Publié le 20 Décembre 2025
Tous les « fantasticophiles » connaissent Amityville, paisible station balnéaire de la lointaine banlieue new-yorkaise jumelée avec Le Bourget. Pour les historiens, c’est de là que partit Lindbergh pour sa première traversée transatlantique. Pour les afficionados de l’épouvante, la bourgade reste célèbre pour une autre raison : la demeure d’Ocean Avenue, située au N°112, supposée hantée. Probablement l’affaire la plus connue du paranormal, au point que le logis a été surnommé « la maison la plus hantée d’Amérique ».
Résumons en quelques lignes : dans la nuit du 13 novembre 1974, Ronald DeFeo, âgé d’une vingtaine d’années, exécute ses parents et ses quatre frères et sœurs. Il sera condamné à six fois la perpétuité et mourra en prison en 2021. En 1975, une nouvelle famille, les Lutz, emménage dans la maison. Ils y restent seulement 28 jours puis affirment qu’ils furent harcelés pratiquement constamment par une force démoniaque. Jay Anson en tire un récit soi-disant authentique, devenu best-seller, suivi par une dizaine de livres (pour la plupart écrit par John G. Jones). L’affaire prend une envergure mondiale avec la sortie du film de Stuart Rosenberg, Amityville la maison du diable, en 1979. Son succès entraine sept séquelles d’un intérêt variable (Amityville 2 reste un des meilleurs métrages de possession) puis deux reboots en 2005 et 2017. Sans oublier plus de cinquante (!) petits budgets qui tentent de grapiller des miettes du succès et virent souvent dans le n’importe quoi assumé (Amityville In Space, Amityville Shark House, Amityville Emmanuelle,…). De nombreux livres d’enquête furent également publiés. David Didelot, fanéditeur et romancier bien connu, s’avoue obsédé par cette histoire à laquelle il a déjà consacré plusieurs zines et un excellent roman (« Destination Amityville »). Cette fois, il affiche l’ambition de livrer le compte-rendu définitif sur cette affaire et d’en démêler le vrai du faux.
Dans Amityville, l’auteur revient d’abord longuement sur le sextuple meurtre de DeFeo, probablement commis avec la complicité de sa sœur et rappelle les liens de cette famille avec la Mafia. Car, derrière la façade paisible, se cache une réalité moins reluisante composée de non-dits et de violence : fascination des armes, drogues, alcoolisme, délinquance,… L’auteur s’intéresse ensuite aux Lutz, soi-disant victimes de « 28 jours de terreurs » à Ocean Avenue. Là encore des individus moins parfaits que l’image d’Epinal ensuite véhiculée par le cinéma. Le gros morceau, « un formidable canular », annonce la couleur et tant pis pour ceux qui continuent de croire à cette histoire extravagante. David Didelot reprend la chronologie, les faits, les enquêtes des spécialistes du paranormal (dont les fameux époux Warren vu sans la saga The Conjuring), les contradictions des uns et des autres. A coup de citations toujours documentées et précises, il pointe les changements dans les témoignages des Lutz et révèle la vérité sur George Lutz, bien loin de l’innocent ignorant qu’il a présenté à la presse dans les années ’70.
Bref, Didelot démonte la supercherie et l’exploitation commerciale très lucrative de ce canular élaboré au cours d’une soirée bien arrosée. Mais il ne peut conclure sans évoquer la place prise par « l’icône des maisons hantées » dans l’inconscient collectif. Dès lors, la dernière partie du livre énumère la descendance littéraire de l’affaire et les (trop) nombreux films qui en furent tirés. Pour tous les amateurs de déconstruction du paranormal et les curieux de cette incroyable histoire, voici donc un ouvrage indispensable, rigoureux et très documenté qui met un point final à cinquante ans d’élucubrations et de charlatanisme.
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