Publié le 6 Mars 2019

FUREUR CANNIBALE de Glenn Chandler

Dramaturge, romancier et scénariste écossais, Glenn Chandler (né en 1949) crée au début des années 80 la série télévisée « Taggart » (qui durera près de 30 ans !). On lui doit aussi de nombreuses pièces de théâtre (ou de radio pour la BBC) et un paquet d’ouvrages variés parmi lesquels deux curiosités, de petits romans horrifiques écrits pour l’éditeur spécialisé Hamlyn. Et, avec cette unique publication chez Gore, Chandler frappait fort (on eut d’ailleurs aimé voir traduit son autre bouquin d’horreur) en traitant, de manière relativement sérieuse, du cannibalisme.

FUREUR CANNIBALE (« The Tribe » en VO) se distingue ainsi des autres titres de la collection beaucoup plus porté sur la gaudriole anthropophage (de 2000 MANIAQUES à GRILLADES AU FEU DE BOIS) en optant pour une approche anthropologique du sujet, un peu à la manière des classiques du bis italien comme « Cannibal Ferox » ou « Zombie Holocaust ».

Le roman débute par un massacre horrible : une femme est découverte éviscérée aux côtés d’une fillette à moitié dévorée. Le père, devenu principal suspect, a disparu. Il était étudiant du célèbre professeur Braithwaite, lequel avait conduit une douzaine d’années auparavant une expédition en Papouasie au cours de laquelle il fut, avec cinq étudiants, confronté à d’horribles rituels cannibales. Braithwaite est également en possession de cinq têtes réduites mais vivants à l’influence pernicieuse.

Ecrit de manière convaincante, FUREUR CANNIBALE dépasse son simple statut de « boucherie » quoique l’auteur ne se prive pas d’accumuler les passages vomitifs. Il parvient à lier l’ensemble des scènes choc avec talent, développe une enquête crédible et réussit, en peu de pages, à offrir une réelle caractérisation acceptable des différents protagonistes. L’édition originale comptant seulement 190 pages, on suppose que le bouquin n’eut pas trop à souffrir de sa réduction aux formats de la collection.

Au final, une jolie réussite, captivante, bien ficelée, originale et trouvant le juste équilibre entre une intrigue fantasico-horrifique bien menée et des scènes gore vomitives. Un incontournable de la collection.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Fantastique, #Gore, #Horreur, #Roman de gare

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Publié le 4 Mars 2019

H.P. LOVECRAFT - CONTRE LE MONDE, CONTRE LA VIE de Michel Houellebeck

Dans cet essai court mais dense, Houellebeck donne son avis sur Lovecraft, un des rares créateurs d’un « mythe fondateur » moderne à l’image du SEIGNEUR DES ANNEAUX, de CONAN LE BARBARE ou de STAR WARS. Son analyse est précise, poussée, érudite mais très accessible et l’écrivain décortique l’œuvre de HPL en proposant de nombreux exemples tirés de ses « grands textes » mais aussi de récits plus mineurs, de nouvelles quasi autobiographiques (« lui ») et de sa nombreuse correspondance. Il évoque également les continuateurs du mythe avec une prose très agréable car, quoique l’on puisse penser de Houellebeck, le bougre sait façonner des textes de haute volée à la fois simples et impeccablement structurés. Si il  ne retient qu’une partie de l’œuvre foisonnante du reclus de Providence, Houellebeck reste objectif et explique, notamment, pourquoi le sexe et l’argent, si prisés des écrivains actuels, n’ont pas leur place chez HPL, gentleman d’un autre temps déjà suranné voici un siècle. Il ne cache pas non plus le racisme parfois délirant de Lovecraft ni sa fascination pour Hitler mais apporte des nuances en rappelant le contexte de l’époque, l’influence déterminante de sa désastreuse expérience new-yorkaise sur le vécu d’HPL, sa confrontation à la misère et son inadaptation sociale, ainsi que le côté réactionnaire quasiment naturel pour un Américain puritain du début du XXème siècle. Houellebeck souligne aussi les contradictions d’un personnage à la fois anti-sémique et marié à une Juive qui fut, sans doute, l’unique femme de sa vie. N’étant pas à une contradiction près, le terriblement misanthrope Lovecraft était pourtant d’une incroyable gentillesse envers ses amis et correspondait avec des dizaines de personnes. Une existence marquée par le malheur qui prouve que si HPL a raté sa vie (selon nos conceptions en tout cas) il a réussi son œuvre en obtenant un succès posthume jamais démenti.

Quelque part entre la biographie, l’analyse objective d’une œuvre et l’appréciation personnelle, Houellebeck signe un texte incontournable pour les admirateurs de l’écrivain de Providence devenu au fil du temps l’égal (si ce n’est plus) de Poe.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Fantastique, #Horreur, #Lovecraft, #essai, #Biographie

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Publié le 1 Mars 2019

LE REGARD de Ken Liu

Après l’exceptionnel L’HOMME QUI MIT FIN A L’HISTOIRE, Ken Liu (chouchou des éditions Le Belial) revient dans la formidable collection « Une heure lumière » avec une novella de haute volée mélangeant polar cyberpunk et anticipation.

L’écrivain nous propose ici de découvrir une détective, Ruth Law, « améliorée et augmentée » par diverses technologies illégales qui accroissent ses capacités. Elle porte aussi un « régulateur », un gadget capable de gérer ses émotions et de lui assurer une neutralité complète lors de ses enquêtes. Le seul moyen pour Ruth de surmonter un drame personnel. Le « régulateur » ne peut, normalement, être utilisé qu’un temps limité par jour mais Ruth le laisse fonctionner en permanence afin d’anesthésier totalement ses émotions. Cela va lui être bien utile pour une nouvelle investigation : retrouver le meurtrier d’une prostituée asiatique énuclée par un serial killer mystérieux. Mais cela risque également de la détruire psychologiquement.

Avec cette longue nouvelle (ou court roman) situé à Boston dans un futur proche, Ken Liu s’inscrit dans la tradition des polars science-fictionnelles conjuguant une ambiance de films noirs à l’anticipation cyberpunk. A la manière du classique BLADE RUNNER ou des plus récents CARBONE MODIFIE et QUANTUUM, Ken Liu empreinte aux policiers « hard boiled » d’antan (Chandler, Spillane, etc.) une intrigue complexe (meurtre de prostituées par un tueur en série aux motivations apparaissant peu à peu) et l’infuse dans un univers à la fois futuriste et crédible. Sa principale innovation réside dans ce « régulateur » d’émotions portée par l’enquêtrice, forcément dépressive et marquée par un tragique événement personnel. Une manière d’apporter l’originalité de la SF cyberpunk à un récit sinon classique quoique très efficace.

Si l’auteur n’évite pas certains clichés, il démontre également sa capacité à ficeler une intrigue à la fois intelligente et divertissante auquel on pardonnera, par conséquent, l’une ou l’autre invraisemblance ou facilités. En alternant les points de vue de la détective « augmentée » et ceux du tueur en série, Ken Liu maintient l’intérêt au fil d’un récit enlevé qui, sous couvert d’une enquête classique, pose des questions sur le futur proche de l’humanité et ce fameux transhumanisme si cher aux auteurs cyberpunk.

Beaucoup moins ambitieux que L’HOMME QUI MIT FIN A L’HISTOIRE, ce REGARD n’en demeure pas moins un texte très plaisant qui confirme tout le bien que l’on pense de ce nouveau cador de la science-fiction.

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Publié le 27 Février 2019

CEUX QUI SAURONT de Pierre Bordage

Vétéran de la SF française, Bordage s’essaie ici au genre populaire (mais casse gueule) de l’uchronie, lequel nécessite, pour être réussi, une belle imagination mais également de solides connaissances historiques. Il décrit un monde dystopique dans lequel la Révolution Française a échoué, creusant les inégalités entre les nantis et le reste du peuple. Les premiers possèdent richesses et technologies (un réseau proche d’Internet, les voitures, les avions, etc.) ainsi que l’accès à la connaissance, les autres, surnommés « Cous Noirs » sont des travailleurs privés de l’éducation et qui travaillent pour des sommes dérisoires. Le roman va donc alterner la description de ces deux univers antagonistes en se centrant sur deux adolescents que tout oppose. D’un côté Clara, jeune fille issue de la noblesse et promise à un mariage d’intérêt qui s’ennuie en écoutant son précepteur et rêve de voyages. De l’autre Jean, travailleur manuel suivant des cours dans une école clandestine.

Bordage possède indéniablement du métier et du talent. Il use ici d’une structure classique (alternance entre deux protagonistes qui se rejoindront au final) pour dynamiser un récit intéressant développant une uchronie originale. Bien sûr on peut parfois tiquer sur la complète crédibilité du monde proposé (notamment en ce qui concerne le reste de la planète à peine évoqué quoique le Califat moyen-orientaux ait récemment privé l’Occident de son pétrole) mais l’ensemble tient la route. Bordage énumère les principaux événements de cette histoire alternative dans laquelle une Seconde Restauration ramène la monarchie au pouvoir avant que Jules Ferry ne soit exécuté sous la poigne inflexible de Philippe VII avec la bénédiction du clergé.

Le récit lui-même donne plus volontiers dans le feuilletonnesque et privilégie l’aventure avec sa demoiselle en détresse enlevée à son futur mari, son jeune homme capturé après l’exécution publique de son père, ses guerres de gangs et de territoires, ses tempêtes, ses péripéties nombreuses et variées. Si on devine l’auteur désireux d’offrir une parabole sur la société actuelle et une réflexion politique sur la place de l’instruction il n’en oublie pas, heureusement, de proposer un vrai bon bouquin. On se souviendra, en effet, des laborieux livres de SF francophones engagés (à gauche cela va sans dire) qui tenaient davantage du pamphlet destiné aux réunions des cocos anonymes (espèce heureusement en voie d’extinction si ce n’est disparue) que de réels récits d’anticipations. Un travers dans lequel ne tombe pas un Bordage qui parviendrait presque à nous convaincre des bienfaits de la grande boucherie de 1789. Presque.

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Publié le 25 Février 2019

LE MASQUE DE CTHULHU d'August Derleth d'après H.P. Lovecraft

Moins poétique, moins onirique que Lovecraft, le style de Derleth s’avère plus simple, plus direct, davantage dans l’esprit du « pulp » et ses récits sont également plus classiques, avec une construction traditionnelle terminée par une chute plus ou moins surprenante et horrible. Nous sommes vraiment dans le Weird Tales et les revues similaires, pour le pire et le meilleur (on se reportera d’ailleurs aux excellentes anthologies de Jacques Sadoul sur ces magazines mythiques de l’âge d’or). A vrai dire les histoires de Derleth se ressemblent toutes et il vaut mieux picorer dans les recueils que les lire d’une traite pour éviter l’indigestion. L’idéal est probablement de lire une ou deux nouvelles entre deux romans, en  guise d’aimable récréation. Car on y aligne les mêmes litanies de citations, les mêmes références à des tas de grimoires obscures, les mêmes déités qui cherchent à recouvrir leur pouvoir sur l’humanité. Ces passages se retrouvent, quasiment inchangés, d’une nouvelle à l’autre, donnant l’impression que Derleth tire à la ligne ou cherche à coller à Lovecraft mais sans apporter beaucoup de nouveauté au mythe. Pourtant ces récits s’avèrent dans l’ensemble agréables, ils sont rythmés, plus faciles d’accès que ceux du maître et recourent souvent au dialogue pour faire avancer les intrigues. Bref, « ça se lit bien », sans doute pas avec un enthousiasme excessif mais généralement sans ennui.

La première nouvelle, « Le retour d’Hastur », constitue un des ajouts d’August Derleth à la mythologie lovecraftienne. Précédemment mentionné par Ambrose Bierce, Robert Chambers et HPL lui-même, Hastur se voit défini ici comme le demi-frère et rival de Cthulhu. Ce long récit établit les bases du « révisionnisme » de Derleth, ce-dernier imaginant un panthéon de « dieux » qui s’affrontent pour la suprématie de la Terre. Il unifie ainsi « le mythe » et lui donne davantage de cohérence, notamment en « annexant » des textes provenant d’autres écrivains dans le but louable de lui conférer une portée plus universelle. Dans ses récits, Derleth fait également souvent référence à Lovecraft lui-même (soit nommément soit en parlant d’un « auteur de récits fantastiques »), considéré non pas comme un écrivain de l’imaginaire mais comme un initié ayant, dans ses nouvelles, décrit un monde réel dissimulé aux profanes. Si l’auteur s’oppose au matérialisme athée développé par Lovecraft, « Le retour d’Hastur » reste un récit très réussi et efficace, peut-être un des meilleurs de Derleth. Créature de l’air, Hastur, « celui qui ne peut être nommé », affronte le tentaculaire Cthulhu, monstre aquatique. La rébellion de ces divinités cosmiques a été transposée par la suite dans le christianisme sous la forme du récit de la révolte des anges à l’encontre de Dieu nous apprend également Derleth. Une autre constance de son « révisionnisme », nettement plus marqué par le christianisme.

Les quatre récits suivants (« Les engoulevents de la colline », « quelque chose en bois », « le pacte des Sandwin » et « La maison dans la vallée ») sont similaires : de plaisants récits fantastiques dans lesquels se multiplient les références aux événements évoqués par Lovecraft et les classiques cultes innommables perpétués par les adorateurs de Cthulhu. Relativement prévisibles et souffrant parfois de lenteurs consécutives aux trop nombreuses citations et clins d’œil plaqués sur les récits, ils n’en demeurent pas moins globalement plaisants.

Le dernier récit, « le sceau de R’lyeh » s’avère plus original tout en partant des prémices habituelles : un homme hérite de la maison de son oncle, lequel (refrain archi connu) s’intéresse aux créatures légendaires, possède une vaste bibliothèque « interdite » et se demande ce qui s’est réellement passé à Innsmouth en 1928. La construction se montre efficace et s’achemine vers une conclusion prévisible mais à la logique implacable. On soupçonne le récit d’avoir d’ailleurs grandement influencé l’excellent long-métrage « Dagon » de Stuart Gordon tant sa progression s’avère similaire et ce jusqu’à une conclusion identique.

Au final, Derleth ne démérite pas avec ce recueil qui satisfera les amateurs de Cthulhu. A l’époque certains ont fait la fine bouche mais devant tout ce qui a été publié comme âneries « inspirées par Lovecraft » les hommages respectueux ici rassemblés acquièrent une saveur nostalgique bien réelle.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Fantastique, #Fantasy, #Golden Age, #Horreur, #Lovecraft, #Recueil de nouvelles

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Publié le 22 Février 2019

DAGON de Howard Philip Lovecraft

Comme souvent signalé, DAGON constitue un assemblage de contes disparates, de longueurs variables et d’intérêt divers. Ce sont, pour la plupart, des textes mineurs à réservé aux inconditionnels de l’écrivain. Le recueil commence pourtant très bien par l’évocateur « Dagon » qui nous conduit sur la piste des mythes ancestraux et des anciens dieux. « Herbert West, ré-animateur », lui succède. Il s’agit d’une novella épisodique, constituée de six chapitres, qui conte l’existence d’un étudiant en médecine désireux de ramener les morts à la vie. Ce long récit, que HPL considérait comme « alimentaire » souffre de nombreuses redondances d’un chapitre à l’autre. L’écrivain n’appréciait guère le principe de ces chapitres « à chute » et ne s’intéressait qu’à l’argent que lui procurait cet hommage à Mary Shelley. Néanmoins, le récit parvient à maintenir l’intérêt et reste plaisant quoique l’on se souviendra davantage des adaptations cinématographiques signées Stuart Gordon et Brian Yuzna.

Au niveau des récits adaptés on pointera également le court mais efficace « De l’au-delà » devenu le très réussi et gluant « From Beyond ». Le plaisant « Le clergyman maudit » s’apparente plus à une tranche d’ambiance qu’à une réelle nouvelle à la narration construite mais son pouvoir d’évocation fonctionne. On conseille, là aussi, le sketch avec Jeffrey Combs et Barbara Crampton disponible dans l’anthologie « Pulse Pounders » longtemps considérée comme perdue et miraculeusement retrouvée voici quelques années.  Autre nouvelle intéressante, « Horreur à Red Hook » traite de sacrifice d’enfants et de cultes innommables. Elle fut inspirée par le mal-être de Lovecraft dans ce quartier populaire peuplé d’étrangers.

 

Au rayon des curiosités on pointe « Dans les murailles d’Eryx », rare exemple de pure science-fiction écrite en collaboration avec Kenneth Sterling au sujet de la colonisation de Venus. « Prisonnier des pharaons », pour sa part, a été écrit avec le célèbre magicien Houdini mais ne s’élève pas au-dessus de la curiosité sympathique.

Le reste des textes, disparates, alterne récits très courts, poésies et nouvelles oniriques et descriptives à l’intrigue minimaliste. On peut facilement les considérer comme des fonds de tiroirs ou des ébauches de thèmes traités dans d’autres histoires plus maitrisées. Les admirateurs ou complétistes de l’écrivain seront néanmoins ravis d’y avoir accès (la plupart de ces récits dit « oniriques » furent par la suite rassemblés dans un autre recueil, LES CONTREES DU RÊVE). A noter également, car les publications françaises de Lovecraft furent longtemps une véritable jungle, que huit récits de DAGON se retrouvèrent au sommaire d’un petit « Librio » pas cher sous l’intitulé LES AUTRES DIEUX. Aujourd’hui, les plus fortunés et les plus inconditionnels se tourneront plus volontiers vers l’intégrale (en trois gros volumes) consacrée à Lovecraft mais ces petits recueils (qui connurent moult éditions) gardent leur charme. Quoiqu’il en ce DAGON est loin d’un incontournable de l’écrivain et le lecteur occasionnel ferait bien de n’y picorer que l’un ou l’autre récit ou opter pour les textes les plus célèbres d’HPL sous peine de rester dubitatif.

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Publié le 20 Février 2019

LA MORT DU TEMPS d'Aurélie Wellenstein

Avec ce roman, Aurélie Wellenstein ne perd guère de temps puisqu’elle nous plonge directement au cœur du récit. Nous sommes en compagnie de Callista, une adolescente qui émerge d’un long coma consécutif à un accident de voiture. A son réveil, le monde a changé, quelque chose s’est produit et le temps s’en trouve déréglé. Le lecteur, désorienté, se retrouve ainsi au cœur d’une apocalypse causée par un phénomène inconnu surnommé le « flash ». Cette sorte d’énergie destructrice nait à Paris et s’étend, tel une ondulation dans une mare. Le « flash » avance en ravageant la France, renvoyant à néant tout ce qu’il « touche ». Dès lors que faire si ce n’est avancer pour tenter de mettre la plus grande distance possible avec ce « flash » ? Mais ce n’est pas tout car le temps semble brisé, le continuum s’est fracassé et des portions d’hier voisinent avec notre époque. Des villes se transforment en monuments biscornus où s’entassent différentes époques et des ptérodactyles rodent autour de Notre Dame. Pour aggraver la situation des êtres composites sont arrachés à leur temps comme Roland, ce chevalier moyenâgeux ayant fusionné avec sa monture pour devenir une sorte d’invraisemblable centaure. Au cours de son périple, Callista rencontre également Gascogne, un chasseur devenu mi-homme mi-loup. L’objectif de l’adolescente, avant la désintégration, reste de retrouver Emma, la jeune fille dont elle est amoureuse et avec laquelle elle a fugué voici quelque mois. Une jeune fille à présent paralysée suite à l’accident de voiture qui a laissé Callista dans le coma. Quelle peut donc être leur avenir sous la menace du « flash », que peut devenir cette relation condamnée à brève échéance ? Callista veut pourtant, à tout prix, rejoindre Emma…jusqu’à ce que la fin du monde les sépare.

Entre fantastique horrifique, « young adult », science-fiction et drame, LA MORT DU TEMPS s’impose comme une belle réussite qui tient parfaitement en haleine le lecteur durant trois cents pages. La construction, efficace, s’appuie sur les rencontres, à la façon d’un « road movie » littéraire dans lequel les protagonistes découvrent le monde dévasté par les catastrophes temporelles. Ce contexte donne lieu à des visions dantesques de temps imbriqués et rappelle certaines œuvres de Philip K. Dick (en particulier LE TEMPS DESARTICULE et UBIK) pour cette exploration « d’un univers à l’envers ». Mais la grande réussite d’Aurélie Wellenstein consiste à s’appuyer sur des personnages crédibles et attachant, en particulier son héroïne rongée par la culpabilité et Roland son chevalier mutant.

Autre point positif, la révélation finale se révèle surprenante et bien amenée. Le lecteur ne s’y attend pas et, pourtant, les indices sont semés au fil du page pour nous y préparer, ce qui la rend forcément crédible. Cette fin grandiose et quasi métaphysique achève de transformer ce roman en grande réussite appréciable non seulement par les adolescents mais également par un public plus large. Très bonne surprise de l’imaginaire francophone !

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Aventures, #Fantastique, #science-fiction, #Jeunesse

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Publié le 19 Février 2019

NIGHTWING REBIRTH TOME 1: PLUS FORT QUE BATMAN

Et voici le retour du « fils gris » de Gotham sous le masque de Nightwing. Supposé mort durant le crossover FOREVER EVIL, Dick Grayson jouait en réalité les agents infiltrés au sein de l’organisation Spyral. Devenu l’Agent 37 il avait effectué de nombreuses missions d’espionnage « bondienne ».

Ayant récupéré la tenue sombre de Nightwing, le héros poursuit néanmoins son travail d’agent plus ou moins secret et plus ou moins double. Cette fois, il agit en compagnie d’un nouveau personnage, Raptor que lui colle dans les pattes l’inévitable Cour des Hiboux, décidément mise à toutes les sauces depuis son introduction récente comme pièce essentielle de la mythologie de Gotham. La relation entre Nightwing et Raptor nourrit les différents épisodes : le nouveau ayant une vision plus radicale et extrémiste de la justice, Dick s’interroge sur la manière d’aborder ce partenariat imprévu. Bien évidemment, nous avons droit à des dialogues avec Batman, cette fois dans une optique plus égalitaire et loin des simagrées des débuts de Dick en tant que Robin. En filigrane, Dick renoue aussi avec Barbara « Batgirl » Gordon pour une sorte de romance platonique composée de rendez-vous manqués et de combats en duo.

NIGHTWING REBIRTH TOME 1: PLUS FORT QUE BATMAN

Graphiquement, les épisodes sont agréables, du bon mainstream bien dessinés et précis assurés par Yanick Paquette (le premier épisode) puis Javier Fernande (le reste).

Pour les allergiques au style « James Bond » de la série GRAYSON, ce rebirth sonne le retour aux sources partiels du personnage, à présent positionné entre le super-héros et l’agent secret dans des intrigues plus adultes et sérieuses que précédemment. Un début intéressant en attendant la confirmation (ou non) des qualités annoncées par cette première histoire plutôt convaincante et divertissante servie par des dessins tout à fait corrects. Plaisant et, dans l’ensemble, un rebirth très acceptable pour un Nightwing plus que jamais décidé à voler de ses propres ailes loin de la Chauve Souris.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Batman, #Comic Book, #DC, #Superhéros, #Nightwing

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Publié le 18 Février 2019

LA MORT NOIRE de Christian Vila

Après CLIP DE SANG et L’OCEAN CANNIBALE, Christian Vila revient pour son troisième et dernier « Gore ». Les deux précédents constituaient de sympathiques réussites bien qu’ils s’inscrivaient dans les schémas classiques du genre et fonctionnaient comme des hommages aux séries B horrifiques. Ce troisième roman (depuis réédité, comme les deux autres, chez ActuSF) se montre plus original et ambitieux. Il mélange fantastique, horreur rentre-dedans et, comme souvent, polar avec une vague enquête menée par Chipalon, flic précédemment croisé dans CLIP DE SANG.

Une prostituée droguée, Béa, reçoit une nouvelle drogue de la part d’Evil, une inconnue sexy mais guère fréquentable. La pastille noire lui offre un trip mémorable et sans équivalent mais la laisse aussi dans un état de souffrance et de faim insatiable qu’elle ne peut calmer qu’en absorbant l’énergie vitale d’autres personnes. Devenue une sorte de succube junkie Béa assiste à la prolifération de la drogue dans les milieux sordides.

LA MORT NOIRE est probablement le meilleur des trois « gore » signés par Vila : l’originalité du sujet, la description des milieux interlopes, les personnages bien brossés (dans les limites de ce genre de littérature), la touche d’érotisme assez poussée et les scènes sanglantes et répugnantes en pagaille en font une lecture tout à fait recommandable (et recommandée) pour les amateurs. C’est de l’horreur efficace, sans beaucoup de subtilité, mais fort appréciable et qui ne triche pas avec le lecteur dans son intention manifeste de lui en mettre plein la vue et de lui soulever l’estomac.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Fantastique, #Gore, #Horreur

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Publié le 15 Février 2019

FIN DE RONDE de Stephen King

Après l’excellent MR MERCEDES, le second tome de la trilogie de Stephen King consacré au flic Bill Hodges (CARNETS NOIRS) avait déçu. Trop étiré, trop différent, il perdait le côté thriller surnaturel si réussi du premier volet. Pourtant, les dernières pages, prometteuses, annonçaient le retour de Brady, le fameux psychopathe adepte des voitures meurtrières surnommé Mr Mercedes. Si la tuerie date à présent de plusieurs années, elle continue d’affecter bien des infortunés ayant eu la malchance de croiser Mr Mercedes. Nous retrouvons ainsi Bill Hodges, policier à la retraite devenu détective privé en compagnie de la très bizarre Holly. Brady, pour sa part, est toujours alité à l’hôpital mais possède à présent la capacité d’investir mentalement divers gadgets, notamment de petites consoles de jeux portables. Il prend ainsi le « contrôle » d’une poignée d’individus qu’il pousse au suicide. Mais, en bon psychopathe, Brady a un plan à grande échelle…Peut-être pas la conquête du monde mais une vaste entreprise de destruction à laquelle seule Bill peut s’opposer. Un Bill à qui les médecins viennent de diagnostiquer un cancer. Un Bill en fin de ronde qui veut cependant régler ses comptes et partir en beauté.

Avec ce troisième tome, King change une fois de plus de registre et plonge dans un thriller techno geek horrifique proche de classique du cinéma comme « Patrick » ou « La grande menace ». Brady devient donc une menace grandissante auquel se confronte l’ancien flic atteint d’un cancer incurable. Bref, Bill n’a plus beaucoup de temps devant lui pour stopper le malade mental à présent doté de capacités télékinésiques. Le King a déjà abordé ce thème dans CARRIE et surtout CHARLIE mais, évidemment, les protagonistes de ces romans étaient bien plus fréquentables que l’infâme Brady.

Au final, cette FIN DE RONDE s’avère satisfaisante et certainement plus convaincante que CARNETS NOIRS. On reste néanmoins en deçà de Mr MERCEDES (sans doute un des meilleurs King du XXIème siècle) et le lecteur peut parfois ressentir un léger ennui (une fois de plus le King se permet pas mal de longueurs et de digressions pas toujours palpitantes en dépit de son talent de conteur). Tout cela est tempéré par le plaisir ressenti à retrouver cette petites « famille » dysfonctionnelle autour de Bill, en particulier Holly (qui reviendra dans le spin off THE OUTSIDER) et Jérome. Ce sont les personnages, plus que le récit en lui-même, qui fonctionnent ici et rendent la lecture de cette FIN DE RONDE constamment plaisante malgré l’une ou l’autre facilité et un scénario pas toujours très crédible. Mais qu’importe, au final, le lecteur passe un bon moment jusqu’au final où il faut bien se résoudre à dire au revoir au sympathique Bill.

Un mot sur l’adaptation télévisuelle à présent : si la première saison de « Mr Mercedes » suivait relativement fidèlement le bouquin, la deuxième saison (la série ayant fait l’impasse – on peut le comprendre – sur les CARNETS NOIRS) s’éloigne drastiquement du roman et, à mi-parcours, prend une tout autre direction pour un résultat décevant à l’intérêt très limité. Dommage.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Fantastique, #Policier, #Thriller, #Stephen King

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