science-fiction

Publié le 23 Janvier 2019

LA GUERRE DES MONDES N'AURA PAS LIEU de Johan Heliot

Romancier français déjà auteur de belles réussites comme FAERIE HACKERS ou LA TRILOGIE DE LA LUNE, Johan Heliot compose ici un très plaisant récit de science-fiction, normalement destiné aux jeunes adultes mais qui peut s’apprécier à tout âge.

L’idée de faire d’Herbert George Wells le héros de ses propres récits n’est certes pas neuve (on se souvient de l’excellent film « C’était demain ») mais l’aventure fonctionne ici avec une belle énergie. La première partie présente la réalité, pas très reluisante, des conditions de vie à la fin du XIXème siècle alors que Wells, déçu de voir son roman, consacré au voyage temporel, refusé par son éditeur, part en compagnie de sa fiancée pour le Nouveau Monde. Son objectif ? Rejoindre Icarie, une communauté libertaire utopiste fondée par le philosophe communiste Etienne Cabet. Après un voyage en bateau dans des conditions pénibles, Wells finit par adopter les enfants d’un couple, rencontré sur le navire, et décédé lors d’un accident. Hélas, en Californie, la désillusion continue : l’utopie des « Français fous » a vécu et Icarie n’existe plus. Mais bientôt, Wells se voit entrainé dans la plus grande des aventures et, en compagnie du célèbre John Carter, il tente d’empêcher une absurde guerre des mondes entre la Terre et Mars.

Dans cette aventure uchronique (Wells a abandonné l’écriture) teintée de steampunk, le romancier multiplie les de références aux « Grands Anciens » de la science-fiction (Wells, Verne, Burrough), à des personnages historiques (Edison) encore à des lieux emblématiques comme Roswell. Destinant son livre aux jeunes adultes, Heliot est soucieux de garder l’attention et ne ménage ni les retournements de situations ni les sous-intrigues. Il mène son histoire à un rythme élevé et entrelace habilement des thèmes comme le voyage temporel à sa relecture personnelle de LA GUERRE DES MONDES. Il convie également le héros de Burroughs, le fameux John Carter (pas encore « de Mars » quoiqu’il obtienne ce titre à la fin du roman), pour aider Wells à repousser les forces d’invasions martiennes. Sous l’influence revendiquée du pastiche LA MACHINE A EXPLORER L’ESPACE de Christopher Priest, le Français délivre un roman hautement divertissant qui ne laisse aucunement souffler le lecteur en dépit d’un nombre important de personnages et de péripéties en cascade. Le récit s’emballe ainsi dans un tourbillon d’événements pouvant mener à l’apocalypse planétaire. Un bon moment qui plaira autant aux connaisseurs de l’âge d’or de la SF qu’aux néophytes qui apprécieront l’inventivité du romancier

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Aventures, #Jeunesse, #Uchronie, #science-fiction, #steampunk, #Johan Heliot

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Publié le 21 Janvier 2019

LA LIGUE DES HEROS de Xavier Mauméjean

En 1969 un vieil homme amnésique est ramené chez lui. Des souvenirs lui reviennent peu à peu, l’amenant à penser qu’il fut peut-être, au début du siècle, Lord Kraven, défenseur de l’empire britannique en bute aux créatures du Pays de Nulle Part menées par Peter Pan.

Mauméjean propose ici un roman extrêmement touffu qui devrait enchanter ceux qui se sont délectés des « délires » de Philip José Farmer (un des inventeurs du crossover littéraire avec ses nouvelles aventures de Tarzan, Doc Savage, etc.), du superbe cycle uchronique de Kim Newman (ANNO DRACULA) ou, plus récemment, des œuvres d’Alan Moore puisque le Français accomplit une sorte d’hommage destructeur aux super-héros à la manière des Watchmen ou de La ligue des Gentlemen Extraordinaires. On passe ainsi de Burrought (Tarzan) à Stan Lee et aux Marvel Comics en effectuant quelques détours par le Sherlock de Conan Doyle revisité par la science-fiction « new wave » à la Michael Moorcock sous le patronage de Jules Verne. C’est donc la foire d’empoigne de la pop culture, l’orgie pulp et les références en pagaille. Oui mais, là où Mauméjean n’aurait pu livrer qu’un simple divertissement truffé de clin d’œil, LA LIGUE DES HEROS démontre son ambition par son style prenant et déstabilisant. Car l’auteur use de chapitres courts, passent d’une période à une autre, ne laisse guère le temps au lecteur de souffler et parcourt plusieurs décennies à grande vitesse, le roman s’apparentant à une suite de vignettes intimistes ou spectaculaires qui racontent, en laissant en creux bien des périodes, une série d’événements survenus à Londres et dont furent témoins ces super-héros oubliés. Lord Kraven est ainsi entouré de Lord Africa (un Tarzan mâtiné d’Allan Quatermain), English Bob (le side kick inévitable), Le Maître des Détectives (un émule de Sherlock en provenance de Neverland),…Leurs ennemis se nomment Dr Fatal, Spada mais aussi Peter Pan. Le temps passe, la première guerre mondiale arrive et balaie une partie de la Ligue, ensuite reformée par ses survivants tandis que la monarchie anglaise est renversée.

LA LIGUE DES HEROS constitue donc une uchronie steampunk teintée d’urban fantasy, de science-fiction, d’action « pulpe », de fantastique et d’aventures rétro. Une œuvre foisonnante, parfois à la limite du digeste de par sa construction narrative éclatée et bordélique, mais indéniablement originale et ambitieuse. En décloisonnant les genres, Mauméjean s’imposait déjà comme une des nouvelles plumes les plus intéressantes de l’imaginaire français.

Le lecteur peut se sentir parfois perdu ou se demandait où l’auteur veut en venir (c’est le cas, probablement volontairement), mais, qu’on se rassure, le final retombe sur ses pattes et le dernier chapitre offre une conclusion satisfaisante et plus cartésienne à l’apparent délire des deux cents premières pages.

S’il n’est pas exempt de défaut, LA LIGUE DES HEROS se révèle une lecture au final plaisante et intelligente doublée d’un pastiche savoureux d’un siècle de « para culture » littéraire, cinématographique et dessinée.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Aventures, #Fantastique, #Fantasy, #Superhéros, #Uchronie, #science-fiction

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Publié le 18 Janvier 2019

DANS LA GUEULE DU DRAGON de Laurent Genefort

Publié au Fleuve Noir, voici un plaisant space opéra de la part d’un Genefort encore relativement débutant (ayant début fort jeune il avait déjà du métier) qui propose un mélange de hard science et de sense of wonder bien équilibré.

Nous suivons un enquêteur d’élite, Jarid Moray, au service d’une gigantesque entreprise, la Semeru. Jarid doit rétablir l’ordre lorsque les troubles menacent et, justement, la situation se détériore sur Muspellsheim, une planète de lave, véritable enfer en fusion. Celui-ci abrite pourtant une colonie humaine établie sur l’île artificielle d’Ymir qui navigue, telle un navire, sur les flots bouillonnants. Deux gouverneurs ont déjà été assassinés et Jarid doit résoudre ce mystère afin d’éviter le pire.

A la manière de certains Brussolo, DANS LA GUEULE DU DRAGON part d’une idée en apparence délirante (une colonie humaine qui vit – ou survit – sur une boule de lave inhospitalière à l’extrême) mais Genefort, contrairement à son confrère aimant s’enfoncer dans l’excès, parvient au contraire à la crédibiliser.

Déjà solidement rôdé et conseillé par des experts (d’ailleurs remerciés en fin de volume) scientifiques, l’auteur s’appuie sur des données scientifiques vraisemblables. Il rend ainsi son récit intéressant et crédible en lui conférant un background rigoureux qui plonge volontiers dans une hard science efficace sans devenir inutilement pesante ou exagérément didactique. Limité par les contraintes du Fleuve Noir, l’écrivain ne peut sans doute pas s’appesantir autant que souhaité sur son univers mais cela lui permet de garder un rythme soutenu et d’éviter les disgressions qui rendent certains romanciers de hard-science parfois peu digeste pour quiconque ne possède pas un doctorat en physique. Genefrot adopte ici une construction façon polar qui maintient l’intérêt du lecteur et soigne la caractérisation de ses protagonistes et les implications géopolitiques. Cependant ce sont surtout les descriptions, assez incroyables et vertigineuses, de cet environnement brûlant qui concourent à l’originalité et à la réussite du livre.

Si Genefort n’avait pas encore donné sa pleine mesure, il prouvait déjà avec ce DANS LA GUEULE DU DRAGON sa maitrise des codes du space opera, du polar science-fictionnel et de la hard science, faisant de lui, à moins de 30 ans, un des grands espoirs de la SF française. Un bon divertissement intelligent et un bon « Fleuve Noir »… même si on n’aurait pas craché sur une version plus longue (pour une fois !) d’une centaine  de pages afin d’explorer davantage ce « dragon ».

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Publié le 11 Janvier 2019

AGE OF ULTRON de Brian Michael Bendis

Précédé de critiques souvent mitigées, AGE OF ULTRON n’en reste pas moins un blockbuster très efficace et un plaisant « event » Marvel. Bien sûr l’intrigue n’est pas franchement originale, elle recycle grandement le classique « Days of Future Past » des X-Men tout en puisant énormément aux principales réussites du film de voyage temporel, « Terminator » en tête et même « Retour vers le Futur 2 ». Nous sommes, une fois de plus, dans un futur apocalyptique dans lequel l’androïde Ultron, jadis crée par le docteur Pym, a pris le pouvoir et a décimé quasiment l’ensemble de la planète. Une mission de sauvetage est organisée par Hawkeye afin de délivrer Spiderman prisonnier des robots, Captain America, très abattu, réfléchi à un plan avec les rares Avengers survivants, aidé par Black Widow et Moon  Knight. Au final, l’idée sera d’envoyer dans le temps Susan Storm et l’inévitable Wolverine afin de supprimer Pym. Le plan fonctionne mais, une fois de retour dans le « présent », les deux héros découvrent un monde tout aussi dévasté que celui qu’ils ont quitté…Un voyage dans le temps supplémentaire pourra t’il arranger la situation ou, au contraire, déchirer totalement le continuum ?

AGE OF ULTRON servit de base, assez lointaine, au second long-métrage des Avengers. Il faut dire que le récit imaginé par la star de la Maison des Idées, Brian Michael Bendis, possède toutes les qualités d’un blockbuster cinématographique : ampleur de l’idée de base (un monde complètement en ruine), scènes d’action colossales (combat contre les drones d’Ultron, crash d’un héliporteur du Shield,…), moments intimistes qui donnent leur « grand moment » à la plupart des protagonistes et questionnement moral sous-jacent, vaguement philosophique (Peut on changer l’Histoire ? Peut on sacrifier une vie pour en sauver potentiellement beaucoup plus ?).

AGE OF ULTRON de Brian Michael Bendis

Rien de franchement novateur mais un talent certain pour mélanger tous les ingrédients en un ensemble convaincant et maintenir l’intérêt sur dix épisodes. L’histoire se montre, en outre, très accessible et complète bien que le final laisse quelques questions en suspens pour la suite.

Servi par des dessins globalement efficaces et avançant à bon rythme, AGE OF ULTRON s’avère un des plus agréables « marvel event » de ces dernières années : une parfaite lecture divertissante et un très bon moment assuré pour les amateurs d’encapés.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Comic Book, #Marvel Comics, #science-fiction

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Publié le 9 Janvier 2019

L'EFFET PYGMALION de Christophe Lambert

Il était une fois deux inventeurs de génie…Ned, 16 ans, un adolescent solitaire condamné, depuis son enfance, à porter un exosquelette vu la fragilité de ses os. Et Lawrie, quinquagénaire alcoolique sur la mauvaise pente qui vit reclus auprès de ses « robots de plaisir ». Un jour, Ned lance un défi au monde scientifique : construire un androïde pouvant passer pour totalement humain. Associé à Lawrie, le jeune et génial concepteur en intelligence artificielle se donne un an pour y parvenir. Le résultat se nomme Eva. Ned, pour s’assurer de sa réussite, lui fait intégrer son lycée dont elle devient immédiatement une « vedette » fort convoitée. Entre effet Pygmalion et complexe de Frankenstein, comment Ned va-t-il réagir au succès de sa « créature » ?

Avec ce roman estampillé « jeunesse » mais tout à fait capable de séduire les plus âgés, Lambert revient sur des questionnements philosophiques et moraux classiques mais plus que jamais d’actualité vu les développements rapides de l’intelligence artificielle.

Entre Philip K. Dick, Isaac Asimov et Mary Shelley, sans oublier le chef d’œuvre A.I. de Spielberg (on a vu pires références !), l’auteur s’interroge sur nos rapports à la machine et aux limites de celle-ci : simple objet ou « être pensant » ? Le récit, bien mené, nous offre une trame en apparence linéaire mais comportant son lot de surprise grâce aux développements des protagonistes, esquissés avec une grande justesse.

Comme toujours, l’œuvre réserve quelques références littéraires et cinématographiques, des touches d’humour et un subtil mélange de science-fiction réaliste et d’émotions. Lambert y revisite d’une certaine manière « My Fair Lady » sous le patronage des lois de la robotique et ce en trois cents pages. Certains trouveront cela un peu court vu les nombreux thèmes abordés, d’autres se réjouiront d’éviter de se perdre dans de trop envahissant problèmes moraux, le livre étant surtout destiné aux adolescents qui devraient apprécier cette romance geek du XXIème siècle.

Avançant à un rythme enlevé et avec une écriture très sûre et très plaisante (chapitres courts, dialogues efficaces, descriptions point trop envahissantes, vocabulaire à la fois précis et accessible), le roman est une nouvelle réussite (oui, une de plus !) à l’actif d’un Lambert comme toujours inspiré.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Christophe Lambert, #Jeunesse, #anticipation, #science-fiction, #romance

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Publié le 7 Janvier 2019

LE GRAND JEU DU TEMPS de Fritz Leiber

Pas toujours évident d’avouer que l’on est resté de marbre face à un classique. Et LE GRAND JEU DU TEMPS peut prétendre à ce titre puisqu’il est sans doute un des premiers romans à avoir abordé le thème de la « guerre modificatrice ». Autrement dit un combat que se livrent différentes factions à travers les âges afin de modifier l’Histoire. Pourquoi combattre une armée lorsque l’on peut tuer son général au berceau ? Un concept fascinant, par la suite souvent repris en science-fiction, que ce soit en roman ou en série télévisée (Star Trek, Doctor Who, etc.). Leiber semble avoir été le premier à y penser à travers ce roman, d’ailleurs récompensé par un Hugo, et sa « suite », le recueil de nouvelles LES RACINES DU PASSE. Cela parait grandiose. Cela ne l’est pas.

L’intrigue s’intéresse à deux races extra-terrestres dont le lecteur ne saura pas grand-chose. L’humanité les surnomme les Araignées et les Serpents. Ces créatures s’affrontent à travers le temps, au risque de détruire peu à peu le continuum. Ils ramènent différentes personnes à la vie et en font des pions dans ce grand jeu cosmique. Une poignée de soldats se retrouve, entre deux combats, dans une station hors du temps. L’Histoire a déjà subi bien des manipulations mais combien de fois pourra-t-elle encore être altérée ?

LE GRAND JEU DU TEMPS de Fritz Leiber

 

LE GRAND JEU DU TEMPS part de prémices passionnantes et énumère quelques interrogations tout aussi intéressantes sur les paradoxes mais le roman échoue complètement à susciter l’intérêt. Une première lecture fort peu convaincante et une seconde, une trentaine d’années plus tard (!), tout aussi décevante, ne change guère mon opinion : c’est incroyablement ennuyeux.

Le récit ne génère aucun sense of wonder, aucun mystère, aucun suspense. Tout se résume à des dialogues dans une étrange station hors du temps. Le roman est donc statique et théâtral au possible, un peu comme un épisode de Doctor Who des sixties. Sauf que les personnages ne sont aucunement intéressants. Et qu’ils discutent interminablement. Le lecteur éprouve dès lors les pires difficultés à s’intéresser à l’action (ou plutôt à la « non action ») en dépit d’un background des plus prometteurs : les guerriers du temps kidnappent Einstein, anéantissent la philosophie grecque, empoisonnent Cléopâtre. Mais rien de tout ça n’est évoqué autrement que par des lignes de dialogues échangées entre les intervenants, qui comprennent une jeune femme, un nazi, des aliens,…Tout ça parait prometteur, une fois de plus. Mais Leiber n’en fait rien, ou si peu. Tout comme de son histoire, difficile à suivre et qui semble n’aller nulle part. Ou alors droit dans le mur. Et le roman a beau être court, il faut batailler pour en venir à bout. Autant se replonger dans les grandes réussites de l’auteur comme son cycle des Epées ou ses nombreuses nouvelles de qualité.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Prix Hugo, #Roman court (novella), #science-fiction, #Time Opera

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Publié le 4 Janvier 2019

LES ROIS DES SABLES de George R.R. Martin

Si aujourd’hui George R.R. Martin semble indissociable de sa saga du TRONE DE FER, il ne faut pas négliger ses œuvres antérieures.  Il est d’ailleurs quelque peu surprenant que Martin soit apprécié pour ce roman interminable alors qu’il a surtout brillé par ses qualités de nouvelliste. Et ce dès le début des années 70 puisqu’il obtient son premier Hugo, du meilleur roman court, pour « Une chanson pour Lya » en 1975. Le recueil qui inclut ce texte gagne, pour sa part, le Locus en 1977. Devenu écrivain à plein temps, Martin écrit de nombreuses nouvelles de qualité. Ce recueil obtient à nouveau le Locus en 1982. Il comporte surtout deux récits extraordinaires et fort justement primés : « Les rois des sables » (Hugo, Nebula et Locus de la meilleure nouvelle longue excusez du peu !) et « Par la croix et le dragon » (Hugo et Locus de la meilleure nouvelle).

« Les rois des sables » (adapté à la télévision pour AU DELA DU REEL L’AVENTURE CONTINUE) décrit les aventures de Simon, passionnés par les « bestioles exotiques ». Il achète pour son terrarium quatre races de « rois des sables », des sortes d’insectes extraterrestres évolués pour lesquels il va jouer à dieu. Il les affame pour les forcer à guerroyer, se réjouit lorsqu’ils s’entretuent, apprécient les statues à son effigies,…Mais les rois des sables ne risquent-ils pas de se détourner de ce dieu cruel ? En dépit de son côté un poil linéaire et d’une chute relativement prévisible, la nouvelle emporte l’adhésion et mérite tous les éloges reçus, un véritable classique de la science-fiction !

« Par la croix et le dragon » est un fantastique récit spéculatif très cynique à l’égard des religions : un inquisiteur se voit chargé de détruire une étrange hérésie développée par une secte ayant déifié Judas et l’ayant transformé en héros d’une bible revisitée où s’affronte des dragons. Une analyse très bien ficelée du besoin irrépressible des Hommes de trouver dans la religion une réponse à leurs interrogations.

Autre réussite, « la dame des étoiles » qui transpose un univers très romans noirs à la David Goodis dans un contexte science-fictionnel : putes (pas toujours au grand cœur), mac lâche, brigands,…tous vivent leur vie misérable dans cette histoire « sans héros » où les dialogues, façon novlange, sont remplis de néologismes pourtant immédiatement compréhensibles.

« Vifs amis » est également une histoire d’amour impossible revisité par la SF et constitue une jolie petite histoire. Les deux dernières, « La cité de pierre » et « Aprevères » sont moins convaincantes et manquent d’un petit quelque chose pour s’élever au-delà de la moyenne. Cependant, elles se laissent lire.

La réédition en 2013 du recueil compte une longue novella, DANS LA MAISON DU VER que Pygmalion a également édité en mai 2017 sous la forme d’un petit roman indépendant…au prix fort. Bref, autant se replonger dans ce recueil très fréquentables dont au moins deux textes sont des incontournables de l’auteur.

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Publié le 2 Janvier 2019

UNE CHALEUR VENUE D'AILLEURS de Michael Moorcock

Cycle romanesque en trois tomes (accompagné d’un recueil de nouvelles annexes), LES DANSEURS DE LA FIN DES TEMPS envisage l’avenir extrêmement lointain d’une humanité déifiée. Les hommes, devenus immortels, s’ennuient fatalement et se complaisent dans les spectacles grandioses (quitte à incendier un continent pour la beauté de la vision), les perversions sexuelles et la collectionnite. Jherek, par exemple, s’intéresse quasi exclusivement au XIXème siècle de la Terre. Il faut dire qu’en cette époque proche de la fin des temps « il n’y a plus grand-chose à faire ». Alors Jherek décide, par ce qu’il faut bien s’occuper (comme disait l’autre, « l’éternité c’est très long, surtout vers la fin »), de s’enticher d’une prude jeune mariée du XIXème siècle et de l’arracher à son époque. Dès lors, Moorcock, qui ne devait pas fumer que du tabac, se lance dans une aventure picaresque et déjantée, revisitant d’une certaine manière ALICE AU PAYS DES MERVEILLE par sa propension à construire un univers coloré et sous acide, dans lequel tout devient possible : se balader dans une locomotive volante en pierres précieuses, voyager dans le temps, garder des ménageries où vivent des extra-terrestres,…C’est la fête, le carnaval de Venise et de Rio mélangé pour une bande de partouzards défoncés qui attendent impatiemment la fin des temps parce qu’au moins il va se produire quelque chose d’inattendu dans leur vie ennuyeuse.

Bref, dans ce roman très marqué par son époque, on croise de nombreux voyageurs de l’espace ou du temps, y compris le petit frère de Mao qui critique les « pratiques sexuelles immondes de ces bourgeois dégénérés ». Comme quoi, même dans un million d’années, il restera toujours des gauchistes pour emmerder le monde.

Si la première moitié du roman souffre de quelques longueurs en dépit de son inventivité, Moorcock se lâche dans la seconde partie qui convoque le roman feuilleton et l’esprit des romanciers victorien. L’écrivain, très inspiré, plonge son candide immortel dans le fog épais d’un Londres pétri de convention. Jherek ne comprend rien à ce qui lui arrive (il se rend complice d’un vol, passe en jugement, se fait emprisonner et finalement condamner à mort), ce qui permet à l’iconoclaste Moorcock d’offrir des passages très drôles. Dès lors, cette CHALEUR VENUE D’AILLEURS s’inscrit dans la brève liste des réussites de la SF humoristique.

En résumé, cette vision futuriste mêle humour et désespoir dans un grand foutoir parfois légèrement irritant (on sent l’auteur, sous l’emprise du « new world », vouloir jouer la provocation à grand coup de sexualité débridée, d’inceste et autres perversions) mais souvent vivifiant et divertissant. Une explosion d’inventivités et de non-sens qui réconcilie science-fiction et comédie. Conseillé !

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Rédigé par hellrick

Publié dans #science-fiction, #humour, #Michael Moorcock

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Publié le 20 Décembre 2018

AUTANT EN EMPORTE LE TEMPS de Ward Moore
AUTANT EN EMPORTE LE TEMPS de Ward Moore

Romancier peu connu, Ward Moore ne fut guère prolifique mais signa cependant deux classiques de la SF : ENCORE UN PEU DE VERDURE et ce AUTANT EN EMPORTE LE TEMPS écrit en 1955. Dans cette belle uchronie, très cohérente en dépit de l’un ou l’autre détails étranges, l’écrivain imagine la victoire du Sud lors de la Guerre de Sécession. Ce qui nous change un peu d’une victoire nazie durant la Seconde Guerre Mondiale. Le monde proposé semble cependant avoir évolué dans le bon sens : pas de guerre mondiale (pas encore devrait-on dire car un conflit couve), une France dirigée par Napoléon VI,… Mais tout n’est pas rose : les Juifs ont été massacré quasiment jusqu’au dernier, l’esclavage existe toujours, le Nord vit dans la pauvreté et ses habitants non aucune chance de s’élever face à la toute puissante du Sud. L’électricité n’existe pas, les avions et autres véhicules « plus lourds que l’air » une chimère, les voitures réservées à l’élite,…

Hodgins McCormick Backmaker va nous conter sa jeunesse et son rêve de s’instruire alors que sa famille cultive le souvenir humiliant de la défaite des Unionistes. Le jeune homme aura la chance de rencontrer un libraire bienveillant (et membre d’une organisation séditieuse) qui, en échange d’une aide, lui permettra de lire à satiété. Il parviendra par la suite à un intégrer une sorte de fondation dédiée à l’art et la culture et tombera amoureuse d’une femme mettant au point une machine à voyager dans le temps. Hodgins, devenu historien, aura alors l’occasion de vérifier de plus près ses théories concernant la Guerre de Sécession. Il ira jusqu’à Gettysburg, à la veille d’une fameuse bataille, et lui, le petit homme insignifiant, changera l’Histoire…

AUTANT EN EMPORTE LE TEMPS (bravo au traducteur ayant trouvé ce superbe titre !) relève du roman initiatique et nous suivons un protagoniste principal au long de son existence. On pourrait parler de roman réaliste sans le contexte particuliers et uchronique qui lui sert de toile de fonds : cet emballage science-fictionnel n’est donc pas le cœur de l’ouvrage (ce qui pourrait en décevoir certain) mais il lui donne néanmoins tout son sel. Parsemé de réflexions quasiment philosophiques, de débats moraux, de passages sur le Bien et le Mal, le livre s’achemine lentement vers son final, certes attendu, mais néanmoins vertigineux et superbement (d)écrit.

Sans nul doute un incontournable de l’uchronie, à placer parmi les 10 meilleurs romans de ce style.

La réédition du roman comprend en outre une étude d’une quarantaine de pages signée Francis Valery qui s’intéresse successivement à Ward Moore, au bouquin qui nous occupe et à l’uchronie avec d’intéressantes pistes de lecture.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Historique, #Uchronie, #science-fiction

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Publié le 4 Décembre 2018

SINGULARITE de Stephen Baxter

Ce roman de Stephen Baxter, écrit en 1992, s’inscrit dans sa vaste histoire du futur, le cycle des Xeelees. Il s’agit d’un neo space opéra mêlant l’aventure spatiale à des considérations philosophiques et scientifiques ardues héritées de la hard science et empruntant également aux interrogations technologiques sur le devenir de l’homme souvent évoqué dans le cyberpunk. On y retrouve donc logiquement la notion de « singularité » théorisée par Vernon Vinge qui veut (en résumé et en gros traits) que l’intelligence artificielle entraine un emballement des progrès techniques et une déshumanisation progressive de l’Homme. L’évolution technique deviendrait si rapique que l’humanité, en très peu de temps, serait incapable de la maitriser voir même de la comprendre.

Dans SINGULARITE, le roman, Baxter imagine des trous noirs envoyé dans l’avenir pour créer des passages temporels mais tombant dans un futur où l’humanité vit sous la coupe des Qax. Un autre vaisseau, celui des Amis de Wigner, plonge dans le passé pour transformer Jupiter et frapper les Qax dans ce passé tandis qu’un Qax venu d’un futur où l’humanité a triomphé de l’envahisseur grâce à un certain Bolder vient compliquer la situation…

Paradoxes temporels, univers potentiels ou alternatifs, singularités diverses,…Pas de doute, Baxter joue dans la cour des férus d’hard-science et ceux qui se sont senti perdus devant des films comme « Looper », « L’armée des 12 singes » ou « Retour vers le futur » risquent de devoir consommer un tube entier d’aspirines pour arriver au terme de ce roman pourtant relativement (relativement est important car la lecture s’avère ici quelque peu ardue sans toutefois être indigeste) court.

Par sa longueur acceptable (300 pages) et son mélange de passages hard-sciences pas toujours aisés d’accès et de science-fiction plus « grand public », SINGULARITE demeure une porte d’entrée conseillée dans l’univers d’un des auteurs majeurs de la SF contemporaine. On peut buter sur des descriptions ou des séquences rébarbatives pour le non scientifique tout en se laissant prendre à la vision véritablement cosmique et grandiose du romancier qui apporte, en dépit de son aspect complexe, un véritable plaisir à l’amateur de science-fiction ambitieuse non dénuée d’un réel « sense of wonder ».

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Hard Science, #Space Opera, #science-fiction

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