Publié le 13 Janvier 2021

SANS APPEL de Lewis B. Patten

Un des nombreux romans de Lewis B. Patten, SANS APPEL fut publié à la Série Noire (avec la mention « western ») ce qui n’est pas vraiment mensonger puisque, si le décor s’avère typique de l’Ouest, l’intrigue aurait pu se dérouler à de nombreuses époques.

L’essentiel du roman se résume à l’interrogation morale du principal protagoniste car, comme l’a chanté les Manic Street Preachers il y a bien longtemps « if you tolerate this then your children will be next ». Faut-il poursuivre le procès coûte que coûte et rendre un verdict d’acquittement pour échapper aux menaces et aux risques de représailles ou faut-il se diriger vers une condamnation avec l’éventualité de voir le sang couler ? Plus complexe qu’on le pense : si le héros laisse le méchant s’en tirer sans qu’il doive répondre de ses actes il sauve provisoirement sa fille kidnappée.. mais il sait également que plus personne ne sera ensuite en sécurité dans sa petite ville. Rassurés et se sentant invulnérables, les malfrats feront alors de la région un véritable enfer soumis à leur seul dictat. Le problème consiste donc à rendre justice tout en sauvant la jeune fille menacée.

Véritable spécialiste du western, Lewis B. Patten (1915 – 1981) a aussi signé des romans historiques ou destinés à la jeunesse. Dans le domaine de l’Ouest il se montra fort prolifique avec une centaine de bouquins publiés au Masque ou à la Série Noire. SANS APPEL, condensé en moins de 200 pages, se révèle fort efficace : il mélange des éléments de thrillers, d’action (avec une opération commande pour délivrer l’héroïne), de policier « procédural » avec le déroulé du procès et de questionnement sur la justice. Le tout se lit facilement grâce à des péripéties nombreuses, des personnages bien typés en quelques lignes évocatrices et des dialogues vivants et crédibles. Une réussite.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #western

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Publié le 11 Janvier 2021

SERIE NOIRE POUR COLS BLANCS de Mike Linaker

Mike Linaker est un auteur récurant de la saga EXECUTEUR (et de ses dérivés non traduits chez nous comme PHOENIX FORCE et STONY MAN) : plus de 50 bouquins écrits dont (à ma connaissance) seuls 3 furent traduits en français. Celui-ci constitue une bonne série B dans la tradition des aventures de Mack Bolan : Frank Carella découvre que les gilets pare-balles proposés aux militaires américains sont en deçà des normes et posent de graves problèmes de sécurité. Les informations, dissimulées sur une clé USB, deviennent l’enjeu d’une lutte à mort entre l’Exécuteur et des factions rivales.

Bénéficiant d’une intrigue plutôt originale et d’un sujet intéressant (la corruption au sein de l’armée), SERIE NOIRE POUR COLS BLANCS déroule son récit sur un rythme alerte avec une course-poursuite rondement menée dont l’intensité ne faiblit pas. Un brin plus orienté vers le techno-thriller que la moyenne des aventures de notre Guerrier préféré, SERIE NOIRE POUR COLS BLANCS aurait sans doute bénéficié d’offrir quelques développements supplémentaires au sujet des magouilles politico-militaires mais le format très carré (200 pages et puis c’est tout) n’autorisent guère de digressions puisque tout, ou presque, est sacrifié à l’action. Car, en dépit de ses prémices différentes de beaucoup d’autres romans de la série (plus portés sur la lutte contre la Mafia, les gangs ou les terroristes), SERIE NOIRE POUR COLS BLANCS n’en demeure pas moins, essentiellement, un bouquin d’action pur et dur, viril à souhait, qui sent la testostérone et file à cent à l’heure vers sa confrontation finale aussi attendue que nerveuse.

Avec ce 374ème ( !!!) roman, l’EXECUTEUR reste une valeur sure de la littérature de divertissement musclée. Il ne faut pas en attendre, évidemment, un futur Prix Nobel de littérature mais simplement l’assurance de trois heures de délassement sans prise de tête, entre explosions, bagarres à mains nues, fusillades et autres destructions massives. Si Hollywood daignait se pencher sur le sujet cette ), SERIE NOIRE POUR COLS BLANCS (comme bien d’autres « Mack Bolan ») donnerait certainement un film explosif et réjouissant entre John Wick, le Punisher et la trilogie des «…has fallen » avec Gerard Butler. Sympa !

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Aventures, #Exécuteur

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Publié le 9 Janvier 2021

LES EXTRAORDINAIRES AVENTURES DE KAVALIER & KLAY de Michel Chabon

Brique de plusieurs centaines de pages, fresque de l’Amérique de la fin des années 30 au début des années 50, LES EXTRAORDINAIRES AVENTURES DE KAVALIER & KLAY constitue également une impressionnante biographie fantasmée de deux jeunes dessinateurs qui n’ont jamais existé mais dans lesquels les lecteurs reconnaitront un mélange de Jack Kirby, Stan Lee, Will Eisner, Jerry Siegel, etc.

Josef, jeune juif ayant fui Prague devant l’occupation nazie et son cousin Sammy, créent, en 1939, un nouveau super-héros inspiré d’Houdini qu’ils nomment l’Artiste de l’Evasion. Ils connaissent le succès avec ce personnage atypique, créent ensuite de nombreux autres héros en collants et traversent une vingtaine d’années de l’histoire américaine, de l’essor des comics à leur anathème sous prétexte de subversion de l’innocence.

A ce vaste panorama d’un monde en mutation, l’auteur ajoute des références, soit réelles soit inventées, à d’innombrables bandes dessinées et super-héros qui ancrent le roman dans une réalité alternative où Kavalier et Klay ont bel et bien inventé le personnage très populaire de l’Artiste de l’Evasion puis bien d’autres encapés plus ou moins délirants. Michel Chabon pimente encore son intrigue d’une pincée de mysticisme judaïque par de fréquents détours vers le mythe du Golem de Prague considéré, en quelque sorte, comme le super-héros originel.

L’auteur, très intéressé par les questions de judaïcité, avait livré le réputé CLUB DES POLICIERS YIDDISH qui, en dépit d’un grand schlem critique (Hugo, Nebula et Locus) m’était tombé des mains à mi-parcours. Heureusement, LES EXTRAORDINAIRES AVENTURES DE KAVALIER & KLAY se montre bien plus prenant en dépit des nombreuses digressions et de quelques longueurs. L’auteur aborde donc la manière dont les comics se sont imposés comme culture dominante durant la Seconde Guerre Mondiale, passant de divertissements enfantins à véritables outils de propagande avant de connaitre leur déclin durant l’après-guerre. Par la suite ils seront accusés de tous les maux par Fredric Wertham et son SEDUCTION DES INNOCENTS qui provoquera une crise dont les comics auront bien du mal à se relever.

Chabon parle également de l’immigration juive, de la place de ces derniers dans l’Amérique des années 30 et suivantes, d’homosexualité, de la guerre (et ses conséquences),… Bref voici une grande épopée qui, en racontant les petites histoires de deux types presque ordinaires, évoque en toile de fond la grande histoire du milieu du XXème siècle. Enrichi de notes de bas de page nombreuses et de références à des livres ou à des magazines, parfois authentiques, souvent fictionnels, LES EXTRAORDINAIRES AVENTURES DE KAVALIER & KLAY constitue une peinture assez enthousiasmante du milieu du XXème siècle et du rêve américain vu par deux immigrés juifs en quête de reconnaissance artistique. Si l’ensemble se montre parfois quelque peu difficile à digérer de part ses nombreuses références et sa longueur (près de 900 pages bien tapées !) LES EXTRAORDINAIRES AVENTURES DE KAVALIER & KLAY s’avère enrichissant et très satisfaisant, voire passionnant. Un beau pavé à déguster récompensé par le Pulitzer, carrément!

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Comic Book, #Historique

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Publié le 6 Janvier 2021

LES TERRES CREUSES (LES DANSEURS DE LA FIN DES TEMPS 2) de Michael Moorcock

La saga des « Danseurs de la fin des temps » de Michael Moorcock s’intéresse à une poignée d’hommes vivant à… « la fin des temps » (c’était facile à deviner !). Devenus pratiquement immortels, décadents et uniquement préoccupés de leurs plaisirs et de leurs divertissements, nos arrière-arrière-arrière-etc. descendants oisifs s’ennuient car, comme disait l’autre, « l’éternité c’est long, surtout vers la fin ». L’un d’entre eux, Jherek Carnelian, nouveau J.C. comme on en rencontre beaucoup chez Moorcock (Jerry Cornelius, Corum Jhaelen et, forcément, Jésus-Christ) décide donc de tomber amoureux. Il choisit comme élue Amelia Underwood, prude jeune femme de la fin du XIXème siècle et, bien sûr, tout ne sera pas simple. Après UNE CHALEUR VENUE D’AILLEURS, ce deuxième tome poursuit la série avec un retour de Jherek dans le Londres victorien où il retrouve sa promise. Il y rencontre également H.G. Wells, très intéressé par ce personnage semblant tout droit sorti de son roman LA MACHINE A EXPLORER LE TEMPS, des pirates extraterrestres et des guerrières nues venues du futur. Bref, c’est la pagaille !

Datant du milieu des 70’s, LES TERRES CREUSES anticipe joyeusement le courant steampunk (dont la naissance « officielle » date du début des années 80). Notons cependant que les premiers exemples de ce sous-genre littéraire sont contemporains de la saga de Moorcock et s’inspirent tous de Wells : MORLOCK NIGHT de K.W. Jeter et LA MACHINE A EXPLORER L’ESPACE de Christopher Priest. Le roman de Moorcock inaugure aussi la tradition du clin d’œil, le mélange de faits et fictions et les rencontres entre personnages historiques et protagonistes imaginaires qui seront, par la suite, indissociables du steampunk.

LES TERRES CREUSES témoigne aussi d’un esprit libertaire, baba cool et hippie de la SF dans ses thématiques mais aussi dans sa manière de bousculer les conventions sans se prendre au sérieux. Car le roman reste essentiellement une comédie, avec ces scènes / gags variablement inspirés (une des réussites nous montre le héros confondant une bicyclette avec une machine temporelle) et même sa grosse bagarre finale complètement loufoque où ne manquent que les tartes à la crème.

L’essentiel repose donc sur le comique de situation et les dialogues décalés, parfois théâtraux, l’intrigue n’étant, évidemment, pas prioritaire quoique le romancier soigne sa romance par-delà les millénaires, seul point véritablement traité avec sérieux dans ce déluge de situations cocasses. Si le lecteur peut parfois penser que Moorcock tire sur la ficelle en se disant que les plus courtes sont les meilleurs, l’ensemble reste divertissant et offre 200 pages plaisantes et souvent amusantes, à déguster entre deux lectures plus exigeantes.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Humour, #science-fiction

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Publié le 3 Janvier 2021

RECITS CHTONIENS de Brian Lumley & co

La courte introduction générale nous permet de mieux connaitre Brian Lumley, considéré comme un des meilleurs disciples de Lovecraft, et nous présente une série de nouvelles signées par l’auteur et ses épigones, lesquels reprirent à leur compte les créations (grimoires, Anciens, lieux imaginaires) de Lumley.

L’anthologie comprend donc 2 nouvelles de Brian Lumley, accompagnées d’un court poème. « Un monde de béton » se montre une jolie réussite qui lie des activités sismiques inhabituelles au réveil des Grands Anciens. Bien sûr, l’amateur de Lovecraft connait bien ce récit déjà publié, au choix, dans HUIT HISTOIRES DE CTHULHU, COMPARTIMENT TERREUR, LEGENDES DU MYTHE DE CTHULHU 2, LA CHOSE DES TENEBRES ou L’INTEGRALE LOVECRAFT…Cela reste cependant un véritable classique (le nombre de publication ne ment pas sur la qualité de la nouvelle !) qui réussit à reprendre un thème typiquement lovecraftien et des procédés éprouvés (dont l’interruption de l’histoire par l’irruption des forces maléfiques) tout en le modernisant. La deuxième nouvelle, « Spaghetti », est inédite en français : longue d’une cinquantaine de pages, elle s’intéresse à deux « chercheurs de trésor » décidés à découvrir une fortune en pièces anciennes dissimulées dans une vieille demeure promise à la démolition. Bien qu’elle ne soit pas spécialement originale, l’intrigue se montre efficace et prenante, mêlant les éléments coutumiers de Lovecraft (demeure maudite, grimoires sinistres, sorciers reclus,…) à un contexte plus moderne. Le tout prend de l’ampleur au fil du récit pour se conclure de belle manière sur une chute teintée d’humour noir.

Tous les autres récits sont inédits et souvent écrits par des auteurs peu connus. Ils utilisent des thématiques souvent classiques entre hommage et (plus rarement) second degré comme par exemple dans l’étrange « Aspiratout ». On croise dans ces nouvelles l’asile d’aliénés d’Oakdeeene (où Jack l’éventreur a terminé ses jours), le démon du vent Ithaqua, assimilé au Wendigo, etc.

Globalement, la plupart des histoires sont d’un bon niveau et, comme celles de Lovecraft, mélangent science-fiction, fantastique, mythologie dévoyée, horreur et aventures. « Infiltration », « Le Temple de Yig » et « Laissez venir les Vers » sont relativement traditionnels mais effectifs, « Du ventre de sa fille » se veut plus moderne, plus glauque (proche d’une certaine body-horror), « Aspiratout » joue la carte de la quasi parodie. « Remous dans les hautes sphères » et « Une audience d’enfer » fonctionnent agréablement. Rien de véritablement renversant mais rien de déshonorant : le lecteur ne sera pas subjugué par « La » nouvelle qui renouvelle (oups !) le Mythe mais il lui sera également épargné les hommages patauds ou les médiocres déclinaisons versant dans la parodie involontaire.

En résumé, ces RECITS CTHONIENS sont l’assurance d’un bon moment et un bouquin plaisant dans lequel l’amateur de Lovecraft pourra aisément piocher pour passer une bonne soirée en compagnie des Grands Anciens. Recommandable et, dans la masse poulpesque des anthologies dédiées à Cthulhu et ses amis, c’est déjà pas mal !

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Fantastique, #Horreur, #Lovecraft, #Recueil de nouvelles

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Publié le 29 Décembre 2020

L'heure du bilan est donc arrivé...136 bouquins lus cette année (dont environ 120 romans)...

Sur la première place, parce que c'est une brique de qualité et qu'on aimerait que d'autres écrivains aient droit à autant d'attention voici le grand vainqueur de l'année

BILAN BEST OF 2020

La suite avec 9 lectures indispensables...Pas d'ordre de préférence, les 9 sont excellents: un polar classique (Fletch aux trousses), deux recueil de nouvelles fantastiques et SF (Serpentine et Axiomatique), un roman "jeunesse" appréciable à tout âge (Soulbreaker), un monument de la science-fiction à lire ou relire (Demain les chiens) et une passionnante histoire de voyage dans le temps (A travers temps). En prime, 3 romans courts issus de la collection incontournable Une Heure Lumière.  

BILAN BEST OF 2020

Rendez vous l'an prochain! 

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Rédigé par hellrick

Publié dans #BEST OF

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Publié le 28 Décembre 2020

ORAGE SUR LA GRANDE SEMAINE de Marcel Lanteaume

Marcel Lanteaume reste un écrivain très mystérieux et aujourd’hui hélas oublié. Né en 1902 (et décédé en 1988), il écrira plusieurs romans policiers pour distraire ses compagnons de Stalag entre 1940 et 1942. Après-guerre, trois d’entre eux furent publiés dans la collection « Le Labyrinthe » mais souffrirent de ventes insuffisantes. Le romancier cessa alors d’écrire et, selon la légende (et son fils), détruisit alors au moins cinq manuscrits ! Des trois romans existants, l’un reste quasiment introuvable (LA 13ème BALLE), les deux autres ayant été réédités au Masque à la fin des années ’90.

ORAGE SUR LA GRANDE SEMAINE constitue un parfait exemple de « chambre close » : deux frères, Marc et Edgar Kuss, invitent quelques personnes, dont le détective privé Bob Slowman et son biographe Charles Termine à diner. Une amie des frères, l’actrice américaine Gertrud Ross, est également de la partie. Mais la jeune femme, enfermée dans la salle de bain, est brutalement assassinée alors que pièce ne comporte aucune issue excepté une porte constamment surveillée par les convives. Slowman mène l’enquête et découvre que la maison servait jadis à des cultes sataniques. De plus un ancien amant de Gertrud, « initié » aux arts noirs, voulait sa mort. Tout comme un mystérieux « club des 9 », un réseau d’espionnage à qui Gertrud a dérobé d’importants documents. Ou encore José Montero, un gangster que la belle avait doublé ! Si les suspects ne manquent pas, restent à déterminer qui est l’assassin, et surtout comme il a pu agir.

Après un excellent démarrage, l’enquête patine un peu et le lecteur peut se sentir quelque peu dérouté, voire perdu, devant la multiplication des personnages et de leurs mobiles. Heureusement Bob Slowman (avatar transparent de l’auteur Lenteaume) nous offrira quelques belles démonstrations de son talent, avec, en outre, l’explication d’un fameux numéro d’illusionniste. Si la partie centrale du roman reste en deçà de son entrée en matière fracassante et de sa conclusion, elle reste, toutefois, agréable à lire.

Le meurtre impossible en chambre – pardon, en salle de bain ! – close se verra finalement et logiquement expliqué dans les dernières pages. Beau joueur, l’écrivain avait offert, peu avant, un énorme indice afin d’orienter le lecteur vers l’explication. Mais le familier du genre avait probablement deviné l’essentiel assez rapidement : il est, en effet, vite évident qu’une seule solution est possible. Car, c’est le paradoxe (ou pas ?) du genre : plus la situation parait inextricable et moins il existe de possibilité réelle pour le criminel d’avoir procédé pour commettre son méfait. Lorsqu’une pièce est « simplement » close le problème se montre, au final, plus compliqué à résoudre que lorsque l’auteur multiplie les impossibilités : une pièce petite, sans cachette possible, sans fenêtre, dont l’unique porte d’entrée est surveillée par plusieurs témoins dignes de foi. En appliquant la méthode dite de « Sherlock Holmes » et en étant attentif aux indices dissimulés (mais relativement transparent) par l’auteur, le lecteur devrait parvenir à résoudre le mystère. L’écrivain prend d’ailleurs la peine d’inclure un de ses fameux défis, si cher à Ellery Queen, pour lui signaler le moment où, ayant tous les indices en sa possession, il peut découvrir le qui, le comment et le pourquoi.

Si ORAGE SUR LA GRANDE SEMAINE reste en deçà de TROMPE L’ŒIL, le 3ème roman de Lenteaume à la solution stupéfiante, il n’en demeure pas moins un classique francophone du crime en chambre close.

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Publié le 26 Décembre 2020

LES MEURTRES DE MOLLY SOUTHBOURNE de Tade Thompson

Petite fille comme les autres, ou presque, Molly Southbourne a un petit problème : son sang donne naissance à des créatures qui lui ressemblent mais souvent animées de mauvaises intentions. A la puberté, bien sûr, le problème devient plus…problématique !

Psychologue et écrivain originaire du Nigeria à présent établi en Angleterre, Tade Thompson effectue une entrée fracassante sur la scène SF avec son roman ROSEWATER qui sera suivi de deux séquelles et une poignée de novellas dont ces MEURTES DE MOLLY SOUTHBOURNE. Toutes ces œuvres reçoivent un bel accueil critique et se voient nommés dans plusieurs prix prestigieux.

La novella évolue dans divers genres : l’intrigue semble fantastique mais les explications finales l’orientent vers la science-fiction tandis que le traitement oscille entre récit d’épouvante psychologique et horreur viscérale. L’auteur s’intéresse particulièrement aux fluides corporels, au sang et à la sexualité, bref à cette « body horror » jadis prisée par un cinéaste comme David Cronenberg.

Le style de l’auteur se montre très efficace, tant dans le portrait des personnages que dans les descriptions et les passages horrifiques. Les influences sont nombreuses et évidentes mais Thompson parvient néanmoins à en tirer une intrigue prenante dont la richesse vient de ce traitement multiple, échappant à un genre particulier de l’imaginaire pour plonger dans un tourbillon mêlant horreur, science-fiction, etc. Les révélations finales s’avèrent, certes, attendue mais cela n’entame en rien le plaisir de lecture, l’écrivain privilégiant une approche « honnête » nous conduisant inexorablement vers la conclusion sans recourir aux artifices ou aux retournements de situation.

Publié dans l’incontournable collection Une Heure lumière assorti d’une éclairante entrevue avec l’auteur en guide de bonus, LES MEURTES DE MOLLY SOUTHBOURNE constitue une vraie réussite, passionnante de bout en bout, efficace et dérangeante, bref une lecture qui, en dépit de sa brièveté (130 pages !) secoue durablement et parvient à marquer plus profondément le lecteur que de nombreux pavés littéraires. Un court roman rarement chic (l’auteur plonge dans le glauque et le malsain sans excès mais sans retenues) mais toujours choc, à conseiller à ceux qui aiment qu’un écrivain les bouscule et même leur assène quelques directs dans l’estomac. On attend la suite avec impatience !  

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Fantastique, #Horreur, #Roman court (novella), #science-fiction

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Publié le 22 Décembre 2020

A CHRISTMAS CAROL de Jacques Sadoul

Revoici Carol Evans, ex-agent des services spéciaux, reconvertie, surtout par ennui, détective. Lorsque Dyan Marley est retrouvée étranglée dans sa chambre new-yorkaise, Carol Evans se lance sur la piste du meurtrier, un tueur en série surnommé le Lady Killer. Mais Carol rencontrera sur sa route des flics pas toujours très honnête, des criminels de Harlem, la Mafia et, également, une mannequin noire, Sharon Clarke, qui ne laisse pas indifférente Carol.

Avec la série des « Carol », Jacques Sadoul nous offre un beau personnage de détective bad-ass, sorte de version féminine (et lesbienne) de Mike Hammer. Autrement dit, la demoiselle utilise aussi bien son cerveau que ses poings et, accessoirement, le reste de son corps, d’ailleurs fort attrayant. Raconté à la première personne, le récit ne lésine pas sur un certain humour pas toujours politiquement correct (une autre époque) car Carol n’aime pas grand monde : ni les Noirs, ni les Hispaniques, ni les « gouines non maquillées », ni les communistes. D’ailleurs elle ressasse régulièrement la décadence de l’Amérique, tombée sous l’emprise de l’immonde pensée Rouge et se désole de la nullité de tous ses présidents de gauche, « excepté Reagan qui était correct ».

L’intrigue, pour sa part, se montre bien construite et complexe, à mi-chemin entre le polar hard-boiled et le policier d’énigme plus classique, dans la tradition des grands anciens à la Chandler ou Spillane. Le lecteur peut d’ailleurs se perdre dans un dédale qui mêle trafic de drogue, serial killer, guerre des gangs, etc. Sadoul, grand seigneur, récapitule heureusement les faits à deux reprises pour permettre à chacun d’emboiter les pièces. En parlant d’emboitage, Carol, pourtant ouvertement raciste, tente durant tout le roman de gagner les faveurs d’un mannequin noire au vocabulaire des plus fleuris. Ce qui donne de nombreuses scènes savoureuses entre séduction et disputes façon « comédie de mariage » (ou plutôt de couchage !). L’atmosphère de Noel et les excès de la période sont également bien rendus, ce qui offre une toile de fond plaisante qui justifie le titre en forme de calembour.

Enlevé, divertissant et bien mené, A CHRISTMAS CAROL constitue donc le polar idéal pour accompagner des fêtes de fins d’années confinées. A déguster sans modération.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Humour, #Jacques Sadoul, #Polar, #Policier

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Publié le 20 Décembre 2020

NOUS ALLONS TOUS TRES BIEN, MERCI de Daryl Gregory

Jan Sayer forme un groupe de paroles à visées thérapeutiques, un peu sur le modèle des Alcoolique Anonymes, pour une poignée de personnes traumatisées par des événements horrifiques ou paranormaux. Le court roman va nous détailler leur rencontre avec des êtres maléfiques, des tueurs en série, des monstres indicibles, etc.

Encensé par de nombreux critiques, NOUS ALLONS TOUS TRES BIEN MERCI constitue une œuvre assez déstabilisante, sorte d’hommage / réinvention à l’épouvante moderne. Un entretien avec l’auteur nous éclaire d’ailleurs sur son objectif : proposer un roman consacré non pas à l’horreur mais plutôt à son « après ». Bref, que se passe-t-il vraiment pour, par exemple, les survivants d’un slasher : lorsque la Final Girl a défait le tueur fou va-t-elle pour autant retrouver sa vie d’avant ? Sans doute pas et pourtant cette partie de l’histoire n’est jamais abordée. Ce court roman se veut donc, entre guillemet, celui du « post-générique ». Nous allons suivre, au cours de leurs discussions (mais aussi de leurs silences et hésitations), Harrison, victime adolescent de monstruosités cosmiques lovecraftiennes devenu principal protagoniste de comics. Et Martin qui ne quitte jamais des lunettes de réalité virtuelle lui révélant le monde « réel ». Ou Stan, réduit à un homme-tronc après que tous ses amis aient été découpés par une famille de bouchers cannibales. Sans oublier Barbara et ses os sur lesquels un tueur en série a gravé ses secrets et prophéties. Et enfin la trop belle Greta complètement scarifiée par une secte…

NOUS ALLONS TOUS TRES BIEN MERCI débute de belle manière, en présentant les personnages et les raisons de leur présence dans ce groupe de parole, lequel rappelle celui de films comme « Freddy 3 » ou « Bad Dreams ». A cela s’ajoute les références plus ou moins évidentes : « Massacre à la tronçonneuse », « Se7en », « La colline a des yeux », « Invasion Los Angeles » et puis, de façon plus générale Lovecraft, le slasher, les zombies, etc. De bonnes intentions !

La première partie du bouquin (qui ne compte que 180 pages en tout) se montre très réussie et intrigante. Mais la suite ne se montre pas vraiment à la hauteur de cette originalité : le dernier acte fonctionne nettement moins bien et se montre beaucoup plus classique. Après une centaine de pages d’angoisse, de suspense psychologique et d’horreur en mode « less is more », les cinquante dernières pages reviennent à un récit plus balisé…et moins convaincant.

Par rapport aux critiques élogieuses, voire dithyrambiques, lues un peu partout, NOUS ALLONS TOUS TRES BIEN MERCI reste donc une déception, certes intéressante et souvent plaisante mais une déception malgré tout. Entre un début fracassant et une conclusion tout juste passable se cache donc un roman moyen. Dommage.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Cinéma, #Horreur, #Lovecraft, #Fantastique

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