science-fiction

Publié le 20 Février 2019

LA MORT DU TEMPS d'Aurélie Wellenstein

Avec ce roman, Aurélie Wellenstein ne perd guère de temps puisqu’elle nous plonge directement au cœur du récit. Nous sommes en compagnie de Callista, une adolescente qui émerge d’un long coma consécutif à un accident de voiture. A son réveil, le monde a changé, quelque chose s’est produit et le temps s’en trouve déréglé. Le lecteur, désorienté, se retrouve ainsi au cœur d’une apocalypse causée par un phénomène inconnu surnommé le « flash ». Cette sorte d’énergie destructrice nait à Paris et s’étend, tel une ondulation dans une mare. Le « flash » avance en ravageant la France, renvoyant à néant tout ce qu’il « touche ». Dès lors que faire si ce n’est avancer pour tenter de mettre la plus grande distance possible avec ce « flash » ? Mais ce n’est pas tout car le temps semble brisé, le continuum s’est fracassé et des portions d’hier voisinent avec notre époque. Des villes se transforment en monuments biscornus où s’entassent différentes époques et des ptérodactyles rodent autour de Notre Dame. Pour aggraver la situation des êtres composites sont arrachés à leur temps comme Roland, ce chevalier moyenâgeux ayant fusionné avec sa monture pour devenir une sorte d’invraisemblable centaure. Au cours de son périple, Callista rencontre également Gascogne, un chasseur devenu mi-homme mi-loup. L’objectif de l’adolescente, avant la désintégration, reste de retrouver Emma, la jeune fille dont elle est amoureuse et avec laquelle elle a fugué voici quelque mois. Une jeune fille à présent paralysée suite à l’accident de voiture qui a laissé Callista dans le coma. Quelle peut donc être leur avenir sous la menace du « flash », que peut devenir cette relation condamnée à brève échéance ? Callista veut pourtant, à tout prix, rejoindre Emma…jusqu’à ce que la fin du monde les sépare.

Entre fantastique horrifique, « young adult », science-fiction et drame, LA MORT DU TEMPS s’impose comme une belle réussite qui tient parfaitement en haleine le lecteur durant trois cents pages. La construction, efficace, s’appuie sur les rencontres, à la façon d’un « road movie » littéraire dans lequel les protagonistes découvrent le monde dévasté par les catastrophes temporelles. Ce contexte donne lieu à des visions dantesques de temps imbriqués et rappelle certaines œuvres de Philip K. Dick (en particulier LE TEMPS DESARTICULE et UBIK) pour cette exploration « d’un univers à l’envers ». Mais la grande réussite d’Aurélie Wellenstein consiste à s’appuyer sur des personnages crédibles et attachant, en particulier son héroïne rongée par la culpabilité et Roland son chevalier mutant.

Autre point positif, la révélation finale se révèle surprenante et bien amenée. Le lecteur ne s’y attend pas et, pourtant, les indices sont semés au fil du page pour nous y préparer, ce qui la rend forcément crédible. Cette fin grandiose et quasi métaphysique achève de transformer ce roman en grande réussite appréciable non seulement par les adolescents mais également par un public plus large. Très bonne surprise de l’imaginaire francophone !

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Aventures, #Fantastique, #science-fiction, #Jeunesse

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Publié le 13 Février 2019

TELLUCIDAR (TOME 1) de Jean-Luc Marcastel

Lucas, jeune homme friand d’aventures sous forme de romans ou de jeux de rôles, espère le retour de son père, un géologue disparu depuis des années. Il travaillait pour une grande société, la Tellcorps, dont la découverte d’un minerai aux incroyables propriétés, le Tellurium, a révolutionné l’humanité. Un soir, Lucas reçoit un message Internet envoyé par son père. Il se rend au lieu indiqué, le stade de la ville, pour voir surgir une énorme machine venue du centre de la Terre. Lucas rencontre ainsi Koré, une jeune fille étrange qui serait la princesse d’un monde niché au cœur de notre planète. Elle est accompagnée par une créature semblable à un dinosaure et a besoin de l’aide de Lucas et de son oncle pour sauver son monde mis à mal par la Tellcorps.

TELLUCIDAR…Le titre, référentiel, évoque immédiatement Edgar Rice Burroughs et son Pellucidar, le fameux monde situé au cœur de la terre adapté à l’écran dans le sympathiquement suranné CENTRE TERRE SEPTIEME CONTINENT. Pour rester chez Burroughs, Marcastel n’oublie pas d’ajouter à son récit une bonne rasade de fantasy dans l’esprit de John Carter de Mars et une touche d’aventures exotiques à la Tarzan. Mais l’auteur ne se limite pas à rendre hommage au créateur du Seigneur des Singes, il cligne également de l’œil vers Jule Vernes et son VOYAGE AU CENTRE DE LA TERRE, sans négliger tous les précurseurs de la science-fiction, notamment les auteurs américains des pulps à la Weird Tales. Et c’est effectivement une véritable « histoire bizarre » que nous conte Marcastel, lequel prend son temps pour poser son récit, définir ses enjeux et brosser une poignée de personnages bien typés amenés à vivre de futures grandes aventures. On devine déjà les enjeux de la suite car ce premier livre, aussi réussit soit-il, se contente de lever le voile sur un univers d’une grande richesse que l’on n’a pas encore réellement exploré.

Le récit, très efficace, ne laisse aucunement le temps de souffler : Marcastel est un formidable conteur et les pages se tournent à une vitesse folle, entre rebondissements bien amenés, scènes intimistes impeccables et séquences d’action à grand spectacle.

De plus, le livre est saupoudré de références geek, de piques amusantes (notamment aux séries télé à la « Plus belle la vie ») et d’humour. L’édition est en outre enrichie de nombreuses illustrations évocatrices de grande qualité. La couverture a davantage divisé (un site bien connu de Fantasy la trouvant « rebutante »)…pour ma part elle m’a plutôt encouragé à tenter la lecture parce qu’une fille en bikini et un dinosaure ne se refuse pas.  

TELLUCIDAR constitue donc une belle réussite des littératures de l’imaginaire, entre aventure, « young adult », fantasy et « retro science-fiction ». Et le tout donne envie de rapidement se plonger dans le deuxième tome.

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Publié le 11 Février 2019

LE MYTHE DE CTHULHU de H.P. Lovecraft

Les recueils consacrés à Lovecraft sont innombrables tandis que le corpus littéraire est, lui, limité. Aujourd’hui il est évidemment possible d’opter pour la monumentale intégrale « omnibus » en trois volumes (soit près de 4 000 pages) mais, pour ceux désirant aller à l’essentiel, cette courte anthologie rassemble probablement les meilleurs récits de l’écrivain.

Nous débutons avec le fondateur et incontournable « Appel de Cthulhu », publiée en 1926, et qui servira de base à ce que l’on nommera par la suite « le mythe de Cthulhu ». Présentée de manière éclatée et non linéaire comme une suite de documents et de témoignages, le récit, divisé en trois chapitres, donne pour la première fois au lecteur un aperçu de ces dieux en sommeil qui attendent en rêvant de reconquérir le monde.

Autre texte fameux, « Par-delà le mur du sommeil » nous emmène dans un hôpital psychiatrique dans lequel un être de lumière d’origine extra-terrestre prend possession d’un homme accusé de meurtre.

Après le court « La tourbière hantée », le lecteur a droit à un nouveau classique, « la peur qui rôde », assez proche d’une précédente nouvelle de l’auteur, « La bête de la caverne ». Nous sommes ici dans un récit d’horreur plus traditionnel au sujet de ghoules venant rôder, la nuit, dans les montagnes des Catskills.

Le recueil se termine avec deux classiques déjà chroniqués, « La couleur tombée du ciel » et « Celui qui chuchotait dans les ténèbres », deux incontournables qui constituent probablement les meilleures réussites de Lovecraft et mélangent excellent fantastique, horreur et science-fiction.

Pour ceux qui ne désirent pas investir dans les gros recueils de chez Laffont ou Bragelonne mais qui veulent découvrir Lovecraft au travers de ces récits les plus célèbres, LE MYTHE DE CTHULHU constitue certainement une entrée en matière idéale.

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Publié le 8 Février 2019

COSMIC EROTICA présenté par Jean-Marc Ligny

Cette anthologie, dirigée par Jean-Marc Ligny, donne la plume à une quinzaine d’écrivains…tous des femmes ! Autre point commun des textes : traiter de la sexualité avec, ou non, une intention érotique. Bien évidemment, comme tous les recueils de nouvelles, cette « anthologie féminine » s’avère inégal et alterne le bon et le moins convaincant. Les premiers textes laissent d’ailleurs circonspects : celui de Poppy Z. Britte ne propose rien de bien innovant par rapport à ses précédentes œuvres et celui de Pat Cadigan n’est pas vraiment réussi.

Heureusement la suite relève le niveau avec l’excellent, très hard et humoristique « Prix coûtant » de Carol Ann Davis et ses jeunes filles élevées façon poulet (ou plutôt poule) en batterie pour répondre à tous les désirs des hommes. De la sexe-science-fiction bien crue mais sans verser dans l’excès. Sylvie Denis imagine, elle, un « Carnaval à Lapètre » ou, dans une ambiance légère et sur un ton volontiers sexy, elle s’attaque aux coutumes absurdes de l’excision et l’infibulation encore pratiquées, dans un avenir indéterminé, par des religieux arriérés. La suite est plaisante avec Sara Docke, Jeanne Faivre d’Arcier et une Anne Deguel que l’on a cependant connue plus inspirée. Kathe Koja propose, pour sa part, une histoire d’anges amoureux sensuelle et bien troussée (hum !) et Tanith Lee donne, sans surprise, dans la fantasy.

Un des meilleurs récits, signé Birgit Rabisch, propose avec « inversion, jeu de miroir » une anticipation plausible sur les dérives de l’eugénisme. Dans un monde où tous les individus se ressemblent (il ne reste que trois « types » standards) et où la moindre imperfection conduit - au mieux - à un camp de concentration, un homme sent naitre une attirance incestueuse pour sa sœur « imparfaite » qu’il garde cloitrée et observe à travers un miroir sans tain. Avec ses références aux situations et fantasmes classiques des romans érotiques d’antan et sa thématique d’actualité ce récit que l’on pourrait résumer par une variation hard de « Bienvenue à Gattaca » mérite à lui seul l’achat de l’anthologie.

Plus classique mas cependant efficace, Valérie Simon, dans « Le loup », traite des conséquences d’un viol commis envers une sorcière qui décide qu’un homme se comportant en loup mérite de devenir lui-même…un loup. Connie Willis et Joelle Wintrebert ferment l’anthologie avec deux textes aux antipodes : le premier, très cru, traite de l’inceste et de la frustration sexuelle, le second confronte une femme aux résultats de son combat d’antan dans un monde ayant éliminé tous les hommes.

Dans l’ensemble, ce recueil se montre intéressant, les textes les plus réussis compensant pour les plus faibles. Il parvient surtout à donner une photographie pertinente des récits féminins traitant de l’imaginaire au tout début des années 2000. Passant des auteures débutantes aux incontournables (Tanith Lee, Poppy Z. Brite, Connie Willis), du fantastique à la science-fiction en passant par l’horreur, de l’érotisme à l’anti-érotisme, voici une compilation variée et globalement satisfaisante que l’on se plait à picorer.

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Publié le 6 Février 2019

CELUI QUI CHUCHOTAIT DANS LES TENEBRES d'Howard Phillips Lovecraft

Cette novella qui semble synthétiser toutes les thématiques et obsessions de Lovecraft pourrait bien être la porte d’entrée idéale pour découvrir l’écrivain. Elle commence, comme souvent, par une lettre revue par le professeur Albert Wilmarth de l’université d’Arkham spécialiste du folklore. Le courrier provient d’un autre lettré, Henry Akeley, habitant d’une région du Vermont où se produisent d’étranges phénomènes. On y entendrait, par exemple, des chuchotements dans la nuit qui seraient émis par des créatures venues d’un autre monde.

CELUI QUI CHUCHOTAIT DANS LES TENEBRES oppose classiquement deux personnalités cultivées : Wilmarth est le sceptique, qui s’intéresse aux superstitions et aux croyances mais les considèrent simplement comme des racontars. Face à lui il trouve Akeley le convaincu, persuadé qu’il existe des créatures surnaturelles dans les collines du Vermont. Il recueille des témoignages, des preuves diverses de la présence extra-terrestre comme d’étranges pierres couvertes de symboles ésotériques.

La relation épistolaire de ces précurseurs de Mulder et Scully confère au récit son originalité car, sinon, nous sommes dans le Lovecraft pur jus : un mélange de science-fiction cosmique, de fantastique et d’horreur avec les fameux grimoires maudits et autres connaissances interdites. Les différentes lettres échangées suivent la progression de l’angoisse et la multiplication des phénomènes terrifiants, créant une atmosphère étouffante. Comme toujours avec l’écrivain nous restons dans un certain flou, un mystère entretenu par des descriptions vagues et une épouvante allusive qui se refuse à donner trop d’explications. Ce texte, de part sa forme (un court roman) reste toutefois plus limpide et moins alambiqués que la plupart des nouvelles de l’écrivain, sa progression se montre plus traditionnelle et linéaire.

Comme souligné précédemment CELUI QUI CHUCHOTAIT DANS LES TENEBRES n’est peut-être pas le meilleur texte de Lovecraft mais il reste sans doute le plus représentatif, le plus…lovecraftien dirait on ! Si on apprécie ce style, cette narration parfois ampoulée, ce vocable souvent désuet alors il très probable que l’on devienne un amateur de Lovecraft. Dans le cas contraire il est sans doute préférable de ne pas poursuivre.

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Publié le 1 Février 2019

LE PASSAGE de Justin Cronin

La première chose qui frappe devant le bouquin c’est, forcément, son épaisseur. Une brique ! Même au sein d’une science-fiction souffrant de plus en plus d’éléphantiasis, le roman de Justin Cronin détonne avec (en poche) ses 1260 pages bien tassées. Et il s’agit seulement du premier tome d’une trilogie apocalyptique accumulant les superlatifs et s’étendant sur près de 3 000 pages.

Une fois la lecture entamée, on constate également que l’auteur semble totalement imprégné des codes de la série télévisée. Si on a souvent dit des auteurs de best-sellers de la fin du XXème siècle qu’ils écrivaient « à la manière d’une superproduction hollywoodienne » dont ils avaient intégré la narration alors Cronin propose peut-être la première « série télé » sur papier. Pas étonnant d’ailleurs que les droits aient été acquis (avant même la publication du livre !) par Ridley Scott qui songeait à en tirer trois films…avant qu’une adaptation pour les petits écrans soit lancée début 2019.

Au programme : multiplication des personnages, abondance des lignes narratives destinées à se rejoindre à mi-parcours, temporalité étirée avec plusieurs bonds temporel (l’intrigue se déroule sur plus d’un siècle !),…

Tout débute dans un futur très proche. Tandis qu’un commando militaire traque des individus atteints d’une étrange maladie, au Texas un condamné à mort et onze autres prisonniers sont choisi pour participer à une expérience médicale révolutionnaire. Mais, bientôt, un virus est libéré, se propage sur la planète entière et aboutit à un effondrement total de la civilisation, dévastées par des hordes d’infectés avides de sang. Un siècle plus tard, une petite communauté survit face à ces « vampires ». Surgit alors une « fille de nulle part », apparemment âgée de 14 ans mais en réalité né un siècle auparavant…Elle possède peut-être la clé permettant de relancer la civilisation.

La première partie, la plus prenante, propose une série d’expériences top secrètes menées par l’armée américaine. Le mystère est prenant, les personnages bien caractérisés, le background étoffé sans devenir envahissant. Impossible de ne pas penser à Stephen King engagé pour écrire un épisode de X Files (comment ça il l’a fait ? Bref…).

La suite se déroule après un bond de près de cent ans. L’apocalypse a eu lieu, l’humanité a tenté de survivre, la Californie a quitté l’union, l’Europe a fermé ses frontières mais rien n’a pu empêcher l’effondrement. Du coup, au début du XXIIème siècle, les hommes survivent dans des petites colonies retranchées comme des forteresses féodales. Le retour à l’âge des ténèbres s’annonce puisque tout va bientôt s’éteindre… « Mad Max » dans « La Nuit des morts vivants » ou « Je suis une légende ». Des infectés, des « vampires », des viruls (dénomination officielle),…la fin du monde est là et bien là. Bref, on entre dans le survival horrifique post-apocalypse façon blockbuster hollywoodien. Cette partie reste intéressante mais n’évite pas quelques baisses de rythme, le romancier se perdant parfois dans ses (trop) nombreux protagonistes certes habilement brossés mais qui n’évitent pas toujours les lieux communs (romance contrariée, infidélité,…). Avec les gardes protégeant la colonie LE PASSAGE s’apparente parfois à une relecture de certains chapitres du TRONE DE FER dans l’univers de « Walking Dead ».

Les plus critiquent dirons même que le bouquin s’apparente parfois à un de ces romans de gare des années ’80 (souvenez-vous des collections « Apocalypses » ou « Le Survivant » avec leurs titres tapageurs comme LES MURAILLES DE L’ANGOISSE ou ENFER CANNIBALE) à la différence que Justin Cronin étire son récit non pas sur 200 pages mais sur 1200. Mais ne faisons pas trop la fine bouche : en dépit de sa longueur et de certaines longueurs (comme dans une série il y a fatalement des intrigues et des personnages moins intéressants – de manière subjective), la lecture de ce roman reste fluide et agréable, quoique certains passages puissent exaspérer par leur lenteur. On peut donc se permettre de les survoler…

Si certains, qui « binge watch » des séries, voudront s’enfiler ce pavé d’une traite les plus raisonnables peuvent opter pour une lecture fractionnée en trois ou quatre fois, histoire de raviver l’intérêt pour un roman sans doute plaisant mais incontestablement trop long d’au moins 300 pages.

Loin d’égaler le classique LE FLEAU de Stephen King qui demeure le mètre étalon du post apocalypse littéraire, LE PASSAGE demeure efficace et trouvera certainement son public. Mais, maintenant que la boucle est bouclée et que le bouquin est devenu une série peut-être serait il plus judicieux de passer directement à l’adaptation télévisuelle.

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Publié le 23 Janvier 2019

LA GUERRE DES MONDES N'AURA PAS LIEU de Johan Heliot

Romancier français déjà auteur de belles réussites comme FAERIE HACKERS ou LA TRILOGIE DE LA LUNE, Johan Heliot compose ici un très plaisant récit de science-fiction, normalement destiné aux jeunes adultes mais qui peut s’apprécier à tout âge.

L’idée de faire d’Herbert George Wells le héros de ses propres récits n’est certes pas neuve (on se souvient de l’excellent film « C’était demain ») mais l’aventure fonctionne ici avec une belle énergie. La première partie présente la réalité, pas très reluisante, des conditions de vie à la fin du XIXème siècle alors que Wells, déçu de voir son roman, consacré au voyage temporel, refusé par son éditeur, part en compagnie de sa fiancée pour le Nouveau Monde. Son objectif ? Rejoindre Icarie, une communauté libertaire utopiste fondée par le philosophe communiste Etienne Cabet. Après un voyage en bateau dans des conditions pénibles, Wells finit par adopter les enfants d’un couple, rencontré sur le navire, et décédé lors d’un accident. Hélas, en Californie, la désillusion continue : l’utopie des « Français fous » a vécu et Icarie n’existe plus. Mais bientôt, Wells se voit entrainé dans la plus grande des aventures et, en compagnie du célèbre John Carter, il tente d’empêcher une absurde guerre des mondes entre la Terre et Mars.

Dans cette aventure uchronique (Wells a abandonné l’écriture) teintée de steampunk, le romancier multiplie les de références aux « Grands Anciens » de la science-fiction (Wells, Verne, Burrough), à des personnages historiques (Edison) encore à des lieux emblématiques comme Roswell. Destinant son livre aux jeunes adultes, Heliot est soucieux de garder l’attention et ne ménage ni les retournements de situations ni les sous-intrigues. Il mène son histoire à un rythme élevé et entrelace habilement des thèmes comme le voyage temporel à sa relecture personnelle de LA GUERRE DES MONDES. Il convie également le héros de Burroughs, le fameux John Carter (pas encore « de Mars » quoiqu’il obtienne ce titre à la fin du roman), pour aider Wells à repousser les forces d’invasions martiennes. Sous l’influence revendiquée du pastiche LA MACHINE A EXPLORER L’ESPACE de Christopher Priest, le Français délivre un roman hautement divertissant qui ne laisse aucunement souffler le lecteur en dépit d’un nombre important de personnages et de péripéties en cascade. Le récit s’emballe ainsi dans un tourbillon d’événements pouvant mener à l’apocalypse planétaire. Un bon moment qui plaira autant aux connaisseurs de l’âge d’or de la SF qu’aux néophytes qui apprécieront l’inventivité du romancier

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Aventures, #Jeunesse, #Uchronie, #science-fiction, #steampunk, #Johan Heliot

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Publié le 21 Janvier 2019

LA LIGUE DES HEROS de Xavier Mauméjean

En 1969 un vieil homme amnésique est ramené chez lui. Des souvenirs lui reviennent peu à peu, l’amenant à penser qu’il fut peut-être, au début du siècle, Lord Kraven, défenseur de l’empire britannique en bute aux créatures du Pays de Nulle Part menées par Peter Pan.

Mauméjean propose ici un roman extrêmement touffu qui devrait enchanter ceux qui se sont délectés des « délires » de Philip José Farmer (un des inventeurs du crossover littéraire avec ses nouvelles aventures de Tarzan, Doc Savage, etc.), du superbe cycle uchronique de Kim Newman (ANNO DRACULA) ou, plus récemment, des œuvres d’Alan Moore puisque le Français accomplit une sorte d’hommage destructeur aux super-héros à la manière des Watchmen ou de La ligue des Gentlemen Extraordinaires. On passe ainsi de Burrought (Tarzan) à Stan Lee et aux Marvel Comics en effectuant quelques détours par le Sherlock de Conan Doyle revisité par la science-fiction « new wave » à la Michael Moorcock sous le patronage de Jules Verne. C’est donc la foire d’empoigne de la pop culture, l’orgie pulp et les références en pagaille. Oui mais, là où Mauméjean n’aurait pu livrer qu’un simple divertissement truffé de clin d’œil, LA LIGUE DES HEROS démontre son ambition par son style prenant et déstabilisant. Car l’auteur use de chapitres courts, passent d’une période à une autre, ne laisse guère le temps au lecteur de souffler et parcourt plusieurs décennies à grande vitesse, le roman s’apparentant à une suite de vignettes intimistes ou spectaculaires qui racontent, en laissant en creux bien des périodes, une série d’événements survenus à Londres et dont furent témoins ces super-héros oubliés. Lord Kraven est ainsi entouré de Lord Africa (un Tarzan mâtiné d’Allan Quatermain), English Bob (le side kick inévitable), Le Maître des Détectives (un émule de Sherlock en provenance de Neverland),…Leurs ennemis se nomment Dr Fatal, Spada mais aussi Peter Pan. Le temps passe, la première guerre mondiale arrive et balaie une partie de la Ligue, ensuite reformée par ses survivants tandis que la monarchie anglaise est renversée.

LA LIGUE DES HEROS constitue donc une uchronie steampunk teintée d’urban fantasy, de science-fiction, d’action « pulpe », de fantastique et d’aventures rétro. Une œuvre foisonnante, parfois à la limite du digeste de par sa construction narrative éclatée et bordélique, mais indéniablement originale et ambitieuse. En décloisonnant les genres, Mauméjean s’imposait déjà comme une des nouvelles plumes les plus intéressantes de l’imaginaire français.

Le lecteur peut se sentir parfois perdu ou se demandait où l’auteur veut en venir (c’est le cas, probablement volontairement), mais, qu’on se rassure, le final retombe sur ses pattes et le dernier chapitre offre une conclusion satisfaisante et plus cartésienne à l’apparent délire des deux cents premières pages.

S’il n’est pas exempt de défaut, LA LIGUE DES HEROS se révèle une lecture au final plaisante et intelligente doublée d’un pastiche savoureux d’un siècle de « para culture » littéraire, cinématographique et dessinée.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Aventures, #Fantastique, #Fantasy, #Superhéros, #Uchronie, #science-fiction

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Publié le 18 Janvier 2019

DANS LA GUEULE DU DRAGON de Laurent Genefort

Publié au Fleuve Noir, voici un plaisant space opéra de la part d’un Genefort encore relativement débutant (ayant début fort jeune il avait déjà du métier) qui propose un mélange de hard science et de sense of wonder bien équilibré.

Nous suivons un enquêteur d’élite, Jarid Moray, au service d’une gigantesque entreprise, la Semeru. Jarid doit rétablir l’ordre lorsque les troubles menacent et, justement, la situation se détériore sur Muspellsheim, une planète de lave, véritable enfer en fusion. Celui-ci abrite pourtant une colonie humaine établie sur l’île artificielle d’Ymir qui navigue, telle un navire, sur les flots bouillonnants. Deux gouverneurs ont déjà été assassinés et Jarid doit résoudre ce mystère afin d’éviter le pire.

A la manière de certains Brussolo, DANS LA GUEULE DU DRAGON part d’une idée en apparence délirante (une colonie humaine qui vit – ou survit – sur une boule de lave inhospitalière à l’extrême) mais Genefort, contrairement à son confrère aimant s’enfoncer dans l’excès, parvient au contraire à la crédibiliser.

Déjà solidement rôdé et conseillé par des experts (d’ailleurs remerciés en fin de volume) scientifiques, l’auteur s’appuie sur des données scientifiques vraisemblables. Il rend ainsi son récit intéressant et crédible en lui conférant un background rigoureux qui plonge volontiers dans une hard science efficace sans devenir inutilement pesante ou exagérément didactique. Limité par les contraintes du Fleuve Noir, l’écrivain ne peut sans doute pas s’appesantir autant que souhaité sur son univers mais cela lui permet de garder un rythme soutenu et d’éviter les disgressions qui rendent certains romanciers de hard-science parfois peu digeste pour quiconque ne possède pas un doctorat en physique. Genefrot adopte ici une construction façon polar qui maintient l’intérêt du lecteur et soigne la caractérisation de ses protagonistes et les implications géopolitiques. Cependant ce sont surtout les descriptions, assez incroyables et vertigineuses, de cet environnement brûlant qui concourent à l’originalité et à la réussite du livre.

Si Genefort n’avait pas encore donné sa pleine mesure, il prouvait déjà avec ce DANS LA GUEULE DU DRAGON sa maitrise des codes du space opera, du polar science-fictionnel et de la hard science, faisant de lui, à moins de 30 ans, un des grands espoirs de la SF française. Un bon divertissement intelligent et un bon « Fleuve Noir »… même si on n’aurait pas craché sur une version plus longue (pour une fois !) d’une centaine  de pages afin d’explorer davantage ce « dragon ».

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Publié le 11 Janvier 2019

AGE OF ULTRON de Brian Michael Bendis

Précédé de critiques souvent mitigées, AGE OF ULTRON n’en reste pas moins un blockbuster très efficace et un plaisant « event » Marvel. Bien sûr l’intrigue n’est pas franchement originale, elle recycle grandement le classique « Days of Future Past » des X-Men tout en puisant énormément aux principales réussites du film de voyage temporel, « Terminator » en tête et même « Retour vers le Futur 2 ». Nous sommes, une fois de plus, dans un futur apocalyptique dans lequel l’androïde Ultron, jadis crée par le docteur Pym, a pris le pouvoir et a décimé quasiment l’ensemble de la planète. Une mission de sauvetage est organisée par Hawkeye afin de délivrer Spiderman prisonnier des robots, Captain America, très abattu, réfléchi à un plan avec les rares Avengers survivants, aidé par Black Widow et Moon  Knight. Au final, l’idée sera d’envoyer dans le temps Susan Storm et l’inévitable Wolverine afin de supprimer Pym. Le plan fonctionne mais, une fois de retour dans le « présent », les deux héros découvrent un monde tout aussi dévasté que celui qu’ils ont quitté…Un voyage dans le temps supplémentaire pourra t’il arranger la situation ou, au contraire, déchirer totalement le continuum ?

AGE OF ULTRON servit de base, assez lointaine, au second long-métrage des Avengers. Il faut dire que le récit imaginé par la star de la Maison des Idées, Brian Michael Bendis, possède toutes les qualités d’un blockbuster cinématographique : ampleur de l’idée de base (un monde complètement en ruine), scènes d’action colossales (combat contre les drones d’Ultron, crash d’un héliporteur du Shield,…), moments intimistes qui donnent leur « grand moment » à la plupart des protagonistes et questionnement moral sous-jacent, vaguement philosophique (Peut on changer l’Histoire ? Peut on sacrifier une vie pour en sauver potentiellement beaucoup plus ?).

AGE OF ULTRON de Brian Michael Bendis

Rien de franchement novateur mais un talent certain pour mélanger tous les ingrédients en un ensemble convaincant et maintenir l’intérêt sur dix épisodes. L’histoire se montre, en outre, très accessible et complète bien que le final laisse quelques questions en suspens pour la suite.

Servi par des dessins globalement efficaces et avançant à bon rythme, AGE OF ULTRON s’avère un des plus agréables « marvel event » de ces dernières années : une parfaite lecture divertissante et un très bon moment assuré pour les amateurs d’encapés.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Comic Book, #Marvel Comics, #science-fiction

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