendez pas la statue de la liberté pourtant présente sur certaines éditions du roman) et se montre fort descriptif. Le récit est, en effet, rédigé sous la forme d’un manuscrit placé dans une bouteille et lancé dans l’espace par le narrateur, Ulysse Mérou, qui découvre le monde des singes. Il y rencontre Zira et Cornelius, deux chimpanzés progressistes et bien disposés à son égard. Au terme d’un procès, Ulysse prouve qu’il possède une conscience et n’est pas un simple animal.

Le roman se divise en trois parties : dans la première le héros se confronte à ce monde hostile, dans la deuxième il parvient à s’y faire reconnaitre comme doué de raison, dans la troisième il découvre, en compagnie de Cornelius, l’existence d’une civilisation humaine antérieure à celle des singes. Au fur et à mesure du roman, la différence avec sa version cinématographique progresse quoique l’on retrouve certains éléments communs (la poupée qui prouve l’existence d’une civilisation humaine antérieure à celle des singes).

Pour aller plus loin dans la découverte de la saga cinématographique, l'excellent Mad Movies Hors Série sur le sujet.

Pour aller plus loin dans la découverte de la saga cinématographique, l'excellent Mad Movies Hors Série sur le sujet.

Contrairement aux diverses adaptations cinématographiques, les primates vivent dans de grandes cités, conduisent des voitures, se déplacent en avion. Ils ont même lancé un satellite artificiel occupé par…un homme bien évidemment. Leur degré de maitrise technologique correspond, grosso modo, à celui des humains à l’aube des sixties, période où fut écrit ce roman. Si les films optèrent pour une civilisation plus archaïque c’est essentiellement pour des raisons de budget et, également, pour éviter le ridicule de singes dansant dans des boites de nuit ou jouant au golf. Car Boulle se montre moins soucieux de science-fiction que de satire. Lorsqu’il brocarde les primates, il vise surtout les humains et leurs travers, notamment leur manière de se considérer comme l’immuable stade ultime de l’évolution, la perfection incarnée. L’écrivain mélange, avec un certain bonheur et sans lourdeur, la science-fiction au conte initiatique et philosophique. Cette vision déformée de la Terre lui permet ainsi de traiter de la démocratie, de la répartition par caste, de l’intolérance, etc. Il s’intéresse également à l’expérimentation animale et transpose à l’homme la fameuse expérience de conditionnement de Pavlov. L’auteur évoque aussi les théories d’Einstein sur la relativité en expliquant que les astronautes, après avoir effectué un voyage de quatre ans, reviendront sur une terre où plusieurs siècles se sont écoulés. L’humour pointe son museau à plusieurs reprises : ainsi lorsque le héros décide finalement d’embrasser Zira celle-ci s’y refuse et lui rétorque « désolé mais tu es vraiment trop affreux ».

Tout cela est plutôt réussi et bien pensé, avec un style recherché mais sans excès. Le rythme se montre lui-aussi soutenu et la fin, qui se devine (reprise en partie par la version Tim Burton), n’en est pas moins efficace et humoristique (sans rivaliser avec celle du film de 1968). Boule n’aimait guère, parait-il, le dénouement du long-métrage et pourtant force est d’admettre son élégance, balayant les invraisemblances (comment une civilisation pourrait-elle à ce point ressembler à celle de la Terre) et aboutissant, en une simple image, à la compréhension du spectateur. Le roman, pour sa part, explique brièvement comment les singes ont réussi la conquête de la planète, de manière assez pacifique : les hommes leur ont, peu à peu, délégué les tâches quotidiennes avant de s’enfermer dans une indolence résignée, y compris le jour où les primates ont cessé d’obéir pour se comporter en dictateurs.

En dépit de son côté parfois bavard et linéaire, LA PLANETE DES SINGES constitue donc un roman plaisant à redécouvrir pour les amateurs de science-fiction satirique.

Rédigé par hellrick

Publié dans #science-fiction

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