Publié le 19 Novembre 2019

JLA - LA FIN DES TEMPS de Grant Morrison

Après les événements de NOUVEL ORDRE MONDIAL, Grant Morrison continue de réinventer la Justice League avec ce deuxième tome centré sur deux gros arcs. Le premier, en six parties, s’intitule « La fin des temps » (ou, en VO, « Rock of ages ») et conte les démêlées de la JLA avec des doubles maléfiques envoyés par le Gang de l’Injustice dirigé par Lex Luthor. A partir de là, le scénario part dans tous les sens et, comme souvent avec Morrison, le lecteur a souvent l’impression qu’il « manque des bouts » à cette intrigue. De plus, celle-ci avance à un rythme tellement soutenu que les rebondissements s’enchainent sans laisser le moindre répit : Darkseid devient maitre du monde, les héros voyagent dans le temps pour modifier des futurs catastrophiques hypothétiques, les Neo dieux se manifestent, Superman (version bleue) semble dépassé, Green Arrow tente de s’imposer, Batman reste le plus malin,…

Morrison n’épargne pas le lecteur et ce-dernier pourrait avoir l’impression de subir, au choix, un tir de barrage ou un mauvais trip aux hallucinogènes. Un scénariste moderne aurait sans doute étiré cette histoire sur une vingtaine de chapitres, Morrison, de son côté, condense le tout en six parties…ultra denses!. Bref, ce n’est pas toujours simple à suivre tant le lecteur a souvent l’impression que l’auteur cherche se surpasser dans le frénétique. Il lance un rebondissement toutes les deux pages et une nouvelle ligne narrative quasiment à chaque case mais, en dépit de son usage immodéré d’une sorte de charabia techno-philosophique, « la fin des temps » reste digeste (ce qui est loin d’être toujours le cas avec Morrison !). Pour les amateurs de blockbusters façon Michael Bay « La fin des temps » se lit avec plaisir mais le récit manque un peu de subtilité pour s’imposer comme un véritable classique.

Le second récit, « Prometheus », se montre plus posé, plus intimiste et s’avère reposant après la pyrotechnie précédente : un criminel investit la Tour de Garde en se faisant passer pour le gagnant d’un concours style « devenez un super héros ». Il affronte tous les membres de la JLA et parvient incroyablement à triompher de chacun d’eux. On a bien du mal à accepter les invraisemblances de l’histoire mais, pourtant, l’ensemble s’avère très plaisant et divertissant. Avec une bonne dose de « suspension d’incrédulité » on passe donc un bon moment devant ce comics fun et sans prétention.

Ce deuxième tome de la JLA selon Morrison se montre par conséquent efficace, bourrin et rentre-dedans. Au-delà de ses qualités et défauts, l’ensemble constitue surtout un témoignage sur la conception du comics à la fin des années ’90 : iconique (avec ses planches mettant chaque héros en valeur), explosif, ultra rythmé et constamment en mouvement.

JLA - LA FIN DES TEMPS de Grant Morrison

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Rédigé par hellrick

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Publié le 15 Novembre 2019

JAMES BOND: BROKENCLAW de John Gardner

L’écrivain britannique John Gardner se fait connaitre dans la seconde moitié des sixties avec sa série parodique du LIQUIDATEUR puis reprend le personnage de Moriarty dans trois romans (seul le premier fut traduit). Au début des années ’80, Gardner accepte de succéder à Ian Flemming pour relancer les aventures de James Bond avec le plaisant PERMIS RENOUVELLE. Prolifique, Gardner en écrira quatorze au total (seize si on y ajoute les novélisations de PERMIS DE TUER et GOLDENEYE) au rythme d’un par an mais seul sept seront traduits.

BROKENCLAW poursuit la saga de manière assez standard et tente, comme les autres « continuations » de combiner le héros littéraire et le héros cinématographique (lesquels sont, on le sait, relativement éloignés) en un tout harmonieux. John Gardner essaie aussi de prendre en marche le train du thriller technologico-politique à la Tom Clancy mais sans parvenir à convaincre. L’intrigue, tout d’abord, reste légère et peine à se mettre en place : il faudra au lecteur une solide dose de bonne volonté pour passer le premier tiers, aussi confus que languissant, voyant Bond rencontrer sa nouvelle alliée chinoise, Chi-Chi, afin de contrecarrer les plans du nouveau grand méchant, Brokenclaw. Comme toujours la demoiselle souhaite être traitée à l’égale des hommes mais lorsque le danger menace elle se précipite dans les bras virils de Bond. Rien de neuf.

Les romans Bond post-Flemming écrits par Gardner obéissent tous à une formule similaire (assez calquée sur le septième art au point de ressembler à des scénarios abandonnés plus qu’à des bouquins). Parfois cela fonctionne, parfois cela parait simplement plat et sans vie, avec un Bond ressemblant finalement si peu à Bond que l’on pourrait l’échanger contre SAS ou OSS117 sans guère modifier l’intrigue. Ici, le tout ressemble à un ersatz de GOLDFINGER avec son grand méchant voulant provoquer un écroulement généralisé du système monétaire. En gros…parce que tout ça n’est pas franchement limpide et on peine un peu à voir les motivations des différents protagonistes.

BROKENCLAW constitue donc un Bond « Canada Dry » qui a la couleur de Flemming, parfois le goût de Flemming mais qui ne possède décidément pas la qualité brute des meilleurs Flemming. On sauve cependant les derniers chapitres où, pour prouver leur virilité, Bond et Brokenclaw se lancent dans la version « coutumes tribales indiennes » du concours de bite façon « Un homme nommé cheval ». Suspendus par des crochets, condamnés à courir les jambes lacérées et à s’affronter au tir à l’arc, nos deux mâles plongent, et le bouquin avec eux, dans l’exploitation façon série B. Pas très crédible mais, au moins, cela sort le lecteur de sa torpeur.

Reconnaissons toutefois que le bouquin n’est pas trop ennuyeux…à condition de passer outre une traduction abominable et une présentation désastreuse de l’éditeur Lefrancq. Comment a-t-on pu passer un tel nombre de coquilles, de fautes de frappes, d’expressions traduites littéralement (et donc ne voulant rien dire), de phrases dont les mots semblent avoir été mélangés, de grammaire approximative et de néologismes comme « ils voyèrent »

De quoi couler n’importe quel roman, on se croirait presque devant une traduction pirate de THE KILLING ZONE des années 2000. Avec cette édition consternante, BROKENCLAW perd au moins un point et il faut beaucoup d’abnégation pour le lire jusqu’au bout. A quand une traduction révisée ?

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Aventures, #Cinéma, #Espionnage, #James Bond

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Publié le 14 Novembre 2019

CEUX DES PROFONDEURS de Fritz Leiber

Georg Reuter Fischer, aidé d’Albert Wilmarth, expert de Lovecraft, découvre de nombreux liens entre son histoire personnelle et celle de l’écrivain de Providence. Il comprend aussi les liens existants entre ses rêves et les abominations cosmiques décrites par Lovecraft, quitte à sombrer à son tour dans les abimes.

Fritz Leiber a connu Lovecraft qui l’avait encouragé à poursuivre dans l’écriture après avoir lu ses premiers essais. En 1976, il décide de rendre hommage au maitre à travers un court roman, CEUX DES PROFONDEURS, dans lequel apparait Lovecraft lui-même. Comme plusieurs continuateurs du Mythe de Cthulhu, Leiber adopte en effet le point de vue voulant que Lovecraft ait été un initié dont les écrits, authentiques, étaient trop terrifiants pour se voir révélés autrement que sous la forme d’histoires de fiction.

Précédemment édité dans un gros recueil de nouvelles (accompagnées d’une autobiographie) chez Lefrancq, le texte réapparait chez Mnemos ce qui le rend, forcément, plus facile d’accès. Malheureusement l’éditeur n’a pas jugé opportun de revoir la traduction or celle de CEUX DES PRONFONDEURS aurait grandement gagné à une bonne révision tant elle parait pesante, voire boiteuse. La lecture s’avère donc peu aisée car les phrases ne « coulent » pas…Evidemment, Leiber adopte ici un style ampoulé et alambiqué, riche en épithètes, dans l’esprit de Lovecraft et la traduction se doit d’être irréprochable. Comme c’est loin d’être le cas, cela rend la lecture particulièrement difficile et gâche une bonne partie du plaisir.

L’intrigue en elle-même ne s’avère pas spécialement originale mais fonctionne plaisamment, à la manière de certains pastiches de Robert Bloch qui brodent sur les thématiques lovecraftienne avec un certain talent teinté de roublardise. Le récit suit ainsi la destinée d’un personnage non seulement complètement lovecraftien (il répond à tous les clichés en vigueur de l’érudit solitaire à la généalogie tortueuse) mais en outre fort proche du réel Lovecraft. De nombreuses situations semblent provenir des nouvelles antérieures de HPL et bien des protagonistes de ses fictions reviennent effectuer un petit tour de piste dans des lieux eux aussi coutumiers aux lecteurs de Lovecraft. L’ensemble se révèle donc agréable et bien mené mais sans dépasser l’aspect hommage prononcé. CEUX DES PRONFONDEURS ressemble donc souvent à une fan-fiction pour initiés qui se délecteront des références et autres clins d’œil disséminés par Leiber. Amusant mais un peu vain.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Fantastique, #Horreur, #Lovecraft

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Publié le 13 Novembre 2019

HISTOIRES DE MIRAGES

Ce recueil de nouvelles vient enrichir la fameuse « grande anthologie de la science-fiction » qui, mine de rien, a permis d’accéder à une foule de textes incontournables. Quatorze titres accompagnés d’une préface de Gérard Klein et d’un bien pratique dictionnaire des auteurs. Comme toujours, la sélection est forcément inégale mais la plupart des récits sont intéressants…sans les détailler tous, pointons en quelques-uns particulièrement réussis.

« Souvenirs garantis, prix raisonnable » de Philip K. Dick, un court texte mis en lumière par l’excellent film de Paul Vehroeven (« Total Recall ») dans lequel on retrouve certaines obsessions de Dick, notamment sa paranoïa non dénuée d’un humour grinçant (« à partir de maintenant tout ce que vous pensez pourra être utilisé contre vous »). Banal employé, Douglas Quail rêve de visiter Mars, ce que ses modestes revenus lui interdisent. Heureusement, le futur lui permet de réaliser ce désir en passant par une entreprise spécialisée dans l’implantation de faux souvenirs, Rekal. Le patron, McClane, lui explique que Rekal peut lui offrir le souvenir de deux semaines de voyage assortis d’une poignée d’accessoires (photos, etc.) lui « prouvant » la réalité de son voyage sur la Planète Rouge. Bien sûr, Quail oubliera également avoir sollicité les services de Rekal. Mais, au cours du traitement, McClane découvre que Quail a réellement été sur Mars en tant qu’agent secret travaillant pour les mystérieux et tout puissant Interplan…

La suite de la nouvelle dévie du scénario retenu pour le film mais garde la même interrogation de base : Quail est-il un espion ou tout cela fait-il partie d’une implantation de souvenirs réalisés par Rekal ? Au final, Quail sauve le monde (la Terre dans la nouvelle, Mars dans « Total Recall »)…à moins qu’il ne s’agisse d’un fantasme infantile ? Un classique et une superbe réussite de Dick.

Citons aussi « Je vois un homme assis dans un fauteuil, et le fauteuil lui mord la jambe” d’Ellison et Schekley. Les deux trublions de la science-fiction s’associent pour ce texte déjanté dont la dernière ligne constitue une explication logique (hum !) de son titre farfelu. Après une Troisième Guerre Mondiale dévastatrice l’Humanité s’est réfugiée dans des villes souterraines mais, heureusement, la surpopulation a été vaincue grâce à un étrange plancton mutant, surnommé « La Vase », recueillie au fond des océans radioactifs et transformé en nourriture providentielle. Joe Paretti, le héros, reçoit une forte « indemnité de danger » pour le récolter mais, malheureusement, chope une maladie inconnue, dite « d’Ashton », aux symptômes incertains et variables. La situation échappe rapidement à son contrôle tandis que les objets inanimés prennent vie sur son passage. Paretti décide de passer ses derniers jours dans une sorte de paradis de la perversion, un Las Vegas démentiel dans lequel des attrapes-touristes injectent aux demandeurs toutes les aberrations sexuelles envisageables.

Toutes les nouvelles d’Harlan Ellison n’ont pas bien vieilli, certaines ayant manifestement été écrites dans le (seul ?) but de choquer le lecteur de science-fiction « de papy ». Outre son titre imparable, celle-ci, écrite en collaboration avec Sheckley, a étonnamment bien traversé les années. Datée de janvier 1968, elle synthétise les craintes de l’époque (guerre mondiale, surpopulation, pollution, mutations) et aussi les envolées libertaires sixties (usage des drogues généralisé, sexualité débridée,…) en un tout harmonieux, entre satire sociale et SF décalée. Superbe !

Dans les autres réussites citons le court roman (120 pages) « le façonneur » de Roger Zelazny et le plaisant « un affreux pressentiment » de Kuttner & Moore sur le thème classique du « je rêve que je suis éveillé ou je suis éveillé réellement ? ».

Les autres nouvelles, sans doute moins marquantes (c’est évidemment subjectif) n’en reste pas moins plaisante et cette anthologie mérite donc, comme toutes les autres de cette prestigieuse collection, la lecture.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Recueil de nouvelles, #science-fiction

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Publié le 8 Novembre 2019

SPIDER-GEDDON de Christos Gage & co.

Publié voici quelques années, l’event SPIDER-VERSE avait constitué un très plaisant récit mettant en scène une foultitude de « Spider Man » (Woman, Girls, Cochon,…) dans une lutte mortelle contre les Héritiers, une famille de vampires assoiffés de l’énergie vitale des Spiders. Devenu un petit classique récent de l’histoire de notre homme-araignée préféré du quartier et adapté avec une énergie démentielle sous la forme du film « Spider Man New Generation », ce récit devait recevoir une séquelle. La voici donc sous le titre de SPIDER GEDDON (dont se moque d’ailleurs Octavius en le jugeant ridicule).

Au programme ? La même chose que SPIDER VERSE, en plus explosif, séquelle oblige : encore plus de voyages dimensionnels, encore plus de Spiders et encore plus d’action. Tout ça afin de réparer une monumentale erreur d’Otto Octavius ayant permis aux Héritiers de s’emparer de la technologie de clonage du Chacal (l’event succède ainsi au fort discuté mais relativement décevant THE CLONE CONSPIRACY) et de s’échapper pour reprendre leur dévoration des Totems Araignées.

Evidemment, entre tous les mondes possibles, la Terre 616 (la nôtre) reste toujours fortement représentée : nous retrouvons Spider Man, Superior Spider Man (Otto), Miles Morales, Ben Reilly, Kaine, Jessica Drew…Et puis les favoris des fans sont de retour : Spider Cochon, Spider Punk, le Spider nippon et son robot géant Leopardon, le Spidey de Bombay, Spider Gwen…Sans oublier de nouveaux venus : Spider M’amm (Tante May), Spiders Man (une colonie d’araignées mutantes à forme humaine), un Osbourne spidérisé et le Spider Man PS4 (placement de produit oblige).

Bref, beaucoup de protagonistes et pas toujours la place pour les développer, d’autant que l’action avance à toute vitesse puisque l’intrigue principale est ramassée sur six épisodes. Superior Octopus, de plus en plus héroïque et sympa, tire donc la couverture à lui, Miles Morales est un peu en retrait, le Super Spiderman Japonais apparait de temps en temps et permet de belles bastons avec son robot géant.
 

SPIDER-GEDDON de Christos Gage & co.

Toutefois, le propos reste léger et le retour des Héritiers assez vite expédié, permettant surtout de présenter de nombreux Spiders. Ces derniers s’agitent beaucoup tandis que le scénariste, lui, s’éparpille avec des sous-intrigues à la pelle, notamment les très courts épisodes de « Vault of Spiders » qui présentent encore de nouveaux Parker alternatifs. Et, encore plus que pour SPIDER VERSE, le dénouement parait expédié avec une neutralisation des Héritiers (que l’on devine provisoire) arrivant comme un cheveu sur la soupe multidimensionnelle.

Au final, l’event reste néanmoins plaisant, l’intrigue s’avère agréable, quelques notes d’humour font mouche et le tout est servi par des graphismes globalement réussis. On devine cependant que le tout exercera peu de conséquences (excepté la mort de quelques Spidey secondaires dans les premières pages la plupart de nos amis arachnoïdes survivront à l’aventure). Lu d’une traite, avec les tie-in et autres séries annexes d’un intérêt variable (Spider Force, Spider Girls, Vault of Spiders) SPIDER GEDDON demeure une série sympathique dans laquelle on ne s’ennuie pas. Mais l’ensemble se situe néanmoins un bon cran en dessous de SPIDER VERSE. Le final laisse penser (espérer ?) que Marvel ne tentera pas une troisième mouture mais on a appris à se méfier de la Maison des (parfois mauvaises) Idées.

 

La version française, publiée sur trois "soft cover" comprends:

Spider-Geddon #0–5,

Spider-Geddon: Vault of Spiders #1–2

Spider-Force #1–3

Spider-Girls #1–3

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Comic Book, #Marvel Comics, #Spiderman

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Publié le 7 Novembre 2019

LA QUETE ONIRIQUE DE KADATH L'INCONNUE de Howard Philip Lovecraft

Cette novella (également connue, lors de sa première publication française, sous le titre de « A la recherche de Kadath ») constitue le point culminant du « cycle des rêves », un ensemble de textes écrits par Lovecraft entre sa première période (celle des « histoires macabres » proches de Poe) et la fin de sa vie, époque à laquelle il s’intéresse au Mythe de Cthulhu. Ici, ce texte énumère les périples conduisant Randolph Carter jusqu’au légendaire Plateau de Leng, à la recherche de la merveilleuse cité de Kadath. On retrouve ce protagoniste dans trois autres nouvelles : « Le témoignage de Randolph Carter », « La clé d’argent » et, finalement, « A travers les portes de la clé d’argent » écrit en collaboration avec E. Hoffman Price en 1933. Ces quatre nouvelles furent rassemblées dans l’indispensable recueil, sans équivalent en langue anglaise, « Démons et merveilles » publié en France en 1955. Ces récits, maintes fois réédités et retraduits par la suite, demeurent la porte d’entrée idéale pour découvrir le versant onirique de Lovecraft ; une sorte de réécriture de « l’Odyssée » d’Homère à laquelle se mêlent les contes orientaux des « Milles et une nuit ».

Publiée de manière posthume par Arkham House en 1943 et longtemps négligée, LA QUETE ONIRIQUE DE KADATH L’INCONNUE constitue aujourd’hui un des récits les plus célébrés de l’auteur, réussissant à combiner une fantasy onirique et merveilleuse à un fantastique plus sombre et horrifique. Double littéraire de Lovecraft, Randolph Carter s’y enfonce dans les royaumes du rêve pour découvrir la légendaire Kadath. Mais Nyarlathotep, le Chaos rampant, multiplie les obstacles pour l’arrêter. Carter va ainsi croiser différentes peuplades, des êtres étranges comme des vampires ou les fameuses Maigres Bêtes de la nuit. La route est longue jusqu’à la ville merveilleuse, tout comme elle sera longue pour les Hobbits s’en allant au Mont du Destin, pour le Guerrier Eternel recherchant Tanelorn ou pour Roland désireux de trouver sa Tour Sombre. Bref, Lovecraft inaugure pratiquement la « dark fantasy à quête » dans ce court roman qui, au départ, peut sembler austère. Pas de dialogues, beaucoup de descriptions, voilà le programme de ce récit dans lequel le ressenti parait plus important que la narration proprement dite, parfois décousue. En effet, Lovecraft aura rarement été aussi hyperbolique dans l’utilisation des termes évocateurs. Dès les premières pages, l’écrivain nous convie « dans cet ultime abîme du plus grand désordre où les chimères et les blasphèmes sont le centre de toute infinité », là où « Azathoth se goinfre au milieu des battements sourds et insensés d’abominables tambours et des faibles lamentations monotones d’exécrables flutes ». L’écrivain multiplie les adjectifs : tout est « horrible », « monstrueux », « obscène », « blasphémateur », etc. Son style emphatique trouve ici son apogée, à la plus grande joie des laudateurs de l’écrivain et à la consternation de ses critiques. Quoiqu’il en soit, Lovecraft reprend des éléments de divers récits antérieurs : la ville d’Ulthar où les félidés sont sacrés, l’Anglais Kuranès régnant avec nostalgie sur la cité merveilleuse de Celephaïs, les divinités Nyarlatothep et Azathot, les Grands Anciens, les Manuscrits Pnakotiques et le Necronomicon, etc. Une véritable synthèse de ses thématiques revisitées durant une aventure épique, véritable Odyssée inspirée des grands auteurs mythologiques. Une réussite exceptionnelle, plus proche de la poésie en prose que d’un véritable roman. Parfois ardu mais doté d’une force d’évocation exceptionnelle LA QUETE ONIRIQUE DE KADATH L’INCONNUE multiplie les images fulgurantes.

Le lecteur intéressé poursuivra son exploration des contrées du rêve avec quelques nouvelles très réussies comme « Les chats d’Ulthar », « Le témoignage de Randolph Carter » ou « La clé d’argent » qui nous conte les entreprises d’un Carter vieilli pour redécouvrir le chemin des univers oniriques. Les passionnés se procureront également le magnifique « Kadath, guide de la cité inconnue » dans lequel quatre nouvelles voisinent avec de nombreuses illustrations pour proposer une véritable cartographie de l’imaginaire lovecraftien. 

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Publié le 6 Novembre 2019

LE CONCLAVE DES OMBRES TOME 2: LE ROI DES RENARDS de Raymond E. Feist

Raymond Feist poursuit l’histoire du jeune Ser, devenu Serwin Fauconnier, un bretteur exceptionnel toujours décidé à venger le massacre de son peuple. Mais Serwin doit également obéissance au Conclave des Ombres: le voici donc obliger d’entrer au service du duc Kaspar d’Olasko, le responsable de la mort de sa famille. Un duc lui-même tombé sous l’influence du redoutable sorcier Leso Varen.

Après un premier tome aussi classique qu’efficace, la saga de Feist prend de l’ampleur en envoyant son jeune héros dans la Haute Société féodale. Là, évidemment, se joue la destinée du royaume, entre complots et trahisons, avec les manigances de nombreux personnages. Moins manichéen que le premier volet, ce deuxième tome prouve qu’il y a peu de place pour l’héroïsme dans cet univers : certains « gentils » usent de moyens discutables pour parvenir à leurs fins tandis que l’on se surprend à trouver quelques « méchants » honorables, voire attachants. Bien sûr, Ser reste peu crédible, étant passé de « gamin perdu » au début du premier épisode à un véritable homme de cour à l’habileté exceptionnelle après un entrainement assez bref. On pourrait presque rapprocher cette progression de ces films de kung-fu dans lesquels un gamin naïf et incapable de se battre devient, après quelques jours chez un grand maître, un combattant invincible.

La construction générale de l’intrigue reste, elle-aussi, très traditionnel, reprenant des fondamentaux bien connus de l’épopée de cape et épée à la façon du COMTE DE MONTE CHRISTO qui semble une inspiration majeure de ce deuxième volume. Néanmoins, les relations entre les personnages sont bien gérées, les dialogues sonnent souvent justes, la plume de Feist est professionnelle, parfaitement rodée et addictive, ménageant ses coups de théâtres aux bons moments et alternant avec adresse l’intimiste et le spectaculaire.

Sans rien inventer, ce ROI DES RENARDS s’avère particulièrement efficace et sa lecture, aisée, procure un vif plaisir. Alors certes les dédaigneux catégorisent ce roman dans la catégorie fourre-tout de la « Big Commercial Fantasy » mais qu’importe : lorsque c’est aussi bien ficelé il n’y a pas de mal à se faire du bien.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Aventures, #Fantasy

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Publié le 5 Novembre 2019

LE MYSTERIEUX Dr XHATAN d'Henri Vernes

Ce personnage haut en couleurs (hum !) de Xhatan était apparu dans le précédent OPERATION WOLF à la tête d’étranges canidés « truqués ». On le retrouve régnant en despote dans une contrée perdue de Haute Birmanie avec l’aide de divers gadgets dont une étrange lumière verte mortelle qu’il manipule à sa guise. Bien évidemment notre mégalomane super vilain (pléonasme) va trouver sur sa route Bob et Bill qui, capturés, vont feindre de rejoindre les rangs du tyran.

Souvenir ému de Bob Morane, relecture toujours plaisante des années plus tard, il y a peu à ajouter à ce petit roman qui mélange adroitement aventures et science-fiction à la manière d’un serial d’antan. Super vilain, inventions maléfiques, poursuites, captures et évasions,…Sans oublier un Xathan assez bête pour penser pouvoir convertir Bob et Bill à ses plans de domination mondiale.

Rien de novateur mais Henri Vernes cuisine habilement ce récit divertissant à souhait qui s’inscrit sans nul doute parmi les classiques de Bob Morane.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Aventures, #Bob Morane, #Jeunesse, #science-fiction

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Publié le 31 Octobre 2019

LE CAUCHEMAR D'INNSMOUTH de Howard Phillips Lovecraft

Ce recueil reprend six nouvelles de Lovecraft, toutes intéressantes même si on réservera le qualificatif de chef d’œuvre à la première d’entre elles, celle qui donne d’ailleurs son titre à ce livre.

Sans doute un des récits les plus connus de Lovecraft, cette novella (terminée en 1931) constitue une continuation de la très courte « Dagon » écrite douze ans auparavant. Le narrateur, Robert Olmstead, se rend en Nouvelle-Angleterre pour en découvrir l’Histoire. En dépit des avertissements, il échoue dans le petit village côtier d’Innsmouth où il est accueilli de manière hostile par les habitants à l’étrange apparence batracienne. Olmstead finit par apprendre, de la bouche du vieil ivrogne Zadok Allen, que la population s’adonne au culte d’un dieu aquatique, Dagon, et n’hésite pas, en échange de richesses, à s’accoupler à des êtres venus des profondeurs.

Sorte de synthèse de l’horreur tentaculaire, cosmique et aquatique de Lovecraft, ce récit riche et efficace démarre de manière posée pour ensuite s’enfoncer dans l’indicible au fur et à mesure des rencontres du principal protagoniste avec les abominations nichées dans ce paisible (en apparence) village côtier. Souvent mentionné, que ce soit par Lovecraft lui-même ou par ses continuateurs, Innsmouth s’est imposé comme un lieu essentiel de son univers aux côtés d’Arkham. 70 pages denses et passionnantes (tout juste peut-on trouver le parler « alcoolisé » de Zadok Allen un brin pesant) à lire ou relire dont Stuart Gordon tira l’excellent DAGON, sans doute le long-métrage le plus représentatif de l’univers lovecraftien.

Les autres nouvelles sont également célèbres : « La maison de la sorcière » (adaptée pour la série télévisée Master of Horror mais également sous les titres LA MAISON ENSORCELEE en 1968, HORREUR A VOLONTE en 1970 et plus récemment THE SHUNNED HOUSE en 2003), le très macabre « Air Froid » dans l’esprit des (ultérieurs) « Tales from the crypt » (porté à l’écran dans l’anthologie NECRONOMICON et précédemment dans la série télévisée « Night Gallery »), le très court « L’indicible » (dont J-P Oulette tira le sympathique mais très bis THE UNNAMABLE en 1988).

Le recueil se termine avec l’excellent « Le Monstre sur le seuil ». Au final : une belle réussite !

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Fantastique, #Horreur, #Recueil de nouvelles, #Lovecraft

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Publié le 30 Octobre 2019

RAI INTEGRALE de Matt Kindt

Changement de décor et d’époque pour l’univers Vaillant avec RAI…Exit le monde actuel et les super slips pour un environnement ultra futuriste et technologique d’inspiration Cyberpunk.

Bien que l’on retrouve certains éléments issus de l’univers Vaillant (La Géomancienne, le Guerrier Eternel), RAI s’impose comme un titre pouvant parfaitement se lire indépendamment. Nous sommes dans une histoire cyberpunk relativement classique (la révolte d’un « servant » contre une intelligence artificielle toute puissante) mais bien menée et servie par des dessins de très haute qualité. En 4001, le Japon s’est élevé, au sens propre, au-dessus d’une terre dévastée, irradiée et polluée. Bienvenue dans ce Néo-Japon dirigé par le Père, intelligence artificielle toute puissante, et protégé par Rai, techno-justicier chargé de résoudre une affaire de meurtre. Or, au Neo-Japon, le crime a normalement disparu.

La plongée de Vaillant dans la science-fiction donne lieu à une jolie réussite en termes de création d’univers avec un bel effort accordé à rendre crédible ce Japon futuriste. Malheureusement, l’intrigue elle-même parait parfois un brin confuse et les protagonistes ne sont pas toujours caractérisés aussi bien qu’ils le mériteraient, rendant la lecture un peu superficielle.

RAI INTEGRALE de Matt Kindt

On apprécie le design futuriste, on admire les dessins parfaitement adaptés au projet mais on reste un peu en retrait devant ce roman graphique sinon épique et impressionnant, traversé de l’une ou l’autre fulgurance, qui évoque vaguement « Matrix », « Blade Runner » ou les classiques littéraires d’Asimov et consort. Nous sommes donc loin d’un échec, au contraire RAI s’avère plutôt réussi et agréable avec de belles scènes d’action et des passages plus intimistes efficaces mais on ne peut s’empêcher de penser que ces prémices auraient pu donner une œuvre encore plus définitive. Une certaine confusion, l’impression de regarder de « belles planches » plutôt qu’un récit totalement maitrisé atténue la réussite de ce RAI qui mélange toutefois la science-fiction d’inspiration cyberpunk, les références nippones, un côté polar noir et quelques éléments super-héroïques avec une certaine dextérité et de manière plutôt intelligente dans ses réflexions sur l’avenir de l’humanité et la mainmise de l’intelligence artificielle. Au risque de se répéter on marche à nouveau dans les territoires de « Blade Runner » et « Matrix » pour cette manière de synthétiser les références populaires tout en les sublimant.

Malgré quelques quelque bémols, RAI demeure un comic book hautement satisfaisant et une lecture, dans l’ensemble, fort plaisante.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Comic Book, #Cyberpunk, #science-fiction, #Valliant Comics

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