Publié le 27 Septembre 2021

L'HERITAGE GREENWOOD de Jacques Sadoul

Carol Evans, ancienne agent de la CIA, spécialiste des arts martiaux, mise en congé forcé pour « folie homicide », se repose à Los Angeles en cet été des années ’80. Elle y est témoin d’une tentative d’enlèvement sur Amanda Greenwood, riche héritière dont le frère, Baynard, sera ensuite assassiné. Très intéressée par Amanda, Carol va jouer à la détective amatrice pour résoudre l’énigme…

Premier roman du cycle « Carol », L’HERITAGE GREENWOOD fonctionne très plaisamment, avec son intrigue tortueuse et riche en rebondissement, bien ramassée sur un peu plus de 200 pages. Sadoul combine ici le polar « hard boiled » et le whodunit. Dans le premier on tape plus souvent qu’on ne cause et les coups de poings sont plus nombreux que les instants de réflexion. Dans le second l’auteur donne la priorité au puzzle avec suspects, interrogatoires de coupables potentiels et révélations finales. Des conceptions en apparence antinomiques du « policier » mais adroitement mélangée par un Sadoul inspiré qui reprend en quelque sorte le meilleur des deux mondes, retrouvant la verve et l’efficacité des « detective novels » des Grands Anciens à la Chandler ou des bouquins plus récents de Bill Pronzini ou Gregory McDonald.

L’originalité vient également du personnage de Carol elle-même, agent secret aux pulsions meurtrières (« je ne tue pas par plaisir mais je ne peux pas m’en empêcher ») attirée par les femmes, ce qui, dans le polar des années 80, n’était pas si courant. Elle a un côté anti-héros prononcé, n’hésite pas à recourir à des méthodes disons discutables pour avancer dans son enquête, semble parfois prête à disjoncter ou à sombrer dans une psychopathie sanglante. Bref, elle n’est pas un personnage parfait, elle a ses contradictions et ses défauts mais son épaisseur la rend attachante

Le style, pour sa part, se montre net, sans bavures ni fioriture, bref une efficacité au service de l’action et du récit, sans circonvolutions stylistiques ou envolées lyriques, sans commentaires sociétaux comme dans de trop nombreux polars français dit « engagés » (à gauche bien sûr, Carol étant, elle, plutôt à droite). L’auteur avance dans son récit sans se perdre en route, le rythme enlevé étant directement hérité du roman pulp avec ses retournements de situation savamment distillés toutes les 20 ou 30 pages.  

Le cycle de Carol (et cet HERITAGE GREENWOOD) constitue un très bon exemple de polar d’énigme avec, déjà, un léger parfum nostalgique (années 80 oblige). Des enquêtes rondement menées, pleines de péripéties, souvent brutales voire violentes mais sans négliger une ironie bien présente et une touche de second degré salutaire ainsi qu’un côté sexy assumé sans se montrer inutilement démonstratif. De la littérature populaire, dans le meilleur sens du terme, qui ne vise qu’à divertir sans prendre le lecteur pour un idiot. On en redemande !

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Jacques Sadoul, #Polar, #Policier, #Whodunit, #LGBT

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Publié le 26 Septembre 2021

QUETE DU GRAAL: LE TEMPS DE LA MALEDICTION de J.H. Brennan

Retour à Camelot, en proie à une malédiction puisque tout est pourri, rongé, moisi. Bref c’est pas la joie. Le chaos règne, Arthur est aux abonnés absents et Merlin a encore besoin de Pip (autrement dit du lecteur / joueur) pour se sauver les miches.

Dans ce « livre dont vous êtes le héros », le lecteur découvre un background riche et une histoire intéressante et intrigante qui change du sempiternel « dungeon crawler » : il faut, ici, visiter des lieux variés comme Glastonburry, Camelot et le Plan Astral. Néanmoins, si tout cela fonctionne agréablement, les problèmes de la saga « Quête du Graal » restent présents. Le système de combat rudimentaire laisse beaucoup de place à la chance et pourrait se révéler fatal si les dés ne sont pas quasi systématiquement favorables.

Autre problème : le côté « un seul chemin vers la victoire » oblige à de très longues déambulations. Celles dans les souterrains sont lassantes et interminables : « vous voulez tourner à droite ou à gauche ». Le Plan Astral constitue une innovation intéressante mais souffre du même défaut : on peut s’y perdre longuement. De plus, pris dans la continuité de la série (donc avec l’équipement, les armes et les soins précédemment obtenus) ce TEMPS DE LA MALEDICTION peut paraitre simple mais joué en « one shot » (avec seulement Excalibur Jr et l’armure) les opportunités de mourir ne manquent pas.

En dépit de quelques innovations assez fun (un texte à remettre dans le bon ordre, façon puzzle, en décalquant une page et en la découpant, plusieurs messages secret à décoder), l’ensemble peut finir par ennuyer : trop de passages ramènent au même endroit, trop de tours et détours, trop d’impasse et de chausse-trapes.

Et la nécessité de découvrir un paquet d’objets (trop) bien cachés pour espérer terminer l’aventure.

Certains peuvent apprécier ce type d’aventure à rejouer inlassablement mais pour beaucoup la fatigue risque de prendre le pas sur le plaisir. Reste un récit divertissant, saupoudré d’humour et au background intéressant. Il ne faut juste pas espérer terminer le bouquin (ou alors au prix de longues heures et de beaucoup de recommencements)

 

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Publié le 24 Septembre 2021

VERSAILLES OF THE DEAD TOME 2 de Kumiko Suekane

Suite de ce manga uchronique situé dans une France prérévolutionnaire dans laquelle rôde les morts vivants. Le mélange des genres, plus présent que jamais, combine donc fantastique, horreur, histoire, aventures et considérations politiques. En 150 pages, l’autrice balance beaucoup d’idées, peut-être même un peu trop, tant il n’est pas toujours facile de comprendre où elle veut en venir. Les différentes pistes, lancées rapidement, peuvent laisser le lecteur sur sa faim : on suit d’un côté le futur Louis XVI embarqué dans une quête étrange dont on ne comprend pas vraiment la finalité, de l’autre les diverses apparitions de personnages historiques revisités (Napoléon, Jeanne d’Arc) et enfin les magouilles des principaux protagonistes. La Marie-Antoinette (remplacée par son frère dans le précédent volume) reste ici un peu en retrait et le rôle des pierres précieuses qui semblent attirer les zombies s’avère à peine clarifié.

Si l’intrigue principale avance à bon rythme, avec plusieurs scènes d’horreur et d’attaques de morts vivants placées à intervalles réguliers, les véritables raisons des événements décrits demeurent obscures. La suite du récit permettra t’il à la mangaka de retomber sur ses pattes ou continuera-t-elle dans la voie de l’outrance et du délire, avec apparition d’anges et démons en guise de guest-stars ?

D’une lecture rapide et globalement plaisante, servi par des dessins de qualité, ce deuxième tome 2 reste dans la lignée du précédent, les velléités sérieuses et les considérations politico-historiques s’effaçant rapidement au profit d’une sorte de délire bis sans doute inconséquent (nous sommes loin d’un chef d’œuvre ou même d’un incontournable) mais dans l’ensemble agréable et divertissant.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Fantastique, #Horreur, #Historique, #Manga

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Publié le 23 Septembre 2021

MOI, ASIMOV d'Isaac Asimov

 

Une brique ! Plus de 600 pages pour retracer la vie et la carrière du bon docteur, un des titans de la science-fiction. Et pourtant la SF ne constitue qu’une infime partie d’une œuvre immense : romans policiers, nouvelles diverses, vulgarisations scientifiques,…

A sa mort, en 1992, Asimov laisse plus de 400 (!) livres, certaines années fastes le maître en sortant un par mois ! Bref, le bonhomme a des choses à raconter. Cette autobiographie constitue déjà la troisième de l’écrivain, après deux volumes plus classiques et chronologiques. Ici, Asimov se « laisse porter » au gré de ses souvenirs. Au crépuscule de sa vie, il traite de sujets divers : ses amis (beaucoup étant décédés), ses romans, l’importance de FONDATION, le cycle des ROBOTS,…

Certains sujets sont plus « intimes » : la maladie, ses problèmes de santé, sa famille, ses amis disparus, tandis que d’autres traitent de considérations plus générales sur la littérature, les maisons d’édition, les groupes de discussions dont il était membre, l’évolution de la science-fiction ou même ses positions philosophiques, théologiques, scientifiques, etc.

Le personnage apparait éminemment sympathique, très cultivé, sans doute quelque peu conscient de son importance (vaniteux parait approprié même si il a raison de préciser que son nom « fait vendre »), même si un certain humour transparait, tout comme une autodérision assumée qui permet d’accepter ses bouffées égotiques. Le bonhomme semble d’ailleurs quelque peu asocial et sans doute à la limite du spectre l’autisme, la littérature passant clairement avant tout, y compris avant ses proches. Ce qui ne l’empêche pas de participer à des diners « mondains », à des discussions passionnées entre personnes cultivées et à des réunions d’auteurs, Asimov appréciant les récompenses et la reconnaissance.

Scientifique rationaliste, athée et humaniste mais aussi bon vivant jamais avare de mot d’esprit, cultivé, incroyablement intelligent et plein d’humour, Asimov reste un incontournable de la littérature « populaire » du XXème siècle.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Essai, #Autobiographie, #Asimov

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Publié le 21 Septembre 2021

DOC SAVAGE: LA FOSSE AUX MONSTRES de Kenneth Robeson (Ryerson Johnson)

Publié en 1935 aux USA, voici une des innombrables aventures de l’invincible Homme de Bronze, alias Doc Savage, et ses compagnons aussi typés que caricaturaux. Comme toujours, en dépit des talents soi-disant fantastiques, de nos cinq amis, Doc Savage assure lui-même – et seul – quasi toutes les péripéties, parvenant à se tirer de tous les mauvais pas. Il triomphe ainsi des embuches placées sur sa route par son adversaire, cette fois un comte Russe aux intentions malveillantes érigé en seigneur d’une île perdue sur laquelle il exerce son droit de vie et surtout de mort.

Comme tous les DOC SAVAGE, celui-ci avance a bon rythme en dépit de quelques répétitions inévitables d’un bouquin à l’autre (les descriptions de l’Homme de Bronze et de ses alliés, ainsi que leurs capacités hors du commun) et de passages utilisant un comique là aussi de répétition (les disputes de nos héros et les facéties du cochon Habeas Corpus). Précurseur de James Bond, notre invincible héros dispose de tonnes de gadgets dissimulés dans ses vêtements ou sa montre, lesquels lui permettent de se sortir de toutes les péripéties à la manière du serial (l’acide pour faire fondre les menottes qui l’emprisonnent, la lumière aveuglante pour déstabiliser ses adversaires, etc.).

Le méchant, lui aussi, possède des armes bizarres (une bague capable de tuer à distance même si l’explication de son fonctionnement laissera perplexe les plus naïfs) et règne sur son île perdue gardée par des iguanes géants, des crabes agressifs aux pinces meurtrières, des requins redoutables, etc. Sans compter des serviteurs fanatisés et la jungle elle-même truffée de pièges.

Ecrit par Ryerson Johnson sous le pseudo collectif habituel de Kenneth Robeson, ce mélange de thriller, de fantastique, de SF à la Jules Vernes, de clichés d’épouvante à l’ancienne, d’aventures exotiques, d’humour, d’action et de conventions « super héroïques » avant la lettre fonctionne excellement !

De la grande littérature, LA FOSSE AUX MONSTRES n’est pas ! Il s’agit par contre d’un divertissement rondement mené et extrêmement efficace, constamment plaisant, qu’il est difficile de lâcher une fois entamé (d’autant que le livre se lit en 2h30 vu qu’il ne compte que 150 pages). Un très bon exemple de pulp (ou de littérature de gare) réussi et une porte d’entrée évidente dans l’univers déjanté et attrayant de Doc Savage et ses joyeux compagnons.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Aventures, #Fantastique, #Roman de gare, #Superhéros, #science-fiction

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Publié le 20 Septembre 2021

LE CLOCHER DE NOEL ET AUTRES CRIMES IMPOSSIBLES de Roland Lacourbe

Roland Lacourbe s’est fait le spécialiste des récits de meurtres en chambre close et autres crimes impossibles via de nombreuses collections de nouvelles souvent efficaces. Cette nouvelle anthologie ne surprendra donc pas l’amateur, d’autant que la plupart des textes furent précédemment publiés dans d’autres « compilations » de Lacourbe. Heureusement, les récits s’avèrent de bonne tenue et les lire (ou, le plus souvent, les relire) permet de passer un bon moment.

Les nouvelles sont souvent anciennes, notamment « Le suicide de Kiairos » de Frank L. Baum (auteur du fameux MAGICIEN D’OZ) datée de 1897 que l’on peut donc qualifier de classique ou de précurseur du thème. Matthias McDonnel Bodkin propose de son côté une amusante enquête à propos de diamants disparus tandis que la Machine à Penser, le fameux détective de Jacque Futrelle, brille à nouveau avec une histoire de boule de cristal et de voyance fort bien orchestrée. Une des réussites du recueil qui invite à se pencher sur le « best of » que Lacourbe a consacré spécifiquement à Futrelle, écrivain disparu voici plus d’un siècle lors du naufrage du Titanic.

Dans les grands classiques que l’on prend plaisir à lire ou relire « Le problème du pont de Thor » demeure une des rares occasions où Sherlock Holmes s’est trouvé confronté à un crime apparemment impossible. La solution, très ingénieuse dans sa simplicité, ne déçoit pas. Une des meilleurs énigmes concoctées par Conan Doyle. Michel Leblanc, lui aussi, a offert un meurtre impossible dans la tradition du MYSTERE DE LA CHAMBRE JAUNE à son Arsène Lupin confronté à une mort inexplicable dans une cabine de chambre. Pas mauvais mais un peu trop inspiré de Leroux.

De son côté, G.K. Chesterton se sert, une fois de plus, du récit policier pour permettre à son Père Brown de discourir de manière philosophique tout en résolvant un crime dont la victime serait une sorte de vampire. L’Oncle Abner, autre détective de l’âge d’or, débroussaille une énigme insoluble à la solution certes tarabiscotée mais fort ingénieuse. Plaisant.

Autre classique, « l’indice de la feuille de thé », récit quasi archétypal du meurtre impossible déjà publié à maintes reprises. La simplicité de la solution et son élégance en rendent la lecture toujours aussi agréable.

Lacourbe termine par deux nouvelles plus récentes : « du mouron pour les petits poissons » qui témoigne une nouvelle fois de l’imagination débordante de Joseph Commings en proposant le meurtre d’un scaphandrier, poignardé alors qu’il explore, seul, un navire naufragé. Enfin, dans un registre tout aussi imaginatif, Edward D Hoch termine ce recueil avec son fameux docteur Hawthorne, lequel tente de disculper un Bohémien du meurtre du prêtre local, assassiné dans son clocher. L’auteur propose ici une première solution (quelque peu décevante) avant une seconde, plus élaborée, qui s’assortit d’une réflexion sur la justice personnelle.

Au final, une bonne anthologie que l’on conseillera néanmoins plutôt aux lecteurs profanes, la plupart des nouvelles étant bien connues des amateurs, lesquels seront toutefois satisfaits de cette sélection de bonne qualité.

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Publié le 17 Septembre 2021

DEMON SLAVE TOME 2 de Takahiro & Takemura

Deuxième volet pour ce manga d’Urban Fantasy sexy. L’intrigue est à présent bien en place : un Tokyo alternatif dans lequel des jeunes femmes ont acquis des super-pouvoirs en ingérant un fruit bizarre, la « pêche ». Cela permet aux demoiselles de se rassembler en unité de guerrières afin de combattre des démons… Kyôke, cheffe d’un escadron anti-démon, va donc faire de Yuki, un jeune garçon, son esclave pour qu’il l’aide à combattre les forces du mal. En échange, Yuki peut demander à la jeune fille des faveurs et comme, bien sûr (sinon ça ne serait pas drôle), Yuki est un obsédé sexuel complet…

Ce nouveau tome se lit très vite : bien rythmé, on y retrouve le même univers fantasy, cette fois davantage développé avec de nouveaux avancements de l’intrigue qui ouvre l’histoire générale. Les rebondissements sont nombreux et, bien sûr, l’aventure se conclut sur un nouveau cliffhanger efficace. L’auteur admet avoir placé davantage de « fan service » dans ce nouveau volume, autrement dit le lecteur a droit à davantage de filles nues, de postures sexy et de scènes gentiment érotiques. Mais tout cela reste léger et traité dans la bonne humeur, façon comédie de lycée teintée de soumission / domination / SM.

Les scènes d’action, de leur côté, sont nombreuses et énergiques, bien servies par des dessins de bonne qualité, à l’image de ce manga dans son ensemble. Il est clair que nous ne sommes pas devant un chef d’œuvre impérissable mais plutôt face à un divertissement rondement mené et calibré pour les grands ados (et ceux qui le sont restés). De la magie, des démons, des gros monstres, des batailles homériques et des filles joyeusement dévêtues à la moindre occasion…L’assurance d’une bonne lecture détente, sans plus ni moins mais, parfois, cela suffit pour passer un bon moment.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Fantastique, #Fantasy, #Erotique, #Manga

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Publié le 15 Septembre 2021

PORN VALLEY de Laureen Ortiz

Juin 2009. La mort de Michael Jackson occupe tous les médias. Laureen Ortiz, de son côté, se lance dans une enquête au long cours au cœur de la Porn Valley. Car, en Californie, non loin de la Silicon Valley et d’Hollywood se niche le haut lieu de l’industrie du X américain. Les geeks de la Silicon qui s’y sont aventurés y travaillent en effet sur les nouveaux sites web du porno, lesquels attirent des millions de click par jour (rien que PornHub tourne autour des… 800 visites à la seconde !).

De leur côté, les apprenties actrices assurent le turn-over constant des nouveaux « visages » du hard. Car depuis son « âge d’or » des seventies et le premier boom de la vhs, le X a bien changé et les vétérans du métier ont parfois beaucoup de mal à s’adapter aux nouvelles manières du XXIème siècle. Le format long-métrage est à présent globalement abandonné, la scénarisation a disparu et les Traci Lords ou Jenna Jameson ont laissé place à des starlettes interchangeables. Elles sont payées à la prestation (chaque spécialité étant tarifée avec précision) et enchainent des centaines de « scènes » en quelques mois avant de disparaitre dans l’anonymat…et la crainte d’être reconnue après leur reconversion. En dépit des sommes importantes qu’elles ont gagné (environ 1 000 dollars la scène), la plupart repartent aussi pauvres qu’elles étaient arrivées : drogue, contrats filous, vie de luxe, dépistage du sida, etc. Les « frais » nécessaires à cette existence.

Si quelques compagnies de « prestige » subsistent (Vivid, l’empire de Larry Flint, Penthouse,…) la majorité des tournages est aujourd’hui aux mains de MindGeek. Cette société tentaculaire se présente comme des spécialistes du développement web mais héberge la plupart des sites pornos les plus visités. Le bouquin revient aussi sur les côtés « rock & roll » du X avec ces karaokés d’actrices, ces cérémonies fastueuses où les studios se décernent des « oscars », ces innombrables starlettes qui passent entre les bras tatoués des stars à la Marylin Manson ou Tommy Lee. Beaucoup d’anecdotes et quelques touches d’humour, par exemple lorsque Ortiz rappelle que si la plupart des performeuses ont l’âge légal pour tourner des vidéos hard elles n’ont pas celui requis pour boire une bière dans les fêtes organisées par les compagnies !

Adoptant un format à mi-chemin entre le journal de bord et le reportage façon journalisme gonzo (ça tombe bien pour le sujet !), l’autrice propose de nombreuses interviews. Des acteurs, des actrices, des réalisateurs et divers autres personnages plus ou moins impliqués dans cette industrie aux marges de la légalité qui emploie pourtant des dizaines de milliers de personnes. De la pornstar éphémère à la militante pour l’imposition de préservatif en passant par ceux qui se retrouvent sur les tournages pour bosser de 9 à 17 heures le plus « simplement » du monde, Laureen Ortiz dévoile le versant méconnu de la Californie. Cette « zone grise » brasse des sommes absolument démentielles et se voit exposée et explorée sans complaisance (assortie d’un rappel des nombreux suicides survenus dernièrement) mais sans charge excessive non plus.

Comme dans tout bon reportage « gonzo », l’autrice tisse également des points communs entre les « performeuses » et son propre parcours. Au final, elle se sent souvent très proche des interviewées et brosse un portrait pas très reluisant mais instructif de « l’industrie la plus décriée des Etats-Unis ». Un bouquin qui, en dépit de quelques longueurs et passages redondants, se lit agréablement.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Cinéma, #Erotique, #Essai

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Publié le 14 Septembre 2021

LE TEMPS FUT de Ian McDonald

La collection « Une Heure Lumière » nous propose un nouveau court roman fort réussi. Le thème est intrigant : un bouquiniste, Emmett Leigh, entre en possession d’un recueil de poésie intitulé « Le temps fut ». Celui-ci est accompagné d’une lettre d’amour datant de la Seconde Guerre Mondiale écrite par Tom à un certain Ben. Emmett va tenter d’identifier les deux soldats amoureux : il finit par les localiser à différentes périodes de l’Histoire. Aurait-il découvert des voyageurs temporels ?

Bien ficelé, LE TEMPS FUT n’est pas – loin de là – d’une originalité renversante. Le thème du quidam découvrant un « secret » en fouillant des archives s’avère classique, le déroulement également, tout comme les références obligées à la pop culture science-fictionnelle. Expérience militaire délirante (à la « Philadelphia Experiment », fait divers supposé authentique adapté en film dans les 80’s), conspirationnisme et ufologie à la « X-Files »,…Même le dénouement se montre relativement attendu et prévisible, une logique « en boucle » déjà adoptée par des récits antérieurs (par exemple le fameux « Vous les zombies » de Heinlein).

Pourtant, le bouquin fonctionne de belle manière car l’auteur possède une science consommée de l’intrigue avec suffisamment de rythme et de rebondissements pour maintenir l’intérêt du lecteur. Les personnages sont, eux, bien typés, et le mélange de romance gay et de science-fiction, l’alternance entre passages épistolaires et enquête menée par le héros, tout cela est fort réussi. Le roman ne se perd pas en route, l’auteur se limitant à moins de 150 pages, ne livrant donc pas toutes les clés ni toutes les explications mais brossant un tableau général, légèrement incomplet (ou du moins qui laisse dans l’ombre certains événements), afin de captiver le lecteur tout en lui laissant la possibilité de gamberger sur le récit proposé.

Une novella de qualité supplémentaire à l’actif de cette collection incontournable !

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Roman court (novella), #science-fiction, #LGBT

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Publié le 13 Septembre 2021

ACCURSED de Guy N. Smith

Guy N. Smith, spécialiste des agressions animales, s’attaque ici à la malédiction des pharaons. Un vieux prêtre anglais, ayant ramené deux momies d’Egypte, accompagnées par la maléfique amulette de Seth, les réenterre dans la campagne anglaise. Les années passent. Milieu des années ’80, la peur de l’holocauste nucléaire pousse George Brownlow a construire un abri antiatomique. En creusant, George découvre l’amulette et tombe en son pouvoir…

Si ACCURSED traite de momies et de malédictions égyptiennes, le principal focus reste la famille du principal protagoniste et la manière dont ses membres subissent l’influence maléfique de l’artefact exhumé. Les plaies d’Egypte frappent la région et la folie s’empare de ce petit coin tranquille d’Angleterre, l’intrigue rappelant quelque peu LA COULEUR TOMBEE DU CIEL dans sa manière d’envisager la lente progression du surnaturel. Le contexte de la Guerre Froide et l’escalade de la course à l’armement permet pour sa part de varier les événements. Cette période s’impose d’ailleurs comme un background intéressant, la descente dans la folie de la famille au centre du récit s’opérant en parallèle avec la possible apocalypse nucléaire annoncée.

Bref, Guy N. Smith propose ici un roman agréable, qui débute de manière très traditionnelle pour dévier ensuite vers une épouvante plus moderne et davantage psychologique. Moins outrancier que la majorité de ses romans (on se souvient des excès gore de NIGHT OF THE CRABS ou BATS OUT OF HELL), voici une facette plus mesurée du talent de l’auteur a concocter de petits romans bien emballés qui souffrent certes de faiblesses manifestes (le texte trahit parfois la précipitation d’un auteur peu enclin à se relire et surtout pressé de terminer un récit visant l’efficacité maximale) mais démontrant également son art de torcher de petits page-turners horrifiques efficaces. Plaisant.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Fantastique, #Gore, #Horreur

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