policier

Publié le 16 Août 2018

LE CADAVRE CAVALEUR d'Erle Stanley Gardner

Voici une nouvelle enquête de Perry Mason, lequel s’intéresse au cas de Myrna Davenport, accusée d’avoir empoisonné son mari, un riche homme d’affaires. Mais le corps du supposé défunt ayant disparu, l’enquête se complique : peut-être n’était-il qu’indisposé ou intoxiqué par l’alcool ? Des témoins affirment en effet l’avoir vu s’enfuir par la fenêtre de l’hôpital seulement vêtu de son pyjama. Pourtant, peu après, des enfants découvrent le cadavre du businessman. Il aurait été bel et bien empoisonné, sauf qu’on découvre à la fois du cyanure (poison très rapide) et de l’arsenic (poison lent) lors de l’autopsie. Convaincu de l’innocence de sa cliente, Mason mène l’enquête avec ses comparses habituels, sa secrétaire Della Street et le détective Paul Drake.

Comme les autres romans de Gardner, celui-ci se lit vite, presque d’une traite, d’une part grâce à sa brièveté et d’autre part grâce à son style dépouillé, très porté sur les dialogues et se passant presqu’entièrement de description. Le prétoire étant une sorte de théâtre, on imagine très bien cette intrigue portée à la scène sans grand changement, à coup de réparties vives, de coups de théâtre et des inévitables « objections » lancées par les avocats de la défense ou de l’accusation. Ces derniers se livrent, lors du dernier acte, à une véritable joute oratoire assez jubilatoire en dépit du caractère très classique et « formulatique » du récit, tous les « Perry Mason » étant construit sur le même immuable schéma narratif. En dépit de ce bémol, l’enquête est bien menée, avec du rythme et une science confirmée du rebondissement, à la manière d’un « pulp » souhaitant garder l’attention du lecteur jusqu’aux dernières pages. En définitive, ce CADAVRE CAVALEUR se montre fort plaisant pour les amateurs de policiers à l’ancienne.

Le livre a été réédité dans un omnibus consavré à l'auteur

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Policier, #Whodunit, #Golden Age, #perry mason

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Publié le 8 Août 2018

MEURTRES A 30 000 KM / S. de Christiphe Lambert

A bord du Space Beagle II voyage une poignée d’astronaute qui ramènent des échantillons de vie extraterrestre. Malheureusement, les caissons d’hibernations sont détruits, condamnant les membres d’équipage à des décennies d’enfermement avant de revenir sur Terre. Une seule personne pourra être cryogénisée et bénéficier, une fois revenue sur notre planète, d’une existence « normale »…Plusieurs accidents mortels suspects se produisent également, amenant la jeune Alexia, 13 ans, à soupçonner qu’un assassin mystérieux s’en prend aux membres du vaisseau. Avec l’aide de son très sophistiqué robot Puck, la jeune fille mène l’enquête.

En mélangeant enquête policière en vase clos et science-fiction, saupoudré d’humour, Christophe Lambert livre un récit « jeunesse » efficace et plaisant. L’écrivain ne renie aucunement ses influences : Alien (ce que démontre les patronymes des protagonistes), LES 10 PETITS NEGRES, le recueil LA FAUNE DE L’ESPACE d’Alfred Van Vogt (où apparait le Space Buggle et qui inspira justement « Alien »), 2001 pour le premier « incident » d’un astronaute dans l’espace, Star Wars (dont les suites – encore virtuelle à l’époque de sa rédaction - seront gentiment égratignées),…Autant de clins d’œil qui amuseront les plus âgés.

Vingt ans plus tard, Christophe Lambert publiera une nouvelle version, plus courte et remaniée, qui en rajoute une couche (ironique) sur Star Wars et Harry Potter. L’auteur en profite également pour remettre au goût du jour ses références aux grands poètes du XXIème siècle : la bien oubliée Géraldine (« Bouge ton attitude efface tes certitudes ») y est remplacée par Maitre Gims (qui, on l’espère, sera tout aussi oublié en 2038).

Comme toujours, Lambert nous offre un divertissement de qualité que peuvent apprécier tant les enfants (à partir de 9 – 10 ans sans doute) que les adultes.

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Publié le 23 Juillet 2018

L'AFFAIRE PROTHERO d'Agatha Christie

Le désagréable et riche colonel Prothero a été assassiné dans le bureau du pasteur de St Mary Mead. Il vivait avec une femme beaucoup plus jeune, se montrait odieux, tenait à vérifier la comptabilité de l’église en soupçonnant un détournement de fonds… En résumé, il n’était guère aimé et chacun se réjouit quelque peu de sa mort. Mais de là à passer à l’acte…Le pasteur Leonard Clement et son épouse Griselda s’interrogent sur l’identité du coupable tandis que l’inspecteur Landormy (au nom prédestiné) mène l’enquête. L’affaire, complexe, sera pourtant démêlée par la vielle célibataire Jane Marple qui effectue la première de ses douze apparitions romanesques.

Pour cette première enquête, Miss Marple n’apparait guère, se contentant de se montrer épisodiquement afin de relancer les déductions des principaux protagonistes, à commencer par le pasteur et narrateur de l’intrigue, accompagné de son épouse. Deux personnages qui reviendront d’ailleurs dans deux romans ultérieurs d’Agatha Christie. Toutefois la présence de Marple se révèle indispensable à la résolution de l’énigme : elle utilise sa méthode coutumière, estimant que chaque événement en rappelle forcément un autre semblable même  beaucoup plus anodin. Par divers rapprochement il lui est ainsi possible de débroussailler la situation et de découvrir le coupable. Cependant, elle ne peut rien prouver, ce qui l’obligera à tendre un piège au meurtrier afin de le contraindre à se dévoiler. Un truc qu’elle réutilisera à plusieurs reprises.  A la manière classique des détectives de l’âge d’or, Miss Marple aime laisser les enquêteurs errer dans le brouillard, suggérant par exemple qu’il existe sept suspects possibles mais sans préciser davantage sa pensée. Bien évidemment le lecteur éprouve, lui aussi, toutes les peines du monde à isoler le véritable coupable.

Quoiqu’elle en soit encore à ses débuts, le style de la romancière se montre déjà bien rodé avec sa galerie de suspects, ses fausses pistes, sa touche d’humour, ses commentaires sociaux gentiment désuets, ses indices trompeurs (une horloge trafiquée rend impossible la détermination de l’heure du crime, une note manuscrite a visiblement été altérée), etc.

Si L’AFFAIRE PROTERO n’est pas le meilleur « Christie » ni le meilleur « Marple » (il lui manque quelques rebondissements, notamment un second meurtre par exemple), ce roman policier très classique dans son déroulement reste une lecture agréable pour les amateurs de whodunit rétro. Miss Marple, pour sa part, attendra douze ans pour effectuer son deuxième tour de piste dans le similaire (mais plus réussi) UN CADAVRE DANS LA BIBLIOTHQUE.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Policier, #Whodunit, #Golden Age, #Agatha Christie

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Publié le 21 Juin 2018

CARNETS NOIRS de Stephen King

CARNETS NOIRS constitue la suite (au cinéma on parlerait peut-être de spin-off) de Mr MERCEDES : on y retrouve les principaux personnages (le retraité Hodges et son petit monde) mais l’intrigue part dans une tout autre direction et délaisse Brady, le tueur à la Mercedes. Ce-dernier apparait néanmoins dans quelques séquences annonçant le troisième et dernier tome, FIN DE RONDE.

Tout débute par l’assassinat d’un célèbre écrivain à la retraite, John Rothstein, par un de ses fans déçu par la conclusion d’une trilogie littéraire consacrée à Jimmy Gold, dit le Coureur, sorte de looser magnifique finissant par rentrer dans le rang. Le meurtrier, Morris Bellamy, se fait choper quelques jours plus tard pour viol. Condamné à la prison à vie il croupit durant 30 ans dans sa cellule avant d’être finalement libéré, décidé à récupérer son pactole, à savoir non seulement une grosse somme d’argent mais surtout les manuscrits inédits de Rothstein, dont deux romans supplémentaires du cycle Jimmy Gold. Or, ce trésor est tombé entre les mains d’un adolescent, Peter Sauber, dont le père sans emploi a été gravement blessé par le tueur à la Mercedes. Peter décide d’utiliser cette manne providentielle pour sauver sa famille. Chaque mois il envoie quelques centaines de dollars à ses parents de manière anonyme. Mais un jour le puit se tarit et Peter se résout à négocier les fameux carnets inédits de Rothstein auprès d’un libraire spécialisé. Ce qui permet à Morris de retrouver sa trace…

Après MISERY, le King renoue avec l’obsession littéraire et propose deux protagonistes antagonistes tout aussi fascinés par les romans de Rothstein : d’un côté le psychopathe Morris Bellamy (sorte de version masculine de l’infirmière Annie), de l’autre Peter, adolescent intelligent et sensible. Malheureusement, ces deux portraits réussis, auxquels s’ajoute le toujours attachant Hodges et sa petite troupe, ne suffisent pas à rendre CARNETS NOIRS réellement palpitant.

Le roman souffre en effet du défaut coutumier du King : une dilution du récit dans de nombreuses sous-intrigues. Lorsque l’auteur est inspiré cela ne pose aucun problème, même dans ses pavés les plus conséquents (CA, 20/11/63). Par contre, lorsqu’il se montre moins en forme, comme ici, les longueurs se font sentir et le lecteur achoppe sur de trop nombreux détails pas vraiment indispensables. Il faut, par exemple, atteindre le tiers du roman pour retrouver les personnages de Mr MERCEDES, jusque-là à peine évoqués. Certes, il est intéressant de voir l’écrivain opter pour une approche différente et s’éloigner radicalement des recettes du précédent ouvrage mais, avouons-le, les 150 premières pages manquent un peu de mordant pour passionner. Le lecteur s’impatiente avant de retrouver les personnages de Mr MERCEDES : le vieux flic retraité Hodges, la perturbée mais sympathique Holly Gibney et le jeune prodige Jérôme. En dépit d’une intrigue bien menée (on reconnait le métier du King pour entremêler différentes lignes narratives qui finissent logiquement par se rejoindre), tout cela manque de suspense et d’une réelle tension et la conclusion, trop prévisible et attendue, déçoit.

Heureusement, des passages très réussis, intercalés durant la progression de ces CARNETS NOIRS, en rendent néanmoins la lecture plus intéressante. Diverses scènes montrent ainsi Hodges retourner au chevet d’un Brady (le fameux tueur à la Mercedes) catatonique alors que les infirmières chargées de sa garde font état d’étranges rumeurs : l’assassin aurait développé des pouvoirs psychiques. L’épilogue, entre « Patrick » et « La grande menace » confirme la véracité de ces dires et laisse ouverte la porte pour l’ultime volet de la trilogie, FIN DE RONDE que l’on a hâte d’entamer en dépit de la semi déception de ces CARNETS NOIRS. Un King « bon mais sans plus ». On en attend davantage de l’auteur phare du fantastique et de l’épouvante.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Policier, #Thriller, #Polar, #Stephen King

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Publié le 12 Juin 2018

OPERATION SATAN (S.C.U.M. Tome 3) de David Rome (Joël Houssin)

Troisième aventure des anti héros de l’anti terrorisme qui forment le commando de mercenaires du SCUM composé de Mark Ross, infatigable agent secret acteur porno, Laeticia Vecciune, nymphomane italienne, les frères Sig Sauer, deux jumeaux autrichiens complètement frappés du ciboulot et enfin un « nègre juif apatride » as de la conduite aérienne…Cette fine équipe rassemblée par Joel Houssin, prudemment caché sous le pseudo de David Rome, ne donne pas dans la dentelle, plutôt dans l’outrance généralisée.

Le but de l’auteur semble, en effet, de pousser le roman de gare dans ses derniers retranchements et d’augmenter tous les curseurs dans le rouge quitte à verser pratiquement dans l’auto parodie en multipliant la violence sadique, l’érotisme moite et les prises de position anarcho réactionnaires. Bref, Houssin mélange joyeusement les ingrédients principaux ayant cours dans le « pulp » des années ’80 en reprenant le meilleur des séries concurrentes (SAS, L’Exécuteur, Brigade Mondaine, L’Implacable…Nostalgie camarade !) et en assaisonnant le tout d’un maximum d’insultes, de vocabulaire ordurier et de racisme décomplexé.

La mission de nos mercenaires ? Récupérer une princesse jordanienne soi-disant kidnappée par le Hezbollah mais ayant, en réalité, pris cause pour les intégristes afin de faire échouer le processus de paix entamé par les modérés. Pour remplir leur contrat le SCUM ne recule devant rien, d’où des scènes assez savoureuses comme celle où une terroriste islamiste capturée se voit soumise à la question. Mais la fanatique ne moufte pas en dépit des tortures subies et il faudra lui introduire un saucisson (garanti 100% pur porc évidemment) pour la décider à parler.

La série SCUM n’est évidemment pas à mettre entre toutes les mains et fera s’étrangler les bien-pensants et autres adeptes de la modération et du bon goût. Tant pis pour eux. Car Joël Houssin se lâche complètement et le résultat s’avère complètement explosif, le genre de lecture « facile » de pure détente qui permet de passer une excellente soirée.

Au final, une fois de plus, le Scum empêchera l’apocalypse et sauvera le processus de paix du Moyen-Orient menacé par l’Opération Satan des barbus fanatiques. Nos « héros » se quittent satisfaits en espérant quand même que les bougnoules continuent de se flinguer un minimum, histoire de ne pas aller pointer au chômage. Vu la situation actuelle, pas de danger que les hommes du Scum se reposent avant un bout de temps. Un festival de violence, de cul et d’humour bien trash à recommander à tous ceux qui préfèrent le démastiquage à la défense des « valeurs de la République ».

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Policier, #Aventures, #Roman de gare, #Thriller, #Espionnage

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Publié le 31 Mai 2018

LA PIERRE DE SANG de Paul Doherty

Paul Doherty (parfois dissimulé sous divers pseudonymes comme C.L. Grace, Paul Harding, Michael Clynes, Ann Dukthas, Anna Apostolou et Vanessa Alexander) est un incontournable forçat du « thriller historique », ficelant avec une facilité déconcertante de tortueuses énigmes (pratiquement toujours assorties de meurtres en chambre close et autre crime impossible) que vont résoudre ses limiers tels Hugh Corbett ou Frère Athelstan. C’est ce dernier qui officie dans LA PIERRE DE SANG, onzième enquête qui nécessite la sagacité du débonnaire homme d’Eglise.

AU XIVème siècle, la compagnie des Guivres revient de la campagne de Poitiers avec une pierre sacrée, le Passio Christi formé, selon la légende, par le sang du Christ. Cette pierre de sang atterrit dans les mains de Sir Robert Kilverby. Bien des années plus tard, en 1380, alors que Kilberby doit rendre le joyau à l’abbaye de St Fulcher, il meurt mystérieusement empoisonné dans sa chambre close. Son assassin réussit également à s’emparer du Passio Christi sans que nul ne puisse expliquer ce miracle. La même nuit un soldat membre de la compagnie des Guivres est décapité. Frère Athelstan, accompagné du coroner londonien John Cranston, va mener l’enquête.

Apparus pour la première fois dans LA GALLERIE DU ROSSIGNOL, les deux limiers moyenâgeux revinrent ensuite à intervalles réguliers puisque Doherty leur écrivit huit aventures supplémentaires en autant d’années. Après LA TAVERNE DES OUBLIES, publié en 2003, l’ecclésiastique avait lui aussi été oublié du romancier, occupé à d’autres époques (une trilogie consacrée à Alexandre le Grand, une autre – inédite en français – dédiée à Akhénaton). Heureusement, en 2011, Cranston et Athelstan revinrent pour une enquête particulièrement complexe…les explications des différents crimes (dont un meurtre en chambre close et un incendie « impossible » dans une pièce fermée) occupent d’ailleurs le dernier chapitre, long d’une vingtaine de pages, et intitulé logiquement « le jugement ».

Comme souvent, Doherty prend son temps pour présenter la vie et les mœurs de l’époque : c’est très détaillé et précis bien que parfois un brin didactique. Il y a donc quelques longueurs et quelques lourdeurs. Rien de vraiment rédhibitoire, d’ailleurs on peut dire cela de tous les romans de Doherty : certains de ses collègues choisissent de reléguer ces détails à la fin du récit, dans des annexes explicatives, lui préfère les intégrer directement dans l’intrigue. C’est son choix et il n’est pas plus mauvais que l’autre, au lecteur de trancher selon sa sensibilité ou son envie d’aller directement à l’énigme proprement dite quitte à survoler certains passages plus descriptifs.

Néanmoins, les crimes se multiplient rapidement (une demi-douzaine !) permettant au roman d’avancer à un rythme soutenu en suivant les pas d’un Athelstan quelque peu dépassé par tous ces mystères : un commerçant empoisonné dans une pièce fermée, une pierre dérobée sans que l’on puisse comprendre la méthode employée, un incendie tout aussi incompréhensible, une décapitation, etc.

Les explications des mystères se montrent assez simples et crédibles (nous sommes loin des procédés parfois invraisemblables – mais tellement divertissants – d’un John Dickson Carr ou d’un Paul Halter) mais la résolution des crimes demande un bon niveau d’attention pour ne pas se perdre dans la multitude de protagonistes.

Au final un bon polar historique, sans doute pas le meilleur du genre ni de son auteur mais une lecture agréable, instructive et plaisante à conseiller aux amateurs de récits médiévaux et de whodunit complexe.

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Publié le 13 Mai 2018

MEURTRE D'ANNIVERSAIRE de Georgette Heyer

Silas Kane fête son soixantième anniversaire et rassemble autour de lui sa famille. Malheureusement, le lendemain, le patriarche s’égare dans le brouillard, chute d’une falaise et trouve la mort. Un accident. Du moins le crois t’on jusqu’à une seconde mort pour laquelle, cette fois, aucun doute n’est possible : il s’agit d’un meurtre. Clement, héritier de Silas, est en effet abattu d’une balle dans la tête dans son bureau. La fortune familiale doit dès lors revenir à Jim Kane, lequel subit une série d’événements douteux. De nouveaux « accidents » ? Le super intendant Hannasyde de Scotland Yard se voit chargé de résoudre le mystère alors que les suspects ne manquent pas.

MEURTRE D’ANNIVERSAIRE constitue un exemple typique de « cosy murder mystery » de l’âge d’or des reines du crime : nous naviguons dans les mêmes eaux déjà fréquentées par Dorothy Sayers ou Agatha Christie (le roman rappelle d’ailleurs quelque peu LA MAISON BISCORNUE) avec sa pléiade de suspects, ses personnages sympathiques ou, au contraire, profondément antipathiques, et son enquêteur perspicace (quoiqu’il faille attendre les dernières pages pour le voir véritablement user de ses petites cellules grises). Pour sa part, le jeune Timothy, surnommé le Terrible, reviendra dans un roman ultérieur de la romancière, MORT SANS ATOUT.

Efficace, MEURTRE D’ANNIVERSAIRE multiplie les retournements de situation et avance sur un bon rythme (en dépit de quelques longueurs dans sa première partie). La romancière met l’emphase sur les personnages, bien construits et crédibles, dans un mélange d’énigme policière et de drame familial saupoudré de romance. Quelques traits d’humour réjouissant donnent en outre au roman un côté « second degré » appréciable.

Tout cela se lit sans déplaisir, de préférence dans un bon fauteuil avec un thé ou un whisky, mais nous sommes loin d’un incontournable du whodunit. Agréable et divertissant, sans plus ni moins, ce qui n’est déjà pas si mal.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Policier, #Whodunit, #Golden Age

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Publié le 2 Mai 2018

UN CORBILLARD CHASSE L'AUTRE d'Edmund Crispin

Edmund Crispin est un spécialiste du roman policier encore trop méconnu dans nos contrées. Il fut également (et surtout) un compositeur de musique de films, assorti d’un critique littéraire et d’un scénariste. En 1944 il publie l’excellent PRÉLUDE ET MORT D'ISOLDE où apparait le détective Fen. Celui-ci reviendra dans une dizaine d’enquêtes, toutes inédites en français à l’exception de ce UN CORBILLARD CHASSE L’AUTRE, y compris son fameux « The Moving Toyshop » considéré comme un classique du crime impossible.

Peu après la Seconde Guerre Mondiale, Gervase Fen, spécialiste en littérature, professeur à Oxford et criminologue amateur, se voit convié par les studios hollywoodiens à conseiller les producteurs d’une prochaine biographie d’Alexander Pope. Lorsqu’une petite starlette, Gloria, se suicide en se jetant d’un pont, Fen se demande si cette mort ne dissimule pas une sinistre vérité. Des soupçons confirmés après l’empoisonnement d’un caméraman qui aurait entretenu une liaison avec la défunte. Avec l’aide de l’inspecteur Humbleby, Fen mène l’enquête.

Crispin connaissait évidemment parfaitement le milieu du cinéma anglais, qu’il décrit de manière très vive avec son style personnel : vocabulaire recherché, phrases joliment élaborées et humour satirique très présent. Cela confère une indéniable originalité à ce roman à la construction sinon classique (le suicide d’une jeune femme entraine une vengeance implacable) qui n’évite pas certaines facilités, en particuliers un climax quelque peu expédié et un coupable surgit de nulle part (ou plutôt des premières pages du roman puisqu’il n’apparait plus par la suite). Toutefois, le roman s’avère très court, fort rythmé, ponctué de scènes efficaces (une course poursuite entre la demoiselle en détresse, le détective et le tueur dans les méandres d’un labyrinthe végétal) et se montre constamment plaisant et divertissant sans se prendre trop au sérieux. Un fort sympathique moment de lecture pour les amateurs de whodunit.

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Rédigé par hellrick

Publié dans #Policier, #Whodunit, #Golden Age

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Publié le 19 Avril 2018

LA MAISON BISCORNUE d'Agatha Christie
LA MAISON BISCORNUE d'Agatha Christie

Récemment adapté à l’écran (de fort belle manière et avec un très joli casting), LA MAISON BISCORNUE était considéré par Agatha Christie comme un de ses meilleurs romans policiers.

L’intrigue, classique, concerne Charles, le narrateur diplomate, qui a rencontré, au Caire, la jeune Sophia Leonidès durant la Seconde Guerre Mondiale. En 1947, alors qu’ils s’apprêtent à convoler, le patriarche autoritaire, Aristide, décède, empoisonné, à 85 ans. Les soupçons se portent rapidement sur Brenda, la veuve, âgée d’une trentaine d’années, mais Charles décide cependant de mener l’enquête. Son père, membre de Scotland Yard, lui laisse d’ailleurs carte blanche pour découvrir discrètement le coupable. Charles bénéficie également de l’aide d’une jeune enfant Joséphine, laquelle fouine partout et prends diverses notes dans son carnet. En procédant de la sorte la gamine se rapproche de l’assassin mais celui-ci lui tend un piège et elle n’échappe à la mort que par miracle. La course contre la montre s’engage pour stopper le meurtrier avant qu’il ne frappe à nouveau.

Moins porté sur la déduction et moins doué pour l’investigation que Poirot ou Marple, le narrateur écoute les conversations et s’imprègne de l’atmosphère étouffante d’une maison biscornue, pleine de recoins et de ténèbres, tout comme les personnages cachant évidemment de noirs secrets. Chacun possède une bonne raison d’avoir supprimé l’ancêtre : sa jeune épouse tout d’abord, une écervelée un brin volage fricotant avec le précepteur des enfants, un objecteur de conscience falot et transi d’amour. Le couple a-t-il voulu hâter le départ du mari gênant ? Possible. Mais que penser des deux fils d’Aristide, Roger et Philippe, qui semblent tous deux en vouloir à leur paternel ? Et puis Sophia se découvre quasiment unique héritière de l’immense fortune familiale…n’aurait-elle pas, elle aussi, eut intérêt à voir mourir le patriarche afin de vivre confortablement avec son fiancé ?

Tirant son titre, comme souvent, d’une comptine enfantine, voici un « cosy murder » fort bien ficelé, avec une famille bourgeoise en pleine déliquescence perdue dans le monde changeant de l’après-guerre alors que l’argent sort des coffres plus vite qu’il n’y entre mais où il faut encore sauver la face et les conventions. Dès lors chacun dissimule ses sentiments et se déteste copieusement. Les rebondissements sont nombreux et la révélation finale complètement inattendue, tout comme l’épilogue particulièrement sinistre et étonnant, achèvent de faire de ce roman une grande réussite. Conseillé !

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Rédigé par hellrick

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Publié le 5 Avril 2018

LE FRERE DE SANG d'Eric Giacometti et Jacques Ravenne

Nouvelle enquête pour le commissaire franc-mac Antoine Marcas et, une fois encore, Giacometti & Ravenne nous font voyager à la fois dans le temps (une bonne partie du roman se déroule en 1355) et dans l’espace (de la France à New York). Les auteurs suivent la piste laissée par un Franc-maçon vengeur, élevé au Haut Grade de la Vengeance, un Frère de Sang décidé à purger la maçonnerie de ses profiteurs dont l’arme semble enduite d’un or incroyablement pur. Le légendaire métal précieux des alchimistes d’antan. D’ailleurs, en parallèle, nous assistons à une quête menée par Nicolas Flamel, le plus célèbre des alchimistes (remis au goût du jour dans HARRY POTTER A L’ECOLE DES SORCIERS) pour découvrir la fameuse pierre philosophale.

Le premier récit concerne directement Marcas. Deux Francs-maçons (un profane sur le point d’être initié et un vieillard handicapé) sont assassinés au siège de l’obédience. Sur le corps des victimes est découvert une petite quantité d’or extrêmement pur laissée par l’arme du meurtrier. Marcas va officieusement mener l’enquête et se rendre à New York sur les traces de Lafayette afin de découvrir le secret du métal alchimique.

Le second récit se consacre à Nicolas Flamel et à son pèlerinage en vue d’obtenir le secret de la transmutation du plomb en or.

Le bouquin, solidement documenté, nous éclaire sur différentes périodes de l’Histoire (notamment la Révolution américaine), nous initie aux secrets de l’or, valeur refuge dont le cours s’écroulerait si on en découvrait soudain de grandes quantités, et éclaire d’un jour nouveau différents bâtiments bien connus aux racines maçonniques comme la Statue la Liberté ou la Tour Eiffel. Le tout parsemé de divers clins d’œil, en particulier à James Bond (l’intrigue rend un petit hommage à « Goldfinger ») quoique les auteurs n’apprécient guère Daniel Craig si on en croit un chapitre teinté d’humour où Marcas assiste à la projection de « Casino Royale ».

Comme toujours, la plume de Giacometti s’avère très efficace : nous ne sommes pas dans ce qu’il est convenu d’appeler la grande littérature (celle des bobo-parigots qui se regardent le nombril et s’astiquent la nouille à coup de phrases ampoulées et de digressions narcissiques) mais plutôt dans le roman populaire (dans le bon sens du terme) héritée des feuilletonnistes d’antan mais avec, en prime, une parfaite maitrise des techniques littéraires plus actuelles en provenance des « page turner » anglo-saxons. Le roman se voit ainsi découper en 133 chapitres pour un peu plus de 500 pages…le compte est vite fait, aucun ne dépasse les 5 pages. Et, souvent, les auteurs concoctent un petit cliffhanger à la manière des serials afin d’encourager l’amateur à poursuivre sa lecture…allez encore un petit chapitre, deux ou trois pages de plus, puis un autre, puis encore un et, rapidement, on se retrouve à la moitié du roman, c’est dire comme celui-ci se lit plaisamment. Car LE FRERE DE SANG propose un jeu de ping-pong éprouvé entre les époques : l’intrigue alterne, sur un rythme échevelé, les aventures de Marcas avec celles de Flamel, sans oublier quelques considérations (peut-être un peu moins intéressantes) au sujet d’une mystérieuse organisation Aurora. Pas le temps de souffler, pas le temps de s’ennuyer.

Certes l’intrigue ne se renouvelle pas vraiment (elle reste dans la lignée générale des précédents romans donc l’effet de surprise et de nouveauté ne joue plus) et demeure quelque peu prévisible en dépit de l’un ou l’autre twists bien amené.  

Certes, Marcas est souvent bien chanceux dans ses pérégrinations, mettant la main sur des indices cruciaux au bon moment ou parvenant à échapper à une mort apparemment certaine. Mais ce sont de menus bémols (et même des conventions inhérentes au genre) qui n’altèrent pas le plaisir ressenti devant ce très bon thriller ésotérico-historique teinté d’une touche de fantastique bienvenue. Divertissant à souhait, LE FRERE DE SANG est peut-être le meilleur de la saga (en tout cas des six premiers) et bénéficie, à l’image des dvd, d’un bonus sympathique sous la forme d’une fin alternative.

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