Publié le 23 Janvier 2020

CINEMA D'EVENTREUR de Richard Laymon

Publié chez Gore dans une version raccourcie (des 230 pages du texte originel n’en subsiste que 150 comme toujours) voici une histoire assez peu crédible sur un cinéma où sont projeté des courts métrages d’horreur très (trop) réalistes. Bien sûr, il s’agit de snuff movies et lorsque Brit reconnait une de ses amies dans un des programmes proposés, elle décide de mener l’enquête.

A première vue, CINEMA D’EVENTREUR semble prometteur, mélangeant le côté « entertainer » fou des films « Wizard of gore » ou « Incredible torture show » aux clichés du slasher sous la loupe des rumeurs de snuff movies ayant couru à la fin des années ’70 (notamment avec le piètre film « Snuff »). Malheureusement, si l’idée n’est pas mauvaise, son exécution s’avère franchement médiocre et le bouquin (peut-être une conséquence de l’édition tronquée…admettons) parait décousu et d’un intérêt limité. Même dans une édition de 150 pages bien aérées, il semble en outre longuet tant tout cela peine à susciter autre chose qu’un ennui poli. Même le gore pour lequel l’écrivain est réputé parait finalement timide et sans inspiration.

Pas la peine d’en rajouter ou d’en écrire davantage, Richard Laymon a complètement foiré son coup avec ce roman raté.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Gore, #Horreur, #Roman court (novella), #Roman de gare

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Publié le 22 Janvier 2020

SAFARI SANS RETOUR d'Elspeth Huxley

Inconnue chez nous, Elspeth Huxley vécu en Afrique entre 1912 et 1925, un cadre qui fournira la matière nécessaire à la plupart de ses œuvres, notamment la série consacrée au superintendant Vachell. Seul le second des quatre policiers écrit par Elspeth Huxley (Aldous Huxley, auteur du MEILLEUR DES MONDES, étant son cousin par alliance) sera traduit au Masque sous le titre de SAFARI SANS RETOUR.

Milieu des années ’30, en Afrique, Lady Lucy Barandale participe, avec son Chanel N°5 et ses bijoux, a un safari en compagnie de son mari, Lord Barandale, un fanatique de photographie et sa fille Cara. Cette dernière, fiancée au très palot (et peut-être gay) Sir Gordon Catchpole, multiplie les aventures, notamment avec le chauffeur de l’expédition. Une bonne, l’aviatrice Chris Davis et le légendaire chasseur de gros gibier Danny de Mare complètent le safari. Lorsque les pierres précieuses de Lady Lucy disparaissent, le superintendant Vachell décide d’enquêter incognito en prenant la place laissée vacante par l’assistant de Danny de Mare, Luke Englebrecht, renvoyé pour avoir couché avec cette chaudasse de Cara. Mais Vachell doit rapidement faire face à une situation plus dramatique lorsque lady Lucy est découverte assassinée…

Voici un très plaisant whodunit à l’ancienne qui se distingue par son environnement particulier, celui d’un safari africain. Les personnages, bien typés, sont présentés avec efficacité et, une fois le meurtre accompli, les suspects ne manquent pas. Les aspects plus dangereux du safari ne sont pas éludés avec quelques fauves et autres animaux sauvages venant rendre l’enquête plus palpitante. On note également des dialogues bien ciselés, très naturels et pourtant bien écrits, qui n’oublient pas un certain humour acide et satirique bienvenu.

Pour les amateurs de whodunit « golden age », à la fois classique (par son intrigue) et innovant par son cadre, SAFARI SANS RETOUR s’impose comme une belle réussite en outre bouclée en seulement 158 pages.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Golden Age, #Policier, #Whodunit

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Publié le 21 Janvier 2020

CASINO ROYALE de Ian Fleming

Dans ce premier volet de la saga James Bond, le lecteur fait connaissance avec le moins secret des agents secrets, lequel est envoyé dans une petite ville française pour affronter Le Chiffre. Celui-ci a perdu d’importantes sommes d’argent et compte sur le casino de Royale-les-Eaux pour se refaire une santé aux tables de baccara. Comme Le Chiffre est lié à l’Union soviétique et alimente les caisses du parti communiste français, Bond est chargé de le plumer au jeu ce qui mettrait une bonne petite claque aux cocos.  

Nous sommes ici au début des années ’50, en pleine guerre froide qui n’attend qu’une occasion pour se réchauffer. Le contexte est donc très différent de celui de la récente version cinématographique avec Daniel Craig (laquelle reprend cependant une partie des péripéties du roman et se montre plus fidèles que bien d’autres long-métrages « Bond »), plus proche des origines de la saga cinéma, nous sommes dans une époque similaire à celle de « Bons baisers de Russie ».

L’intrigue, simple, se limite pratiquement à cette confrontation entre deux adversaires aux nerfs d’acier, le Chiffre, menacé de mort par l’organisation SMERSH (« Mort aux espions », qui deviendra dans les films le SPECTRE), et James Bond. L’occasion de mieux connaitre l’agent secret, bon vivant amateur de vin, de cocktails (dont le fameux et délicieux Vesper), de nourriture de luxe (caviar), de cigarette (avec un tabac composé spécialement pour lui), d’hôtel de grande classe et, bien sûr, de femmes fatales. Car Bond va rencontrer Vesper et nouer une rapide et brulante passion qui, forcément, finira mal. Bien qu’il semble jeune, Bond parait déjà revenu de tout dans ce premier roman, ce qui explique son cynisme et son côté presque « usé » par les manipulations politiques et les intrigues du monde moderne. Il parait bien seul dans ce monde en dépit de l’aide reçue par René Mathis, l’espion français, et surtout par son copain Felix Leiter de la CIA que l’on retrouvera dans plusieurs romans ultérieurs.

Roman relativement court (230 pages) divisé en nombreux courts chapitres, CASINO ROYALE bénéficie d’un style bien rêche, d’une efficacité exemplaire (que l’on pourrait rapprocher de celui de Mickey Spillane) et d’un tempo nerveux. Une bonne entrée en matière dans l’univers bondien.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #James Bond, #Espionnage, #Thriller

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Publié le 17 Janvier 2020

LE DETECTION CLUB de Jean Harambat

Le Detection Club est un authentique club anglais réunissant les principaux auteurs de romans policiers du Golden Age (club qui existe d’ailleurs toujours aujourd’hui). Or, voici que ses membres sont invités par le richissime Roderick Ghyll à une étonnante démonstration, dans sa vaste villa sur une île, d’un automate capable à coup sûr de deviner l’auteur d’un crime. De quoi mettre les membres du Detection Club dans l’embarras, si ce n’est au chômage. Mais Ghyll est assassiné dans sa chambre forcément close…Agatha Christie, Chesterton, Dorothy Sayers, John Dickson Carr et les autres vont devoir mettre leurs capacités de déduction à l’épreuve dans la vraie vie.

Dans cette bande dessinée, Chesterton et Christie sont évidemment les personnages principaux, à tel point que les autres romanciers du Club s’en trouvent réduits au statut d’acolytes ou de faire-valoir, John Dickson Carr restant le plus intéressant avec son obsession des cartes et autres plans. Les piques entre les différents romanciers, qui semblent se jalouser gentiment, fonctionnent plaisamment, l’auteur multipliant les remarques acides et autres vacheries des uns et des autres.

Le mystère, pour sa part, s’avère très classique, sorte de variation sur les DIX PETITS NEGRES agrémenté d’un meurtre en chambre close à la Carr. La présence d’un automate aux étonnantes capacités (il peut, notamment, deviner le coupable de tous les romans policiers au simple énoncé des faits) rend le tout un peu original et élève la BD au-delà du simple pastiche. L’explication, fantaisiste, reste toutefois cohérente et satisfaisante, terminant le récit sur une note positive. Dommage que le trait soit assez simple et échoue à retrouver l’ambiance coutumière des romans mystères de cette époque.

Dans l’ensemble ce roman graphique n’en reste pas moins agréable, sans être exceptionnel il permet de passer un bon moment avec une énigme sympathique, des références bien amenées et un humour efficace.

LE DETECTION CLUB de Jean Harambat

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Publié le 16 Janvier 2020

LE PROCES DE LA SORCIERE de Robert McCammon

Robert McCammon fut jadis un des principaux pourvoyeurs des collections « Terreur » et « J’ai lu épouvante » (MARIE TERREUR, L’HEURE DU LOUP, etc.), recevant notamment trois fois le prestigieux Prix Bram Stoker. Après LE MYSTERE DU LAC, considéré par beaucoup comme son chef d’œuvre, McCammon fit une pause de dix ans avant de revenir aux affaires avec le diptyque « le chant de l’oiseau de nuit », écrit en 2002 et traduit en 2008. Depuis McCammon a publié cinq autres romans mais aucun ne furent traduit en français.

Première partie de ce « chant de l’oiseau de nuit », LE PROCES DE LA SORCIERE a été décrit comme la rencontre de « Sleepy Hollow » et du « Nom de la Rose ». Il s’agit, comme le titre l’indique, d’un roman de procès, un « procedural » comme disent les Américains. Sauf que l’action se déroule à l’approche de l’an 1700 (qui comme toutes les fins de siècle annoncent, pour certain, l’Apocalypse), dans un village du Nouveaux Monde, Fount Royal. Rachel, une métisse trop belle pour sa propre sécurité, se voit accusée par les villageois de faire commerce avec Satan et d’avoir tué son mari ainsi que le révérend. Un juge, Isaac Woodward, est chargé d’un procès dont l’issue ne fait pas le moindre doute. Pourtant, son clerc, le jeune Matthews, croit à l’innocence de Rachel et va s’employer à la démontrer…quitte à fouiller un peu trop dans les secrets de la petite ville.

Epais roman, LE PROCES DE LA SORCIERE se prolonge avec LE VISAGE DU MAL, les deux livres constituant une seule histoire. Autrement dit, c’est du costaud, pratiquement mille pages au total, pour une enquête dans la droite ligne des « polars historiques ». Le fantastique y est discret. Est-il présent ou pas ? Le lecteur l’ignore à l’issue de ce premier tome. Rachel est-elle une sorcière ? Sans doute pas mais l’auteur laisse penser qu’un véritable sorcier (ou sorcière) se cache dans le village. Sinon comment expliquez certains événements ? Rationnel ou fantastique…la réponse (peut-être) dans le tome 2. Sinon McCammon a toujours un style bien huilé, il sait poser son ambiance, ne lésine pas sur les détails scabreux qui devaient être monnaie courante dans ce genre de patelin (adultère, commérage, trafic de relique et même zoophilie, l’inceste aussi sans doute). Tout ce côté historique, bien documenté, est fascinant. Cela dit il faut avouer que le roman comporte quelques longueurs préjudiciables. On aimerait, parfois, un peu plus de nervosité, davantage de retournements de situation dans cette enquête que seul le jeune Matthew semble vouloir faire aboutir. Près de 500 pages sans avoir véritablement avancé peut sembler décourageant…Mais, dans l’ensemble, le livre se lit agréablement et les derniers chapitres voient (enfin) une montée de la tension (et donc de l’attention du lecteur) qui encourage à lire rapidement la suite afin de recevoir (on l’espère !) les réponses aux nombreuses questions posées par cette longue (mais agréable) entrée en matière.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Fantastique, #Policier, #Historique

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Publié le 14 Janvier 2020

QUI PRENDS LA MOUCHE? de M.C. Beaton

Voici l’autre série phare (après Agathe Raisin) de la récemment disparue M.C Beaton, les aventures du policier écossais Hamish Macbeth, lequel animera 35 enquêtes.

Daté de 1985, QUI PRENDS LA MOUCHE possède un indéniable parfum rétro…une époque dénuée de téléphone portable, d’Internet, de réseaux sociaux,…si loin, si proche. D’autant que les personnages agissent de manière très caricaturale, notamment les femmes qui parlent et se comportent à la manière des héroïnes des romans « golden age » les plus naïfs. La plupart ne rêvent que du prince charmant, de préférence riche. Alice aligne ainsi les stéréotypes : jeune secrétaire empotée, elle ne se sent pas à sa place parmi les « lady », ne porte pas de vêtements suffisamment beaux, essaie de prendre l’accent maniéré des nantis et se voit mariée à Jeremy, séduisant célibataire rencontré la veille. Un Jeremy qui n’a d’yeux que pour la poitrine opulente d’une Daphné passant tout le roman à minauder façon femme fatale.

Une partie de pêche à la mouche organisée dans un petit village écossais donne ainsi le cadre à un whodunit très cosy suite à la mort de Lady Jane Winters, spécialiste de la pique assassine et de la petite phrase blessante. Il apparait ensuite que notre Lady était en réalité une journaliste s’amusant à dévoiler les travers de ses contemporains dans des articles assassins. Bien sûr, chaque participant du stage de pêche cachait quelque secret plus ou moins inavouable et possédait, par conséquent, une bonne raison de mettre Lady Jane hors d’état de nuire. Hamish, le détective local, mène très mollement l’enquête mais son indolence à la Colombo mâtiné de Poirot pourrait bien cacher un esprit plus affuté que prévu.

Typique, QUI PRENDS LA MOUCHE ? présente son petit groupe de personnages typés enfermés dans un lieu bien défini pour une semaine. Rancoeurs à peine dissimulées et secrets variés occupent le quotidien de nos stagiaires de la pêche jusqu’au meurtre de l’horrible mégère Lady Jane pratiquement à mi-parcours. La seconde moitié du roman suivra donc l’enquête de notre Hamish, personnage amusant qui permet à M.C.Beaton d’orchestrer l’une ou l’autre séquence humoristique, pour ne pas dire bouffonnes (Hamish se retrouve tout nu dans la rivière) ou vaudeville (il se cache sous les draps d’une demoiselle pour échapper à son paternel très remonté).

Dans l’ensemble, QUI PRENDS LA MOUCHE ? n’invente rien mais se lit avec plaisir, l’enquête reste souvent anecdotique (Hamish avoue qu’il ne connait pas le coupable et lance souvent des suspicions au hasard pour observer les réactions) et il parait impossible au lecteur de deviner le fin mot de l’histoire (les indices menant à la résolution n’apparaissent que dans les dernières pages) mais le tout reste agréable. Nous sommes dans un mélange de whodunit « cosy », d’humour bon enfant et d’influences chick-lit pour un ensemble sans prétention mais divertissant, d’autant que le roman ne fait que 250 pages.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Whodunit, #Policier, #Humour

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Publié le 10 Janvier 2020

ROSEE DE FEU de Xavier Mauméjean

Etrange roman que ce ROSEE DE FEU, écrit par un Mauméjean féru d’histoire. Le romancier s’attaque ici à la guerre du pacifique et décrit les défaites successives des Japonais après leurs premières victoires, notamment à Pearl Harbour. Les Nippons ont alors recours aux kamikazes, ces fameux pilotes lancés dans des missions suicides pour tenter de couler les navires américains.

Xavier Mauméjean aurait pu tirer de cette fascinante histoire un roman historique « de guerre » traditionnel sur le sens du sacrificie mais il a choisi une approche différente. Le romancier livre, en effet, une étrange uchronie et remplace les avions japonais par des dragons. Ce sera, étrangement, le seul élément fantasy introduit dans l’histoire (ou l’Histoire), d’ailleurs assez peu développé quoique l’auteur s’attarde sur le lien qui unit les créatures à leur pilote, un peu à la manière de la BALLADE DE PERN. On aurait aimé davantage de divergence entre cette Histoire et la notre suite à la présence des dragons mais, dans l’ensemble, il n’y a pas d’altérations majeures.

Au-delà de cet aspect fantastique, beaucoup de faits historiques sont donc présents et peu (ou pas) romancés, certains connus, d’autres nettement moins. Le livre revient ainsi sur l’anecdote du soldat ne sachant pas que la guerre est terminée depuis des décennies. Mauméjean décrit aussi le massacre de Nankin (immortalisé au cinéma dans « City of life and death » mais aussi dans le très déviant « Black Sun »), les exactions de la fameuse Unité 731 (vue dans les films d’exploitations « Men behind the sun »), la création des kamikazes, etc. Les grandes figures historiques de l’époque répondent également présentes à côté de personnages fictifs, ROSEE DE FEU suivant les points de vue de trois protagonistes principaux : un jeune soldat idéaliste qui découvre la guerre dans toute sa violence, son jeune frère, resté au pays et plein d’admiration pour lui et, enfin, un gradé qui lance le projet kamikaze. Ils représentent, comme nous le dit l’auteur dans la postface, les trois éléments (terre, air, feu), rejoints par le quatrième (l’eau) à la toute fin du roman, en signe d’harmonie retrouvée.

L’inclusion des éléments fantasy dans ROSEE DE FEU produit, au final, une impression étrange. D’un côté le lecteur peut les trouver superflus. De l’autre, il peut aussi avouer que sans la présence de dragons sur la magnifique couverture il serait passé à côté d’un roman historique instructif et réussi. A découvrir en sachant à quoi s’attendre…

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Aventures, #Fantasy, #Historique, #science-fiction, #Uchronie

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Publié le 9 Janvier 2020

ACADIE de Dave Hutchinson

Dave Hutchinson, né en 1960, a déjà quatre recueils de nouvelles et plusieurs romans (dont la tétralogie « Fractured Europe ») sous le coude mais ACADIE, nommé au Locus, est son premier texte publié en français. Comme tous les titres de la collection « Une heure lumière » il s’agit d’un roman court (compter environ 80 minutes de lectures).

Depuis cinq siècles la légendaire et apparemment immortelle généticienne Isabel Potter a quitté la Terre et continue ses travaux sur une Colonie située dans un lointain système solaire. Mais les Terriens, rancuniers, continuent de traquer Potter et envoient des sondes explorer l’espace pour la retrouver. Or, une de ses sondes vient de pénétrer dans le système de la Colonie, ce qui nécessite l’intervention de John Wayne Farrady, dit Duke, président essentiellement honorifique.

Voici une novella fort bien ficelé qui embarque le lecteur dans un monde très convaincant, une sorte d’utopie futuriste hippie peuplée, notamment, de personnages de STAR TREK ou du SEIGNEUR DES ANNEAUX et ce par un mélange bien dosé de manipulations génétiques et de technologies. Bref, une ambiance quelque peu cyberpunk pour un planet / space opera qui ne néglige pas d’injecter une bonne dose de sense of wonder dans son univers hard-science.

Hutchinson déroule son intrigue à cent à l’heure et sans temps morts là où beaucoup d’auteurs auraient allongé la sauce sur un épais roman. Le lecteur doit donc s’accrocher pour assimiler tout cet univers fort bien construit et une narration habile avec des flashbacks bien amenés. Bref, c’est un court roman parfaitement réussi qui conduit à un twist vertigineux à la Philip K. Dick, cerise sur le gâteau d’une œuvre magistrale à découvrir toutes affaires cessantes.

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Publié le 7 Janvier 2020

LE MONSTRE DE FLORENCE de Douglas Preston & Mario Spezi

« Le Monstre de Florence » est le plus célèbre tueur en série italien, une des sources d’inspiration pour le Hannibal Lecter de Thomas Harris (en particulier dans HANNIBAL). Jamais arrêté, il a tué quatorze personnes entre 1974 et 1985. A chaque fois des couples qui batifolaient dans leur voiture.

Auteur de polar, Douglas Preston s’intéresse à l’affaire alors qu’il s’est établi en Toscane pour écrire un roman (ce sera LE VIOLON DU DIABLE, lui aussi inspiré par l’affaire du Monstre) et devient ami avec le journaliste Mario Spezi. Les deux hommes vont mener une enquête de longue haleine, revenant sur les innombrables suspects, sur les différentes pistes suivies par la police (d’abord celle d’un clan sarde puis celle d’une secte satanique de nantis, thèse abracadabrante défendue bec et ongle par un inspecteur), sur la corruption généralisée, l’incompétence crasse de la police, les rumeurs délirantes, les procès médiatisés, etc. Bref, une pure enquête, aussi passionnante que les romans de Preston, sauf qu’il s’agit ici d’une histoire vraie, de « true crime » comme on dit. Et, fait particulièrement remarquable et inédit dans ce style, Spezi finit par être lui-même soupçonné d’être le Monstre. Ou un des Monstres. Ou un complice. Tout comme Preston. Qui vivront un acharnement de la justice peu désireuse que les thèses officielles ne soient remises en question.

Minutieuse, l’enquête se déploie sur des décennies, ponctuée de faits étranges, d’anecdotes incroyables (les Indiens, autrement dit les voyeurs des collines toscanes), de rebondissements,…Sans oublier le bâclage systématique de l’enquête (les scènes de crime sont ouvertes à tous les passants qui brouillent évidemment les preuves, les analyses sont oubliées ou perdues, etc.) alors qu’une unité spéciale de la police (La section anti Monstre) multiplie les arrestations ou les coups d’éclats, parfois guidé par les fumisteries d’une voyante…manifestement il faut un coupable, quel qu’il soit, pour calmer l’opinion. 

Preston n’aurait pas osé écrire un tel roman, on ne l’aurait pas cru, le lecteur aurait trouvé tout cela tiré par les cheveux ou complètement non crédible (le cale-porte de Spezi qu’un flic s’obstine à considérer comme un objet satanique, la douille miraculeusement découverte après des jours de recherches infructueuse, le contact qui met les journalistes sur la piste de la possible cachette du Monstre, l’arrestation arbitraire de Spezi, etc.)…comme quoi la réalité dépasse définitivement la fiction.

La fin du livre laisse peu d’espoir de connaitre un jour la vérité…depuis Spezi est mort et le Monstre court toujours…

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Essai, #Policier, #Thriller, #Serial Killer, #True Crime

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Publié le 6 Janvier 2020

DOCTOR SLEEP  de Stephen King

 

N’ayant jamais caché son désamour envers le film « Shining », Stephen King se lance dans le pari, un peu casse-gueule, d’offrir une suite à son roman original. Délicat car SHINING se retrouve fréquemment cité comme un des meilleurs et des plus effrayants romans du King (avec SIMETIERRE et CA). Y revenir après 35 ans avait tout de l’entreprise risquée mais la voie choisie par l’écrivain s’avère payante : reprendre le personnage emblématique de Danny Torrance pour le retrouver trois décennies après la destruction de l’Overlook. Et proposer une nouvelle intrigue dont les liens avec SHINING ne se révèlent qu’au fil de la lecture.

Possédant toujours le « shining » (un don parapsychologique), Danny aide les mourants d’un hôpital à passer de l’autre côté en douceur. Il tente de rester à l’écart des problèmes mais sa rencontre avec une petite fille, Abra, dotée de pouvoirs colossaux va attirer sur lui l’attention d’une horde de bohémiens « vampires » (à défaut d’un terme plus adéquat).

Gros pavé, DOCTOR SLEEP prend son temps, comme toujours, pour emmener ses personnages (et le lecteur) vers une confrontation finale qui prend des allures de westerns vampiriques sur les ruines de l’Overlook. Pendant plusieurs centaines de pages, le King travaille ses protagonistes, exorcise ses vieux démons (l’alcoolisme et sa dépossession du roman SHINING par le film de Kubrick), se balade en enfance avec sa jeune héroïne et envisage le passage à l’âge adulte difficile de Danny.

Beaucoup de bonnes choses, quelques citations percutantes, un sens de la formule rarement pris en défaut (40 ans de métier quand même !) et une envie de donner une réelle ampleur à son récit avec sa maestria habituelle de conteur. Toutefois, en dépit de sa bonne volonté, DOCTOR SLEEP souffre de défauts récurrents chez King, en particulier une tendance à allonger parfois inutilement la sauce lorsqu’un « montage » plus serré aurait contribué à donner plus de tension au récit. Ce qui n’est pas toujours une question de pagination d’ailleurs puisque la même année le King offrait le monstrueusement épais et pourtant constamment passionnant 22/11/63.

DOCTOR SLEEP constitue au final un roman intéressant mais pas pleinement abouti, une œuvre mélancolique et crépusculaire sur le temps qui passe. Non sans, parfois, quelques temps morts. On peut d’ailleurs se féliciter du travail d’adaptation de Mike Flannagan puisque son film gomme la plupart des scories du livre et offre une expérience envoutante et réussie.

Un King un brin décevant sans doute (l’héritage de SHINING est, il est vrai, pesant…tant au niveau du film que du roman) mais suffisamment efficace pour que l’on passe un bon moment.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Fantastique, #Horreur

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