science-fiction

Publié le 25 Mars 2022

STAR WARS – TOME V – LA GUERRE SECRETE DE YODA de Jason Aaron et Salvador Larroca

En guise de hors d’œuvre, ce tome nous propose l’annual BASH centré sur un nouveau personnage, Bash, une ouvrière qui refuse de choisir son camp. Les événements vont décider pour elle puisqu’elle sauve la princesse Leia et se trouve, par conséquent, obliger de rejoindre la rébellion.

Voilà une petite intrigue très classique et prévisible, avec quelques notations intéressantes quoique peu originales : pour la majorité des « petites gens » l’Empire et la Rébellion se ressemblent, ce sont deux nuisances différentes qui causent des dommages collatéraux et impactent l’existence quotidienne des simples citoyens. Le tout se lit avec plaisir mais ne renouvelle rien. Ce n’est pourtant pas désagréable et certainement bien plus distrayant que la suite.

Donc la suite, le plat de résistance (hum !), se scinde en quatre chapitres lus par Luke dans le journal du Vieux Ben. Tout de suite apparaissent les principaux problèmes de ce type de récit : il traite de Yoda mais ce dernier n’est jamais nommé (puisque le récit se situe avant l’Episode V et que Luke ne l’a pas encore rencontré) et rien n’a beaucoup d’importance…En effet, si cela avait eu de véritables conséquences, nous en aurions entendu précédemment. Cela suffit à démontrer la supériorité inévitable des récits consacrés à Aphra (ou même aux manigances de Vador) qui se détachent davantage de la ligne narratrice établie par le « canon » et permettent, forcément, de plus grandes libertés vis-à-vis de la trilogie initiale.

Ici, Yoda se retrouve sur une planète perdue. Il devient le disciple d’un gamin doté de pouvoir sur la pierre, une variante de la force que Yoda décide de maitriser sans que l’on comprenne très bien ses raisons. Pour étoffer cette intrigue rachitique, le tout propose aussi une guéguerre entre différentes tribus pas franchement intéressante. Tout part ensuite dans un grand gloubi-boulga entre science-fiction mystique et Heroic Fantasy tendance new age, un fatras indigeste complètement déconnecté de l’intrigue principale établie dans les précédents épisodes. Et puis, depuis le temps, Luke aurait pu terminer sa lecture, on parle d’un petit bouquin écrit par le Vieux Ben, pas du cycle complet de DUNE.

SI LA GUERRE SECRETE DE YODA constitue une sorte de récréation et, peut-être, un moyen pour le scénariste de s’offrir un petit plaisir à la marge des fondamentaux de la saga spatiale difficile de ne pas considérer l’ensemble comme anecdotique. Bref, un tome à réserver aux complétistes, les autres peuvent aisément faire l’impasse sur ce récit. Le problème étant que l’on peut répéter ce constat pour une (trop) grande partie des comics STAR WARS récents.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Cinéma, #Space Opera, #science-fiction, #Star Wars

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Publié le 7 Mars 2022

SUR LA ROUTE D'ALDEBARAN d'Adrian Tchaikovsky

Le thème de l’exploration d’un artefact extraterrestre, dénommé « gros objet stupide » de manière humoristique, s’est imposé comme un classique de la science-fiction. On citera quelques réussites exemplaires comme RENDEZ VOUS AVEC RAMA d’Arthur C. Clarke, L’ANNEAU MONDE de Larry Niven, LA GRANDE PORTE de Fred Pohl ou la trilogie GAIA de John Varley. Adrian Tchaikovsky s’y essaie à son tour avec ce court roman.

Loin, très loin, aux confins du système solaire, une sonde spatiale découvre un « gros objet stupide », une énorme structure qui présente la même face quelque soit l’angle sous laquelle on l’observe. Cet artefact se voit surnommé le Dieu Grenouille et, pour l’observer et éventuellement l’explorer, l’Humanité dépêche un vaisseau, le Don Quichotte, avec dans ses flancs un équipage de 29 humains en hibernation. Après plusieurs dizaines d’années de voyages, les émissaires peuvent enfin découvrir les secrets de l’artefact.

Spécialiste du gros space-opéra (CHIENS DE GUERRE, DANS LA TOILE DU TEMPS), l’auteur ramasse ici son intrigue sur 160 pages. Il déroule deux lignes narratives : celle du héros explorant l’artefact et celle, en flashback, qui raconte sa découverte et les réactions de l’Humanité. Le bouquin sera donc, essentiellement, un catalogue de rencontres étranges et de formes de vie totalement non-humaines que l’auteur se plait à détailler. Toutefois, l’ensemble ne retrouve pas le niveau d’excellence des romans précités sur le même thème et l’exploration tourne un peu en rond. Certes, certains passages fonctionnent agréablement, on trouve quelques références et clins d’œil humoristique, une ambiance assez étouffante et quelques passages qui versent même dans l’horreur mais, finalement, on reste sur une impression mitigée. Le tout évoque une version science-fictionnel du MAGICIEN D’OZ dans le monde d’ALIEN ou, pour prendre une comparaison plus contemporaine, la série PERDU DANS L’ESPACE. La plupart des critiques disponibles étant largement plus positives, faites-vous votre propore avis.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Roman court (novella), #science-fiction

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Publié le 2 Mars 2022

UNE ROSE POUR L'ECCLESIASTE de Roger Zelazny

Voici un recueil de quatre nouvelles relativement longues (trois d’une cinquantaine de pages, une de quatre-vingt) rassemblées en recueil en 1967 et assorties d’une préface de Sturgeon. Zelazny, aujourd’hui largement (et injustement) résumé à sa monumentale saga des Princes d’Ambre, débuta à 25 ans par une série de nouvelles science-fictionnelles. Publiées au début des années ’60, elles bousculèrent la « SF de papa » en se détournant des thèmes traditionnels du genre. L’auteur se soucie en effet davantage des sentiments de ses personnages que des descriptions de vaisseaux spatiaux et de la technologie. Bref, l’antithèse de la hard-science prisée actuellement. A la fin des sixties, période on le sait marquée par de nombreux bouleversements, Zelazny s’inscrit dans la New Wave, une SF plus audacieuse et plus engagée. Le mouvement et l’auteur s’intéressent plus aux aspects littéraires d’une œuvre et moins aux affabulations pseudo-scientifiques du pulp. UNE ROSE POUR L’ECCLESIASTE rassemble quatre de ses textes, deux ayant été précédemment publiés dans Fiction.

Le recueil varie les décors. Dans la première nouvelle, « les Furies », trois hommes dotés de pouvoirs paranormaux, avatars modernes des Furies, traquent à travers la galaxie un redoutable criminel. Dans « Le cœur funéraire », peut-être le meilleur des quatre récits, nous suivons quelques nantis à la poursuite de l’immortalité. Le récit questionne le lecteur et lui demande s’il est prêt à sacrifier son présent pour une vaine quête d’immortalité afin de jeter un œil sur le futur. Une nouvelle pertinente et marquante à condition d’entrer dans l’intrigue qui, au départ, peut déstabiliser. Gagnant du prix Nebula, « Les portes de son visage, les lampes de sa bouche » suit la traque d’un Leviathan dans les océans de Vénus. Quant à la nouvelle-titre, elle expédie un linguiste sur Mars avec une rose et de la poésie en guide de remède à l’apocalypse acceptée par les Martiens. Une histoire poétique dépouillée des oripeaux traditionnels de la SF, un récit plutôt triste mais dont la conclusion est porteuse d’espoir.

L’auteur avait de l’ambition, il le démontre par un style travaillé, riche, parfois à l’excès. Il avait également des idées fortes et savait composer des protagonistes intéressants. La forme courte lui permet de donner la pleine mesure de son talent en combinant prospective, visions du futur, érudition, poésie et considérations philosophiques. Une bonne introduction à l’un des auteurs majeurs de la SF du XXème siècle.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Prix Nebula, #Recueil de nouvelles, #science-fiction

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Publié le 23 Février 2022

LA SAISON DE LA SORCIERE de Roland C. Wagner

Roland C. Wagner fut une plume majeure de la SF française à qui on doit, notamment, la très chouette série policière d’anticipation « Les futurs mystères de Paris ». LA SAISON DE LA SORCIERE s’annonce donc sous les meilleurs auspices et se dévoile sous une magnifique couverture sur laquelle une sorcière est poursuivie par des avions de chasse. Le verso, tout aussi enthousiasmant, nous annonce un récit déjanté dans lequel se croisent agents du gouvernement, magiciens et créatures géantes (ptérodactyles, kaiju,…) venant détruire des monuments emblématiques comme la Tour Eiffel. Bref, le lecteur s’attend à un mélange d’urban fantasy, de délires proches des bandes dessinées à la Adelle-Blanc-Sec et de blockbuster à la GODZILLA. Hélas on déchante rapidement tant Wagner s’éloigne de ce postulat pour verser dans une satire politique assez indigeste et convenue.

Manifestement écrit dans la foulée du 11 septembre, le roman traduit les peurs sécuritaires post attentat et imagine un monde uchronique dictatorial dans lequel les Etats-Unis (pardon, les U$A – bonjour la finesse) ont envahi la France. Des petits voyous de banlieues s’érigent alors, presque par hasard, comme les terroristes libérateurs de la nation sous couvert d’une pseudo armée clandestine. Et la ligne narrative consacrée aux attentats magiques et aux sorcières ? Elle intéresse beaucoup moins l’auteur que sa satire politique à gros sabots. On se demande d’ailleurs quel est le but premier d’un roman qui ne semble avoir été écrit que pour envoyer des piques régulières envers les USA et leurs méthodes de « lutte contre la Terreur ». Les USA c’est le Mal, la France c’est pas bien, l’Europe guère mieux. Des pays pas gentils qui exploitent le reste du monde.

Finalement, le bouquin (pourtant couronné par les prix Rosny Ainé et Bob Morane) peine à convaincre et l’amateur qui espérait une fantasy déjantée se retrouve avec un pamphlet politique anarcho gauchiste (beurk) tirant à boulet rouge sur l’impérialisme américain et le capitalisme. Bref les pires travers de la science-fiction française engagée (forcément toute à gauche) : courage camarade le matin du grand soir n’est pas encore venu mais grâce à la repentance perpétuelle, le triomphe du communisme se rapproche. Le tout s’avère pénible mais heureusement en partie sauvé par une pagination réduite (220 pages) et quelques notes d’humour qui parviennent à alléger un récit bien médiocre. C’est peu mais ça pourra divertir les derniers hippies du Larzac, les Parisiens qui fréquentent la fête de l’Huma, les électeurs de Mélanchon ou les adeptes des merdes Woke, cancel culture et pardonnez nous on a été très vilain blablabla. Les autres peuvent s’abstenir et espérer qu’un jour la science-fiction française en termine enfin avec sa crise d’adolescente et se débarrasse de cette idéologie gauchiste complètement obsolète, manichéenne et ridicule.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #science-fiction

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Publié le 26 Janvier 2022

LA FONTAINE DES AGES de Nancy Kress

Dans cette nouvelle livraison de l’indispensable collection de romans courts « Une heure lumière », LA FONTAINE DES AGES est un avatar de la légendaire fontaine de jouvence.

Le très riche Max Feder va mourir. Il se souvient d’un amour de jeunesse, une femme rencontrée à Chypre il y a fort longtemps. Depuis, elle est devenue immortelle et, par les progrès de la technologie, a également prolongé la vie d’autres personnes. La retrouver devient l’obsession de Feder. Ses enfants l’ont abandonné, son épouse n’a plus d’intérêt pour lui et cette quête reste l’unique préoccupation de ses (derniers) vieux jours.

Cette novella est contée de manière assez complexe, avec des aller-retours entre le passé et le présent. Si le lecteur peut se sentir déstabilisé, en faisant l’effort de s’accrocher, le puzzle se met, peu à peu, en place. La romancière s’interroge une nouvelle fois sur les bouleversements sociaux et sentimentaux apporté par une innovation techniques. Le texte rappelle donc son chef d’œuvre, L’UNE REVE ET L’AUTRE PAS.

Ici existe la possibilité de se « figer » à un âge donné pour ne plus vieillir. Cependant la mort survient 20 ans plus tard. Le jeu en vaut-il la chandelle ? Pour certains (sportifs, mannequins, etc.) oui. Pour d’autres non. Le principal protagoniste, de son côté, se refuse à recourir au procédé. C’est un personnage ambigu, qui a construit sa fortune de manière frauduleuse et a bien magouillé durant toute sa longue vie. Il n’est pas particulièrement sympa mais, après tout, ce genre d’individu, immensément riche, l’est rarement. Kress réussit toutefois à le rendre attachant par certains côtés, méprisables par d’autres. Bref, il est humain.

En 112 pages, la romancière ne perd guère de temps. Elle a beaucoup à dire mais préfère la brièveté aux pavés si courants dans la SF d’aujourd’hui. Nous avons donc des lignes temporelles entrelacées, la présence de gitans qui ajoute une réelle originalité à l’ensemble, une histoire mêlant romance et hard-science (sans verser dans le prêchi-prêcha, l’autrice s’interroge sur les dérives du transhumanisme).

Finaliste du Hugo et lauréat du Nebula dans la catégorie « Roman court », une nouvelle belle réussite pour Nancy Kress.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Prix Nebula, #Roman court (novella), #science-fiction

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Publié le 23 Décembre 2021

SUR L'EPAULE DU GRAND DRAGON d'Alain Paris

Alan Paris poursuit sa vaste saga de la Terre Creuse avec ce troisième tome toujours aussi réussi. Nous sommes en l’an 802 du Reich, dans l’attente du retour du Premier (autrement dit Adolf) en messie au terme des milles ans prédits. L’intrigue se complexifie encore : Arno Von Hagen, toujours décidé à se venger, est devenu Seigneur des Runes. Une nouvelle mission lui est confiée : récupérer auprès des agents du Vril des cartes du monde. Il part donc à Nuremberg, poursuivi par la police secrète de la Sainte-Vehme. En effets, cette organisation refuse la thèse officielle concernant la mort de Nepomuk (dans le tome précédent) et interroge, à sa manière brutale, quelques individus. Entre également dans la danse le Stern, groupe résistant secret qui combat le Reich depuis des siècles.

Alan Paris poursuit sa vaste fresque dans une Europe uchronique entre médiéval fantastique et steampunk. La Sainte-Vehme, un mouvement extrémiste tient le monde dans sa main de fer, à la manière de l’Inquisition. La Fraternité des Runes se complait dans la guerre, le Vril se compose de pseudo-scientifiques partagés entre sciences exactes et superstitions. Le roman va à l’essentiel en dépit des manigances de nombreuses forces antagonistes. La priorité reste le divertissement et l’auteur ne se perd pas (heureusement !) dans d’interminables description de son « système ». Au lecteur de combler les manques et de reconstituer l’évolution de cet univers ayant dévié de sa route voici huit siècles. Le romancier évoque brièvement la situation du reste du monde, partagé entre divers « empires » mais l’essentiel demeure les rebondissements, l’action, le souffle de la grande aventure avec un sens de l’épique indéniable. Nous sommes à la croisée de bien des genres « populaires » : aventure donc mais aussi cape et épées, fantasy, uchronie, steampunk, science-fiction,…agrémenté d’une bonne dose de roman feuilleton avec toutes les conventions indispensables (cliffhanger, protagonistes qui entrent et sortent de l’histoire pour croiser la route du héros, retournements de situation, poursuites, duels, bagarres, mystère,…). Le vaste tableau d’Alan Paris prend encore davantage d’ampleur et ne laisse jamais au lecteur le temps de souffler. Un bouquin précis, haletant, qui avance rapidement et ne cherche qu’une chose : offrir trois heures d’évasion sans le moindre ennui. Ce que devrait toujours être la littérature. En des temps encombrés de cycles « fantasy » interminables plus soucieux de décrire un château sur un chapitre (ou de préciser la couleur de la culotte de l’héroïne), la concision d’Alan Paris fait un bien fou. Et une fois le tome 3 terminé on n’a qu’une envie : entamer le suivant !

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Aventures, #Fantasy, #science-fiction, #Uchronie, #steampunk

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Publié le 17 Décembre 2021

100% STARS WARS TOME 9 – LA MORT DE L’ESPOIR de Kieron Gillen & Salvador Larroca

Contient Star Wars (2015) #50-55.

Et voilà la suite du grand arc imagine par Gillen depuis une douzaine de numéros, un épisode qui se veut en quelque sorte la riposte de l’Empire à la destruction de l’Etoile Noire (et donc à « Star Wars IV : Un nouvel espoir). Cette fois, trahi par la reine Trios, les rebelles sont coincés dans leurs vaisseaux, incapables de déployer leurs chasseurs et tirés comme des lapins par les destroyers stellaires menés par Vador. La série de belles victoires rebelles devaient fatalement s’arrêter et ce tome explique comment ils se sont repliés (ce qui devrait logiquement mener les survivants vers une certaine base sur Hoth) tant la flotte est ici littéralement mise en pièces par les vaisseaux impériaux.

Le scénariste se centre sur un Vador surpuissant et dévastateur (à l’image du final de « Rogue One » dont la noirceur sert d’inspiration à cette intrigue) mais met également en valeur Trios. Cette dernière trahit certes la rébellion mais en quelque sorte contrainte et forcée : elle ne souhaite pas infliger à son peuple la destruction vécue par Aldéraan. Evidemment on retrouve quelques facilités (une nouvelle fois les rebelles doivent s’introduire chez l’ennemi pour dérober les codes nécessaires, un ressort dramatique usé qui tourne ici au procédé), un certain manque de caractérisation des personnages secondaires (introduits rapidement et tout aussi vite expédiés pour mettre en valeur leur sacrifice) et une prédominance de l’action au détriment du reste. Malgré tout (et la présence de Larroca au dessin pour une dernière prestation un peu moins catastrophique que d’habitude, autrement dit un peu moins photoshopée par-dessus la jambe) LA MORT DE L’ESPOIR s’impose comme un très bon arc narratif qui rapproche, peu à peu, nos personnage de « L’Empire contre-attaque ». Du space-opéra pur jus riche en action et qui peut certes se résumer à une énorme bataille spatiale mais n’en reste pas moins plaisant.

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Publié le 22 Novembre 2021

OFFSHORE CONNECTION de Gerald Montgomery

402ème roman « Exécuteur » publié, OFFSHORE CONNECTION (n’eut-il pas été plus simple de garder le titre original de « Leviathan » ? ) constitue une agréable diversion des routines de la série. Mack doit, cette fois, intervenir sur un important site de forage pétrolier dans l’Océan Atlantique. La station Cassiopée est même considérée comme un état indépendant hors des juridictions nationales. Or, le pétrole n’y est qu’une couverture : on y trafique également de la drogue et la mafia et la CIA en font un terrain d’affrontements. Mais ce n’est pas tout car, pour ne rien arranger, intervient dans l’équation une bande de cultistes vénérant les étranges calamars géants qui nagent dans ses eaux. Nous voici donc entrainé dans un bouquin particulièrement délirant qui reprend quelques tropes de la saga de Mack Bolan mais les intègrent dans un récit plus vaste et plus original. L’auteur propose ainsi des clins d’œil prononcés à l’aventure façon 20 000 LIEUES SOUS LES MERS ou aux séries de science-fiction rétro comme « Voyage aux fonds des mers ». Bien sûr, la présence de cultistes et de monstres marins, fait immédiatement songer à Lovecraft et OFFSHORE CONNECTION ne se prive pas de plonger dans les territoires des Grands Anciens ou d’orchestrer un combat homérique entre un sous-marin et un gigantesque calamar. Pas spécialement vraisemblable mais qu’importe, l’essentiel reste le plaisir du lecteur !

Atypique et déjanté, OFFSHORE CONNECTION s’éloigne radicalement des conventions habituelles de la saga de Mack Bolan, lequel aurait d’ailleurs pu ne pas être présent. Nous sommes bien davantage dans un mélange de science-fiction, de fantastique référentielle et d’aventures à l’ancienne que dans les classiques guérillas urbaines typiques de nombreux « Exécuteur ». Une certaine idée du roman pulp, certes modernisé, mais qui renvoie davantage aux bouquins style Doc Savage qu’aux productions actuelles des « romans de gare ». Et ce n’est pas plus mal tant tout cela s’avère, dans les limites de ses ambitions, plaisant.

OFFSHORE CONNECTION de Gerald Montgomery

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Publié le 21 Novembre 2021

LA BELLE NUIT POUR UN HOMME MORT d'Henri Vernes

Ouvrage délirant, déjanté, rageur et rageux, LA BELLE NUIT POUR UN HOMME MORT porte la signature de  Charles-Henri Dewisme. Ecrit juste après la guerre et publié en 1949, encensé par Léo Mallet, le roman disparait ensuite des radars pour être republié soixante ans plus tard, sous le pseudonyme plus connu d’Henri Vernes. Car, en effet, le créateur de Bob Morane a également rédigé ce bouquin à ne pas mettre entre toutes les mains. Un condensé de cruauté, de nihilisme et de désespoir, parfaitement résumé par son titre explicite.

Brand va mourir, il l’a décidé. Il lui reste une nuit à passer sur terre, plus précisément dans un Paris postapocalyptique. Le jeune homme déambule, rencontre divers protagonistes et passe quelques temps aux côtés d’une demoiselle innocente qu’il s’amuse à pervertir et souiller à plaisir. Pourquoi ? Pour qu’elle accepte, par amour, de se sacrifier elle-aussi. Le bouquin s’avère noir, noir comme la mort, noir comme le souvenir. Et rouge sang. C’est de la littérature inclassable, coup de poing et coup de pied dans les burnes. Du polar brutal, une sorte de version déjantée et teintée de science-fiction (ou de fantastique) du fameux J’IRAIS CRACHER SUR VOS TOMBES de Vian.

L’œuvre est courte (140 pages), l’intrigue est mince, l’essentiel réside dans la charge au vitriol, le côté cruel (tout le temps), érotique (parfois), gore même… Nous sommes à l’opposé du côté gentillet et boyscout des Bob Morane. Ici, Henri Vernes se lâche, n’a jamais peur d’aller trop loin et de déverser sa bile, voire de vomir sa haine. Un flot dévastateur dont l’unique but semble être de tout emporter sur son passage, dans un tourbillon de rage. Du roman punk, qui crache à la gueule du lecteur avant de lui asséner un bon coup dans les valseuses.

Bref, une belle efficacité pour ce roman qui emprunte tout à la fois à la littérature « noble » (prétentions « littéraires » et considérations existentialistes incluses) et à tous les mauvais genres littéraires imaginables (polar, thriller, horreur, gore, fantastique, porno, science-fiction,…). Sa lecture n’est pas particulièrement agréable, ce tir de barrage laisse le lecteur quelque peu épuisé voir groggy. D’où sans doute l’envie ensuite de se replonger dans un bon vieux Bob Morane pour se détendre. Mais, dans l’ensemble, cette expérience reste mémorable et intéressante. A découvrir !

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Publié le 15 Novembre 2021

JARDINS DE POUSSIERE de Ken Liu

Nouvelle valeur montante de la SF (on peut même, déjà, parler de valeur sûre), Ken Liu choisit le plus souvent la forme courte pour s’exprimer, comme en témoignait son anthologie fort récompensée, LA MENAGERIE DE PAPIER. Ce second recueil, JARDINS DE POUSSIERE, rassemble 25 nouvelles, assorties d’un avant-propos et d’une bibliographie, pour 544 pages de lecture. Il s’agit ici des nouvelles courtes, allant de deux pages à une quarantaine, les « romans courts » de l’auteur (le plaisant LE REGARD et le formidable L’HOMME QUI MIT FIN A L’HISTOIRE) étant par ailleurs disponibles dans la collection Une Heure lumière.

Certains des textes ici rassemblés ont été précédemment publiés dans diverses anthologies (« La fille cachée » dans EPEES ET MAGIE, « Sept anniversaires » dans le hors-série de la collection précitée « Une Heure lumière ») ou revues (« Souvenir de ma mère », « le Fardeau », « Une brève histoire du tunnel transpacifique » dans Bifrost qui a toujours mis en avant Ken Liu, « Long courrier » et « Nœuds » dans Galaxies), les autres sont inédits.

Après le court et poétique « Jardin de poussière », nous embrayons avec « La fille cachée », récit de Fantasy proche de la « chevalerie » des films Wu Xia Pian de la Shaw Brothers. « Bonne chasse » reste dans le domaine de la fantasy chinoise avec le personnage de la Renarde (vu dans pas mal de films) dont le héros tombe amoureux, à la manière des « Histoires de fantômes chinois ». Un récit agrémenté d’une réflexion sur le temps qui passe et la mort de la magie dans une ambiance steampunk. Autre réussite, « Rester » traite du monde d’après la Singularité, alors que la majorité de l’humanité a choisi de laisser mourir son corps physique pour ne plus exister qu’à l’état de simulation dans le cyberspace »…Nouvelle illusion ou immortalité ? Le récit s’intéresse surtout à ceux qui, comme le titre l’indique, on choisit de « rester » et de continuer à vivre physiquement…mais jusqu’à quand pourront-ils maintenir un semblant de civilisation ? Le recueil se poursuit sur d’autres récits qui évoquent la Singularité et le post-humanisme, envisageant un monde dans lequel 300 milliards d’humains ont été digitalisé et stockés pour une nouvelle vie éternelle. Le très court « Souvenir de ma mère » joue de la relativité du temps pour permettre à une mère atteinte d’un mal incurable d’accompagner sa fille tout au long de sa vie.

Plus léger mais tout aussi réussi, « Le Fardeau » montre des archéologues étudier une vaste saga épique découverte dans les ruines d’une lointaine planète. Bien que ses habitants aient disparus depuis un million d’années, le poème philosophique continue d’inspirer les Terriens et suscite même l’émergence de nouvelles religions basées sur cette sagesse ancestrale. Mais une jeune femme découvrira la vérité sur ce récit. Un récit très « âge d’or » (on imagine très bien les Grands Anciens comme Asimov ou Clarke tentés par le sujet) à la chute savoureuse.

Dans « Nul ne possède les cieux », un homme commet un sacrilège en disséquant un faucon sacré, ce qui va entrainer le de développer les dirigeables et assurer à son pays la suprématie sur les airs et de nombreuses victoires militaires.

 

La nouvelle uchronique « Une brève histoire du tunnel transpacifique » constitue une autre indéniable réussite avec ce monde qui a choisi, pour échapper à la Grande Dépression, de creuser un tunnel sous le Pacifique, donnant ainsi un emploi aux nombreux chômeurs.

La suite reste globalement de très bon niveau (« Dolly ») avec des interrogations très actuelles, notamment sur la discrimination positive (« Vrais visages » qui prouve l’absurdité de vouloir gommer son genre et son ethnie) mais aussi sur le clonage et les manipulations génétiques dans le but d’engendrer des hybrides humains / animaux (« Animaux exotiques »,) dignes du docteur Moreau. L’auteur parle aussi réchauffement climatique (« Message du berceau » et sa visite d’une Boston engloutie sous les eaux), transhumanisme (« Sept anniversaires » et ses humains débarrassés de leur identité corporelle pour devenir des avatars numériques immortels).

Quoiqu’il utilise des thèmes classiques et n’hésite pas à proposer une SF exigeante et « hard », Ken Liu ne renonce pas, pour autant, à l’émotion et au « sense of wonder », quitte à parfois vouloir « faire pleurer dans les chaumières » (« Dolly », « Animaux exotiques », « La dernière semence »,…). Mais pourquoi y voir un défaut ? La SF ne doit pas être toujours aussi froide que celle de Stephen Baxter ! Avec Ken Liu le lecteur éprouvera un panel d’émotions et de réflexions qui confirment la place de l’auteur chinois au sommet de son art. Si on aime la science-fiction, impossible de ne pas aimer Ken Liu et ce recueil imparable en constitue une nouvelle preuve.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Fantasy, #Hard Science, #Recueil de nouvelles, #Uchronie, #science-fiction

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