Publié le 13 Juillet 2020

LA MOITIE D'UN MONDE (LA MER ECLATEE TOME 2) de Joe Abercrombie

Deuxième volet de la trilogie de « La mer éclatée », cette séquelle de LA MOITIE D’UN ROI s’éloigne quelque peu du personnage principal du premier tome, Yarvi (lequel reste présent mais de manière plus secondaire), pour suivre le destin d’une nouvelle héroïne, Epine. Celle-ci veut devenir une guerrière ce qui n’est guère courant (ni bien accepté) pour une fille. Malheureusement, au cours d’un entrainement, elle tue accidentellement un de ses camarades. La voilà condamnée à mort ! C’est Yarvi qui la sauvera. Bien sûr, la jeune fille, aussi peu féminine que possible, connaitra bien des aventures et rencontrera même l’amour auprès du timide Brand.

Les premiers chapitres de LA MOITIE D’UN MONDE déstabilisent quelque peu le lecteur cherchant à savoir ce qu’il est advenu de Yarvi. En effet, Abercrombie se focalise surtout sur un nouveau personnage, Epine, tandis que Yarvi se voit relégué au second plan : cette fois il a surtout un rôle politique de « manipulateur ». Il tire les ficelles de manière cynique, jouant adroitement de ses influences pour arriver à ses fins, mais laisse Epine mener l’action.

L’intrigue de vengeance simple et efficace de LA MOITIE D’UN ROI se développe ici pour prendre une ampleur bien plus importante : la trame reste classique avec ses différents royaumes qui s’affrontent, oscillant entre la Paix et la Guerre, tandis que le tout puissant et avide Haut Roi menace tout un chacun. Il faudra donc ruser pour établir les alliances nécessaires et pouvoir passer au-dessus des vieilles rancœurs afin de s’unir contre le péril commun. Epine et Brand seront, évidemment, les instruments de ce plan ourdi par Yarvi.

Moins surprenant que le premier tome mais plus élaboré au niveau de l’intrigue globale, LA MOITIE D’UN MONDE monte en puissance : si les premiers chapitres peuvent quelque peu décevoir, la suite du roman finit par emporter l’enthousiasme. A mi-parcours, le bouquin est définitivement sur ses (bons) rails et Abercrombie, par des chapitres très courts, maintient le suspense et augmente l’intérêt jusqu’à l’attendu mais fort réussi combat final. Le style est toujours pertinent, épique et pourtant simple, plein de considérations sur le sens de la vie, de l’héroïsme, de la guerre nécessaire et de la paix souhaitée. L’influence de Gemmell s’avère importante mais bien digérée, ce qui rend le roman fort plaisant. Orienté « young adult » (mais avec toutefois un peu de sexe et pas mal de violence, loin des bouquins jeunesses d’antan), cette trilogie se révèle pour l’instant une grande réussite…ne reste plus, à présent, qu’à en découvrir le dernier tome qui s’annonce évidemment « bigger than life ».

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Fantasy

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Publié le 9 Juillet 2020

AETERNIA, TOME 1 : LA MARCHE DU PROPHÈTE de Gabriel Katz

Démarrant très classiquement, ce roman nous présente un champion des arènes désireux de partir à la retraite pour gouter à la vie de famille. Leth Marek quitte donc Morgoth, ville « barbare », pour la cultivée cité de Kyrenia, siège du culte de la Grande Déesse et de son temple. Seulement voilà, sa famille et ses amis vont être massacrés sur la route et Marek va devoir à nouveau se servir de son immense hache. Dans le même temps, Varian, jeune candidat à la prêtrise encore naïf et bercé d’illusions, va se trouver au cœur des machinations politico-religieuses de la grande ville…et en tirer partie pour tenter de s’octroyer le pouvoir suprême.  

Avec AETERNIA nous naviguons dans une fantasy épique et quelque peu « grim » portée sur les épaules musclées d’un valeureux guerrier qui sent pourtant l’âge commencer à faire son œuvre. Bref, nous sommes sur les terres de DRUSS LA LEGENDE et autre combattant légendaire. On retrouve d’ailleurs certaines des qualités du regretté Gemmell (ceux qui n’aiment pas ce style peuvent donc passer leur tour) avec des personnages bien campés, à la fois « bigger than life » et finalement très humains, des dialogues qui sonnent justes dans leur simplicité imprégnés d’un bon sens pertinent (une sorte de philosophie de la vie à destination des non-philosophes), une histoire classique mais qui offre quelques développements intéressants, un rythme soutenu, un monde proche du notre dans lequel on s’enfonce facilement, plusieurs retournements de situation et une révélation finale surprenante qui reprend les principes du cliffhanger en attendant le deuxième volume. Et, comme pour Gemmell, un style simple mais efficace, adapté à un récit destiné aux grands adolescents (et aussi aux plus âgés !) qui ne s’offusquent pas d’une certaine dose de cruautés et de violences.

Les aspects fantasy les plus classiques (magie et créatures surnaturelles) s’avèrent absents et AETERNIA élabore, par conséquent, un univers nettement plus proche du nôtre : excepté les lieux, il s’agit quasiment d’un roman historique, d’autant que le monde décrit reste assez proche de la fin de l’Empire Romain. L’originalité vient donc des luttes entre deux religions antagonistes dont les adeptes, comme toujours, semblent persuadés de détenir l’unique vérité. D’un côté la Grande Déesse, de l’autre Ochin. Au milieu, beaucoup de victimes innocentes, d’hérétiques et d’exaltés, les deux camps comptant davantage d’intégristes que de modérés. Pas de bons, pas de mauvais, les deux ne valent pas grand-chose et n’hésitent pas à recourir à la manipulation pour s’imposer. Et même les jeunes prêtres idéalistes abandonnent rapidement leurs illusions. De leur côté, Leth Marek et son pote surnommé Le Danseur, autre guerrier d’élite, vont se retrouver au centre de ces coups politiques tordus et devoir manier la hache pour s’en sortir indemnes.

En résumé, ce premier tome d’AETERNIA s’avère très plaisant et fort bien mené. Sa conclusion surprenante invite, pour sa part, le lecteur à poursuivre l’aventure avec le second et dernier tome. Une jolie petite réussite pour un auteur déjà confirmé de la Fantasy francophone.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Aventures, #Fantasy

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Publié le 7 Juillet 2020

JACK REACHER: ELLE SAVAIT de Lee Child

Treizième aventure de l’infatigable Jack Reacher qui se retrouve, cette fois, au cœur d’une intrigue mêlant mystère, thriller et espionnage. Dans une rame de métro, notre ancien militaire repère une jeune femme dont le comportement laisse supposer, selon les manuels du Mossad, qu’elle désire commettre un attentat suicide. Reacher tente de la calmer mais la femme se suicide d’une balle dans la tête et voici notre héros entrainé dans un vaste complot d’état. Chacun cherche à savoir ce que la victime a bien pu confier à Reacher vu « qu’elle savait » bien des choses pouvant potentiellement menacer la sécurité des Etats-Unis. Problème, elle n’a rien dit à Reacher qui va devoir évoluer à l’aveugle…

Personnage intéressant, ancien soldat devenu une sorte de SDF justicier évoluant dans les combines politiques américaine, Jack Reacher est une homme d’une autre époque, incapable de se servir d’un ordinateur et dépourvu de téléphone portable. Heureusement, il dispose de capacité de déductions affutées et d’un physique de bagarreur de rue qui lui permet de balader sans (trop de) risques dans les quartiers les plus malfamés. Il a aussi le chic de se mêler de ce qui ne le regarde pas. Et de s’attirer des ennuis.

ELLE SAVAIT (comme les autres Jack Reacher) fonctionne sur les principes bien rodés du « page turner » à l’américaine avec ses chapitres courts, ses rebondissements nombreux, ses dialogues qui s’enchaînent et son rythme enlevé. Le lecteur aime, par conséquent, avancer dans le récit pour en démêler les fils quitte à s’y perdre tant les personnages sont nombreux, sans oublier les agences gouvernementales plus ou moins clandestines qui se livrent à une véritable guerre secrète. Au programme on trouve CIA, FBI, Delta Force, Ousama Ben Ladden, Russes, Afghans, Américains,…La totale du roman d’action paranoïaque post-11 septembre.

Cependant, le roman souffre aussi de longueurs car l’auteur aime multiplier les descriptions (armes, lieux,…) pas toujours nécessaires. De même les manipulations politiques peuvent finir par lasser, le bouquin semblant parfois trop épais (près de 550 pages) et une version élaguée d’une bonne centaine de pages aurait probablement été plus efficace et percutante. Au final on se retrouve avec un plaisant mélange d’espionnage, de polar, de mystère, d’action et de thriller politique, le tout mené par un héros solitaire séduisant et burné. Le tout n’est pas si éloigné d’un bouquin de gare des années ’80 façon SAS ou Exécuteur…excepté que le tout est deux fois plus long. On en ressort donc quelque peu mitigé quoique l’ensemble s’avère relativement divertissant. Mais nous sommes largement en deçà d’UN VISITEUR POUR OPHELIE du même Lee Child.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Aventures, #Espionnage, #Polar, #Thriller

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Publié le 5 Juillet 2020

LES DERNIERS JOURS DU PARADIS de Robert Charles Wilson

Robert Charles Wilson s’est imposé comme un des maitres de la science-fiction du XXième siècle. Il semble avoir digéré aussi bien les auteurs classiques que les petits nouveaux portés sur la hard-science ou la spéculation anticipative. Ses romans combinent en quelques sortes le meilleur de ces mondes : intrigue très solide, personnages intéressants, fonds scientifiques pointu mais abordable, sense of wonder et conséquences bien étayées des prémices souvent vertigineuses. SPIN (récompensé par le Hugo), l’hallucinant LES CHRONOLITHES, le superbe A TRAVERS TEMPS, l’efficace BLIND LAKE,…que du bonheur pour l’amateur ! Malheureusement, LES DERNIERS JOURS DU PARADIS, ne se hisse pas à la même hauteur que les titres précités. Il s’agit d’un roman nettement plus mineur et plus faible. Pourtant, la « recette » de Robert Charles Wilson semble cuisinée avec les mêmes ingrédients.

Le point de départ, tout d’abord, interpelle : nous sommes en 2014, dans un monde uchronique vivant dans une paix mondiale (certes relative) depuis un siècle. L’Amérique s’apprête à célébrer l’Armistice de 1914 qui a mis fin à toutes les guerres. Mais quelques scientifiques triés sur le volet et appartenant à une mystérieuse Correspondance Society, soupçonne la vérité : la radiosphère entourant la terre est, en réalité, un être vivant symbiotique (ou parasitaire, le débat reste ouvert) baptisé hypercolonie ayant mené l’humanité à la paix…Mais dans quel but ? L’hypercolonie dépêche des êtres artificiels, dit simulacres, pour supprimer les savants s’approchant trop près de la vérité. Cassie, dont les parents ont jadis été tués, doit fuir les « sims » avec une poignée d’individus connaissant la réalité concernant l’hypercolonie. Mais fuir vers où ?

L’auteur se place ici sous les influences de John Wyndham (en guise de clin d’œil un personnage porte d’ailleurs ce patronyme), Philip K. Dick et autres spécialistes de la SF parano dans laquelle les protagonistes évoluent dans des « mondes truqués ». Le cinéphile peut également, même si la référence fait moins sérieux, évoquer la saga « Terminator » dans cette fuite permanente devant une entité toute puissante qui délègue des simulacres pour assurer sa sécurité. Dès lors, le roman prend des allures de road movie (ou road book ?) puisque les personnages sont perpétuellement en mouvement, poursuivi par les simulacres. Et c’est là que le bouquin montre, hélas, ses limites. Car il n’échappe pas à une réelle monotonie et se montre souvent répétitif. De plus, les enjeux restent souvent limités à quelques personnages et les côtés uchroniques s’avèrent quasiment occultés : nous en apprendrons peu sur ce monde pacifié. Si LES CHRONOLITHES, par exemple, combinait les destins individuels des personnages et des événements grandioses, LES DERNIERS JOURS DU PARADIS parait manque un peu d’ampleur. Ce n’était pas le but rétorqueront les enthousiastes ! Certes, mais la frustration du lecteur est réelle.

Reste heureusement les qualités habituelles du romancier : chapitres courts rondement menés, idée de départ impressionnante, personnages attachants, rythme efficace (en dépit, ici, de quelques longueurs), toile de fond mystérieuse donnant envie de poursuivre la lecture. A tout cela s’ajoute, ici, un hommage à peine voilé à cette SF des sixties qui, du VILLAGE DES DAMNES à L’INVASION DES PROFANATEUR, a beaucoup contribué aux théories paranoïaques et complotistes de ces dernières années. Malheureusement, au fil des pages, l’intérêt s’étiole et le dernier tiers du bouquin manque de mordant pour maintenir l’attention du lecteur. Seul l’épilogue tempère un peu ce jugement sévère.

En résume, un roman potable, avec quelques bonnes idées et l’un ou l’autre passages réussi mais hélas décevant de la part de Robert Charles Wilson. On se consolera avec le suivant…

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Rédigé par hellrick

Publié dans #science-fiction, #Uchronie

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Publié le 30 Juin 2020

DON - CHROMOSOME Y de Jacques Colombo (Henri Vernes)

Avec son méchant Molok, cette aventure de Don se rapproche évidemment des récits de Bob Morane mettant en scène l’Ombre Jaune. Sauf que le ton, ici, se veut différent : nous sommes dans la littérature de gare « pour adultes » avec tout ce que le genre implique de sexe et de violences gratuites. Délaissant son pseudonyme le plus célèbre d’Henri Vernes, notre bon Charles-Henri Dewisme se dissimule, ici, sous l’identité de Jacques Colombo pour goûter aux plaisirs simples des halls de gare des années 80, époque où fleurissaient les collections dédiées à des héros comme SAS, l’Exécuteur, l’Implacable et d’autres aujourd’hui plus oubliés comme PDG, TNT, le Mercenaire, etc. Effectuant une pause dans sa saga des Bob Morane (entre 1982 et 1988), notre auteur se reconvertit dans le polar d’espionnage assorti d’éléments fantastique et science-fictionnel. Bref, des intrigues pas franchement différentes de celles de Bob Morane mais un personnage qui en est l’antithèse (macho, brutal, violent et tueur sans pitié), de nombreuses scènes érotiques et pas mal de violences bien saignantes. On retrouve cependant quelques tics de l’écrivain, comme sa manière de qualifier les jeunes femmes de « petites filles ». Par la suite, histoire de boucler la boucle, Henri Vernes recyclera d’ailleurs ce CHROMOSOME Y en « Bob » avec LA BETE A SIX DOIGTS. Rien ne se perd, rien ne se crée.

Quoiqu’il en soit, DON promettait du Danger, de l’érOtisme, de la violeNce. La recette a été appliquée durant 11 bouquins aux couvertures tapageuses elles-aussi typiques de ces belles années ’80. Dans CHROMOSOME Y, le lecteur suivra donc les aventures d’un aventurier surnommé Don (car il est le petit-fils d’un parrain de la Mafia), cette fois aux prises avec le criminel Molok dont la dernière invention agit sur les personnes ayant un chromosome Y surnuméraire (les poussant au crime) et les transforme en maniaque assassin.

Lire Don, c’est, un peu comme pour Bob Morane, effectuer un petit voyage nostalgique pour ceux qui se désolent de ne plus trouver leur livraison mensuelle d’Exécuteur ou de SAS. Comme disait l’autre, la littérature de gare n’existe plus : les voyages durent 3 heures maximum et on s’occupe plus souvent avec une tablette qu’avec un roman. En plus lire aujourd’hui en public ce genre de bouquin bariolé exhibant sur la couverture des mannequins les nichons à l’air ferait vite mauvais genre. Tant pis. En attendant on peut encore ouvrir un plaisant CHROMOSOME Y pour s’offrir 3 heures de détente sympathique et sans prise de tête. On est loin du chef d’œuvre (ça n’en a jamais eu la prétention) mais on en a pour son argent et c’est bien là l’essentiel.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Aventures, #Erotique, #Espionnage, #Polar, #Roman de gare

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Publié le 25 Juin 2020

LES YEUX DES TENEBRES de Dean Koontz

Remis sous les feux de l’actualité, le roman, écrit en 1981, donnait à Koontz des allures de visionnaire car il traitait d’un virus échappé d’un laboratoire de Wuhan, offrant aux complotistes quelques nouvelles théories à reprendre, notamment l’origine artificielle du virus imaginé ici comme une arme bactériologique. C’est oublié un peu vite que, dans la version originale, le super virus a été créé en Russie, la Chine n’étant devenue l’ennemi que dans la version remaniée par Koontz et vendue depuis 2008. Pas grave, cela permet de lire (ou relire) cet honnête thriller qui manque cependant un peu de réelle tension pour maintenir l’intérêt.

La première partie, la plus intéressante, reste également la plus mystérieuse avec cette mère, Tina, qui ne parvient pas à admettre la mort accidentelle de son petit garçon, Danny, et commence à assister à d’étranges manifestations paranormales. Lorsque le message « pas mort » apparait sur le tableau noir de Danny notre héroïne est persuadée qu’on lui a caché la vérité : elle se met en tête d’exhumer le corps de Danny et, à partir de ce moment, devient la cible à abattre d’une organisation gouvernementale secrète. Evidemment, comme dans beaucoup de romans de ce style écrit par Koontz, notre jeune femme, qui se remet difficilement d’une rupture difficile avec un mec pas sympa, rencontre un brave type avec qui elle entame directement une grande histoire d’amour. En plus c’est un ancien des services secrets, un bonus appréciable lorsqu’on est traqué par le gouvernement.

On retrouve dans LES YEUX DES TENEBRES la recette classique du Koontz des débuts, avec ce mélange de thriller, de polar, de science-fiction et de fantastique agrémenté d’un soupçon d’horreur et d’une cuillère d’érotisme sans oublier quelques scènes d’action pour dynamiser le récit. Tout est donc calibré, sans grande surprise, les coïncidences et les passages peu vraisemblables se multiplient pour orienter l’histoire dans la bonne direction et les pouvoirs paranormaux de Danny aident bien évidemment sa maman à résoudre l’énigme, ce qui s’apparente parfois à une sacré facilité « scénaristique ».

Pour le côté virus / conspiration / prophétie annoncé il faut attendre les derniers chapitres qui révèlent donc la vérité sur l’origine des pouvoirs de Danny.

Dans l’ensemble, LES YEUX DES TENEBRES s’avère un honnête Koontz, plutôt plaisant en dépit de personnages souvent très clichés, et qui fonctionne agréablement, notamment par sa pagination restreinte et son art déjà affirmé du page-turning : chapitres courts, cliffhangers et rebondissements permettent de terminer rapidement un roman un peu inconsistant mais satisfaisant.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Fantastique, #Horreur, #Thriller, #anticipation, #Dean Koontz

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Publié le 23 Juin 2020

DOC SAVAGE: L'OASIS PERDUE de Kenneth Robeson (Lester Dent)

Sixième roman de la grande saga de Doc Savage, L’OASiS PERDUE se montre particulièrement efficace et distrayant.

Ecrit en 1933, il combine tous les ingrédients nécessaires à un bon « pulp » : de méchants criminels ayant réduits quelques infortunés en esclavage pour exploiter une mine de diamants, des dirigeables, des chauve-souris vampires géantes aux dents empoisonnées (!) utilisées comme instruments de mort, une expédition dans la jungle, des plantes carnivores,… Les recettes sont typiques de l’époque et rappellent également les serials : si un personnage tombe d’un immeuble on apprend deux pages plus tard qu’il s’agissait d’un mannequin hâtivement confectionné (aucune vraisemblance n’étant requise) et si l’hélicoptère des héros est détruit, le chapitre suivant nous révèle qu’ils s’en étaient inexplicablement échappés ! Et, bien sûr, si un compagnon de Doc est empoisonné par les méchants, l’Homme de Bronze analyse immédiatement la substance mortelle et élabore, avec les moyens du bord, un antidote. Plus fort que McGyver, Rambo et James Bond réunis !

Comme toujours, les capacités exceptionnelles de Doc Savage, véritable super-héros invincible et même prototype des « super slip » des comics (d’ailleurs il se balade, dans les premiers chapitres, seulement vêtu d’un slip de bain !) éclipse totalement ses cinq compagnons réduits au rôle de sidekicks humoristiques. Dommage car ces derniers possédaient un réel potentiel. Mais qu’importe, lire ou relire Doc Savage reste l’assurance de deux ou trois heures d’évasion pure dans un mélange totalement invraisemblable mais réjouissant de polar, d’action, d’aventure, de fantastique et de science-fiction. Hautement divertissant !

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Publié le 19 Juin 2020

LA GALERE ENGLOUTIE d'Henri Vernes

La petite introduction de Vernes dans l’Intégrale nous apprend que le bouquin était une « excuse pour parler de plongée sous-marine ». Et, effectivement, le récit se montre fort linéaire après un départ intriguant et réussi : Bob Morane et son ami Frank Reeves, milliardaire américain, se languissent de nouvelles aventures. Reeves va, justement, se porter acquéreur d’un tableau (on apprendra plus tard qu’il se nomme « La belle Africaine ») au cours d’une vente aux enchères. Reeves l’achète pour 5 ou 6 fois sa valeur et, peu après, deux malandrins tentent de le dérober. Bob Morane, intrigué, flaire quelque chose de louche, parle de malédiction, et en fait même exécuter une copie. Quelques jours plus tard, une nouvelle tentative de vol a lieu, cette fois de la part d’un septuagénaire archéologue, le professeur Clairembart (qui deviendra un personnage récurent de la saga). Le vieil homme met les deux amis sur la piste d’un trésor qui reposerait dans une galère engloutie dont l’emplacement reste à découvrir. La course au trésor débute mais, bien sûr, Bob n’est pas le seul à vouloir s’en emparer.

Deuxième aventure pour Bob. Ce-dernier se révèle moins « parfait » qu’il ne le deviendra : il se montre impatient voire colérique, moins sympathique et un peu moins boy scout que par la suite. Mais Bob est déjà – et toujours - avide d’aventures. D’ailleurs notre commandant précise qu’il aime l’aventure pour elle-même, ni pour l’argent ni pour la gloire. Complètement désintéressé, sorte de Tintin toujours prêt à répondre à l’appel du mystère, Bob se rappelle ses exploits durant la seconde guerre mondiale en écrivant le récits de sa précédente expédition. Mais, pour parler clair, l’aventurier s’ennuie. Bob va donc apprendre la plongée pour retrouver le fameux trésor de la « Belle Africaine ». A partir de là, le roman se montre moins intéressant : toute la partie consacrée à l’apprentissage de la plongée, certes didactique et instructif, manque de souffle. Les péripéties sont également attendues : rencontre avec une raie, un requin, une pieuvre, des plongeurs mal intentionnés, capture par des « pirates / pilleurs de tombe ». Pas vraiment de surprise, plutôt lé déroulé classique des conventions et clichés de l’aventure maritime. Le bouquin aurait mérité davantage de développements, d’ailleurs Bob se lamente à la fin que « l’aventure ait été si courte », pour ne pas dire si facile.

La recette des « Bob », à cette époque, était en effet celle de la pure aventure destinée aux adolescents avec, en supplément, une certaine envie pédagogique typique de Marabout : on divertissait les jeunes tout en les instruisant sur la plongée, l’archéologie, l’histoire,…Ce qui inclut les notes supplémentaires placées à la fin des romans. Bref, les premiers « Bob Morane » ne possèdent pas encore le côté plus délirant des suivants qui incluront fréquemment des éléments science-fictionnels ou fantastiques plus typiquement « pulp » (voyages dans le temps, inventions étranges, savants fous,…). Des romans qui, aujourd’hui, apparaissent sans doute plus inventifs et attrayants aux lecteurs modernes.

LA GALERE ENGLOUTIE reste cependant un livre plaisant et distrayant, capable d’occuper avec bonheur deux heures de son temps, et qui, historiquement, s’avère important dans l’évolution du héros. En résumé : un sympathique récit, sans plus ni moins.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Aventures, #Bob Morane

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Publié le 17 Juin 2020

CASSIE de John Saul

Le Californien John Saul, né en 1942, fut un des grands pourvoyeurs de l’épouvante durant le « boom » de cette littérature, essentiellement au cours des années 80. Pas moins de 20 de ses romans furent alors traduits, enrichissant les collections dédiées comme « J’ai lu Epouvante », « Terreur » « Claude Lefrancq » ou « Forces obscures ». CASSIE constitue un de ces bouquins situés, pour faire court, dans les eaux fréquentées à l’époque par Stephen King : on y retrouve un personnage principal féminin, adolescente « à problèmes » (ou définie comme telle) peu à l’aise dans sa petite ville américaine traditionnelle et rapidement soupçonnée de divers méfaits. Divers personnages secondaires tissent des liens entre eux, des amitiés se nouent et la petite ville devient, elle aussi, avec ses légendes, pratiquement un protagoniste à part entière. Cassie (et non pas Carrie même si elle lui ressemble un peu) aurait des pouvoirs, serait une sorcière et aurait commis quelques crimes après avoir été « instruite » en magie noire par Miranda, l’inévitable vieille ermite un peu folle vivant dans les marécages locaux. Des individus peu amicaux envers la jeune fille en paient le prix et sont retrouvés morts, couverts d’étranges blessures peut-être attribuable à un animal. A un félidé peut-être, le chat étant l’indispensable allié des sorcières ?

John Saul possède du métier et tient son lecteur en haleine, emballant son bouquin en 280 pages bien tassées qui évitent les longueurs et les digressions inutiles. Il se focalise sur ses personnages et, bien sûr, en premier lieu sur la jeune Cassie, recueillie par son père après le décès de sa mère. Elle vivra des relations familiales un peu tendues, avec son paternel et sa belle-mère qui la soupçonne d’être une sorcière. Mais elle trouve un appui auprès d’Eric, son voisin, élève populaire ayant à son bras une petite amie tout aussi populaire. Cependant, ce-dernier commence à s’intéresser de plus en plus à cette intrigante Cassie tandis que les événements mystérieux se multiplient.

Ecrit de manière traditionnelle, avec un style simple et effectif, CASSIE délivre un parfum « old school » prononcé : nous sommes dans un fantastique feutré, ponctué de passages d’épouvante plus allusifs que graphiques, où la psychologie des personnages et l’ambiance prédominent. Les effets chocs, les « booh fais-moi peur », le gore, etc. n’y ont pas (ou très peu) leur place, nous ne sommes pas dans l’effet de manche ou l’horreur extrême façon splatter punk. CASSIE ne déraille jamais de sa voie et, à l’exception d’un twist final plutôt réussi, peut sembler quelque peu linéaire en raison, justement, de l’enchainement logique des situations qui conduisent, fatalement, à la conclusion.

Dans l’ensemble, un bon bouquin typique de son époque qui aurait pu donner une bonne série B horrifique dans les années ’80 si un cinéaste avait daigné se pencher sur son cas. Tant pis, on se contentera de la lire avec plaisir.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Fantastique, #Horreur

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Publié le 15 Juin 2020

LA PEAU DES HEROS de Dean Koontz

Ce court roman (180 pages) a d’abord été publié sous le titre de LA PEAU DES HEROS a la Série Noire et sous le pseudonyme de K.R. Dwyer. Ecrit en 1972, il fut ensuite révisé et republié sous le nom de Dean Koontz, étant notamment inclus dans le recueil français DEMONS INTIMES dans la collection « Terreur ». L’intrigue s’avère très classique : un vétéran du Vietnam, Ben Chase, héros de guerre décoré, souffre d’un syndrome post-traumatique sévère. Eprouvant des difficultés à communiquer et à socialiser, en particulier avec les femmes, Chase vit de sa pension d’invalidité, se rend chaque semaine chez son thérapeute et passe ses journées à écluser du Jack Daniel’s en regardant des vieux films à la télévision. Un quotidien pas glorieux mais supportable pour Chase qui, un jour, intervient pour sauver une jeune fille d’un psychopathe qui vient d’assassiner son petit ami. Mis sous les feux des projecteurs une fois de plus, Chase reçoit ensuite des appels téléphoniques du cinglé, lequel se surnomme le Juge alors qu’il entame une croisade contre les « pêcheurs ». La police ne le croyant pas, Chase va mener sa propre enquête afin de coincer ce Juge de plus en lus menaçant.

Si LA PEAU DES HEROS parait aujourd’hui classique, il devait être plus novateur en 1972, une époque où l’on parlait probablement moins du Vietnam et de ses conséquences. C’était avant RAMBO, L’EXECUTEUR et d’innombrables films sur le sujet. Ben Chase apparait donc comme un personnage torturé, entouré d’autres protagonistes intéressants (la jeune documentaliste dont il tombe amoureux, son psy qui exploite sa notoriété, etc.) au cœur d’un récit quelque peu prévisible et linéaire. On devine rapidement où Koontz nous conduit et il n’y aura pas de grand twist pour relancer l’intérêt, l’auteur se reposant quasi uniquement sur son héros. Heureusement, celui-ci s’avère suffisamment bien typé pour maintenir l’intérêt. Il est évidemment ancré dans son époque, à la croisée des détectives purs et durs du polar noir des décennies précédentes et des futurs justiciers précédemment cités (Rambo, L’exécuteur, etc.). L’enquête n’est donc pas particulièrement complexe mais elle reste bien menée : Chase (qui porte bien son nom), chasse le Juge en remontant patiemment sa piste, interrogeant de nombreux individus avant de découvrir son identité. Le bouquin touche aussi, outre le Vietnam et les séquelles de la guerre, à différents sujets « sensibles » comme le vigilantisme et les groupuscules néo-nazis américains qui se développent après la fin de l’utopie des sixties, annonçant une décennie beaucoup plus brutale symbolisée, à l’écran, par des personnages comme l’Inspecteur Harry, le Justicier dans la ville, etc.

Sans être un incontournable de Koontz, LA PEAU DES HEROS constitue donc une lecture plaisante, divertissante mais également éclairante sur son époque. Vu sa longueur et son rythme élevé, le bouquin se dévore en trois heures, parfait pour un après midi d’été (ou une soirée d’hiver !).

LA PEAU DES HEROS de Dean Koontz

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Polar, #Roman court (novella), #Thriller

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