Publié le 20 Mars 2020

LA FLECHE DE POSEIDON de Clive et Dirk Cussler

Dirk Pitt a fait du chemin depuis ses débuts dans MAYDAY publié voici près d’un demi-siècle. Le héros a vieilli (pas au rythme des publications mais il a pris de l’âge, environ une vingtaine d’années), s’est trouvé une famille mais continue de résoudre des mystères maritimes. Nous restons dans une tradition allant de James Bond à Indiana Jones en passant par les techno thrillers à la Tom Clancy. D’ailleurs, en dépit du décès récent de Clive Cussler, il est probable que tout comme Clancy son nom continue pour un bon moment d’orner les couvertures de floppée de thrillers maritimes depuis longtemps co-écrits par des auteurs nettement moins mis en avant. Parmi ceux-ci, on note d’ailleurs Dirk Cussler lui-même, fils de l’auteur étant, depuis une demi-douzaine de titres, convoqués sur la série phare de Cussler, celle consacrée à Dirk Pitt.

L’intrigue de LA FLECHE DE POSEIDON, quoique typique des auteurs, reste cependant nettement plus simple que la majorité des « Pitt » : au lieu des habituelles deux ou trois histoires croisées, le lecteur doit se contenter d’un récit fort linéaire et assez proche d’un James Bond (et plutôt de son versant cinématographique d’ailleurs). Notre héros parcourt le monde et interfère avec les plans d’un criminel mégalomane et échappe à de (trop) nombreuses reprises à la mort en compagnie d’une jeune fille immédiatement tombée sous son charme d’homme mûr. La question des métaux rares, nécessaires aux nouvelles technologies, se voit abordée de manière assez expéditive, laissant place aux manigances de notre criminel revanchard désireux de provoquer une pénurie afin de mettre à mal les Etats-Unis. Un nouveau « super sous-marin » utilisant un système de propulsion révolutionnaire lui permettant d’atteindre des vitesses très élevées, le Sea Arrow, entre également dans le récit. Bref, du classique, pas désagréable et rondement mené à la mode du page turner à l’américaine (plus de 80 chapitres, la plupart forts courts, se terminant la plupart du temps en cliffhanger et, au total, 500 pages d’aventures parfois un peu longuettes mais globalement efficaces), sauf que le roman peine à convaincre et donne l’impression de tourner en rond.

Pitt, d’ailleurs, n’accuse plus guère son âge : si les précédents tomes insistaient sur cette composante en évoquant sa vie familiale, LA FLECHE DE POSEIDON en fait un personnage ayant quasiment évacué le poids des ans, retrouvant la fougue de sa jeunesse et bien sûr toujours séducteur. A mi-parcours, le lecteur refait connaissance avec les jusque-là absents (et quasiment ignorés) Summer et Dirk Jr, lesquels enquêtent eux-aussi sur des magouilles liées aux métaux rares. Bien évidemment, ces deux sous-intrigues vont finir par se rejoindre dans un final très bondien situé sur le canal de Panama. Et, comme toujours, les héros recevront un petit coup de pouce de Clive Cussler lui-même.

Si le tout se laisse lire, LA FLECHE DE POSEIDON s’avère cependant trop schématique et routinier pour emporter l’adhésion des lecteurs s’étant enthousiasmé devant les excellents SAHARA, CYCLOPE ou ATLANTIDE. Bref, un thriller maritime qui manque d’ampleur et d’originalité et sans doute un des « Cussler » les plus faibles. Un coup manqué en attendant la parution en français du prochain volume.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Aventures, #Thriller, #Cussler

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Publié le 19 Mars 2020

STAR TREK: LE RETOUR de William Shatner et Judith et Garfield Reeves-Stevens

Attribué à William Shatner mais sans aucun doute écrit par ses « collaborateurs » Judith et Garfield Reeves-Stevens (prolifiques auteurs de la franchise ayant notamment offert l’excellent PRIME DIRECTIVE), LE RETOUR constitue un excellent roman « Star Trek », les auteurs effectuant le lien entre les différentes séries, que ce soit « Star Trek The Original Serie », « Star Trek The Next Generation » et « Deep Space Nine ». L’intrigue se veut la suite du film « Star Trek Generations » qui confrontait déjà la vieille garde (Kirk) à la nouvelle génération (Picard). Ici, l’histoire, certes alambiquée, n’en est pas moins très efficace puisqu’elle implique une nouvelle résurrection de Kirk par l’improbable alliance des Romuliens et des Borgs en vue d’assassiner Picard, bien proche pour sa part de retrouver son côté obscur et de redevenir Locutus.

Juste après « Star Trek Generation », en 1994, Shatner envisage une nouvelle aventure de Kirk sur les grands écrans, intitulées « Fires of Olympus ». La Paramount se montre intéressée, notamment par l’utilisation des Borgs, mais estime qu’il est temps de passer le relai à la Nouvelle Génération. Shatner publie finalement le roman qui crée une « timeline » alternative à la saga cinématographique (dénommée affectueusement « Shatnerverse »).

Le roman aurait certainement donné un excellent film (bon, on a eut à la place « Star Trek First Contact » qui reste le meilleur long-métrage de la saga donc ça passe), il permet de retrouver tous les personnages préférés des fans : Kirk (le livre est, on s’en doute, entièrement construit à sa gloire), Spock, McCoy, Picard, Riker, Beverly Crusher, Deanna Troy, Julian Bashir, Worf, Data, les Borg et même V’Ger, sans oublier un nouvel et improbable Enterprise.

Est-ce de la grande littérature ? Non ! Est-ce de la grande science-fiction spéculative ? Non plus ! Est-ce de la sci-fi pure et dure, pleine d’action, de rebondissements, de combats spatiaux, de voyages temporels, de personnages iconiques et d’aventures échevelées ? Oui ! 100 fois oui ! STAR TREK LE RETOUR est simplement de l’excellent divertissement et de l’excellent « Star Trek ». Parfois, on n’en demande pas plus. Sauf de poursuivre la lecture du « Shatnerverse » avec les cinq autres volumes disponibles en français (sur les neuf édités en anglais).

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Cinéma, #Space Opera, #science-fiction, #Star Trek

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Publié le 18 Mars 2020

HISTOIRES MYSTERIEUSES d'Isaac Asimov

Réédité en un seul épais volume, les deux tomes des HISTOIRES MYSTERIEUSES d’Asimov rassemblent les textes du Docteur mêlant science-fiction et policier. Les plus intéressantes donnent la vedette à Wendell Urth, spécialiste des extraterrestres n’ayant jamais, par peur des moyens de transport, quitté son petit chez lui. Asimov pousse ici à son paroxysme le principe du « armchair detective » des romans whodunit de l’âge d’or puisque notre héros résout toutes les énigmes insolubles sans bouger de sa maison.

D’autres nouvelles fonctionnent sur l’humour et se moquent gentiment des milieux scientifiques (« La cane aux œufs d’or ») ou se basent sur des calembours (« Cache-cash »). « Le patronyme accusateur », histoire purement policière mais basée sur la science, annonce les solutions à la fois astucieuse, évidente (une fois la chute dévoilée) et amusante du Club des Veufs Noirs tandis que « A port Mars sans Hilda » se veut un pastiche gentiment coquin (ça reste ultra soft, Asimov oblige) de James Bond mais ne réussit pas à convaincre. Comme dans les classiques du policier, Asimov joue « fair play » et offre aux lecteurs la possibilité de résoudre les énigmes proposées…bien peu y arriveront évidemment !

On retrouve également une historie de pure sf, « Au large de Vesta », qui ne comporte pas d’élément policier (mais reste construite comme un puzzle à résoudre). Explication à cette inclusion ? Asimov reviendra en guise d’hommage à ce texte de jeunesse 20 ans plus tard avec « Anniversaire » dans lequel un trio d’astronautes (les survivants miraculés de la nouvelle précédente) se lance sur la piste d’un mystérieux objet de grande valeur disparu dans la destruction de leur vaisseau. Technologiquement bien daté (même si Asimov avait imaginé un Internet très primitif avec son omniscient ordinateur Multivac) mais plaisant. Deux nouvelles (Le très réussi « Mortelle est la nuit », le plaisant « La poussière qui tue ») traitent de sujets similaires : un individu pense commettre un crime parfait mais un détail révélateur accuse le criminel. Dans les deux cas ce sont les habitudes, liées aux voyages spatiaux, qui incriminent le coupable. Dans « Le carnet noir » un homme invente le voyage temporel et en profite pour « simuler » sa mort à des fins publicitaires en profitant de la création d’un « double » temporel. Amusant en dépit d’un côté très prévisible un peu gênant.

« La clé » donne à nouveau l’occasion à Wendell Urth de résoudre une énigme d’apparence insoluble (la localisation d’un artefact extraterrestre) tandis que la « Boule de billard » utilise les théories de la physique pour permettre à un chercheur revanchard de commettre le crime parfait.

Dans l’ensemble, ce recueil s’avère une très plaisante lecture avec des textes certes parfois un peu datés (dans leur construction), obsolètes par les progrès scientifiques (Asimov s’en excuse avec humour), peu convaincants (encore une fois, « A port Mars sans Hilda » s’impose comme le texte le moins réussi) ou quelque peu prévisibles mais, dans l’ensemble, voici une anthologie divertissante et astucieuse combinant policier d’énigme et science-fiction.

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Publié le 13 Mars 2020

TERREUR A LA MANICOUAGAN d'Henri Vernes

Dans la pléthorique série des aventures de Bob Morane, TERREUR A LA MANICOUAGAN occupe une place à part. D’abord parce qu’il dispose d’un titre qui claque et en jette. Ca n’a l’air de rien mais cela joue beaucoup lorsqu’il s’agit de choisir sa prochaine lecture parmi les plus de 200 disponibles dans cette vaste saga.

Ensuite car le roman remet en lumière le très « bondien » vilain Orgonetz, alia l’Homme aux dents d’or. Et enfin car il s’agit de la première apparition de la célèbre et ambigüe Miss Ylang Ylang ainsi que de la fameuse organisation criminelle Smog.

L’intrigue, de son côté, s’avère de bonne facture et offre du dépaysement (ici le Québec), quelques notes d’humour surtout véhiculées par Bill Ballantine, des bagarres entre nos deux héros et quelques méchants décidés à détruire un barrage hydroélectrique, des anecdotes amusantes (les spectateurs d’un match de hockey qui lance des pièces de monnaie pour faire trébucher les joueurs adverses), des rapports très convenus et asexués entre Bob et son « harem » de demoiselles (à chaque fois qualifiées de « petites filles »),…

Bref, c’est du Bob Morane, avec ses qualités et ses défauts, son style plutôt soutenu et son vocabulaire relativement précis et recherché (grande différence avec les romans jeunesses d’aujourd’hui certes nettement moins naïfs). L’intrigue reste, elle, assez convenue et linéaire mais plutôt efficace et bien ficelée, offrant au lecteur ses 150 pages d’évasion.

En résumé un « Bob » très classique mais convaincant à placer dans le peloton de tête des meilleurs romans consacrés à notre héros bondissant. La fin, ouverte, annonce le retour prochain de la belle et mystérieuse adversaire de Bob…définitivement l’aventure aura bientôt un parfum d’Ylang Ylang.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Aventures, #Bob Morane, #Jeunesse

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Publié le 10 Mars 2020

VIVRE ET LAISSER MOURIR de Ian Fleming

Deuxième roman de la saga littéraire, VIVRE ET LAISSER MOURIR confronte le moins secret des agents secrets à un méchant mégalomane, Mr BIG, qui ambitionne carrément de devenir le premier grand criminel Noir en utilisant, notamment, les croyances vaudous pour asseoir sa domination. Porté à l’écran au début des 70’s, lors de la relance de la série cinématographique avec Roger Moore (en lieu et place de Sean Connery), le bouquin a été (comme l’ensemble de la saga littéraire d’ailleurs) fortement modifié et édulcoré, transformant un récit très brutal et sombre en une comédie légère et insignifiante (mais pas désagréable pour autant).

L’aventure passe ici par diverses villes américaines puis embraie vers la Jamaïque pour une chasse au trésor englouti du capitaine Morgan, le fameux pirate. Mais Mr Big n’apprécie guère que Bond et son ami Felix Leiter viennent mettre leur nez dans ses affaires. Le premier s’en tire relativement sans dommage, le second est en partie dévoré par un requin (cette sous-intrigue inspira, bien plus tard, le film « Permis de tuer »). D’autres passages volontiers cruels et sadiques jalonnent cette intrigue bien menée où planent (comme dans le film mais avec davantage de réalisme) l’ombre du Vaudou. Evidemment, et tout comme dans le précédent CASINO ROYALE, une romance débute entre Bond et une virginale prophétesse, sorte d’astrologue au service de Mr Big qui finit par trahir son patron.

Aujourd’hui chargé d’une patine plaisante (les romans témoignent ainsi d’une époque révolue et des premières années de l’après Seconde Guerre Mondiale), quelque peu désuet mais finalement divertissant, VIVRE ET LAISSER MOURIR s’impose comme un très bon roman qui, en 280 pages, mélange espionnage, thriller, aventure et même une touche de mystère teinté de surnaturel. Du tout bon !

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Aventures, #Espionnage, #James Bond

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Publié le 6 Mars 2020

OEUVRES TOME 3 de Howard Phillips Lovecraft et August Derleth

Si cette dernière anthologie rassemble les textes de Lovecraft concernant les « Contrées du Rêve » (avec quelques classiques comme « la quête de Kadath »), le gros morceau de ce recueil se consacre aux « collaborations » entre HPL – August Derleth. Soit plus de 600 pages en (très) petits caractères qui permettent une vue globale de l’évolution du mythe de Cthulhu à la suite du décès de HPL.

Outre des récits tirés des précédents recueils disponibles en français (L’OMBRE VENUE DE L’ESPACE, le roman LE RODEUR DEVANT LE SEUIL, LE MASQUE DE CTHULHU, LA TRACE DE CTHULHU), l’anthologie offre des textes moins facilement accessibles rassemblés sous l’intitulé LES VEILLEURS HORS DU TEMPS, une traduction de l’ultime recueil de Derlteth, « The Watchers out of time » jusqu’ici inédit en français. Si le célèbre « La chambre condamnée » était proposé dans le recueil L’AMULETTE TIBETAINE (et précédemment dans « Histoires insolites ») « Le pêcheur du Falcon Point », « Le trou des sorcières », « L’ombre dans la mansarde », « Les frères de la nuit », « L’horreur de l’Arche centrale », « L’argile bleue d’Innsmouth » et « Les veilleurs hors du temps » seront autant de découvertes pour l’amateur.

« La chambre condamnée » est typique de Derleth, une séquelle lointaine de « L’abomination de Dunwich » de Lovecraft. Guère original mais plutôt efficace. Nous sommes à Dunwich et nous retrouvons un certain Abner Whateley ayant hérité (bâillement) des papiers de son grand-père Luther et d’un vieux moulin transformé en lieu de résidence. Rien de franchement transcendant pour les lecteurs de Lovecraft qui devinent la suite des événements mais la nouvelle, très linéaire, se lit sans déplaisir. Elle fut assez médiocrement portée à l’écran sous le titre « La malédiction des Whateley ».

« Le pêcheur du Falcon Point », beaucoup plus courte, traite, une fois de plus, des amours contre nature entre les humains et ceux des profondeurs. Derleth réussit une sorte de plaisant « conte de fées » macabre plutôt agréable à lire.

Le problème de Derleth, dans ses pastiches lovecraftien, a souvent été de tourner autour des mêmes thématiques, reprenant des éléments tirés du fameux « Livre de raison » de Lovecraft (pour justifier le principe de la « collaboration » post mortem) en les incluant dans des « remakes » déguisés des histoires les plus connues du Maitre. « Le trou des sorcières » n’échappe pas à ce travers mais demeure une des plus belles réussites de l’écrivain. Un jeune professeur débarque dans une école rurale d’Arkham et se confronte à un jeune garçon manifestement « différent », Andrew Potter. Peu à peu le narrateur arrive à la conclusion que la famille d’Andrew est sous l’influence d’une force maléfique provenant des étoiles (Hastur probablement) et, avec l’aide d’un collègue et des fameuses pierres portant le sceau de R’lyeh, il tente de combattre cette influence nuisible. Si, de prime abord, « Le trou des sorcières » ne se distingue aucunement des nombreuses autres « collaborations » entre Derleth et Lovecraft en ressassant des thématiques déjà abordées par HPL (l’histoire mélange des éléments du « Monstre sur le seuil » et de « La couleur tombée du ciel »), le tout fonctionne parfaitement. On y retrouve un Derleth à son meilleur, plus terre à terre que son mentor, plus bis sans doute, plus classique aussi (avec l’opposition du Bien et du Mal et les talismans permettant de s’en protéger) mais rudement efficace.

De son côté, « L’ombre dans la mansarde » débute de manière conventionnelle : le narrateur, Adam Duncan, hérite de son grand-oncle (bâillements à nouveau) à la réputation sinistre (sorcellerie, grimoires maudits, disque de Gims,…on connait la chanson) une maison à Arkham, la ville aux « toits en croupe ». Bref, rien de franchement original : Derleth reprend sa bonne vieille technique du « mash up littéraire » en combinant des éléments venants de « La maison de la sorcière », « L’affaire Charles Dexter Ward », « Le monstre sur le seuil », etc. Le tout se lit sans déplaisir ni passion. A noter cependant un discret soupçon d’érotisme habituellement absent des récits de Derleth.

Peut-être la plus originale des nouvelles, « Les frères de la nuit » voit le narrateur, Arthur Phillips, rencontrer, à Providence, Edgar Allan Poe…puis plusieurs Poe…Forcément cela cache quelque chose. Voici un récit divertissant qui, pour une fois, ne semble pas décalqué une nouvelle antérieure de Lovecraft. Certes, tout n’est pas toujours réussi (le plan général des extraterrestres parait aussi folklorique que le fameux « Plan 9 » de Ed Wood) mais la bizarrerie de voir une série de clones d’Edgar Poe hanter Providence en invoquant les Grands Anciens démontre un talent certain pour l’humour absurde et le twist final constitue une belle réussite. De plus, les clins d’œil à HPL sont ici bien intégrés sans paraitre plaqués sur l’intrigue ou envahissants. « Les frères de la nuit » mérite vraiment l’attention, quel dommage que Derleth n’ait pas signé davantage de textes de ce style.

Avec « L’horreur de l’Arche centrale » nous retrouvons le Derleth le plus classique, le plus critiqué (et le plus critiquable) qui, en partant d’une courte notice de Lovecraft dans son « Livre de raison » ressort la grosse artillerie. Ambrose Bishop a hérité d’une maison située à Dunwich qui appartenait jadis à son grand- oncle Spetimus (et re bâillements) disparu depuis 1929 suite aux événements mystérieux mais bien connus contés par HPL. Et on repart pour l’hostilité des villageois, les « choses maléfiques » revenant à la vie, etc. Une recette déjà éprouvée dans « La chambre condamnée » et « L’ombre de la mansarde » dont cette nouvelle constitue une simple resucée. Autant dire qu’on est content d’arriver au bout.

« L’argile bleue d’Innsmouth » s’inspire apparemment d’une note du « livre de raison » de Lovecraft mais son thème n’est guère original et remonte à la mythologie et aux croyances ancestrales (façon Golem) avec ce jeune artiste qui, après divers rêves érotiques au sujet d’une déesse aquatique, soupçonne une statue façonnée dans une argile venue d’Innsmouth de prendre vie. Rien d’original mais un petit récit plaisant et gentiment sexy qui se lit sans ennui. C’est déjà pas mal.

« Les veilleurs hors du temps », publié initialement par Arkham House en 1974, demeure la dernière nouvelle de Derleth. La mort empêcha d’ailleurs le romancier de la terminer et nous sommes par conséquent en présence d’un texte incomplet…et donc à réserver aux complétistes (hum !).

Près de 400 (!) pages supplémentaires terminent cette somme avec des articles divers qui font de ce troisième volume un nouvel incontournable pour les fans de l’écrivain et, plus généralement, de fantastique « old school ».

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Publié le 3 Mars 2020

CERES ET VESTA de Greg Egan

Greg Egan a signé d’excellentes nouvelles de science-fiction tendance Hard Science reprises par exemple dans le recueil AXIOMATIQUE. La collection « Une heure lumière » nous propose ici un texte plus long, une novella (ou roman court, long d’une centaine de pages) au sujet de deux astéroïdes colonisés par l’Homme, Cérès et Vesta. Sur ce dernier se développe peu à peu une haine envers une des classes, les Sivadiers, descendants des colons n’ayant œuvré au bien-être commun « que » par des découvertes et du travail « intellectuel ». Un fait accepté depuis longtemps mais à présent remis en question par la classe gouvernante qui leur impose de payer un impôt de « privilégiés ».

On le devine, l’auteur jongle ici avec les questions de l’exclusion, d’autant que les Sivadiers sont immédiatement reconnaissables et que leurs efforts de résistance ont bientôt des conséquences dramatiques. La futilité de l’origine de la querelle illustre, avec un certain détachement mais aussi une pertinence très actuelle, les mécanismes sociaux et l’effet de meute, faisant immédiatement du roman une parabole assez transparente de l’antisémitisme.

Si le message est efficace et le monde futuriste bien pensé, Egan ne semble pas très à l’aise dans la construction de ses protagonistes, assez schématiques. Leurs actions ne sont pas toujours très crédibles non plus (en particulier pour le personnage de Camille) même si elles restent acceptables d’un point de vue dramatique (et relativement plausibles dans des situations de crise).

Le principal problème réside toutefois dans la construction du récit : celle-ci ne parait pas franchement claire de prime abord et le lecteur peut s’y sentir perdu. L’ensemble est même quelque peu confus avec les changements de point de vue, de lieu, d’époque, ou des concepts pas toujours abordables (du moins sur le moment) comme celui des « surfeurs ». Bref, on ne comprend véritablement les enjeux que durant les dernières pages, non pas en raison de la complexité des notions théoriques mais simplement par la faute d’une construction touffue (ou embrouillée diront les mauvasies langues).

Bref, on sent ici le potentiel d’un récit ambitieux mais peut-être pas complètement abouti. Egan semble assis entre deux chaises entre une nouvelle strictement « d’idées » comme l’auteur s’en est fait le chantre ou, au contraire, un roman plus touffu et creusé au niveau de ses personnages. Le format de la novella (pourtant souvent stimulant pour l’auteur de SF) parait donc, cette fois, inadapté. Trop court ou trop long, CERES ET VESTA se lit sans déplaisir ni véritable implication… Ce qui, pour un auteur d’un tel calibre, s’appelle une déception.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Hard Science, #Roman court (novella), #anticipation, #science-fiction

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Publié le 28 Février 2020

LES VAMPIRES DE SPIDER MOUNTAIN de David Robbins

Mack Bolan part braconner sur les terres de « Resident Evil » dans ce roman original et divertissant. Le pitch est simple : dans une base militaire une poignée de personnalités, dont Hal Brognola, sont invitées à la démonstration d’une nouvelle arme, une drogue expérimentale capable d’augmenter la force des soldats. Cependant, l’expérience tourne mal et nos infectés deviennent d’inarrêtables zombies dont le simple contact peut transformer les victimes en monstres assoiffés de sang. Mack Bolan, en compagnie de Franck Vitalli, investit le centre de haute sécurité placé sous quarantaine dans l’espoir de juguler l’épidémie.

Comme souvent le roman semble avoir connu quelques changements durant son « adaptation » (notamment avec l’adjonction de Vitalli en lieu et place d’un certain David McCarter) mais la ligne générale reste identique. Les critiques américaines évoquent fréquemment un chapitre très faible et illogique qui a cependant été évacué par la traduction, ramassant encore davantage l’action sur le mode du survival horrifique.

En dépit du titre trompeur, on retrouve donc non pas des vampires mais bien des zombies ultra agressifs de l’espèce rapide (la norme depuis « 28 Jours plus tard ») dans ce roman typiquement bis et gore. Les références attendues (un personnage secondaire nommé Romero) sont présente et l’intrigue sans grande surprise fonctionne plaisamment: des gentils et des méchants coincés dans un lieu clos envahi par les infectés enragés. Le méchant principal, Larkin, s’impose comme une complète (mais plaisante) caricature qui évoque immanquablement le déjanté Dennis Hopper de « Land of the Dead ».

David Robbins a écrit 17 romans pour la série, les seuls traduits étant celui-ci et MANIPULATIONS MORTELLES mais il semble avoir essayé d’emmener Bolan sur des thèmes moins classiques (drogues ultra dangereuses, nanotechnologie en folie, etc.) qui rendent son approche (relativement) originale et efficace. En tout cas LES VAMPIRES DE SPIDER MOUNTAIN, en dépit de certains défauts évidents (pas mal d’invraisemblances et un final trop vite expédié) constitue une bonne surprise et une agréable alternative aux trop nombreuses histoires de guerre à la Mafia (ou aux super terroristes).

Bonne pioche !

 

LES VAMPIRES DE SPIDER MOUNTAIN de David Robbins

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Aventures, #Exécuteur, #Horreur, #Thriller

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Publié le 27 Février 2020

BAIGNADE ACCOMPAGNEE de Serge Brussolo

Dans ce roman nous retrouvons Peggy Meetchum rencontrée précédemment dans LES ENFANTS DU CREPUSCULE et revue par la suite dans ICEBERG Ltd. Les trois livres peuvent toutefois se lire de manière indépendante.

Comme toujours avec Brussolo, les intrigues sont nombreuses, l’imagination fourmille et le récit prend différents tours et détours, proposant suffisamment de matière pour alimenter trois ou quatre gros bouquins d’un romancier « classique ». Brussolo, pour sa part, préfère empiler les sous-intrigues et remplir ses 200 pages de surprises sans laisser le temps au lecteur de souffler.

Au début du roman, le lecteur découvre ainsi Peggy Meetchum en pleine combine en compagnie de son plus jeune amant, Brandon. La jeune femme organise des escapades sous-marines dans une épave engloutie façon Titanic, en réalité une mascarade fabriquée par Peggy elle-même afin de tromper ses clients tout heureux de découvrir les restes d’une fictive tragédie maritime. Mais elle croise sur sa route une sorte de secte d’illuminés, le Club des Dévorés Vifs, dont tous les membres ont été victimes d’attaques de requins. A présent diminués physiquement et menés par un psychopathe impuissant aux airs de grand gourou, nos dévorés vifs rêvent de vengeance. Leur but : obliger Peggy à leur capturé un requin afin de le massacrer en un rite purificateur. Brandon, de son côté, aimerait utiliser une drogue découverte dans l’épave (laquelle sert de point de rendez-vous à des trafiquants) et pouvant augmenter les capacités de son utilisateur. Ce-dernier se déplace nettement plus vite, ce qui encourage Brandon à imaginer de braquer une banque façon Superman sans que nul ne puisse le stopper. Mais une mafia criminelle ne l’entend pas de cette oreille et délègue des ninjas pour récupérer la précieuse substance. Se sentant épié, Brandon la balance dans un enclos à requin, transformant un squale en coffre-fort. Peggy va devoir monter une opération « serrure carnivore » pour remettre la main sur la drogue…

Comment ne pas aimer un roman dans lequel on trouve à la fois des requins (L’auteur semble en connaitre un bout sur le sujet) et des ninjas ? Voici un thriller alerte, nerveux, bien mené, avec un soupçon de science-fiction grâce à cette drogue augmentant les capacités de ses utilisateurs, et qui fonce à cent à l’heure, un flot d’énergie et d’inventivité qui balaie tous les reproches (certaines situations sont un peu grosses ou invraisemblables…mais qu’importe !) pour divertir le lecteur durant une bonne soirée de suspense. Efficace à souhait !

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Aventures, #Polar, #Thriller, #science-fiction

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Publié le 25 Février 2020

OEUVRES VOLUME 2 de Howard Phillips Lovecraft

Deuxième volet d’une somme considérable (ne parlons pas d’intégrale mais on s’en rapproche) consacrée à Lovecraft, ce deuxième tome contient lui aussi son lot de classiques : « de l’au-delà », « je suis d’ailleurs », « Herbert West, réanimateur », « La peur qui rôde », « Air froid », etc. Des textes que l’on trouvait déjà dans de précédents recueils consacrés à l’auteur mais que l’on apprécie de voir rassemblé ici aux côtés des fameuses « révisions » effectuées par HPL.

Cependant le lecteur sera ravi de retrouver quelques textes aujourd’hui difficiles à dénicher. Ainsi, « L’horreur venue des collines », un court roman de Frank Belknap Long, a jadis été publié dans la revue Weird Tales et, en France, dans « Crépuscule » de Richard D. Nolane. Frank Belknap Long (1901 – 1994) a écrit de nombreuses nouvelles, rassemblées dans deux recueils, LE GNOME ROUGE et LE DRUIDE NOIR chez Marabout. On lui doit aussi un des plus fameux pastiches de Lovecraft, « les chiens de Tindalos ». Il livre ici un récit maitrisé quoiqu’un peu bavard, effectuant un surprenant flashback au temps de la Rome antique pour assister aux célébrations impies des adorateurs des Anciens Dieux. L’écrivain introduit d’ailleurs un nouveau membre de ce panthéon noir avec Chaugnar Faugn. Avec la permission de Lovecraft il incorpore d’ailleurs un rêve de ce-dernier, relaté dans une lettre, dans sa narration. Voilà, sans hésiter, une bonne raison de se procurer ce recueil pour les admirateurs de HPL et de ses disciples.

Une grande partie du recueil est ensuite consacré aux révisions de HPL, des textes que Lovecraft va remodeler, réviser, améliorer, voire réécrire. « Dépanneur du fantastique », Lovecraft se fait donc nègre littéraire pour de nombreux auteurs qui seraient, aujourd’hui, complètement oublié sans le coup de pouce du maitre. La plupart de ces récits furent compilés dans deux anthologies très plaisantes : L’HORREUR DANS LE CIMETIERRE et L’HORREUR DANS LE MUSEE et d’autres étaient proposées dans DAGON ou encore NIGHT OCEAN. Cependant les archéologues de Laffont y ajoutent des textes jusqu’ici inédits en français

Trois textes d’Henry S. Whitehead sont inclus. Le premier, « Piège », était disponible dans un précédent recueil, le très « fond de tiroirs » NIGHT OCEAN. Il s’agit d’un court récit science-fictionnel, aujourd’hui très classique (mais probablement original à l’époque de sa rédaction) sur un étrange miroir maudit (de Loki) et sur la possibilité de s’y retrouver coincé. Le second, « Cassius », figurait au sommaire d’un recueil consacré à Whitehead, LA MORT EST UNE ARAIGNEE PATIENTE. Une belle variation sur le thème du jumeau maléfique, assez proche dans son déroulement d’un film comme « Basket Case », dans lequel un esclave se voit persécuté par un étrange homoncule. Très efficace. Whitehead a composé sa nouvelle sur la base d’un plan fourni par Lovecraft, lequel avait une vision complètement différente de l’intrigue au point qu’il envisageait d’ailleurs d’écrire sa propre version alternative, ce qu’il n’a pas fait. Le dernier, « Bothon », était inédit mais n’est guère convaincant puisqu’il reprend le schéma classique de la vie antérieure dont se remémore le protagoniste ayant jadis vécu sur le mythique continent de Mu. Pas désagréable mais pas transcendant.

Trois nouvelles de Clifford M Jr Eddy avaient déjà été proposées au lecteur francophone, le recueil en ajoute une supplémentaire, « Cendres », une petite histoire pas désagréable qui fonctionne sur le cliché de la machine à désintégrer cher à la science-fiction d’antan. Déroulement et chute prévisible mais plaisant.

Deux textes de Duane W. Rimel complètent l’anthologie au rayon des inédits : « le déterré » et « L’arbre sur la colline ». Le premier constitue une excellente variation sur le thème du zombie (au sens Vaudou du terme, donc créé à partir d’une poudre simulant la mort) et fonctionne de belle manière jusqu’à sa chute effective. Le second traite d’une sorte d’univers parallèle pouvant être visualisé par le héros mais reste anecdotique.

Le court récit de Richard F. Searight (« le coffre scellé ») n’était jusqu’ici disponible que dans une anthologie consacrée à Weird Tales, on apprécie donc son inclusion, tout comme celle du plaisant « Les serviteurs de Satan » disponible dans le recueil hommage de Robert Bloch EMBARQUEMENT POUR ARKHAM.

Enfin, le recueil ajoute l’article de HPL « Horreur et surnaturel en littérature », de très nombreuses poésies et une quinzaine d’articles divers pour un total de 1350 pages.

Nouvelles connues mais rassemblées de manières pratiques, raretés difficiles à se procurer, y compris chez les bouquinistes, et inédits…que demandez de plus ? Une anthologie indispensable.

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