fantastique

Publié le 4 Juin 2021

L'AFFAIRE CHARLES DEXTER WARD de I.N.J. Culbard et H.P. Lovecraft

Le court roman de Lovecraft se voit ici transposé par le dessinateur britannique I.N.J. Culbard, fan de Sherlock Holmes (qu’il adapta à quatre reprises), Tintin et Adèle-Blanc-Sec. Des influences évidentes dans ce récit où se mêlent intrigue policière (la très belle couverture sous forme de puzzle ne ment pas), aventures mystérieuses et fantastique.

A Providence, en 1918, le jeune Charles Dexter Ward se passionne pour la vie d’un de ses ancêtres, Joseph Curwen, ayant fui Salem durant la chasse aux sorcières. Peu à peu, Ward, devenu obsédé par Curwen, se pique à son tour d’occultisme et son comportement devient de plus en plus étrange au point que ses parents, dépassés par les événements, font appel au docteur Willet pour étudier son cas. Le médecin va finalement mettre à jour une incroyable réalité.

Culbart (dont les quatre transpositions de Lovecraft furent rassemblées dans un épais volume intitulé QUATRE CLASSIQUES DE L’HORREUR) use ici d’un style dépouillé, sorte de ligne claire épurée, qui permet au lecteur de se concentrer totalement sur l’intrigue. Cette dernière s’avère parfois complexe à suivre de par la transformation du héros, possédé par son ascendant, et les événements se déroulant à deux époques différentes. Si beaucoup d’éléments du roman sont éludés par cette adaptation, le résultat reste néanmoins satisfaisant et constitue une porte d’accès aisée à l’univers de Lovecraft. Il est toutefois préférable de lire d’abord le court roman L’AFFAIRE CHARLES DEXTER avant de se plonger dans cette mise en image très correcte mais sans doute un peu trop sage pour emporter totalement l’adhésion.

L'AFFAIRE CHARLES DEXTER WARD de I.N.J. Culbard et H.P. Lovecraft

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Comic Book, #Horreur, #Fantastique, #Lovecraft

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Publié le 31 Mai 2021

CRUCIFAX de Ray Garton

Bien loin de l’horreur sexy et excessive de TAPINEUSES VAMPIRES, SEDUCTIONS ou EXTASE SANGLANTE, Ray Garton s’attaque ici aux sectes avec un roman bizarre, annoncé comme un récit de terreur mais qui, en réalité, prend beaucoup de temps à décoller.

Si l’inscription du roman dans la seconde moitié des eighties s’avère plaisante avec le contexte classique des groupes de hair metal, les mouvements anti-musique rock, la crainte du satanisme, etc., CRUCIFAX ne se montre pas aussi divertissant qu’il aurait pu l’être. En dépit de quelques scènes cradingues qui témoignent de son appartenance au mouvement splatterpunk, Ray Garton joue surtout la carte d’une épouvante plus mesurée et plus sérieuse. D’où un ton posé et une construction progressive de l’horreur malheureusement pas franchement passionnante tant l’intrigue semble linéaire et, surtout, déliée par de trop nombreuses digressions qui ralentissent l’action.

L’écrivain œuvre dans un genre plus social ou sociétal avec des thématiques liées à l’adolescence, l’appartenance quasi tribale, la sexualité, la drogue, etc. CRUCIFAX nous dépeint des individus qui tombent sous la coupe de personnes peu fréquentables. Nous sommes donc quasiment dans un « roman nécessaire » comme on dit. Sauf que l’amateur de fantastique pure et de terreur restera sur sa faim. Excepté quelques passages réussis le tout manque de punch pour convaincre et l’intérêt se dilue trop au fil des pages pour aboutir à autre chose qu’une déception. Un roman atypique pour Ray Garton que l’on a connu plus ramassé et plus inspiré.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Fantastique, #Horreur

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Publié le 28 Mai 2021

DEMON SLAVE TOME 1 de Takahiro & Takemura

Premier tome d’une nouvelle saga, ce manga séduit immédiatement par son scénario déjanté. Un fruit, la Pêche, donne des pouvoirs aux femmes qui le mange, les transformants en défenseurs de la planète contre des hordes de démons. Comme tous les hommes, le jeune, timide et un brin pervers Yûki Wakura n’a pas accès aux super-pouvoirs et doit donc se contenter d’un rôle subalterne dans cette nouvelle société séparée entre les sexes. Agressé par des démons dans la dimension après avoir plongé dans le monde parallèle démoniaque de Mato, Yûki est sauvé par Kyoka, une jeune fille membre d’une escouade anti-démon. Il se transforme alors en un être très puissant mais à l’unique condition de devenir esclave de la demoiselle. Celle-ci va donc l’utiliser dans sa croisade vengeresse (elle est l’unique survivante de son village et a jurer de détruire les démons) mais, en échange, elle doit exhausser les désirs de Yûki et lui offrir une récompense chaque fois qu’il l’aide.

DEMON SLAVE constitue une bonne surprise : un monde de fantasy urbaine, des créatures démoniaques, un côté comédie / romance adolescente plaisante, de l’humour un peu gras, une louche d’érotisme,…C’est original, fun, divertissant et bien rythmé. Cependant, en dépit du sujet, ce tome reste timoré, on aurait aimé que le scénariste aille plus loin dans les scènes de récompenses : celles-ci sont néanmoins sympathique, Kyoka étant contrainte par son système de pouvoir à s’offrir contre son gré à son esclave. L’idée est amusante mais assez peu exploitée, espérons que les volumes suivants développent tout ça de manière plus perverse et que notre timide adolescent exige des récompenses plus exotiques de sa maitresse.

Voici donc une lecture satisfaisante et rondement menée : l’univers est riche, l’auteur le met en place de manière fluide au fil des pages, les personnages se dévoilent peu à peu (au propre comme au figuré), l’action prend de l’ampleur dans le dernier chapitre qui se conclut par un cliffhanger intéressant laissant la porte ouverte pour une suite qu’on imagine encore plus énergique. Belle découverte !

DEMON SLAVE TOME 1 de Takahiro & Takemura

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Erotique, #Fantasy, #Fantastique, #Humour, #Manga

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Publié le 21 Mai 2021

MORBIUS THE LIVING VAMPIRE (Marvel Epic Collection)

Au cours des années ’70, Marvel se diversifie et lance de nouveaux personnages qui s’éloignent des clichés du bon et du méchant pour s’inscrire dans un intermédiaire plus ambigu. L’époque est propice à ce genre de héros avec l’Inspecteur Harry ou le Justicier dans la ville. L’occulte et le surnaturel constituent, eux aussi, un nouveau terrain pour la Maison des Idées. La firme va ainsi réactualiser Dracula (TOMB OF DRACULA), le Loup Garou (WEREWOLF BY NIGHT), la créature (MONSTER OF FRANKENSTEIN),…La période voit aussi Ghost Rider, Man Thing ou Man Wolf devenir populaires, sans oublier l’apparition de Blade le chasseur de vampires. Dans ce foisonnement apparait également Morbius, le Vampire Vivant. Ce-dernier n’est pas une véritable créature de la nuit mais bien un scientifique, atteint d’une maladie du sang, qui tente de survivre en se transformant en un monstre assoiffé de sang. Le personnage va évoluer au fil des scénaristes et ce recueil copieux permet de voir les changements qui s’opèrent entre 1971 et 1975.

L’histoire tragique de Morbius (qui nous sera rappelée à plusieurs fois au cours du bouquin) débute dans AMAZING SPIDER MAN 101 et 102. A cette époque Spidey vient d’acquérir quatre bras surnuméraires et sollicite l’aide de son ami Connors pour s’en défaire. L’Araignée du quartier croise la route de Morbius et réveille le Lézard. Une bonne entrée en matière pour Morbius que l’on retrouve dans deux Team Up opposé à la Torche et aux X-Men.

La suite diffère grandement avec une large portion dévolue à VAMPIRE TALES : le dessin (très réussi) passe au noir et blanc et le ton se veut plus mâture et sérieux, avec un long arc narratif davantage porté sur le fantastique et l’épouvante.

Morbius combat également un étrange culte satanique, rencontre une gamine qui peut devenir son moi future (une puissante sorcière) et affronte Man Wolf et le Werewolf by Night.

Dans l’ensemble cette collection définit parfaitement ce que les anglophones appellent un « mixed bag » : les parties en noir et blanc sont visuellement superbes mais l’intrigue parait confuse et recourt trop fréquemment aux scènes de combats pour résoudre les problèmes posés. Le reste est plus satisfaisant et témoigne d’une époque où Marvel se diversifiait avec des personnages originaux comme Man Wolf ou Blade.

Le tout se lit cependant davantage comme une curiosité et une tentative, louable mais pas vraiment aboutie, de faire évoluer le comic mainstream vers quelque chose de plus personnel, mâture et audacieux. Un témoignage historique pour une lecture mi-figue mi-raisin.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Comic Book, #Fantastique, #Horreur, #Marvel Comics, #Spiderman, #Superhéros

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Publié le 20 Mai 2021

QUI A PEUR D'ED GARPO? de Fred Kassak

Sous ce titre en forme de clin d’œil à l’inventeur du roman policier se cache une série de dix nouvelles de longueur variée, certaine étant vraiment très courtes (3 ou 4 pages pour « Dédicace » et « L’âge des problèmes » qui misent tout sur leur chute), caractérisée par un humour noir prononcé, une ambiance macabre et une chute finale inattendue. Les sujets sont, eux, variés, et n’hésitent pas à plonger dans le fantastique afin de rendre davantage hommage à Edgar Poe. La nouvelle titre, en particuliers, s’inspire du « Cœur révélateur » de l’écrivain américain et suit un romancier français apprécié de la critique (mais guère lu) qui donne un petit coup de main à son neveu pour que celui-ci puisse publier une bande dessinée (horreur !) illustrant Poe (re-horreur !). Evidemment le jeune prodige reçoit tous les honneurs tandis que le grincheux écrivain sombre dans l’oubli. Jusque la chute.

On apprécie aussi « le bon motif » dans laquelle des agents d’assurances cherchent la petite bête afin, à chaque fois, de trouver une faille dans les contrats signés par leurs clients. Le but étant bien sûr de ne jamais payer les indemnités mais, à la manière des TALES FROM THE CRYPT, tel sera pris qui croyait prendre.

Dans ce recueil de 150 pages le lecteur croisera encore un homme capable de voir à travers les corps et découvrant donc les gens sous forme de squelettes en mouvement, un espion russe qui fait échouer le plan parfait d’une criminelle ayant apparemment pensé à tout, un spécialiste de l’envoutement, une femme qui fait un faux numéros et tombe à plusieurs reprises sur le même correspondant… et bien d’autres personnages originaux et bien brossés.

Les récits combinent donc joyeusement polar, fantastique, humour noir et comédie grinçante avec une prédilection pour les « bons moments » et les répliques qui fusent, sans s’interdire de verser dans l’absurde et en portant toujours un regard décalé sur des protagonistes le plus souvent malheureux voire pathétique. Kassak rappelle ici les maitres de la nouvelle très courte comme Robert Bloch ou Fredric Brown qui, eux aussi, donnaient volontiers dans un mélange d’ambiance « noire », de fantastique décalé et de comique acide. Un recueil très divertissant qui se déguste rapidement !

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Fantastique, #Humour, #Policier, #Recueil de nouvelles

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Publié le 18 Mai 2021

GRAND GUIGNOL 36 - 88 de Kurt Steiner

Kurt Steiner, alias André Ruellan…Un poids lourd de l’imaginaire francophone né en 1922 et décédé en 2016. Près d’un siècle au service du fantastique, de la science-fiction, de l’épouvante,…Une carrière débutée en 1953 au Fleuve Noir. Le bonhomme a également été scénariste, par exemple des « Chiens » de Jessua ou du « Seuil du vide » de Jean-François Davy…mais également du « Distrait » de Pierre Richard !

Il publie également un unique « Gore », un hommage au théâtre du Grand Guignol et aux années ’30 situé à Paris. L’intrigue rappelle vaguement « Wizard of Gore » d’Hershell Gordon Lewis, inventeur du gore cinématographique et héritier naturel du théâtre horrifique parisien. Bref, la boucle est bouclée avec ce Gorps, organisateur de pièces de théâtre sanglantes qui se terminent par d’authentiques mises à mort afin de contenter un public de cannibales. Du snuff avant la lettre qui inquiète Sophie, une jeune femme dont une amie à disparu après avoir été sélectionnée pour une tournée au Canada. Or elle n’a jamais embarqué sur le navire transatlantique. Son compagnon, Thierry, enquête tout en voyageant dans l’avenir, jusqu’en 1988…

GRAND GUIGNOL 36-88 constitue une curiosité qui aurait pu figurer dans les collections Angoisse ou Anticipation : Steiner bouscule les genres et les mélange avec un talent de vieux routier de l’imaginaire. La description historique des troubles années ’30 (avec l’accession au pouvoir de Franco et la montée d’Adolph) permet toutefois à l’auteur de réfléchir sur les vertus cathartiques du Grand Guignol, le théâtre permettant à tout un chacun d’évacuer ses pulsions violentes. Mais l’écrivain n’est pas complètement dupe et pointe le caractère répétitif et attendu des spectacles, l’alternance de pièces sanglantes et d’autres purement humoristiques à la façon du Vaudeville.

Quelque peu déstabilisant, le roman glisse peu à peu vers la science-fiction et les « mondes truqués », opérant un virage en forme de boucle temporelle guère explicable mais intéressante et adroitement négociée. Les scènes gore, de leur côté, sont rares et relativement timorées, manifestement elles n’intéressaient guère Steiner, ce qui change (agréablement) d’un Necrorian qui se vautrait dans la barbaque avec un BLOOD SEX utilisant déjà le principe de la mise en abime.

Intéressant par son contexte et sa localisation spatio-temporelle rarement usité dans le domaine du fantastique, ce GRAND GUIGNOL 36-88 constitue donc un bouquin atypique et globalement plaisant, à découvrir pour les curieux qui pensent que le gore francophone se limitait à la boucherie vomitive d’un Necrorian, au sadisme social d’un Corsélien ou à la dégueulasserie comico-porno d’un Vertueil.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Fantastique, #Gore, #Horreur, #Roman de gare, #science-fiction

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Publié le 14 Mai 2021

VAMPIRELLA - THE DYNAMITE YEARS OMNIBUS VOLUME 1

Personnage créé par le fameux Forest J. Ackerman et le non moins fameux dessinateur Frank Frazetta pour l’éditeur James Warren en 1969, Vampirella est, à l’origine, une extraterrestre provenant de la planète Drakulon. Ses habitants s’y nourrissent du sang qui y coule à la manière des rivières. Après qu’un vaisseau venu de la terre se soit écrasé sur Drakulon, Vampirella s’embarque pour notre planète dans l’espoir de sauver sa planète agonisante depuis l’explosion d’un de ses deux soleils. Elle découvre que sur Terre elle doit se nourrir du sang qui coule dans les veines des Humains.

Devenu rapidement populaire, le personnage connait une longue histoire chez différents éditeurs. Un projet de film est envisagé par la Hammer mais n’aboutira pas (Roger Corman produira cependant un tout petit budget durant les années ’90). Ses origines seront également plusieurs fois réécrites, faisant de Vampirella la fille de Lilith, la première femme d’Adam. Drakulon, au fil du temps, n’existe pas, existe (en tant qu’autre planète) ou existe… en tant que lieu de l’Enfer. Bref, l’histoire classique des personnages de comics populaires. Des personnages typiques de la mythologie vampirique apparaissent également au fil des cinq décennies d’existence de Vampirella : Dracula, les descendants de Van Helsing, etc.

Ce copieux omnibus (en anglais) reprend les 20 premiers chapitres (plus deux annuals) du relaunch effectué par l’éditeur Dynamite en 2010. Soit trois gros arcs narratifs : Crown of Worms (Vampirella #1-7) A Murder of Crows (Vampirella #8-11) et Throne of Skulls (Vampirella #12–20).

Les différentes intrigues sont efficaces, bien menées et disposent de suffisamment de pages pour se développer adéquatement, avec leur quota de rebondissements, retournements et révélations. L’humour est présent, tout comme les scènes d’actions énergiques et les passages plus horrifiques et sanglants qui ne lésinent pas sur les démembrements et autres éclaboussures écarlates. L’érotisme, pour sa part, se limite aux poses hyper sexuées de la principales protagonistes, laquelle porte les costumes les plus suggestifs de l’histoire du comics mainstream.

VAMPIRELLA - THE DYNAMITE YEARS OMNIBUS VOLUME 1

En outre, en dépit du ton sérieux et du respect porté à l’œuvre, une certaine folie se dégage de l’ensemble, ce qui rend cet Omnibus distrayant à souhait. Les clins d’oeils abondent : de ces cosplayeuses vêtues comme Vampirella à cette convention peuplée de fans de « Twilight » dans laquelle débarquent d’authentiques vampires. Au niveau des dessins, enfin, rien à redire : une excellence quasi parfaite à chacune des 500 et quelques pages de ce pavé.

Pour les néophytes ou les convaincus, cet Omnibus constitue donc un achat largement recommandé qui donne simplement envie de poursuivre la saga puisque Dynamite a publié trois autres copieux recueils. On espère simplement qu’ils soient aussi réussis que ce premier volume.

VAMPIRELLA - THE DYNAMITE YEARS OMNIBUS VOLUME 1

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Comic Book, #Fantastique, #Horreur

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Publié le 9 Mai 2021

HARRY DICKSON: LES ETOILES DE LA MORT de Jean Ray

Harry Dickson a été longtemps présenté comme le « Sherlock Holmes américain ». On sait également depuis des années la méthode employée par Jean Ray : ne pas traduire les fascicules originaux mais laisser libre cours à son imagination pour développer une intrigue à partir des illustrations. Alors celui qui attend des enquêtes rigoureuses à la Holmes risque d’être déçu. En réalité, Harry Dickson, enquêteur de Baker Street, est bien plus proche du Holmes passé dans l’imaginaire collectif que du détective créé par Conan Doyle. Car Harry Dickson résout des énigmes complètement farfelues, dignes du serial ou des romans pulp, nous sommes davantage dans l’esprit d’un Doc Savage que du « canon » holmésien. Dans ce recueil, l’enquêteur se confronte à des singes dressés transformés en pyromanes, à des savants fous mi-homme mi-primate, à des cabinets de magie secrets,… Il recherche également le « miroir noir » du mage John Dee, etc. Bref, nous sommes loin, très loin, du « vrai » Sherlock Holmes…et finalement plus proche du Sherlock des continuateurs de Conan Doyle, celui qui se confronte au surnaturel, au rat géant de Sumatra et identifie le coupable à partir d’un grain de terre qui ne peut provenir que d’une région particulière.

En deux nouvelles d’une soixantaine de pages, Jean Ray nous offre donc un pur concentré de littérature de gare « pulp » : des histoires ramassées, découpées en chapitres courts terminés par des cliffhangers ou des révélations, avec des personnages schématiques et réduits à l’état de « personnages non joueurs » permettant simplement à l’enquête de progresser. Mieux vaut d’ailleurs ne pas trop réfléchir à la méthode de Dickson ou à ses déductions tarabiscotées, l’auteur sortant de son chapeau les éléments nécessaires à la progression, finalement très linéaire de son détective : il part d’un point A (le mystère), rencontre divers protagonistes étranges, découvre des éléments fantastiques et aboutit au point B (la résolution). Les explications finales, elles-aussi, feront se hérisser les cartésiens. Une fois encore nous sommes loin de Conan Doyle. Est-ce un bien ou un mal ? Probablement un bien finalement, celui qu’on présente comme un simple clone de Holmes acquiert ainsi son identité propre et devient un détective de l’étrange à la manière du Jule de Grandin de Seabury Quinn.  

Certainement suranné mais ayant aussi bien vieilli qu’un bon whisky, Harry Dickson propose un divertissement très plaisant et énergique. Alors on ne lira probablement pas toute la saga d’une traite (le côté mécanique de l’écriture apparait rapidement) mais une nouvelle de temps en temps est l’assurance d’une petite heure de distraction. Et ce recueil, qui propose deux histoires très sympas, une bonne manière de commencer son exploration.

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Publié le 6 Mai 2021

LES AGENTS DE DREAMLAND de Caitlin R. Kiernan

Après une nouvelle récemment publiée dans Bifrost et située dans le même univers (« Noirs vaisseaux apparus au sud du paradis »), Caitlin R. Kiernan propose un court roman (environ 120 pages) qui reste tout aussi déstabilisant. Nous sommes vraiment dans le « weird », cette forme particulière de l’imaginaire qui (sans entrer dans les définitions complexes ou les querelles de clocher) mélange science-fiction, enquête sous forme de thriller paranoïaque, fantastique, urban fantasy, horreur, références aux mythes, etc. Avec LES AGENTS DE DREAMLAND l’autrice offre une synthèse d’un siècle de « bizarrerie » allant, pour faire court, de Lovecraft à « X-Files ».

L’intrigue ne s’avère donc pas spécialement simple à aborder. C’est le moins que l’on puisse dire ! Alors disons simplement que nous nageons en plein thriller parano science-fictionnel déjanté. Nous avons deux agences de renseignements avec leurs agents secrets, le Signaleur et Immacolata Sexton, dépêchés pour enquêter sur des phénomènes étranges et notamment un cadavre mutilé découvert dans le désert. Une survivante à un massacre de secte annonce l’holocauste à venir et la fin de l’Humanité. Pendant ce temps, une sonde spatiale, New Horizons, voyage vers Pluton. Pour trouver quoi ?

Dans ce court roman, Caitlin R. Kiernan mêle la fiction et la « réalité » de belle manière, évoquant par exemple une adaptation d’Edgar Rice Burroughs par James Whale qui, bien sûr, n’existe pas. Cette démarche rappelle quelque peu l’intertextualité du steampunk lorsque les auteurs s’amusaient à provoquer des rencontres entre personnages ne s’étant, dans la véritable Histoire, jamais croisés. Beaucoup de thèmes science-fictionnelles sont donc revisités ou, parfois, simplement effleurés pour épaissir et opacifié encore davantage un récit décousu. L’intrigue brode ainsi autour des voyages dans le temps, du post apocalypse, des extra-terrestres, des entités cosmiques à la Lovecraft, etc. Les personnages principaux, pour leur part, restent flous et mystérieux, avec d’un côté un type revenu de tout (sauf de la bouteille) et de l’autre une sorte d’exploratrice temporelle. Enfin peut-être car, au final, le lecteur ne peut pas vraiment en être certain. D’ailleurs il ne peut être certain de rien. Les références culturelles et même la chronologie restent également peu clairs. Tout est opaque, comme si l’autrice avait volontairement sabré dans les passages explicatifs de son roman pour garder son caractère sybilin. Bien sûr, tout cela est voulu : le lecteur doit accepter d’errer dans le brouillard et ne pas obtenir toutes les pièces du puzzle, un peu comme si Fox Mulder devait résoudre L’APPEL DE CTHULHU mais que la série avait été annulée avant sa conclusion.

Tout comme « Noirs vaisseaux apparus au sud du paradis », cette novella provoque par conséquent des sentiments contradictoires qui peuvent aller de la fascination à l’irritation, pratiquement d’une page à une autre. Cependant, le positif l’emporte et la lecture des AGENTS DE DREAMLAND reste largement recommandable, le voyage, bien que ténébreux, étant fort agréable à condition d’être prêt à embarquer (pour Arkham aurait dit Robert Bloch !) pour un voyage n’ayant pas de réelle fin. Alors avouons-le c’est bien, voire très bien..mais on n’y comprends rien (ou du moins pas grand-chose). On salue donc la traduction de Mélanie Fazi qui a du galérer à transposer ce casse-tête.  

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Fantastique, #Lovecraft, #Roman court (novella), #science-fiction

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Publié le 26 Avril 2021

CANYON ROUGE de Michel Honaker

Michel Honaker est déjà une valeur sure de l’horreur, de la SF et du fantastique au milieu des années ’80 lorsqu’il publie le premier de ses 2 « Gore ». On lui doit, par exemple, la très brutale saga du Commandeur, des bouquins de gare nerveux, très cul et très gore (du moins dans leur forme originelle puisqu’ils seront réédités dans des versions assagies). Du coup, le lecteur se dit qu’une fois adoubé par la collection Gore Honaker va se lâcher complètement. Surprise, CANYON ROUGE s’avère plutôt timoré : certes il y a quelques passages sanglants et l’une ou l’autre scènes « érotiques » mais, dans l’ensemble, nous sommes loin d’un Houssin ou d’un Necrorian. Pas grave ! Ce que le lecteur perd en potentiel trash, il le gagne au niveau du récit, très réussi, maitrise et bien mené.

Nous sommes à San Isabel, petite communauté brûlée de soleil où les individus, poissés de sueurs, vivotent en espérant, un jour, partir pour la grande ville. Stone Face, le chef indien Zunis, dirige une réserve dans le désert. Son peuple s’est adapté aux Blancs et lui-même ne croit plus en ses dieux, ce qui ne l’empêche pas de déposer, chaque année, des présents aux esprits de la rivière. Or, un flic, Joe McCurdy, n’aime guère les Indiens et décide de dévaster les offrandes laissées aux entités surnaturels, les Kachinas. Ce geste aura de lourdes conséquences…Honaker livre un Gore dominé par l’atmosphère étouffante d’un été caniculaire avec des personnages partagés entre modernité et tradition. Le chef Stone Face a droit, par exemple, a un développement intéressant et devient un protagoniste possédant une réelle épaisseur, loin des clichés. Ce climat donne au roman un côté intéressant, assez peu usité, parfois proche du western moderne. En réalité, avec CANYON ROUGE, Honaker braconne sur les terres d’un Graham Masterton première époque mais réussit un roman fantastique et horrifique de haute volée ponctué de rares mais effectifs scènes sanglantes. La plus réussie reste sans doute l’attaque d’un car de touristes dans la canyon maudit et le viol de la guide par le chauffeur décapité.

Dans son déroulement et ses références à la culture amérindienne, CANYON ROUGE s’avère soigné et, osons le dire, se montre au moins aussi réussi que le célèbre MANITOU de l’Anglais. Un des meilleurs Gore francophone de la collection, sans doute moins novateur que ceux de Corsélien ou moins rentre-dedans que ceux de Houssin mais tout aussi efficace et palpitant.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Fantastique, #Gore, #Horreur

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