Publié le 11 Décembre 2019

LA MALEDICTION DE BETHANY de Robert McCammon

 

Voici un des premiers romans de Robert McCammon qui deviendra une des valeurs sûres de l’horreur et du fantastique. L’intrigue est relativement classique avec son couple venant s’installer, en compagnie de leur petite fille, dans une petite ville tranquille au nom étrange, Bethany’s Sin. L’homme, Evan, écrivain de son état, y voit une opportunité de rédiger un article et se renseigne sur les origines du patelin. Très vite, bien sûr, il découvre certaines zones d’ombre aidé en cela par ses capacités paranormales de clairvoyance via ses rêves.

Premier bémol : le roman prend un temps certain à assembler les pièces de son puzzle…il faut attendre la moitié du livre (autour de la page 160) pour que la vérité se dévoile. Ce ne serait pas dramatique si la quatrième de couverture ne levait pas tout mystère sur la véritable nature du Mal qui se cache à Bethany…du coup mieux vaut éviter de lire ce résumé pour garder le suspense intact. Heureusement les personnages s’avèrent étoffés et relativement originaux. Bien sûr on n’échappe pas au cliché de l’écrivain s’installant dans un bled perdu pour écrire tranquillement mais son passé traumatisant au Viet Nam et ses talents de prémonitions lui donnent une certaine épaisseur. Dommage que l’épouse paraisse souvent bien stupide dans ses réactions et se refuse, quasiment jusqu’au bout du roman, a accordé foi à ses mises en garde concernant ce village maudit.

Si le roman suit une ligne bien tracée, le Mal qui peuple Bethany s’avère surprenant et rarement utilisé dans la littérature fantastique…ni sorcière ni vampires ni loups-garous mais bien…bon je ne le dirais pas mais c’est étonnant. McCammon aime l’Histoire (comme en témoigne son formidable L’HEURE DU LOUP) et LA MALEDICTION DE BETHANY lui permet donc d’explorer le passé, réel et / ou mythologique pour nourrir son intrigue.

Au final, LA MALEDICTION DE BETHANY constitue une lecture agréable mais pas exceptionnelle : l’auteur a encore des progrès à accomplir pour mieux gérer le rythme, la construction du récit et les relations entre les protagonistes. Néanmoins, c’est loin d’être désagréable. Pour un second roman, écrit à 28 ans, c’est même fort solide et bien des écrivains n’auront pas atteint une telle maitrise après des années de boulot. La dernière partie, plus mouvementée, fonctionne plaisamment et, dans l’ensemble, LA MALEDICTION DE BETHANY reste un honnête divertissement fantastico-horrifique.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Fantastique, #Horreur

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Publié le 9 Décembre 2019

NOTRE DAME AUX ECAILLES de Mélanie Fazi

Ecrites à la première personne, ces douze nouvelles, très personnelles, imposent un fantastique discret et délicat, loin des normes tapageuses de bien des récits courts.

Nous explorons par exemple  deux villes hantées, Venise (« La cité travestie ») et New Orleans (« Mardi-gras ») qui, derrière leurs vitrines attrayantes de piège à touristes, cachent de sombres secrets. Après lecture, on regarde différemment la Cité des Doges, ville vivante vengeresse pétrie de légendes aquatiques. Par comparaison, New Orleans semble plus attrayante malgré ses blessures puisqu’elle revit après le passage de Katrina et se pare une fois de plus des atours du Carnaval. « Rien n’annule Mardi Gras »

Dans « En forme de dragon » nous assistons au pouvoir de création par la musique d’une jeune fille décidée à donner corps à son imagination après l’effacement des dessins de son paternel. Où l’intrusion du merveilleux au cœur de l’existence routinière.

« Langage de peau » se fait délicat et sensuel pour décrire la relation physique qui s’établit entre deux loups-garous. Autre récit sensuel, pour ne pas dire érotique, « la danse au bord du fleuve » convie la narratrice à assister aux ébats d’une nouvelle amie avec les eaux d’un fleuve.

L’excellente « Noces d’écumes » revisite, elle, le thème lovecraftien de l’individu irrémédiablement attiré par les flots océaniques (et ce qui s’y cache) au point de délaisser sa jeune épouse.

La nouvelle qui donne son titre au recueil célèbre, pour sa part, la relation entre une jeune cancéreuse et une statue guérisseuse. Très réussie (lauréate du Prix Masterton), tout comme « Fantôme d’épingles » et sa poupée de chiffon absorbant la douleur d’une jeune femme  après chaque deuils. Citons encore « Le nœud cajun » qui mêle vaudou et boucle temporelle ou les multiples hantises de la « Villa Rosalie », sans oublier ce « Train de nuit » accueillant les désespérés pour les emmener vers…ailleurs.

Objet recelant une part de magie, hantise, malédiction, train fantôme, lycanthropes, épousailles contre nature, vaudou, piège temporelle,…Mélanie Fazi revisite les thèmes classiques du fantastique mais d’une manière totalement personnelle et originale. A chaque fois, son écriture impeccablement ciselée fait mouche, avec une grande économie de mots (pas une ligne de trop alors que l’époque est aux romans fleuves interminables) et d’effets (pas de « jump scare », même littéraires). Si le lecteur a bien sûr le droit de préférer l’une ou l’autre de ces nouvelles, toutes sont réussies et brillantes, sans déchet, sans texte faible.

Du grand art.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Fantastique, #Fantasy, #Recueil de nouvelles

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Publié le 6 Décembre 2019

CELLE QUI N’AVAIT PAS PEUR DE CTHULHU de Karim Berrouka

Revoici Karim Berrouka, chanteur du groupe punk rigolo Ludwig Von 88, qui s’attaque cette fois au Mythe de Cthulhu. Il nous présente son héroïne, Ingrid Planck qui va découvrir être la seule constante dans un univers délirant. En effet, cette trentenaire parisienne typique est contactée par cinq factions « cultistes » qui veulent soit détruire le Grand Cthulhu soit provoquer son retour.

Suite à une sorte de blague cosmique, notre pauvre Ingrid se retrouve Centre du Pentacle et chaque fois qu’elle sort de chez elle rencontre des mecs complètement fracas. La voilà donc contrainte d’écouter les élucubrations des Adorateurs de Dagon (dont l’église se trouve confronté à un schisme) ou des laudateurs de Shub-Niggurath. Et pendant ce temps, le Grand Cthulhu attend en rêvant depuis bien trop longtemps.

En dépit d’un côté un peu redondant dans les premiers chapitres (L’héroïne voyage et rencontre des cultistes toujours plus frappadingues), CELLE QUI N’AVAIT PAS PEUR DE CTHULHU constitue un roman amusant et efficace qui remet un peu d’humour dans un univers lovecraftien de plus en plus encombré. Jacques Finné disait déjà, voici 40 ans, « le mythe de Cthulhu est aujourd’hui devenu aussi monstrueux que le dieu qui lui donne son nom ». Que dirait-il aujourd’hui devant la profusion d’œuvres estampillées du Grand Ancien Endormi ? Comme disent les critiques sérieux, CELLE QUI N’AVAIT PAS PEUR DE CTHULHU est donc un livre « nécessaire », afin de délirer un peu entre deux bouquins (trop ?) sérieux se référant à Lovecraft. Ici, les références sont nombreuses et le lecteur adepte du Vieux Gentleman de Providence s’amusera à les référencer.

L’humour, pour sa part, fonctionne de belle manière, en particulier pour les différentes sectes aux pratiques improbables : les hippies partouzeurs de la Chèvre aux Milles Chevreaux (pire que les allumés de Krishna, ne manque que la paix l’amour la liberté et les fleurs), l’Eglise du Christ quantique Higgs Boson, les anti mélomanes vénérant Azatoth (« Tout pour le trash ! »), les Profond de l’American Dagon Scuba Diving Society, etc. Karim Berrouka en profite pour se moquer de toutes ces religions aux croyances ridicules et à leur improbable Messie. Les titres de chapitre sont, eux aussi, référentiels et bien trouvés. Bref, CELLE QUI N’AVAIT PAS PEUR DE CTHULHU ne se moque pas de son sujet mais le traite avec la dérision nécessaire, sans – heureusement - verser dans la parodie à gros sabots (dans le style des illisibles LORD OF THE RINGARDS) où trois jeux de mots foireux font office de comédie trop drôle (ou pas).

On fait donc gaffe aux Anciens (« ils font trembler la terrer, font déborder la mer’), on apprécie le style efficace, travaillé mais sans lourdeur (là aussi pas la peine d’essayer de copier HPL, les phrases boursouflées il faisait ça très bien mais ceux qui ont tenté de l’imiter ce sont bien vautrés) et des descriptions convaincantes parfois carrément lyriques voire poétiques, comme quoi la déconnade c’est sympa mais sur 400 pages mieux vaut garder quelques cartouches en réserve pour le grand final façon Horreur Cosmique.

Un bon moment à conseiller particulièrement aux amateurs d’HPL qui n’en peuvent plus des copies faisandées des récits de Lovecraft (ou Derleth).

 

 

 

Et pis Hou-là-là!

Na.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Fantastique, #Lovecraft, #Humour

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Publié le 5 Décembre 2019

PAX AMERICANA de Roland C. Wagner

Les auteurs de SF avaient quand même parfois le nez creux… En 2005, le trop tôt disparu Roland C. Wagner imaginait déjà très bien les conséquences possibles du Réchauffement et de la disparition des ressources.

XXIème siècle…le pétrole n’est plus qu’un souvenir pour beaucoup. Les USA (rebaptisés Zu’ssa) se sont accaparé les derniers stocks afin d’alimenter leur armée chargée d’imposer la Pax Americana au reste du monde. Violemment privés de leurs réserves, l’Europe a dû se tourner, contrainte et forcée, vers les énergies renouvelables. Bien sûr, la transition a entrainé des changements drastiques : fini la voiture individuelle, bonjour l’ordinateur à pédales. Les USA, de leur côté, ont continué d’épuiser les dernières ressources à la manière d’un ogre insatiable. Aujourd’hui le pays fonce droit dans le mur au point que le Président des USA s’apprête à renouer les relations avec le Vieux Continent. Mais la rumeur d’un attentat à son encontre enfle…

Roland C. Wagner propose ici une anticipation crédible avec d’un côté une Europe retournée à l'avant pétrole et des USA qui épuisent le peu de ressources restantes en guerroyant à tout va. Ils gardent ainsi la maitrise des énergies fossiles au point de s’être illusionné : pensant ces dernières inépuisables voilà le grand pays rattrapé par la réalité.

Mi satire, mi politique fiction, cette anticipation parfois grave et parfois amusante n’oublie pas de raconter une histoire et évite les excès loufoques (mais rapidement lassant) de LA SAISON DE LA SORCIERE du même Wagner. L’écrivain brosse quelques jolis portraits, dont un président européen aussi gentleman qu’insatiable sexuellement. Le tout donne une novella bien ficelé qui n’oublie pas l’humour pour parler de choses sinistres car comme le disait Didier Super « On va tous crever, on va tous crever,
Y'a la fin du monde qui nous guette et nous on fait la fête!”.

Sympathique et finalement optimiste donc recommandé même si le bouquin aurait mérité quelques dizaines de pages supplémentaires pour développer un univers à peine effleuré.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Roman court (novella), #anticipation, #science-fiction, #Humour

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Publié le 3 Décembre 2019

CELUI QUI MURMURE de John Dickson Carr

Cette enquête de Gideon Fell se classe sans hésitation possible parmi les meilleurs romans de « meurtre impossible » écrits pas le spécialiste John Dickson Carr. En novembre 2019 il a été voté « meilleur livre de Carr » sur le site Classic Mystery Novel du Puzzle Doctor. Une bonne occasion de relire cet incontournable.

Le professeur Rigaud a jadis été témoin, près de Chartres, d’une scène impensable. Après avoir assisté à une violente dispute entre un père et son fils, Rigaud éloigne le jeune homme, Harry Brooks, et laisse son paternel au sommet d’une tour médiévale. Or celui-ci est retrouvé peu après tué par sa canne épée alors que personne n’a pu s’approcher de la victime. Après la seconde guerre mondiale l’affaire ressurgit lorsque Rigaud la raconte durant un diner. Gidéon Fell devra, des années après les faits, expliquer ce meurtre.

Environ 200 pages ! Carr ne traine pas en route mais développe néanmoins une atmosphère intéressante dans un climat de peur surnaturelle. La caractérisation des personnages se montre, elle aussi, de qualité, avec de beaux portraits, plus développés que de coutume. La période choisie est particulièrement charnière dans le roman policier puisque la Seconde Guerre Mondiale marque généralement la fin ou du moins le déclin du roman d’énigme classique. Carr n’élude pas la guerre et ses conséquences mais propose un crime mystérieux commis avant celle-ci mais résolu plusieurs années après, au lendemain de la fin du conflit.

L’énigme, pour sa part, s’avère rondement menée. Si l’identité de l’assassin et la méthode utilisée ne surprendront pas l’amateur de « crime impossible » (en appliquant la célèbre maxime de Sherlock il n’existe pratiquement qu’une seule solution possible), les détails s’emboitent admirablement et chaque point de détail se voit au final expliqué avec bonheur. De plus, le romancier garde un atout dans la manche sous la forme d’une révélation fracassante que peu de lecteur auront vu venir. Un classique incontournable qui mérite sa place dans toutes les listes recensant les meilleurs policiers d’énigme de l’âge d’or.

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Publié le 29 Novembre 2019

LES FURIES DE BORAS d'Angers Fager

Petit recueil ayant retenu l’attention de la critique à sa sortie, LES FURIES DE BORAS s’apparente à une relecture des grands mythes du fantastiques de façon souvent très rentre-dedans. Le style de l’auteur (qualifié de « Lovecraft suédois sous acide ») s’avère simple et les phrases paraissent souvent éructées : courtes et hachées elles usent d’un vocabulaire volontiers familier pour plonger le lecteur au cœur d’une action frénétique. Si l’influence de Lovecraft se montre patente dans les intrigues, Fager s’éloigne cependant du reclus de Providence dans son traitement et se place à l’opposé du puritanisme de son inspirateur. Nous sommes davantage proche d’Edward Lee pour ce mélange d’horreur cosmique, de thématiques contemporaines, de gore, de drogues diverses et de sexe explicite.

La première nouvelle, « les furies de Boras », donne le ton avec cette bande de gonzesses excitées s’en allant baiser dans les bois avant d’offrir en sacrifice un jeune homme aux Grands Anciens. Tentacules phalliques, foutre et sang, Fager ne fait pas dans la dentelle mais le côté brut de son écriture compense la prévisibilité de l’intrigue.

La nouvelle suivante nous plonge en pleine guerre au XVIIIème siècle avec toute la violence attendue avant l’intervention d’une célèbre entité « qui marche sur le vent ». Encore une fois le côté outrancier et agressif de l’écriture compense un récit très classique.

« Trois semaines de bonheur » pourrait être la nouvelle la plus réussie du recueil, l’auteur dépeignant avec beaucoup de subtilité sa principale protagoniste dont il dévoile peu à peu la monstruosité. Comme les autres récits, celui-ci mélange horreur aquatique poisseuse et déviance sexuelle mais de manière moins frontale. Cette relative retenue rend le résultat plus convaincant et marquant avec une « héroïne » pathétique et attachante en dépit de sa différence.

En dépit d’une réelle originalité, plusieurs nouvelles laissent malheureusement une impression mitigée par leurs fins ouvertes qui semblent parfois inachevées. « Encore ! Plus fort ! » constitue ainsi un texte érotico-fantastique original dans lequel deux amants s’étranglent durant l’acte sexuel afin d’atteindre les contrées du rêve (ils ne devaient pas posséder la clé d’argent de Randolph Carter) mais le tout échoue à offrir une conclusion satisfaisante. « Un pont sur Vasterbron » décrit de façon très détachée une situation extraordinaire ayant mené au suicide de très nombreuses personnes âgées. L’auteur ouvre quelques hypothèses mais laisse au lecteur le soin de trancher. Le climat fantastique et la complète étrangeté de l’histoire s’avère toutefois intéressante. Même constat pour « L’escalier de service » qui nous ramène aux débuts de la psychothérapie, du temps où les médecins soignaient l’hystérie par le laudanum et les « massages » intimes afin de relâcher les tensions. Un récit très efficace jusqu’à une conclusion un peu trop attendue, pas à la hauteur de ce qui précède. Ce qui s’applique également au dernier récit de ce recueil.

Si LES FURIES DE BORAS déçoit parfois, nul doute que le recueil possède une véritable force accentuée par les « fragments », de très courtes nouvelles (plutôt des tranches de vie) amenant le lecteur à accepter la résurgence, dans la Suède du XXIème siècle, des manifestations des Grands Anciens. Au final, une lecture agréable qui offre un regard neuf sur les horreurs lovecraftiennes.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Erotique, #Fantastique, #Horreur, #Recueil de nouvelles, #Lovecraft

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Publié le 27 Novembre 2019

NEONOMICON d'Alan Moore

NEONOMICON constitue l’hommage d’Alan Moore (V POUR VENDETTA, WATCHMEN, FROM HELL,…) à Lovecraft. Le prologue, narré par l’agent spécial Aldo Sax, multiplie déjà les références : dans le nightclub Zothique, situé à Red Hook, se produit le groupe Les Chats d’Ulthar mené par la punkette Randolph Carter. Sax contacte Johnny Carcosa (en réalité l’avatar de Nyarlathotep) pour obtenir une nouvelle drogue. Mais Sax devient fou et mutile plusieurs jeunes femmes.

Cette première partie, évocatrice et mystérieuse, se compose de deux cases verticales par pages, ce qui permet au dessinateur Jacen Burrows de donner sa pleine mesure. L’histoire principale sera, pour sa part, essentiellement construite par l’utilisation de quatre cases horizontales par page, donnant là aussi l’ampleur nécessaire (façon cinémascope) au récit d’Alan Moore consacré à deux agents du FBI, Gordon Lampers et Merril Brears. Dans une volonté de pervertir l’univers de Lovecraft, Moore donne ainsi la vedette à un Noir et une nymphomane.

L’intrigue, linéaire, s’avère facile à suivre et ne ménage guère de surprise, ce qui n’empêche pas l’ensemble de posséder une grande force évocatrice. L’auteur n’hésite pas à plonger dans les tréfonds de l’horreur glauque et de la sexualité débridée avec des scènes d’orgies contre-nature dans lesquelles l’héroïne est violée à de nombreuses reprises par une créature des profondeurs.

Moore frôle souvent la parodie et se moque gentiment de l’exploitation outrancière du Mythe (« je n’ai jamais lu Lovecraft mais ces histoires sont partout aujourd’hui, ils font même des Cthulhu en peluche » déclare un enquêteur) tout en versant lui-même, par instant, dans ce travers de références multiples. On retient néanmoins quelques passages bien délirants comme ce sex-shop proposant des poupées gonflables au visage de Cthulhu ou ces godes tentaculaires, sans oublier une orgie dans une piscine souterraine abritant un Profond à l’appétit sexuel insatiable. Oui, tout ça donne parfois une impression de joyeux foutoir devant autant aux mangas pornos qu’à Lovecraft. Mais ce n’est pas désagréable à condition d’apprécier cette option « série B ».

Néanmoins, le final d’une portée réellement cosmique avec une utilisation adroite des théories sur le temps cyclique rachète les aspects parfois grand-guignolesques d’un récit globalement convaincant et original, pour amateurs avertis (comme on dit) de HPL.

NEONOMICON d'Alan Moore

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Comic Book, #Fantastique, #Horreur, #Lovecraft, #Erotique

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Publié le 26 Novembre 2019

AU PETIT POIL d'A.A. Fair (Erle Stanley Gardner)

Erle Stanley Gardner, célèbre créateur de l’avocat Perry Mason, a également signé, sous le pseudo de A.A. Fair, une série de romans consacrés aux détectives privés Bertha Cool et Donald Lam. De plaisants petits bouquins de gare (comme on disait avant) entre énigme classique, polar coup de poing et roman « pulp ».

Ici, Lam seul accepte une affaire confiée par Clayton Dawson dont la fille est accusée d’avoir participé à un accident avec délit de fuite. Dawson demande à Lam de retrouver la victime et de lui proposer un arrangement monétaire à l’amiable afin d’éviter d’éventuelles poursuites judiciaires à l’encontre de sa fille. Bertha, de son côté, insiste sur le caractère très risqué de cette opération : quasiment illégale elle pourrait coûter sa licence à Lam. Mais, têtu, ce dernier prend néanmoins l’affaire en main. Bien sûr, rien ne s’avère conforme à ce qu’il parait de prime abord et Lam met à jour un panier de crabes dont il aura bien du mal à se dépêtrer.

Vingt-septième épisode de la série, AU PETIT POIL multiplie les twists quasiment jusqu’à l’absurde au risque de perdre le lecteur (ce qui, peut-être, est le but de l’auteur) : Dawnson n’est pas celui qu’il prétend être, sa fille n’est pas sa fille, la victime de l’accident est une arnaqueuse professionnelle, etc. Bref, ça « bouge »…

L’intrigue, complexe et même confuse, sera néanmoins expliquée de manière globalement satisfaisante durant le dernier chapitre au cours duquel notre détective résout l’affaire. Le tout avance à un rythme haletant, dans la grande tradition du pulp, en ménageant un rebondissement quasiment à chaque chapitre pour ne pas perdre l’intérêt du lecteur. Fair / Gardner remplit son bouquin au maximum et les fausses pistes sont légion mais l’ensemble fonctionne plaisamment et se montre même un peu instructif sur les mécanismes typiquement ricains d’arrangement avec la justice pour éviter les procès.

Le tout possède suffisamment d’action pour satisfaire les adeptes de la méthode « hard boiled » et une intrigue suffisamment tarabiscotée pour contenter les amateurs d’énigme. Si ce n’est pas « le meilleur des deux mondes », AU PETIT POIL reste un divertissement tout à fait correct pour une bonne soirée placée sous le signe du polar d’antan.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Polar, #Policier, #Roman court (novella), #Roman de gare

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Publié le 22 Novembre 2019

L'HORREUR DANS LE CIMETIERRE de H.P. Lovecraft et autres

Après L’HORREUR DANS LE MUSEE voici le deuxième tome de cette série reprenant les « révisions » et autres « collaborations » de Lovecraft. Le sujet est abordé par une préface d’August Derleth suivi d’un très intéressant article de Francis Lacassin : « H.P. Lovecraft : « nègre » littéraire ou accoucheur de talent ?. Le même Lacassin fournit d’ailleurs en fin de volume une bibliographie de ses revisions (aujourd’hui toutes disponibles en français)

Le corps du recueil se compose d’une sympathique nouvelle d’Hazel Heald qui lui donne son titre, « L’horreur dans le cimetière ». Pa la suite, Hazel Heald (1896 – 1961) a admis que Lovecraft « l’a aidée pour ses histoires et a véritablement réécrit des paragraphes entiers. Il critiquait les alinéas les uns après les autres, notait au crayon des remarques marginales et les faisait ensuite réécrire jusqu’à ce qu’ils lui plaisent ». Les « révisions » effectuées par Lovecraft se montrent d’ailleurs de plus en plus importantes : si les premières histoires nécessitent une révision moins radicales et peuvent se contenter des conseils de l’écrivain de Providence (par exemple dans « L’homme de pierre » et « L’Horreur dans le cimetière »), les suivantes (« L’horreur dans le musée » et « Surgi du fond des siècles ») constituent de véritables collaborations, Lovecraft y apportant ses thématiques familières et de nombreux emprunts au Mythe de Cthulhu. En ce qui concerne le très divertissant et quasi parodique « La mort ailée », dernière « collaboration » entre Heald et Lovecraft, ce-dernier avoue, dans une lettre à August Derleth, qu’il en a écrit au moins 90%. Nous sommes donc loin d’un simple travail de correction !

Zealia Bishop est une autre romancière aidée par Lovecraft : « j’avais appris de lui les principes fondamentaux de la technique de l’écriture. Ma dette à son égard est considérable. Je considère que cela a été un grand bonheur d’avoir été au nombre de ses corresponds amicaux et de ses élèves ». Quoique sa production personnelle relève de la littérature romantique, Zealia Bishop est aujourd’hui essentiellement connue pour les trois révisions effectuées par Lovecraft. Ce-dernier détaille la genèse du plutôt réussi « La malédiction de Yig » en affirmant qu’il s’agit pratiquement d’une « composition originale du fait que tout ce dont je disposais était un ensemble de notes ». Il ajoute « toute l’intrigue et les motivations sont de moi, j’ai inventé le dieu-serpent, la malédiction, le prologue et l’épilogue,… ». Lovecraft récidiva avec « La chevelure de la Méduse » (qui a pris un bon coup de vieux et dont les aspects racistes n’aident guère à la reconnaissance de HPL) et surtout le roman « Le Tertre » à l’indéniable efficacité dans sa description d’un  monde souterrain niché sous un tertre maudit. Lovecraft a d’ailleurs confié à Clark Ashton Smith (auquel il emprunte la divinité batracienne Tsathoggua) qu’il a composé « une histoire originale à partir d’un simple photographe, pas même le germe d’une intrigue ». Lovecraft ajoute que l’idée initiale (« une histoire de tertre hanté par une paire d’Indiens fantômes ») serait « insupportablement fade et plate », d’où son idée d’y inclure les expéditions espagnoles de Coronado, le monde souterrain et la présence de Tsathoggua. Le résultat se révèle une belle réussite pour les amateurs de mondes perdus.  

Alors qu’il tentait toujours de donner à ses révisions une réelle qualité, Lovecraft baisse les bras devant « Le dernier examen » d’Adolpho De Castro qu’il juge « illisible » et « détestable ». En dépit d’un mois de travail, rien ne peut sauver le texte. Lovecraft acceptera pourtant de réviser, en 1930, « L’Exécuteur des hautes œuvres ». Pas très palpitant non plus.

Toujours modeste, Lovecraft refusait souvent, parfois même devant l’évidence, la paternité des textes révisés. Ainsi, en dépit des nombreuses retouches, suggestions et corrections qu’il fait subir aux « Deux bouteilles noires » de Wilfrid Blanch Talman il n’estime pas « sa participation suffisante pour mériter le titre de co-auteur » et incite Talman à « publier l’histoire sous votre seul nom ».

August Derleth reconnaissait le caractère forcément inégal de ces « révisions » mais ajoutaient que les meilleures d’entre elles étaient « certainement d’assez bonne qualité pour figurer parmi les histoires de Lovecraft » avant de conclure avec logique que « Lovecraft était responsable de ce qu’il y avait de plus digne d’être retenu » dans ces contes. Nous pouvons d’ailleurs ajouter que tous les écrivains « aidés » par Lovecraft sont aujourd’hui tombés dans l’oubli et que « leurs » uniques nouvelles encore publiées sont justement celles sur lesquelles Lovecraft a posé le stylo. 

Un recueil plus intéressant et historique que réellement transcendant mais qui saura satisfaire les complétistes de Lovecraft.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Fantastique, #Golden Age, #Horreur, #Lovecraft, #Recueil de nouvelles

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Publié le 20 Novembre 2019

LES AVENTURIERS DU NIL de Christophe Lambert

1798. Les Français débarque en Egypte sous le commandement de El Kebir, autrement dit Bonaparte. Un jeune Egyptien, Omar, espère pouvoir approcher le plus grand conquérant depuis Alexandre. Il va rencontrer Hubert de Saint Vincent, un scientifique membre de l’expédition accompagnant l’armée française. Devenus amis, les deux hommes vont tenter de parvenir, avant les Anglais, au trésor enfoui d’Alexandre le Grand et ainsi empêcher les Britanniques de financer la guerre.  

Lecture plutôt orientée « jeunesse » (dès 10 ans à mon avis) mais parfaitement appréciable par les plus âges, LES AVENTURIERS DU NIL bénéficie d’un décor très original, celui de la campagne égyptienne de Napoléon. Christophe Lambert creuse donc le contexte historique d’une période post révolutionnaire troublée à travers les yeux d’un adolescent égyptien admiratif de Napoléon mais dont l’opinion à l’égard du « grand homme » sera modifiée par la réalité des massacres. Entre l’idolâtrie vouée au glorieux conquérant et la tuerie finale d’innombrables prisonniers dont Napoléon ne veut pas s’encombrer, Omar aura surtout vécu une grande aventure à une époque de découvertes scientifiques : utilisation des montgolfière, recherche d’un trésor légendaire (le final nous dire de quoi il s’agit), capture et évasion, combat, complot, trahison,…Il y a dans ce roman le parfum de l’aventure avec (au choix) un peu de Tintin, de Bob Morane ou d’Indiana Jones dans ce périple au cœur du désert. Très rythmé, LES AVENTURIERS DU NIL se lit d’une traite en une soirée et le seul reproche réside dans le côté parfois « à 100 à l’heure » du récit. Si les plus jeunes apprécieront la rapidité du voyage, les plus âgés pourront regretter que l’auteur n’ai pu davantage développer ses protagonistes et son background car le cadre est passionnant, comme en témoigne les quelques notes explicatives placées en fin de volume. Quoiqu’il en soit voici un excellent divertissement dépaysant à souhait.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Aventures, #Historique, #Jeunesse

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