fantastique

Publié le 24 Février 2026

LES CONTES INTERDITS: LA REINE DES NEIGES de Simon Rousseau

Les Contes Interdits furent une entreprise littéraire visant à revisiter, de manière horrifique et souvent érotique, les contes de féés de notre enfance. Ici, l’auteur, un familier de la collection, reprend à son compte la Reine des neiges mais s’inspire, comme précisé dans l’introduction, de l’œuvre originale et non pas de sa relecture par Walt Disney. Cependant, le romancier glisse quelques clins d’œil à la fameuse version animée, notamment en donnant à ses personnages les prénoms d’Anna et Elsa.

L’intrigue est classique mais efficace et prenante, liant la mort d’un ancien prêtre, la libération d’une entité maléfique, un chamane, une fille à la recherche de la vérité, etc.

Avec moins de 200 pages au programme, le récit avance vite et se lit avec plaisir. Si le tout reste prévisible dans ses grandes lignes, les détails et digressions proposées par l’auteur donnent à l’ensemble un certain cachet.

Beaucoup moins extrême que d’autres romans de cette collection, LA REINE DES NEIGES s’apparente à un roman fantastico-horrifique bien mené qui plaira aux connaisseurs du contes mais également à ceux qui ne l’ont jamais lu. On retrouve, dans la présence d’un Amérindien et avec la libération d’une force maléfique, une intrigue proche de celle de Graham Masterton à ses débuts. Les dialogues et expressions canadiennes confèrent, enfin, une coloration originale à ce roman bien ficelé et divertissant.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Fantastique, #Horreur, #Novella (roman court), #Contes Interdits

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Publié le 5 Février 2026

NORTHERN GOTHIC de Nick Mamatas

Une novella intéressante par son thème mais assez décevante à la lecture. L’auteur propose une construction assez étrange, basée sur deux lignes temporelles distinctes. La première relate les émeutes new yorkaise de 1863, la seconde se situe plus d’un siècle plus tard, en 1998. Dans le passé, un immigrant irlandais tente d’échapper à la conscription dans un monde en train de s’écrouler, victime de la guerre, de la violence et du racisme. Il essaie de rassembler les 300 dollars nécessaires pour ne pas aller combattre. Pendant ce temps la foule, de plus en plus hostile, s’en prend aux Noirs jusqu’à l’intervention de l’armée.

Dans la seconde le jeune Noir gay Ahmadi essaie de trouver sa place à New York. Apprenti acteur désargenté il reçoit des « messages » du passé, commence à ressentir le feu, la peur et la haine qui, a plus d’un siècle de distance, menace de l’atteindre.

Nick Mamatas propose ici un récit souvent puissant et prenant mais dont la conclusion déçoit. Les deux lignes temporelles ne se heurtent jamais réellement et l’ensemble parait ne faire que survoler son sujet. L’idée centrale, qui semble être la permanence du Mal à travers le temps, reste pertinente mais, dans l’ensemble, ce court roman reste moins réussi qu’espérait. L’éclairage historique sur les émeutes s’avère toutefois intéressant et justifie la lecture. Mais on en espérait davantage.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Horreur, #Fantastique, #Novella (roman court), #LGBT

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Publié le 26 Janvier 2026

THIRTY MILES SOUTH OF DRY COUNTY de Keelan Patrick Burke

L’Irlandais Keelan Patrick Burke a consacré quatre novellas et un roman à la ville fictive de Milestone. Gagnant du Bram Stocker Award avec ce récit, Burke invite le lecteur à une excursion dans ce patelin étrange, autrefois une ville minière prospère, devenue une ville fantôme non mentionnée sur les cartes. Warwick Tanner, un vieil homme qui « sait lire les gens », s’y rend pour espérer retrouver ses deux amis disparus. Il sait qu’il n’y a pas de miracle à espérer à Milestone mais il y rencontre les derniers habitants, désespérés et fantomatiques, jusqu’à découvrir la vérité sur le village et sa venue.

Milestone n’est pas vraiment une ville maudite, c’est une ville qui « attire le mal » et ceux qui « sont attiré par le mal ». En une centaine de pages, Burke décrit un patelin constamment enveloppé de brouillard, où vivotent des personnages étranges comme cette ancienne beauté fanée à demi prostituée et ce maire mystérieux.

Loin de l’horreur tapageuse, Thirty Miles South of Dry County convoque surtout une atmosphère d’angoisse diffuse, de solitude et laisse au lecteur sentir le temps qui s’écoule tristement, à l’approche de la mort, entre secret oublié et regrets. A l’opposé du splatter punk et des effets grand-guignolesques, Burke installe un climat pesant et prenant totalement maitrisé. Une belle réussite.

 

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Publié le 21 Janvier 2026

DESPATCHES de Lee Murray

Une novella située durant la Première Guerre Mondiale, lors de la bataille des Dardanelles, racontée de manière épistolaire par le journaliste Cassius Smythe. En 1915 chacun est persuadé que la guerre va s’achever d’ici quelques mois. Smythe raconte dès lors le quotidien des soldats, les combats, l’attente, les décisions des gradés qui envoie leurs hommes servir de chair à canon pour s’emparer d’objectifs futiles.

Mais Smythe rencontre plus que la guerre puisqu’il découvre une ancienne légende et l’éveil d’une créature lovecraftienne qui ne fait aucune différence entre les alliés et les ennemis.

En moins de 100 pages, Lee Murray capture l’ambiance belliqueuse et injecte dans le conflit une bonne dose d’horreur cosmique tout en s’attaquant à la propagande. Elle utilise pour cela des techniques immersives bien employées, avec ces comptes-rendus qui doivent passer par la censure et sont donc en partie raturés. Cela permet à certains événements de rester légèrement flous, donnant une impression chorale aux péripéties bien menées qui conduisent logiquement à un final nihiliste témoignant de l’horreur du conflit et de la suprématie des « anciens dieux ».

Un bon renouvellement des thèmes lovecraftien traditionnels par le prisme d’un court roman de guerre qui ne lésine pas sur le pathos et le gore.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Guerre, #Horreur, #Fantastique, #Lovecraft, #Novella (roman court)

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Publié le 3 Janvier 2026

QUAND NOS OS RETOURNERONT A LA TERRE de V. E. Schwab

Attention gros pavé et lecture captivante ! V. E. Schwab signe ici une très vaste saga qui s’étale sur près de 800 pages et cinq siècles.

Jeune étudiante lesbienne, Alice voit son destin basculer le soir où elle rencontre Lottie: après une nuit en compagnie de cette dernière, Alice se découvre vampire et assoiffée de sang ! Elle tente alors de retrouver la trace de la femme qui l’a transformée…Lottie, alias Charlotte, a, de son côté, rencontrée son amante au début du XIXème siècle, Sabine. La rebelle Lottie, après un chagrin d’amour, part à Londres pour la « Saison ». Lors d’un de ses bals des célibataires, elle rencontre Sabine, dont elle refuse d’être séparée. Celle-ci exauce son vœu en la changeant en vampire. Mais l’amour peut-il vraiment durer éternellement ?

QUAND NOS OS RETOURNERONT A LA TERRE alterne les points de vue de trois femmes qui vont se croiser, s’aimer puis se détester au fil des siècles. Car l’amour de Lottie pour Sabine finit par pourrier. Leur relation devient toxique, la première essayant d’échapper à l’emprise de la seconde sans toutefois pouvoir lui faire du mal. En effet, les vœux prononcés par les vampires les engagent à jamais. Et Sabine refuse de voir Lottie aimer quelqu’un d’autre…

En dépit de quelques longueurs, pratiquement inévitables vu l’épaisseur du récit, le roman offre un plaisir de lecture quasi constant. L’écriture est très agréable et les chapitres s’enchainent de manière fluide, dans une optique « young adults » mais avec un riche vocabulaire, des phrases plaisantes et beaucoup d’émotions, sans que l’ensemble ne soit jamais pesant. Le lecteur parcourt les années, de 1532 à 2019 en passant par 1827, les trois dates clés de l’intrigue, qui correspondent à la mort et à la renaissance des trois héroïnes.

Si on peut rapprocher  QUAND NOS OS RETOURNERONT A LA TERRE des chroniques vampiriques d’Anne Rice, le récit possède suffisamment de nouveautés et de variations pour maintenir l’intérêt. Les pouvoirs des vampires sont, eux aussi, agréablement développés, notamment la manière de « revendiquer » un territoire ou les serments qui engagent les créatures de la nuit de manière indéfectible.

Une très belle réussite !

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Fantastique, #Horreur, #LGBT, #Young Adults, #Paranormal Romance

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Publié le 20 Décembre 2025

AMITYVILLE: L'ENQUETE ULTIME de David Didelot

Tous les « fantasticophiles » connaissent Amityville, paisible station balnéaire de la lointaine banlieue new-yorkaise jumelée avec Le Bourget. Pour les historiens, c’est de là que partit Lindbergh pour sa première traversée transatlantique. Pour les afficionados de l’épouvante, la bourgade reste célèbre pour une autre raison : la demeure d’Ocean Avenue, située au N°112, supposée hantée. Probablement l’affaire la plus connue du paranormal, au point que le logis a été surnommé « la maison la plus hantée d’Amérique ».

Résumons en quelques lignes : dans la nuit du 13 novembre 1974, Ronald DeFeo, âgé d’une vingtaine d’années, exécute ses parents et ses quatre frères et sœurs. Il sera condamné à six fois la perpétuité et mourra en prison en 2021. En 1975, une nouvelle famille, les Lutz, emménage dans la maison. Ils y restent seulement 28 jours puis affirment qu’ils furent harcelés pratiquement constamment par une force démoniaque. Jay Anson en tire un récit soi-disant authentique, devenu best-seller, suivi par une dizaine de livres (pour la plupart écrit par John G. Jones). L’affaire prend une envergure mondiale avec la sortie du film de Stuart Rosenberg, Amityville la maison du diable, en 1979. Son succès entraine sept séquelles d’un intérêt variable (Amityville 2 reste un des meilleurs métrages de possession) puis deux reboots en 2005 et 2017. Sans oublier plus de cinquante (!) petits budgets qui tentent de grapiller des miettes du succès et virent souvent dans le n’importe quoi assumé (Amityville In Space, Amityville Shark House, Amityville Emmanuelle,…). De nombreux livres d’enquête furent également publiés. David Didelot, fanéditeur et romancier bien connu, s’avoue obsédé par cette histoire à laquelle il a déjà consacré plusieurs zines et un excellent roman (« Destination Amityville »). Cette fois, il affiche l’ambition de livrer le compte-rendu définitif sur cette affaire et d’en démêler le vrai du faux.

Dans Amityville, l’auteur revient d’abord longuement sur le sextuple meurtre de DeFeo, probablement commis avec la complicité de sa sœur et rappelle les liens de cette famille avec la Mafia. Car, derrière la façade paisible, se cache une réalité moins reluisante composée de non-dits et de violence : fascination des armes, drogues, alcoolisme, délinquance,… L’auteur s’intéresse ensuite aux Lutz, soi-disant victimes de « 28 jours de terreurs » à Ocean Avenue. Là encore des individus moins parfaits que l’image d’Epinal ensuite véhiculée par le cinéma. Le gros morceau, « un formidable canular », annonce la couleur et tant pis pour ceux qui continuent de croire à cette histoire extravagante. David Didelot reprend la chronologie, les faits, les enquêtes des spécialistes du paranormal (dont les fameux époux Warren vu sans la saga The Conjuring), les contradictions des uns et des autres. A coup de citations toujours documentées et précises, il pointe les changements dans les témoignages des Lutz et révèle la vérité sur George Lutz, bien loin de l’innocent ignorant qu’il a présenté à la presse dans les années ’70.

Bref, Didelot démonte la supercherie et l’exploitation commerciale très lucrative de ce canular élaboré au cours d’une soirée bien arrosée. Mais il ne peut conclure sans évoquer la place prise par « l’icône des maisons hantées » dans l’inconscient collectif. Dès lors, la dernière partie du livre énumère la descendance littéraire de l’affaire et les (trop) nombreux films qui en furent tirés. Pour tous les amateurs de déconstruction du paranormal et les curieux de cette incroyable histoire, voici donc un ouvrage indispensable, rigoureux et très documenté qui met un point final à cinquante ans d’élucubrations et de charlatanisme.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Cinéma, #Fantastique, #Histoire vraie, #Paranormal

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Publié le 15 Décembre 2025

LES AVENTURES D’UN APPRENTI GENTLEMAN de Mackenzi Lee

Premier volet d’une trilogie de romans d’aventures historiques et de romance teintés d’un soupçon de fantastique, LES AVENTURES D’UN APPRENTI GENTLEMAN se déroule au début du XVIIIème siècle. Henry Montague, dit Monty, est, comme le titre l’indique, un apprenti gentleman et, surtout, un libertin débauché vivant dans le luxe et l’oisiveté. C’en est trop pour son paternel autoritaire, bien décidé à lui remonter les bretelles et à l’obliger à se prendre en main. Après avoir accompli son formateur « tour d’Europe », Monty s’occupera du domaine familial. Le voilà donc parti à l’aventure en compagnie de sa sœur, Felicity, et de son ami Percy, un métis dont il est secrètement amoureux. Mais le voyage ne sera pas de tout repos : Monty dérobe, par jeu, une babiole appartenant au duc de Bourbon. Ce-dernier se lance alors à la poursuite du trio…

Bien documenté, voici un excellent roman historique agrémenté d’une bonne dose d’aventures, d’une romance pas trop envahissante et d’un humour bien dosé. Le livre se termine d’ailleurs par une postface éclairante qui explique les « Tours d’Europe » mais aussi la place des femmes, des métis ou des homosexuels à cette époque.

Le récit reste cependant léger, sans lourdeur didactique ou militante, déroulant une très agréable aventure qui permet au lecteur de voyager à travers l’Europe du début du XVIIIème siècle à la poursuite d’un secret alchimique apportant une petite touche de fantastique bienvenue.

Les trois personnages principaux sont fort bien brossés et loin des héros « tout d’un bloc » souvent croisés dans ce genre de récit. Le bouillonnant, impulsif et parfois capricieux Monty est loin d’être parfait : il se montre irréfléchi, exubérant, provocateur, protégé par son titre et sa fortune. Il se refuse d’ailleurs à y renoncer, même par amour. A ses côté, le posé et bien conscient de sa situation peu enviable Percy apporte le contre-point nécessaire pour calmer ses exubérances. Enfin, la « belle et rebelle » Felicity rêve de poursuivre des études inaccessibles à une femme. Ils croisent des nobles français retors, des bandits de grand chemin et même une très charmante bande de pirates, véritables bras cassés des mers en quête de pardon. L’évolution des protagonistes est réelle mais également réaliste tout au long de l’intrigue et Monty apparait comme bourré de défauts sans jamais perdre son côté attachant. Les relations et les dialogues sont également réalistes : Felicity accepte l’homosexualité de son frère mais sans vraiment la comprendre ou l’encourager. Elle ne vit pas non plus de romance annexe et garde, tout au long du livre, son côté frondeur et énergique.

Notons également que pour un roman estampillé « Young Adult » la plume de l’autrice se montre élégante, raffinée sans tomber dans la pédanterie pseudo-historique, et qu’elle gère fort bien le rythme d’un récit au long cours de plus de 500 pages. D’autant qu’à la fin on a envie de poursuivre immédiatement avec le second tome, cette fois centré sur Felicity, la « lady rebelle ».

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Aventures, #Historique, #Fantastique, #Young Adults, #romance, #LGBT

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Publié le 1 Décembre 2025

LA QUETE ONIRIQUE DE VELLIT BOE de Kij Johnson

Publié de manière posthume, LA QUETE ONIRIQUE DE KADATH L’INCONNUE est un des rares textes au format du roman de H.P. Lovecraft. Il se situe dans l’univers des contrées du rêve, un versant plus axé sur la Fantasy du Mythe de Cthulhu même si on y retrouve certaines similitudes, comme la présence de Nyarlathotep, le Chaos Rampant. C’est un texte très descriptif, qui aurait sans doute demandé des révisions et du polissage, mais le décès de Lovecraft ne nous a laissé que cette œuvre disons…brute. Quelques beaux passages évocateurs mais une variation sur Alice et le Magicien d’Oz souvent très difficile à lire et pas toujours passionnante. Le roman a ses fans, je n’en suis pas, même si je lui reconnait certaines qualités.

Bref, Kij Johnson décide d’en offrir un reboot plus moderne. Pourquoi pas. Elle est femme et dans l’air du temps, sa réécriture sera donc féminine voire féministe car elle veut « explorer sa faille la plus patente : la place qu'il [HPL] y réserve aux femmes. »

Lauréate du World Fantasy Award pour cette relecture, Kij Johnson semble avoir réussi son pari et beaucoup de critiques se sont enthousiasmés à l’idée de lire un « pastiche lovecraftien » dont les principaux protagonistes sont des femmes. Lesbiennes, bisexuelles ou asexuelles en prime. Dans l’air du temps…Et pourquoi pas ? A condition que Kij Johnson ait autre chose à proposer que cette inversion des genres. Car son texte s’avère presque aussi difficile d’accès que celui de Lovecraft. Non par excès de complexité mais simplement parce qu’il ennuie. Beaucoup. L’intrigue est pourtant toute simple. Nous sommes dans le lieu commun le plus classique de la Fantasy : la quête d’un héros (ou d’une héroïne) partant à la découverte de contrées inconnues. Vellit Boe tente de retrouver une de ses étudiantes, partie avec un homme venu du monde de l’éveil. Comme Bilbo, elle part à l’aventure et nous avons droit à l’histoire d’un aller-retour jusqu’au royaume de ce bon vieux Randolph Carter. Lui il n’est pas cool. C’est l’idiot, l’homme blanc hétéro cisgenre misogyne. Il faudra très longtemps à Vellit Boe pour le rejoindre et c’est peu dire qu’on sent les pages passer, même si le tout fait seulement 180 pages…

Après la première vague de continuateurs lovecraftien (dont les œuvres furent jadis publiées dans de jolis recueils en France), le soufflet semblait quelque peu retombé. HPL était devenu, pour certains, persona non grata. En cause son racisme, son antiféminisme et son côté conservateur, voire réactionnaire. Le pauvre vit même son buste retiré des trophées de la Fantasy. Puis, depuis une dizaine d’années, est arrivé une nouvelle génération d’auteurs ambivalents, soucieux de proposer eux aussi des lovecrafteries mais policées, acceptables, débarrassées des « problèmes » des textes originaux. Encore une fois, pourquoi pas. LES AGENTS DE DREAMLAND ou LA BALLADE DE BLACK TOM ont prouvé qu’il était possible de proposer des textes relevant du Mythe de manière plus moderne et inclusive (pour ne pas dire « woke »). Mais, encore une fois, ils proposaient des récits novateurs  qui utilisaient à bon escient le Mythe. Or Kij Johnson (qui avait pourtant signé l’excellent UN PONT SUR LA BRUME) se limite à pomper le pauvre HPL en le rendant « compatible » avec les mentalités des années 2000. Et tout ça manque d’ampleur, de visions dantesques, d’émerveillement,…de tout ce qui est nécessaire à soutenir un voyage très plat. Et très long. Nous suivons donc notre héroïne sur presque deux cents pages joliment illustrées de. Deux cents pages de… rien. Du vide. Des péripéties reprises de Lovecraft mais sans la force de ses descriptions et le côté « ouah » de sa prose, aussi ampoulée qu’elle puisse parfois paraitre. L’impression d’assister à un « high concept » en pleine action. Genre « tiens si je réécrivais Jane Austen avec des zombies ? ». Ou « et si je mettais Abraham Lincoln et des vampires ensemble ? » Ou « et si je réécrivais un roman de Lovecraft avec une femme au lieu d’un homme tous les critiques bobo branleurs en gicleraient dans leur pantalon ».

LA QUETE ONIRIQUE DE VELLIT BOE est donc un remake fade, aseptisé, bien-pensant, politiquement correct, sans un poil qui dépasse et tellement progressiste qu’il en tombe des mains. On hésite entre le foutage de gueule et la colère. Un petit point pour les illustrations et les 20 premières pages, qui semblaient prometteuses. Le reste partira à la poubelle.

LA QUETE ONIRIQUE DE VELLIT BOE de Kij Johnson

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Fantastique, #Fantasy, #Lovecraft, #Attention c'est nul

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Publié le 16 Novembre 2025

SKINWALKER de Gabriel Katz & Steven Dondt

Le romancier Gabriel Katz (AETERNIA, LE PUIT DES MEMOIRES, EXCALIBER,…) s’essaie à la scénarisation de bande dessinée avec cette histoire complète en 92 pages (plus quelques recherches et croquis). De quoi traite ce récit ? De skinwalker, une variante des loups-garous issu des croyances amérindiennes et plus spécifiquement Navajo. Ces « marcheurs de peau » sont donc des métamorphes capables de se changer en monstres redoutables mais contre lesquels les balles d’argent se révèlent inefficaces. L’amateur a pu en croiser, sous le nom d’Animagus, chez HARRY POTTER, ou encore dans un épisode de la série « Supernatural » et dans quelques séries B horrifiques.

L’intrigue démarre donc en 1870, après un prologue mystérieux concernant un interné nommé Fletcher. Nous nous retrouvons donc à suivre une cantatrice en déclin n’ayant plus guère d’admirateurs à la quarantaine. Bref, elle « aurait dû en épouser un plus tôt ». Le salut viendra d’un de ses derniers fans, lequel lui lègue une propriété aux allures de château dans le Far West. Notre diva part donc, avec une grande quantité de bagages, pour la poussière et les dangers mais escortée par un pistolero vieillissant et sa nièce, Jo. Là, ils vont se heurter aux skinwalkers…

Classique et efficace, Gabriel Katz déroule une histoire prenante située dans un cadre western bien rendu par les dessins de Steven Dondt, au style personnel et percutant. Le déroulé transpose les incontournables du survival horrifiques dans le cadre du Far West, avec un côté sanglant et aride hérité du Western Spagh’. Le dernier tiers, sous forme de siège, évoque immédiatement « La nuit des morts vivants » ou, pour prendre une référence moins ancienne, « Dog Soldiers ».

Quelques notes d’humour émaillent ce scénario bien mené qui offre une progression rapide du suspense et une poignée de scènes saignantes pour une décoction entre western, fantastique et horreur  sur le mode du survival. Pas révolutionnaire mais très plaisant, voici une bande dessinée confectionnée à la manière d’une bonne série B des années ’80 (ce n’est pas péjoratif, que du contraire !) qui ne demande qu’à être adaptée pour l’écran tant son rythme et son découpage s’avèrent, déjà, totalement cinématographique. Une réussite.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Western, #Horreur, #Fantastique, #bande dessinée

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Publié le 13 Octobre 2025

PETRIFIED de Graham Masterton

Les romans de Graham Masterton, depuis une quinzaine d’années, sont souvent « hit » ou « miss », autrement dit pour une réussite on trouve généralement deux ratés. Hélas, PETRIFIED appartient à cette deuxième catégorie. Second volet des aventures de Nathan Underhill (après BASILISK), nous retrouvons donc notre scientifique persuadé que les créatures mythologiques ont un jour existe. Il essaie ainsi de recréer le légendaire Phénix dans l’espoir de guérir les blessures des grands brûlés. Un autre savant tente, de son côté, de redonner vie aux Gargouilles, jadis pétrifiées par les membres de l’Eglise, afin, bien sûr, de devenir le maitre du monde (rire sardonique !). A cela s’ajoute une enquête policière assez classique et un père désespéré d’avoir causé un accident de voiture dans lequel sa petite fille a été défigurée par le feu. Secouez tout cela et vous obtenez un cocktail assez indigeste, qui ressemble à l’équivalent littéraire d’un téléfilm SyFy ou The Asylum. Rien n’est donc très plausible, c’est le moins qu’on puisse dire, dans ce récit qui a toutefois le mérite d’avancer à bon rythme et sans trop laisser le temps au lecteur de s’interroger sur toutes les invraisemblances proposées.


Le problème de PETRIFIED est qu’il est impossible d’arriver à une suspension d’incrédulité suffisante pour accepter les décisions des personnages (avec une mention pour le savant qui s’automutile pour tester son remède). Et que ces derniers acceptent bien trop facilement l’existence du surnaturel. Deux éléments qui, associés au sérieux papal de l’intrigue (alors qu’avec de tels prémices il eut sans doute été plus judicieux de jouer la carte de l’excès autoparodique) rendent le tout difficile à terminer. Encore une fois seule la pagination réduite et le rythme soutenu permettent de le lire jusqu’au bout, le métier de l’auteur sauvant ce qui peut l’être…c’est-à-dire pas grand-chose.

Sans doute un des plus mauvais romans de Masterton…

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Graham Masterton, #Horreur, #Fantastique

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