Publié le 11 Novembre 2020

LES ANGES OUBLIES de Graham Masterton

Très prolifique, Masterton fut, durant les années 80 et 90, un des principaux pourvoyeurs de littérature horrifique et une des têtes de gondoles des éditions « Terreur ». Au début du XXIème siècle, l’écrivain accuse la perte de vitesse de l’épouvante et, après un passage par le Fleuve Noir, publie quelques romans chez Bragelonne. Ajoutons que ces derniers titres (notamment le moyen WENDIGO et le très décevant LA CINQUIEME SORCIERE) sont largement en deçà des classiques de l’écrivain que furent LE TRONE DE SATAN, DEMENCES, LE PORTRAIT DU MAL, etc.

Après GHOST VIRUS, nous sommes donc heureux de retrouver, avec LES ANGES OUBLIES, un Masterton nettement plus en verve et en forme. Et qui ne se gêne pas pour patauger dans la fange, au propre comme au figuré, puisqu’une partie de l’intrigue se déroule dans les égouts londoniens envahi par un Grasseberg, autrement dit un immense tas d’immondices, qui les bouche carrément. Or dans les sous-sols rôdent également des sortes d’enfants monstrueux, des « anges oubliés ». Dans le même temps des femmes se retrouvent mystérieusement enceintes de créatures tout aussi horribles. Du coup les autorités se retrouvent débordées d’appels pour des phénomènes inexplicables et on appelle à la rescousse Jerry Pardoe et Jamila Patel, héros de GHOST VIRUS.

Avec LES ANGES OUBLIES, Masterton revient à l’horreur bien sanglante, à du gore crasseux, parfois franchement dégeu, bien plus violent que ce qu’il proposait avec sa série Jim Rook par exemple. Ici, l’écrivain s’autorise toutes les audaces et ne pratique aucune censure, imaginant de nombreuses scènes particulièrement gratinées quitte, à trop vouloir écœurer, à verser dans une forme de semi-parodie excessive. C’est un retour vers le Masterton des débuts, celui dont l’imagination macabre débordante n’était aucunement freinée par des contraintes de réalisme et qui ne s’embarrassait pas de rester crédible lorsqu’il se laissait emporté par ses outrances. Les lecteurs de TRANCE DE MORT et RITUEL DE CHAIR seront donc en terrain connu !

Comme souvent avec l’auteur, l’intrigue s’emballe durant les derniers chapitres, un peu expédiés et globalement moins convaincants (Masterton éprouve souvent quelques difficultés à livrer des « fins » à la hauteur des événements antérieurs). Mais dans l’ensemble et malgré ses défauts (quelques longueurs, des passages trop excessifs ou moins convaincants), voici un bon roman de Masterton qui, s’il ne hisse pas à la hauteur de ses plus grandes réussites, n’en reste pas moins fort efficace. On est donc bien heureux de le retrouver sur nos étagères !

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Fantastique, #Horreur

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Publié le 6 Novembre 2020

FER DE LANCE de Rex Stout

Publié en 1934, FER DE LANCE marque la première apparition du détective Nero Wolfe, quinquagénaire agoraphobe excentrique obèse et amateur d’orchidée, et de son homme de main, Archie Goodwin, narrateur de ses enquêtes. Vu le succès, la série se poursuivra au long de 33 romans et de nombreux recueils de nouvelles et novellas et ce jusqu’en 1975. Deux films (dans les années ’30) et quatre séries télé plus tard, Nero Wolfe est un des détectives majeurs du whodunit américain. Une de ses investigations, ON SONNE A LA PORTE, occupe même la 66ème place de la liste des meilleurs romans policiers établie par les Mystery Writers of America. La série entière reçue également la distinction de « meilleure série policière de tous les temps ».

Cette première énigme, en pleine prohibition, voit Nero recevoir une cliente, Maria Maffei, qui lui demande de retrouver Carlo, son frère disparu. Celui-ci a été poignardé et sa mort parait liée à celle d’un riche recteur d’université, Peter Oliver Barstow, mort mystérieusement sur un terrain de golf.

Vu la réputation de la série, la déception domine à la lecture de FER DE LANCE. Le roman, beaucoup trop long pour son propre bien (et pour le peu qu’il raconte), avance à un rythme paresseux et l’intrigue, alambiquée (mais dans le mauvais sens du mot pour un policier classique !), peine à passionner. Les personnages sont certes typés et mémorables mais, là aussi, Nero Wolfe apparait comme outré, sorte d’assemblages d’excentricités visant à le rendre le plus étrange possible. Les échanges verbaux entre Nero et son assistant font, parait-il, le véritable sel de leurs enquêtes. Admettons. Dans FER DE LANCE le lecteur a surtout l’impression de recevoir un tas de passages verbeux et souvent soporifiques conduisant, au final, à une série de révélations qui paraissent surtout sorties du chapeau de l’énorme détective.

En dépit de tous les défauts de cette mixture indigeste de « détection en fauteuil » et de polar « hardboiled », FER DE LANCE donne cependant envie de poursuivre la saga afin de se forger une opinion plus définitive sur ce « monument » du policier US. Mais ce premier roman s’avère trop médiocre et languissant pour emporter l’adhésion. Pas franchement recommandé donc…

 

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Golden Age, #Polar, #Policier, #Whodunit

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Publié le 2 Novembre 2020

UN BEL ENDROIT PRIVE de Ellery Queen

Pour sa dernière enquête et le dernier roman piloté par les deux cousins derrière le pseudonyme, Ellery Queen quitte la scène avec les honneurs bien que le livre ne soit pas à la hauteur des grands classiques des années ’30.

Nino Importuna, très riche et superstitieux vieillard obsédé par le chiffre 9, est assassiné lors du cinquième anniversaire de son mariage avec Virginia Whyte, très jeune et très belle demoiselle sur laquelle les soupçons se portent immédiatement, d’autant qu’on murmure qu’elle a une aventure avec Peter Ennis, le secrétaire de son époux décédé. Cependant Ellery Queen pense que la solution de l’énigme est plus complexe et qu’il pourra la trouver en résolvant différents indices liés au fameux « 9 ». Pour Ellery, comme pour le lecteur, il importe d’isoler le véritable indice dissimulé dans une floppée d’informations bizarres qui confèrent au roman son côté quelque peu déjanté et outrancier.

Assez amusante, l’intrigue parait néanmoins « capilotractée » à plaisir, transformant un scénario basique en une succession de saynètes étranges liées au chiffre 9. Ellery Queen renoue avec la manière de procéder de ses romans des années ’30 construits autour d’un puzzle en apparence fantastique mais que le détective finit par rendre logique. Ici, avouons-le, la construction reste habile mais nécessite une bonne dose de suspension d’incrédulité et les mécanismes coincent parfois sur les détails assemblés de manière un peu trop artificiels pour convaincre. Le casting de protagonistes se montre, heureusement, intéressant et ils sont tous « vivants » et bien typés, ce qui compense leur nombre restreint. D’où un whodunit finalement rudimentaire puisque le nombre de suspects se limite à 2 ou 3.

Pas grave, en dépit de ses bémols, le tout reste divertissant, la pagination restreinte permettant un rythme soutenu aidé par des dialogues agréables. Quelques notes humoristiques frisent l’autoparodie, les auteurs affirmant à demi-mot, mais à plusieurs reprises, que les indices et autres trucs utilisés par l’assassin auraient fonctionné dans un roman policier des années ’30 mais n’ont plus leur place à la fin des sixties.

Quoiqu’il en soit, UN BEL ENDROIT PRIVE demeure très sympathique et se lit pratiquement d’une traite, sans ennui et parfois avec une relative jubilation qui rappelle les hauts faits d’arme du duo. Si la transposition des principes du whodunit de la fin des 30’s en plein Summer of Love 30 ans plus tard parait quelque peu anachronique, le roman reste certainement plus réussi que les œuvres de fin de carrière de ses rivaux Agatha Christie et John Dickson Carr. Plaisant et distrayant, ce qui est l’essentiel pour ce genre de romans.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Golden Age, #Policier, #Whodunit

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Publié le 30 Octobre 2020

SHERLOCK HOLMES ET LE FANTÔME DE L’OPERA de Nicholas Meyer

Scénariste, réalisateur et écrivain américain né en 1945, Nicholas Meyer est connu pour son excellent film de science-fiction « C’était demain » et pour deux très bons volets de la franchise Star Trek : le préféré des fans (« Star Trek II ») et l’inventif et nostalgique « Star Trek VI ». Il a également écrit plusieurs romans mettant en scène Sherlock Holmes dont LA SOLUTION A 7%, qu’il a lui-même adapté avec le plaisant « Sherlock Holmes attaque l’Orient Express » réalisé par Herbert Ross. Voici donc sa troisième contribution au monde en constante expansion des « pastiches holmesiens » qui, comme le titre l’indique, voit le fameux limier confronté au non moins célèbre Fantôme de l’Opéra.

Après avoir simulé sa mort (dans un épisode complètement fantaisiste aux chutes de Richenbach), Sherlock Holmes, dissimulé sous une identité factice, donne des cours de musique à Paris. Il réussit également à se faire engager comme violoniste au prestigieux Opéra Garnier, réputé hanté, dirigé par Gaston Leroux.

Comme d’autres pastiches, le roman est réputé « authentique » ou « canonique » au sens où il s’agit encore une fois d’un inédit retrouvé miraculeusement et qui tente d’apporter une lumière sur cette période dite du Grand Hiatus où Sherlock est supposé mort. L’ensemble fonctionne de manière sympathique en accentuant le côté feuilletonesque du récit, à la manière des romans populaires d’antan. Il ne faut donc pas attendre de ce SHERLOCK HOLMES ET LE FANTÔME DE L’OPERA une véritable fidélité au canon holmésien : l’enquête est assez relâchée, Sherlock lui-même apparait assez différent de son « incarnation » traditionnelle et la déduction en elle-même n’est guère pratiquée. Nous sommes plus dans un hommage distancé, quasiment parodique, visant à orchestrer la rencontre de Sherlock et du Fantôme de l’Opéra à la manière des vieux films style « Frankenstein rencontre le loup-garou » dans lesquels les personnages sont triturés pour les besoins de la cause et de la confrontation. Cela dit, le roman, loin d’être inoubliable, demeure divertissant et sa pagination réduite évite les longueurs (bien qu’il soit un peu long à démarrer et que les nombreuses notes de bas de page s’avèrent parfois inutiles).

Si on espérait davantage de ce duel entre deux grandes figures de la littérature populaire, SHERLOCK HOLMES ET LE FANTÔME DE L’OPERA se laisse lire sans ennui. Après de (trop ?) nombreux affrontements entre le limier de Baker Street et Jack l’Eventreur, cette variation apporte une certaine fraicheur pas déplaisante.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Historique, #Policier, #Sherlock Holmes

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Publié le 9 Octobre 2020

PIERRE SACREE de Craig Dirgo & Clive Cussler

Craig Dirgo a lancé, avec BOUDDHA, la saga « Oregon » en collaboration avec Clive Cussler (dont l’implication réelle dans les livres « coécrits » avec d’autres n’est pas claire). Cette série de techno thrillers maritimes constitue un spin-off de la série phare de Cussler consacrée à Dirk Pitt. Les principes sont d’ailleurs communs : on débute par un prologue historique puis on se recentre sur une énigme / aventure avec, ici, pour principal protagoniste Juan Cabrillo, capitaine d’un navire de combat ultra moderne, l’Orégon, déguisé en vieux cargo décati, et membre d’une Corporation de mercenaires défenseurs de la liberté et du mode de vie occidental. Comme toujours Clive Cussler en personne effectue un « caméo dans son propre rôle » mais cette apparition reste anecdotique, à croire que Dirgo souhaitait cocher chaque « case » du parfait petit roman estampillé « Cussler ».

L’intrigue de ce deuxième volet des « Oregon » se montre inutilement compliquée sur des prémices simples : la découverte d’une météorite renfermant un virus potentiellement mortel qui pourrait servir à fabriquer une bombe sale. D’un côté des terroristes islamistes veulent atomiser Londres durant un concert d’Elton John, de l’autre le père d’un soldat mort au Moyen-Orient aimerait pulvériser la Mecque durant le pèlerinage annuel. A Juan et sa bande d’empêcher les destructions massives, ce qui nous donne une loooooooooongue (double !) course poursuite pour neutraliser les deux menaces.

Apparemment tout cela n’est pas très complexe (depuis OPERATION TONNERRE le principe n’a pas fondamentalement changé) mais Dirgo souhaite manifestement épaissir son bouquin pour atteindre les 500 pages qui semblent la norme des techno thrillers actuels. D’où une profusion de personnages (une cinquantaine), une multiplication des descriptions, des sous-intrigues et de nombreux voyages pour dépayser le lecteur toujours dans cette ambiance entre James Bond, Tom Clancy et Indiana Jones.

Résultat des courses, en dépit d’une multitude de chapitres courts se terminant régulièrement en cliffhangers et de changements de points de vue incessants (une technique bien rodée des « page turner » à l’américaine), le roman devient rapidement lassant et plus fatigant que passionnant. Régulièrement, l’auteur annonce le destin tragique d’un protagoniste (« il n’allait pas vivre un jour de plus ») mais le suspense ne prend pas, l’action patine et le déroulement du dernier tiers (l’attentat projeté contre la Mecque) ressemble beaucoup trop à l’attentat envisagé à Londres pour ne pas épuiser les plus indulgents.

Après près d’une trentaine de « Cussler », pour la plupart bons voire excellents, PIERRE SACREE constitue une terrible déception : plat, banal, sans intérêt et, pour le dire clairement, mauvais. La « collaboration » entre Cussler et Dirgo en resta là, un signe qui ne trompe pas.

En résumé : non recommandé !

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Aventures, #Technothriller

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Publié le 7 Octobre 2020

LE JUGEMENT DE CESAR de Steven Saylor

La saga des « Mystères de Rome » se poursuit avec ce neuvième volume (auquel s’ajoute trois préquelles).  Nous sommes en 48 avant JC, époque d’une guerre ouverte entre les partisans de César et ceux de Pompée le Grand Général. Bethesda, la femme de Gordianus, dit le Limier, souffre d’une maladie mystérieuse et souhaite retourner dans sa ville natale d’Alexandrie. En Egypte Gordianus retrouve son ennemi, Pompée, qui a fuit après sa défaite à Pharsale. Il sera décapité. César, à son tour, arrive à Alexandrie et arbitre la rivalité existante entre le Pharaon Ptolémée et sa sœur Cléopâtre. Une tourmente politique qui emporte Gordianus…

Si les premiers volumes de la série ressortaient totalement du « policier historique », l’aspect policier s’est estompé au fil des romans. Ici, le meurtre survient aux ¾ du bouquin pour être résolu une soixantaine de pages plus loin. Il s’agit d’un crime quelque peu impossible, un empoisonnement d’une amphore qui tue une jeune goûteuse, semant la confusion dans les relations entre César et Cléopâtre. Le seul auteur possible semble être Méto, le fils (désavoué) de Gordianus également compagnon de campagne (et de lit) de César. Gordianus a donc, cette fois, un intérêt personnel pour résoudre le crime : il propose une première explication en apparence valable mais qui se révèle finalement fausse puis une seconde. Bref, le « policier » ne représente qu’une portion fort congrue de l’ensemble du livre.

Les amateurs de « whodunit ? » risquent donc de ne pas être comblés par ce tome mais les fans de romans historiques, eux, se délecteront de l’ambiance décrite, celle du basculement de Rome qui vit les derniers moments de la République et s’apprête à passer entre les mains toutes puissances de César. Gordianus, qui a côtoyé des personnalités comme Cicéron et reste un républicain, ne peut que se désoler de voir l’avènement de l’Empire. Il pourra aussi renouer avec son fils adoptif qui s’est, pour sa part, résolument engagé aux côtés de César même s’il commence à questionner ce choix.

Le décor égyptien permet également de sa familiariser avec la vie quotidienne à Alexandrie et nous éclaire encore sur les mœurs des Pharaons. Comme toujours, Saylor entremêle les faits historiques, la grande Histoire, aux petites aventures de ses personnages, à la petite histoire, et se montre instructif dans sa relation des événements survenus voici deux millénaires et que nous ne connaissons, généralement, que par le biais des films « péplums », en particulier, dans le cas qui nous occupe, via les images du « Cleopâtre » avec Liz Taylor.

Peut-être moins prenant que les premiers épisodes de la saga, lesquels s’appuyaient sur une enquête policière plus ample et solide, LE JUGEMENT DE CESAR demeure un plaisant roman historique, divertissant et instructif, qui prolonge les aventures de l’attachant Gordianus et de sa petite famille.

 

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Historique, #Policier

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Publié le 1 Octobre 2020

LA CABANE DE L’AIGUILLEUR de Robert Charles Wilson

Premier roman de Robert Charles Wilson (publié en 1986), devenu un des auteurs les plus primés et respectés de la SF du XXIème siècle, LA CABANE DE L’AIGUILLEUR ressort certes de la science-fiction mais s’inscrit encore davantage dans la chronique sociale historique à l’époque de la Grande Dépression.

Recueilli par sa tante, Liza Burack, à la suite de la mort de sa mère, le jeune Travis Fisher débarque dans le village de Haute Montagne au début des années ’30. En dépit de la situation économique difficile, l’endroit semble relativement épargné et la vie y suit son cours entre le travail à la fabrique de glace, les sorties romantiques et l’influence de l’Eglise. Pourtant, à l’étage de la maison, une jeune femme, Anna Blaise, vit en recluse, hébergée par les Burack, et dont l’identité réelle reste mystérieuse.

LA CABANE DE L’AIGUILLEUR est un roman intimiste, centré sur une poignée de personnages vivant dans un bled perdu des années ’30. A cette chronique d’une petite ville durant la Dépression, l’auteur ajoute quelques éléments périphériques comme l’histoire d’une poignée de vagabonds menés par un étrange individu surnommé L’Os. Son histoire, forcément, rejoindra celle des principaux protagonistes durant les derniers chapitres.

Wilson, dès la préface, avertit qu’il s’agit d’un « roman de jeune homme », bourré d’imperfections mais important, et qui contient, déjà, une partie de ses thèmes ultérieurs comme la confrontation avec l’étrange et l’étranger. Un thème classique de la science-fiction comme du fantastique, LA CABANE DE L’AIGUILLEUR pouvant se classer dans ces deux genres même si l’aspect « surnaturel » est finalement peu présent. On pourrait également le rapprocher des œuvres de Ray Bradbury dans lesquelles l’atmosphère prédomine sur l’action et qui utilisent le « fantastique » (au sens large) pour pointer du doigt les problèmes, pour la plupart réalistes et terre-à-terre, de leurs « héros ».

Le romancier, même débutant et âgé d’à peine 30 ans, maitrise déjà l’art du dialogue et brosse des personnages intéressants dénués de clichés, une caractéristique qui se retrouvera dans ses œuvres ultérieures. Bref, LA CABANE DE L’AIGUILLEUR s’avère plaisant et agréable, aidé par une longueur restreinte qui évite la dispersion. Cependant, il s’agit d’une première œuvre et il comporte quelques défauts excusables, le romancier n’ayant pas encore atteint sa pleine mesure. Les admirateurs de Wilson n’y retrouveront pas, non plus, l’aspect vertigineux et cosmique de SPIN ou LES CHRONOLITHES : l’ambition est ici plus réduite et le bouquin beaucoup plus intimiste et ramassé. Ce n’est pas un défaut en soi mais cela peut désappointer ceux qui ont découvert l’auteur avec ses livres ultérieures. Une chouette curiosité, sans plus ni moins.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Fantastique, #Historique, #science-fiction

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Publié le 25 Septembre 2020

UN FANTÔME PEUT EN CACHER UN AUTRE de John Dickson Carr

Carr semble ici s’offrir une petite récréation, loin de ses puzzles policiers les plus élaborés, en optant pour un point de départ saugrenu. Un homme, Clarke, achète une maison réputée hantée dans le seul but d’y organiser des « fantômes party ». Il convoque ainsi plusieurs personnes, convaincus ou sceptiques, à le rejoindre dans sa demeure. Mais le divertissement apparemment inoffensif dérape lorsqu’un révolver bondit du mur où il était accroché et tire sur un invité. Le Dr Fell devra résoudre l’énigme…

Ce whodunit écrit en 1940 est léger et s’apparente à une sorte de comédie macabre dans l’esprit de très vieux films comme THE BAT : on y trouve des cachettes secrètes, des inventions diaboliques pour supprimer d’innocentes victimes, des (faux) fantômes et de vrais crimes. Le tout dans une ambiance plaisamment désuète que l’auteur lui-même semble aborder avec un mélange de respect et de second degré, comme s’il n’était pas dupe de son intrigue et de ses mécanismes peu vraisemblables mais qu’il cherchait, malgré tout, à l’aborder avec sérieux et professionnalisme.

Les personnages sont, pour la plupart, seulement esquissés et seul le Dr Fell lui-même (déjà vu dans une dizaine d’aventures) sort réellement du lot. Comme souvent avec Carr, le suspense est parfois entretenu de manière un peu artificielle par des interruptions durant les explications ou des secrets gardés par l’un ou l’autre protagoniste et qui empêchent l’avancée de l’enquête.

Le crime impossible en lui-même est habile même si la résolution très « gadget » peut décevoir ; l’élaboration de la méthode reste toutefois crédible et moins « capilotractée » que dans bien des « meurtres en chambre close ».

Dans l’ensemble, UN FANTÔME PEUT EN CACHER UN AUTRE s’avère un petit whodunit (il est court et se lit vite !) divertissant que peu de lecteurs risquent d’inclure dans leur « best of » ce Carr ou du « Crime impossible » mais qui procure néanmoins une distraction bienvenue aux amateurs de policiers à l’ancienne.

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Publié le 22 Septembre 2020

LE GUIDE ALAN MOORE de Laurent Queyssi & Nicolas Trespallé

Les éditions ActuSF poursuivent leur collection consacrée à des personnalités « cultes » de l’imaginaire et, après Dick, Lovecraft et Howard, voici à présent un autre personnage haut en couleurs et parfois controversé, encore un réputé « reclus » d’ailleurs, Alan Moore. Comme tout guide qui se respecte celui-ci débute par une importante et complète biographie qui aide à cerner l’auteur. Ensuite, la plupart de ses œuvres (dont certaines inédites en français) sont disséquées sur 4 ou 5 pages. L’occasion d’analyser des classiques comme WATCHMEN, V POUR VENDETTA, LA LIGUE DES GENTLEMEN EXTRAORDINAIRES, FROM HELL ou encore le célèbre BATMAN – THE KILLING JOKE. Mais on reparle également d’autres titres moins connus comme son pavé pornographique FILLES PERDUES, sa formidable reprise de SWAMP THING ou sa vision des derniers jours de SUPERMAN.

Comme tous les auteurs de la collection, Moore apparait également comme un être complexe, pas toujours facile à cerner, adepte (mesuré) des drogues, converti à la magie, érudit, excessif sans doute comme en témoigne ses prises de positions tranchées, ses polémiques vis-à-vis de DC Comics, sa rivalité avec Grant Morrison, son envie de voir la BD reconnue à sa juste valeur et sa désillusion par rapport à l’industrie du comics.

Différentes entrées thématiques abordent ces questions avant une longue entrevue où Moore revient sur sa carrière.

Véritable œuvre de fan à laquelle on n’est pas toujours obligé d’adhérer (on peut, par exemple, considérer les adaptations de WATCHMEN, FROM HELL ou V COMME VENDETTA comme de belles réussites) mais ouvrage de lecture aisée et instructif, LE GUIDE ALAN MOORE réussit son pari : donner envie de se replonger dans ses classiques du « graphic novel » qui ont, avec ceux de Frank Miller, véritablement transformer, pour le meilleur (traitement plus adulte) et le pire (perte du sense of wonder, complexité parfois factice des épigones, violence décomplexée comme fin et non comme moyen), la BD américaine de ces dernières décennies.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Cinéma, #Comic Book, #DC, #Essai, #Superhéros

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Publié le 3 Septembre 2020

LES MERCENAIRES DE LA COKE de Mike Newton

308ème (!) épisode américain de la saga, LES MERCENAIRES DE LA COKE constitue également le premier volet d’une trilogie (poursuivie en France avec OTAGE DU CARTEL et ULTIME DEFI). Nous y retrouvons forcément Mack Bolan mais aussi son petit frère, Johnny, lequel se balade incognito sous le pseudo de…Johnny Depp. Petite note d’humour dans un récit globalement sérieux qui développe une intrigue complexe et multiplie les « méchants » : mercenaires, rebelles, mafieux,…Un véritable bazar qui débute dans les bayous de Louisiane et prend ensuite son envol dans le reste du monde, Mike Newton prenant le temps d’introduire différentes lignes narratives qui vont pouvoir se développer au fil des pages et maintenir l’intérêt du lecteur tout au long de cette saga. De bonnes intentions mais, en pratique, le résultat demeure mitigé : la multiplication des personnages ne rend pas l’ensemble spécialement passionnant et ce premier tome apparait quelque peu brouillon.

Les scènes d’action, placées à intervalles réguliers, apparaissent comme autant de figures imposées exécutées avec professionnalisme mais sans véritable implication ni surprise. La recette très « pulp » reste donc respectée avec son lot de vilains, ces protagonistes venus des quatre coins de la planète et ses passages d’action brutale sans parvenir à susciter un réel intérêt.

LES MERCENAIRES DE LA COKE se laisse cependant lire sans grande difficulté et reste dans la moyenne de ce genre de roman de gare mais on a connu Newton plus original ou inspiré (par exemple dans son très réussi SANGLANT ELDORADO) pour ressortir réellement satisfait de cette aventure routinière. Le final donne modérément envie de poursuivre la lecture de la trilogie mais, dans le doute, mieux vaut sans doute choisir un autre des innombrables bouquins consacrés à l’Exécuteur…

LES MERCENAIRES DE LA COKE de Mike Newton

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Aventures, #Exécuteur, #Roman de gare

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