Publié le 4 Janvier 2020

SAVEZ-VOUS OU EST ROSE? de E.C.R. Lorac

Londres, au plus fort de la Seconde Guerre Mondiale, une époque où le blackout est de rigueur…Quelques individus, un peu artistes, plutôt bohèmes, se réunissent dans un modeste studio : deux jouent aux échecs, un peintre peint son modèle, déguisé en cardinal, et Rose, la sœur du peintre, vaque à ses occupations. Surgi alors un « constable spécial » en compagnie d’un militaire : l’habitant de l’appartement voisin, un vieil avare, vient d’être abattu et le soldat a été trouvé à côté du cadavre encore chaud. Bref, l’affaire parait simple et la culpabilité du bidasse évidente. Cependant l’inspecteur McDonald, dépêché sur les lieux, a encore des doutes. Il commence son enquête et découvre rapidement que le grigou vivait certes chichement mais était, en réalité, plein aux as…de quoi donner un motif sérieux de l’assassiner. Et si les alibis des quatre hommes paraissent increvables, nul ne sait exactement ce que faisait Rose à l’heure du meurtre.

Edith Caroline Rivett, dite E.C.R. Lorac (1894 – 1958) fut une des nombreuses écrivaines prolifiques de l’Age d’Or du roman policier anglais. Elle entra d’ailleurs en 1937  dans le fameux Detection Club et rédigea plusieurs dizaines d’enquêtes de l’inspecteur McDonald. SAVEZ-VOUS OU EST ROSE ? (ou SAVEZ VOUS OU EST ROSANNE ? selon les éditions) est un sympathique whodunit dont la principale originalité réside dans son utilisation du blackout londonien. L’intrigue, de son côté, se montre classique et l’identité du coupable relativement évidente en dépit d’une machination savamment élaborée (et qui, dans la réalité, aurait eu bien du mal à fonctionner). Des personnages intéressants bien qu’un peu clichés et une pagination réduite confère à ce petit roman un rythme suffisant pour éviter l’ennui. Rien de transcendant mais un honnête divertissement à l’ancienne.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Golden Age, #Policier, #Whodunit

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Publié le 3 Janvier 2020

LA DECADE PRODIGIEUSE d'Ellery Queen

Les deux cousins, dissimulés derrière le pseudonyme collectif d’Ellery Queen, se surpassent à nouveau avec cette construction policière vertigineuse toute en fausses pistes et faux-semblants. Un critique prétendit d’ailleurs un jour qu’Ellery Queen n’écrivait pas de roman policier mais qu’il ETAIT le roman policier (sous-entendu américain) et cette assertion se vérifie encore une fois.

Un jeune sculpteur, Howard Van Horn, craint d’avoir commis des actes répréhensibles dont il n’a plus, aujourd’hui, de souvenir suite à des crises d’amnésie. Il sollicite l’aide d’Ellery Queen mais ce dernier se rend compte, rapidement, que la situation s’avère plus complexe que prévu. Howard entretient, en effet, une liaison avec sa jeune belle-mère, Sally. Bien sûr, un maitre chanteur s’en mêle et Ellery se voit chargé de la transaction, une mission qu’il accepte pour ménager le père de Howard, Diedrich. Aux abois, Howard est même forcé de cambrioler son paternel pour trouver la somme d’argent exigée par le criminel. Evidemment, le maitre-chanteur ne compte pas en rester là et réclame davantage d’argent au pauvre Howard…

Après une première partie de carrière consacrée à l’énigme pure, Ellery Queen (les auteurs) s’oriente vers un policier toujours complexe mais davantage porté sur l’aspect psychologique, notamment avec une série de bouquins se déroulant dans la ville imaginaire de Wrightville. LA DECADE PRODIGIEUSE en constitue une belle illustration avec un Ellery Queen (le détective) en grande forme mettant à jour une incroyable machination criminelle élaborée sur le modèle des Dix Commandements. Un édifice de déductions d’une grande logique et pourtant le lecteur aura droit à de nouvelles révélations surprenantes venant démontrer l’impossible : cette fois Ellery s’est trompé !

Un roman policier d’une grande originalité, à mi-chemin de l’énigme classique type whodunit et du thriller psychologique, servi par une belle plume et dont la patiente construction narrative (prodigieuse, osons le terme !) se dévoile lors des derniers chapitres tout simplement bluffant. Du grand art par les maitres du policer américain.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Ellery Queen, #Golden Age, #Policier, #Thriller

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Publié le 2 Janvier 2020

CHRONIQUES DU PETIT PEUPLE d'Arthur Machen

Arthur Machen (1863-1947) était un écrivain loué par Lovecraft et ce-dernier s’inspira largement de ses techniques narratives pour ses propres nouvelles consacrées à Cthulhu. Aujourd’hui, Machen s’avère hélas quelque peu oublié quoique LE GRAND DIEU PAN reste un classique souvent réédité. Machen écrivit aussi l’histoire « The Bowmen » à l’origine de la célèbre légende des Anges de Mons, une fiction considérée à présent, par beaucoup, comme un fait historique. Un glissement du mythe à la réalité qui lui inspire le très plaisant « Sortis de terre » et ses étranges rumeurs.

Ses CHRONIQUES DU PETIT PEUPLE permettent de découvrir et surtout d’approfondir son œuvre. Ces contes, fantastiques et teintés d’une épouvante subtile, bénéficient d’une écriture fine et ciselée, très moderne finalement, sans les lourdeurs qu’a pu avoir Lovecraft justement. A la lecture de « L’Histoire du cachet noir » et « la pyramide de feu », on comprend rapidement l’influence qu’a pu avoir Machen sur le père de Cthulhu. Dans les deux cas nous assistons à la mise en place progressive d’un véritable puzzle dans lequel chaque pièce s’imbrique pour former un tableau effrayant invitant le lecteur à prendre conscience de l’influence du Petit Peuple. Laquelle transparait aussi dans « La main rouge » et l’angoissant « Substitution » au sujet des Changelins.

Car chez Machen, les fées et leurs semblables (lutins, elfes et autres) sont loin des bienveillantes créatures habituellement croisés dans la Fantasy et les régions d’Angleterre où elles se cachent (mais l’imprudent peut les découvrir, généralement en empruntant un sentier arboré) recèlent bien des dangers. Les jeunes filles disparaissent, les petites filles sont inconscientes du Mal tapi dans les forêts et les bébés sont remplacés dans leur berceau par d’horribles métamorphes…Les nouvelles, quoiqu’indépendantes, se ressemblent par leur construction et leur thème, à savoir la survivance, dans les campagnes anglaises, de créatures légendaires et maléfiques et toutes aboutissent, à la manière d’un puzzle, à l’acceptation, par le lecteur, de la réalité de ces mythes britanniques ancestraux. Encore une fois la comparaison avec Lovecraft se montre pertinente…chez l’un le Petit Peuple, chez l’autre les Grands Anciens mais, dans les deux cas, l’existence d’un monde horrifique et dangereux caché aux yeux des hommes de notre temps et dont la découverte les plonge dans l’épouvante voire dans la folie.

Avec son écriture parfaitement maitrisée et son art du récit ponctué de réflexions quasiment philosophiques sur le sens du Mal (comme en témoigne le long dialogue ouvrant « Le peuple blanc ») voici un incontournable du fantastique à l’ancienne…toujours pertinent après plus d’un siècle ! Une belle découverte.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Fantastique, #Fantasy, #Horreur, #Golden Age, #Recueil de nouvelles

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Publié le 1 Janvier 2020

LE CHANT DU BARDE de Poul Anderson

Ce recueil paru au Belial en 2010 (puis réédité au Livre de Poche deux ans plus tard) rassemble neufs récits non inédits (mais souvent remaniés et retraduits) qui composent un véritable « best of » science-fictionnel de Poul Anderson, notamment inventeur de la célèbre Patrouille du temps. Des récits souvent primés, voire multiprimés et qui sont, pour la plupart, relativement longs pour des nouvelles jusqu’à atteindre ce que les Américains désignent comme des romans courts ou des novellas. Anderson fut d’ailleurs récompensé à sept reprises par un Hugo (six des titres récompensés sont inclus dans ce recueil) et trois fois par le Nebula, sans oublier un Locus. Lauréat de ce triplé parfait « La reine de l’air et des ténèbres » est évidement reprise ici et constitue peut-être le chef d’œuvre de son auteur.

L’anthologie débute avec « Sam Hall » dans lequel un employé modèle du système informatique d’un univers futuriste totalitaire introduit, presque par jeu, un bug dans la machine en créant de toutes pièces un révolutionnaire mystérieux nommé Sam Hall. Un nom puisé dans une vieille chanson populaire  anglaise. A force manipulations, Sam Hall acquiert une sorte de pseudo-existence : tous les crimes sont imputés à ce criminel insaisissable et les membres d’un réseau de résistance clandestin se l’approprient pour signer leurs méfaits. Quoique la technologie ait évolué, la nouvelle qui date de 1953 (et fait écho à la Guerre de Corée et au Maccarthysme) reste étonnamment moderne plus de soixante ans après sa rédaction et son sujet (manipulations gouvernementales, falsification de l’information, oubli numérique, etc.) demeure toujours d’actualité. Un classique de la dystopie.

Le court roman « Jupiter et les centaures », précédemment publié dans la collection « Etoile Double» aux côtés d’une novella de Sheckley  décrit la manière d’explorer Jupiter en utilisant des avatars (la référence à un « classique » récent de la SF cinématographique n’est point innocente tant les intrigues sont similaires).

« Long cours » valu à son auteur un de ses nombreux prix Hugo: un récit d’exploration maritime dans un monde dans lequel on se souvient encore, mais à peine, de la Terre, planète-mère. Le capitaine d’un navire découvre un astronef en partance menaçant, par sa seule existence, le futur de ce monde. Comment réagir ? De la SF intelligente et efficace.

Autre gros morceau, « Pas de trêve avec les rois », obtient lui aussi le Hugo : cette longue nouvelle (90 pages) précédemment publiée en français dans l’anthologie HISTOIRES DE GUERRES FUTURES raconte un affrontement entre deux camps, façon Guerre de Sécession, dont l’un bénéficie d’un appui extraterrestre.

Récit de vengeance très efficace tempéré par la découverte des rites étranges d’une planète étrangère (dont du cannibalisme rituel), l’excellent « le partage de la chair » n’a pas volé son prix Hugo et demeure un des meilleurs récits d’Anderson.

Mi sérieux, mi humoristique, en tout cas toujours sarcastique (pour ne pas dire grinçant), « Destins en chaîne » projette son héros, Bailey, dans une série de réalités alternatives dans lesquelles il se débat jusqu’à la mort. Dans l’un de ces univers parallèle, la simple expression artistique peut vous conduire en prison, dans un autre l’Etat a consacré les inadaptés de tous poils au point qu’ils peuvent revendiquer ce statut et vivre une existence oisive. Mais les simulateurs se multiplient, se prétendant eux aussi malades mentaux afin de bénéficier de l’Etat providence. Les homosexuels ayant déjà réussi à obtenir cette reconnaissance, les Noirs envisagent de s’associer aux Juifs souffrant de discrimination tandis que les prophètes de religion folklorique prêchent à tout va…et pas question d’y trouver à redire car ces religieux risqueraient, sinon, des dégâts psychiques irréparables. Une plongée pas toujours très politiquement correcte (et c’est tant mieux) dans une poignée de sociétés utopiques (ou dystopiques selon les sensibilités) qui se termine dans un monde post-apocalyptique d’apparence paradisiaque après l’anéantissement, par une épidémie, de 95% de l’Humanité. Un excellent texte peut-être encore davantage actuel aujourd’hui qu’à l’époque de sa rédaction.

Autre novella illustre, « La reine de l’air et des ténèbres » a récolté le plus prestigieux des triplets de la SF : Hugo, Nebula et Locus. Nous sommes sur Roland, une planète lointaine colonisée par l’Homme. Un seul détective y exerce, Eric Sherrinford, contacté par une mère afin de retrouver son enfant enlevé par ce qui pourrait être des représentants du Vieux Peuple. Mais Sherrinford refuse d’accorder foi à ces anciennes superstitions celtiques…Une œuvre très efficace, sorte de transposition science-fictionnelle des légendes jadis contées par Arthur Machen.

Plus court, « Le chant du barde » obtint également le Hugo et le Nebula, finissant à la troisième place du Locus. Inspiré par les nouveautés science-fictionnelles lancées par Harlan Ellison, Anderson décrit un monde sous la domination d’un ordinateur omniscient, SUM, lequel enregistre les vies de tous les Humains et leur promet la résurrection un jour prochain. Mais un harpiste se confronte à l’avatar humain de SUM, la Reine Noire et cesse de croire en ses promesses. Une nouvelle dans laquelle Anderson démontre son originalité tout en s’inspirant de nombreux mythes antérieurs et en truffant son texte de citations littéraires. Très réussi.

Le recueil se termine par le court roman « Le jeu de Saturne », sorte de critique assez virulente des jeux de rôles et autres psychodrames auquel je n’ai personnellement pas accroché. Ce n’est pas grave, le reste était très bien.

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Publié le 21 Décembre 2019

SABAT N°1 de Guy N. Smith

Guy N. Smith, un des auteurs phares de la « pulp horror », a été régulièrement publié au Fleuve Noir dans la collection Gore. Cependant une grande partie de sa prolifique production reste inédite chez nous. Il a ainsi écrit six volumes concernant Mark Sabat, ancien prêtre formé par les SAS devenu exorciste pour combattre divers démons et carrément l’Antéchrist qui, d’ailleurs, le possède en partie. Sabat possède un équipement entre James Bond et le Docteur Strange : des armes classiques, un crucifix et la maitrise des arts mystiques qui lui permet de voyager dans l’astral hors de son corps. Le héros viole aussi deux jeunes femmes mais comme en fait elles aiment ça il est pardonné. Autre temps autres mœurs.

La version originale comptant 160 pages, le roman n’a probablement pas souffert de son adaptation aux normes de la collection « Gore ». Le lecteur retrouve, par conséquent, le style habituel de Guy N. Smith qui, comme toujours, se vautre dans le mauvais goût, l’horreur saignante et l’érotisme crapoteux. A croire que Smith, tombé amoureux des premiers romans de James Herbert, a fini par se dire qu’ils étaient trop psychologiques et timorés.

SABAT avance donc à un rythme frénétique et ne laisse aucunement le temps au lecteur de se remettre de ce déferlement de littérature « pulp » distillée à haute température. Le tout rappelle un peu la saga du COMMANDEUR de Michel Honaker avec son mélange de fantastique déjanté, d’horreur sanglante et d’érotisme gratuit.

En définitive, SABAT constitue un honnête petit « Gore ». On a lu plus extrême dans la collection mais l’approche old school et complètement décomplexée de Smith emporte l’adhésion. Bref, ce roman s’apparente à une bande dessinée pour adultes sans prétention (Elvifrance aurait pu l’adapter avec bonheur). Ce n’est cependant pas le meilleur livre de l’auteur et, pour les curieux maitrisant l’anglais, on conseille plutôt, chez Smith, le délirant NIGHT OF THE CRABS, le très divertissant BATS OUT OF HELL ou le référentiel THE SLIME BEAST dont les titres annoncent déjà la couleur…

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Gore, #Horreur, #Roman de gare

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Publié le 20 Décembre 2019

LE RETOUR DU BANNI (LE CONCLAVE DES OMBRES TOME 3) de Raymond E. Feist

Ce troisième tome, toujours inscrit dans la gigantesque saga de « La guerre de la faille » ou « Krondor », conclut la trilogie du « Conclave des Ombres » d’une manière quelque peu surprenante. En effet, au lieu de continuer à suivre Ser Fauconnier, héros des deux précédents volumes, LE RETOUR DU BANNI nous place aux côtés de son adversaire, le « méchant » Kaspar, duc d’Olasko, exilé par un magicien à l’autre bout de l’univers.

La première moitié du roman, probablement la plus intéressante, originale et adulte, décrit ainsi les tentatives de Kaspar pour revenir chez lui, ce qui s’accompagne d’une prise de conscience de ses actes passés. Peu à peu, ses ambitions lui paraissent futiles et il bascule, si on peut dire, dans le côté lumineux de la force, fréquentant par exemple de simples fermiers (une mère et son enfant) loin des fastes de la Cour. Avec son mélange de regret, de nostalgie et de fatalisme, cette première moitié trouve son ton, mâture et convaincant.

Par la suite, Kaspar rencontre trois marchands accompagnés d’une étrange armure qui s’avère un Talnoy, un être maléfique venu d’une autre dimension. Les marchands et Kaspar se trouvent dès lors sous l’influence d’un sort lié à l’armure qui les oblige à voyager en direction du Port aux Etoiles. Ils vont rencontrer différents personnages, dont des dieux, pour finir par retrouver les membres du Conclave : Ser, devenu restaurateur, et l’inévitable Pug, effrayé à l’idée d’une nouvelle guerre dévastatrice.

Cette seconde partie se conforme davantage aux conventions de la High Fantasy : failles dimensionnelles, créatures maléfiques, sortilèges, magiciens, elfes, objets enchantés, etc. Ce n’est pas désagréable, c’est même bien ficelé et bien écrit en dépit de passages un peu longuets et verbeux (les explications données à Kaspar sur la nature du Mal paraissent parfois redondantes et Feist semble alors tirer à la ligne pour relier les différents fils de son intrigue « bigger than life ») mais cette deuxième moitié, certes plaisante, ne retrouve pas le ton nostalgique et mélancolique des premiers chapitres.

Si LE RETOUR DU BANNI souffre de ce léger déséquilibre et d’un final expédié (annonçant cependant la prochaine trilogie, « La guerre des ténèbres », via un épilogue sous forme de cliffhanger attendu mais à la redoutable efficacité) il demeure un bon exemple de Fantasy divertissante et réussie. Bref, une lecture abordable par tous, sans grande aspérité ni d’une originalité fracassante, mais à l’écriture solide (on sent le métier d’un écrivain qui arpente cet univers depuis des décennies), aux personnages attachants et aux dialogues qui sonnent souvent justes.

Tant pis pour ceux (dont un site bien connu consacré à la Fantasy) qui persistent à ne voir que « stéréotypes », « clichés » et « formatage », les romans de Feist appartiennent certes à ce qu’il est convenu d’appeler, de manière (un peu trop) péjorative de la Big Commercial Fantasy mais ils ressuscitent aussi, avec bonheur, la fougue du roman feuilleton et apportent le dépaysement indissociable de la bonne littérature d’aventures fantastiques.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Aventures, #Fantasy

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Publié le 19 Décembre 2019

L'EXECUTEUR: SANGLANT ELDORADO de Mike Newton

Notre infatigable Exécuteur Mack Bolan change d’environnement et part pour la jungle, Mike Newton marchant sur les traces d’Indiana Jones pour cette aventure mouvementée. Mack va découvrir, en compagnie d’une jeune demoiselle, une ancienne cité Maya dont l’or approvisionne une organisation criminelle.

Voici un récit original qui change de la sempiternelle « Guerre contre la Mafia » quoique Mack doive une fois de plus stoppé des terroristes. Mais le changement des jungles urbaines vers les réelles jungles encore inexplorées rend cet énième EXECUTEUR fort efficace.

On peut bien sûr chipoter en pointant les facilités du scénario ou les quelques invraisemblances mais honnêtement elles sont bien moins nombreuses que dans la majorité des blockbusters d’action actuels. On pardonnera donc ces quelques fautes mineures pour se laisser porter par l’histoire qui développe des personnages secondaires bien typés afin d’aider Mack dans sa mission.

Pour du roman dit « de gare », SANGLANT ELDORADO s’avère correctement écrit, ce n’est pas du Prix Goncourt en puissance mais c’est très professionnel, très américain : bon sens du rythme, de l’efficacité, scènes d’action (plus rares et plus courtes que de coutumes) judicieusement placées à intervalles réguliers, rebondissements relançant l’action lorsque celle-ci s’enlise. Du bon boulot d’écrivain qui ne se fiche pas de son public et lui offre deux ou trois heures de divertissement, certes sans prise de tête mais pas idiot pour autant.

Une très belle surprise pour cet EXECUTEUR atypique particulièrement convaincant et réussi.

L'EXECUTEUR: SANGLANT ELDORADO de Mike Newton

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Aventures, #Exécuteur, #Roman de gare

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Publié le 17 Décembre 2019

L'ENTERREMENT DES RATS de Bram Stoker

Avec ce petit recueil à « pas cher », voici l’occasion de découvrir un auteur souvent résumé à son seul DRACULA.

La première nouvelle, qui donne son titre au recueil, suit un Anglais de passage à Paris en 1950. Il quitte les voies balisées et s’enfonce dans le quartier de Montrouge, peuplé d’une foule de chiffonniers façon cours des miracles. Notre touriste de la misère espère entendre des récits de la Révolution mais il tombe dans un piège et sur une bande de détrousseurs qui balancent les corps de leurs victimes aux rats. Une nouvelle à l’intrigue certes rudimentaires (une course poursuite dans les rues parisiennes les plus crasseuses entre un Anglais nantis et une horde de loqueteux assassins) mais à l’ambiance fort bien rendue avec cette horde de monstrueux miséreux plus agressifs qu’une meute de morts vivants. Très sympa.

« Une prophétie de bohémienne » traite donc, on s’en doute, de l’annonce faite par une bohémienne à un homme : il va tuer sa femme. C’est un court récit où le fantastique se réduit à cette clairvoyance et qui se veut surtout humoristique. Ca se lit, ça s’oublie mais ce n’est pas désagréable.

« Les sables de Crooken” joue aussi la carte de l’humour mais plus subtilement. Le récit rappelle un peu le point de départ du récent film “Le daim” avec cet Anglais suffisant qui, parti en Ecosse, veut absolument porter le magnifique costume traditionnel. Sauf qu’il se rend ridicule mais, par vanité, continue de le porter en dépit des moqueries. Une histoire de double (doppelganger), de fantôme et de malédiction planant sur des sables mouvants ajoute un élément fantastique à ce récit.

La dernière nouvelle, « Le secret de l’or qui croit » emprunte beaucoup à Poe mais annonce également d’innombrables récits ultérieurs (pensons simplement aux comics façon TALES FROM THE CRYPT) avec ses cheveux d’une jeune femme assassinée sortant des murs du salon où son amant l’a dissimulée.

Dans l’ensemble, ce petit recueil permet de découvrir Stoker, écrivain très connu grâce à DRACULA mais dont la popularité du Seigneur de la Nuit a aujourd’hui totalement occulté le reste de l’œuvre. Or on apprécie ces nouvelles agréables, bien écrites, au style joliment recherché mais facile d’accès et pas du tout vieillot. Plaisant.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Fantastique, #Historique, #Horreur, #Recueil de nouvelles

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Publié le 13 Décembre 2019

MEILLEURS VOEUX DE LA JAMAÏQUE de Ian Fleming

Recueil de trois nouvelles consacrées à James Bond publié à titre posthume en 1966, MEILLEURS VŒUX DE LA JAMAIQUE débute avec « Octopussy » (traduite, vu le jeu de mot intraduisible de l’original, par « Meilleur vœux de la Jamaïque »). James Bond y rend visite au Major Dexter Smythe, retiré à la Jamaïque depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale. Gros buveur, gros fumeur, passionné par les poissons mais n’ayant plus guère le goût de vivre, Smythe vit de sa fortune. En réalité celle-ci provient de deux lingots d’or nazi dérobé à la fin de la guerre après avoir abattu son guide, Hannes Oberhauser. Smythe les a fait fructifier en s’appuyant sur la pègre chinoise locale. Or, le cadavre d’Oberhauser vient d’être retrouvé. Et il était instructeur de ski et ami de Bond…

Une nouvelle très bien ficelée ou le style brut de Fleming fait merveille pour illustrer la célèbre maxime sur la vengeance, ici un plat qui se mange très froid pour Bond…et encore vivant pour la pieuvre qui donne son titre original à la nouvelle ayant servi de base, lointaine, pour certains passages du film « Octopussy ».

« The Property of a lady », la deuxième nouvelle du recueil, fut, elle aussi, remaniée pour s’intégrer au film « Octopussy ». Il s’agit d’un récit d’espionnage au sujet d’un Œuf de Fabergé servant de payement à une espionne russe. Un texte plaisant, avec la coolitude nécessaire, qui se déroule essentiellement lors d’une vente aux enchères devant permettre à Bon d’identifier ses adversaires.

« Bons Baisers de Berlin (The Living Daylight) » servit, pour sa part, de pitch à « Tuer n’est pas jouer » et constitue un jeu du chat et de la souris entre Bond et un sniper russe, le tout assorti d’un flirt à distance entre l’agent anglais et une musicienne berlinoise. Quelque peu prévisible mais fort bien mené.

Au total, MEILLEURS VŒUX DE LA JAMAIQUE rassemble trois récits efficaces qui se sont aujourd’hui parés d’une patine agréable. En effet (et forcément) les politiques-fictions d’actualité à l’époque de la sortie du bouquin sont aujourd’hui devenu des textes historiques au sujet d’une période à la fois très proche et déjà lointaine, celle de la guerre froide, de Berlin divisée, des chassés-croisés d’espions, etc.

Très divertissant !

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Aventures, #Espionnage, #Recueil de nouvelles, #James Bond

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Publié le 12 Décembre 2019

J'AURAI TA PEAU de Mickey Spillane

Ecrit juste après la Seconde Guerre Mondiale, ce roman a lancé la carrière de Mickey Spillane, à son époque le plus gros vendeur de bouquin des USA (« il n’avait d’autre concurrent que lui-même » a-t-on même dit). Après avoir scénarisé des comics pour Marvel (comme Captain America), Spillane se lance dans le pulp et, à même pas 30 ans, crée le personnage emblématique de Mike Hammer dont le patronyme laisse deviner les méthodes musclées. C’est d’ailleurs le grand intérêt des romans de Spillane tant Hammer incarne le stéréotype du héros viril, raciste, sexiste et macho comme on n’en fait plus (pratiquement un James Bond ou un SAS avant l’heure). L’oppose d’un héros politiquement correct d’aujourd’hui.

Mike méprise les gays (« pédales ») et les minorités (divisées entre les « bâtards jaunes » et les « nègres », mais les femmes adorent. D’ailleurs, elles se jettent toutes à ses pieds et Hammer les fait toutes craquer : sa secrétaire ultra canon se désespère de le mettre dans son lit (Miss Moneypenny ?), deux jumelles dont une nymphomane insatiable s’offrent à lui (mais devant cette avance « trop facile », Hammer passe son tour) et une psychiatre chaude comme la braise lui fait immédiatement des propositions indécentes. « Entourée d’homme sans virilité elle aspirait à un vrai homme ». Mike souhaite d’ailleurs l’épouser : elle devra bien sûr arrêter de travailler et rester à la maison pour qu’il sache toujours où la trouver et notre demoiselle qui n’en peut plus (Mike refuse de coucher avec elle avant le mariage !) réclame à grand cri sa bague ! Même lorsque Mike prend un raccourci par le parc, il croise des nurses qui lui adressent « un sourire plein d’espoir ». Son enquête s’interrompt donc régulièrement le temps de satisfaire ses dames.

Au rayon enquête et détection, Hammer ne la joue pas non plus Hercule ou Sherlock, préférant laisser parler ses poings et y aller franco niveau menaces, intimidations et coups et blessures. Pas question de chercher des indices et on le trouvera plus volontiers le 45 en main que la loupe.

Il faut dire que Mike a des raisons d’être en rogne car Jack, son meilleur copain, vient d’être assassiné. Un brave type ce Jack, il aurait même donné son bras pour Mike, d’ailleurs il l’avait fait au sens propre en s’embrochant sur une baïonnette destinée à notre héros durant la guerre. Ca forge une amitié, dur comme l’acier (ou la bite à Hammer). Du coup Mike veut coincer le meurtrier avant les flics, pas question que l’assassin se retrouve en cabane ou même sur la chaise, Mike veut le voir souffrir un maximum avant de l’abattre comme un chien. Mike est « le juge, le juré et l’exécuteur » et rien ni personne ne l’arrêtera dans sa mission. Pendant ce temps les morts s’accumulent…

J’AURAI TA PEAU (un titre presque aussi réussi que le « I, The Jury » original) constitue une bonne cure pour se laver du polar actuel à prétentions sociales. Ici le lecteur plonge dans le « pulp hard boiled » originel dans le style de Raymond Chandler mais en plus percutant, en plus série B avec tout ce que cela implique de machisme satisfait, de vulgarité assumée et de violences gratuites. Mike Hammer annonce à la fois James Bond, un justicier dans la ville, l’Exécuteur et l’Inspecteur Harry. Bref, comme disait l’autre « c’est du brutal ». Rafraichissant, plaisant et hautement divertissant.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Policier, #Roman de gare, #Polar, #Whodunit

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