Publié le 19 Avril 2019

L'HORREUR DANS LE MUSEE de H.P. Lovecraft et autres auteurs

Ce très intéressant recueil constitue la première partie d’un diptyque consacré aux « révisions » d’Howard Philipps Lovecraft, soit une vingtaine de récits révisés, remaniés, corrigés ou même réécrits complètement par Lovecraft. Un texte de Derlerth et un long (et très instructif) article de Francis Lacassin reviennent d’ailleurs sur ces « collaborations » dans lesquelles HPL est souvent le « nègre littéraire » d’auteurs débutants. Lacassin classe d’ailleurs ces récits, en trois catégories, la première plaçant Lovecraft en « simple » correcteur s’appliquant à polir le style et à améliorer le récit. La seconde transforme Lovecraft en véritable co-auteur généralement non crédité. Enfin, la dernière catégorie s’applique aux textes qui sont quasi entièrement de Lovecraft, celui-ci allant parfois (comme pour « Le tertre » publié dans le deuxième volume, L’HORREUR DANS LE CIMETIERRE) jusqu’à rédiger un court roman à partie d’un simple canevas tenant en un paragraphe !

Ce premier volume, L’HORREUR DANS LE MUSEE, comprend treize nouvelles. Sonia Green, qui fut l’épouse de HPL, a droit à deux histoires : le « Monstre invisible » (également connue sous le titre de « horreur à Martin beach ») et le très court « Quatre heures ». Le premier récit s’intéresse à une créature marine agressive et donc invisible : un texte intéressant qui s’inscrit dans le mythe de Cthulhu. Le second est plus banal.

Elisabeth Neville Berkeley nous offre « En rampant dans le chaos » et « la verte prairie », deux textes d’ambiances élaborés par Lovecraft à partir des idées de la poétesse. Il ne s’agit pas réellement de nouvelles narratives, plutôt de tranches de climat macabres auxquels on peut se montrer sensible…ou pas.

Dévouée secrétaire de Weird Tales, Hazel Head a droit à quatre nouvelles (on en trouve encore deux autres dans le second volume de ces révisions) : « L’homme de pierre », « la mort ailée », « l’horreur dans le musée » et « surgi du fond des siècles ». Le premier conte la vengeance d’un homme, aidé par le Livre d’Eibon, à l’égard de son épouse et de son amant. Mais tel est pris qui croyait prendre dans un récit sympathique très proche des futurs « Tales from the crypt ». Apparemment, l’apport de Lovecraft a surtout consisté à obliger Miss Head à retravailler, sur ses conseils, son texte et à y glisser quelques clins d’œil à sa mythologie. « La mort ailée » constitue une autre histoire de vengeance du même tonneau…Mais étirée sur plus de trente pages elle parait bien trop longue pour un récit dont on devine la fin dès les premières lignes. « L’horreur dans le musée » constitue une grosse pièce plutôt convaincante sur la thématique classique du défi lancé à un sceptique de passer une nuit entière dans un musée renfermant de monstrueuses collections. Cependant, le récit parait là encore tiré en longueur (40 pages !) et aurait mérité diverses coupes pour rendre plus effective sa chute, attendue mais adroitement amenée. Cela reste plaisant. On peut en dire autant de « Surgi du fond des siècles », longue nouvelle découpée en cinq chapitres (le troisième parait rébarbatif et inutile) au sujet d’une momie vivante. En dépit de ses défauts, ce texte se montre cependant efficace. Il connut d’ailleurs les honneurs d’une transposition à l’écran dans le cadre de la série télévisée « Night Gallery ».

Clifford M. Jr Eddy bénéficie, lui, de trois nouvelles : « le nécrophile », « sourd, muet et aveugle » et « le mangeur de spectres ». La première est la plus efficace et la plus originale, la deuxième s’avère trop classique pour passionner, la troisième est potable sans être renversante. Mais leur longueur (une douzaine de pages chacune) est adéquate et leur lecture agréable.

Enfin, Robert Barlow propose le très descriptif « Jusqu’à ce que toutes les mers… », pas franchement passionnant, et William Lumley un efficace mais très classique dans son déroulement  « journal d’Alonso Typer ».

Au final, ce recueil alterne le bon et le sympathique, rien de vraiment mauvais mais rien d’exceptionnel non plus, aucune nouvelle ne tutoie l’excellence de « La couleur tombée du ciel » ou de « Celui qui chuchotait dans les ténèbres ». Pour les inconditionnels de Lovecraft il s’agit toutefois d’une  lecture instructive et donc conseillée.

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Publié le 16 Avril 2019

RETOUR SUR TITAN de Stephen Baxter

Ce roman court (cela change des récents pavés de l’auteur) s’inscrit évidemment dans le courant hard-science en suivant une expédition lancée vers Titan. A bord du vaisseau d’exploration Bernard-l’ermite, en route vers le satellite de Saturne, se trouve Jovik Emry, spécialiste de la sentience. Son rôle consiste à empêcher l’exploration des mondes abritant la vie. De son côté, le capitaine du Bernard-l’ermite, Michael Poole, désire explorer Titan et tirer parti de ses richesses. Il a donc besoin de l’aval de Jovik, chargé de confirmer l’absence de sentience. L’idée de Poole est, en effet, de rentabiliser un trou de vers proche de Saturne qui permettrait de visiter la galaxie. Mais l’exploration de Titan va réserver bien des surprises à l’équipage.

Se déroulant en 3685, soit juste avant SINGULARITE, RETOUR SUR TITAN appartient au vaste cycle des Xeelee mais peut sans difficulté se lire de manière indépendante. A noter également qu’en dépit d’un titre français un rien trompeur il ne s’agit aucunement d’une suite à l’épais TITAN du même auteur. Avec RETOUR SUR TITAN nous retrouvons un Baxter classique, qui ne brille guère par son intrigue (il s’agit, ici, d’une « simple » exploration spatiale, quelque part entre les récits de monde inconnu et le « catastrophe ») ni par des personnages très fouillés ou attachants. Par contre, comme toujours, l’écrivain prend son temps pour les descriptions complexes, les environnements dépaysant, les notations scientifiques rigoureuses. Il s’agit de hard science pure et dure, certes abordable, mais cependant exigeante. Autrement dit, le roman demande un petit bagage science-fictionnelle, une certaine familiarité avec les concepts coutumiers du genre, quelques connaissances en astronomie, en chimie, en biologie et une attention soutenue. Heureusement tout cela est plus facile sur 160 pages que sur 600 et RETOUR SUR TITAN demeure, par conséquent, très digeste et intéressant avec un minimum de bonne volonté. Si certains éléments restent nébuleux (voire, pourquoi pas, peu compréhensibles), RETOUR SUR TITAN possède suffisamment d’attraits pour maintenir l’attention,  notamment par son utilisation certes un brin mécanique mais cependant appréciable du sense of wonder.

Au final, une très honnête novella et un bon moyen d’aborder cet auteur phare de la science-fiction exigeante sans plonger dans ses romans les plus longs et les plus ardus.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Hard Science, #Roman court (novella), #science-fiction

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Publié le 14 Avril 2019

UN COUP DE TONNERRE ET AUTRES RECITS SUR LE TEMPS de Ray Bradbury, Octave Beliard et Poul Anderson

Voici un petit recueil facile à lire destiné aux plus jeunes mais également à ceux qui désirent parfaire leurs connaissances de la science-fiction. Trois nouvelles, quelques articles annexes, 150 pages de pur plaisir puisqu’on y trouve deux récits aujourd’hui considérés comme des chefs d’œuvres absolus de la SF. Que demandez de plus ?

Classique du récit de voyage dans le temps et d’Histoire alternée, « Un coup de tonnerre » illustre la fameuse théorie voulant que le battement d’aile d’un papillon puisse déclencher un ouragan. Sauf qu’ici le papillon en question a été écrasé par un voyageur temporel imprudent et les conséquences ne se feront sentir que plusieurs millions d’années plus tard.

« Un passé merveilleux » constitue une véritable curiosité, sorte d’hommage explicite à LA MACHINE A EXPLORER LE TEMPS écrit en 1909 par le Français Octave Beliard et précédemment publié sous le titre des « Aventures d’un voyageur qui explora le temps ». C’est une plaisante nouvelle d’une trentaine de pages, encore très sympathique à lire plus d’un siècle après sa rédaction en dépit d’une chute qui semble à présent convenue. N’empêche, à l’époque, elle devait produire son petit effet et reste suffisamment bien amenée et maitrisée pour fonctionner.

« La patrouille du temps » termine ce petit recueil de 150 pages. C’est évidemment un immense classique, publié et republié maintes et maintes fois dont, dernièrement, dans deux copieux Omnibus qui, en deux tomes, compilent tous les récits (romans et nouvelles) de Poul Anderson consacrés à ces gardiens temporels. La longue nouvelle incluse ici nous montre la première apparition de cette patrouille du temps chargée de veiller à ce que l’Histoire reste sur ses rails. Un thème à présent éculé mais Anderson fut un des premiers à en codifier tous les aspects et à en explorer tous les paradoxes. Notons d’ailleurs qu’Anderson s’oppose à Bradbury (du moins sur le papier) : là où le second défend la thèse du battement d’aile du papillon pouvant infléchir le continuum, le premier professe la relative malléabilité du temps : supprimer une seule personne, y compris un homme politique, ne provoquerait pas de grands remous temporels puisque le continuum rétablirait de lui-même l’équilibre. Néanmoins il est parfois nécessaire d’agir pour éviter des changements trop importants ou imprévus et c’est là qu’apparait la fameuse patrouille. Un récit aujourd’hui très classique (de Bob Morane à « Timecop » en passant par des séries comme « Au cœur du temps », « Continuum » ou « Doctor Who » le sujet a souvent resservi) mais toujours très plaisant et plein de rebondissements.

Ce petit recueil agréable et équilibré (les trois textes sont réussis et adoptent un point de vue différent sur les possibles manipulations temporelles) se complète d’une série de courts articles sur le sujet. Recommandé !

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Publié le 12 Avril 2019

PUZZLE POUR FOUS de Patrick Quentin

Sous le pseudonyme de Patrick Quentin se cachaient deux romanciers, Richard Wilson Webb (1901 - 1965) et Hugh Wheeler  (1912 -1987) qui écrivirent de nombreux policiers dont une fameuse série de « puzzles ». Le premier d’entre eux, PUZZLE POUR FOUS, débute de manière originale puisque le héros, Peter Duluth, se retrouve dans un hôpital psychiatrique pour y soigner son alcoolisme. Peter y rencontre divers protagonistes (des médecins, des patients, des infirmières et même sa future épouse puisqu’il s’agit du premier volume d’une longue série de romans policiers) avant de se confronter au meurtre particulièrement sadique d’un membre du personnel retrouvé mort dans une camisole de force. Peter, qui soupçonnait depuis quelques temps que quelque chose ne tournait pas rond dans cet asile, va mener l’enquête pour découvrir le coupable.

PUZZLE POUR FOUS prend son temps pour établir son ambiance, poser son mystère et présenter ses protagonistes. Le cadre, original voire inusité dans le domaine du whodunit, retient immédiatement l’attention et permet d’avancer dans la lecture jusqu’au premier meurtre qui survient classiquement au tiers du récit. Bien sûr, d’autres événements étranges se déroulent (quoi de plus étonnant dans un asile ?) et les responsables tentent de minimiser la situation, affirmant par exemple que le crime constitue, en réalité, un regrettable accident. Cette théorie s’écroule lorsqu’un autre patient est découvert poignardé durant la projection d’un documentaire animalier. Cette fois, c’est évident, au milieu des fous rode un assassin…

Le roman, écrit en plein âge d’or du récit de détection, se distingue par un lieu et un enquêteur inhabituel puisque le principal protagoniste, un homme de théâtre respecté, est placé dans un asile pour soigner son alcoolisme consécutif à la mort de son épouse. PUZZLE POUR FOUS mise donc essentiellement sur un climat d’étrangeté pour convaincre le lecteur : l’intrigue en elle-même n’est pas des plus élaborée et s’avère fort classique dans son déroulement (suspects nombreux, testament égaré, phénomènes bizarres, second crime qui relance le récit, réunion des suspects, etc.) mais l’originalité du détective amateur rend l’ensemble intéressant. D’ailleurs celui-ci n’est pas infaillible car, s’il cerne les motivations du tueur et sa manière de procéder, il se trompe complètement sur son identité.

Le bouquin se situe ainsi à la croisée du policier classique, du thriller à suspense et de la romance puisque notre héros trouvera parmi les patientes sa future femme. Comment seront leurs aventures dans un cadre plus traditionnel ? Il faudra lire PUZZLE POUR ACTEURS afin de le découvrir mais cette première enquête s’avère divertissante pour les amateurs de whodunit à l’ancienne agrémenté d’une légère touche d’humour en dépit d’un climat pesant. 

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Golden Age, #Policier, #Whodunit

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Publié le 11 Avril 2019

UNCANNY X FORCE - LA SOLUTION APOCALYPSE

Premier volume des aventures, sous la direction de Rick Remender, de l’équipe de super héros la plus brutale de la Maison des Idées, la X Force. Composée de héros bien radicaux comme Wolverine, Deadpool, Psylocke, Archangel et le nettement moins connu Fantomex, un personnage récent (créé en 2002) pour rendre hommage aux fumetti comme Diabolik ainsi qu’à Fantômas. Nous sommes à l’époque des événements de SCHISME, donc en pleine divergence d’opinion entre le radical Wolverine et le plus modéré Cyclope pour déterminer la position des X-Men face à une hostilité grandissante à l’égard des mutants (refrain connu).

Les intrigues développées sont plutôt complexes, il est nécessaire de posséder un minimum de background Marvel pour apprécier (Panini oblige aucun effort éditorial n’est entrepris pour offrir au lecteur le fameux « point d’entrée idéal ») et, même ainsi, difficile de ne pas se sentir parfois un peu perdu. Les récits mélangent altération temporelle, mondes parallèles, versions cybernétiques des super héros envoyés combattre la X Force, un gamin Apocalypse, etc. Ce n’est pas toujours d’une grande limpidité mais la narration reste effective, les intrigues bien menées, le rythme efficace et l’alternance des « petites histoires » personnelles et des « grands combats » bien dosée avec une menace pas moins que planétaire à contrer.

UNCANNY X FORCE - LA SOLUTION APOCALYPSE

Tout cela se montre donc très plaisant, avec une bonne gestion des différents personnages qui ont chacun droit à une caractérisation efficace : le hargneux Wolverine est toujours le meilleur dans sa partie, Deadpool fait le pitre mais ne lésine pas sur le carnage, Psylocke et Archangel entretiennent une relation conflictuelle et Fantomex garde sa part de mystère.

Bref, UNCANNY X FORCE s’avère globalement enthousiasmant et en outre bien illustré par des dessinateurs effectuant tous un boulot irréprochable. Un très bon volume qui devrait satisfaire les amateurs des mutants.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Aventures, #Comic Book, #Marvel Comics, #Superhéros, #X-Men - Mutants

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Publié le 10 Avril 2019

UNE HISTOIRE DE LA SCIENCE FICTION TOME 5 de Jacques Sadoul

Dès l’introduction, Sadoul rappelle les espoirs déçus de la SF française qui, après une belle embolie avec les collections Fleuve Noir Anticipation et Le Rayon Fantastique, suivies par Ailleurs et demain et les magazines comme Fiction, semble ne plus intéresser le public au début des seventies. Il faut dire que la pseudo SF « écolo-gaucho anti-américaine » était passée par là et qu’excepté les sympathisants communistes (une espèce aujourd’hui heureusement en voie d’extinction), peu de lecteurs voulaient perdre leur temps à lire de telles inepties dans lesquels le message (camarades de tous pays unissez-vous !) passé toujours avant l’accessoire (intrigue, style, originalité,…) .

On débute par une histoire très plaisante et humoristique de Gérard Klein, « Civilisation 2190 » et on poursuit avec un texte « à chute » (un peu attendue) de Julia Verlanger, « Le mal de dieu ».  Michel Demuth avec « L’empereur, le servile et l’enfer » signe une nouvelle efficace également reprises dans LES ANNEES METALLIQUES. « Le bruit meurtrier d’un marteau piqueur » de Curval s’avère lui aussi intéressant, tout comme le très bizarre (et en fait très typique de l’auteur) « Funnyway » de Brussolo. On retrouve le Brussolo de ses débuts, lorsqu’il partait d’une idée visuelle déjantée pour l’exploiter jusqu’à l’absurde. Plaisant (davantage que certains de ses romans qui s’essoufflent sur la longueur).

On poursuit avec des textes efficaces de Dunnyach et Wintrebert, sans oublier le vétéran Michel Jeury qui signe l’excellent « Machine donne ». De son côté, Ayerdhal propose un très plaisant « Scintillements » en hommage à Pierre Bordage, lequel clôt ce recueil avec un « Tyho d’Ecce » écrit spécialement pour l’occasion (mais par la suite repris dans son recueil NOUVELLE VIE TM), un très réussi space opera anti militariste.  

Bref, si le recueil n’aligne pas les classiques comme pouvait le faire les quatre volumes consacrés à la SF américaine et que certaines omissions paraissent difficiles à expliquer (en particulier Andrevon), cette ultime livraison reste une addition indispensable pour les curieux.

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Publié le 8 Avril 2019

LE CHEMIN DE LA FALAISE de Patricia Wentworth

Avec Patricia Wentworth nous sommes assurés d’un bon whodunit en forme de policier « cosy » avec tous les ingrédients indispensables de la recette. Alors, bien sûr, l’originalité n’est pas la principale qualité de cette intrigue qui nous présente une nouvelle famille dysfonctionnelle dans laquelle s’invite le crime. Rachel Treherne vit dans l’angoisse et reçoit des menaces de mort…qui deviennent chaque jour plus précises : un escalier ciré, des chocolats empoisonnés, des vipères sur son lit,… Elle contacte la détective privée Miss Silver et celle-ci débarque incognito dans un véritable panier de crabes. Car tous les membres de la famille de Rachel dépendent de son bon vouloir pour leurs dépenses quotidiennes et la supprimer résoudrait bien des problèmes. Nous avons le jeune homme tenté par le communisme (quelle horreur !), la demoiselle complètement stupide et dépensière, l’artiste raté, le type soumis à son épouse, la domestique louche,…Une belle galerie de suspects donc, tous pouvant en vouloir suffisamment à Rachel pour désirer la supprimer

Typiquement british, délicieusement suranné, les romans mettant en scène Maud Silver (créée deux ans avant sa collègue Miss Marple) possèdent toutes les qualités requises pour un bon moment de détente : des personnages certes clichés mais bien campé, un rythme appréciable (attention, on n’est pas dans du thriller hard boiled non plus), des rebondissements nombreux, une touche d’humour et bien sûr un coupable inattendu dévoilé dans les dernières pages. Bref, du classique, mais fort adroitement cuisiné par une spécialiste du whodunit. Miss Silver effectua d’ailleurs plus de trente enquêtes, de sa première apparition dans (le très moyen) LE MASQUE GRIS en 1928 à sa dernière dans MEURTRE EN SOUS-SOL en 1961, année du décès de Wentworth.

LE CHEMIN DE LA FALAISE constitue la troisième apparition de l’ancienne enseignante reconvertie dans la détection. Ce n’est certes pas un chef d’œuvre du genre mais il offre trois ou quatre heures d’évasion et de divertissement sans prétention dont il serait dommage de se priver  pour les amateurs de romans policier d’antan.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Golden Age, #Policier, #Whodunit, #Patricia Wentworth

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Publié le 5 Avril 2019

LE NOUVEAU MEMORIAL SHERLOCK HOLMES

Jacques Baudou, grand spécialiste de la paralittérature, proposa dans les années 80 quatre anthologies de nouvelles consacrées à Sherlock Holmes. LE NOUVEAU MEMORIAL SHERLOCK HOLMES, la deuxième de cette série, rassemble une dizaine de pastiches. « Celui que Jupiter veut perdre » invite les extraterrestres dans l’univers du limier de Baker Street pour expliquer comment le célèbre journaliste Isadora Persano devint fou devant une boite d’allumettes contenant un étrange vers inconnu des scientifiques. Le cas est évoqué dans le canon (dans « Le problème du pont de Thor ») et, depuis, plusieurs épigones de Conan Doyle on relevé le défi d’expliquer cette incroyable histoire. Celle proposée ici n’est pas très réussie mais la réponse expédiée au courrier des lecteurs de Galaxie à l’époque de sa publication (et reproduite ici) mérite le détour ! Isadora Persano revient dans « Le problème du Pont du sort, entre autres » attribué à PJ Farmer et qui tente d’expliquer comment Mr Phillimore est entré chez lui pour prendre son parapluie avant de disparaitre à jamais. On reste dubitatif.

Raffles, un gentleman cambrioleur proche de Lupin (il fut la principale inspiration pour Maurice Leblanc) et concurrent d’Holmes lui ravit la vedette dans un récit un peu laborieux qui, à nouveau, recourt aux extraterrestres pour expliquer les « trois échecs de Holmes ». Raffles fut d’ailleurs créé par le beau-frère d’Arthur Conan Doyle, Ernest William Hornung et on le retrouve dans « Raffles. L'énigme du bicorne de l'Amiral », où il est mis en échec par le docteur Watson et Conan Doyle lui-même. La nouvelle est plaisante, sans plus.

« L'aventure du ver extraordinaire » de Stuart Palmer, auteur bien connu de roman policier, nous permet de retrouver Isadora Persano (encore !) dans un récit assez alerte et divertissant, plus proche du « canon » que les élucubrations précédentes.

Ellery Queen tente, lui aussi, d’expliquer « La disparition de M. James Phillimore » dans une agréable pièce radiophonique (ici retranscrite) lorsque le fameux limier américain est confronté, au début des années ’40, à la disparition du petit fils de Phillimore. L’astuce utilisée semble évidente mais le tout est alerte, amusant et bien mené. Une réussite pour les infatigables cousins.

Arkadi Boukhov nous convie à assister à « La fin de Sherlock Holmes », le détective n’ayant plus aucun travail à accomplir puisque tous les criminels décident de se rendre d’eux-mêmes à la police. Une parodie jusqu’au boutiste du policier classique qui fonctionne agréablement, tout comme l’histoire d’Arthur Porges consacré à Stately Homes, pastiche évident de qui-vous-savez, héros de dix nouvelles dont seulement deux furent traduites en français.

Les « spéculations » sont des textes entre la nouvelle et l’article qui exposent des théories plus ou moins farfelues. Rex Stout, créateur de Nero Wolfe, imagine dès 1941 (soit trois quarts de siècle avant « Elementary ») que Watson ne peut être qu’une femme et il le prouve par diverses citations du Canon. L.W. Balley dans « L'énigme de l'énigme jamais mentionnée » fait de Sherlock la véritable identité de Jack l’Eventreur tandis que « le plus grand triomphe d'Adrian Mulliner » démontre que Sherlock et Moriarty ne faisaient qu’un. Enfin, « Mycroft Holmes. Un mystère élucidé » s’interroge sur l’identité du discret frère ainé qui était peut-être un ordinateur, une machine, Winston Churchill ou le chef des services secrets (comme Ian Flemming le rappellera via son « M »). Bref, des démonstrations farfelues, parfois amusantes, parfois un peu lourdes, qui intéresseront surtout les incollables du Canon.

Dans l’ensemble, LE NOUVEAU MEMORIAL SHERLOCK HOLMES offre un divertissement correct et rarement ennuyeux mais les nouvelles, certes sympathiques, s’avèrent souvent quelque peu décevantes et partent un peu dans tous les sens. Nous avons des hommages maitrisés, des délires plus ou moins déjantés qui fonctionnent plus ou moins bien, des pastiches, des hypothèses hardies, des clins d’œil (parfois très pointus) à destination des connaisseurs,…Au final le lecteur passe un bon moment mais reste quelque peu sur sa faim en dépit de l’une ou l’autre réussites incontestables. A réserver aux inconditionnels du limier de Baker Street.

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Publié le 3 Avril 2019

FAIRE DES SCIENCES AVEC STAR WARS de Roland Lehoucq

Dans ce petit bouquin érudit, complexe mais globalement abordable, Roland Lehoucq, collaborateur régulier de Bifrost, retrouve le plaisir quelque peu oublié de la vulgarisation scientifique. Autrement dit il aborde des thématiques complexes de manière ludique en prenant pour base un socle commun à tout amateur de science-fiction qui se respecte : l’univers de « Star Wars ».

L’auteur aborde ainsi ce qui relève de la pure imagination, ce qui sera peut-être possible et ce qui restera probablement à jamais un mythe. Tous les grands thèmes de « Star Wars » sont passés au crible de manière scientifique mais avec un ton décontracté et suffisamment d’humour pour rendre tout ça digeste (plus que bien des romans hard science)

Roland Lehoucq s’interroge tout d’abord sur la force : que peut-elle être et comment les Jedi peuvent il la manipuler ?

Ensuite nous passons à l’Etoile Noire et comment déplacer un engin d’une telle taille…d’ailleurs quelle est sa taille et qu’elle peut bien être sa source d’énergie ? Apparemment la seule solution serait de la puiser directement dans un trou noir. Ne reste plus qu’à en trouver un et à parvenir à le « dompter ».

Les sabre-lasers, ces armes si plaisantes à l’œil mais si improbables scientifiquement parlant, sont ensuite décortiquées. A moins d’envisager des sabres au plasma, ce qui est astucieux pour la démonstration et plus plausibles scientifiquement mais pose d’autres problèmes techniques, notamment d’alimentation en énergie.

Tout est-il donc farfelu et improbable ? Non, les petits chasseurs à propulsions ioniques (les fameux Tie) utilisent, eux, une technologie déjà existante (mais rudimentaire).

Se pose ensuite la question des gros vaisseaux capables de dépasser la vitesse de la lumière et, plus généralement, le problème du franchissement de très grande distance dans l’espace.

Pour les vaisseaux terrestres, là aussi, l’ingénieur chargeait de les construire se heurterait à d’énormes difficultés, que ce soit pour construire les dispositifs antigravités permettant de faire léviter le landspeeder ou pour équilibrer la masse énorme des peu maniables quadripodes impériaux AT-AT.

Et les planètes dans tout ça ? Roland Lehoucq s’interroge sur les deux soleils de Tatouine (et ironise sur le fait que les personnages n’ont qu’une seule ombre) et sur l’orbite possible de la planète. Il dissèque aussi la faune de la planète glaciaire Hoth et les énigmatiques boucliers du peuple Gungans (Alerte ! Jar Jar !!) sur Naboo, puis effectue un parallèle entre les anneaux de Geonosis et ceux de Saturne. Il apparait que les anneaux constitués de gros rochers de Geonosis ne peuvent dater que d’un mois ou deux mais, cette fois, la science s’appuie sur les événements pour suggérer que les ingénieurs de l’Etoile Noire ont testé leur turbo laser sur une lune de la planète dont la destruction a créé les fameux anneaux ! CQFD. Kamino la planète océanique et Mustafar la planète volcanique termine ce tour d’horizon des mondes imaginés par George Lucas.

En résumé, un petit livre amusant et bien fichu, agréable et abordable, pour découvrir différentes innovations et théories scientifiques sans se prendre la tête.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Hard Science, #Star Wars, #science-fiction, #Essai, #Cinéma

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Publié le 1 Avril 2019

UNE HISTOIRE DE LA SCIENCE-FICTION, TOME 4 de Jacques Sadoul

Ce tome débute par un état des lieux de la science-fiction dans une époque en mutation, alors qu’elle ploie sous les assauts de la sci-fi (autrement dit la SF commerciale déclinant des licences comme « Star Trek » ou « Star Wars ») et d’une Fantasy facile inspirée par le jeu de rôle. Cependant Sadoul ne passe pas à côté des mouvements alors en vogue comme le cyberpunk et le steampunk. Le pape du cyber, William Gibson, illustre évidemment ce courant avec son classique « Gravé sur chrome » autrefois disponible dans le recueil du même titre. Autre grand auteur du cyberpunk, Bruce Sterling livre un « Maneki Neko » qui lui valut le Locus.

On débute donc avec « Gravé sur chrome » de Gibson qui reste un parfait témoignage du courant cyberpunk avec tous les ingrédients indispensables : affrontements de hacker dans le cyberspace, mur de glace protégeant les corporations des intrusions intempestives et trame générale inspirée par le polar hard boiled mais revisitée dans un cadre anticipatif et dystopique très sombre. Une excellente entrée en matière pour les novices tant « Gravé sur chrome » s’impose en véritable distillat de ce que fut le cyberpunk des années 80.

« Venise engloutie » de Kim Stanley Robinson est, de son côté, un très beau texte de science-fiction réaliste, typique de l’auteur, qui imagine ici les conséquences prévisibles de la montée des eaux et des bouleversements climatiques. L’auteur suit un guide conduisant, dans une Venise engloutie, deux touristes japonais aux allures de modernes pilleurs de tombe. Ce texte, que l’on a déjà pu lire dans l’anthologie UNIVERS 86 ou dans le recueil de Kim Stanley Robinson LA PLANETE SUR LA TABLE, reste un classique de haute volée et se relit toujours avec le même plaisir !

Après un court récit de Stephen Baxter, Connie Willis livre avec « Ado » une satire (de plus en plus plausible) des dérives induites par le politiquement correct, les féministes, les groupes de pression diverses et les tenants de l’écriture inclusive, ramenant une pièce de Shakespeare à une poignée de répliques anodines afin de ne froisser aucune sensibilité. Un texte encore plus crédible et prophétique qu’à l’époque de sa rédaction dans les années ’90. Belle  réussite là encore.

Le texte qui valut le Locus à Sterling était jusqu’ici uniquement disponible dans la revue Galaxie, il est donc intéressant de pouvoir le lire dans ce recueil, d’autant qu’il s’agit d’une belle réussite du cyberpunk. « Maneki neko » combine tous les éléments du genre (ambiance sombre, intrigue polar, influence de l’espionnage, fascination pour le Japon) et les innovations technologiques prophétiques (notamment le Secrétaire Numérique qui anticipe les applications de smartphone) en un ensemble harmonieux et accessible. Car l’anticipation proche du cyberpunk se rapproche chaque jour davantage de notre monde actuel qui, parfois, a même  dépassé les « élucubrations » de ces écrivains des années 80.

Enfin, « le styx coule à l’envers » signait l’entrée en littérature de Dan Simmons : une nouvelle traitant des zombies de manière originale et réussie, un beau coup d’essai !

Sadoul, une fois de plus, a eu le nez creux en sélectionnant quatre auteurs qui ne bénéficiait pas encore de la reconnaissance ultérieure dont ils jouissent aujourd’hui : Kim Stanley Robinson, Stephen Baxter, Connie Willis et Dan Simmons. L’ensemble, de grande qualité, constitue donc un nouveau recueil incontournable à prix dérisoire, comme les trois précédents. Incontournable.

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