Publié le 16 Janvier 2022

THINGS HAVE GOTTEN WORSE SINCE THE LAST TIME WE SPOKE d'Eric LaRocca

Eric LaRocca est un auteur spécialisé dans l’extrême horreur et le porno avec une forte dominance gay. Ce récit est entièrement construit à partir de la correspondance entretenue en ligne par deux jeunes femmes, Zoe et Agnes, réunies suite à une banale vente sur Internet. Le prologue nous apprend pourtant que le Henley’s Edge Police Departement a collecté ces informations, certaines ayant été gommées pour ne pas interférer avec l’enquête. Cette introduction (fictionnelle) et le titre choisi annoncent immédiatement que la relation amicale puis amoureuse entre les deux demoiselles va prendre un tour tragique. Agnès désire vendre, pour environ 250 dollars, un éplucheur antique ayant appartenu à sa grand-mère et utilisé par le compositeur Charles Ives. Cette description attire Zoe qui se propose de l’offrir à son grand-père, un fan d’Ives. Après une série d’échanges innocents, la relation cordiale se transforme en amitié puis en attirance. Zoe suggère ainsi à Agnès d’assumer davantage sa féminité, par exemple en portant une robe rouge provocante au bureau. Rapidement, Agnès accepte les demandes de sa correspondance et « signe » un contrat instaurant entre elles une relation teintée de sadomasochisme. Sans jamais se voir, les deux femmes sont entrainées dans une spirale de perversions et Agnès devient la « chose » de Zoé. Jusqu’au final cradingue proche du David Cronenberg des débuts, au cours duquel Agnes s’intoxique volontairement pour porter un ténia qui la martyrise, substitut au bébé que Zoé ne peut lui donner.

Ramassé sur 102 pages, ce court roman se lit très vite, la forme « épistolaire » moderne en rend d’ailleurs la construction rythmée et addictive. Une plongée sans doute trop brève (l’acceptation du contrat par Agnès semble peu crédible après si peu de temps) mais indéniablement efficace dans les tourments de deux psychés sacrément perturbées. L’ensemble fonctionne bien, l’auteur parvenant à maintenir l’intérêt malgré une intrigue minimale et une fin attendue. Car si « tout a empiré depuis la dernière fois qu’on s’est parlé » la seule issue ne peut-être qu’une mort sanglante et brutale pour la principale protagoniste. Sans verser dans l’extrémisme de certains romans courts de « splatterpunk », le bouquin reste perturbant et malsain. Fragiles s’abstenir !

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Horreur, #Roman court (novella), #Thriller, #LGBT, #Splatterpunk

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Publié le 13 Janvier 2022

SHERLOCK HOLMES ET LES MONSTRUOSITES DU MISKATONIC de James Lovegrove

Etonnamment, alors que l’engouement pour Cthulhu n’a jamais été aussi prononcé et que nous mangeons du Sherlock a toutes les sauces depuis plusieurs années, rares sont les auteurs à avoir fusionné ces deux univers. On se souvient de l’excellent nouvelle « Une étude en émeraude » de Neil Gaiman mais peu d’autres si étaient risqués. La rationalité du limier de Baker Street se marie, en apparence, assez mal avec une horreur cosmique qu’on imagine davantage du ressort d’Harry Dickson. Néanmoins, ce deuxième volet d’une trilogie confrontant Holmes et les Grands Anciens se révèle convaincante, respectueuse et bien menée.

Au printemps 1895, Sherlock Holmes et John Watson sont fatigués. Quinze ans de combats contre les Grands Anciens ont laissé des traces : le premier a vieilli prématurément, le second a perdu son épouse. Ils acceptent cependant de traiter le cas d’un homme, amnésique et mutilé, hébergé à l’asile de Bedlam. Il est le seul survivant d’une expédition partie à l’aventure dans l’espoir de capturer un légendaire Shoggoth. Mais Holmes et Watson vont découvrir que les apparences sont parfois trompeuses…

Le roman débute à la manière de Conan Doyle avec une enquête menée par Holmes, toujours aidé de Watson. Ce-dernier prend des notes « pour plus tard » quoique l’équivalent littéraire de Sherlock soit mort, tué avec Moriarty lors du « dernier problème ». Le bon docteur a donc renoncé aux aventures, pourtant lucratives, de sa version « édulcorée » de Holmes, lequel affronte – dans les livres - des criminels ordinaires et non les entités surnaturelles combattues par le « véritable » détective. On le voit, nous sommes en plein pastiche et l’auteur ne se prive pas de quelques clins d’œil comme la présence d’un certain Joshi, bien connu des lecteurs lovecraftiens, ici personnifié en gardien de l’asile Bedlam. Les références et clins d’œil « canoniques » s’avèrent eux aussi nombreux, Watson se démenant pour transformer les rencontres surnaturels en crimes de tous les jours.

La seconde moitié du bouquin tient davantage de Lovecraft et constitue le récit d’une expédition partie à la chasse au Shoggoth. Forcément, puisqu’un des membres de la dite expédition se nomme Whateley, la situation se dégrade rapidement et des expériences pas très catholique de transferts d’identité se produisent à bord du navire.

Dans les derniers chapitres, les deux mythologises se rassemblent : Moriarty, Holmes, les Grands Anciens, les rituels, les possédés,…James Lovegrove connait sa matière et maintient l’intérêt même si le roman se montre plutôt linéaire et, en particuliers durant la partie consacrée à l’expédition scientifique, prévisible. Les connaisseurs de Lovecraft seront donc rarement surpris mais ce n’est qu’un défaut mineur car le roman, bien mené et rythmé, parvient néanmoins a maintenir l’intérêt et le lecteur passe un bon moment. De la bonne littérature d’évasion policière et fantastique.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Aventures, #Fantastique, #Lovecraft, #Policier, #Sherlock Holmes

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Publié le 11 Janvier 2022

A LA POINTE DE L'EPEE d'Ellen Kushner

Catalogué dans la « Fantasy », ce roman s’ancre surtout dans le domaine du « cape et épée ». Si le cadre relève de l’imaginaire, il pourrait en effet se situer dans une quelconque nation européenne existante. Richard Saint-Vière, un célèbre épéiste, gagne sa vie comme mercenaire : il vend ses talents au plus offrant et se charge de tuer ses adversaires en duel. Cependant, dans cette époque troublée où les intrigues se multiplient entre factions rivales, Richard aura fort affaire pour rester vivant et protéger son compagnon, l’étudiant fauché Alec, toujours prompt à s’attirer des ennuis.

Entre romance (gay), mélodrame, cape et épée, aventure et une touche de fantasy, A LA POINTE DE L’EPEE semble prometteur et les critiques se montrent, dans l’ensemble dithyrambique. Et, en effet, le début captive par une écriture talentueuse, accrocheuse, précise et ciselée. Hélas, il y a un « mais » : le roman, malheureusement, n’est pas exempt de défauts. Or, les critiques laudatives reçues donnent au lecteur des attentes très élevées. Trop sans doute. Car, en premier lieu, l’ensemble parait bien longuet. L’intrigue, minimale, se perd ainsi dans des circonvolutions « politiques » avec des rivalités entre nobles rivaux qui occupent une (trop) large portion des conséquentes 400 pages du bouquin. La relation entre les deux principaux protagonistes est heureusement réussie, vivante et crédible, ce qui permet de maintenir un minimum d’intérêt. Mais le cadre est beaucoup moins intéressant. On apprécie donc la romance développée entre ce maitre d’épée légendaire et ce petit jeune impulsif qui semble attirer les ennuis par son comportement puéril.

Hélas, ça ne suffit pas à passionner sur la (trop longue) distance. Pourquoi d’ailleurs ce choix d’un cadre « fantasy » qui, au final, n’apporte rien ? Quel intérêt à situer son intrigue dans un monde imaginaire si ce-dernier sert simplement de décor sans jamais être réellement exploré. D’ailleurs, A LA POINTE DE L’EPEE ne relève pas de la Fantasy a proprement parlé, le lecteur n’y retrouvant aucune des conventions habituelles. Le roman prend simplement place dans une période post-Moyenâgeuse alternative, une Renaissance différente où s’appliquent des règles complexes d’affrontements organisés sous forme de duels entre champions de l’épée. Mais l’autrice n’approfondit guère cet univers et ne livre que des informations éparses sur le fonctionnement de ces combats. Pourquoi, alors, n’avoir pas opté pour le roman historique pur et dur ? Au moins le lecteur aurait appris sa leçon de manière ludique, à la manière de l’excellent film de Ridley Scott « Les duellistes ».

Apparemment la mention « livre d’Histoire » effraie tandis que l’étiquette Fantasy attire. Ce ne serait pas dramatique si A LA POINTE DE L’EPEE ne manquait cruellement de palpitant. Bref, en dépit de quelques (indéniables) qualité comme la relation entre les deux héros et l’écriture soignée, ce roman (trop) attendu déçoit.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Aventures, #Fantasy, #Historique, #LGBT

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Publié le 9 Janvier 2022

BABY TRAP de Patrice Herr Sang

Troisième livraison pour Karnage, la collection qui succède à Gore, Maniac et Trash auprès des amateurs d’horreur pulp extrême. Patrice Herr Sang, alias Patrice Lamare, est une figure bien connue du milieu bis, rock et punk avec sa librairie parisienne Hors Circuit. Au milieu des années ’80, il livre pour la collection Gore un premier bouquin, LA GALERIE DES HORREURS, hommage au Grand Guignol façon Hershell Gordon Lewis. Par la suite il s’attaque aux agressions animales avec LES GRIFFES DE SANG et s’inspire du giallo à la Argento pour SIX CADAVRES DANS UN CERCLE. Guère étonnant de le retrouver au programme de la collection Karnage avec ce roman à l’humour noir prononcé. Après le très brutal SANCTIONS de Talion et le référentiel / porno / gore ACID COP de Zaroff, voici ici une nouvelle manière d’envisager la collection, dans un esprit beaucoup plus ludique. Cela ne veut pas dire, bien sûr, que l’auteur ait renoncé aux scènes sanglantes et choquantes mais, dans l’ensemble, cette rafale de gore se veut plus amusante que scandaleuse. Le thème, cependant, reste sans concession avec ces bébés exécutés sans pitié. Des parents à bout ? L’enquête est confiée à un policier dur à cuir typique qui remonte la piste. Comme toujours, le tout est emballé en 160 pages bien serrées qui ne trainent pas en route mais offrent, à intervalles réguliers, un passage bien saignant.

BABY TRAP propose donc une intrigue solide, un côté déjanté par sa thématique originale, un peu de sexe et pas mal de violence, le tout saupoudré d’une large rasade d’humour noir. Cela se lit vite, sans ennui et avec le sourire (sans provoquer de hauts le cœur !). Bref, du bon Karnage qui pourrait ouvrir la collection à un public plus large et moins jusqu’au-boutiste que les deux premiers volumes. On appréciera cette troisième livraison qui démontre l’ouverture des titres proposés en attendant le suivant, plus axé science-fiction : COSMOS CANNIBALE.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Gore, #Horreur, #Humour, #Roman de gare

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Publié le 7 Janvier 2022

MOON KNIGHT EPIC COLLECTION : BAD MOON RISING

Moon Knight, ou le Chevalier de la Lune pour les francophones, est un personnage secondaire assez intéressant de la Maison des Idées. Sorte d’imitation du Batman de la Distinguée Concurrence, il apparait pour la première fois en 1975 dans le rôle d’un chasseur de loup-garou confronté au Werewolf By Night. De son vrai nom Marc Spector, ce milliardaire se voit doté d’une armure et de nombreux gadgets afin de capturer le lycanthrope. De plus, ses capacités athlétiques et ses dons dans les arts martiaux en font un redoutable mercenaire également expert dans le maniement des armes. Certains auteurs suggèrent également qu’il possède une force surhumaine qui évolue selon les phases de la lune suite à une morsure du Werewolf By Night. Mais tout ça n’est pas très clair : au fil de ses aventures, ses origines et ses pouvoirs ont changés à plusieurs reprises. Marc Spector adopte également divers alias, ce qui sera par la suite assimilé à un trouble dissociatif de la personnalité, il faut dire que sa manière de changer d’apparence à tout bout de champs peut déstabiliser. Bref, Marc Spector n’a pas l’air complètement serein dans sa tête mais compense par une vie de luxe. Là encore, toutes ressemblances avec un certain Dark Knight est surement fortuite.

Ce premier recueil, épais de 505 pages (485 pages de comics plus une vingtaine de dessins bonus), rassemble donc ses exploits accomplis entre 1975 et 1981. A ses débuts, Moon Knight agit en « guest star » et ce volume reprend ses apparitions dans « Werewolf by Night », « Marvel Spotlight », « Marvel Two-In-One », « Peter Parker the Spectacular Spiderman », « Defenders » et « Hulk Magazine ». Nous avons droit également aux quatre premiers volets de sa propre revue, « Moon Knight ».

Ses origines, dans « Werewolf by Night », sont plaisantes mais la suite alterne le bon et le moins bon. Ses premières aventures possèdent toutefois un côté pulp et rétro appréciables avec ce méchant mégalo, Conquer Lord, qui dispose d’une maison piégée : chausse-trappes emplies d’alligators et échiquiers géants aux cases explosives. Du pur roman de gare façon BD ! La saga des Defenders associés à Nick Fury et opposés à Scorpio et à ses sbires du Zodiaque fonctionne de belle manière mais Moon Knight n’y effectue que de la figuration. Même constat pour les épisodes qui unissent Spider-Man et notre Chevalier contre les criminels de la Maggia. La suite donne davantage dans le polar et combine des intrigues typiques des récits de détection avec de l’action bien ficelée. Marc Spector se montre alors mieux défini et les personnages secondaires bénéficient de plus d’épaisseur, du majordome Frenchie (un peu trop décalqué sur Alfred) en passant par Marlène, laquelle passe cependant la majorité des récits à attendre son homme en barbotant à poil dans une piscine. Les histoires les plus réussies convoquent le frère de Marc, un psychopathe armé d’une hache qui s’en prend à diverses infirmières et finit par envoyer Marlène à l’hôpital.

Un premier tome très inégal, tant au niveau des scénarios que des dessins et même de l’implication du héros, lequel ne fait parfois que de la figuration, mais, dans l’ensemble, une lecture agréable qui permet de mieux connaitre un personnage souvent sous-exploité.  

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Comic Book, #Marvel Comics, #Superhéros

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Publié le 4 Janvier 2022

QUI A TUE SON EDITEUR? de Josh Lanyon

Après la chick-lit, voici une nouvelle niche littéraire, le cosy mystery gay humoristique. Les patronymes des héros appuient immédiatement la référence et le titre annonce la couleur : le monde de l’édition va en prendre pour son grade. Christopher « Kit » Holmes anime depuis seize ans les aventures de la détective Miss Butterwith, une vieille fille accompagnée de son chat Pinkerton. Hélas, les ventes s’effritent. Holmes accepte donc de participer à une réunion d’auteurs et réfléchit, sur les conseils de son agent, Rachel, à de nouvelles possibilités pour relancer ses ventes déclinantes. Par exemple un bouquin mêlant polar et démons aux temps de la Régence. A la convention des écrivains, Holmes retrouve un de ses ex, le toujours séduisant et arrogant Moriarity. Mais il tombe également sur un cadavre de femme manifestement assassinée. Lorsqu’une tempête isole la propriété, Holmes se dit qu’il est le mieux placé pour enquêter.

QUI A TUE SON EDITEUR ? débute de manière rapide, avec une succession de scènes amusantes, des répliques qui fusent façon Boulevard, et des considérations plutôt drôles sur les modes qui, dans l’édition comme ailleurs, vont et viennent. Les relations entre Holmes et Moriarity (notez le « i » supplémentaire) donnent la saveur particulière du bouquin, entre attirance, vacheries et coup de b… vite fait bien fait. Le mélange d’humour caustique (mais sans excès) et de romance fonctionne donc plaisamment, les deux personnages, quoique stéréotypés, étant agréables à suivre, en particulier ce flamboyant Holmes qui se réfère à sa détective façon Miss Marple. Les références littéraires et cinématographiques sont donc nombreuses et animent une intrigue par contre un peu faible. L’enquête tourne vite en rond en dépit d’un inévitable deuxième meurtre (comme on le sait avec le whodunit, une fois que l’on a commencé à tuer il est difficile de s’arrêter pour couvrir ses arrières) et l’identité du coupable parait à la fois évidente et sortie d’un chapeau. Au lieu d’interrogatoires rigoureux et de déductions complexes, l’autrice joue surtout la carte du babillage avant la réunion finale des suspects et la désignation de l’assassin par le héros. Pour les amateurs, trois scènes érotiques ponctuent le récit mais sans que cet aspect ne soit envahissant. Une première partie plaisante et une seconde trop banal, linéaire et bavarde aboutit, au final, à un roman potable mais quelque peu décevant.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Policier, #Whodunit, #LGBT, #Humour

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Publié le 1 Janvier 2022

OSS 117 EN CONFLIT A BALI de Josette Bruce

Ecrit en 1974, cette énième aventure d’Hubert débute donc Indonésie et propose, dans son premier tiers, un descriptif touristique des quartiers chauds de Djakarta. A la façon du « guide du routard », Josette Bruce nous balade du côté des prostituées, des travestis, des mafieux, des petites frappes, etc. La romancière explique les habitudes culinaires des Indonésiens, propose une promenade touristique dans les lieux réputés et se plie aux conventions du dépaysement à l’ancienne, avant la démocratisation des voyages aériens, lorsque le lecteur devait recourir à ce genre de petit bouquin pour s’offrir sa dose d’exotisme. Puis, l’autrice nous fait rencontrer d’anciens déserteurs de l’armée US qui vivotent sous les tropiques. Tout un côté pittoresque et colonial de bon aloi. Enfin, le récit d’espionnage proprement dit débute et se conforme aux conventions attendues : trahisons, jolies filles, coups de poings et fusillades,… Rien de neuf pour l’infatigable OSS 117.

Difficile dans dire davantage ou de détailler ce roman très conventionnel. Josette Bruce reprend les recettes établies par son défunt mari (Jean Bruce) au fil de dizaines de bouquins quasiment interchangeables mais souvent plaisants. Hubert Bonisseur de la Bath parcourt le monde, chaque pays étant exploré de manière rapide au gré d’histoires très classiques. Les titres, avec leur jeu de mot un peu facile, et les couvertures, avec une demoiselle dénudée, annoncent immédiatement la couleur, nous sommes dans la littérature de gare. Pour le pire mais aussi le meilleur.

Josette, contrairement à son rival Gérard DeVilliers, n’a sans doute jamais mis les pieds dans les contrées décrites. Les cinéphiles convoqueront dès lors, davantage que les récentes adaptations parodiques avec Jean Dujardin, l’univers du « Magnifique » dans lequel Bebel expédie son héros, « pagayant comme un fauve », d’un coin à l’autre d’une terre parcourue par l’écrivain à coup de cartes et de guides touristiques. Mais qu’importe ! Les OSS 117 restent distrayant et ne cherchent pas à concurrencer les intrigues tarabiscotées et la politique fiction de SAS. Nous sommes ici dans « l’espionnite » basique, proche des longs-métrages fauchés qui, à la fin des sixties, cherchaient à rivaliser avec James Bond, les moyens en moins.

Manichéen, vite fait bien fait (dans les limites de ce genre de roman de gare), riche en action, ponctué d’une louche d’érotisme et d’une pincée de violence sadique, OSS 117 donne au lecteur ce qu’il souhaite : de l’évasion facile. EN CONFLIT A BALI reste fidèle à la formule et n’apporte donc aucune surprise, ni bonne ni mauvaise. Parfois, cela suffit pour passer trois heure de lecture tranquille.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Aventures, #Cinéma, #Espionnage, #Roman de gare

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Publié le 27 Décembre 2021

POUR UNE POIGNEE DE NANARS de Michel Pagel

Les livres sur le nanar se sont multipliés ces dernières années. Pour le meilleur et pour le pire. Le pire c’est bien évidemment l’école Forestier, celle où on se moque de tout, surtout de ce que le peuple aime, pour bien montrer sa supériorité sur ces imbéciles qui regardent « Rocky », « Top Gun » ou « Angélique ». Une école où tous les films « populaires » deviennent des nanars pour permettre à l’auteur de caser ses jeux de mots foireux et de mettre en valeur sa mégalomanie de gardien du bon goût. On peut préférer l’école Nanarland, qui ne lésine certes pas sur les moqueries mais avec davantage de mesure.

Et puis il y a Michel Pagel ! Ce-dernier nous prévient d’entrée qu’il va se moquer gentiment de certains films mais jamais de ceux qui les ont réalisés, souvent avec sincérité et bonne foi. Pagel ne regarde pas de haut son sujet mais rend ses chroniques toujours amusantes. Des critiques rédigées d’ailleurs au tout début du Net, voici une vingtaine d’années, lorsque le nanar n’était pas encore tendance. D’où un amusement certain à lire ces résumés complètement loufoques. L’auteur survole des films anciens ou (relativement) récents avec quelques incontournables comme « Ator l’invincible » (une Heroic Fantasy fauchée mais divertissante de Joe d’Amato), « Witch Academy » de Fred Olen Ray (un réalisateur très cool pour qui le terme nanar semble avoir été inventé), l’antique « Mesa of lost women », l’hallucinant « Blood Freak » ou la version d’Albert Pyum du « Captain America ». Et bien d’autres, à découvrir (ou pas).

Contrairement aux démolisseurs de films qui déblatèrent sur le nanar entre deux productions respectables, Pagel aime sincèrement ces petites bisseries kitsch, fauchées, ringardes mais enthousiastes et, parfois, enthousiasmantes. Aussi mauvais que soient certaines des œuvres répertoriées (aucune n’ayant marqué la grande histoire du cinéma), Pagel donne envie de les voir et de s’amuser à leur vision. Bref de passer un bon moment et de rire avec les films, plutôt que du film lui-même. En ses temps de cinéma formaté où la moindre outrance se voit dénoncée comme une atteinte au bon goût et où la moindre pique humoristique est soumise à l’esprit censeur de soi-disant « éveillés » (qui feraient mieux de retourner dormir), ce genre de productions hors normes fait, finalement, un bien fou.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Cinéma, #Essai

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Publié le 23 Décembre 2021

SUR L'EPAULE DU GRAND DRAGON d'Alain Paris

Alan Paris poursuit sa vaste saga de la Terre Creuse avec ce troisième tome toujours aussi réussi. Nous sommes en l’an 802 du Reich, dans l’attente du retour du Premier (autrement dit Adolf) en messie au terme des milles ans prédits. L’intrigue se complexifie encore : Arno Von Hagen, toujours décidé à se venger, est devenu Seigneur des Runes. Une nouvelle mission lui est confiée : récupérer auprès des agents du Vril des cartes du monde. Il part donc à Nuremberg, poursuivi par la police secrète de la Sainte-Vehme. En effets, cette organisation refuse la thèse officielle concernant la mort de Nepomuk (dans le tome précédent) et interroge, à sa manière brutale, quelques individus. Entre également dans la danse le Stern, groupe résistant secret qui combat le Reich depuis des siècles.

Alan Paris poursuit sa vaste fresque dans une Europe uchronique entre médiéval fantastique et steampunk. La Sainte-Vehme, un mouvement extrémiste tient le monde dans sa main de fer, à la manière de l’Inquisition. La Fraternité des Runes se complait dans la guerre, le Vril se compose de pseudo-scientifiques partagés entre sciences exactes et superstitions. Le roman va à l’essentiel en dépit des manigances de nombreuses forces antagonistes. La priorité reste le divertissement et l’auteur ne se perd pas (heureusement !) dans d’interminables description de son « système ». Au lecteur de combler les manques et de reconstituer l’évolution de cet univers ayant dévié de sa route voici huit siècles. Le romancier évoque brièvement la situation du reste du monde, partagé entre divers « empires » mais l’essentiel demeure les rebondissements, l’action, le souffle de la grande aventure avec un sens de l’épique indéniable. Nous sommes à la croisée de bien des genres « populaires » : aventure donc mais aussi cape et épées, fantasy, uchronie, steampunk, science-fiction,…agrémenté d’une bonne dose de roman feuilleton avec toutes les conventions indispensables (cliffhanger, protagonistes qui entrent et sortent de l’histoire pour croiser la route du héros, retournements de situation, poursuites, duels, bagarres, mystère,…). Le vaste tableau d’Alan Paris prend encore davantage d’ampleur et ne laisse jamais au lecteur le temps de souffler. Un bouquin précis, haletant, qui avance rapidement et ne cherche qu’une chose : offrir trois heures d’évasion sans le moindre ennui. Ce que devrait toujours être la littérature. En des temps encombrés de cycles « fantasy » interminables plus soucieux de décrire un château sur un chapitre (ou de préciser la couleur de la culotte de l’héroïne), la concision d’Alan Paris fait un bien fou. Et une fois le tome 3 terminé on n’a qu’une envie : entamer le suivant !

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Aventures, #Fantasy, #science-fiction, #Uchronie, #steampunk

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Publié le 17 Décembre 2021

100% STARS WARS TOME 9 – LA MORT DE L’ESPOIR de Kieron Gillen & Salvador Larroca

Contient Star Wars (2015) #50-55.

Et voilà la suite du grand arc imagine par Gillen depuis une douzaine de numéros, un épisode qui se veut en quelque sorte la riposte de l’Empire à la destruction de l’Etoile Noire (et donc à « Star Wars IV : Un nouvel espoir). Cette fois, trahi par la reine Trios, les rebelles sont coincés dans leurs vaisseaux, incapables de déployer leurs chasseurs et tirés comme des lapins par les destroyers stellaires menés par Vador. La série de belles victoires rebelles devaient fatalement s’arrêter et ce tome explique comment ils se sont repliés (ce qui devrait logiquement mener les survivants vers une certaine base sur Hoth) tant la flotte est ici littéralement mise en pièces par les vaisseaux impériaux.

Le scénariste se centre sur un Vador surpuissant et dévastateur (à l’image du final de « Rogue One » dont la noirceur sert d’inspiration à cette intrigue) mais met également en valeur Trios. Cette dernière trahit certes la rébellion mais en quelque sorte contrainte et forcée : elle ne souhaite pas infliger à son peuple la destruction vécue par Aldéraan. Evidemment on retrouve quelques facilités (une nouvelle fois les rebelles doivent s’introduire chez l’ennemi pour dérober les codes nécessaires, un ressort dramatique usé qui tourne ici au procédé), un certain manque de caractérisation des personnages secondaires (introduits rapidement et tout aussi vite expédiés pour mettre en valeur leur sacrifice) et une prédominance de l’action au détriment du reste. Malgré tout (et la présence de Larroca au dessin pour une dernière prestation un peu moins catastrophique que d’habitude, autrement dit un peu moins photoshopée par-dessus la jambe) LA MORT DE L’ESPOIR s’impose comme un très bon arc narratif qui rapproche, peu à peu, nos personnage de « L’Empire contre-attaque ». Du space-opéra pur jus riche en action et qui peut certes se résumer à une énorme bataille spatiale mais n’en reste pas moins plaisant.

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