policier

Publié le 26 Avril 2019

J-77 (Dernier meurtre avant la fin du monde tome 2) de Ben H. Winters

Ben H. Winters livre ici le second volet de sa trilogie apocalyptique débutée avec DERNIER MEURTRE AVANT LA FIN DU MONDE.

Un gigantesque astéroïde va percuter la Terre et anéantir la quasi-totalité de l’Humanité. Nous sommes à 77 jours de l’impact…. Bruce Willis n’étant pas disponible la population se résout à l’inévitable, sachant que la plupart vont mourir. Pour les rares survivants ce sera de toutes façons l’enfer. Du coup chacun baisse les bras et se décide à vivre au maximum avec tous les excès que cela implique. Hank Palace, un flic à la retraite anticipée, accepte pourtant d’aider son ancienne nourrice à retrouver son mari mystérieusement disparu…

Ce deuxième épisode de la saga de Ben H. Winters s’avère de bonne facture mais, néanmoins, en deçà du premier. Evidemment, l’originalité de la situation n’est plus de mise ce qui constitue un sacré défi tant le mélange de thriller et de récit catastrophe rendait le premier volet passionnant.

Toutefois, la situation a évolué : là où le premier roman décrivait un monde essayant de continuer « bon gré mal gré », ce J-77 nous montre une planète à l’abandon. Découragement généralisé, marché noir pour trouver les dernières denrées disponibles, excès en tous genres, émeutes et explosions de violences… Et, bien sûr, émergence de pseudo sectes comme ces étudiants vaguement hippie qui virent le personnel de leur université, déclarent la « république » et passent leurs dernières journées dans le sexe, la drogue et le rock&roll tout en gardant des préoccupations politiquement correctes complètement stupides (calculer le pourcentage d’interventions émanant des personnes de couleur par exemple).

Si le premier volet s’inscrivait résolument dans le polar teinté d’anticipation catastrophique, ce J-77 prend davantage le chemin d’un roman apocalyptique et l’enquête policière, pas toujours très intéressante, semble accessoire. Elle sert surtout à justifier les déambulations du héros et ses rencontres avec divers personnages haut en couleur. L’auteur pose aussi la question des réactions face à l’inéluctable et pour le héros, droit dans ses bottes, il est « impossible de trahir ses promesses simplement parce que c’est la fin du monde ». Guère optimiste sur l’Humanité (mais surement très réaliste), l’auteur observe la dissolution complète de la civilisation à l’approche de l’anéantissement total. Malgré les défauts de ce second volume en demi-teinte on est suffisamment impatient pour ne pas trainer à lire l’ultime volet, IMPACT.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Polar, #Policier, #Thriller, #anticipation, #Catastrophe

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Publié le 12 Avril 2019

PUZZLE POUR FOUS de Patrick Quentin

Sous le pseudonyme de Patrick Quentin se cachaient deux romanciers, Richard Wilson Webb (1901 - 1965) et Hugh Wheeler  (1912 -1987) qui écrivirent de nombreux policiers dont une fameuse série de « puzzles ». Le premier d’entre eux, PUZZLE POUR FOUS, débute de manière originale puisque le héros, Peter Duluth, se retrouve dans un hôpital psychiatrique pour y soigner son alcoolisme. Peter y rencontre divers protagonistes (des médecins, des patients, des infirmières et même sa future épouse puisqu’il s’agit du premier volume d’une longue série de romans policiers) avant de se confronter au meurtre particulièrement sadique d’un membre du personnel retrouvé mort dans une camisole de force. Peter, qui soupçonnait depuis quelques temps que quelque chose ne tournait pas rond dans cet asile, va mener l’enquête pour découvrir le coupable.

PUZZLE POUR FOUS prend son temps pour établir son ambiance, poser son mystère et présenter ses protagonistes. Le cadre, original voire inusité dans le domaine du whodunit, retient immédiatement l’attention et permet d’avancer dans la lecture jusqu’au premier meurtre qui survient classiquement au tiers du récit. Bien sûr, d’autres événements étranges se déroulent (quoi de plus étonnant dans un asile ?) et les responsables tentent de minimiser la situation, affirmant par exemple que le crime constitue, en réalité, un regrettable accident. Cette théorie s’écroule lorsqu’un autre patient est découvert poignardé durant la projection d’un documentaire animalier. Cette fois, c’est évident, au milieu des fous rode un assassin…

Le roman, écrit en plein âge d’or du récit de détection, se distingue par un lieu et un enquêteur inhabituel puisque le principal protagoniste, un homme de théâtre respecté, est placé dans un asile pour soigner son alcoolisme consécutif à la mort de son épouse. PUZZLE POUR FOUS mise donc essentiellement sur un climat d’étrangeté pour convaincre le lecteur : l’intrigue en elle-même n’est pas des plus élaborée et s’avère fort classique dans son déroulement (suspects nombreux, testament égaré, phénomènes bizarres, second crime qui relance le récit, réunion des suspects, etc.) mais l’originalité du détective amateur rend l’ensemble intéressant. D’ailleurs celui-ci n’est pas infaillible car, s’il cerne les motivations du tueur et sa manière de procéder, il se trompe complètement sur son identité.

Le bouquin se situe ainsi à la croisée du policier classique, du thriller à suspense et de la romance puisque notre héros trouvera parmi les patientes sa future femme. Comment seront leurs aventures dans un cadre plus traditionnel ? Il faudra lire PUZZLE POUR ACTEURS afin de le découvrir mais cette première enquête s’avère divertissante pour les amateurs de whodunit à l’ancienne agrémenté d’une légère touche d’humour en dépit d’un climat pesant. 

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Golden Age, #Policier, #Whodunit

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Publié le 8 Avril 2019

LE CHEMIN DE LA FALAISE de Patricia Wentworth

Avec Patricia Wentworth nous sommes assurés d’un bon whodunit en forme de policier « cosy » avec tous les ingrédients indispensables de la recette. Alors, bien sûr, l’originalité n’est pas la principale qualité de cette intrigue qui nous présente une nouvelle famille dysfonctionnelle dans laquelle s’invite le crime. Rachel Treherne vit dans l’angoisse et reçoit des menaces de mort…qui deviennent chaque jour plus précises : un escalier ciré, des chocolats empoisonnés, des vipères sur son lit,… Elle contacte la détective privée Miss Silver et celle-ci débarque incognito dans un véritable panier de crabes. Car tous les membres de la famille de Rachel dépendent de son bon vouloir pour leurs dépenses quotidiennes et la supprimer résoudrait bien des problèmes. Nous avons le jeune homme tenté par le communisme (quelle horreur !), la demoiselle complètement stupide et dépensière, l’artiste raté, le type soumis à son épouse, la domestique louche,…Une belle galerie de suspects donc, tous pouvant en vouloir suffisamment à Rachel pour désirer la supprimer

Typiquement british, délicieusement suranné, les romans mettant en scène Maud Silver (créée deux ans avant sa collègue Miss Marple) possèdent toutes les qualités requises pour un bon moment de détente : des personnages certes clichés mais bien campé, un rythme appréciable (attention, on n’est pas dans du thriller hard boiled non plus), des rebondissements nombreux, une touche d’humour et bien sûr un coupable inattendu dévoilé dans les dernières pages. Bref, du classique, mais fort adroitement cuisiné par une spécialiste du whodunit. Miss Silver effectua d’ailleurs plus de trente enquêtes, de sa première apparition dans (le très moyen) LE MASQUE GRIS en 1928 à sa dernière dans MEURTRE EN SOUS-SOL en 1961, année du décès de Wentworth.

LE CHEMIN DE LA FALAISE constitue la troisième apparition de l’ancienne enseignante reconvertie dans la détection. Ce n’est certes pas un chef d’œuvre du genre mais il offre trois ou quatre heures d’évasion et de divertissement sans prétention dont il serait dommage de se priver  pour les amateurs de romans policier d’antan.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Golden Age, #Policier, #Whodunit, #Patricia Wentworth

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Publié le 5 Avril 2019

LE NOUVEAU MEMORIAL SHERLOCK HOLMES

Jacques Baudou, grand spécialiste de la paralittérature, proposa dans les années 80 quatre anthologies de nouvelles consacrées à Sherlock Holmes. LE NOUVEAU MEMORIAL SHERLOCK HOLMES, la deuxième de cette série, rassemble une dizaine de pastiches. « Celui que Jupiter veut perdre » invite les extraterrestres dans l’univers du limier de Baker Street pour expliquer comment le célèbre journaliste Isadora Persano devint fou devant une boite d’allumettes contenant un étrange vers inconnu des scientifiques. Le cas est évoqué dans le canon (dans « Le problème du pont de Thor ») et, depuis, plusieurs épigones de Conan Doyle on relevé le défi d’expliquer cette incroyable histoire. Celle proposée ici n’est pas très réussie mais la réponse expédiée au courrier des lecteurs de Galaxie à l’époque de sa publication (et reproduite ici) mérite le détour ! Isadora Persano revient dans « Le problème du Pont du sort, entre autres » attribué à PJ Farmer et qui tente d’expliquer comment Mr Phillimore est entré chez lui pour prendre son parapluie avant de disparaitre à jamais. On reste dubitatif.

Raffles, un gentleman cambrioleur proche de Lupin (il fut la principale inspiration pour Maurice Leblanc) et concurrent d’Holmes lui ravit la vedette dans un récit un peu laborieux qui, à nouveau, recourt aux extraterrestres pour expliquer les « trois échecs de Holmes ». Raffles fut d’ailleurs créé par le beau-frère d’Arthur Conan Doyle, Ernest William Hornung et on le retrouve dans « Raffles. L'énigme du bicorne de l'Amiral », où il est mis en échec par le docteur Watson et Conan Doyle lui-même. La nouvelle est plaisante, sans plus.

« L'aventure du ver extraordinaire » de Stuart Palmer, auteur bien connu de roman policier, nous permet de retrouver Isadora Persano (encore !) dans un récit assez alerte et divertissant, plus proche du « canon » que les élucubrations précédentes.

Ellery Queen tente, lui aussi, d’expliquer « La disparition de M. James Phillimore » dans une agréable pièce radiophonique (ici retranscrite) lorsque le fameux limier américain est confronté, au début des années ’40, à la disparition du petit fils de Phillimore. L’astuce utilisée semble évidente mais le tout est alerte, amusant et bien mené. Une réussite pour les infatigables cousins.

Arkadi Boukhov nous convie à assister à « La fin de Sherlock Holmes », le détective n’ayant plus aucun travail à accomplir puisque tous les criminels décident de se rendre d’eux-mêmes à la police. Une parodie jusqu’au boutiste du policier classique qui fonctionne agréablement, tout comme l’histoire d’Arthur Porges consacré à Stately Homes, pastiche évident de qui-vous-savez, héros de dix nouvelles dont seulement deux furent traduites en français.

Les « spéculations » sont des textes entre la nouvelle et l’article qui exposent des théories plus ou moins farfelues. Rex Stout, créateur de Nero Wolfe, imagine dès 1941 (soit trois quarts de siècle avant « Elementary ») que Watson ne peut être qu’une femme et il le prouve par diverses citations du Canon. L.W. Balley dans « L'énigme de l'énigme jamais mentionnée » fait de Sherlock la véritable identité de Jack l’Eventreur tandis que « le plus grand triomphe d'Adrian Mulliner » démontre que Sherlock et Moriarty ne faisaient qu’un. Enfin, « Mycroft Holmes. Un mystère élucidé » s’interroge sur l’identité du discret frère ainé qui était peut-être un ordinateur, une machine, Winston Churchill ou le chef des services secrets (comme Ian Flemming le rappellera via son « M »). Bref, des démonstrations farfelues, parfois amusantes, parfois un peu lourdes, qui intéresseront surtout les incollables du Canon.

Dans l’ensemble, LE NOUVEAU MEMORIAL SHERLOCK HOLMES offre un divertissement correct et rarement ennuyeux mais les nouvelles, certes sympathiques, s’avèrent souvent quelque peu décevantes et partent un peu dans tous les sens. Nous avons des hommages maitrisés, des délires plus ou moins déjantés qui fonctionnent plus ou moins bien, des pastiches, des hypothèses hardies, des clins d’œil (parfois très pointus) à destination des connaisseurs,…Au final le lecteur passe un bon moment mais reste quelque peu sur sa faim en dépit de l’une ou l’autre réussites incontestables. A réserver aux inconditionnels du limier de Baker Street.

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Publié le 26 Mars 2019

TOUR DE FORCE de Christianna Brand

Christianna Brand propose ici la sixième et dernière apparition de l’inspecteur Cockrill, cette fois en vacances dans la petite île de Suan Juan de Pirate. Il est accompagné d’un groupe de personnages excentriques : le couturier homosexuel Cecil, le musicien Leo Rodd privé de son bras suite à un accident et qui se console en draguant tous les jupons passant à proximité de son unique main, son épouse Helen qui se dévoue pour l’assister dans sa vie quotidienne et ferme les yeux sur ses incartades, la riche vieille fille Edith Trapp, la très réservée Vanda Lane, l’excentrique Louli Barker, femme fatale et romancière à succès et, pour les guider dans leur périple italien, le débonnaire Fernando Gomez. Bien sûr, un meurtre survient ! La pauvre Vanda Lane est assassinée mais Cockrill se heurte à un problème de taille : il ne peut en déterminer l’auteur. Et pour cause ! Tous les suspects se trouvaient sur la plage à portée de son regard et aucun n’a pu, apparemment, commettre le crime. Pourtant l’un d’eux a bien dû réussir ce tour de force. Reste à déterminer qui et surtout comment.

Ce whodunit traditionnel mais fort bien mené, avec une galerie de personnages adroitement brossés et une touche d’humour efficace, a tout pour plaire aux amateurs de policiers à l’ancienne. Cockrill reste un personnage attachant et l’enquête ne lésine pas sur les fausses pistes et les retournements de situation. Brand se permet d’ailleurs une première résolution très satisfaisante qui répond à toutes les interrogations mais constitue, en réalité, un piège destiné à démasquer le véritable meurtrier.

Comme tous les romans de « crime impossible », TOUR DE FORCE demande une certaine « suspension d’incrédulité » pour être pleinement apprécié mais s’avère, au final, un excellent divertissement. Le bouquin se lit pratiquement d’une traite et avance à un rythme soutenu en dépit de son côté langoureux induit par la situation initiale de nos vacanciers oisifs bronzant sous le soleil italien. Si la situation de départ rappelle MEURTRE AU SOLEIL, Brand montre ici qu’elle pouvait égaler sa consoeur Agatha Christie dans la confection d’un suspense parfaitement mené. Un classique qui n’a pas volé son titre de véritable « tour de force » de la littérature policière !

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Christianna Brand, #Golden Age, #Impossible Crime, #Policier, #Whodunit

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Publié le 8 Mars 2019

L’OUTSIDER de Stephen King

Après FIN DE RONDE, le lecteur a dit adieu à Bill Hodges mais pas à son amie détective Holly, laquelle n’intervient cependant qu’à la moitié de ce nouveau roman qui débute à la manière d’un « policier » classique. Du pur « procédural », avec la découverte du corps d’un petit garçon violé et assassiné dans un parc de Flint City et l’enquête, minutieuse, pour retrouver le coupable. Les témoignages et empreintes accusent rapidement l’entraineur de l’équipe sportive local, Terry Maitland, homme marié sans histoires aimé de tous. Si tout l’accuse, Terry possède pourtant un alibi parfait : sa présence, au moment du meurtre, à une conférence donnée à plus de 100 km par Harlan Coben. Terry a même été filmé et un livre trouvé sur place porte ses empreintes. Un alibi trop parfait ? Comment Terry aurait-il pu être à deux endroits à la fois ? L’inspecteur Ralph Anderson soupçonne que tout n’est pas normal dans cette histoire…de là à croire en des entités surnaturelles proches des vampires vus dans des films d’horreur mexicains il y a cependant un pas. Un pas qu’Holly, elle, peut franchir car elle a jadis été confrontée au paranormal.

King revient ici à un mélange de fantastique et de policier très efficace, un subtil équilibre entre le rationnel et le surnaturel qui commence à la manière d’un thriller pour basculer dans le fantastique teinté d’épouvante. Le King s’appuie à présent sur cinquante ans de métier et autant de romans avec, certes, quelques ratés mais une incroyable collection de classiques incontournables. Il maitrise toutes les ficelles de la narration et livre un condensé de son œuvre, passant du fantastique quelque peu tapageur de ses débuts au polar noir plus subtil qu’il semble priser depuis une bonne dizaine d’années. L’OUTSIDER n’est donc pas sans rappeler les grandes réussites de son rival Dean Koontz qui s’était un temps spécialiser dans ce style de récit aux indéniables qualités de « page turner ». Alors bien sûr l’écrivain se laisse parfois aller à délayer son récit, l’étirant sur près de 600 pages là où un rythme plus resserré (et un plus raisonnable 400 pages) n’aurait pas été de refus. Mais c’est devenu à ce point une habitude chez King de « prendre son temps » qu’on peut difficilement encore considérer cela comme un défaut. On parlera donc plus volontiers d’un style personnel, sans doute volontairement plus lent, plus posé, plus travaillé aussi, notamment dans la construction des personnages, que la majorité des thrillers fantastiques actuels. A plus de 70 ans, King ne changera sans doute plus sa méthode, sa recette pourrait-on dire, mais comme il reste le meilleur pour cuisiner ce genre de plat le lecteur ne s’en plaindra pas.

Dans L’OUTSIDER, forcément, Holly vole la vedette à l’inspecteur Anderson, sorte de substitut à Bill Hodges, pourtant bien campé. Mais rien à faire, on préfère Holly. Holly et ses manies, ses tics, ses petits carnets dans lesquels elle note les milliers de films qu’elles visionnent (notamment les Kubrick mais pas « Shining »… qu’elle n’aime pas évidemment).

En filigrane au fantastique, King scrute toujours l’Amérique, et reste toujours à l’écart des grandes villes : après le Maine il voyage cette fois vers le Texas aux côtés d’un paquet d’« Américains moyens », ni ange ni démon, qui ont subi les effets du 11 septembre et de la crise de 2008 sans s’en remettre vraiment. Des Américains prompts à lyncher le coupable désigné dans des scènes frisant l’hystérie collective. Mais des personnages bien brossés et loin de la caricature.

S’il n’est pas le meilleur livre de son auteur, L’OUTSIDER prouve néanmoins que le roi du fantastique en a encore sous le capot. D’ailleurs, dans son domaine, il ne connait aucun rival.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Fantastique, #Horreur, #Polar, #Policier, #Thriller

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Publié le 15 Février 2019

FIN DE RONDE de Stephen King

Après l’excellent MR MERCEDES, le second tome de la trilogie de Stephen King consacré au flic Bill Hodges (CARNETS NOIRS) avait déçu. Trop étiré, trop différent, il perdait le côté thriller surnaturel si réussi du premier volet. Pourtant, les dernières pages, prometteuses, annonçaient le retour de Brady, le fameux psychopathe adepte des voitures meurtrières surnommé Mr Mercedes. Si la tuerie date à présent de plusieurs années, elle continue d’affecter bien des infortunés ayant eu la malchance de croiser Mr Mercedes. Nous retrouvons ainsi Bill Hodges, policier à la retraite devenu détective privé en compagnie de la très bizarre Holly. Brady, pour sa part, est toujours alité à l’hôpital mais possède à présent la capacité d’investir mentalement divers gadgets, notamment de petites consoles de jeux portables. Il prend ainsi le « contrôle » d’une poignée d’individus qu’il pousse au suicide. Mais, en bon psychopathe, Brady a un plan à grande échelle…Peut-être pas la conquête du monde mais une vaste entreprise de destruction à laquelle seule Bill peut s’opposer. Un Bill à qui les médecins viennent de diagnostiquer un cancer. Un Bill en fin de ronde qui veut cependant régler ses comptes et partir en beauté.

Avec ce troisième tome, King change une fois de plus de registre et plonge dans un thriller techno geek horrifique proche de classique du cinéma comme « Patrick » ou « La grande menace ». Brady devient donc une menace grandissante auquel se confronte l’ancien flic atteint d’un cancer incurable. Bref, Bill n’a plus beaucoup de temps devant lui pour stopper le malade mental à présent doté de capacités télékinésiques. Le King a déjà abordé ce thème dans CARRIE et surtout CHARLIE mais, évidemment, les protagonistes de ces romans étaient bien plus fréquentables que l’infâme Brady.

Au final, cette FIN DE RONDE s’avère satisfaisante et certainement plus convaincante que CARNETS NOIRS. On reste néanmoins en deçà de Mr MERCEDES (sans doute un des meilleurs King du XXIème siècle) et le lecteur peut parfois ressentir un léger ennui (une fois de plus le King se permet pas mal de longueurs et de digressions pas toujours palpitantes en dépit de son talent de conteur). Tout cela est tempéré par le plaisir ressenti à retrouver cette petites « famille » dysfonctionnelle autour de Bill, en particulier Holly (qui reviendra dans le spin off THE OUTSIDER) et Jérome. Ce sont les personnages, plus que le récit en lui-même, qui fonctionnent ici et rendent la lecture de cette FIN DE RONDE constamment plaisante malgré l’une ou l’autre facilité et un scénario pas toujours très crédible. Mais qu’importe, au final, le lecteur passe un bon moment jusqu’au final où il faut bien se résoudre à dire au revoir au sympathique Bill.

Un mot sur l’adaptation télévisuelle à présent : si la première saison de « Mr Mercedes » suivait relativement fidèlement le bouquin, la deuxième saison (la série ayant fait l’impasse – on peut le comprendre – sur les CARNETS NOIRS) s’éloigne drastiquement du roman et, à mi-parcours, prend une tout autre direction pour un résultat décevant à l’intérêt très limité. Dommage.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Fantastique, #Policier, #Thriller, #Stephen King

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Publié le 25 Janvier 2019

LES MEURTRES DE L'EPOUVANTAIL de Joseph Commings

Joseph Commings (1913 – 1992) écrivit de nombreuses nouvelles policières assorties de chambres closes et autres crimes impossibles. Sa série la plus célèbre concerne le sénateur Brooks U. Banner, héros de 33 nouvelles publiées entre 1947 et 1984 (la 33ème le fut en 2004 de manière posthume). Roland Lacourbe en a sélectionné seize, réparties sur deux recueils : LES MEURTRES DE L’EPOUVANTAIL et LE VAMPIRE AU MASQUE DE FER.

Ce premier recueil débute par la toute première enquête du sénateur, « Meurtre sous cloche », une « chambre close » particulière puisqu’il s’agit d’un crime commis sous une énorme cloche de verre. Un bon début avec une fin ingénieuse quoique moyennement crédible.

Plus originale, « L’empreinte fantôme » illustre un meurtre commis au cours d’une séance de spiritisme dont tous les participants sont sanglés dans des camisoles de force. Or même Houdini pouvait certes s’en échapper mais surement pas en remettre une dans de telles conditions. Qui a donc pu tuer et comment ? Une solution originale (inédite ?) et ingénieuse, cette fois tout à fait plausible à condition de laisser parler son imagination. Et n’est-ce pas le propre des crimes impossibles de titiller la plausibilité pour le plaisir de suivre l’auteur dans les méandres de son cerveau ?

« Le spectre du lac », plus courte que de coutume (les nouvelles faisant en moyenne une trentaine de pages) fonctionne sur le principe de la malédiction et de l’atmosphère, la solution étant évidente (il ne peut y en avoir d’autre) en empruntant à une célèbre enquête de Sherlock Holmes, le « Problème du pont de Thor ». Agréable, sans plus.

« La légende du moine noir » tutoie l’excellence : situation insolite, décor macabre, personnages pittoresques, malédictions et légendes pesantes, disparition impossible d’un moine meurtrier dans une pièce close, solution à la simplicité déconcertante et à l’efficacité totale…Un classique de la « chambre close ».

Classique mais bien mené, « Les meurtres de l’épouvantail », qui donne son titre au recueil, constitue un fort bon récit à l’atmosphère bien développée. Après la mort de Beverly, son frère Hudson est à son tour assassiné. Les traces du meurtrier conduisent à un épouvantail isolé au milieu d’un champ. Devant cette menace apparemment surnaturelle, le sénateur Banner enferme tous les habitants d’une maison pour dissuader l’assassin de récidiver mais une jeune femme est agressée à nouveau…elle identifie le coupable comme un épouvantail ! Cette longue nouvelle (35 pages) capture joliment l’atmosphère de superstition et de suspicion jusqu’à une chute étonnante et bien amenée. Du grand art.

Plus courte et moins originale, « Feu sur le juge » se montre cependant efficace : après avoir manifesté son intention de fermer un théâtre présentant des spectacles « licencieux », le juge Hawthorne reçoit des menaces de mort. Il s’enferme dans un petit pavillon gardé par des policiers conduits par le sénateur Banner. Pourtant, le juge sera retrouvé abattu de trois balles de révolver…Une intrigue classique et un « truc » vieux comme le récit de chambre close mais l’art et la manière de Commings font la différence et rendent le tout agréable à lire.

« Meurtre au champagne », une autre courte nouvelle, voit une actrice découverte morte mystérieusement…la seule arme envisagée est une bouteille de champagne mais des analyses démontrent qu’elle n’était pas empoisonnée. Alors comment a pu procéder le meurtrier ? Ce récit plaisant mais mineur fonctionne sur la méthode originale utilisée par l’assassin pour commettre son crime en chambre close.

L’ultime récit, « Une dame de qualité », s’éloigne des crimes impossibles pour plonger dans le récit d’espionnage à base de documents volés et de séduisantes espionnes. Malheureusement, ce n’est pas une grande réussite et on peut penser que le sénateur Banner se montrait plus à son aise dans la résolution d’insolubles problèmes, ce que confirme d’ailleurs la postface. Une relative fausse note pour terminer cette anthologie sinon d’excellente tenue complétée par des résumés et de courts avis sur les 32 enquêtes du sénateur.

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Publié le 18 Janvier 2019

DANS LA GUEULE DU DRAGON de Laurent Genefort

Publié au Fleuve Noir, voici un plaisant space opéra de la part d’un Genefort encore relativement débutant (ayant début fort jeune il avait déjà du métier) qui propose un mélange de hard science et de sense of wonder bien équilibré.

Nous suivons un enquêteur d’élite, Jarid Moray, au service d’une gigantesque entreprise, la Semeru. Jarid doit rétablir l’ordre lorsque les troubles menacent et, justement, la situation se détériore sur Muspellsheim, une planète de lave, véritable enfer en fusion. Celui-ci abrite pourtant une colonie humaine établie sur l’île artificielle d’Ymir qui navigue, telle un navire, sur les flots bouillonnants. Deux gouverneurs ont déjà été assassinés et Jarid doit résoudre ce mystère afin d’éviter le pire.

A la manière de certains Brussolo, DANS LA GUEULE DU DRAGON part d’une idée en apparence délirante (une colonie humaine qui vit – ou survit – sur une boule de lave inhospitalière à l’extrême) mais Genefort, contrairement à son confrère aimant s’enfoncer dans l’excès, parvient au contraire à la crédibiliser.

Déjà solidement rôdé et conseillé par des experts (d’ailleurs remerciés en fin de volume) scientifiques, l’auteur s’appuie sur des données scientifiques vraisemblables. Il rend ainsi son récit intéressant et crédible en lui conférant un background rigoureux qui plonge volontiers dans une hard science efficace sans devenir inutilement pesante ou exagérément didactique. Limité par les contraintes du Fleuve Noir, l’écrivain ne peut sans doute pas s’appesantir autant que souhaité sur son univers mais cela lui permet de garder un rythme soutenu et d’éviter les disgressions qui rendent certains romanciers de hard-science parfois peu digeste pour quiconque ne possède pas un doctorat en physique. Genefrot adopte ici une construction façon polar qui maintient l’intérêt du lecteur et soigne la caractérisation de ses protagonistes et les implications géopolitiques. Cependant ce sont surtout les descriptions, assez incroyables et vertigineuses, de cet environnement brûlant qui concourent à l’originalité et à la réussite du livre.

Si Genefort n’avait pas encore donné sa pleine mesure, il prouvait déjà avec ce DANS LA GUEULE DU DRAGON sa maitrise des codes du space opera, du polar science-fictionnel et de la hard science, faisant de lui, à moins de 30 ans, un des grands espoirs de la SF française. Un bon divertissement intelligent et un bon « Fleuve Noir »… même si on n’aurait pas craché sur une version plus longue (pour une fois !) d’une centaine  de pages afin d’explorer davantage ce « dragon ».

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Publié le 16 Janvier 2019

HAWK & FISHER de Simon R. Green

Hawk et Fisher sont deux capitaines de la garde dans la ville de Haven. Ils sont aussi mari et femmes et probablement les seuls représentants intègres de la loi dans ce bled gangréné par la corruption et les magouilles politiques. Pourtant, un mage, Gaunt, a décidé de nettoyer la fange en s’attaquant à un des pires quartiers de la cité, surnommé le Crochet du Diable. William Blackstone, pour sa part, est un homme politique idéaliste et honnête. Lui aussi désire remettre un peu d’ordre à Haven mais, avant de pouvoir lancer ses grandes réformes, Blackstone organise une réunion du gotha local où se croisent son épouse infidèle Katherine, la sorcière Visage, le général Hightower, le légendaire héros Stalker, et quelques autres. Pas de bol, Blackstone meurt assassiné dans sa chambre bien évidemment close (sinon ce ne serait pas drôle). Du coup le brave sorcier lance un sort d’isolement et tous les suspects se trouvent confinés dans la maison…Hawk et Fisher ont jusqu’à l’aube pour découvrir le coupable.

Simon R. Green mélangeait efficacement polar et urban fantasy dans sa série du NIGHTSIDE, il combine ici le médiéval fantastique avec le whodunit « old school ». Il faudra évidemment aimer ces deux genres (et posséder une certaine ouverture d’esprit) pour apprécier cette improbable fusion.

Que les fans d’énigmes se rassurent : si nous sommes dans le registre du fantastique et que l’auteur en appelle à diverses créatures mythologiques (vampire, loup-garou, sorcier, etc.), l’explication des crimes n’en reste pas moins bien agencée et logique. Celle de la chambre close, pour sa part, s’avère aussi simple qu’efficace, guère neuve (bien des auteurs ont usés du truc) mais suffisamment bien amenée pour emporter l’adhésion.

De manière générale, l’enquête s’avère classique avec interrogatoire des suspects, fouille des pièces, recherches d’indices et quelques moments de tension où nos protagonistes n’hésitent pas à sortir l’épée du fourreau. On imagine très bien quelques amateurs de jeu de rôles organiser une vraie « murder party » sur ce thème. Si les deux héros sont sympathiques ils paraissent néanmoins quelque peu dépassés et ne rivalisent pas vraiment avec Poirot ou Sherlock. Heureusement pour eux le meurtrier n’en restera pas à un seul crime, ce qui réduit rapidement le nombre de suspects. D’où de nouveaux rebondissements. Et à la fin il n’y eut plus personne…Ou presque. Simon Green appuie en effet sur l’accélérateur dans le dernier acte et multiplie les meurtres sanglants, pointant logiquement tous les soupçons vers le coupable…que le lecteur a probablement déjà deviné puisque l’auteur se montre fair-play et balance un énorme indice à mi-parcours. On prend néanmoins plaisir à suivre la fin de cette enquête et on apprécie la manière dont la magie est adroitement utilisée sans nuire à l’énigme proprement dite.

En déplaçant les schémas traditionnels du « cosy murder mystery » dans un univers de Fantasy, Simon Green renouvelle habilement les recettes et réussit à faire du neuf avec du vieux. Comme le roman est court et rythmé, l’ensemble s’avère très plaisant et divertissant. Sans plus ni moins mais ce premier volume constitue une bonne lecture de détente assurée et encourage à poursuivre l’exploration de Haven. Ce n’est déjà pas mal.

A noter que ce roman a été réédité en poche avec ses deux premières suites sous le titre général LES EPEES DE HAVEN.

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