Publié le 21 Février 2020

VOYAGE - TOME 1 de Stephen Baxter

Quoique divisé en deux tomes pour des questions de longueur, VOYAGE raconte une histoire unique : à la fin du tome 1 il faudra donc impérativement poursuivre la lecture avec le tome 2. Voici donc un très gros pavé de près de 900 pages dans son édition de poche !

VOYAGE inaugure la « trilogie de la NASA » et célèbre les astronautes décidés à explorer, quel que soit le prix à payer, « l’espace, frontière de l’infini ». La science-fiction y est donc minimale une fois le principe de base établi : JFK a réchappé à sa (tentative) d’assassinat à Dallas et les USA n’ont pas abandonné leurs projets de conquête spatiale. Le vol vers Mars, envisagé dès les années ‘60 par la Nasa, n’a pas été mis de côté par Nixon, contrairement aux sondes spatiales inhabitées et à la navette réutilisable.

Nous allons donc suivre la grande aventure de ces héros qui partent vers la planète rouge la tête remplie de la prose de Wells, Clarke, Bradbury, Heinlein et les autres. Baxter choisit deux trames pour illustrer son propos : la première s’intéresse à la réalisation proprement dite du projet avec les magouilles politiques (on parle par exemple de la « marre aux requins de la politique de la Nasa »), les jeux d’influence et de pouvoir, la sélection des astronautes puis leur entrainement, etc. Sans oublier les aspects économiques et le souhait de ménager l’électeur pour qui tout ça ne sert pas à grand-chose, excepté à planter un drapeau sur un tas de poussière à des millions de kilomètres.

La seconde ligne narrative prend place à bord de la fusée Arès ave le quotidien des astronautes finalement choisis pour ce voyage de deux ans (avec seulement un petit mois sur la planète rouge…mais ce premier tome ne nous permet pas encore de nous y poser).

VOYAGE pourrait sans doute donner lieu à une bonne série TV tant Baxter en reprend les éléments clés (avant que ceux-ci ne deviennent la norme scénaristique) : vaste intrigue générale et multitude de petites sous-intrigues, plus personnelles, avec le parcours des différents protagonistes.

Beaucoup de personnages sont ainsi conviés à l’aventure : astronautes, responsables de projet, scientifiques, ingénieurs, etc. On s’y perd parfois et certains passages, très techniques (mais parfaitement abordables contrairement à d’autres romans hard-science où interviennent des notions très pointues), peuvent ennuyer un brin par leur jargon et leur précision maniaque sur chaque détail du projet, accompagnés de nécessaires mais parfois lourdes notes de bas de page.  

L’auteur de focalise davantage sur ces trois astronautes : Phil Stone, Ralph Gershon et Natalie York. Avec quelques classiques de la narration pour compenser le côté très froid et documentaire du récit : les relations extraconjugales et les hésitations sentimentales de son héroïne, Natalie York, géologue décidé coute que coute à poser le pied sur Mars même si elle doit, pour cela, sacrifier dix ans de sa vie. On comprend aussi les difficultés quotidiennes de la vie d’un astronaute : chaque petits gestes devient une bataille à mener (prendre sa douche, manger, aller aux toilettes, dormir,…). Ca ne donne pas franchement envie de s’embarquer et Baxter, bien qu’épaté par l’entreprise titanesque décrite, semble questionner la futilité d’un tel vol habité. Il faut attendre près de 400 pages pour que la tension monte d’un cran avec les défaillances d’une capsule Apollo N. Le roman prend alors, durant quelques dizaines de pages, les allures d’un récit catastrophe à la « Apollo 13 » (ou aux « Naufragés de l’espace » pour les plus vieux)

Linéaire dans son déroulement (en dépit des deux époques envisagées), VOYAGE convie le sense of wonder pour une expédition réaliste qui pourrait constituer la suite du grand film « L’étoffe des héros ». On peut cependant estimer que le roman aurait gagné à se voir élaguer d’une bonne centaine de pages pour le rendre plus digeste.

En dépit d’évidentes longueurs et de scènes un brin fastidieuses (un défaut aggravé par le côté technique des descriptions, associé à un style d’écriture purement fonctionnel), ce premier tome s’avère suffisamment intéressant pour donner envie de poursuivre le voyage. Peut-être pas vers l’infini et au-delà mais au moins jusqu’aux montagnes martiennes…et au tome 2.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Hard Science, #anticipation, #Uchronie, #science-fiction

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Publié le 20 Février 2020

OEUVRES de Howard Phillips Lovecraft

La bibliographie de Lovecraft a longtemps été éparpillée au fil des nombreuses publications francophones, ce qui rendait difficile la constitution d’une réelle une intégrale. Les Omnibus de Laffont rendent aujourd’hui cette tâche bien plus simple, sans être totalement exhaustive (mais est-ce possible, notamment sur le sujet des continuateurs ou des réécritures).

Mais, dira le lecteur avare, si on possède déjà tout quel est l’intérêt ? Et bien il est possible, voire même probable, que l’on n’avait pas tout en réalité. Ainsi, dans le premier tome, se trouve, outre les récits de Lovecraft lui-même, des nouvelles provenant des anthologies LEGENDES DU MYTHE DE CTHULHU, LA CHOSE DES TENEBRES et HUIT HISTOIRES DE CTHULHU rédigées par des épigones du maîtres. Bref, un culte en expansion comme le souligne Francis Lacassin. Même si on possède les différents recueils précités, cet épais tome peut intéresser le « complétiste » pour quelques récits non pas inédits mais plus difficile à dénicher et opportunément rassemblés ici.

Ainsi « la chose ailée sur le toit » de Robert E. Howard, court mais efficace petit conte fantastique jadis disponible dans le recueil L’HOMME NOIR de Howard (ou, chez Bragelonne, dans LES OMBRES DE CANAAN consacré aux histoires d’horreur d’Howard). Howard toujours avec le réussi « Le feu d’Asshurbanipal”, dans lequel, en une vingtaine de pages, le créateur de Conan nous emmène au coeur du désert à la recherche d’une gemme mythique cachée dans une cite maudite protégée par les Djinns. Un mélange d’aventures (on y trouve même un parfum à la Indiana Jones avec son “aventurier aux nerfs d’acier”), de fantasy, de conte orientaux et d’épouvante lovecraftienne. De la belle ouvrage, tiré du recueil LE PACTE NOIR et plus récemment republié dans LES DIEUX DE BAL SAGOTH.

 « L’Héritier des ténèbres », une nouvelle traitant de la peur de la mort, de la crainte de servir de nourriture aux goules et de la nécessité de la crémation (dans le désordre) constitue une autre belle réussie de Clark Ashton Smith à découvrir pour ceux qui ne possèdent pas le recueil LES ABOMINATIONS DE YONDO. On retrouve aussi dans ce recueil phénoménal l’excellent « Chiens de Tindalos » de Frank Belknap Long, « Horreur à Salem » de Kuttner, « L’habitant de l’ombre » de Derleth, « Le visiteur venu des étoiles » de Bloch, « Sueurs froides » de Campbell, etc.

En ce qui concerne Lovecraft lui-même, voici une bonne occasion de lire ou relire certains de ses textes les plus célèbres et réussis comme « Dagon », « L’appel de Cthulhu », « La couleur tombée du ciel », « L’abomination de Dunwich », « Celui qui chuchotait dans les ténèbres », « Le cauchemar d’Innsmouth » et les courts romans « L’affaire Charles Dexter Ward » et « Les Montagnes hallucinées ».

Des lettres, des contes de jeunesse, des notes, des brouillons, des articles, etc. complètent le sommaire, sans oublier de nombreux textes de présentation sur les différents sujets abordés.

Bref, voici un ouvrage indispensable si on souhaite découvrir HPL ou parfaire ses connaissances sur l’auteur phare du fantastique du XXème siècle.

Une somme !

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Publié le 19 Février 2020

PLUS X d'Erik Frank Russell

Après la redécouverte de l’excellent GUEPE d’Erik Frank Russell, ce roman ne peut que décevoir. Ecrit à la fin des années ’50 sous forme de nouvelle puis étendu à une novella et finalement à un (court) roman de 190 pages, PLUS X envoie son héros John Leeming au fond de la Galaxie, sans espoir de retour, pour être capturé par les vilains envahisseurs menaçant d’attaquer la Terre. Emprisonné, John commence à imaginer un moyen tortueux pour déstabiliser l’adversaire en se basant sur le principe des équations : il va devenir un « homme plus X », X représentant ici un compagnon imaginaire, son Eustache. John affirme ainsi que tous les terriens possèdent cet étonnant Eustache, une information capable de remettre en question tout ce que les aliens pensent savoir des hommes…

PLUS X dénote quelque peu dans le paysage de la SF des années ’50, l’écrivain utilisant clairement le genre pour une satire de la Guerre Froide avec ces messages contradictoires et ses tentatives d’embrouiller l’adversaire par de fausses informations. Les machinations du personnage principal paraissent donc amusantes et finalement pas si stupides que ça, son « enfumage » des esprits adverses fonctionnant de belle manière.

Malheureusement, le bouquin perd rapidement de son « peps » : très plaisant dans les premiers chapitres il finit par s’enliser dans une seconde partie où l’humour se fait plus rare et dans laquelle la redondance des situations à tendance à ennuyer le lecteur. Là où GUEPE restait réussi de bout en bout, PLUS X perd de son intérêt à mi-parcours et ne parvient jamais à retrouver le charme de ses premières pages.

Quelques notes humoristiques, une bonne idée de départ et une loufoquerie bien présente ne suffisent pas à sauver un roman décevant. Du coup on aimerait lire la version courte, sous forme de nouvelle, probablement plus satisfaisante.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Humour, #science-fiction

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Publié le 18 Février 2020

AXIOMATIQUE de Greg Egan

Voici un copieux recueil pour l’un des fers de lance de la SF « hard science » actuelle, Greg Egan. Précédemment publié dans une version française très tronquée composée de seulement quatre nouvelles (ouch !), AXIOMATIQUE a été republié intégralement en 2006. Ces 17 récits offrent donc un bon panorama de l’œuvre d’Egan et constituent la première partie d’une « intégrale raisonnée » de ces nouvelles, poursuivie avec RADIEUX et OCEANIQUE.

Nous détaillons ici ces textes, au minimum intéressants et pertinents par leur questionnement, souvent très bons voire excellents.

« L'Assassin infini » suit un tueur parcourant les univers parallèles pour supprimer des drogués dont les expériences “psychédéliques” menacent le continuum lui-même. Un bon récit, complexe mais pas trop ardu, pour débuter en douceur

« Lumière des événements » constitue un des meilleurs textes de ce recueil, basé sur un postulat vertigineux et très hard science. En résumé, une découverte astronomique permet d’envoyer des messages dans le passé. Un homme sait donc qu’il va rencontrer sa future épouse à telle date, un autre qu’il se fera casser le bras en se rendant à un mariage, etc. Mais que reste-t’il du libre arbitre dans ces conditions ? Et n’est-on pas tenté de faire mentir le futur lorsqu’un événement particulièrement déplaisant survient ? De la grande SF spéculative, aux questionnements riches, un excellent texte ciselé en une vingtaine de pages et fourmillant de plus d’idées que bien des pavés 30 fois plus long !

Encore de la bonne SF d’idées, « Eugène » est un exemple d’anticipation (très) proche au sujet d’un couple ayant gagné à la loterie et décidé à s’offrir l’enfant parfait grâce aux manipulations génétiques.

« La Caresse » traite d’un art dévoyé mis au service d’un individu tellement riche qu’il oublie toute morale pour créer des créations artistiques littéralement chimériques, autrement dit de merveilleuses / horribles créatures mi-homme mi-animal en hommage à différents artistes d’antan. Et notamment au Belge Fernand Khnopff et ses “Caresses”. Etrange !

Greg Egan se fait ensuite humaniste avec l’histoire de deux « Sœurs de sang » atteintes d’une maladie potentiellement mortelle. L’une se croit à l’agonie aux Etats-Unis mais finit par entrer en rémission, l’autre décède en Afrique. En filigrane, Egan s’interroge sur les méthodes de l’industrie pharmaceutique et les fameux tests en double aveugle médicament / placebo.

Très réputée, « Axiomatique » questionne les choix d’un homme pour qui la vie humaine a toujours été sacrée. Cet axiome peut cependant être neutralisée dans cette société future à l’aide d’implant permettant de remodeler, pour un temps, certaines caractéristiques personnelles. Certains choisissent ainsi de s’injecter une croyance religieuse ou une perversion sexuelle inédite. Le narrateur, pour sa part, va s’en servir afin d’ôter ses hésitations à se venger du meurtrier de sa femme, abattue stupidement dans un braquage.

On poursuit avec « Le coffre-fort », un texte réussi au sujet d’un homme ayant le pouvoir (qui s’apparente à une sorte de malédiction), d’occuper le corps d’autrui et de changer de « peau » chaque jour. Comment rester un individu, un être unique, lorsque sa vie se voit ainsi morcelée ?

Passons sur « Le point de vue du plafond » et son expérience de décorporation qui, paradoxalement, manque sans doute d’un point de vue (hum !) et ressemble à un exercice de style à vrai dire hermétique. Le point faible du recueil.

Autre sujet de questionnement abordé par « L’enlèvement » :ce qui est réel et ce qui ne l’est pas, une réflexion classique mais toujours pertinente de la littérature d’anticipation. Si on crée un « scan » d’un individu celui-ci va t’il accéder à l’immortalité ou n’est ce qu’une vulgaire copie ? Et si des criminels s’en emparent et menacent de torturer cette copie peut-on objecter qu’il s’agit simplement d’une simulation sans réelle existence ? Egan invite à la réflexion au travers d’un texte à la fois abordable et exigeant dans ses concepts philosophiques et psychologiques.

Des questions similaires sous-tendent « En apprenant à être moi » au sujet du cristal Ndoli, un ingénieux dispositif qui réplique les pensées de son porteur et prend le relais lorsque ce-dernier vieillit, lui permettant d’accéder à l’immortalité via le « basculement ». Mais qui est vraiment l’humain dans ce cas ? L’original ou sa copie cristalline ?

Les manipulations génétiques sont au cœur de « Les douves », un texte qui, sur fond de racisme et de réfugiés climatiques, traite de la création, par les élites dominantes, d’une humanité alternative ayant bidouillé son code ADN afin d’être insensible aux maladies.

La thématique très cyberpunk de l’implant (l’Homme est-il encore Homme lorsque ses pensées sont altérées, pour son bien, par un implant ?) transforme le classique face à face entre un tueur à gages et sa victime désignée en science-fiction philosophique dans « La marche ». Sans vraiment convaincre bien que le récit se lise sans déplaisir.

Le thème de l’homme (masculin donc) qui veut enfanter lui-même joue les tire-larmes avec « P’tit mignon ». L’histoire d’un bébé conçu sur commande mais condamné à vivre seulement quatre ans et considéré, par son papa, comme un simple jouet ou, au mieux, un animal de compagnie.

Dans « Vers les ténèbres » les reliquats ratés d’une ingénierie temporelle venu du futur se manifestent sous forme de grands trous de vers qui, tels des trous noirs, empêchent quiconque de s’en échapper. La seule solution pour leur survivre consiste à courir vers leur cœur, un havre permettant de résister à la brusque disparition de ces gouffres temporels. Des sauveteurs spécialisés sont chargés de guider le plus de captifs possibles vers la sécurité…Une nouvelle assez folle basée sur des théories quantiques et utilisant également les probabilités pour rassurer (sans y parvenir, l’humain est ainsi !) ces sauveteurs plongeant dans les ténèbres.

Autre nouvelle à peine prophétique, « Un amour approprié » (précédemment titré « Baby Brain ») questionne ce qui est possible (lorsque la technique est disponible) et ce qui est souhaitable (avec bien sur les questions éthiques sous-jacentes) lorsqu’une femme se voit obligée par les assurances « d’enfanter » le cerveau de son mari accidenté placé dans son utérus dans l’attente d’un corps de substitution.

Plus classique mais non moins glaçant « La morale et le virologue » suit un biologiste décidé à créer une sorte de super sida capable de tuer sélectivement les homosexuels et les adultères. Le final montre bien la folie religieuse poussée dans ses derniers retranchements.

Retour du fameux cristal Ndoli avec « Plus près de toi » qui démontre qu’en matière amoureuse et sexuelle mieux vaut garder une part de mystère. Intéressant mais attendu.

Enfin « Orbite instable dans la sphère des illusions » décrit l’avènement des attracteurs, lesquels vous convertissent instantanément à une religion, une croyance ou à un mode de vie. Pour les « athées » du futur la seule solution est de vivre littéralement en marge des zones géographiquement contaminées… Pas le meilleur récit du recueil mais des interrogations pertinentes.

En dépit de trois ou quatre textes moins réussis ou plus mineurs, AXIOMATIQUE est un véritable condensé de science-fiction spéculative, intelligente et passionnante, une anthologie monstrueuse qui prend place aux côtés de LA TOUR DE BABYLONE de Ted Chiang, JARDINS DE POUSSIERE de Ken Liu, QUAND LES TENEBRES VIENDRONT d’Asimov, PERSISTANCE DE LA VISION de John Varley, AUX CONFINS DE L’ETRANGE de Connie Willis, LE CHANT DU BARDE de Poul Anderson et quelques « best of » de Dick au panthéon des recueils incontournables !

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Hard Science, #Recueil de nouvelles, #anticipation, #science-fiction

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Publié le 16 Février 2020

LE PRINCE ECORCHE de Mark Lawrence

Précédé d’une réputation de classique immédiat de la Fantasy « grimdark » (sang, sexe, fureur), LE PRINCE ECORCHE déçoit. Tout d’abord, le style laisse franchement à désirer : c’est plat, sans saveur, ça aligne les passages voulus violents mais gratuitement et sans susciter l’intérêt. Tout est écrit à la première personne  et Jorg, le héros, âgé de 14 ans, se voit décrit comme un impitoyable chef de bandes dirigeant une petite armée de vauriens sanguinaires qui ne contestent aucunement son autorité. Car Jorg rumine sa vengeance depuis quatre ans, ce qui nous donne donc un psychopathe fort précoce dont les délires renvoient directement à Caligula. De toute façon, tous les personnages sont des brutes et Jorg s’est imposé comme le chef en raison, notamment, de ses excès de folie furieuse. Aucun n’est attachant, aucun n’est vraiment intéressant.

L’auteur semble avoir voulu pousser à son paroxysme les recettes de LA COMPAGNIE NOIRE et de GAME OF THRONES (magie restreinte, ambiance sombre et sale, personnages moralement ambigus pour ne pas dire largement du côté obscur de la force, violence généralisée, scènes de sexe, tortures, etc.), etc. Bref, il a transformé l’ancienne High / Heroic Fantasy en une Fantasy réaliste plus proche du roman historique que des grandes fresques épique. Adieu le merveilleux, bonjour le crasseux. Pourquoi pas ? Sauf que Mark Lawrence ne parvient pas à maintenir l’intérêt, du moins pour moi.

Le monde décrit, pour sa part, s’avère très classique : du médiéval fantastique en décalage avec le nôtre (mais pas trop) comme en témoignent les références géographiques, religieuses, historiques. Nous sommes presque « chez nous » mais pas tout à fait, ce qui permet une immersion facile et un « world building » restreint. L’essentiel n’est pas là, comme disait l’autre « faut que ça brûle, faut que ça saigne ! ».   L’histoire générale, en dépit de l’utilisation de différentes sous-intrigues et de flashbacks censés l’enrichir, se limite à une vengeance sanglante dans un univers post-apocalyptique. Et, comme dans une immense majorité de saga Fantasy, LE PRINCE ECORCHE traine en longueurs : après une introduction  tonitruante le rythme se ralentit et avance bien trop lentement pour donner envie de lire la suite. Au final, LE PRINCE ECORCHE constitue donc une grosse déception et ne donne aucunement envie de poursuivre la lecture avec les deux tomes suivants.

Mais soyons honnête : le roman possède ses fans et les avis sont, généralement, largement positifs. A vous de voir. Mois c’est vu.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Aventures, #Fantasy

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Publié le 14 Février 2020

JUSTUS, MALONE & Co de Craig Rice

Holly Inglehart a découvert le corps de sa tante Alexandria dans une maison dont toutes les horloges indiquent 3 heures. Immédiatement suspecte, Holly reçoit l’aide de Jake Justus et Hélène Brand, bien décidés à la disculper. Pour cela, ils ont besoin d’un avocat de choc et ce sera la star du barreau de Chicago John Joseph Malone.

Le cul entre deux chaises, Craig Rice (une femme contrairement à ce que son nom laisse penser), écrit, à la fin du Golden Age et juste avant la Seconde Guerre Mondiale, ce bouquin situé entre le classique whodunit de l’école britannique et le polar musclé à l’américaine. L’intrigue débute ainsi par le traditionnel crime d’une personne pas vraiment sympathique et y ajoute diverses situations déroutantes (en particuliers l’arrêt de toutes les horloges à 3 heures du matin).

Les « usual suspects » sont bien présents : domestiques qui cachent quelque chose, héritiers en passe d’être déshérités, etc. On attend aussi l’arrivée de l’inévitable maitre chanteur qui finira en seconde victime pour avoir voulu monnayer ses renseignements. Mais, très vite, le bouquin emprunte également au polar à la Hammett / Chandler avec ses personnages truculents (ils passent toute l’enquête à se bourrer la gueule sous prétexte que l’ivresse les aide à mieux réfléchir), ses rebondissements improbables (une évasion rocambolesque), sa suspension d’incrédulité continuelle et assumée et ses réparties amusantes. Car le roman se veut également humoristiques et navigue entre Vaudeville et Screwball comedy en avançant à pleine vitesse. Craig Rice ayant l’habitude de travailler sans plan préalable, le lecteur ne doit pas s’attendre à une construction policière rigoureuse mais, dans l’ensemble, le divertissement fonctionne…du moins jusqu’à la moitié du livre. Car ensuite, tout cela commence à patiner, avec sa multiplication de situations improbables, d’indices découverts fort opportunément et d’informations soudainement découvertes (quoique d’importance capitale personne ne songeait à les révéler auparavant) tandis que les saouleries continuelles fatiguent les plus indulgents. Au final le détective joue les Sherlock Holmes inversé : si-ce dernier n’inventait rien et déduisait tout notre Malone ne déduit rien, il invente tout, fabrique une théorie de bric et de broc et découvre, satisfait, qu’elle tient la route (à condition de ne pas y regarder de trop près).

Débuté sur les chapeaux de roue et de manière amusante, JUSTUS, MALONE & CO finit par s’enliser et à perdre son intérêt au point que l’on termine ce livre avec plus de soulagement que de satisfaction. Les romans ultérieurs étant réputés meilleurs on réservera son avis sur une auteur souvent louée par les Américains.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Golden Age, #Humour, #Policier, #Polar, #Whodunit

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Publié le 13 Février 2020

NEIGE D'ENFER de Norbert Georges Moutier

Récemment disparu (en janvier 2020), Norbert Moutier, ici (à peine) caché sous le pseudo de N.G. Mount a œuvré toute sa vie pour le fantastique et l’horreur : le fanzine Monster Bis, ses nombreux textes pour différentes revus, sa librairie parisienne, ses longs-métrages fauchés (« Mad Mutilator », « Trepanator »,…) et ses deux romans publiés chez Gore.

De cette collection, Norbert affirmait n’apprécier que les Américains, peu sensible à l’école française tout en excès porno-gore à la Necrorian. Guère étonnant que son NEIGE D’ENFER se situe aux Etats-Unis et développe une ambiance de survival classique, entre « Massacre à la tronçonneuse » et « La colline à des yeux », sans oublier les plus obscurs « Survivance » ou « The Final Terror ». Trop cher à filmer, le scénario de Norbert est donc devenu un roman gore bien calibré et efficace qui emballe en 150 pages son récit.

Ici, l’intrigue (même simpliste) prédomine et les personnages sont bien typés : jeunes gens chauds des hormones, vieille folle nympho maniaque, chercheurs d’or reconvertis dans l’extraction des dents de leurs victimes,…Moutier renvoie tout le monde dos à dos et surenchérit dans le « redneck crasseux » : les méchants sont très bêtes, très sales et très fous. Leur petite entreprise, qui trucide du touriste pour leur piquer leurs dents en or, est loufoque tant les invraisemblances abondent. Le quatuor de héros ne se montre pas beaucoup plus intelligent : ils sont antipathiques, se tirent dans les pattes à la moindre occasion, se lance des insultes,…Ce sont des opportunistes sans cervelle et Moutier ne se prive pas de les exterminer avec une certaine misanthropie rageuse assez réjouissante. Si le sexe et le gore sont bien présents ils ne deviennent pas envahissants ou excessivement gratuits, malgré des passages thrash ou chauds, Moutier évite le vomitif. Il reste dans les limites de l’acceptable à la manière d’un survival ou d’un slasher de cette époque et le bouquin aurait pu, en effet, être porté à l’écran sans grands changements. Dommage que le budget n’ait pas suivi.

Le tout prend place dans un paysage enneigé et montagnard plutôt original et bien retranscrit que l’on peut quelque peu rapprocher de l’incroyable ECHO DES SUPPLICIES de Joel Houssin.

Bref, un petit Gore très sympathique qui donne au lecteur ce qu’il attend : trois heures de divertissements sexy sanglant sans prétention.

 

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Gore, #Horreur, #Roman de gare

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Publié le 12 Février 2020

UBBO-SATHLA de Clark Ashton Smith

Initialement édité en 1985 chez NéO, ce recueil du poète et nouvelliste Clark Ashton Smith nous permettait de découvrir quelques classiques de la littérature fantastique de l’âge d’or. Depuis, Clark Ashton Smith s’est imposé au lectorat francophone grâce à de nombreuses rééditions : « La mort d’Ilalotha a ainsi été repris par Jacques Sadoul dans ses MEILLEURS RÉCITS DE WEIRD TALES puis dans son HISTOIRE DE LA SCIENCE FICTON.

« Le retour du Sorcier » a, lui aussi, intégré diverses anthologies lovecraftienne et son côté horriblement macabre, dans une tradition ensuite popularisée par les TALES FROM THE CRYPT fonctionne toujours de belle manière. Le récit (adapté en 1972 dans un épisode de la série télévisée « Night Gallery ») est devenu un incontournable de l’horreur inspirée par les univers de Lovecraft.

La nouvelle-titre, « Ubbo-Sathla », se montre elle-aussi lovecraftienne à souhait avec cette quête d’un initié pour retrouver les dieux primitifs dont parle le Necronomicon. Une belle réussite.

On découvre également, dans plusieurs nouvelles, le fameux Livre d’Eibon et la divinité Tsathoggua, sorte de monstrueux crapaud que repris par la suite Lovecraft (en particuliers dans son court roman LE TERTRE) et d’autres continuateurs du mythe.

Les différents récits nous font également voyager dans la légendaire Hyperborée et Clark Ashton Smith y mélange efficacement une fantasy mythique à la Robert Howard, une horreur morbide à la Edgar Poe et un fantastique teinté de science-fiction cosmique proche de Lovecraft. Bref, tout un univers qu’explorèrent par la suite les épigones de ces récits macabres « à la Weird Tales ».

Avec un style brillant, un vocabulaire précis légèrement archaïque, des phrases ciselées à la perfection et un sens du rythme hérité de la poésie, l’écrivain se révèle, en outre, d’un abord bien plus aisé que Lovecraft et d’une efficacité au moins aussi grande.

Un « grand petit recueil » (180 pages, toutes superbes !) destiné aux amateurs de fantastique de l’âge d’or mais dont les thèmes et l’écriture ont finalement fort peu vieilli. Conseillé.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Fantastique, #Fantasy, #Golden Age, #Horreur, #Lovecraft, #Recueil de nouvelles

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Publié le 11 Février 2020

100% STAR WARS - TOME 8: MUTINERIE SUR MON CALA de Kieron Gillen

Contient Star Wars (2015) #44-49.

Et revoici la princesse Leia qui, au nom de l’Alliance, part demander aux Mom Calamari de lui fournir une nouvelle flotte de combat capable de vaincre l’Empire. Or, la planète à déjà subi le poing impérial (comme vu précédemment dans la série DARK VADOR) et le régent Urtyas refuse de rejoindre la rébellion. Pour sauver la situation, Leia décide de remettre sur le trône le roi déchu Lee-Char, retenu prisonnier depuis une vingtaine d’années.

Continuation de la vaste fresque de Kieron Gillen entamée avec le tome précédent (LES CENDRES DE JEDHA) et prolongement des événements de « Rogue One » (qui semble inspiré les scénaristes de BD par son ton sombre et son côté course désespérée contre des méchants bien trop puissants).

L’ensemble se suit donc plaisamment mais souffre de défauts évidents. On peut également considérer que cette interprétation très « la fin justifie les moyens » de Leia n’est pas flatteuse puisque la princesse n’hésite pas à déposséder un dirigeant pour en remettre un sur le trône afin qu’il serve davantage ses intérêts et ce aux risques de voir une planète entière mise en danger, voire détruite, par l’Empire.

Une intrigue un peu longuette, de belles scènes d’action, des passages réussis, d’autres moins convaincants, quelques notes d’humour, des références (obligées ?) à l’univers cinématographiques avec des ponts tendus vers « Rogue One » et même « Solo ». Sympathique mais sans être transcendant.

Le dessin de Larroca est fidèle à lui-même : très réussi sur les décors et les vaisseaux, globalement raté sur les visages qui, la plupart du temps, sont maladroitement décalqués.

Ce huitième tome s’inscrit dans la droite ligne des précédents : un divertissement plutôt plaisant mais rien qui donne vraiment envie de dire « ouah ». On ajoute un côté finalement anecdotique dans l’esprit des préhistoriques BD « Star Wars » Marvel des années 70/80 : des péripéties certes agréables mais tellement engoncées dans une période figée (« A New Hope » à « L’empire contre-attaque ») qu’aucune véritable surprise n’est possible.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Aventures, #Cinéma, #Comic Book, #Space Opera, #Star Wars, #science-fiction

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Publié le 10 Février 2020

TERRE ERRANTE de Liu Cixin

Né en 1963, Liu Cixin est considéré comme une des étoiles montantes de la SF bien qu’il écrive depuis longtemps (son premier roman, CHINE 2185 est sorti en 1989 !). Révélé en occident par sa trilogie débutée par LE PROBLEME A TROIS CORPS (Prix Hugo 2015), poursuivie par LA FORET SOMBRE et terminée avec LA MORT IMMORTELLE (prix Locus), son œuvre antérieure se voit aujourd’hui redécouverte.

Bonne manière de se familiariser avec l’auteur, le roman court (environ 80 pages) TERRE ERRANTE mélange science-fiction apocalyptique et hard-science. L’expansion du soleil s’accélère, menaçant d’anéantir toutes les planètes du système solaire d’ici quatre siècles. Mais l’Humanité ne se résout pas à cette disparition programmée. Deux projets rivaux sont donc envisagés : emmener les Hommes explorer l’univers à bord d’arches stellaires ou transformer la Terre elle-même en vaisseau. Cette dernière option étant retenue il faut à présent mener à bien ce titanesque chantier afin d’envoyer la planète vers Proxima du Centaure au terme d’un voyage de deux mille ans.

L’auteur ne lésine pas sur les scènes spectaculaires et la démesure (rappelant certains romans d’Arthur C. Clarke) en nous montrant l’arrêt de la rotation terrestre, les brusques changements de température, les tsunamis aux vagues gigantesques, les torrents de magma qui détruisent les villes refuges souterraines, la traversée de la dévastatrice ceinture d’astéroïde,…Du véritable blockbuster littéraire où tout parait « bigger than life ». Liu Cixin envisage aussi (très – trop – brièvement) les changements psychologiques induits par la situation : la disparition des religions (peu crédible), la fin des passions amoureuses (on pourrait penser qu’elles seraient, au contraire, exacerbées), la crainte du Soleil, etc. La complète soumission populaire apparait (à nos yeux) comme très symptomatique du régime chinois et la situation parait, dans l’ensemble, acceptée. On peut penser que les comportements humains seraient beaucoup moins rationnels dans pareille situation, suscitant l’apparition de sectes bizarres et d’explosion de violence gratuite. En terme de psychologie apocalyptique on peut préférer l’excellent DERNIER MEURTRE AVANT LA FIN DU MONDE ou le très réussi et méconnu film « Seeking a friend for the end of the world ».

Toutefois, malgré ces bémols, TERRE ERRANTE reste une novella très efficace et réussie qui parvient, par un habile habillage hard-science (heureusement pas trop pesant) à crédibiliser une histoire qui parait totalement fantaisiste. Car, Liu Cixin, malgré des personnages sans émotion et un discours politique volontiers dictatorial, déverse en une centaine de pages un flot de « sense of wonder » rafraichissant qui convoque des images dantesques de planète s’arrachant à l’attraction solaire pour s’élancer dans l’espace. Vers l’infini et au-delà !

Adapté au cinéma en 2019, TERRE ERRANTE souffre de défauts évidents mais les compense par un véritable appel au merveilleux scientifique retrouvant, redisons le, la magie des Asimov, des Clarke et des autres enchanteurs de la SF. Et, au final, la balance penche largement vers le positif !

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