Résultat pour “terre errante”

Publié le 10 Février 2020

TERRE ERRANTE de Liu Cixin

Né en 1963, Liu Cixin est considéré comme une des étoiles montantes de la SF bien qu’il écrive depuis longtemps (son premier roman, CHINE 2185 est sorti en 1989 !). Révélé en occident par sa trilogie débutée par LE PROBLEME A TROIS CORPS (Prix Hugo 2015), poursuivie par LA FORET SOMBRE et terminée avec LA MORT IMMORTELLE (prix Locus), son œuvre antérieure se voit aujourd’hui redécouverte.

Bonne manière de se familiariser avec l’auteur, le roman court (environ 80 pages) TERRE ERRANTE mélange science-fiction apocalyptique et hard-science. L’expansion du soleil s’accélère, menaçant d’anéantir toutes les planètes du système solaire d’ici quatre siècles. Mais l’Humanité ne se résout pas à cette disparition programmée. Deux projets rivaux sont donc envisagés : emmener les Hommes explorer l’univers à bord d’arches stellaires ou transformer la Terre elle-même en vaisseau. Cette dernière option étant retenue il faut à présent mener à bien ce titanesque chantier afin d’envoyer la planète vers Proxima du Centaure au terme d’un voyage de deux mille ans.

L’auteur ne lésine pas sur les scènes spectaculaires et la démesure (rappelant certains romans d’Arthur C. Clarke) en nous montrant l’arrêt de la rotation terrestre, les brusques changements de température, les tsunamis aux vagues gigantesques, les torrents de magma qui détruisent les villes refuges souterraines, la traversée de la dévastatrice ceinture d’astéroïde,…Du véritable blockbuster littéraire où tout parait « bigger than life ». Liu Cixin envisage aussi (très – trop – brièvement) les changements psychologiques induits par la situation : la disparition des religions (peu crédible), la fin des passions amoureuses (on pourrait penser qu’elles seraient, au contraire, exacerbées), la crainte du Soleil, etc. La complète soumission populaire apparait (à nos yeux) comme très symptomatique du régime chinois et la situation parait, dans l’ensemble, acceptée. On peut penser que les comportements humains seraient beaucoup moins rationnels dans pareille situation, suscitant l’apparition de sectes bizarres et d’explosion de violence gratuite. En terme de psychologie apocalyptique on peut préférer l’excellent DERNIER MEURTRE AVANT LA FIN DU MONDE ou le très réussi et méconnu film « Seeking a friend for the end of the world ».

Toutefois, malgré ces bémols, TERRE ERRANTE reste une novella très efficace et réussie qui parvient, par un habile habillage hard-science (heureusement pas trop pesant) à crédibiliser une histoire qui parait totalement fantaisiste. Car, Liu Cixin, malgré des personnages sans émotion et un discours politique volontiers dictatorial, déverse en une centaine de pages un flot de « sense of wonder » rafraichissant qui convoque des images dantesques de planète s’arrachant à l’attraction solaire pour s’élancer dans l’espace. Vers l’infini et au-delà !

Adapté au cinéma en 2019, TERRE ERRANTE souffre de défauts évidents mais les compense par un véritable appel au merveilleux scientifique retrouvant, redisons le, la magie des Asimov, des Clarke et des autres enchanteurs de la SF. Et, au final, la balance penche largement vers le positif !

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Publié le 4 Septembre 2019

L’ŒUF DE DRAGON (90 ANS AVANT LE TRONE DE FER) de GEORGE R.R. MARTIN

 

Situé dans l’univers du TRONE DE FER mais 90 ans avant les événements contés dans les romans principaux (et la série) ce court roman suit les pas d’un Chevalier Errant, Dunk, escorté d’Aegon, dit l’œuf, jeune homme de sang royal. Dunk survit en effectuant divers tournois et le voici invité chez Jehan le Ménétrier afin de jouter pour célébrer les noces de Lord Beurpuits. Le gagnant du tournoi recevra un inestimable œuf de Dragon. Mais, durant les festivités, divers complots sont ourdis. Dunk et son écuyer vont s’y trouver mêlés.

Nous abordons ici le monde de Westeros (avec les Targaryen, les Stark, les Fer-Nés, le Nord, etc.) par la petite histoire, celle d’un vieux chevalier errant piégé malgré lui au coeur de diverses intrigues de cour. L’histoire est donc nettement moins spectaculaire mais n’en reste pas moins intéressante et on y retrouve les jeux d’alliances et autres manigances qui assureront le succès du TRONE DE FER. Comme dans cette saga, l’univers ici détaillé se veut réaliste, nous sommes clairement dans un Moyen-âge alternatif dans lequel la magie et les côtés fantastiques de l’Heroic Fantasy n’ont droit qu’à la portion congrue. Les joutes médiévales sont donc reconstituées avec précision et Martin s’attarde sur l’ambiance très « jeu du cirque » de ces combats codifiés.

Bref, une très agréable novella dans l’univers du TRONE DE FER qui pourrait même plaire à ceux qui, comme moi (ouch) n’accroche guère à l’œuvre maitresse dans son versant littéraire.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Aventures, #Fantasy, #Historique, #Roman court (novella)

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Publié le 9 Mai 2020

ILS SONT REVENUS de G.J Arnaud

Dans ce pur bouquin populaire, Arnaud convoque les alchimistes de Prague en quête de la vie éternelle, des tortionnaires nazis (qui sont donc revenus !), la légende du Juif Errant, les homoncules, le Golem et les enquêteurs du BURAS, branche d’investigations spécialisées dans le surnaturel, précurseur des X-Files.

Nous avons donc un trio de SS revenant, dans le Prague de 1972, semer la terreur parmi la population juive et, plus spécifiquement, les survivants des camps de concentration. Marianna Staker voit ainsi ses parents enlevés par l’Obersturmfürher Ranke, mystérieusement disparu trente ans plus tôt. Est-ce le véritable SS, son fils, son fantôme ou autre chose encore ? Le Bureau Universel de Recherche des Anomalies Scientifiques, préalablement croisé dans le très réussi DOSSIER ATREE du même Arnaud, délègue un de ses enquêteurs à Prague, ville des légendes et de l’alchimie où l’antisémitisme ressurgit également.

Le roman fonctionne excellement dans sa première partie, mystérieuse et inquiétante, moins bien dans sa seconde, qui mêle mythes juifs, science-fiction, alchimie, catalepsie et recherches paranormales avec un détour par un camp de concentration recréé dans les entrailles de Prague. Cependant, ILS SONT REVENUS reste un plaisant roman fantastique, sorte de thriller d’angoisse qui se paie en outre un détour dans les souterrains de la ville pour de belles scènes de suspense. Bref, une bonne petite réussite, divertissante et de lecture aisée.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Aventures, #Fantastique, #Horreur, #Roman de gare, #Fleuve Noir Angoisse

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Publié le 29 Septembre 2017

FLEURS D'EPOUVANTE de Lewis Mallory

Peu d’informations sont disponibles sur Lewis Mallory qui a publié trois romans chez Gore : LES PORTES DE L’EFFROI, CAUCHEMAR QUI TUE et ce FLEURS D’EPOUVANTE. Apparemment, il n’a rien écrit d’autre, étant venu et aussitôt réparti dans le petit monde de l’horreur sanglante. FLEURS D’EPOUVANTE appartient donc à cette vague du pulp horrifique anglais très vivace au début des années ’80. Plus porté sur le climat d’angoisse et l’atmosphère pesante que sur les scènes sanglantes et sexuelles ayant assurés la réputation de la collection « Gore », le bouquin comporte néanmoins une poignée de passages brutaux et se permet de martyriser des enfants, fait rare y compris dans le domaine de l’horreur transgressive.

Divertissant, FLEURS D’EPOUVANTE développe une intrigue intéressante, très série B dans l’esprit, et rappelle à la fois le film « La petite boutique des horreurs » et le cinéma catastrophe des années ’70 à base de révolte de la nature courroucée à la manière de DAY OF THE ANIMALS ou PROPHECY.

Le domaine de Kelsted Hall sert aux expériences d’un scientifique, le fou et génial professeur Durrant, qui crée des fleurs carnivores géantes. A sa mort, la propriété passe aux mains de ses héritiers, lesquels s’y installent et découvrent la vérité sur l’étrange nurserie. Nous suivons aussi la découverte progressive du secret de Kelsted Hall par une jeune femme qui y engagée, Belinda. Entre les nurses errant dans les couloirs, les nourrissons élevés pour des motifs inavouables l’horreur se dévoile peu à peu.

Tout cela avance sur un rythme posé (on peut dire lent mais ce serait trop péjoratif pour une œuvre misant surtout sur l’atmosphère d’angoisse) et de manière plutôt linéaire. Si les révélations se montrent assez attendues on prend néanmoins plaisir à suivre les péripéties de ce petit roman qui, tradition oblige, se termine de manière très ouverte en laissant supposer que le pire reste à venir.

L’œuvre étant courte (160 pages dans sa version originale anglaise), on peut supposer qu’elle n’a aucunement souffert de la traduction.

Pas grand-chose d’autres à ajouter sur ces FLEURS D’EPOUVANTE sympathique qui démontrent une fois de plus que la Collection Gore ne se limitait pas à des romans alignant à un rythme métronomique les scènes chaudes et sanglantes mais savait aussi proposer des bouquins d’épouvante plus classique et plus « noble ». A redécouvrir, le tout donne d’ailleurs envie de se pencher sur les deux autres livres de Lewis Mallory édité par le Fleuve.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Fantastique, #Horreur, #Gore

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Publié le 26 Juillet 2020

R.R.RETROSPECTIVE de George R.R. Martin

Le succès littéraire (avant télévisé) du TRONE DE FER a permis la sortie de ce superbe recueil, évidemment incomplet mais largement suffisant pour contenter les plus exigeants. Publié en 2003 aux USA il ne fut traduit que fin 2017 en France, sans doute pour profiter de la popularité acquise par Martin. En tout cas, l’attente en valait la peine. Plus de 1500 pages pour résumer la première partie de carrière de George R.R. Martin, du tout début des années ’70 à l’aube du XXIème siècle. Trois décennies bien remplies puisque l’auteur commença dans les scénarios de comics amateur, récolta un paquet de récompenses en science-fiction, se tourna vers l’horreur lors du grand « boom » des années ’80, se laissa tenter par Hollywood (« La quatrième dimension », « La belle et la bête » et même une série avortée, « Doorways », dont n’existe que le pilote) et trouva finalement la richesse et la gloire dans la Fantasy.

Les textes, judicieusement présentés, sont entrecoupés de larges passages biographiques qui, rassemblés, forment une bonne centaine de pages aussi passionnantes qu’éclairantes sur la manière de Martin de concevoir ses récits.

Ce voyage débute donc à la fin des 60’s avec un texte « amateur » et anecdotique rédigé par un Martin âgé de 17 ans sous influence des comics, « Y a que les gosses qui ont peur du noir » (également disponible dans le recueil LA FLEUR DE VERRE, tout comme « Cette bonne vieille mélodie », « Fleur de verre » et « Le régime du singe », vainqueur du Locus) et on poursuit avec « La forteresse » et « « Et la mort est son héritage » (issus de AU FIL DU TEMPS, tout comme « Assiégés » et « Variante douteuse »).

Nous entrons ensuite dans le vif du sujet, alors que Martin devient un auteur confirmé et professionnel, ce qu’il explique dans l’ironique article « le sale pro ». Cinq textes sont tirés du formidable recueil UNE CHANSON POUR LYA (« Le héros », « La sortie de San Breta », « Il y a solitude et solitude », « Au matin tombe la brume » et, bien sûr, une premier chef d’œuvre, le court roman « Une chanson pour Lya » vainqueur du Hugo).

« La clarté des étoiles lointaines » était jusqu’ici inédit en français et le recueil suivant de l’auteur, DES ASTRES ET DES OMBRES, publié en France en 1983, se voit représenté par « Tour de cendres », « sept fois, sept fois l’homme, jamais » et « Un luth constellé de mélancolie »

Autre gros morceau, LES ROIS DES SABLES, représenté par « Aprevères », l’exceptionnel « Par la croix et le dragon » (récompensé par le Hugo et le Locus) et le fameux « Les rois des sables », lauréat du triplet magique (Hugo, Nebula, Locus) dans la catégorie des nouvelles longues et adapté pour le reboot de la série télévisée « Au-delà du réel ».

Le recueil DRAGON DE GLACE, pour sa part, à droit à la totale puisque ses quatre nouvelles sont reprises ici : le conte / fantasy « Dragon de glace », « Dans les contrées perdues », « L’homme en forme de poire » (lauréat du Bram Stocker Award) et l’angoissant « Portrait de famille »

« Retour aux sources » n’est pas un inédit mais il fallait chercher pour le trouver : soit dans l’anthologie ORBIT parue dans la collection « le livre d’or de la SF » soit dans le N° de Bifrost consacré à Martin. Sa republication constitue donc une aubaine pour les fans.

« Le Volcryn », court roman de science-fiction horrifique déjà disponible à l’unité et adapté en série télévisée, se voit ici republié à nouveau et reste toujours prenant et efficace. L’inédit « Une bête pour Norne » s’enchaine avec « Les gardiens », gagnant du Locus et jadis publié dans l’anthologie UNIVERS 83 (ça ne nous rajeunit pas !)

R.R.RETROSPECTIVE propose ensuite les scénarios d’un épisode de « La quatrième dimension » (« j’étais au Canada ») et celui de la série avortée « Doorways ». Le premier est plaisant en dépit de son classicisme, le second s’avère plus intéressant et aurait mérité davantage de développement (sous forme d’un roman par exemple mais Martin est tellement occupé avec son trône de fer…). On y retrouve une ambiance proche de « Sliders » avec son héros emporté dans un monde parallèle uchronique.

« Partir à point » et « Le journal de Xavier Desmond » sont tiré de l’univers partagé WILD CARDS établi par Martin à la fin des années ’80, une uchronie super héroïque dans laquelle une infime portion de la population s’est trouvée dotée de superpouvoirs (les As), certain au prix d’horribles mutations (les Jokers). On entre finalement facilement dans ce vaste univers des plus réussis que l’on a envie d’explorer de manière plus approfondie.

Cette rétrospective se poursuit avec « Skin trade », un court roman horrifique (récompensé par le World Fantasy en 1989 mais qui ne connut une première publication française qu’en 2012) et un autre roman court, « Le chevalier errant » jadis publié dans l’anthologie LEGENDES de Silverberg (à l’époque Martin n’était même pas mentionné sur la couverture qui préférait miser sur Stephen King, Anne McCaffrey, Terry Goodkind, Raymond Feyst et Robert Jordan). « Le chevalier errant » fut, par la suite, réédité en compagnie de « L’épée lige » (non repris ici) dans un volume assez roublard sous-titré « Préludes au Trône de fer »

De par sa taille (1500 pages), son ambition (résumer 30 ans de carrière), sa variété (fantastique, fantasy, horreur, science-fiction), son alternance de texte allant de la brève nouvelle au roman court en passant par le scénario, ses illustrations évocatrices et ses pages biographiques passionnantes, R.R.RETROSPECTIVE constitue un recueil absolument indispensable et pratiquement sans équivalent. Au total, une trentaine de nouvelles, trois romans courts et deux scénarios de série télévisées, sans oublier une bibliographie très complète et de très nombreuses notes biographiques composent cette exceptionnelle rétrospective. On souhaite donc que d’autres éditeurs publient de similaires pavés rétrospectifs sur d’autres écrivains. En tout cas, pour 30 euros, voici une belle affaire et un incontournable pour tous les amateurs de littérature de l’imaginaire.

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Publié le 8 Juillet 2019

LES CONTES DE LA FEE VERTE de PoppY Z. Brite

Les nouvelles de Poppy Z. Brite tournent souvent autour des mêmes thématiques : perversions, homosexualité débridée, violence, glauque, gothisme, noirceur, sadomasochisme… Si elle / il recourt aux créatures légendaires de la bit-lit (vampires en tête), Poppy préfère jouer la carte de l’horreur extrême, pas question donc de se laisser aller à un romantisme malvenu ou à décrire les dessous de dentelles de ses héroïnes. On y retrouve, à chaque fois, un mélange d’exotisme poisseux qui pue la sueur rance, le sexe et la mort (avec pour décor la Nouvelle Orléans ou Calcutta) et d’érotisme hard. Bien sûr, toutes ses nouvelles ne sont pas également réussies mais cette appréciation est, de toutes façons, purement personnelle. Pour ma part j’en ai apprécié certaines tandis que d’autres m’ont laissé dubitatif.

« Anges » et ses siamois incomplets depuis leur séparation (une sorte de variation sur le thème du très gore long-métrage « Basket Case ») constitue une belle réussite. On en retrouve les protagonistes dans la plus quelconque « Prise de tête à New York ».

« Sa bouche aura le goût de la fée verte » constitue un hommage à un classique de Lovecraft, « le molosse », revisité de manière bien plus brutal et (homo)érotique.

La courte « Xénophobie » et l’étrange « musique en option pour voix et piano » s’avèrent également intéressantes mais la plus percutante des histoires reste sans doute « La sixième sentinelle ». Une histoire d’amour avec corps putréfié, jeune gothique strip teaseuse et suicidaire, fantôme aux desseins pervers,…

La très brutale « Paternité » et la nauséeuse « Calcutta, seigneur des nerfs” fonctionnent agréablement dans leur regirstre, la seconde ne racontant pas grand chose mais bénéficiant d’une belle ambiance grâce à des phrases aussi radicales et bizarrement poétiques que celle-ci: "Le monde est une putain et Calcutta est sa chatte. Quand le monde s'accroupit et écarte les jambes, c'est Calcutta que l'on découvre, ce sexe moite d'où s'élèvent mille odeurs aussi exquises que nauséabondes."

Encore une fois nous ne sommes pas chez Harlequin comme en témoigne cet autre court extrait : « Nous attachions leurs poignets et leurs chevilles avec des dentelles noires, nous lubrifiions et pénétrions leurs moindres orifices, nous leur procurions des plaisirs qui leur faisaient honte. Je me souviens de Félicia, une beauté aux cheveux mauves, qui parvint à un orgasme sanglotant, sauvage, grâce à la langue râpeuse d'un chien errant ».

Cependant, on peut se lasser de la similitude des thèmes abordés et des obsessions de Poppy Z. Brite, de son attrait pour les homos gothiques sado masos plus ou moins tarés ou de ses fins ouvertes qui laissent un goût d’inachevé. On peut néanmoins apprécier la qualité de sa plume, qui oscille entre un fantastique poétique à l’ancienne et une méticulosité dans les descriptions croustillantes n’ayant rien à envier aux plus violents pornocrates. Bref, une série de nouvelles enivrantes comme un grand verre d’absinthe qui devraient satisfaire les amateurs d’horreur érotiques loin de la mièvrerie de bien des auteurs actuels du fantastique. Et ce en dépit d’une poignée de textes pas vraiment convaincants.

Ce recueil, originellement publié en 1993, reste donc une bonne porte d’entrée dans l’univers de Poppy Z. Brite. Les curieux iront ensuite s’abreuver de SANG D’ENCRE et AMES PERDUES, les plus pervers apprécieront ses deux anthologies EROS VAMPIRE et les plus endurcis tenteront LE CORPS EXQUIS, sans doute un des romans les plus « jusqu’au boutiste » de ces dernières décennies.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Erotique, #Fantastique, #Gore, #Horreur, #Recueil de nouvelles, #Splatterpunk

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Publié le 7 Juin 2017

CHANTS DE LA TERRE LOINTAINE d'Arthur C. Clarke

Arthur C. Clarke reste une institution de la science-fiction, doublement récompensé par le Hugo et le Nebula (pour RENDEZ VOUS AVEC RAMA et LES FONTAINES DU PARADIS), créateur de la saga des « Odyssées de l’espace » (se composant de la suite 2001, 2010, 2061 et 3001). Comme d’autres romans de l’écrivain (notamment le célèbre 2001), celui-ci se base sur une nouvelle datant de 1958 jadis publiée dans le recueil L’ETOILE. Près de 30 ans plus tard, Clarke développe l’idée pour en tirer un scénario jamais tourné et, finalement, ce roman nostalgique, sorte de space-opera apaisé (ni combats spatiaux ni guère d’action dans ce récit centré sur les personnages et leurs sentiments) teinté de philosophie.

Alors que la Terre se meurt, un million de colons sont envoyés, cryogénisés, dans l’espace à bord du vaisseau Magellan afin d’atteindre un nouveau monde très lointain, Sagan Deux. Les voyageurs effectuent une longue escale sur la planète océanique Thalassa afin de réparer le bouclier de glace protégeant leur vaisseau. Sur Thalassa, les Terriens rencontrent d’autres colons, envoyés précédemment par la terre sous forme d’embryon à bord d’un « vaisseau semeur ». La colonie s’est développée et a pris l’apparence d’un petit paradis libertaire préservé des superstitions, de la religion et, pour l’essentiel, de la violence. Parmi l’équipage du Magellan, beaucoup s’interrogent sur le bien-fondé de leur mission et se demandent s’il ne serait pas plus simple de stopper l’exil et de s’installer sur Thalassa. D’autant que certains membres de l’équipage nouent des liens intimes avec les locaux.

La vision future de Clarke est apaisée, voir tranquille, en dépit de l’aspect dramatique et inéluctable de la mort annoncée de la Terre suite à la transformation du Soleil en nova). D’ailleurs, même en sachant la Terre condamnée, chacun poursuit sa vie comme si de rien était. Après tout, qui se soucie de ce qui surviendra dans une cinquantaine de générations ? « On aurait pu penser que, à mesure que la nouvelle fuirait et répandrait lentement, l’annonce de la fin du monde provoquerait une certaine panique. Au contraire, la réaction générale fut d’abord un silence de stupeur, suivi d’un haussement d’épaules indifférent et de la reprise du train-train quotidien. »

Le romancier quitte donc, avec quelques regrets mais sans vrai chagrin, cette planète agonisante pour une colonie édénique qui s’est débarrassée de la religion, tout comme des textes sacrés (« on ne pouvait leur permettre de réinfester des planètes vierges avec les anciens poisons des haines religieuses ») et du surnaturel. La population, que l’on pourrait qualifiée de hippie, vit une existence paisible, connait une (bi)sexualité libérée et heureuse. A vrai dire, il ne se passe pas grand-chose dans ses CHANTS DE LA TERRE LOINTAINE contemplatif : le début de mutinerie est vite avorté et la rencontre avec des créatures extraterrestres à peine évoquée. Pourtant, la science de Clarke rend l’ensemble très plaisant à lire et jamais ennuyeux quoique le romancier ne se soucie aucunement de générer un quelconque suspense ou de proposer un cliffhanger haletant en fin de chapitre. Le tout s’apparente surtout à une sorte de légende des temps futurs, un récit chaleureux, dans lequel la hard science revendiquée par l’auteur (qui refuse les facilités du voyages transluminiques et se pique de proposer une œuvre rigoureuse et crédible) voisine avec un humanisme naïf et une certaine poésie assez inhabituelle chez lui. On peut toutefois regretter que le romancier n’aille pas au bout de son pitch de départ et ne fasse que survoler son sujet sans trop se préoccuper des enjeux

En quittant sa zone de confort, Clarke n’a pas livré son chef d’œuvre mais il propose cependant un bon roman de science-fiction (qu’il considérait comme son préféré), aux thèmes intéressants qui assure l’essentiel : réflexion et dépaysement.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #anticipation, #science-fiction, #Arthur C. Clarke, #Hard Science

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Publié le 9 Novembre 2018

DOC SAVAGE - UP FROM EARTH’s CENTER de Lester Dent

Cette ultime aventure de Doc Savage (la 181ème!) envoie carrément l’Homme de Bronze au centre de la terre pour y découvrir, non pas Pellucidar, mais bien l’Enfer…au sens chrétien du terme. L’intrigue débute par la découverte, par le psychiatre Kark Linningen, d’un géologue disparu depuis des mois, Gilmore. Ce-dernier est descendu dans une caverne menant au cœur de la terre avant de découvrir la porte de l’enfer. Décidé à l’aider, Karl propose d’organiser une expédition afin de découvrir la vérité. Bien sûr, Doc Savage, accompagné de Monk Mayfair et Ham Brooks, se joint à l’aventure. Peu après, Gilmore disparait d’une pièce close et, à sa place, se tient le mystérieux Mr Wail, lequel prétend être un démon ayant ramené Gilmore en enfer.

Après cette mise en place intrigante (en dépit de quelques longueurs et ce malgré la brièveté du roman), Lester Dent expédie sa petite équipe dans un univers sous-terrain fantastique habité par des créatures surnaturelles. Le roman effectue ainsi une plongée étonnante dans le monde de la fantasy horrifique à la Lovecraft quoique l’auteur laisse la porte ouverte à une (peu credible) explication rationnelle avant une ultime pirouette relançant la thèse du surnaturelle.

Déstabilisant et fort éloigné des premières aventures de Doc Savage, ce roman n’en est pas moins original et fort divertissant avec un mélange d’aventures et de fantastique très pulp fort plaisant.

Merci à Russel pour m’avoir envoyé sa traduction personnelle, le livre étant toujours inédit en français.

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Publié le 13 Février 2019

TELLUCIDAR (TOME 1) de Jean-Luc Marcastel

Lucas, jeune homme friand d’aventures sous forme de romans ou de jeux de rôles, espère le retour de son père, un géologue disparu depuis des années. Il travaillait pour une grande société, la Tellcorps, dont la découverte d’un minerai aux incroyables propriétés, le Tellurium, a révolutionné l’humanité. Un soir, Lucas reçoit un message Internet envoyé par son père. Il se rend au lieu indiqué, le stade de la ville, pour voir surgir une énorme machine venue du centre de la Terre. Lucas rencontre ainsi Koré, une jeune fille étrange qui serait la princesse d’un monde niché au cœur de notre planète. Elle est accompagnée par une créature semblable à un dinosaure et a besoin de l’aide de Lucas et de son oncle pour sauver son monde mis à mal par la Tellcorps.

TELLUCIDAR…Le titre, référentiel, évoque immédiatement Edgar Rice Burroughs et son Pellucidar, le fameux monde situé au cœur de la terre adapté à l’écran dans le sympathiquement suranné CENTRE TERRE SEPTIEME CONTINENT. Pour rester chez Burroughs, Marcastel n’oublie pas d’ajouter à son récit une bonne rasade de fantasy dans l’esprit de John Carter de Mars et une touche d’aventures exotiques à la Tarzan. Mais l’auteur ne se limite pas à rendre hommage au créateur du Seigneur des Singes, il cligne également de l’œil vers Jule Vernes et son VOYAGE AU CENTRE DE LA TERRE, sans négliger tous les précurseurs de la science-fiction, notamment les auteurs américains des pulps à la Weird Tales. Et c’est effectivement une véritable « histoire bizarre » que nous conte Marcastel, lequel prend son temps pour poser son récit, définir ses enjeux et brosser une poignée de personnages bien typés amenés à vivre de futures grandes aventures. On devine déjà les enjeux de la suite car ce premier livre, aussi réussit soit-il, se contente de lever le voile sur un univers d’une grande richesse que l’on n’a pas encore réellement exploré.

Le récit, très efficace, ne laisse aucunement le temps de souffler : Marcastel est un formidable conteur et les pages se tournent à une vitesse folle, entre rebondissements bien amenés, scènes intimistes impeccables et séquences d’action à grand spectacle.

De plus, le livre est saupoudré de références geek, de piques amusantes (notamment aux séries télé à la « Plus belle la vie ») et d’humour. L’édition est en outre enrichie de nombreuses illustrations évocatrices de grande qualité. La couverture a davantage divisé (un site bien connu de Fantasy la trouvant « rebutante »)…pour ma part elle m’a plutôt encouragé à tenter la lecture parce qu’une fille en bikini et un dinosaure ne se refuse pas.  

TELLUCIDAR constitue donc une belle réussite des littératures de l’imaginaire, entre aventure, « young adult », fantasy et « retro science-fiction ». Et le tout donne envie de rapidement se plonger dans le deuxième tome.

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Publié le 26 Septembre 2018

SVASTIKA (LES MONDES DE LA TERRE CREUSE TOME 1) d'Alain Paris

Voici le premier tome d’une monumentale uchronie contée par Alain Paris durant les années ’90. Le thème de la victoire nazie est, depuis (entre autres) FATHERLAND, SS GB, SVASTIKA NIGHT et LE MAITRE DU HAUT CHÂTEAU, un des classiques du genre. Généralement, ces romans se situent quelques années après la victoire du Reich mais ici, intelligemment, Alain Paris débute son récit huit siècles après l’avènement du Premier Empereur et son triomphe contre le Khan Stalline. La technologie s’est écroulée, le monde est retourné à un stade quasi médiéval avec quelques éléments plus « modernes », notamment de majestueux dirigeables qui, immanquablement, confèrent au roman un (très léger) parfum steampunk. Selon les scientifiques, la civilisation vit sous la surface de la terre (ce qui explique le sous-titre général de la saga, « les mondes de la terre creuse ») suite à une apocalypse ayant ravagé la planète. Les événements des siècles passés se sont modifiés, devenant légendaires et s’intégrant à une nouvelle mythologie dans laquelle se mélangent un Hitler déifié et les faits d’armes de chevaliers, comme Siegfrid, vainqueur du dragon. Alors que Manfred IV s’apprête à célébrer le huit centenaire du Reich, les dignitaires attendent le retour du Premier Empereur. Ce véritable messie reviendra d’entre les morts pour reprendre sa couronne et mener ses troupes, terminant un Reich de mille ans avant de lancer une nouvelle ère qui, peut-être, concernera la conquête des « autres terres ». Des mondes que l’on peut atteindre en passant par les pôles selon les explorateurs au service de l’Empire. Pendant que chacun ressasse ces « rêves de violences et de fureur », une délégation se rend au Khelsteinhaus, le nid d’aigle de l’Empereur. Pour avoir refusé les avances de sa belle-mère, Arno von Hagen sera dénoncée par celle-ci comme un traitre. Condamné à la disgrâce il sera dépouillé de ses biens et vendu comme esclave tandis que le reste de sa famille sera massacrée. Bien sûr, Manfred IV n’est pas dupe, il sait que tous ces hommes sont innocents mais il laisse néanmoins la police politique de la Sainte-Vehme accomplir son œuvre afin de briser toutes velléités de révolte.

Dans ce premier tome, Alain Paris plante le décor et annonce une suite qui sera, forcément, marquée par la vengeance. En dépit de cette mise en place (qui occupe donc la quasi-totalité du roman !), SVASTIKA reste passionnant et se dévore rapidement : le romancier développe une belle uchronie mâtinée d’aventures et d’intrigues politiques proches de la Fantasy.

Une belle réussite et un final donnant immédiatement l’envie de poursuivre la lecture avec le second volet de cette immense saga.

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