Publié le 15 Décembre 2020

HANTISES de John Saul

Kevin a coupé complètement les ponts avec sa mère, la très acariâtre Helena Devereaux. Il ne l’a plus vu depuis une vingtaine d’années et n’est plus retourné, non plus, dans la propriété familiale. Mais Helena, mourante, demande à Kevin de venir la voir une dernière fois. Alors, accompagné de sa femme et ses enfants, Kevin se rend dans la vaste demeure. Il ignore que même après son décès Helena souhaite le maintenir sous son emprise…Ce qui avait commencé comme de longues vacances d’été afin de se ressourcer dans la maison de sa jeunesse tourne rapidement au cauchemar pour Kevin.

Valeur sûre du fantastique et de l’épouvante, abondamment publié dans les collections phares du genre durant les années ‘80/’90, John Saul propose ici un thriller fantastico horrifique bien troussé même s’il n’est pas follement original. Le roman prend son temps pour installer son atmosphère, qui est celle d’une ancienne plantation de coton tenue par des esclavagistes, cernée par la plage mais aussi par des marécages où rodent crotales et crocodiles.

La principale réussite de HANTISES réside d’ailleurs dans ce climat poisseux, cette culpabilité larvée, ces protagonistes bourrés de regrets ou de remords, écrasés par le poids du passé. D’où quelques passages effectifs et une série de personnages plutôt bien troussés et parfois originaux (la vieille fille vivant à côté de sa mère agonisante en dispensant des cours de danses aux adolescentes locales reste la plus réussie et « vivante ») qui compensent, en partie, l’aspect très prévisible du récit. Il n’y a, en effet, guère de surprise durant le roman mais celui-ci avance à un rythme relativement enlevé et les 280 pages se lisent donc sans ennui. Le dernier acte parait même un peu précipité et l’auteur pousse souvent trop loin la suspension d’incrédulité pour emporter l’adhésion mais, dans l’ensemble, HANTISES reste appréciable à l’image d’une série B d’horreur des années ‘80. L’écriture, simple mais bien rodée, constitue un autre point positif quoiqu’on eut aimé davantage de folie et de scènes plus marquantes, bref davantage de piment à ajouter dans un plat un peu trop fade.

En résumé un honnête petit bouquin d’ambiance qui ne révolutionnera aucunement le genre et ne surprendra aucunement les afficionados mais se laisse lire sans déplaisir. HANTISES plaira probablement davantage au « grand public » qu’aux lecteurs voraces de fantastiques et d’épouvante (qui se retrouveront en terrain balisé) mais reste un divertissement tout à fait acceptable.

 

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Fantastique, #Horreur

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Publié le 13 Décembre 2020

L'INSIGNE DU CHANCELIER (LES LAMES DU ROI - TOME 1) de Dave Duncan

Premier tome d’une longue saga, L’INSIGNE DU CHANCELIER nous permet de découvrir un univers de cape & épées mâtiné de fantasy appréciable dont la principale originalité réside dans le lien existant entre une Lame et son égide. La Lame c’est un épéiste d’exception, entrainé au Hall de Fer, bien meilleur que les combattants lambda les plus réputés. Une fois sa formation achevée, une Lame se voit attribuée à une haute personnalité du royaume, ou au Roi lui-même, et se voit liée à lui par un serment, un enchantement dangereux (certains en meurent) qui l’oblige à défendre cette personne, cette égide, n’importe quand et dans n’importe quelle situation.

Le roman suit ainsi la trajectoire de Durendal, le meilleur des meilleurs Lames, d’abord « offert » à un noble sans intérêt puis qui finit par s’imposer au sein de la Garde Royale. L’intrigue, relativement classique, n’en demeure pas moins plaisante et le rythme se montre soutenu, l’auteur recourant à l’ellipse de manière étonnante. Ainsi un périlleux voyage de deux ans est expédié en un paragraphe et, à mi-parcours, le bouquin effectue un saut temporel de 30 ans alors qu’un auteur plus besogneux en aurait profité pour refiler un tome supplémentaire à son éditeur. Cela donne une certaine originalité au récit, évitant les passages trop convenus pour privilégier une approche sous forme de chronique : les années passent, les héros vieillissent, les reines sont répudiées, les rois meurent, la mode change,…Bref, la société évolue et nous n’avons pas l’impression, courante dans la fantasy, d’un monde « figé ». Les personnages passent parfois aussi au second plan et sont assez peu détaillés, défauts pour les certains lecteurs, qualités pour d’autres qui auront davantage l’impression de lire un bouquin historique dans lequel les protagonistes ne sont pas toujours mis en valeur.

L’aspect « cape & épée » dans une veine proche des 3 MOUSQUETAIRES reste d’ailleurs prédominant, ce qui contribue au réalisme des situations et à la crédibilité des personnages. Certes, la magie existe dans cet univers mais son utilisation reste limitée, notamment aux Sœurs Blanches capables de « renifler » les enchantements afin de protéger le roi.

Si on ne parlera pas de claque magistrale ou d’incontournable de la Fantasy, L’INSIGNE DU CHANCELIER s’impose cependant comme une très plaisante lecture, suffisamment réussie et enthousiasmante pour donner envie de poursuivre la saga, l’auteur ayant écrit 2 trilogies dans cet univers.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Aventures, #Fantasy

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Publié le 10 Décembre 2020

CHINOISERIES POUR OSS 117 de Jean Bruce

Jean Bruce a régné sur l’espionnage « à la française » avec 88 romans écrit entre 1949 (avec ICI OSS 117) et 1963. Par la suite c’est son épouse puis ses enfants qui se chargèrent de faire perdurer OSS 117 jusqu’au début des années ’90 (jusqu’à OSS 117 PREND LE LARGE en 1992). Plus de quarante ans de succès, 265 romans et 75 millions d’exemplaires vendus. Alors évidemment nous sommes dans le pur bouquin de gare mais, dans le genre, l’ensemble possède son charme. Tout d’abord par le contexte : dans CHINOISERIES POUR 0SS 117 nous visitons Macao et Hong Kong au milieu des années ’50 avec ses zones de non-droits abandonnées par la Chine ou l’Angleterre, ses prostituées opérant sur des sampans, ses criminels minables qui s’imaginent rois du (tout petit bout de) monde, ses chefs de gangs voulant être califes à la place du calife et pactisant une fois à gauche (la Chine), une fois à droite (l’Occident) pour garder leurs misérables prérogatives. Bref, voilà un roman qui, par la grâce des soixante ans écoulés, s’est paré d’un charme certain au niveau de l’ambiance historique bien rendue et imprégnée, forcément, des fumées d’opiums et des parfums des dames légères. L’intrigue, comme souvent, reste excessivement simple dans ses grandes lignes mais bien compliquées dans les détails. Trahisons, agent double, agent triple, on s’y perd un peu et, à vrai dire, ce n’est guère important, c’est juste le bal des barbouzes entre les communistes et les Américains pour un petit bout de territoire stratégiquement important.

Alors, comme tous les autres de la série, le roman rappelle évidemment la parodie « Le Magnifique » avec Bebel mais c’est plutôt positif à condition que le lecteur s’amuse des excès de cette littérature de pur divertissement. Hubert Bonnissoeur a même droit à être comparé à un fauve à la manière de Bob Saint Clare. Pour les plus jeunes ce sera sans doute les versions humoristiques de l’agent secret, campé par Jean Dujardin, qui viendront à l’esprit. Car tout cela n’est pas toujours franchement crédible et les coïncidences s’accumulent pour permettre à notre espion de se sortir d’un panier de crabes en plein cœur de l’enfer du jeu. Clichés touristiques, violences, érotisme (frileux, époque oblige), rebondissements,…Jean Bruce assure cependant un réel plaisir de lecture avec son style très simple mais pas trop relâché pour autant. Disons qu’il possède une certaine efficacité, un sens du rythme et du rebondissement que n’ont pas toujours les besogneux de l’espionnage ou du polar. CHINOISERIES POUR OSS 117 emporte donc l’adhésion et se lit en une soirée tout comme on visionne un film d’espionnite des sixties : sans être dupe de la qualité réelle du produit proposé mais néanmoins avec plaisir et sans ennui. N’est-ce pas là l’essentiel ?

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Aventures, #Espionnage, #Roman de gare

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Publié le 6 Décembre 2020

LES MAGICIENS DU CRIME de Roland Lacourbe

Roland Lacourbe, grand spécialiste des crimes impossibles, des meurtres en chambre close et des énigmes insolubles, propose une nouvelle anthologie de 20 nouvelles consacrées aux prestidigitateurs. Car quels personnages sont les plus à même de résoudre les assassinats étranges que ces spécialistes du détournement d’attention, du truc et astuce et des tours de passe-passe ? Le recueil se divise en trois sections : « magiciens criminels et magiciens détectives », « sur les traces d’Houdini » (autrement dit on va parler d’évasions impossibles) et « Occultisme et charlatans », à chaque fois précédées d’un article d’une dizaine de pages signé Lacourbe.

Le livre s’ouvre donc sur « le maitre du temps » de Rafael Sabatini (auteur de « L’aigle des mers » et « Scaramouche ») un récit historique intéressant consacré au célèbre Cagliostro. Plus classique, Clayton Rawson propose avec « Meurtre sans assassin » une enquête du magicien détective Merlini (par la suite reprise dans le recueil du Masque dédié à Merlini). Une histoire de soucoupes volantes et de petits hommes verts amusante avec un coupable évident mais un procédé particulièrement inventif et ingénieux. Joseph Commings, spécialiste du crime impossible, livre « la balle ensorcelée » et « la malédiction d’Othello », deux jolies réussites quoique le modus operandi soit un peu aléatoire et nécessite une bonne dose de chance pour fonctionner…qu’importe, l’amateur ne cherche pas la vraisemblance mais plutôt l’inventivité dans le procédé.

Parmi les autres nouvelles on signale, dans la partie consacrée aux évasions impossibles, le macabre « L’ultime évasion » que l’on imagine facilement transposé dans les pages des « Tales from the crypt » ou encore l’efficace « le moment de décision » et sa conclusion sous forme de point de suspension efficace.

Enfin, au rayon « occulte », c’est encore une fois John Dickson Carr qui emporte le morceau avec « la mort dans les ténèbres », crime impossible fort bien ficelé perpétré durant une séance de spiritisme. La narration, sous forme de pièce radiophonique, rend le récit très haletant et efficace.

Joseph Commings clôt cette anthologie avec sa troisième participation, « Le spectre sur la terrasse » dans lequel il se surpasse niveau impossibilité : apparition de fantôme, lévitation, double spectral, téléportation,…Les explications tiennent la route et démontrent l’ingéniosité de l’écrivain.

Trop inégal, LES MAGICIENS DU CRIME n’est sans doute pas la meilleure anthologie de Lacourbe mais le thème général de la magie et de la prestidigitation s’avère intéressant et finalement pas aussi souvent traité qu’on le pense dans la littérature d’énigme. Whodunit et tour de passe-passe ont pourtant beaucoup en commun dans l’art de la misdirection et dans la manière de cultiver une atmosphère de merveilleux et de fantastique. Ce recueil de nouvelles reste donc recommandable pour l’amateur de crime impossible et de délit mystérieux.

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Publié le 3 Décembre 2020

L'ENFANCE ATTRIBUEE de David Marusek

Ce court roman d’anticipation s’inscrit dans la catégorie de la dystopie teintée d’éléments technologiques disons cyberpunk (pour poser une étiquette simple). Nous sommes à la fin du XXIème siècle. L’humanité, ou du moins une certaine élite, vit très longtemps. Ce n’est pas l’immortalité mais ça y ressemble. Bain regénérant, nanotechnologie nettoyante,…Du coup la surpopulation menace et la procréation est interdite, seuls quelques privilégiés obtiennent le droit d’avoir un enfant ou plutôt un « châssis », autrement dit une sorte de petit être bidouillé dont ils choisissent le sexe, les caractéristiques, etc. Sam et Eleanor y ont droit, ce qui bouleverse grandement leur existence. Sam est une sorte d’artiste / programmeur n’ayant plus réalisé grand-chose depuis longtemps, Eleanor est une célébrité du futur, une demi mondaine aurait on dit jadis qui n’est célèbre que…parce qu’elle est célèbre. Une influence de l’avenir dont l’existence s’expose en permanence sur les réseaux sociaux et qui passe son temps à faire la fête par avatar ou hologramme interposé. Pour gérer cette vie trépidante les individus disposent également de conseillers virtuels, des programmes qui leur servent à la fois de mémoire et d’agenda, sans oublier de constituer des systèmes de défenses contre les cyber attaques et les gadgets déglingués. Heureusement tout le monde est surveillé en permanence et les défaillances systèmes sont – normalement – court-circuitées avant le grillage de neurones.

Publié par le magasine Asimov aux USA en 1995 puis par Le Belial en 1999 avant d’être repris par le même éditeur dans sa collection « Une Heure Lumière » en 2019, cette novela se révèle une lecture intéressante. Si le début peut déstabiliser, la suite se montre rapidement bien menée, l’auteur utilisant le prétexte d’une histoire d’amour entre deux individus dissemblables pour brosser le tableau d’un futur crédible et réussi, probablement encore plus plausible aujourd’hui que voici 25 ans. Bref, l’auteur se montre visionnaire et percutant, rappelant parfois Philip K. Dick dans sa manière d’imaginer un univers en apparence enviable mais qui montre rapidement ses monstruosités et dans sa description d’un individu dont la vie bien réglée s’écroule pour plonger dans un véritable cauchemar éveillé.

Une bonne pioche dans cette collection hautement recommandable !

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Cyberpunk, #Roman court (novella), #anticipation, #science-fiction

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Publié le 30 Novembre 2020

C'EST PRESQUE PAREIL! de Claude Gaillard

Claude Gaillard nous revient avec un nouveau livre sur le cinéma. Mais là où les chroniqueurs s’épanchent le plus souvent sur des chefs d’œuvres reconnus du 7ème art ou pondent 300 pages pour approfondir le véritable sens d’un plan d’une demi-seconde dans un David Lynch, le Gaillard préfère le cinéma bis et les productions oubliées. Après s’être penché sur les hommes machines (CYBORGS vs ANDROIDES), les clones de Rambo (DANS L’ENFER VERT DE LA RAMBOSPLOITATION), les détournements pornos (LES PIRES PARODIES X SONT SOUVENT LES MEILLEURES) et les émules de Mad Max (RETOUR VERS LES FUTURS), l’auteur tourne son regard et sa plume ironique vers les plagiats, les fausses suites, les déclinaisons flagrantes et les décalques honteux. Bref, ces longs-métrages au rabais et les blockbusters hollywoodiens, C’EST PRESQUE PAREIL au niveau des intentions…sauf que ça n’a souvent rien à voir une fois le résultat visionné.

En 200 pages, Claude Gaillard nous ballade autour du monde et en particulier dans les contrées les plus friandes de ce genre de détournements : l’Italie, les pays asiatiques, la Turquie, le Nigéria, l’Inde,…Tout y passe en une série de courts  « chapitres » et c’est bien là le seul véritable regret : on eut aimé approfondir le voyage mais il eut fallu, pour cela, une véritable encyclopédie de la contrefaçon cinéphilique. Les faux « Emmanuelle » (voire les faux « faux Emmanuelle » !), les bruceploitations tournées après la mort de Bruce Lee, les succédanés de James Bond plus portés sur le zéro que sur le sept ou les copies foireuses turques auraient pu occuper des livres entiers.

Mais bon, on se contentera de courts chapitres car le livre est foisonnant : l’amateur curieux découvrira ainsi l’existence d’un « Jaws 5 » italien, de nombreux ersatz d’ « Alien » ou de « Terminator », de versions remaniées style Moyen Orient de « l’Exorciste », d’une saga « Vice Academy » encore plus pouet pouet que les « Police Academy » (et récemment éditée en bluray par Pulse…boite où l’on retrouve, évidemment, notre Claude Gaillard !). Les super zéros italiens ou mexicains, les dessins animés reproduisant les succès de Walt Disney avec un centième de leurs moyens, les « mockbusters » du studio spécialisé Asylum, les sosies autoproclamés de Sinatra ou même la version porno de E.T. au merveilleux poster (celui qui orne la couverture du bouquin) sont ainsi évoqués.

Partagé entre consternation, humour complice, second degré « nanar » ou facepalm généralisé, le lecteur se laisserait bien tenté au visionnage de quelques-unes des productions évoquées…Le cinéma n’est pas mort et quiconque ne frétille pas à l’idée de découvrir « 007 ½ rien n’est impossible », « Lady Terminator », « Robotrix », « Pour Pâques ou à la Trinita », « Mega Piranha », « Vicieuse et manuelle » ou « Bruce contre-attaque » n’est pas un vrai cinéphage !

Bref, un joli petit guide nullement dupe du niveau qualitatif de 90% des titres évoqués mais qui transpire cependant l’amour sincère pour tout un univers bricolé et déjanté. On en redemande !

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Cinéma, #Essai, #Humour

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Publié le 26 Novembre 2020

LA MAISON HARKONNEN - AVANT DUNE TOME 2 de Brian Herbert et Kevin J. Anderson

Ce deuxième volet du cycle « avant Dune » se situe une génération environ avant les événements décrits par le monumental DUNE de Frank Herbert. Associé à Kevin J. Anderson, connu pour ses travaux sur STAR WARS et X FILES, le fiston Brian Herbert prolonge donc l’univers de son père. Ce nouvel épisode reprend les techniques éprouvées du page turner à l’américaine dans une ambiance souvent proche de la Fantasy et avec une élaboration feuilletonnesque remise au goût du jour par les séries télé du XXIème siècle. Bref, la brique est épaisse (près de 800 pages bien serrées) mais d’une lecture aisée en multipliant les personnages, les lieux et les sous-intrigues dans de très nombreux chapitres, souvent assez courts (quelques pages), introduits par des citations favorisant l’immersion dans cet univers foisonnant.

Evidemment, LA MAISON HARKONNEN n’a pas l’ambition du cycle initial de Frank Herbert. Comme le signale les détracteurs nous sommes en pleine sci-fi, terme péjoratif qui englobe une science-fiction (souvent proche de la science-fantasy) commerciale faite de gros vaisseaux, de planètes bizarres, de monstres baveux (ou de vers de sable dans le cas présent) et de combats à coup de pistolaser. Faut-il pourtant systématiquement dénigrer le « genre » et l’opposer à une SF « noble », une SF d’idées et de prospections ? Pas nécessairement. On peut avoir envie de poursuivre l’exploration de ce monde très riche (dire fertile dans le cas de Dune serait étrange) comme on aime se divertir avec un « Star Wars » de l’univers étendu ou un bouquin « Star Trek ». Bien sûr, le roman comporte beaucoup de longueurs, souffre souvent d’un rythme déficient (le gros de « l’action » se situe essentiellement dans les 200 dernières pages), compte des personnages moins intéressants que les autres et aurait certainement mérité d’être élagué d’un quart. Beaucoup de bémols donc…mais également un réel plaisir à retrouver le monde de DUNE, ou même d’AVANT DUNE, qui dispense par intermittence un réel sense of wonder pour le lecteur rêvant de chevaucher un ver géant en compagnie des Fremen sur un monde désertique.

Alors, en dépit de ses faiblesses, on lit LA MAISON HARKONNEN avec le sourire et on se dit qu’on poursuivra probablement, un de ses jours, la saga avec le troisième volet de ces préquelles relativement satisfaisantes si on veut bien ne pas essayer de les comparer aux insurpassables DUNE et MESSIE DE DUNE de papa Herbert.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #science-fiction

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Publié le 23 Novembre 2020

DRAGONLAND TOME 1: LE SECRET DE LA VALLEE DES DRAGONS de Johan Heliot

Johan Heliot, né en 1970, œuvre depuis longtemps dans les littératures de l’imaginaire et a signé de nombreuses réussites, tant en « adulte » qu’en « jeunesse » : sa trilogie de la lune, le très plaisant LA LEGION ECARLATE, le très fun FAERIE HACKERS ou encore LA GUERRE DES MONDES N’AURA PAS LIEU ont démontré son talent pour revisiter des thèmes classiques à travers différents genres (aventures, uchronie, cyberpunk). Très prolifique, l’auteur offre cette fois une Fantasy pour les plus jeunes lecteurs (disons à partir de 8 ans) dont les héros sont un gamin rêvant d’aventures, Artémus, et une fillette dotée de pouvoirs magiques, Iselle, ce qui permet une identification immédiate des lecteurs cibles. On rencontre également un chevalier peureux, une licorne et un dragon puisque ces animaux légendaires remplacent, dans l’univers proposé, les chevaux. Depuis LA BALLADE DE PERN les dragons sont des êtres incontournables de la Fantasy et, dans ce premier tome de DRAGON LAND, ce sont des montures dressées par l’Homme dont les colliers les empêchent de cracher le feu.

L’intrigue générale, pour sa part, reste classique et s’adresse à un lectorat relativement jeune avec cette lutte entre le Bien et le Mal assortie d’une quête de la demoiselle, Iselle, pour découvrir une mythique Vallée des Dragons.

Le tout se montre néanmoins divertissant et bien mené, avec de nombreux rebondissements qui enchanteront les amateurs : pirates, monstres, etc. Le vocabulaire est précis mais abordable, les chapitres fort courts et le rythme suffisamment alerte pour que le lecteur dévore rapidement cette aventure fort agréable et tout public.

Bien qu’il s’agisse du premier volume d’une série, le roman se suffit à lui-même et ne se termine pas en queue de poisson, ce qui s’avère appréciable à l’heure où les sagas de Fantasy se terminent systématiquement par un cliffhanger incitant à l’achat du tome suivant.

Les adultes apprécieront ce récit qui s’adresse cependant plus spécifiquement aux grands enfants et adolescents. Quoiqu’il en soit encore une jolie réussite de la part de Johan Heliot.  

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Aventures, #Fantasy, #Jeunesse

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Publié le 19 Novembre 2020

SOUL BREAKERS de Christophe Lambert

Petit pavé (près de 600 pages !) qui se lit pourtant avec facilité tant le récit se montre fluide et bien mené, SOUL BREAKERS constitue une belle fresque historique teintée de fantastique. Les prémices font penser à LA FOIRE DES TENEBRES de Bradbury, le déroulé à TALISMAN du King mais SOUL BREAKERS trouve très vite son identité et prouve, à ceux qui en doutait, que la littérature « jeunesse » n’a plus rien à envier, en terme de qualités et d’ambitions, aux bouquins « adultes ».  

Le livre se situe en 1936, en pleine Grande Dépression, alors que de nombreux Américains sombrent dans la pauvreté et n’ont d’autre choix que de se déplacer sur les routes. Teddy, adolescent de 15 ans en route pour la Californie, voyage avec son père et sa sœur Amy ; or, en Arizona, les deux jeunes gens assistent à un spectacle donné par une troupe de forains menée par Sirius. Peu après, Amy tombe gravement malade. Pour Teddy, la seule explication est que Sirius a volé l’âme de l’enfant. Il décide de se lancer à la poursuite des saltimbanques pour inverser le sortilège.

Christophe Lambert nous offre une grande fresque, prenante et originale, qui nous permet de revisiter une période difficile : exploitation des mineurs, répression dans la violence, augmentation de la criminalité, misère, guerre mondiale à venir, détour par un hôpital psychiatrique avec thérapie aux électrochoc, ou dans un abattoir…L’écrivain ne ménage pas son lecteur, même si le roman peut être catalogué « young adult » : il ne lui épargne pas les difficultés de la vie, la mort omniprésente, les déceptions, les sentiments contrariés, les amours naissantes et les chagrins,…Nous sommes loin de Tintin ou de Bob Morane qui s’en sortaient sans une égratignure, asexués et toujours triomphant (sans jugement de valeur mais les temps ont changé !). Les personnages sont nombreux (le jeune Teddy, le fantasque apprenti écrivain Duca, le « Chef » indien, la jeune muette,…) et toujours bien campés avec des traits bien dessinés et des répliques bien senties, mention spéciale au Shérif un brin rentre-dedans tout droit sorti d’un film grindhouse / redneck.

Le style, lui, est toujours maitrisé et le vocabulaire bien choisi pour être compréhensible par un public adolescent sans sombrer dans la platitude ou la facilité. Un exercice difficile mais que Lambert maitrise depuis longtemps, ce qui rend ce grand « road-movie » américain aussi plaisant pour les adultes que pour les plus jeunes. Tout le fond historique et social s’avère, comme toujours, bien rendu et après quelques belles réussites situées durant la Seconde Guerre Mondiale comme LA BRECHE ou LE COMMANDO DES IMMORTELS, le romancier s’intéresse ici à la période immédiatement antérieure.

Fresque épique, fantasy historique et drame fantastique font ainsi bon ménage pour offrir au lecteur un vrai plaisir. Un des (nombreux !) sommets de l’auteur, à déguster sans modération.

 

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Aventures, #Christophe Lambert, #Fantastique, #Fantasy, #Historique, #Jeunesse

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Publié le 12 Novembre 2020

20 DEFIS A L'IMPOSSIBLE de Roland Lacourbe & Robert Adey

Roland Lacourbe a déjà proposé de nombreuses anthologies consacrées aux crimes parfaits, aux meurtres en chambre close et autres actes criminels impossibles. Avec l’aide du spécialiste Robert Adey il rassemble ici une série de nouvelles destinées « aux amateurs d’insolite ».

Le gros volume se divise en plusieurs sections aux titres accrocheurs : « chambres closes et crimes impossibles », « situations énigmatiques », « malédictions » « disparitions mystérieuses » et « crimes à distance ». Soit 20 récits étalés sur 450 pages et accompagnés d’un bien pratique dictionnaire des auteurs puisque les anthologistes ont compilés des écrivains bien connus mais aussi d’autres nettement plus obscurs.

A tout seigneur tout honneur, le maître incontesté du crime impossible, John Dickson Carr, s’illustre par « la malédiction de la lampe de bronze » et « la chose dans la piscine », deux pièces radiophoniques agréables. Joseph Commings et Edward D. Hoch, deux autres grands spécialistes, offrent également des nouvelles de bonne tenue, tout comme le maître français Paul Halter avec une histoire de voyance efficace, « la Hache », inspirée de faits réels. Autre grand nom francophone, le vénérable Pierre Boileau imagine un « crime en sursis » réussi.

Dans les noms connus (du moins des amateurs du genre) on retrouve encore John Lutz avec le plaisant mais prévisible « Un métier de chien » et C. Daly King avec « Le codex maudit » mettant en scène Travis Tarrant, détective spécialisé dans le surnaturel.

Au rayon des découvertes récentes (comme quoi le genre n’est pas mort en dépit de la prédominance du roman noir social !), Susanna Gregory livre avec « Terreur au pôle » un excellent récit que l’on pourrait situer entre DIX PETITS NEGRES et le film « The Thing ». Edward Marston, de son côté, propose une nouvelle fort amusante dans laquelle la statue de Nelson est remplacée par celle de Napoléon, un vrai « Coup de Trafalgar » à savourer.

Bien sûr, comme toute compilation de ce style, certaines nouvelles s’avèrent moins réussies, plus prévisibles ou tombent un peu à plat. Mais, dans ces 20 DEFIS A L’IMPOSSIBLE le lecteur friand de whodunit ou plutôt de howdunit picorera avec bonheur. Globalement satisfaisant et divertissant, comme toutes les anthologies de Lacourbe.

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