Publié le 4 Juillet 2019

DEFAILLANCES SYSTEMES (JOURNAL D'UN ASSASYNTH TOME 1) de Martha Wells

Voici une novella de science-fiction multi primée, premier volume d’une saga, par une auteur oeuvrant habituellement dans la Fantasy.

Un androïde de sécurité de genre indéterminé (on n’échappe pas au ridicule « iel », heureusement utilisé avec parcimonie… toutefois lire cette stupidité d’écriture inclusive donne déjà envie de refermer le livre) se révolte et nous suivons ses aventures, racontées à la première personne, entre visionnage de séries télévisées et missions de sécurité. Bref, une intrigue classique, pour ne pas dire simple que Martha Wells saupoudre de considérations sur l’éveil à la conscience de son / sa « robot tueur » (en réalité la chose est en partie composée de matériel biologique cloné et se définit elle-même du bien trouvé « AssaSynth »). Après avoir accédé à 35 000 heures de divertissement humain sous forme de musique, séries, livres, films, etc., notre AssaSynth accède à « l’humanité » et entretient dès lors des rapports ambigus avec les humains.

L’ensemble a plu et a récolté une tripotée de prix (Hugo, Nebula, Locus) dans la catégorie du « roman court ». Pourtant, rien de tout cela ne s’avère franchement original. BLADE RUNNER (le livre et plus encore le film), l’excellent DES LARMES SOUS LA PLUIE (inspiré du précédent), les animés « Ghost in the Shell », le récent LE RGEARD de Ken Liu, voire l’émouvant classique L’HOMME BICENTENAIRE d’Asimov (et d’autres récits sur les robots) et bien d’autres ont abordés ces thématiques tout aussi finement, voire de manière bien plus intéressante.

Que reste t’il à apprécier dans ce court roman? Certainement pas l’univers, très classique avec son mélange de politique fiction à tendance sociale typique du (post ?) cyberpunk : compagnies toutes puissantes, hybrides de robots et d’humains, etc. Les contraintes de pagination empêchent l’auteur de développer ce monde pour se focaliser sur l’intrigue proprement dite. Cette dernière reprend le modèle du thriller d’action / polar hard boiled / espionnage typique d’une littérature de l’imaginaire post William Gibson. Le style, lui, n’a rien de remarquable, ni en bien ni en mal, il s’avère tout à fait correct et permet une lecture rapide : en effet, en dépit d’un récit pas franchement passionnant, ces 150 pages sans aspérité se lisent sans trop d’ennui. On peut cependant reprocher le ton froid, voire plat, utilisé par Martha Wells mais celui-ci s’explique par la narration effectuée par un être artificiel.

En résumé, DEFAILLANCES SYSTEMES m’a semblé banal et, sans être désagréable, ce roman court ne propose rien de suffisamment original ou mémorable pour s’élever au-dessus d’une honnête moyenne. La dernière partie, pourtant plus axée sur l’action, m’a même semblé pénible. Bref, j’avais hâte d’en terminer, ce qui, pour un bouquin aussi court, se montre problématique.

Dès lors la pluie de prix récoltés outre Atlantique laisse rêveur. A moins d’estimer qu’un personnage principal « gender fluid » sous la plume d’une écrivaine soit suffisamment dans l’air du temps « politiquement correct » pour avoir convaincu un large public.

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Publié le 3 Juillet 2019

NECROPOLIS TOME 1: TOTEM TOM de Patrick Mc Spare

Dans ce premier volet d’une nouvelle saga jeunesse signée Patrick McSpare nous suivons un adolescent du miséreux East End londonien de la toute fin du XIXème siècle. Inexplicablement, Tom se retrouve dans un univers futuriste post apocalypse du milieu du XXIème siècle dominé par des créatures monstrueuses. Aidé d’Alystri, de Tristan et de Ghul, Tom se lance dans l’exploration de ce monde dévasté.

Ce premier volume développe un monde intéressant avec un mélange original de voyage temporel, d’invasion maléfique, de magie, de Fantasy et de dystopie agrémenté de références à Merlin l’enchanteur et à Jack l’Eventreur. L’intrigue débute réellement 30 ans après la prise de pouvoir planétaire des entités maléfiques, les Fomorés, cachés sous une apparence humaine trompeuse. C’est la dernière phase d’un interminable conflit avec les Tuatha Dé Danan (les gentils). Etonnamment, Tom comprend des mots du XXIème siècle qu’il n’est pas censé connaitre. Il va aussi, au fil des pages, en apprendre davantage sur les rebelles, les Sioux, qui cherchent à renverser les Fomorés. Le lecteur, avec le jeune héros, va ainsi explorer cet univers de fantasy celtique que l’on pourrait également qualifier de post apocalyptique lovecraftien.

La pagination étant réduite, l’action prédomine, la bonne idée de l’auteur étant réellement de suivre un héros tout aussi déboussolé que son lecteur mais qui, inexplicablement, connait les mots comme « automobile », « pump gun », etc. Ce qui lui permet de s’étonner de situations extraordinaires sans qu’il soit nécessaire de lui expliquer des termes compréhensibles pour un individu de 2019. L’action ne faiblit donc pas en dépit d’un univers très riche à définir.

L’intrigue, pour sa part, avance tambour battant vers sa conclusion explosive en forme de monumental cliffhanger. Une lecture détente, avant tout destinée aux « jeunes adultes » mais suffisamment plaisante et efficace pour intéresser un large public. Sympathique et idéal pour l’été.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Fantastique, #Fantasy, #Jeunesse, #science-fiction

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Publié le 2 Juillet 2019

BATMAN UNE LEGENDE URBAINE de  Dick Tomasovic

Voici un très agréable opuscule consacré à l’un des grands mythes modernes qui, cette année, fête ses 80 ans : Batman. Un personnage qui, dès l’origine, détonne par rapport à ses collègues super héroïques. Beaucoup plus sombre que Superman dont il est en quelque sorte l’antithèse, le Batman reste une créature de la nuit tout de noir vêtu (ou « de gris très foncé » aurait précisé son incarnation façon Lego) mais évolue au sein d’une Ligue de Justice peuplée de titans aux costumes bariolés. Batman est également un des rares super-héros (et le seul dans sa catégorie) dénué de tout pouvoir (cependant dans le très moyen long métrage consacré à la Justice League il précise que son pouvoir « c’est d’être riche »). Dick Tomasovic va donc consacrer un petit ouvrage dense et érudit à la figure de ce Chevalier Noir justicier.

Après une introduction d’une trentaine de pages (« une rumeur dans la nuit »), l’auteur s’attaque à différents chapitres qui, sous des titres amusants (“Batman est un tocard”, “Batman est Big Brother”, “Batman n’est pas Batman”, “Batman est gay”,…) revisitent de manière synthétique et sous un angle analytique les 80 années d’existence du Caped Crusader.

Cette approche évite l’approche chronologique ou encyclopédique mais permet néanmoins de revisiter les différentes époques du Batman et d’aborder les événements clés de son histoire : l’assassinat de ses parents, ses rencontres avec Catwoman, ses remplacements par divers épigones (Azrael, Nightwing, Gordon), ses relations avec Talia et son fils Damian, ses démêlées avec le Joker, etc. Dick Tomasovic montre la manière dont le mythe a pris corps au fil du temps et comment Batman est devenu une légende au point qu’il envisage de se cloner lui-même pour protéger éternellement Gotham.

Mais finalement, existe-t’il seulement ce Batman ? se demande l’auteur (tout comme le dessinateur Paul Duni qui, victime d’une agression, attendit vainement qu’il se manifeste). Il est en tout cas là pour inspirer le lecteur et, finalement, il faut l’envisager heureux.

Une belle réussite pour un ouvrage sérieux et érudit qui propose une approche universitaire de son sujet sans être rébarbatif. A découvrir pour les fans du Dark Knight et les autres.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Batman, #Comic Book, #DC, #Essai

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Publié le 1 Juillet 2019

DARK VADOR LE SEIGNEUR NOIR DES SITH - TOME 2: LES TENEBRES ETOUFFENT LA LUMIERE

Darth Vader (2017) #7-12

Nous reprenons les aventures de Dark Vador quelques temps après « La revanche des Sith », alors qu’il n’est pas encore la créature toute puissante qu’il deviendra par la suite.

Vador doit donc apprendre à agir aux côtés des Inquisiteurs, d’anciens Jedis ayant retourné leur robe pour embrasser le côté obscur. Leur mission consiste à traquer les derniers survivants de l’Ordre 66. Vador n’apprécie guère ces Inquisiteurs mais se voit contraint de les tolérer tandis qu’il essaie de localiser Jocasta Nu, archiviste des Jedi ayant en sa possession des informations vitales. Par la suite Vador montrera aux officiers impériaux qui est le véritable maître.

DARK VADOR LE SEIGNEUR NOIR DES SITH - TOME 2: LES TENEBRES ETOUFFENT LA LUMIERE

Ce second tome nous offre deux arcs intéressants : « les ténèbres étouffent la lumière » (sur 4 épisodes) et le très court mais efficace « La règle des cinq » (2 numéros) qui montrent l’ascension de Vador, sa prise de pouvoir progressive au sein de l’Empire jusqu’à ce qu’il devienne le Seigneur Noir que nous connaissons depuis le premier « Star Wars » voici quarante ans. On repart ainsi aux débuts de l’Empire et à sa façon de s’imposer un peu partout dans la galaxie, nous sommes davantage dans les coulisses avec des luttes de pouvoir et des intrigues plus axées sur la politique (au sens large). Un scénario bien ficelé mis en image avec talent par un dessinateur généralement inspiré (on note quelques approximations au niveau des visages mais sans que cela soit préjudiciable).

Après une première série consacrée à Vador assez inégales, ces nouveaux épisodes réunis sous l’intitulé « Seigneur Noir des Sith » sont, pour l’instant, de belles réussites.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Comic Book, #Space Opera, #Star Wars

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Publié le 29 Juin 2019

LE GUIDE LOVECRAFT de Christopher Thill

Comme tous les bouquins de cette collection, ce GUIDE s’impose rapidement comme un incontournable pour les novices mais aussi pour ceux qui connaissent bien le sujet et désirent en apprendre davantage. Seuls les « encyclopédies vivantes » n’y apprendront pas grand-chose mais même eux pourraient se laisser séduire par une présentation sympathique qui, en deux cent pages, cerne agréablement l’univers de HPL. Le livre n’ayant pas l’ambition de l’exhaustivité (« il ne se veut pas un ouvrage d’érudition approfondi et complet » nous apprend la préface) inutile de relever l’absence de tel livre, de tel épigone de HPL, de tel film ou de tel obscur disque inspiré par Cthulhu. Toutefois, LE GUIDE LOVECRAFT réussit son pari d’aborder toutes les thématiques associées à Lovecraft : on commence par une courte (mais suffisante) biographie d’une dizaine de pages (évidemment nous sommes loin d’une somme comme le récent JE SUIS PROVIDENCE mais le grand public en apprendra suffisamment quitte à se tourner ensuite vers des biographies plus fouillées) accompagnée d’une quinzaine de pages supplémentaires revenant sur les diverses idées reçues ayant fait de l’écrivain un (au choix) reclus initié mystique raciste dépressif excentrique. Ce qu’il n’était pas, du moins pas autant que certains l’ont ensuite prétendu au point de forger à Lovecraft une véritable « légende noire » qui s’accordait (un peu trop) bien avec ses écrits.

Le point central du GUIDE reste toutefois l’œuvre elle-même, qui occupe plus de 120 pages : les différents genres abordés (essais, nouvelles, lettres, poèmes,…), un chapitre sur les « 20 textes à lire » qui ne se veut pas un best of mais plutôt un panorama diversifié des thèmes abordés par l’écrivain, allant de la fantasy inspirée par Lord Dunsany à l’horreur à la Edgar Poe en passant par la science-fiction, l’humour, la poésie, le gore de RE-ANIMATOR et, au final, les « Grands Textes consacrés aux Grands Anciens ».

Le GUIDE y ajoute dix suggestions de lecture supplémentaires comme par exemple son LIVRE DE RAISON (catalogue d’idées à exploiter et de conseils pour les écrivains novices), son essai EPOUVANTE ET SURNATUREL EN LITTÉRATURE, son cycle poétique FUNGI DE YUGGOTH et, enfin, quatre « collaborations » qui assurèrent son maigre salaire à un Lovecraft chargé de réviser les textes de ses collègues. Chaque notice (en moyenne de deux pages) précise le moment de rédaction du texte, l’édition la plus célèbre et la plus récente, résume l’intrigue, apporte un éclairage court mais pertinent et se termine par quelques pistes de lecture supplémentaire. Là encore, les incollables auraient aimés que le GUIDE aille plus loin mais la majorité y puisera de quoi découvrir Lovecraft.

Le GUIDE analyse ensuite les clichés « lovecraftiens », ceux que l’on retrouve effectivement dans les textes et d’autres qui, souvent, ne s’y trouvent pas mais ont été assimilés comme tels par le lecteur,  souvent sur base d’écrits apocryphes plus ou moins légitimes. D’ailleurs, les successeurs de HPL sont ensuite envisagés, que ce soit le « premier cercle » (Clark Asthon Smith, Robert Bloch, Lin Carter,…), le « second » (Brian Lumley, Ramsey Campbell,…) et les plus modernes (Kij Johnson, Karim Berrouka). Un univers en expansion.

Le chapitre suivant quitte les livres pour brosser un tableau certes schématique mais intéressant des influences d’HPL dans les films, la musique, les jeux de rôles, etc. Là encore, les pistes proposées sont suffisamment nombreuses pour susciter l’envie du lecteur d’en explorer une partie.

Enfin, avant une courte conclusion, LE GUIDE nous offre un amusant lexique lovecraftien qui nous permettra de pouvoir replacer (via une définition et une citation) quelques mots aussi peu usités que polypeux, atavique, cacodémoniaque, fongoïde, Georgien, gibbeux, imposte, non euclidien, etc. Original et bien pensé.

Bref, ce GUIDE LOVECRAFT constitue un résumé instructif et très plaisant qui donne envie de lire ou de relire HPL. En ce sens il a parfaitement réussi sa mission.

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Publié le 28 Juin 2019

ALTERNATIVE ROCK (collectif)

Ce recueil de cinq nouvelles constitue une version actualisée du précédent ROCK & ROLL ALTITUDE. Trois récits sont communs mais ALTERNATIVE ROCK en ajoute deux autres, signés Stephen Baxter et Ian R. McLeod. Ce qui rend le voyage plus cohérent thématiquement puisqu’il débute et se termine avec les Fab Four.

Stephen Baxter, avec le « 12ème album » quitte la hard science pour la spéculation uchronique : dans un univers parallèle les Beatles ne se sont pas séparés après « let it be » mais ont proposé un douzième album que deux fans de musique écoutent religieusement dans un gigantesque transatlantique qui, lui non plus, n’a pas connu un sort sinistre. Une vingtaine de pages érudites, amusantes et référentielles.

On poursuit avec « en tournée » du trio Jack M. Dann, Gardner Dozois et Michael Swanwick originellement parue dans Penthouse en 1981. On y découvre une étrange ville ayant organisé un concert dans lequel se succèdent Elvis, Buddy Holly et Janis Joplin. Un thème proche du futur « Un groupe d’enfer » de Stephen King.

« Elvis le rouge » constitue une autre uchronie signée Walter Jon Williams au sujet d’un célèbre chanteur qui refuse d’intégrer l’armée, fuit en Europe, se fait oublier, devient l’idole de la nouvelle génération (Beatles, Stones,…) et finit par adhérer au Parti avant de devenir militant gauchiste et de rencontrer Luther King à Memphis. Un texte très réussi jusqu’à sa conclusion un peu attendue mais cependant efficace.

Le célèbre « Un chanteur mort » de Michael Moorcock fut déjà maintes fois publié : dans Rock&Folk, dans le LIVRE D’OR consacré à l’écrivain, dans l’anthologie GALAXIES INTERIEURES et dans le recueil DEJEUNER D’AFFAIRE AVEC L’ANTECHRIST. Le chanteur mort en question c’est le messianique Jimi Hendrix témoin de la mort de l’utopie flower power dans un récit intéressant mais que l’on eut aimé voir davantage développé.

Enfin, Ian R. McLeod propose « Snodgrass » au sujet d’un John Lennon quincagénaire et aigri ayant quitté les Beatles après un désaccord avec leur producteur qui refusent qu’ils enregistrent « Love me do ». Stuart Sutcliffe, pour sa part, n’a pas quitté le groupe (et n’est pas mort) et, trente ans après leurs premiers succès, les Beatles (groupe célèbre mais loin d’être incontournable « c’est pas les Stones ») continuent à attirer les foules avec leur « greatest hits tour ». L’occasion pour un John Lennon chômeur et sans avenir d’aller assister à leur concert. Un récit agréable, plutôt bien imaginé, avec forcément pas mal de références musicales, mais qui se termine un peu en queue de poisson.

Homogène en qualité (toutes les nouvelles sont bonnes même si aucune ne se révèlent exceptionnelles) et en longueurs (une trentaine de pages environ, excepté celle de Ian R. McLeod deux fois plus longue) et agrémentées de notes explicatives et instructives, voici cinq récits d’uchronie rock & roll savoureux à déguster sans modération.

 

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Fantastique, #Recueil de nouvelles, #Uchronie, #science-fiction

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Publié le 27 Juin 2019

LE VOL DU DRAGON d'Anne McCaffrey

Premier roman publié (en 1968 !) dans la très longue saga de Pern, LE VOL DU DRAGON s’apparente à un fix-up de quatre novellas, certaines précédemment publiées en revue: « La Quête du Weyr », « Le Vol du Dragon », « Poussières » et « Le Froid Interstitie » qui établissent l’univers de Pern. Un début en fanfare puisque « La Quête du Weyr » obtint le Hugo du meilleur roman court tandis que « Le Vol du Dragon » gagnait pour sa part le Nebula l’année suivante.

Le monde de Pern est défini comme de la « science-fantasy » néologisme assez barbare de prime abord mais finalement parlant puisque nous sommes dans un univers proche du médiéval fantastique à ceci près que la magie y est remplacée par la science, laquelle a permis de créer, par mutations, des êtres fantastiques. Capables de cracher du feu, de se téléporter et liés télépathiquement à leur maitre humain ces monstres fabuleux sont surnommés, par analogie avec les créatures légendaires, des dragons.

Dans « La Quête du Weyr » un chevalier-dragon recherche une jeune femme afin de la recruter pour devenir une dame du Weyr, télépathiquement liée à une reine dragon nouvellement née. Lessa sera ainsi désignée pour ce rôle et, par la suite, nous suivrons sa vie avec son dragon, Ramoth, et divers combats contre les menaçants Fils qui menace régulièrement Pern.

Par la suite on apprendra comment les dragons peuvent également voyager dans le temps afin de réorganiser les Weyrs et de permettre la défense efficace de Pern face à la menace des Fils. Cette révélation rapproche encore la saga de la science-fiction et change agréablement du pur contexte médiéval de nombreux romans de Fantasy. Et nous verrons quelques combats épiques entre les chevaliers dragons et leurs ennemis, là encore une demande de John W. Campbell qui avait suggéré le voyage temporel.

Ecrit voici cinquante ans, LE VOL DU DRAGON n’a guère vieilli : une héroïne forte et active, des créatures légendaires, un mélange de politique, d’intrigues de cours et de romance (qui deviendra la norme absolue d’une large part de la production Fantasy), une alternance de l’intimiste et du spectaculaire bien gérée,…Bref une grande réussite et un classique incontournable dans son genre. A lire ou à relire.

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Publié le 26 Juin 2019

FUTURS A BASCULE présenté par Isaac Asimov

Les anthologies ASIMOV PRESENTE rassemble des nouvelles « présentées » par Asimov, en réalité issus de la prestigieuse revue Asimov's Science Fiction (en activité depuis 1977). Ici, nous avons droit à cinq textes, deux nouvelles courtes, deux nouvelles longues et un court roman signé Lucius Shepard.

On entame avec le primé « La révolution des casses noisettes», vainqueur du Prix Asimov et du Hugo, une longue nouvelle (plus de 50 pages) humoristiques et inventives, très plaisante, signée Janet Kagan (1946 – 2008) dont il s’agit malheureusement de l’unique œuvre disponible en français (excepté un roman « Star trek » paru jadis au Fleuve Noir). Une révolution non violente franchement agréable à lire.

Un très bon début pour ce recueil qui embraie avec un texte de Tim Sullivan, « Atlas à 8 heures du mat’ » au sujet de la boucle temporelle qui emporte, chaque jour, le narrateur. Encore un auteur très peu traduit (3 nouvelles traduites chez nous) pour un court texte d’ambiance plutôt intéressant. Richard Paul Russo n’a pas non plus été beaucoup traduit : un texte dans Fiction, un autre dans Bifrost et deux romans (dont le très réputé LA NUIT DES FOUS). Il nous propose ici « Vas-y fonce », un récit de voyage dans des mondes parallèles là aussi assez agréable.

On poursuit avec « Temps mort » et ses abracadabrantes théories sur le voyage temporel assorties de romance (on pense parfois à la très chouette rom-com science-fictionnel « About time »). Le récit fonctionne de belle manière mais peut apparaitre un peu confus au lecteur. Le début semble ainsi un peu long à se mettre en place (voire laborieux) et il faut attendre les dernières pages pour que la construction narrative de Willis se déploie réellement.

Toutefois, la grande réussite de ce recueil reste le formidable « Bernarcle Bill le Spatial » de Lucius Shepard, situé sur une station spatiale loin d’une terre effondrée et dévastée où nous allons, entre autre, rencontrer le simple d’esprit Bernacle Bill et un agent de la sécurité qui tente de le protéger alors que s’installe une secte religieuse dangereuse. Un court roman (une centaine de pages) très efficace récompensé par une kirielle de prix (Asimov, Hugo, Nebula, etc.)

Le texte de Willis fut ensuite repris dans son recueil AUX CONFINS DE L’ETRANGE tandis que celui de Shepard était notamment inclus dans le recueil SOUS DES CIEUX ETRANGERS.

En résumé :

« La révolution des casses noisettes » = 4 étoiles

« Atlas à 8 heures du mat’ », « Vas-y fonce »,  « Temps mort » = 3 étoiles

Bernarcle Bill le Spatial = 5 étoiles

Au final, une anthologie de qualité très agréable à découvrir même si on eut aimé une présentation un peu plus soignée, comme une préface et une petite présentation des différents textes et auteurs choisis. On se consolera avec la qualité des cinq nouvelles proposées.

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Publié le 25 Juin 2019

HELSTRID de Christian Leourier

HELSTRID signe le retour d’un vétéran de la SF française, Christian Leourier, accueilli dans la prestigieuse collection « Une heure lumière » qui rassemble les meilleures novellas (autrement dit les « courts romans ») de l’imaginaire. A l’heure des gros pavés de milliers de pages il est agréable de pouvoir découvrir ces textes à la pagination nettement plus raisonnable (entre 90 et 150 pages) mais souvent tout aussi intéressants et maîtrisés que les interminables sagas. HELSTRID, planet opéra façon survival spatial en témoigne à nouveau.

Direction donc la planète Helstrid et ses conditions climatiques plus qu’inhospitalières : vent très violents, atmosphère irrespirable, température glaciale,…Mais l’Homme est décidé à exploiter ses ressources et des prospecteurs y partent donc et aboutissent sur Helstrid au terme d’un long voyage en hibernation. Une manière commode, pour certains, de laisser leur passé derrière eux à l’image de Vic qui tente de surmonter un chagrin d’amour. Le jeune homme se retrouve ainsi dans une sorte de camion d’exploitation supervisé par l’Intelligence Artificielle Anne-Marie. Hélas, sur le chemin du retour, le voyage normalement sans histoire devient une véritable lutte pour la survie en milieu hostile.

Leourier a débuté avec LES MONTAGNES DU SOLEIL, édité chez Robert Laffont en 1972, déjà un « planet opera » tout comme ce HELSTRID, roman d’aventures spatiales teinté de hard science ou, du moins, scientifiquement plus rigoureux que la plupart des romans de ce style. L’intrigue, assez simple, laisse la part belle à l’aventures proprement dite (et à la manière dont le héros va tenter de survivre dans un environnement très hostile) tout en proposant des réflexions sur la mortalité, le travail de deuil (un voyage de 25 ans en hibernation est ici envisage comme le meilleur moyen d’oublier un chagrin d’amour) et les rapports entre l’Homme et l’Intelligence Artificielle.

Par son cadre, ce court roman fait parfois penser au film « Seul sur Mars » ou à la série télévisée « Lost In Space » (dans son incarnation de 2018) en jouant sur l’ingéniosité humaine pour se sortir d’une situation apparemment sans espoir. Une jolie réussite qui offre ce qu’on attend de cette collection : deux petites heures (ou une seule pour les lecteurs allant à la vitesse de la lumière) de divertissement intelligent.

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Publié le 21 Juin 2019

CE QUE DISENT LES MORTS de Philip K. Dick

Datée de 1967, cette longue nouvelle se base sur un postulat original très ingénieux (et typiquement Dickien) : la semi-vie. Autrement dit la prolongation de l’existence par une sorte d’hibernation permettant de ramener, pour un court moment, les défunts à la vie pendant des années. Enfin, tant que les héritiers paient les frais de cet « entretien ». Le riche Louis Sarapis, ancien businessman, vit ainsi une pseudo existence et continue à influencer son entourage qui aurait bien aimé en être débarrassé. Surtout que Louis prend des décisions surprenantes, souhaitent que sa fille droguée lui succède et que son ami Gam soit élu président. Or, de manière incompréhensible, Louis peut à présent utiliser tous les canaux de communication pour imposer ses vues : à la télé, au téléphone, partout, tout le temps, le monde entend sa voix. Mais doit-on toujours écouter ce que disent les morts ?

Si l’évolution politique et technologique peut sembler datée (télégramme, Union soviétique,…), les thématiques restent intéressantes et pertinentes. Dick les développera d’ailleurs peu après dans son chef d’œuvre, UBIK, dont cette novella apparait comme un brouillon plutôt réussi. L’écriture se montre efficace, l’univers (excepté les notes surannées déjà mentionnées) crédible et les personnages originaux. On aurait toutefois aimé que l’auteur creuse davantage leur personnalité mais, dans les limites d’un texte relativement court (une centaine de pages), l’ensemble tient la route. Finalement, le principal regret réside dans un final un peu trop explicatif et rationaliste qui revisite l’intrigue sous l’angle d’un complot certes en phase avec les théories conspirationnistes chères à Dick mais ici moins convaincant que les hypothèses précédemment évoquées dans le récit.

Malgré ce bémol, une très plaisante manière d’occuper une heure de son temps et de découvrir un auteur majeur de la science-fiction.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Roman court (novella), #science-fiction, #Philip K. Dick

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