Publié le 19 Juillet 2021

SI CA SAIGNE de Stephen King

Stephen King se montre généreux. Au lieu de publier quatre courts romans, il les assemble dans un gros recueil à la manière de DIFFERENTES SAISONS. Voici donc un copieux bouquin (450 pages) qui alterne le meilleur et le…moins convaincant.

Dans la première nouvelle, « Le téléphone de Mr Harrigan », un jeune garçon fait la lecture à un vieil homme pas spécialement recommandable, en tout cas capable d’une grande rudesse envers ses ennemis. Celui-ci fait l’acquisition d’un Iphone et ne peut plus vraiment s’en détacher. Lorsqu’il meurt le garçon enterre Mr Harrigan avec son téléphone. Ce qui leur permet de reste en contact, le décédé accomplissant les souhaits de l’enfant. Si le début rappelle un peu « Un élève doué » pour cette amitié qui se noue entre un garçon et un vieillard, le récit dévie rapidement vers un récit de vengeance post mortem. Très classique mais bien mené, un peu à la manière des bandes dessinées TALES FROM THE CRYPT, voici du King en pilotage automatique mais qui assure le boulot. Et même très bien ! (4/5)

La seconde novella, LA VIE DE CHUCK, déstabilise. Elle débute par la présentation d’un monde apocalyptique dans lequel tout se détraque (Internet, l’électricité, etc.) tandis que des messages de remerciement à un mystérieux Chuck se multiplient. Chuck est décédé à 39 ans et avec lui le monde se dirige vers sa fin. Ensuite, nous remontons le temps à deux étapes de la vie de ce Chuck, d’abord âgé de près de 30 ans et emporté dans une danse improvisée par la rythmique d’un musicien de rue. Et ensuite, alors que Chuck à 7 ans et qu’il vient de perdre ses parents. L’intrigue est originale (surtout par sa chronologie inversée), avec un côté monde truqué que n’aurait pas renié Philip K. Dick. La morale (évidente) affirme que lorsqu’un homme meurt un univers entiers disparait. Efficace et mélancolique, bien écrite et prenante, du grand King, sans doute le récit le plus réussi de cette anthologie. (4/5)

SI CA SAIGNE aurait pu être publié de manière indépendante vu sa longueur (200 pages). De plus il s’agit de la suite de L’OUTSIDER, lui-même spin off de la trilogie Mr MERCEDES. King revient donc une cinquième fois sur ses personnages favoris de ces dernières années : Holly, Jérome, etc. Ce « long court roman » (hum) reprend, grosso modo, le schéma de L’OUTSIDER : après une explosion dans une école, Holly soupçonne quelque chose de louche et entame une (languissante) enquête. Pour elle, un nouvel « outsider » est responsable, une sorte de vampire psychique qui se nourrit de la souffrance. Le principal suspect ? Un présentateur télé opportunément présent sur les lieux de différentes catastrophes. Sauf que, lassé d’attendre que la prochaine se produise, il a décidé de passer à la vitesse supérieure et de les provoquer…Bon, c’est peut-être personnel mais j’avoue que cette énième resucée ne m’a pas vraiment convaincu. Après un début intriguant, le roman s’enlise dans une intrigue peu originale et guère passionnante. Trop étiré pour constituer une nouvelle prenante ou, au contraire, trop ramassé pour permettre de développer la mythologie des vampires psychiques, le tout a le cul entre deux chaises. Les admirateurs inconditionnels de Holly seront cependant heureux de la retrouver même si cette nouvelle enquête n’apporte pas grand-chose par rapport aux précédentes. Bof. (2/5)

La dernière nouvelle, RAT, peine également à convaincre, surtout que le King a déjà traité bien souvent du thème de l’écrivain confronté à la page blanche. Ici un auteur de nouvelles part s’isoler pour enfin réussir à boucler son grand roman (un western) qu’il n’a jamais réussi à écrire dans le train-train du quotidien. Coincé par une tempête, dans une ambiance désespérante (un petit côté SHINING), l’écrivain s’apprête à vivre un nouvel échec : le bouquin qui partait si bien s’enlise et échoue sur une voie de garage. Que faire ? Un rat viendra proposer à notre romancier en galère un pacte faustien pour accéder à la notoriété. Encore un récit typé « tales from the crypt » qui semble un peu trop en pilotage automatique et souffre du défaut habituel de l’auteur, à savoir un délayage parfois visible, d’autant qu’ici la fin laisse quelque peu dubitatif. (2,5/5)

Au final, un recueil dont le lecteur ressort quelque peu mitigé, les deux premières nouvelles, très réussies, compensant les faiblesses des deux suivantes. Bref, King ne surprend pas vraiment avec SI CA SAIGNE mais rassure néanmoins sur sa capacité à encore proposer des textes de qualité. Tous les récits sont d’ailleurs déjà promis à de futures adaptations, au cinéma ou à la télévision.

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Publié le 16 Juillet 2021

LES SIRENES DE GOTHAM de Paul Dini

Cet album compile huit épisodes publiés en 2009. Premier détail, malgré le prix très attractif, une petite pages récapitulative aurait pu permettre au lecteur de mieux cerner la période dans laquelle il se trouve. Il doit donc se plonger dix ans en arrière, à une époque où Batman est supposé mort, où Jason Todd est revenu, où Dick Grayson assume le rôle et où Silence se fait passer pour Bruce Wayne. Le Sphinx, alias Ed Nigma, est passé du bon côté de la force et joue aux enquêteurs. Catwoman, Harley Quinn et Poison Ivy, de leur côté, se verraient bien super héroïnes et emménagent dans un refuge pour chats. Elles vont rencontrer divers méchants et croiser la route d’un nouveau Joker incarné par son ancien acolyte, le très jaloux Gaggy.

Gros récit lancé durant l’opération BATMAN : REBORN qui fait suite à FINAL CRISIS, BATMAN RIP (dans lequel Bruce meurt en apparence) et BATTLE FOR THE COWL (un combat entre les successeurs potentiels du Batman), LES SIRENES DE GOTHAM, créé par Paul Dini, durèrent 26 numéros. En voici les huit premiers, soit près de 200 pages de comics réussi avec des intrigues efficaces qui laissent la part belle aux trois personnages, auxquels s’ajoute le Sphynx. Des récits choraux avec l’apparition de nouveaux vilains et le retour de criminels oubliés comme le pathétique Gaggy, ancien séide du Joker lorsque celui-ci était dans sa « pire période » de clown en voiture bigarrée.

Catwoman (qui se remet de sa rencontre avec Silence), Harley (toujours déjantée et qui se languit de son poussin) et Poison Ivy (devenue la défenseuse de la « sève » un peu comme Swamp Thing), associées au Sphynx, vivent donc des aventures fort plaisantes qui permet aux relations parfois conflictuelles de se développer entre ces trois filles. L’humour est également présent et rend l’ensemble des plus sympathiques.
Ajoutons des dessins de haute volée qui mettent parfaitement en valeur nos sirènes sexy et nous obtenons un excellent recueil vendu en outre pour une bouchée de pain. Un investissement conseillé !

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Batman, #Comic Book, #DC

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Publié le 14 Juillet 2021

BRIGADE MONDAINE: LA BÊTE DU LUBERON de Michel Brice

La Brigade Mondaine. Une institution du roman de gare, débutée par Bernard Touchais et Gérard de Villiers en 1975. Elle se poursuivra jusqu’à la mort du genre, tué par les tablettes et autres conneries, près de quarante ans plus tard. Parmi les belles plumes dissimulées sous le pseudonyme collectif de Michel Brice : le philosophe réactionnaire Didier Goux, le journaliste sportif Jean-Philippe Chatrier, l’essayiste Philippe Muray, etc. 280 bouquins qui firent les belles heures des halls de gare avec leur titre explicite et leur couverture racoleuse. Beaucoup de déchets, forcément, dans ces intrigues abracadabrantes mêlant polar et érotisme, souvent violent et sadomaso. Mais, également, quelques bonnes pioches bis comme cette BETE DU LUBERON particulièrement déjantée.

Les héros sont toujours les mêmes clichés ambulants : le commissaire Boris Corentin, idéal du mâle alpha musclé au zob surdimensionné, sosie d’Alain Delon qui tombe toutes les filles entre 18 et 48 ans. Et son adjoint « Mémé » Brichot, bon père de famille pantouflard qui enquête mollement entre deux biberons et se désole de n’être pas en compagnie de ses enfants plutôt que sur la route du vice. L’originalité vient donc des méchants, souvent des aristocrates décadents qui organisent des partouzes ou zieutent des snuff. Cependant, ceux-ci s’avèrent, dans le cas présent, plus gratinés que de coutume. Nous avons ainsi un richard tenté par la politique qui adore assister à des spectacles zoophiles privés orchestré par un chatelain dans sa réserve naturelle. Mais il y a mieux : une scientifique façon Ilsa espère créer une « sous-race du sous-prolétariat » en fécondant des femmes par des…gorilles ! D’ailleurs, histoire d’entrainer le grand singe à remplir son…office, notre jeune femme s’offre régulièrement à l’animal en rut. Comme on dit…gare au gorille !

Le récit, débuté classiquement sur le modèle habituel des « Brigade Mondaine » (viol, chantage, suicide, etc.) bascule donc dans un n’importe quoi réjouissant. A la manière d’un film de science-fiction horrifique des années ’40 (style « The Ape Man ») revisité par un Ed Wood converti au porno sado-maso le roman délire pas mal et ne refuse rien. Mention spéciale également au tournage d’un film X par un cinéaste sur le retour qui investit la réserve pour tourner une orgie menée par des figurants maquillés façon hommes préhistoriques. Une vraie guerre du feu aux fesses.

Bref, LA BÊTE DU LUBERON c’est donc très con mais aussi très sexe, bien sadique et complètement déjanté. Avec la particularité appréciable de bénéficier d’un réel talent d’écriture, loin de la banalité d’une (trop) large portion des productions estampillées Gérard de Villiers. Ici, le lecteur sent l’application, comme si les auteurs voulaient soigner un maximum la forme pour compenser l’inanité du fond. Bien sûr, il faut se farder les habituelles manœuvres de séduction de l’irrésistible Boris Corentin, lesquels permettent des passages olés olés placés à intervalles réguliers mais dénués de la moindre originalité. L’enquête policière en elle-même se révèle aussi palpitante qu’un épisode de série télé allemande de fin d’après-midi. Beaucoup de bémols donc. Toutefois, le côté outrageux du récit et ce plan farfelu (remplacer les ouvriers par des hybrides hommes-singes engendrés par des esclaves sexuelles fécondées par des gorilles, carrément mon bon monsieur si c’est pas malheureux que fait la CGT ?) rend le tout distrayant.

L’ensemble fonctionne donc plaisamment (d’autres titres de la collection reposent, malheureusement sur des intrigues routinières écrites au kilomètre) et se révèle une lecture étonnamment divertissante dans les limites de ses modestes prétentions.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Erotique, #Polar, #Roman de gare

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Publié le 12 Juillet 2021

LE VILAIN PETIT CANARD (Les contes interdits) de Christian Boivin

La collection « les contes interdits » se fait remarquer chez les libraires depuis 3 ou 4 ans avec son principe simple : revisiter, façon trash, les contes de nos jeunes années, souvent surtout populaires via leurs adaptations Disney. La collection annonce la couleur : ce sera hard, glauque, réservé aux plus de 18 ans et toutes ces sortes de choses. Bon…découvrons.

LE VILAIN PETIT CANARD constitue une porte d’entrée comme une autre. Un conte pas très connu qui laisse beaucoup de liberté à l’écrivain. Va-t-on avoir droit à un canard mutant géant et cannibale ? Hélas, non ! L’auteur choisit de prendre comme vilain petit canard Clay, un geek basique, informaticien qui s’ennuie au boulot et attend le week-end pour jouer tranquille sur ses jeux vidéo. Notre asocial développe quand même un petit fantasme : sa voisine trop sexy qu’il n’ose pas aborder (évidemment). De toutes façons la belle est déjà en main et son mec aligne les superlatifs : musclé, beau, mystérieux, un peu étrange, ténébreux…Bref, notre canard n’a aucune chance. Cependant, Clay accepte une invitation à se rendre dans une boite goth S/M et là surprise…que devient-il ? Mais oui ! Un vampire ! Formidable, quelle originalité ! Surtout que la suite ne s’éloigne jamais des clichés attendus avec l’arrivée de chasseurs et le petit couplet « non les croix et l’eau bénite ne te font rien mais le pieu dans le cœur oui c’est du sérieux, vampire ou humain tout le monde en meurt ». Bref, LE VILAIN PETIT CANARD nous la joue bit-lit avec les quelques scènes chaudes attendues et les passages gore traditionnels. Pour justifier « l’interdit » le romancier y ajoute un peu de sadomasochisme, une golden shower et un brin de tortures. Pas grand-chose en somme, juste une manière de se différencier des innombrables histoires d’initiation érotico-vampiriques qui encombrent les librairies depuis qu’Anita Blake a débarqué dans les rayonnages.

Tout cela n’est donc pas passionnant mais a au moins le mérite d’être court (180 pages, c’est suffisant), quelque peu exotique (le bouquin vient du Canada et laisse libre cours au parlé du pays : ces party, ces chums, etc.) et référentiel (Iron Maiden, Mercyful Fate, A7X,…). Pas suffisant pour passionner tant l’intrigue semble prévisible et déjà lue et relue. Malgré une écriture passable, le tout s’apparente presque à une fan fiction et manque terriblement de maitrise et de professionnalisme. Un coup dans l’eau !

Une entrée en matière terriblement décevante et désespérément soft pour ce conte qui n’a, en définitive, pas grand-chose d’interdit. Bref, rien qui ne donne envie de poursuivre la série mais, par acquis de conscience, on fera quand même l’effort d’en lire deux ou trois autres avant de se forger une opinion.

 

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Fantastique, #Horreur, #Roman court (novella)

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Publié le 8 Juillet 2021

DOOMSDAY CLOCK de Geoff Johns & Gary Frank

Alan Moore a livré avec WATCHMEN un des classiques du genre super-héroïque. Evidemment, la possibilité d’une suite a du rapidement titiller DC Comics mais le mage barbu / illuminé érotomane / vieux baba cool / génie (rayez les mentions inutiles) n’en ayant plus rien à faire des encapés, il fallait trouver une nouvelle piste. Après l’aventure anecdotique mais plaisante de la préquelle BEFORE WATCHMEN, DC Comics tente cette fois l’impossible grand saut : amener les Gardiens dans l’univers DC de la Justice League. Pas une mauvaise idée surtout si on se souvient que les Gardiens devaient, à l’origine, être des super héros méconnus de la compagnie (Question devenant Rorschach par exemple).

Début des années ’90, sept ans après WATCHMEN. Le rôle d’Adrian Veidt, alias Ozymandias, l’Homme le plus intelligent du monde, a été découvert. Il doit à nouveau sauver le monde, au bord de l’embrasement généralisé, mais pour cela il a besoin du Dr Manhattan. Pour le trouver, il s’associe au psychopathe Rorschach (un nouvel individu porte le masque) et à Mime et Marionnette, un coupe de frappés du bocal proche du Joker et d’Harley. Ce petit monde débarque dans notre monde (enfin la Terre DC) au bord de l’apocalypse.

Très ambitieux, DOOMSDAY CLOCK a souffert de gros problèmes et de multiples retards, rendant le produit fini à la fois fascinant et quelque peu boiteux. Intrinsèque à l’univers complexe des Watchmen ? La récente série télévisée a prouvé que non. Cette dernière multipliait, elle-aussi, les lignes narratives, proposait des scènes apparemment absurdes et partait dans tous les sens…pour retomber sur ses pattes lors du final, créant une continuation cohérente et exemplaire de WATCHMEN. Geoff John veut apparemment réussir le même tour de force. Sauf que cela ne fonctionne pas toujours.

Le rythme en dent de scie se perd parfois dans des impasses narratives longuettes tandis que certains passages semblent sous amphétamines. Le sens général de nombreuses intrigues reste d’ailleurs nébuleux. A quoi servent vraiment les deux psychopathes Mime et Marionnette ? Mystère. Pourquoi détailler à ce point le background du nouveau Rorschach pour, au final, à peine l’utiliser ? Pourquoi réintroduire un Comédien ressuscité dont les actes auront finalement peu de conséquence ? Et fallait il vraiment recourir au trop éculé « Superman nous a attaqué nous ne pouvons plus lui faire confiance, c’est un méchant alien en fait, supprimons tous les encapés » ?

DOOMSDAY CLOCK de Geoff Johns & Gary Frank

Pas mal de défauts mais, pourtant, DOOMSDAY CLOCK fonctionne de manière générale. Le bouquin est épais, ambitieux (on le répète) avec une véritable volonté de proposer une histoire d’ampleur impressionnante. La construction progressive devant mener à l’affrontement entre Manhattan et Superman est bien gérée. Et puis la manière dont l’homme bleu tout nu interagit avec les personnages DC et brouille la ligne temporelle fonctionne avec des passages très imaginatifs : il met la lanterne verte hors de portée d’Alan Scott et un anneau disparait à notre époque. Superman soulève une voiture en 1938. Superman apparait pour la première fois dans les années 2000. Superboy se révèle. Superman…bref, les lignes temporelles et les univers multiples se téléscopent à coup de paradoxes et de modifications emberlificotées…Tout n’est pas clair, tout n’est pas évident et même en connaissant bien l’univers DC et les Watchmen certains détails échapperont au lecteur. Mais l’ambition (on en a déjà parlé ?) du comic impressionne. Geoff John a voulu proposer quelque chose d’important, une BD qui ne sera pas simplement l’aventure du mois et puis basta. Tout n’est pas réussi. Certains passages auraient pu (du !!!) être meilleurs. Mais DOOMSDAY CLOCK reste un grand comic, une histoire passionnante (dans l’ensemble) avec de nombreuses références à l’Age d’Or des comics (et plus généralement à l’univers DC), servie par des dessins absolument magnifiques. Un régal visuel total.

Si DOOMSDAY CLOCK n’atteindra jamais la réputation de son inspirateur, Geoff John a néanmoins accompli un très bon boulot et, malgré les bémols (réels et nombreux !) nous offre un classique quasiment instantané que l’on aura certainement envie de relire plusieurs fois pour en apprécier la richesse.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Comic Book, #DC, #Fantastique, #Justice League, #Batman

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Publié le 6 Juillet 2021

JUSTICE A TOUS LES ETAGES de Phil Elmore

Sorti en 2007, voici le premier des 27 romans que Phil Elmore a écrit pour la saga de l’Exécuteur. Les prémices sont intéressantes et rappellent quelque peu l’excellent « Magnum Force », la seconde aventure de Dirty Harry. Ici, un mystérieux justicier commence à massacrer des trafiquants de drogue et autres suprémacistes. Mack Bolan n’y trouverait sans doute guère à redire si le « vigilant » ne se laissait aller à une véritable frénésie meurtrière, ne se souciant pas des innocents qui tombent sous ses balles. Deux intrigues se développent alors en parallèle, la première sur la traque du justicier, la seconde sur un gaz mortel en passe d’être libéré par des agents communistes chinois.

Le bouquin avance à bon rythme, l’auteur ne se perdant pas en description ni en approfondissement de la psychologie de ses personnages, préférant se concentrer sur l’action. Il aurait sans doute était pertinent de creuser les similitudes entre Bolan et le nouveau vigilant mais Phil Elmore ne s’y attarde pas vraiment. L’addition de la seconde ligne narrative avec les méchants agents chinois « activés » pour commettre des attentats n’a pas beaucoup d’intérêt. A vrai dire une « simple » opposition entre Bolan et le vigilant Gary Rook aurait surement été plus intéressante, la faible pagination ne permettant pas de se concentrer sur cet aspect du récit et Gary Rook apparaissant trop rapidement comme un cinglé adepte du carnage gratuit. L’ensemble demeure un honnête « Exécuteur » qui se lit sans déplaisir mais ne sort pas vraiment de la routine de la série.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Aventures, #Exécuteur, #Roman de gare

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Publié le 2 Juillet 2021

SAGA OF THE SWAMP THING VOLUME 4 d'Alan Moore

Compilant les épisodes 43 à 50 (ce-dernier étant un double épisode anniversaire), cette nouvelle livraison consacrée à « La créature du marais » s’intéresse à un culte démoniaque, la Brujeria, dont l’objectif ultime consiste à détruire le Paradis. Cette histoire sert de fil conducteur à tous les épisodes proposés dans ce recueil mais Alan Moore scénarise également quelques récits périphériques, notamment une histoire très efficace, « Ghost Dance », au sujet de Sarah Winchester : appartenant à la famille des fabricants d’armes bien connus, cette Sarah se voit hantée par toutes les victimes de la fameuse carabine. Les âmes des morts l’obligent alors à sans cesse agrandir sa demeure et, au final, la maison Winchester, située en Californie, s’étend sur des dizaines de pièces. Aujourd’hui, supposée hantée, l’étrange construction est devenue une attraction touristique majeure et la légende urbaine est bien connue, notamment suite au récent long-métrage « La malédiction Winchester ». Alain Moore nous la dépeint de manière franchement sinistre au cours d’un épisode mémorable.

Alan Moore se voit aussi « forcé » de participer au fameux crossover CRISIS ON INFINITE EARTH ce qui permet, notamment, de rencontrer Alexander Luthor avant que l’auteur ne reprenne ensuite les rênes de son récit. Celui-ci se montre d’ailleurs moins abordable que les précédents recueils consacrés à Swamp Thing. Ce tome 4 invite en effet de nombreux protagonistes de l’univers « occulte » de chez DC. Outre l’inévitable magicien anglais John Constantine qui se taille la part du lion, le lecteur croise les moins connus (mais brièvement présentés par Neil Gaiman dans l’introduction) Spectre, Zatanna, Doctor Fate, Phantom Stranger, Mento, Deadman, etc. Une partie d’entre eux se retrouveront d’ailleurs bien des années plus tard dans la « Justice League Dark » de l’éditeur, déclinaison surnaturelle de la JLA au cœur d’aventures plus sombres voire horrifiques.

Davantage axé sur le côté super-héroïque (ou du moins « bigger than life ») de ces personnages que les trois volumes précédents, SAGA OF THE SWAMP THING reste du comics de haute volée, entre fantasy et horreur pure. Alain Moore continue à offrir au lecteur un « sophisticated suspense » (comme le dit la couverture) de bonne tenue. Toujours conseillé !

SAGA OF THE SWAMP THING VOLUME 4 d'Alan Moore

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Comic Book, #DC, #Fantastique, #Horreur, #Superhéros

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Publié le 28 Juin 2021

TU EN VOMIRAS TES TRIPES de Serge Jacquemard

Serge Jacquermard (1928 – 2006) débute sa carrière au début des années ’70 et devient rapidement un pilier du Fleuve Noir. Il publie beaucoup dans les collections phares, la « Spéciale Police » et « Espionnage » avec des titres qui donnent immédiatement envie : SAFARI SANG ET SEXE, MARIAGES BLANCS ET GARCES JAUNES, ESPIONS SECTION SEXE, EN SOUVENIR D’UN BORDEL SS. En 1980, il lance sa propre saga, celle des « Flics de choc » (qui sera adapté au cinéma dans un petit polar gentiment crapuleux typique des années ’80 au niveau sexe et violence). Là aussi, les titres annoncent la couleur : LA MARQUISE DU SEXE, CINE PORNO, PUTES CONNECTION, SEXO MANIAQUE, etc. Il endosse également, en 1987, l’identité fluctuante de Paul Kenny pour poursuivre jusqu’à son terme (à la fin des années ’90) les aventures de l’agent secret Francis Coplan.

TU EN VOMIRAS TES TRIPES est donc un des nombreux volumes des « Flics de choc » et on y retrouve une intrigue particulièrement invraisemblable et délirante. Donc bis et marrante. Parce que les polars de gare traditionnels et sans surprise c’est sympa deux minutes mais ensuite le lecteur en veut davantage. Et donc ici il se trouve confronté à deux intrigues qui, forcément, finiront par se rejoindre. Mais après beaucoup de circonvolutions improbables. D’un côté un truand à l’ancienne, du genre « ni arme ni haine ni violence », surnommé Maestro, cherche à monter un braquage dans une riche propriété. Mais pour cela il lui faut un expert en coffre-fort et le meilleur est pour le moment en prison. Qu’à cela ne tienne, il envisage de le faire évader. Or, son avocate, tombée amoureuse du voyou, a d’autres ambitions : le bonhomme ira au bout de sa peine et dans un an, libéré délivré, il deviendra un honnête homme. Ca c’est la première intrigue, classique mais déjà embrouillée. La seconde, elle, délire beaucoup plus : un mec complètement frappé sombre dans le sadisme le plus effréné. Il fréquente des prostituées qu’il flagelle joyeusement mais, peu à peu, ses sens s’émousse. Le bonhomme en veut plus. Il imagine donc d’infecter les belles de nuit avec le virus de la rage, bidouillé par ses soins pour devenir plus rapidement fatal. Les décès des putes passent inaperçus jusqu’au jour où le sadique tombe sur une riche héritière complètement maso qu’il infecte à son tour. Et voilà notre nymphette qui décède en bavant et en mordant. Comprenant la situation, la cousine de la défunte cherche à étouffer l’affaire, incinère le corps et lance son garde du corps sur les traces du détraqué pour résoudre le problème de manière expéditive.

En dépit d’un argot déjà difficilement compréhensible aujourd’hui, TU EN VOMIRAS TES TRIPES reste un polar rondement mené, bien ficelé en dépit du côté farfelu du récit. C’est rythmé, violent, saupoudré d’une petite touche sexy, parfois carrément saignant, et ça avance à plein gaz vers sa résolution où, de manière presque incroyable, les différents fils narratifs se rejoignent de manière satisfaisante. Alors bien sûr tout ça n’est pas de la grande littérature, on sent parfois un peu trop les ficelles de l’auteur qui se place surement en pilotage automatique pour toutes les scènes « d’enrobages » (les relations compliquées entre les différents flics par exemple) mais soigne suffisamment les passages chocs pour emporter l’adhésion. Trois heures de divertissement agréable qui donne envie d’en reprendre une louche et donc de lire l’un ou l’autre Flics de Choc supplémentaires.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Polar, #Roman de gare

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Publié le 25 Juin 2021

RAI - INTEGRALE TOME 2 de Matt Kindt

RAI constitue l’exploration futuriste de l’Univers Vaillant et se situe dans un Néo-Japon de l’an 4001 placé en orbite autour de la Terre. La nation est gouvernée par le Père, une intelligence artificielle normalement bienveillante et protégée par Rai, le bras armé de Père. Les centaines de millions de « néo Japonais » et leur androïdes positroniques vivent ainsi dans cet univers très cyberpunk. Mais Rai finit par se rebeller contre Père. Equipé d’une antique armure de combat X-O, il part affronter un Néo-Japon transformé en véritable monstre « mecha ». Cette deuxième intégrale (la dernière consacrée à la version 2015 du personnage) se divise en trois parties égales. Les premiers épisodes constituent la suite et la fin de l’affrontement entre Rai et son « Père », un combat qui prend une ampleur inédite et assume complètement l’influence manga / mecha / Kaiju avec son Rai transformé en guerrier X-O qui combat une ville flottante devenue un gigantesque dragon mécanique. Très divertissant et énergique.

La seconde partie se consacre au personnage de Rai et l’explore de manière plus fouillée, développant l’univers de ce quarantième siècle bien pensé, certes un peu classique dans sa prospection (les robots positroniques à la Asimov, le monde à la BLADE RUNNER, etc.) mais cohérent et efficacement agencé.

La troisième partie comprend quatre one-shots qui sont autant d’avenirs possibles pour quatre des principaux héros de l’univers Valiant, réimaginés pour l’an 4001 : Bloodshot, X-O Manowar, War Mother et Shadow Man. De courtes histoires uchroniques qui envisagent le futur lointain du « rooster » de la maison d’édition. Des numéros sans doute moins essentiels, voire quelque peu anecdotiques, mais qui n’en restent pas moins agréables à lire.

En résumé, une deuxième intégrale de haute volée pour ce personnage atypique, moins super-héroïque que simplement techno-futuriste, bien servi par des dessins réussis aux traits précis. Une lecture de qualité, comme souvent (toujours ?) avec Valiant Comics.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Comic Book, #Cyberpunk, #science-fiction, #Valiant Comics

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Publié le 21 Juin 2021

L'EMPIRE DU GRAAL d'Eric Giacometti & Jacques Ravenne

Onzième aventure du flic franc-mac Antoine Marcas, ce roman se rapproche résolument des standards du thriller ésotérique à la Dan Brown. L’intrigue s’avère par conséquent immédiatement intrigante et mixe de nombreux éléments qui attirent l’amateur du genre : une sépulture mystérieuse abritant un vampire, un micmac de l’Eglise à la recherche d’une relique et d’un miracle capable de relancer la foi, un enlèvement, un protagoniste référentiel (un auteur de…thrillers ésotériques !) faisant équipe avec Marcas,…Où tout cela conduit-il le lecteur ? Sur la piste du Graal, pourtant déjà trouvé par Indiana Jones et réinterprété par le DAVINCI CODE. Avec l’Atlantide, le saint calice reste la valeur sûre de l’aventure et, depuis des siècles, un objet de quête évident.

Toutes les légendes au sujet de la célèbre coupe répondent présentes et les auteurs nous balladent dans les hauts-lieux arthuriens : Winchester et sa table ronde, Glastonbury, Stonehenge, Brocéliande, le château de Comper, l’île d’Aval (Avalon ?) en Bretagne,… Les deux héros cherchent donc la tombe d’Arthur, suivent les traces de Merlin, etc. tout au long d’un jeu de piste agréable et bien mené, quoique légèrement répétitif : direction le point A pour y découvrir l’indice nécessaire à poursuivre le chemin vers le point B et on recommence. Les références obligées sont également présentes : l’occultiste Aleister Crowley, la mort de Jean-Paul 1er (qui, depuis « Le Parrain », est au cœur de bien des théories complotistes), etc.

Les romanciers y ajoutent un côté quelque peu iconoclaste et irrévérencieux avec cette Eglise qui décide d’organiser des miracles et s’inspire des recettes de « Star Wars » pour relancer la machine économique en perte de vitesse (et de croyants). Sans oublier quelques passages actuels et amusants, notamment cet « attentat » mammaire d’une bande de Femens qui retirent leurs habits de bonnes sœurs pour exhiber leur poitrine devant les dignitaires du Christ. Bref, la lecture fonctionne impeccablement… Jusqu’à la troisième (trop) longue partie, récit « historique » attribué à Chrétien de Troyes et qui entraine un complet basculement du récit dans le fantastique et l’allégorique. L’idée n’est pas mauvaise et la pirouette sur le pouvoir du Graal et la manière miraculeuse (au sens propre) dont Marcas s’en sort ne se montre pas gênante dans ce type de récit où domine le merveilleux. Mais fallait-il vraiment étirer cette troisième partie sur près de deux cents pages ? Ce pesant dernier peut se survoler : le lecteur a, de toutes façons, compris où les auteurs voulaient en venir et la morale de l’histoire, convenue mais bien amenée. Les révélations finales (sur Merlin) sont, par contre, plaisantes et compensent les précédents twists du récits (celui concernant l’identité réelle des méchants étant, par exemple, téléphoné !).

Au final, L’EMPIRE DU GRAAL se compose de 400 et quelques pages très divertissantes dans un style maintenant bien rodé (polar + thriller ésotérique + considérations philosophiques + notations franc-maçonniques + une touche de fantastique + thèses conspirationnistes + petites leçons d’Histoire), dans une tradition allant de Dan Brown à Valerio Evangelisti en passant par Henri Loevenbruck. Une lecture détente efficace et enlevée. Malheureusement, les auteurs y ont ajoutés 200 pages beaucoup plus lourdes et en grande partie inutiles qui atténuent grandement le plaisir ressenti à cette nouvelle livraison. Avis mitigé mais globalement positif.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Polar, #Thriller, #Historique, #Fantastique, #Esotérique

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